Réunions de quartier : la fin d’une époque ?

Les traditionnelles réunions de quartier se déroulent ces jours-ci, entre fin novembre et mi-décembre. Trompeusement dénommées assemblées « consultatives » de quartier, alors même qu’elles ne sont que de simples réunions d’information municipale, elles attirent peu de monde. Et même de moins en moins de monde, peut-être depuis que leur horaire a été avancé à 19h30, rendant impossible la présence de Gratiennois travaillant hors commune, ou de parents de jeunes enfants. Il y a donc surtout des habitués, aucun jeune, très peu de personnes de moins de 50 ans, et une majorité écrasante de « seniors ». Une petite trentaine de personnes dans chacun des cinq quartiers, soit au total moins de 200 Gratiennois. C’est bien peu dans une ville qui compte plus de 20 000 habitants. Du côté des élus également, de moins en moins d’assiduité. Peut-être un découragement face à un rôle purement décoratif ? Car il est rarissime qu’un élu intervienne, en dehors des adjoints qui sont là en service commandé pour présenter un projet, plutôt une réalisation finalisée, un dossier tellement avancé qu’il est impossible d’intervenir sur son déroulement. Leur prestation occupe une partie importante de la réunion, projection à l’appui. Pourtant les opérations municipales se font rares. Aussi, le maire meuble en développant également les projets immobiliers privés en cours sur la commune.

Au menu cette année, la rénovation du stade Delaune, des travaux dans les écoles, notamment à Jean Moulin, la réfection des voiries des rues Custine, Laroche et Jeanne     d‘Arc. Certaines de ces opérations s’échelonnent sur plusieurs exercices. L’exposé est donc plutôt bref. Des questions ? Il n’y en a pas, étant donné qu’il n’y a souvent ni parent d’élève, ni joueur de foot dans l’assistance. Seuls les travaux de voirie suscitent parfois des interrogations. Quelqu’un demande quand sa propre rue sera rénovée, et le maire indique qu’il y a un calendrier des travaux. Mais personne n’a l’idée de demander qui le détermine. C’est le grand mystère du « PPI », un plan pluriannuel d’investissement particulièrement secret : seuls les élus de la majorité le connaissent. On passe ensuite rapidement aux questions plus générales. Ou plutôt à la question unique, et ce quel que soit le quartier : les nuisances provoquées par les automobiles. Vitesse excessive, stationnement anarchique, manque de places de parking, demandes de radars et autres ralentisseurs… c’est bien la problématique commune à tous les quartiers. Mais chacun en reste à chercher des « solutions » pour sa rue, sans envisager de réflexion plus globale sur la ville. Personne non plus ne s’inquiète des véhicules supplémentaires que vont entraîner les nouvelles constructions. La réponse du maire ? Bien sûr, il ne peut que tergiverser : « On va regarder… vous savez, les ralentisseurs font du bruit… la police va passer constater… » La réunion se termine à peine une heure après avoir commencé, sur ce constat d’impuissance.

Je tente bien de lancer le débat sur quelques alternatives au tout-automobile, en demandant s’il y aura des aménagements cyclables dans les rues rénovées, comme la loi en fait obligation. Sans oublier que ces rues sont à proximité de l’avenue de Ceinture, qui fait le tour du lac d’Enghien et est, sur partie de son parcours, pourvue de pistes cyclables très empruntées. Une occasion donc de réaliser une jonction qui pourrait constituer un embryon de réseau cyclable. « Vous n’y pensez pas ! » me rétorque le maire en alertant sur l’étroitesse des rues gratiennoises. « Il faudrait supprimer le stationnement ! » Un cri d’angoisse monte du public, et l’affaire est entendue. Je passe pour une illuminée et une ayatollah du vélo. Sauf que ces aménagements ici impossibles sont réalisés dans des communes voisines… et que je ne demande qu’une modeste place pour les cyclistes, et non l’éradication radicale et immédiate des voitures…

Le maire rencontre quand même parfois quelques contradicteurs : ce fut le cas lors de l’assemblée du centre-ville. D’autres acharnés du vélo ? Ou de simples citoyens qui demandent que la loi s’applique à Saint Gratien, le double sens cyclable par exemple qui doit être mis en place dans toutes les rues limitées à 30km/h, ou encore les prescriptions du PDUIF (plan de déplacements urbains d’Île-de-France), selon lequel 1 place de stationnement sur 40  doit être transformée en emplacement pour vélos quand une gare est à proximité ? « Je ne suis pas allergique au vélo » déclare le maire. Par contre on comprendra vite qu’il l’est aux habitants qui viennent un peu le contrarier, car la réunion prend rapidement un ton agressif ou méprisant (« faites donc une lettre au père Noël ! ») et la « discussion » tourne court. Tout le monde ira se coucher de bonne heure.  

Les limites de l’exercice ?   

Nous sommes face à un modèle de fonctionnement obsolète. Les Gratiennois ne fréquentent pas les réunions de quartier parce qu’elles n’ont aucun pouvoir. Au mieux, ils viennent soumettre un problème particulier, et attendent en retour sa résolution. Dès qu’une question plus générale intéressant l’ensemble de la ville surgit, le maire botte en touche : il n’est pas là pour débattre avec ses concitoyens, ni pour se concerter avec eux. À Saint Gratien, la démocratie ne passe qu’une fois tous les six ans. Entre deux échéances électorales, le maire a les pleins pouvoirs, et entend les garder.

Nous avons une autre vision de la « démocratie participative ». Un peu d’innovation dans ce domaine est indispensable pour redonner intérêt et envie de participer aux citoyens. Un exemple ? À Enghien, ville qui n’est pas administrée par de dangereux révolutionnaires, il est mis en place le système bien connu du « budget participatif ». Le principe est simple : un pourcentage, en général modeste du budget, est réservé aux projets des habitants. Appel à participation, dépôt des projets, puis étude de leur faisabilité et chiffrage par les services municipaux. Ensuite les différents projets sont soumis à référendum. Celui qui emporte la plus forte adhésion sera réalisé. Nous avions déjà relaté des expériences dans ce domaine : lire ici

Quant à notre autre proposition, nous l’avons portée depuis 2014 : il s’agit là aussi  d’une pratique courante : un Conseil municipal des jeunes, qui invite à la participation des jeunes à la vie de la cité, favorise les projets innovants,  éduque à la citoyenneté, et comme le budget participatif, apporte une meilleure compréhension des enjeux, coûts, règles publiques, contraintes…

Deux réunions de quartier doivent encore se tenir ces jours-ci : ce soir même 11 décembre au centre culturel du Parc, et le 18 décembre au centre culturel Camille Claudel du quartier des Raguenets. 

 

 

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