Europacity, 19 mai : un temps de grenouille ! (2)

La suite de notre reportage sur le terrain des Terres de Gonesse lors de la manifestation du dimanche 19 mai.

Écoutez ici l’intervention de Ian Brossat

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Les palissades du futur chantier de la gare CDG express en plein champs à 2 km de toute habitation.

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Bernard Loup, le chef du CPTG (collectif pour le Triangle de Gonesse), pédagogue face à la presse. Son interview sera reprise dans beaucoup de supports médiatiques le lendemain.

 

Un vrai temps de grenouille !

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L’interview par Laurence Peuron de France Inter, à voir  :

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L’interview par Laurence Peuron de France Inter, à écouter :

Écoute l’extrait du journal de 19h du dimanche 19 mai 2019 sur : https://www.franceinter.fr/emissions/le-journal-de-19h-du-week-end

Visite le journal de 19h et écoute bien entre la 6’46 et la 8’36 min :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-journal-de-19h-du-week-end

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S.B.

Europacity, 19 mai : un temps de grenouille ! (1)

Les opposants au projet d’Europacity – «future destination de loisirs du Grand Paris» à Gonesse (95) – se sont donné rendez-vous, le week-end dernier, pour 24 heures de mobilisation contre ce projet d’«urbanisation inutile et nocive».

Pour refuser le projet de bétonnage d’hypermarché commercial Europacity ET de la gare en plein champ !

Pour promouvoir le projet Carma et une gare pour les habitants.

Face à la puissance financière des promoteurs français –AUCHAN– et chinois –WANDA– redoublons d’efforts pour que les décideurs politiques se saisissent enfin du projet CARMA (agro-écologie et économie circulaire), seul projet issu du terrain, peu gourmand en investissements, inspiré des expériences concrètes menées en agriculture périurbaine et vivrière à Barcelone et à Milan, seul projet susceptible de reconstruire le lien entre producteurs, consommateurs et habitants.

SAUVONS MAINTENANT LES TERRES DE GONESSE

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Le site du triangle de Gonesse :

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On y vient à pied, à cheval, en vélo :

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Quel sera l’effet de l’urbanisation de près de 300 hectares de «terres fertiles», dont 80 hectares uniquement dédiés à cet important projet ? Ses opposants critiquent aussi son coût, estimé à 1 milliard d’euros, ainsi que la construction d’une gare «sans habitant», qui sera insérée sur la ligne 17 du Grand Paris Express.

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Le projet alternatif porté par CARMA :

Les opposants à Europacity proposent leur «projet alternatif», qu’ils nomment «Carma». Cet «ambitieux programme de transition écologique» prévoit notamment «la création de nombreux emplois dans les filières de l’agriculture, l’éco-construction, la rénovation thermique…».

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S.B.

À suivre…

Des radis, pas des caddies !

Urbanisation. Le projet Europacity condamné, mais pas sa gare ?

Lundi 20 Mai 2019, article d’Alexandra Chaignon, Huma.fr

La lutte contre le mégacomplexe commercial, devenu le symbole « de ce qu’il ne faut pas faire », a rassemblé des centaines de personnes, ce week-end, sur le triangle de Gonesse.

«La transition, on en parle beaucoup, mais on ne la voit pas », déplore Luis, accroupi, pieds nus dans la terre, une bêche dans une main, des graines de tournesols dans l’autre. Comme plusieurs centaines de personnes, le jeune homme, qui réside à Paris, a répondu à l’appel du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG) qui organisait ce week-end les « 24 heures du Triangle », pour mobiliser contre le projet EuropaCity, ce mégacomplexe de loisirs et de commerces qui prévoit d’artificialiser ce qui reste de terres agricoles dans ce coin du Val-d’Oise. Des 1 000 hectares historiques de la zone, il ne reste en effet que 670 hectares agricoles, dont 300 sont promis à l’artificialisation et 80 au projet EuropaCity.

Non loin de là, Laurence, une militante du collectif hantée par « la monstruosité du projet », explique à des nouveaux venus le fonctionnement de l’atelier jardinage. « On se réunit un dimanche sur deux. On a déjà planté des patates et des oignons. Et là-bas, explique-t-elle en montrant de petites buttes de terres, on s’est amusé à un assemblage mexicain fait de courges, haricots et maïs ! Aujourd’hui, c’est plantation de tomates et semis de graines de courges. L’idée, c’est que les gens viennent planter, et qu’ils réagissent. »

« On va faire une gare sans savoir ce qu’il y aura autour »

Au vu de l’affluence, alors que la météo n’était pas vraiment clémente, le pari de cette troisième édition semblait réussi. « Les gens, les jeunes notamment, commencent à prendre conscience de l’enjeu de protéger la planète », analyse Laurence. En outre, et bien que des appels soient en cours, une série d’avis défavorables ont mis du plomb dans l’aile au projet EuropaCity, et du coup redonné de la vigueur à la mobilisation. Après l’annulation par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise de l’arrêté préfectoral de création de la ZAC sur le Triangle de Gonesse, le même tribunal a annulé le plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse, fragilisant encore un peu plus l’opération d’aménagement sur ces terres agricoles.

europacity 2019-14« Juridiquement, ces deux décisions nous sont favorables. Mais notre inquiétude, c’est la construction de la future gare du Triangle de Gonesse, sur la ligne 17 du métro du Grand Paris Express, dont le permis de construire a été validé par le préfet en septembre dernier, en dépit de l’annulation de la ZAC et du PLU. Elle est présentée comme une desserte pour les habitants, alors qu’elle est située à 2 km du centre-ville, en plein champ, explique Bernard Loup, l’infatigable président du CPTG, qui défend un projet alternatif d’agriculture maraîchère bio. On va faire une gare sans savoir ce qu’il y aura autour. On va surtout créer une situation irréversible : si la gare est construite, alors les alentours seront bétonnés, même si EuropaCity ne se fait pas. On sera dans l’obligation de résister. »

europacity 2019-18Devenue une lutte symbolique contre l’artificialisation des terres fertiles, la mobilisation des anti-Europacity a été, ce week-end, un passage obligé des candidats de gauche aux européennes. Au grand dam du maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, fervent soutien d’EuropaCity, qui avait adressé un courrier aux différents intervenants pour dénoncer « la caricature faite du projet ». « Jean-Pierre Blazy affirme qu’EuropaCity amènera de l’esthétisme en banlieue. Et bien nous, nous préférons l’esthétisme des poireaux ! », lui a ainsi répondu Delphine Batho, députée et présidente de Génération écologie, rappelant que « ce combat est emblématique de la lutte contre la société d’hyperconsommation ».

« On ne peut accepter l’artificialisation des terres sans raison. On en a besoin. Au passage, il faut dénoncer le discours bidon de la famille Mulliez (propriétaire d’Auchan, promoteur d’EuropaCity – NDLR) qui veut soit-disant rendre service à la société avec ce projet. Si elle veut rendre service, comme elle le propose, qu’elle commence par payer ses impôts en France. Et qu’elle ne supprime pas 700 emplois », a pour sa part protesté Ian Brossat, candidat PCF aux européennes, quand Yannick Jadot, candidat EELV, a dénoncé un « désastre écologique, pour la biodiversité et la démocratie », exigeant de l’État « qu’il stoppe ce projet ».

Le week-end devait s’achever sur une marche citoyenne, partant du Triangle, jusqu’à la mairie de Gonesse. (annulée pour cause de forte pluie, ndlr)

Alexandra Chaignon

Photos sur le vif et très mouillées de S.B.

 

 

Pour les Terres de Gonesse

Contre notre G.P.I.I local (grand projet inutile et imposé) qu’est Europa City, venez rejoindre la mobilisation le dimanche 19 mai en faveur du contre projet alternatif CARMA ! Le Front de Gauche de Saint Gratien en sera ! Voir ci-dessous la liste des très nombreux.ses participant.e.s et intervenant.e.s, dont Ian Brossat.

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Lire ici le courrier de Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis, adressé au Ministre de la transition Écologique et Solidaire, sur la tenue d’un travail interministériel sur EuropaCity, évoqué par Mme Brune Poirson.

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8 mai 2019 : paix, justice et fraternité

En ce jour de souvenir de victoire sur le nazisme, je veux partager ce texte du Mouvement de la Paix.

Déclaration du Mouvement de la Paix
Le 8 Mai 2019, se souvenir du 8 Mai 1945, pour mieux agir pour la Paix dans la justice et la fraternité

Le 8 mai 1945 a vu la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie.
Cette date consacre la fin de la guerre en Europe et la victoire sur le nazisme qui annonçait la fin de la deuxième guerre mondiale.
Le Mouvement de la paix, 71 ans après sa création à l’instigation de nombreux résistants se doit de rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont agi et se sont battus pour la liberté dans les mouvements de résistance, dans les forces françaises de l’intérieur, dans les armées ou mouvements de résistance de tous les pays qui combattaient le fascisme et le nazisme ainsi qu’à toutes les victimes civiles. Nous devons penser à toutes celles et ceux qui ont péri dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Nous devons nous rappeler de tous les morts du fait de l’intolérance raciste et xénophobe (incluant les discriminations religieuses et culturelles) qui malheureusement tend à resurgir en Europe dans cette période de crise.

Mais le Mouvement de la Paix entend aussi se souvenir que le 8 mai 45 a été marqué par le début d’une répression sauvage en Algérie. Cette répression a causé plusieurs dizaines de milliers de morts en quelques jours dans la région de Sétif. Cette répression a été menée dans le cadre d’un colonialisme féroce qui n’entendait pas faire bénéficier les algériens et algériennes des libertés que permettait d’entrevoir la victoire contre le nazisme. Cette victoire pourtant, le peuple algérien, comme tous les autres peuples colonisés de Tunisie, du Maroc, d’Afrique etc qui souffraient sous le joug du colonialisme français, avaient largement contribué à la gagner contre les forces du nazisme. Cette répression constitue le point de départ de la guerre d’Algérie à l’issue de laquelle le peuple algérien a acquis son indépendance et sa souveraineté. Cette indépendance et cette souveraineté lui permettent encore aujourd’hui même d’écrire une nouvelle page de son histoire qui nous l’espérons permettra au peuple Algérien de construire démocratiquement et pacifiquement l’Algérie de ses rêves.

Alors qu’aujourd’hui les acquis sociaux et démocratiques obtenus dans la période qui a suivi la victoire sur le nazisme sont remis en cause, ce moment annuel de mémoire est important pour construire le futur. Il doit permettre à chacun de prendre conscience que la construction d’un monde et d’une Europe de justice, de solidarité, de fraternité et de paix nécessite l’action individuelle et collective tant pour la justice sociale, la prévention des conflits et la diminution des dépenses d’armement (qui ont atteint la somme inacceptable de 1820 milliards de dollars en 2018) comme nous y convie la Charte des Nations unies.

La lutte pour la paix, pour la justice sociale, pour les droits, pour la justice, contre le racisme et la xénophobie, pour l’élimination des armes nucléaires, contre le commerce des armes et contre le dérèglement climatique, ainsi que les efforts pour faire émerger une culture de la paix et de la non-violence, font partie du combat pour la liberté, pour un monde enfin humain, fraternel et juste. Ces combats solidaires et actuels, sont constitutifs du chemin vers la paix.

À Paris, le 8 mai 2019
Le Mouvement de la Paix

Mai 1945 : Paris, mais aussi Sétif

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Tout ce qui est humain est nôtre

Julien Lauprêtre, une vie de fidélité et d’engagement

Article d’ Olivier Chartrain, paru dansl’Humanité

Décédé ce vendredi matin 26 avril à Paris à l’âge de 93 ans, Julien Lauprêtre présidait aux destinées du Secours populaire français depuis 1955. Un destin marqué du sceau du combat pour la solidarité et la dignité.

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Interrogé en 2003 par notre journal, Julien Lauprêtre citait le grand poète chilien, Pablo Neruda : « J’avoue que j’ai vécu ». Et quelle vie, en effet ! fut celle de celui qui vient de s’éteindre à Paris, à 93 ans, alors qu’il était hospitalisé à la suite d’une chute. Entré au Secours populaire français en 1954 « pour quelques semaines » comme secrétaire administratif, il en était devenu secrétaire général un an plus tard, puis président en 1985. Ces « quelques semaines » se sont transformées en 65 ans au service d’une des plus grandes associations françaises de solidarité, qui compte aujourd’hui, sous son impulsion, 80 000 bénévoles et plus d’un million de donateurs.

Ce véritable « titi » parisien naît le 26 janvier 1926 dans le 12e arrondissement, où il vivait toujours. Son père, Jean, blessé au cours de la Grande-Guerre, est cheminot et communiste ; sa mère, Marie, travaille dans une conserverie de poisson. Il a 10 ans en 1936 : c’est l’année du Front populaire et des premiers congés payés. Il part en colonie de vacances à l’Île de Ré avec le Secours ouvrier international – branche sociale du Secours rouge, qui deviendra le Secours populaire français en 1945. Il n’y fait pas seulement la connaissance de Jeannette, qui deviendra 10 ans plus tard sa femme : il y découvre la mer, qu’il n’avait jamais vue, et en même temps d’autres enfants de son âge dont les parents, Allemands, Espagnols, Italiens, ont été chassés de leurs pays par les régimes fascistes qui s’y étaient installés.

À cet égard rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir des enfants palestiniens et israéliens, hébergés séparément, insister pour être finalement rassemblés ; ou des enfants marocains et sahraouis jouer au foot ensemble.

Autant dire que dès son plus jeune âge, on distingue déjà certaines des grandes lignes de son action à la tête du Secours populaire : combat pour le droit de tous aux vacances, à travers les « Journées des oubliés des vacances » organisées chaque année au mois d’août pour les enfants – et maintenant les familles – qui n’ont pu partir ; et volonté de faire se rencontrer des enfants de tous pays, manifestée par la création en 1992 de Copain du monde, qui essaime des clubs sur tous les continents et organise chaque été des « villages » où des enfants de Palestine, du Maroc, du Japon, de Madagascar… viennent à la rencontre de leurs copains français. À cet égard rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir des enfants palestiniens et israéliens, hébergés séparément, insister pour être finalement rassemblés ; ou des enfants marocains et sahraouis jouer au foot ensemble.

Mais une autre expérience, bien plus dramatique, a façonné Julien Lauprêtre. Son certificat d’études en poche, il devient ouvrier miroitier. Nous sommes en 1940, la France est envahie par les armées nazies. La suite, il la racontait à l’Humanité en 2004 : « J’avais formé, avec des copains lycées, un groupe dans le 12e arrondissement de Paris. Nous faisions des actes de résistance isolés, sans directive aucune. Jusqu’à ce qu’un contact soit établi avec la Jeunesse communiste, organisation illégale bien sûr. Là, nos actions sont devenues plus efficaces contre l’occupant nazi. J’ai été arrêté le 20 novembre 1943. J’ai été pris en charge par les brigades spéciales de la préfecture de Paris – j’ai d’ailleurs toujours eu affaire à des Français, n’en déplaise à Papon. Dans ma cellule, il y avait un homme enchaîné qui m’a demandé pourquoi j’étais là. On m’avait bien sûr prévenu de la présence de mouchards dans les prisons, alors j’ai répondu que je ne savais pas mais que j’étais accusé d’actes anti-allemands. L’homme m’a dit : « Toi, tu vas t’en sortir, il faut continuer la lutte. Moi, je suis foutu, je vais être fusillé, je regrette de ne pas en avoir fait assez… Faut être courageux, tu as l’avenir devant toi. » » Trois mois plus tard, lors de son transfert vers une autre prison, le jeune Julien aperçoit sur les murs de Paris la tristement célèbre Affiche rouge, et identifie alors le visage de celui dont il a partagé la cellule : Missak Manouchian.

« Je suis un miraculé. Je m’appelle Lauprêtre, je ne suis pas croyant, mais je devrais m’y mettre ! »

Remis en liberté surveillée en mars 1944, il entre dans la clandestinité pour échapper au STO (Service du travail obligatoire) et part se cacher en province. Il revient à Paris en juin, après le Débarquement, puis participe comme jeune communiste – il le restera toute sa vie – au soulèvement de la ville, en août. Chargé de récupérer des armes, il échappe de peu à la mort lorsqu’une patrouille allemande le met en joue, sauvé par l’arrivée d’une patrouille de FFI (Forces françaises de l’intérieur). Racontant cette anecdote en 2016 à nos confrères de Politis, cet athée assumé y faisait montre d’un humour qui ne le quittait guère : « Je suis un miraculé. Je m’appelle Lauprêtre, je ne suis pas croyant, mais je devrais m’y mettre ! »

Embauché un moment comme assistant du député communiste Raymond Guyot, c’est donc au cours du terrible hiver 1954, celui de l’appel de l’abbé Pierre, qu’il est appelé à venir renforcer les rangs du Secours populaire. Tout au long de son action, il s’efforcera de combattre l’opposition, jugée artificielle, entre action politique et action humanitaire, comme il l’expliquait en 2007 dans l’Humanité Dimanche : « Aider en urgence ceux qui en ont le plus besoin, c’est énorme pour ces personnes. Quand on n’est pas concerné, cela peut sembler accessoire. Ce n’est pas du tout le cas quand vous êtes au fond du trou. Nous tenons les deux bouts de la chaîne, la solidarité populaire indispensable pour la sauvegarde d’urgence des personnes et l’action pour que les pouvoirs publics prennent les mesures visant à supprimer les causes de la pauvreté. » La plus grande fierté de celui qui définissait aussi le « Secours pop » comme un « aiguillon » pour mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, c’était de constater que ceux qui avaient un jour eu besoin de cette solidarité devenaient ensuite des adhérents actifs de l’association.

 « Les pauvres ne doivent pas baisser la tête »

Alors que sous son impulsion le Secours populaire devenait une association gigantesque, entraînant dans son action stars et multinationales, présidents de la République et champions sportifs, il ne manquait pas de rappeler, aussi, que parmi tous ceux-là, « le premier fut l’Huma ». « Aussi loin que remontent mes souvenirs », racontait-il, « je revois mon père Jean apporter l’Huma à la maison. Jusqu’à son dernier souffle, il l’a diffusé place Rambouillet, son quartier du 12e arrondissement. » Un long compagnonnage grâce auquel notre journal, de reportages en appels à la solidarité, de numéros solidaires en hors-séries spéciaux, a permis à ses lecteurs de partager les combats du Secours populaire, en France comme à l’autre bout de monde, pour parer aux catastrophes naturelles ou venir au secours des victimes de conflits.

Julien Lauprêtre a passé des années à dénoncer et combattre ce qu’il nommait le « raz-de-marée de la pauvreté », qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, sans jamais baisser les bras ni perdre l’espoir, suivant en cela scrupuleusement le conseil de Manouchian. Celui qui répétait que « les pauvres ne doivent pas baisser la tête » part en étant certain qu’ils sont des milliers après lui pour continuer à porter ce combat. Et un jour, le remporter.

Notre Dame ravagée

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L’incendie de Notre-Dame maîtrisé, les dégâts restent difficiles à évaluer

Les pompiers sont parvenus dans la nuit de lundi à mardi contrôler le sinistre qui a ravagé la toiture et la charpente de la cathédrale. Mais il est trop tôt pour savoir si la structure de l’édifice a été fragilisée. Les dons pour la reconstruction commencent à affluer. Un article de l’Humanité ci-dessous.

Les passagers de la cathédrale

Valère Staraselski

Qui dira, davantage que l’immense tristesse, que la fragilité et la limite des mots officiels, l’effroi, la sidération, le désarroi total, la douleur profonde, la colère aussi comme une défense, devant cette inconcevable réalité : Notre-Dame de Paris prisonnière de la fureur des flammes ! 

Notre-Dame de Paris livrée au brasier, suppliciée. Notre-Dame, telle une martyre figée au milieu des flammes, comme ligotée, muette d’épouvante, incapable de se défendre, de se défaire, d’échapper à cette absolue, injustifiable et indéfendable injustice ! A cette cruauté. Pourquoi elle ? Pourquoi précisément elle, vieille dame qui veille sur la capitale et le pays depuis huit siècles ? Pourquoi elle sans qui Paris n’est plus Paris ? Pourquoi elle sans qui notre pays, si malmené en ces temps-ci, se réveille un peu abasourdi, orphelin ? Pourquoi elle qu’un écrivain magique a, par la grâce d’un roman de papier, rendu au peuple en inscrivant durablement cet édifice de pierre, Notre-Dame de Paris, dans l’imaginaire d’une nation jusqu’à faire de cette église la maison de tous les Français ? Les noms propres de Quasimodo comme celui de Gavroche des Misérables n’appartiennent-ils pas depuis longtemps au langage courant ? De noms propres ne sont-ils pas devenus noms communs, communs à tous, pour tous ? Pourquoi ce symbole de notre histoire auquel nous tenons tant ? Oui, la peine et l’affliction sont grandes. Cette dame sur un quai de la Seine qui réclamait l’intervention des Canadairs en s’écriant: « C’est plus qu’un bâtiment qui brûle, c’est notre histoire ! » Quoi de plus à la fois personnel et collectif que l’Histoire, ce présent de tous s’installant dans la mémoire donc dans la durée, donc dans le tissu de l’existence d’un peuple.

 La vue de la flèche de cet édifice sacré et consacré, national et universel, reliant la Terre au Ciel, les hommes à leurs rêves, se cassant et puis s’effondrant sur elle-même, a brisé le cœur des plus endurcis. Notre-Dame de Paris ! A prononcer ces mots, un sentiment infini de considération, d’estime et d’affection envahit celle ou celui qui parle, tout comme celles et ceux qui écoutent. Car l’intense émotion qui frappe les catholiques s’étend non seulement aux autres croyants mais plus bien largement à celles et ceux en qui les valeurs humanistes sont ancrées et pour qui tout être, croyant ou non, est d’abord sa soeur, son frère. Car la religion pour être parfois, selon Marx, « l’opium du peuple» est d’abord, selon le même, « le soupir de l’âme oppriméel’âme d’un monde sans cœur. »

D’aucuns voient déjà, dans ce malheur, un signe des temps, de l’incurie de notre temps. Peut-être. Pour nous, retenons en ce début de Semaine sainte que les moments les plus forts de ce récit chrétien nous conte la Passion, c’est-à-dire la souffrance endurée dans la dignité pour aboutir à l’idée de Résurrection, c’est-à-dire de renaissance, de renouveau. C’est du reste sa force.

Sans doute que dans ces instants durant lesquels a eu lieu ce qu’il faut bien nommer un partage fraternel, une communion, devant le terrible incendie qui a ravagé Notre-Dame, communion qui perdure, pouvons-nous constater, dans notre société atomisée par la recherche mortifère de l’avoir, le besoin irrépressible et redoublé d’être ensemble autrement. Il nous est possible également de nous souvenir de ces paroles du chef des catholiques, le pape François qui, pour qualifier « le désir sans retenue de l’argent qui commande » employait l’expression de « fumier du diable ».

L’émoi provoqué par ce qu’un quotidien national nommait Notre- Drame tandis que le New York Times consacrait dès hier soir un long article à cette tragédie, l’émotion populaire, sont indéniables. En dépit de la dimension médiatique, ce saisissement n’est pas superficiel, il témoigne que, dans notre diversité même, le patrimoine nous constitue.

Ainsi, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas, ce mardi 16 avril 2019, nous rappelle que nous avons été, que nous serons un jour ou l’autre, que sommes tous, en quelque sorte, des passagers de la cathédrale.

Sept pages spéciales Notre-Dame dans l’Humanité mercredi

Demain mercredi dans l’Humanité lire l’événement par Maurice Ulrich, au cœur en feu de Paris, notre reportage auprès du peuple de Paris bouleversé, notre entretien avec l’historienne Simone Roux, le récit de l’intervention exceptionnelle des pompiers, nos articles sur l’enquête en cours, la reconstruction et son financement. Un numéro spécial de l’Humanité chez les marchands de journaux mercredi matin.