Notre Dame ravagée

Notre DameNotre Dame 2

L’incendie de Notre-Dame maîtrisé, les dégâts restent difficiles à évaluer

Les pompiers sont parvenus dans la nuit de lundi à mardi contrôler le sinistre qui a ravagé la toiture et la charpente de la cathédrale. Mais il est trop tôt pour savoir si la structure de l’édifice a été fragilisée. Les dons pour la reconstruction commencent à affluer. Un article de l’Humanité ci-dessous.

Les passagers de la cathédrale

Valère Staraselski

Qui dira, davantage que l’immense tristesse, que la fragilité et la limite des mots officiels, l’effroi, la sidération, le désarroi total, la douleur profonde, la colère aussi comme une défense, devant cette inconcevable réalité : Notre-Dame de Paris prisonnière de la fureur des flammes ! 

Notre-Dame de Paris livrée au brasier, suppliciée. Notre-Dame, telle une martyre figée au milieu des flammes, comme ligotée, muette d’épouvante, incapable de se défendre, de se défaire, d’échapper à cette absolue, injustifiable et indéfendable injustice ! A cette cruauté. Pourquoi elle ? Pourquoi précisément elle, vieille dame qui veille sur la capitale et le pays depuis huit siècles ? Pourquoi elle sans qui Paris n’est plus Paris ? Pourquoi elle sans qui notre pays, si malmené en ces temps-ci, se réveille un peu abasourdi, orphelin ? Pourquoi elle qu’un écrivain magique a, par la grâce d’un roman de papier, rendu au peuple en inscrivant durablement cet édifice de pierre, Notre-Dame de Paris, dans l’imaginaire d’une nation jusqu’à faire de cette église la maison de tous les Français ? Les noms propres de Quasimodo comme celui de Gavroche des Misérables n’appartiennent-ils pas depuis longtemps au langage courant ? De noms propres ne sont-ils pas devenus noms communs, communs à tous, pour tous ? Pourquoi ce symbole de notre histoire auquel nous tenons tant ? Oui, la peine et l’affliction sont grandes. Cette dame sur un quai de la Seine qui réclamait l’intervention des Canadairs en s’écriant: « C’est plus qu’un bâtiment qui brûle, c’est notre histoire ! » Quoi de plus à la fois personnel et collectif que l’Histoire, ce présent de tous s’installant dans la mémoire donc dans la durée, donc dans le tissu de l’existence d’un peuple.

 La vue de la flèche de cet édifice sacré et consacré, national et universel, reliant la Terre au Ciel, les hommes à leurs rêves, se cassant et puis s’effondrant sur elle-même, a brisé le cœur des plus endurcis. Notre-Dame de Paris ! A prononcer ces mots, un sentiment infini de considération, d’estime et d’affection envahit celle ou celui qui parle, tout comme celles et ceux qui écoutent. Car l’intense émotion qui frappe les catholiques s’étend non seulement aux autres croyants mais plus bien largement à celles et ceux en qui les valeurs humanistes sont ancrées et pour qui tout être, croyant ou non, est d’abord sa soeur, son frère. Car la religion pour être parfois, selon Marx, « l’opium du peuple» est d’abord, selon le même, « le soupir de l’âme oppriméel’âme d’un monde sans cœur. »

D’aucuns voient déjà, dans ce malheur, un signe des temps, de l’incurie de notre temps. Peut-être. Pour nous, retenons en ce début de Semaine sainte que les moments les plus forts de ce récit chrétien nous conte la Passion, c’est-à-dire la souffrance endurée dans la dignité pour aboutir à l’idée de Résurrection, c’est-à-dire de renaissance, de renouveau. C’est du reste sa force.

Sans doute que dans ces instants durant lesquels a eu lieu ce qu’il faut bien nommer un partage fraternel, une communion, devant le terrible incendie qui a ravagé Notre-Dame, communion qui perdure, pouvons-nous constater, dans notre société atomisée par la recherche mortifère de l’avoir, le besoin irrépressible et redoublé d’être ensemble autrement. Il nous est possible également de nous souvenir de ces paroles du chef des catholiques, le pape François qui, pour qualifier « le désir sans retenue de l’argent qui commande » employait l’expression de « fumier du diable ».

L’émoi provoqué par ce qu’un quotidien national nommait Notre- Drame tandis que le New York Times consacrait dès hier soir un long article à cette tragédie, l’émotion populaire, sont indéniables. En dépit de la dimension médiatique, ce saisissement n’est pas superficiel, il témoigne que, dans notre diversité même, le patrimoine nous constitue.

Ainsi, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas, ce mardi 16 avril 2019, nous rappelle que nous avons été, que nous serons un jour ou l’autre, que sommes tous, en quelque sorte, des passagers de la cathédrale.

Sept pages spéciales Notre-Dame dans l’Humanité mercredi

Demain mercredi dans l’Humanité lire l’événement par Maurice Ulrich, au cœur en feu de Paris, notre reportage auprès du peuple de Paris bouleversé, notre entretien avec l’historienne Simone Roux, le récit de l’intervention exceptionnelle des pompiers, nos articles sur l’enquête en cours, la reconstruction et son financement. Un numéro spécial de l’Humanité chez les marchands de journaux mercredi matin.

ADP : aux Français de décider !

adp 2Patrick Kanner :

« C’est aux Français de décider du sort d’ADP »

Entretien avec Patrick Kanner, président du Groupe socialiste et républicain au Sénat, paru dans l’Humanité du 11 avril 2019

Des parlementaires hostiles à la privatisation d’ADP se sont pour la toute première fois entendus en nombre suffisant pour réclamer l’organisation d’un référendum.

Les 248 parlementaires de gauche comme de droite ont signé une proposition de loi visant à organiser un référendum contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP). Comment ce front s’est-il construit ?

Patrick Kanner Cette démarche est historique. Ce n’était jamais arrivé dans l’histoire de la Ve République, à la suite de la révision constitutionnelle de 2008, que plus de 185 parlementaires s’entendent pour lancer un référendum d’initiative partagée (RIP). Le texte a été déposé mercredi au bureau de l’Assemblée nationale, après un travail collectif. L’idée est née dès le rejet de la privatisation d’ADP par le Sénat, et a été confortée par le débat à l’Assemblée. Quand nous avons vu qu’il y avait une unanimité dans l’opposition, de gauche comme de droite, pour s’opposer à ce projet, nous nous sommes mis à la recherche d’outils pour contrer la volonté du gouvernement. Avec Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée, nous avons associé en premier lieu les deux groupes communistes du Sénat et de l’Assemblée, très hostiles à cette privatisation. Puis nous avons élargi le front grâce à des parlementaires LR, FI, LT, RDSE, UDI, UC et non-inscrits. Tous ensemble, nous avons su dépasser nos différences en considérant que l’intérêt national est en jeu. On retrouve ici, non pas l’esprit du CNR, ce serait peut-être un peu osé de ma part, mais en tout cas une haute conscience du rôle du politique.

adp 1

Quelles sont les étapes pour que ce référendum puisse être organisé ?

Patrick Kanner Il fallait d’abord réunir les signatures et déposer le texte le plus vite possible, car on ne peut pas lancer une procédure de RIP sur un texte promulgué depuis moins d’un an. Là, nous sommes dans les clous : la loi Pacte, qui contient la mesure de privatisation d’ADP, n’a pas encore été définitivement votée et encore moins promulguée. Le Conseil constitutionnel va maintenant devoir vérifier la conformité de notre proposition. Son travail sera totalement analysé, car c’est la toute première fois qu’il aura à se prononcer sur un RIP. Puis nous aurons neuf mois pour réunir la signature d’au moins 10 % du corps électoral, soit 4,7 millions de personnes, pour que le référendum soit enfin organisé. Nous sommes très clairement sur une course d’obstacles. Toute une année de bagarre nous attend. Si le Conseil constitutionnel nous y autorise, nous mènerons une campagne intense, avec l’ensemble des citoyens et de tous les élus locaux franciliens opposés à cette privatisation, pour obtenir l’organisation de ce scrutin.

Quelle question voulez-vous poser par référendum ?

Patrick Kanner Nous voulons donner au peuple français la possibilité d’affirmer ou non le caractère de service public national d’ADP, ce qui aura pour conséquence de rendre impossible sa privatisation. Pour nous, il va sans dire que les aéroports de Roissy, du Bourget et de Roissy sont d’intérêt national et qu’ils ne peuvent pas être bradés au privé. Nous estimons de plus qu’il serait complètement invraisemblable de le faire au sortir du grand débat national, sans consulter les Français, alors même qu’ils réclament sans cesse d’être davantage associés aux décisions politiques. C’est à eux de choisir. On ne peut pas recommencer une erreur aussi manifeste que celle de la privatisation des autoroutes sans avoir un échange construit avec les citoyens.

adp 3

Cette initiative parlementaire a-t-elle été rendue plus simple par le fait que les arguments utilisés font consensus ?

Patrick Kanner Absolument. Certains nous disent qu’il est scandaleux de signer avec la droite. Mais quand la défense de l’intérêt national est partagée et que nous avons la même analyse du problème, à un moment donné, il me semble normal d’avancer ensemble. Nous sommes tous d’accord pour dire que la privatisation d’ADP est une erreur en termes de souveraineté nationale, d’environnement et d’aménagement du territoire. Ce serait en plus une mauvaise opération économique, car ADP rapporte chaque année des dividendes à l’État. Le gouvernement dit vouloir dégager 250 millions d’euros par an avec cette vente, mais dire que c’est uniquement possible en vendant ADP est une plaisanterie alors que notre budget est de 330 milliards d’euros. En vérité, l’exécutif privatise pour combler les trous à la suite de mauvais choix  budgétaires. Il faut l’empêcher de vendre ce qui est à la fois l’entrée de la France et une poule aux œufs d’or. Et il faut en finir avec ce dogme de toujours moins d’État et moins de services publics en imaginant que le privé ferait forcément mieux. Il y a des limites à ne pas franchir : on ne doit pas toucher au patrimoine national et à ce qui relève d’un monopole aussi important.

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre

Les enfants malades de la pollution

« La pollution de l’air a des conséquences majeures sur la santé des enfants. Plus ils sont exposés jeunes, plus les conséquences seront importantes. » On constate « des asthmes de plus en plus sévères et qui surviennent de plus en plus tôt. »

Jocelyne Just, pédiatre, pneumologue et cheffe du service d’allergologie pédiatrique à l’hôpital Armand Trousseau, à Paris, est interrogée par Stéphane Mandard ; entretien publié sur le site du Monde

Quelles sont les conséquences de la pollution de l’air sur la santé des enfants ?

La pollution de l’air a des conséquences majeures sur la santé des enfants. Je le constate tous les jours dans nos services. A la fois avec des nouveaux cas d’asthme et avec des enfants souffrant d’asthme sévère dont l’état est aggravé par la mauvaise qualité de l’air que nous respirons en Ile-de-France et en particulier à Paris. A chaque pic de pollution, les urgences se remplissent. Mais au-delà de ces épisodes, c’est la pollution de fond que nous connaissons à Paris qui a des effets néfastes sur la santé des enfants.

Outre l’asthme et les allergies respiratoires, la pollution de l’air va avoir des répercussions sur la croissance pulmonaire qui peut être altérée et peut entraîner des dysfonctionnements immunitaires. Elle augmente le risque d’avoir des maladies pulmonaires plus tard et des pathologies vasculaires aiguës comme les AVC ou les infarctus. Des études ont aussi établi un lien avec des pathologies neurologiques comme l’autisme.

En quoi les enfants sont-ils particulièrement sensibles ?

Les enfants sont plus fragiles. Leur appareil respiratoire est immature, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore développé. Plus ils sont exposés jeunes, plus les conséquences seront importantes. Des études ont même montré que des mères exposées à la pollution pendant leur grossesse avaient davantage de risque d’avoir des bébés de petit poids, avec des poumons plus petits et avec des risques accrus de devenir asthmatiques.

Les enfants ventilent plus, et de par leur petite taille, ils sont plus proches des sources de pollution comme les pots d’échappements. A la crèche, dès qu’il fait beau, les enfants passent plus de temps dehors et sont donc plus exposés.

Possédez-vous des données épidémiologiques au niveau de l’Ile-de-France ?

Nous n’avons malheureusement pas de données épidémiologiques à l’échelle de l’Ile-de-France. Mais ce que nous constatons, au niveau de la région parisienne, ce sont des asthmes de plus en plus sévères et qui surviennent de plus en plus tôt. Au niveau national, les allergies respiratoires ont explosé. On estime aujourd’hui que 10 % de la population est asthmatique et 30 % sujette à des rhinites allergiques. Et elles s’accompagnent d’une hausse des allergies alimentaires. Si bien qu’aujourd’hui, il n’est pas rare que des enfants cumulent asthme, allergie respiratoire, alimentaire voire cutanée.

A Paris, le fait d’avoir planté des bouleaux, très allergènes, après la tempête de décembre 1999, a contribué à l’explosion des allergies respiratoires. On l’observe à partir de février : avec la conjonction de la pollinisation des arbres et des pics de pollution, on assiste à des crises encore plus sévères car les polluants vont à la fois rendre le pollen plus allergisant et avoir un effet irritant sur les voies respiratoires.

Quelle est la principale source de pollution ?

La première source à Paris et en Ile-de-France, c’est très clairement la voiture. Nos collègues britanniques utilisent d’ailleurs désormais la formule « traffic pollution » pour caractériser les effets de la pollution liée au trafic automobile qui est un cocktail de polluants mixant gaz et particules fines, les particules étant ce qu’il y a de pire sur le plan des dysfonctionnements immunitaires. Aujourd’hui, nous disposons de nombreuses et robustes études scientifiques et médicales qui font le lien avec la survenue de l’asthme et de l’autisme chez l’enfant et de maladies comme Alzheimer ou Parkinson chez l’adulte.

Et plus vous vivez proche d’un axe routier important (ce n’est pas la même chose d’être à 100 mètres ou à 300 mètres) plus ce risque augmente. A Paris, nous vivons tous, à des degrés d’exposition variables, à proximité d’un axe routier. C’est pourquoi il faut absolument trouver des alternatives à la voiture dans les grandes villes. Une étude menée en Californie du Sud a bien montré que lorsqu’on diminue le trafic automobile, on améliore la qualité de l’air et la santé respiratoire des enfants.

À notre échelle, que faire ? Réduire la circulation automobile dans notre ville, c’est possible : Saint Gratien est un petit territoire où nombre de déplacements peuvent se faire à pied, en vélo, à trottinette… Encore faut-il rendre faciliter ces déplacements alternatifs : aménagements cyclables, espace suffisant pour les trottoirs, navette communale, parcs pour vélos et trottinettes sécurisés et abrités, mise en place de pédibus pour accompagner les enfants à l’école à pied et ainsi désengorger les sorties des établissements scolaires d’une circulation très importante…. autant de pistes qu’il nous faut étudier rapidement. Il en va de la santé des enfants gratiennois.

Les beaux jours arrivent ? Hélas ! Pour les écoliers de la commune, cela signifie trop souvent interdiction du sport à l’extérieur, pour cause de pollution accrue en cas de belles journées sans vent… 

vélo 2018-7

Samedi à Paris !

Le matin, présentation en plein air, sur une place parisienne traversée par des cortèges de gilets jaunes, des 10 propositions du PCF après le grand débat national. Hausses des salaires et des retraites, plan de lutte contre la grande pauvreté, reconstruction des services publics, priorité donnée aux transports collectifs, rénovation énergétique d’un million de logements, suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, progressivité accrue de l’impôt, rétablissement de l’ISF et suppression du CICE, pouvoirs pour les salariés dans l’entreprise, nouveau rôle du Parlement, référendum populaire, sortie du pacte budgétaire européen…. Devant une petite foule qui remplissait la place, ces mesures de justice sociale, économique et environnementale, ont été détaillées par divers intervenants :  Eva Ageorges, citoyenne gilet jaune de l’Essonne, sur le pouvoir d’achat, Nacim Bardi, salarié d’Ascoval sur les enjeux industriels, Eliane Assassi, Présidente du groupe CRCE au Sénat, sur la démocratie, André Chassaigne, Président du groupe GDR à l’Assemblée nationale (et sorti à 6 h du matin de l’Assemblée après le vote de la loi Pacte), sur la justice sociale et fiscale, Marianne Journiac, infirmière, syndicaliste des hôpitaux de Paris, sur la santé, Colette Chastagnol, retraitée, syndicaliste, sur les revendications des retraités, Annie Levi-Cyferman, avocate, responsable nationale du PCF sur les droits et libertés, Lola Reboul, lycéenne, sur l’enjeu climatique, Serge Lépine, Maire de Camplong-d’Aude, Meriem Derkaoui, Maire d’Aubervilliers à partir des cahiers de doléances. Certains se sont interrompus pour saluer le passage de cortèges de gilets jaunes. Fabien Roussel a clôturé la matinée et conduit la délégation qui a porté ces revendications au premier ministre dans l’après-midi. On a croisé dans l’assistance quelques visages connus…

L’après-midi, nous avons rejoint la « marche du siècle », entre Opéra et République. « Et un, et deux, et trois degrés…. c’est un crime contre l’humanité ! » Un cortège coloré et dynamique, animé par de très nombreux jeunes, porteurs de slogans « maison » plus imaginatifs les uns que les autres. À l’heure où on les croit trop souvent désintéressés de la chose publique, voici donc la démonstration du contraire.   

marche 6

marche 11marche 34marche 35

 

Un cadeau ? Non, des droits !

Journée internationale des droits des femmes

8 mars : journée internationale mettant en avant la lutte pour les droits des femmes, journée de lutte pour l’obtention de nouveaux droits sociaux. Elle est  issue de l’histoire des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. C’est Clara Zetkin, figure historique du féminisme socialiste, qui lancera la première,  en 1910, l’idée de cette journée (le 19 mars !), revendiquant le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail. En 1977, les Nations-Unies officialisent la journée.

La journée du 8 mars est inscrite depuis 1982 en France comme celle des droits des femmes. Elle symbolise des décennies de luttes mais rappelle également que le chemin vers l’égalité hommes/femmes est encore long.

C’est une journée d’importance pour faire entendre la parole des filles et des femmes et porter nos revendications, toujours nombreuses, face à un système patriarcal qui perdure et se réinvente.8 mars 2019 2

Les écarts entre les sexes demeurent aujourd’hui considérables et dans bien des domaines. Certes, le 20è siècle a été marqué par de grandes avancées comme la contraception ou l’instauration de l’IVG. En avril 1945, pour la toute première fois, les Françaises exercent le droit de vote qu’elles viennent enfin d’acquérir, presqu’un siècle après les hommes. Les femmes investissent massivement le marché du travail. Mais l’équilibre des genres est encore bien loin d’avoir été atteint. Une situation contrastée, car si des progrès ont été accomplis, de nouvelles formes d’inégalités se sont développées : nature des emplois occupés, essentiel des tâches familiales encore dévolues aux femmes, écarts de salaires. Précarité, bas salaires, temps partiel subi, inégalités salariales, pressions de tous ordres et harcèlement, cela reste trop souvent le quotidien de nombreuses femmes. Un tiers des femmes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le rapport de décembre 2018 de l’association Oxfam France pointe une différence de 25 % sur les salaires entre les hommes et les femmes (ce qui signifie qu’à partir de 15h40, chaque femme travaille gratuitement…), ou encore que 78 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes mais aussi que les hauts postes à responsabilités restent majoritairement pourvus par des hommes, pourtant moins souvent diplômés que les femmes. Les pensions des femmes retraitées sont de 40% inférieures à celles des hommes. En ce qui concerne les mandats électoraux, les femmes restent minoritaires dans la vie politique : 29 % au Sénat, 39 % à l’Assemblée Nationale, 16 % des maires de villes de plus de 100 000 habitants. Dans le domaine culturel, aucune femme ne dirige de théâtre national ni d’orchestre national. Le Panthéon ne compte que 4 femmes contre 72 hommes. Le mouvement #metoo a montré l’ampleur du harcèlement et des violences sexuelles dans tous les milieux sociaux et professionnels.

Un long chemin reste donc à parcourir dans de nombreux domaines. Le combat des femmes pour accéder au partage du pouvoir (et n’est-ce pas là l’essentiel ?) est loin d’être terminé.

Aujourd’hui en France, les crédits alloués aux inégalités femmes-hommes, pourtant « grande cause nationale » sont des plus faibles : en 2016, ils ne représentaient que 0,006% du budget de l’État et en 2017, pour cause d’économies budgétaires, ils seront réduits de 25%…

Quelques inégalités en chiffres :

9,8% : en 2018, seulement 9,8 % des pays du monde sont dirigés par des femmes (ONU Femmes).

1h30 : les femmes consacrent environ 1h30 de plus que les hommes, par jour, aux tâches domestiques (INSEE, 2010).

: une femme meurt tous les trois jours en France des violences de son compagnon ou ex-compagnon.

100% : 100 % des femmes sont harcelées dans les transports en France (Haut conseil à l’égalité hommes/femmes, 2015).8 mars 2019

Le 8 mars, des villes s’engagent pour faire progresser les droits des femmes : des projections, des débats, des informations d’accès au droit, des expositions, des ateliers,  des spectacles humoristiques, des animations et du théâtre. À Aubervilliers, les femmes sont invitées à participer à une grande photo collective, puis à prendre la parole au théâtre de la commune afin d’évoquer leur quotidien de femmes dans la ville. À Saint Denis, le collectif « Place aux femmes » investit de manière festive la place de l’Hôtel de Ville pour promouvoir une véritable égalité des sexes et un usage mixte de la ville en tous lieux et à toute heure. À Dieppe, c’est une expo de portraits de femmes dieppoises, puis une conférence d’Oxfam sur les inégalités salariales, un spectacle, un marché artisanal, un concert, une mise à l’eau de lanternes et un dîner. La ville de Stains saisit l’occasion pour mettre en lumière le rôle déterminant des femmes dans la société et les inégalités persistantes dans le monde du travail, avec partage d’expériences, et mise à l’honneur de figures féminines. On pourrait multiplier les exemples.

Et à Saint Gratien, me direz-vous ? Le maire remet aux femmes salariées et élues de la ville un cadeau confectionné par des femmes en difficulté. Cette année, il vient de Madagascar. Pourquoi pas en cette journée qui est aussi de solidarité internationale. Regrettons pourtant que chez nous le 8 mars reste si confidentiel : rien sur le site de la ville… aucune initiative publique…, et si peu combatif. Car ce n’est pas de cadeaux dont les femmes ont besoin. Ce sont des droits qu’elles réclament.  

Le budget participatif, démocratique et solidaire

Le budget participatif, nouveau contrat démocratique et solidaire

Par Antoine Bézard, fondateur du site «lesbudgetsparticipatifs.fr» ; article paru dans « La gazette des communes »

Le mouvement des « gilets jaunes » a remis au premier plan, depuis la fin de l’année 2018, la question de la participation. Le mouvement lui-même demande la mise en œuvre du référendum d’initiative citoyenne. Cette actualité exprime une aspiration à exercer plus directement le pouvoir. Sur le terrain, les consultations ou les concertations dynamisent notre vie démocratique, présentant cependant une limite : elles donnent une idée de l’opinion ou éclairent le débat, mais la décision ne revient pas directement aux citoyens. En complément de ces démarches, une forme de démocratie directe existe bel et bien.

Le budget participatif s’appuie sur un principe simple : « Vous décidez, nous réalisons. » A partir d’un montant alloué par la collectivité, les citoyens proposent des idées d’intérêt général. La collectivité s’assure qu’elles sont de sa compétence et peuvent être financées (par l’investissement). Les projets recevables sont soumis au vote et, enfin, ceux votés sont réalisés.

Citoyenneté par la pratique

Ces cinq dernières années, plus de 6 millions d’habitants de grands centres urbains comme de petites communes rurales ont pu, grâce au budget participatif, se réapproprier l’espace public concrètement, œuvrer à l’amélioration de leur cadre de vie, accroître les espaces de respiration. Ils ont aussi conçu des espaces de production locale, d’échanges ou de loisirs ; ils ont développé les énergies renouvelables ou les mobilités alternatives ; ils ont agi par solidarité pour l’inclusion des sans-abri ou l’intégration des migrants. Au-delà des projets, le budget participatif leur a donné le pouvoir d’agir sur le destin collectif de la cité.

Cette citoyenneté par la pratique s’exprime déjà par ailleurs. Le citoyen peut agir au quotidien, en tant que consommateur, pour préserver la planète en achetant bio ou influer sur l’économie locale en privilégiant des produits régionaux, par exemple. Électeur, il ne peut procéder directement. Il place le destin collectif aux mains de ses représentants, à l’intervalle de cinq à six ans. Cette durée des mandats politiques est indispensable pour assurer la gouvernabilité.

Exercice démocratique complémentaire

Néanmoins, et ainsi que le rappelle Pierre Rosanvallon dans son ouvrage « La Démocratie inachevée », ce temps long creuse la distance entre représentants et représentés. C’est pourquoi il nous invite à l’invention de nouvelles formes de participation, au côté des formes traditionnelles. Le budget participatif en est une. Sa finalité n’est pas de dénier la légitimité des représentants ou de réduire leur pouvoir, mais bien de régénérer le lien avec les citoyens. Le budget participatif redonne de la force à la parole politique par la preuve : ce que les citoyens décident, le politique le réalise.

La multiplication des budgets participatifs a fait émerger la question de la sincérité de la démarche, vue par certains comme un simple argument électoral. Aussi, il est du devoir de ceux qui décident du budget participatif d’en faire un réel outil démocratique et, pour y parvenir, de donner un réel pouvoir aux citoyens. En maintenant ce cap, le budget participatif pourrait devenir, au côté des élections traditionnelles, un exercice démocratique complémentaire, signant un contrat nouveau entre élus et citoyens. Le contexte actuel y est favorable et celui à venir le sera plus encore.

Autant d’éléments qui appartiennent à l’ADN du budget participatif et qui doivent inspirer toutes celles et ceux qui le mettent déjà en œuvre. L’enjeu est de formuler une réponse toujours plus pertinente à l’aspiration d’une citoyenneté de plein exercice.