Incendies, les insuffisances publiques

Incendies : « Les insuffisances publiques s’alimentent »

GIRONDE Le chef de file des députés communistes, André Chassaigne, s’est rendu dans le département ravagé par les flammes et appelle à en finir avec le désengagement de l’État.

Article paru dans l’Humanité du mercredi 17 Août 2022 ; Cyprien Caddeo

Alors que le gouvernement a annoncé le 15 août un plan d’aides fiscales à destination des collectivités, particuliers et entreprises sinistrés par les flammes en Gironde, le député PCF André Chassaigne appelle à des mesures plus structurelles et à s’attaquer à la racine du mal : les manquements de la puissance publique.

La question du manque de moyens revient sur bien des aspects. Les pompiers, notamment, alertent une nouvelle fois sur leur manque d’effectifs.

Oui, il y a une double crise. D’abord, du volontariat : il y a de moins en moins de volontaires, ils sont actuellement un peu moins de 200 000 (la Fédération ­nationale des sapeurs-pompiers estime qu’il en faudrait au moins 50 000 de plus – NDLR). Mais il faut aussi plus de pompiers professionnels pour les encadrer. Le problème, c’est que les insuffisances publiques s’alimentent : les pompiers sont amenés de plus en plus à suppléer l’hôpital public ou les urgences, qui sont débordées. Ils sont de fait moins disponibles pour lutter contre le risque incendie.

Quel levier peut-on activer en matière de gestion forestière pour prévenir les incendies ?

Le problème de la gestion forestière, c’est le statut des forêts. Nous avons en France des forêts nationales ou communales qui sont du domaine de ­l’Office national des forêts (ONF), et sur lesquelles il y a obligation d’avoir un plan de gestion : ça implique le risque incendiaire, le débroussaillage et la surveillance des départs de feux. Il y a aussi des forêts privées, où un plan de gestion est obligatoire au-dessus de 25 hectares de surface. Mais la forêt de La Teste, d’où est parti un des incendies, est une forêt usagère, un cas particulier et unique. Elle est soumise à un droit qui date du XVe siècle, avec des propriétaires et des usagers qui ne se sont pas mis d’accord sur un plan de gestion clair. Il y a quelque chose d’irrésolu sur ce point. Cela étant dit, dans tous les cas, il faut mettre plus de moyens : l’ONF a vu ses effectifs sabrés, tout comme les centres régionaux de la propriété forestière, qui sont en lien avec les propriétaires privés.

Qu’en est-il de la flotte de Canadair et d’hélicoptères ?

Notre flotte est en partie vieillissante, avec parfois des problèmes de maintenance. Certes, il existe désormais un mécanisme européen, rescUE, qui est une flotte de bombardiers d’eau et d’hélicoptères à destination de tous les États membres de l’Union européenne (UE). Le fait qu’on puisse avoir une protection civile à l’échelle du continent est une bonne nouvelle : cela montre qu’on peut faire de belles choses au niveau de l’UE. Mais des solutions pourraient aussi être mises en œuvre au niveau français. Airbus a testé des avions A400M (avions de transport militaire – NDLR) modifiés avec des réserves d’eau amovibles. Ce sont des avions rapides, puissants, qui peuvent transporter de gros volumes d’eau (20 000 litres, trois fois plus que le Canadair). J’ai posé le 9 août une question au gouvernement pour savoir pourquoi ils ne sont pas déployés. J’attends la réponse à la reprise des sessions parlementaires. Car la nouvelle commande de Canadair, elle, ne sera livrée qu’en 2026.

Si rien n’est fait, les villes seront invivables

Nous vivons un été sec et chaud. Les habitants des villes souffrent particulièrement de cette conséquence du dérèglement climatique, qui pourrait devenir la règle dans les années à venir. Comment les villes peuvent-elles tenter de s’adapter ? Une question qui se pose bien évidemment aussi pour Saint Gratien, qui est, rappelons-le, la commune la plus dense du Val d’Oise du fait de son petit territoire, très urbanisé.  

Entretien avec Roland Pellenq, directeur de recherche au CNRS, interrogé par Eva Douley, le mardi 2 Août 2022 pour l’Humanité

« Pendant les canicules, la température dans les centres-villes est plus élevée qu’ailleurs. Un phénomène d’îlot de chaleur urbain contre lequel il faut lutter en réintroduisant du végétal », souligne Roland Pellenq.

Qu’est-ce que le phénomène d’îlot de chaleur urbain ? Quelles sont ses conséquences dans les villes ?

Quand la France souffre de températures caniculaires, les villes se transforment en étuves. L’été, à Toulouse, Marseille ou Paris, des écarts de température de 8 °C à 10 °C peuvent être observés entre les centres-villes et la périphérie. Car les surfaces artificialisées et fortement minéralisées (bitume, béton, pierre…) des espaces urbains absorbent, stockent et rejettent la chaleur. Par conséquent, il y a un effet de chaleur continu dans les villes : c’est ce qu’on appelle, scientifiquement, le phénomène d’îlot de chaleur urbain.

Le béton, en particulier, absorbe et rend beaucoup de chaleur. On peut l’observer facilement sur une nationale du Sud : quand le ruban d’asphalte s’étale devant vous, que le soleil brille, à l’horizon, la route semble mouillée… C’est ce que l’on appelle le « gradient de température », qui est un fort changement de température sur une très faible distance, entre une température ambiante d’environ 30 °C et le bitume, chauffé par le soleil, qui peut atteindre 70 °C à 80 °C.

On comprend donc facilement que dans les espaces denses, comme les centres urbains, les îlots de chaleur sont particulièrement dangereux en période de canicule puisqu’ils provoquent des températures extrêmes, que l’homme peut difficilement supporter. Si rien n’est fait, quand la population sera encore plus urbaine – près des trois quarts de la population mondiale devraient vivre en ville en 2050, contre un peu plus de la moitié aujourd’hui – , que le climat de Lyon sera celui de Madrid aujourd’hui, les villes seront invivables. Avec des risques importants pour la santé des habitants les plus vulnérables.

Comment les villes peuvent-elles lutter contre ces îlots de chaleur urbains ?

Il y a quatre façons de lutter contre les îlots de chaleur urbains : le principal objectif étant d’éviter, au maximum, les radiations directes du soleil. Tout d’abord, il faut diminuer les « mobilités hard », c’est-à-dire les camions et les voitures qui se déplacent dans les villes. Car la hausse des températures favorise la production d’ozone, qui favorise le réchauffement climatique. Un véritable cercle vicieux ! Il en va de même pour les activités industrielles, le chauffage domestique ou la climatisation, qui accentuent le phénomène.

Ensuite, il faut augmenter la part de la végétation sur le sol, les façades ou les toits, ou encore multiplier les plans d’eau pour favoriser le rafraîchissement urbain. Il ne s’agit pas de créer des forêts en ville, seuls quelques arbres peuvent suffire à créer de l’ombre et à rafraîchir l’air. En puisant l’eau liquide présente dans le sol, les arbres la rejettent dans l’air sous forme de vapeur d’eau : donc s’il y a un parking en dessous, ça ne sert à rien. Après, il faut repenser l’agencement des bâtiments. Car plus les bâtiments sont hauts et compacts, plus ils font obstacle au vent, accroissant la sensation de chaleur. Ils piègent les rayons du soleil en les réfléchissant et créent par là même des « canyons » urbains.

Sur le modèle du quartier du Panier à Marseille, où les habitations sont basses et reliées par des ruelles qui ne voient pas, ou peu, le soleil durant la journée, les nouveaux quartiers doivent inclure des bâtiments à hauteur différenciée, qui ne soient pas exposés directement au soleil. Enfin, pour l’existant, la question des matériaux est centrale. On remarque bien que vivre dans un logement mal isolé, qui concentre la chaleur, est un facteur de vulnérabilité face aux phénomènes de stress thermique, d’insolation, de déshydratation ou d’hyperthermie provoqués par les îlots de chaleur. Les nouvelles infrastructures urbaines doivent inclure, par exemple, les matériaux à rétention d’eau, l’humidification de la chaussée, la multiplication des fontaines publiques ou la création d’ombrage à l’aide de toiles tendues.

Où en est la climatologie urbaine aujourd’hui ?

Les premiers travaux spécifiques sur les îlots de chaleur ont émergé au début des années 1990, avec la prise de conscience de l’impact du milieu urbain sur l’environnement. Et les travaux menés depuis trente ans sur cette section de la climatologie urbaine ont permis de modéliser certaines des caractéristiques qui peuvent expliquer la formation de ces îlots de chaleur urbains. La principale est la diminution dans les villes de la part des zones humides et des espaces végétalisés.

Aujourd’hui, il y a un double objectif : réduire la surchauffe urbaine et améliorer le confort thermique des citadins. Pour ce faire, on a constaté que lutter contre les îlots de chaleur urbains nécessite d’abord une cartographie fine de leur localisation, afin de pouvoir adapter les stratégies d’action au contexte.

Or, en milieu urbain, les réseaux de mesure comme ceux de Météo France ne sont généralement pas assez denses pour caractériser finement les processus météorologiques, et Google Maps ne permet pas de connaître la hauteur des bâtiments. Il faut donc interroger les usagers sur leur ressenti pour compléter efficacement les mesures quantitatives.

 

Une autre logique pour davantage de sécurité

Sécurité : des solutions efficaces existent, sans tout miser sur la vidéosurveillance par caméras ou l’armement des policiers municipaux… Exemple à Villejuif, à lire ci-dessous dans cet article paru dans l’Humanité. (Eugénie Barbezat)

Dans certains quartiers, les relations entre police et population ne cessent de se dégrader. À Villejuif, les policiers retrouvent le sens de leur métier.

Dans cette ville du Val-de-Marne, le maire PCF, Pierre Garzon, propose à sa brigade municipale une autre logique, fondée sur la prévention, la proximité et le dialogue.

Quand on lui a demandé d’ouvrir son bureau au public pour l’opération portes ouvertes de la police municipale de Villejuif, Frédéric a tordu le nez. « Moi, la com, ce n’est pas trop mon truc », raconte le chef adjoint de la brigade de cette ville du Val-de-Marne. En ce samedi matin, tandis que ses collègues proposent aux gamins de monter dans les voitures de police et même d’actionner la sirène, c’est pourtant avec enthousiasme que l’ancien militaire chargé de la prévention entraîne la petite troupe d’une dizaine d’enfants, accompagnés de leurs parents, vers la pièce du premier étage, un peu à l’écart, où il reçoit les victimes de violences. Dans la cour jouxtant la mairie, une table couverte de viennoiseries et de jus de fruits accueille les visiteurs, invités à découvrir leurs droits et devoirs sur de grands panneaux interactifs. Mais Frédéric a aussi des arguments : « Venez, je vais vous montrer les dessins faits par les enfants qui sont passés ici. Derrière chacun d’entre eux, il y a une histoire, plus ou moins grave… »

Il n’en faut pas plus pour piquer la curiosité des petits et des grands. Et l’agent de 49 ans en profite pour faire passer des messages : « Les enfants, vous pouvez venir me voir à tout moment si un adulte vous fait du mal ou si un grand vous menace à l’école. Dénoncer une injustice, ce n’est pas être une balance. Ceux qui vous ont fait du mal n’iront pas forcément en prison. Parfois, certains adultes ont juste besoin qu’on les soigne. Ici, on saura quoi faire. » Les petits sont attentifs, leurs parents aussi. Et d’insister auprès de ces derniers : « Si vous repérez des femmes ou des enfants en danger, il faut nous le signaler, même si vous n’êtes pas sûrs. Il vaut mieux nous alerter pour rien que de laisser quelqu’un se faire massacrer… Pas plus tard qu’hier, on a reçu une femme qui subissait des violences depuis des années. On l’a écoutée et on lui a trouvé un hébergement d’urgence. Nous ne sommes pas habilités à prendre les plaintes, mai s on a établi un document qui, le moment venu, servira à nos collègues de la police nationale. Regardez le SMS de remerciements qu’elle vient de m’envoyer… » lance-t-il avant de distribuer sa carte de visite aux adultes.

Bénédicte, une jeune femme blonde aux mèches roses et aux bras tatoués vit dans un quartier dit « sensible » de Villejuif. Si elle a décidé d’emmener Camille, sa fille de 6 ans, visiter les locaux de la police municipale ce samedi matin, c’est parce que, « dans (leur) cité, tout contact avec la police est mal vu. Je voulais que la petite ait une autre image de l’uniforme et n’hésite pas à s’adresser aux agents ». « Je n’aime pas l’idée que la police fasse peur. D’ailleurs, je ne tolère aucun comportement déplacé ou violent de la part des membres de mon équipe, pas même un tutoiement inapproprié. On est là pour protéger les gens », appuie le responsable adjoint. Insuffler l’esprit « gardien de la paix » aux agents responsables de la sécurité, c’est tout l’enjeu pour la nouvelle équipe municipale. Pour Sylvie Mantion, adjointe (PS) chargée de la tranquillité publique et de la prévention, « il est très important que les plus jeunes comprennent que la police n’intervient pas que dans une logique de répression. À Villejuif, on mise sur la construction d’un service public de la sécurité basé sur la proximité et en lien avec les habitants, les commerçants, les bailleurs, les écoles et les collèges. C’est une manière de fidéliser les agents, avec un projet solide et des missions qui ont du sens ».

Parmi les fidèles, on compte Patrick, un grand barbu souriant d’origine antillaise. Aujourd’hui brigadier-chef principal responsable du cadre de vie, il est en poste à Villejuif depuis 1983. Tout le monde le connaît et l’apprécie. À tel point que c’est sa photo qui a été choisie pour l’affiche de la journée portes ouvertes. « Quand j’ai débuté, je faisais traverser les petits à la sortie de l’école. Alors quand, en grandissant, ils font des petites ou des grosses bêtises, je sais comment leur parler. Et ils me respectent », assure-t-il. La relation avec les jeunes, c’est aussi le credo de Philibert. Éducateur de formation, le quadragénaire vient de rejoindre la brigade en tant qu’agent de surveillance de la voie publique (ASVP). En réalité, c’est toute l’équipe des policiers municipaux qui est en train de se reconstruire.

« Actuellement nous sommes 11 agents, et 3 autres vont nous rejoindre en septembre. L’objectif est que les 34 postes soient pourvus à la fin de l’année pour pouvoir assurer une présence en îlotage de 6 heures à 2 heures du matin. Pour l’instant, nos effectifs ne nous le permettent pas, alors ce sont les médiateurs qui prennent le relais à partir de 22 heures », détaille le chef, Michael Dehay, ex-gendarme mobile, fraîchement arrivé lui aussi. Mais le responsable ne cache pas les difficultés de recrutement : « Il y a une pénurie dans toutes les villes franciliennes. Et comme Paris est en train de créer sa police municipale, beaucoup de jeunes qui viennent de passer le concours sont recrutés dans la capitale. En plus, à Villejuif, nous sommes très exigeants sur les profils recherchés, notamment en ce qui concerne la déontologie. »

Dès son élection il y a deux ans, le maire (PCF), Pierre Garzon, a pris à bras-le-corps les questions de sécurité. Se fondant sur un audit de la police municipale existante, qui a révélé « beaucoup de remontées défavorables », « un usage disproportionné de la force, notamment via les LBD et le Taser » et aussi le peu d’efficacité des « 90 caméras de surveillance de la commune, qui n’ont permis ni de faire baisser la délinquance ni de résoudre des affaires », le nouvel édile a décidé d’un changement radical de doctrine. « Nous avons choisi de mettre davantage de moyens humains sur le terrain, des antennes dans les quartiers, des permanences, etc. Cela s’effectue à budget constant, grâce au redéploiement des 9 agents qui assuraient une présence 24 heures/24, 7 jours/7 devant les écrans de vidéosurveillance. Aujourd’hui, les caméras restent fonctionnelles, mais les images ne sont regardées qu’en cas de signalement d’un délit, et nous avons facilité la procédure pour leur mise à disposition en temps réel à la police nationale, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

Autre changement majeur : les policiers en patrouille n’ont plus désormais ni chien, ni Taser, ni LBD. « L’usage de ces armes dites non létales est mal encadré et elles sont trop souvent employées comme des armes d’assaut, alors même que, comme chacun le sait, elles font de gros dégâts. C’est pour cela qu’en concertation avec les agents nous les leur avons retirées, mais en leur laissant leur pistolet, dont l’usage est strictement défensif. Outre l’économie que cela génère, cela imprime une attitude des policiers qui va plus vers la désescalade. » La police municipale s’insère désormais au sein d’un dispositif plus large destiné à assurer la sérénité des Villejuifois. Les médiateurs interviennent en cas d’incivilités, de jeux un peu bruyants au pied d’une tour ou de pique-nique envahissant dans un parc… « Autant de micro-événements qui ne nécessitent pas qu’on les dramatise en faisant intervenir la police. Il s’agit de remettre les bonnes personnes, au bon moment, aux bons endroits », précise Pierre Garzon.

Un pari qui semble en passe d’être gagné. Les agents qui ne partageaient pas cette doctrine sont partis, ceux qui arrivent sont dans une logique de dialogue. « La jeunesse se sent moins stigmatisée, car les policiers ne la considèrent plus en adversaire. Les commerçants se sentent plus écoutés car, quand ils signalent une difficulté, on prend systématiquement rendez-vous avec eux et on se déplace sur le terrain », assure le maire. Bien sûr, toute la population n’adhère pas encore à ce changement de cap. « Mais c’est pour les rassurer sur l’utilisation de l’argent public que nous avons organisé cette journée portes ouvertes », explique Pierre Garzon. Effectivement, pour Jacqueline, Villejuifoise depuis soixante ans, rien ne va dans sa ville : « Les gens jettent des ordures n’importe où, les jeunes font du bruit jusque tard dans la soirée… c’est insupportable ! » s’agace-t-elle. Arrivée la première, la vieille dame passera toute la matinée sur place à faire part de ses récriminations aux agents, qu’elle appelle tous par leur prénom. «  On la connaît bien, on a l’habitude, c’est aussi ça la proximité », souffle l’un d’eux avec un clin d’œil.

Si cette « opération transparence » a pu rassurer les habitants sur l’utilité et l’accessibilité de la police municipale, le maire insiste cependant sur le fait que « ses missions sont bien distinctes et complémentaires de celles de la police nationale. Il ne s’agit en aucun cas de pallier le désengagement de l’État ». Or, le commissariat du Kremlin-Bicêtre, dont dépend la ville de Villejuif, a vu ses effectifs divisés par deux en dix ans… Une bonne raison pour Pierre Garzon de continuer à réclamer la création d’un commissariat de plein exercice dans sa ville de 60 000 habitants, où la circulation va être intensifiée par l’arrivée prochaine de deux nouvelles lignes de métro et du tramway.

Biodiversité et schizophrénie

Retours sur l’atelier développement durable – biodiversité & schizophrénie, qui s’est tenu à Camille Claudel sous l’égide de la Communauté de Commune mercredi 15 juin 2022.

Le Maire, Julien Bachard, qui pourtant préside la commission développement durable à la Communauté d’agglomération Plaine Vallée (CAPV) n’est pas là pour ouvrir. Déjà, au grand débat, il avait déserté la salle de réunion au bout de 5 minutes.

40 à 50 personnes. C’est peu à l’échelle de la CAPV : 17 communes ; 200 000 habitants.

Et surtout, la sociologie de l’auditoire ne reflète pas le quartier qui accueille l’évènement.

De fait l’assemblée, on le découvrira malgré nous lors du tour de table organisé lors des ateliers, est constitué d’un tiers de consultant.e.s, et d’un tiers de fonctionnaires ou d’élu.e.s des communes de la CAPV travaillant sur les questions d’environnement. On retrouvera par exemple le chef de service du Développement Durable de Saint  Gratien. Et d’un tiers de (vrais) habitants.

En guise d’amorce de la séance, une initiative des adolescent.e.s du quartier est présentée à l’assistance. Surprise : les jeunes des Raguenets ont tracé et testé un circuit allant à vélo jusqu’au château de la Chasse. Il semble roulable en sécurité. Après son test en condition réelle, son bilan est positif.

Surprise n°2 : Patrick Zamolo, adjoint au maire en charge des questions d’environnement à Saint Gratien, les félicite de cette « initiative remarquable ». Il  fait savoir qu’« ils peuvent compter sur lui car il prend l’engagement de pérenniser ce circuit qui emprunte les voies de 5 communes ». Et qu’il compte bien qu’« il y ait, un jour, au bout de cette sortie à vélo qui sera proposée aux familles des Raguenets, un pique-nique au château de la Chasse ».

Bien content que les jeunes Gratiennois.e.s recueillent ce type d’appréciation de la part d’un élu de la majorité habituellement très tiède sur la thématique vélo.

Après ce premier tour de chauffe, débutent les ateliers.

(J’étais venu avec nombre de questions, mais certaines ont déjà été présentées par mes collègues habitants : préservation des chauves-souris ; abeilles ; crapaud avec construction de tunnels permettant leur passage sous les axes routiers ;  végétalisation des murs et des toits des bâtiments public et des écoles ; replantation d’arbres en ville et notamment au niveau des entrées d’écoles ; pédagogie ; compost dans les écoles ; jardins pédagogiques ; désartificialisation des sols des zones de friches industrielles… trame noire : extinction des feux la nuit comme la lumière dans les magasins ou au 3ième étage du lycée Monod…, pour éviter de perturber les oiseaux migrateurs notamment.)

Je mets au pot cinq idées que je rédige sur les post it ad hoc, autour du leit motiv suivant : faire en sorte que la nature – la faune, la flore – regagne du terrain dans nos centres villes, ici au bout de nos rues :

  • Développer des jardins partagés associatifs en ville, y compris au pied des immeubles, au motif que c’est bon pour la flore, la faune, le lien social et le pouvoir d’achat. Une consultante dira qu’on peut s’inspirer de ce qui est fait à Gennevilliers. Je lui réponds qu’il existe une réalisation menée avec succès à Saint Gratien derrière le cimetière. Qu’on peut s’en inspirer. Cela coûte peu cher : avant tout de l’huile de coude. Et que cela correspond à une vraie attente des habitants. Je répète la nature du projet : des jardins partagés associatifs entre les immeubles.
  • Re-végétaliser le pourtour du lac d’Enghien, pour éviter que se déversent les jours de fortes pluies, des eaux qui emportent avec elles les poussières de caoutchouc des pneus qui se trouvent sur le bitume, et polluent l’eau du lac ; qu’on ait bien des conduites distinctes des eaux usées et des eaux de pluie, pour éviter que ce mélange se déverse dans les trois rus qui alimentent le lac d’Enghien et participe au développement d’algues toxiques.

Avec la montée en température du lac lors des fortes chaleurs, on a là un cocktail explosif : 15 tonnes de poissons morts ont été évacués par des équarrisseurs mi-août 2020…

  • Sensibiliser à ne pas jeter de mégots au sol, mais dans des dispositifs ad hoc qui permettent de les collecter, pour les recycler. C’est dorénavant possible. Car aujourd’hui, les mégots jetés au sol se retrouvent dans les estomacs de petits rongeurs, d’oiseaux, quand il ne s’agit pas de ceux de chats ou chiens. Et de toutes les façons, chacun sait qu’un mégot jeté au sol, c’est un mégot à la mer…
  • Créer des bassins de retenue d’eaux de pluie en ville, le cas échéant sous-terrain pour ainsi réutiliser l’eau pour arroser les espaces verts municipaux. Avec l’exemple du ruissellement des eaux de pluie du Collège Langevin contre l’un des murs de la salle d’armes, et dont la stagnation, faute de bassin de rétention, a participé à la dégradation d’une des façades de la salle d’armes. L’étude de la réalisation d’un bassin de rétention ici, permettrait de disposer d’eau de pluie pour par exemple arroser les plantations qui se trouvent sur la casquette du BIP à 500 m de là, qui ont très fortement souffert de la vague de chaleur de l’été 2020… voire sont mortes.
  • Installer sur les toits des immeubles des rampes de panneaux solaires, pour participer à la fabrication d’eau chaude sanitaire pour les habitants de ces appartements. Cela existe sur les toits de résidences collectives à Soisy et à Épinay. Une étude pourrait nous dire si c’est réalisable ici.

Et c’est là que les masques sont tombés. Voilà les remarques que ces propositions ont essuyées.

  • Jardins partagés: l’idée est assimilée par des fonctionnaires d’autres collectivités de la CAPV et par leurs élus à « un jardin pédagogique », « encadrés par quelqu’un qui s’y connait », parce que… hein ! »
  • Le lac d’Enghien ? Quelle catastrophe écologique ?

Selon l’adjoint au développement durable d’Enghien, « il faut proratiser les enjeux : la « catastrophe » du lac d’Enghien était surtout dû aux associations de pêcheurs [!] qui empoissonnaient démesurément et à hauteur de 4 tonnes de poisson par an le lac. Depuis l’empoissonnage est interdit. « Cela va mieux  » [sic]. Croisons par conséquent les doigts lors de la vague de chaleur qui vient !

Mais « on s’attèle quand même à la re-végétalisation des berges, notamment du côté quai Tabarly où les grands platanes ont été coupés et déracinés à l’occasion des aménagements des berges il y a quelques années. Et oui il faudra inciter les propriétaires des maisons autour du lac à réaliser des aménagements pour re-végétaliser d’autres parties du lac ». Il s’agit là d’une reconnaissance qu’il y a peut-être eu erreur dans la conception de la jetée Tabarly, et un laisser-faire auprès de certains propriétaires ? Quant aux circuits de collecte des eaux, oui, il y a un problème, sinon il n’y aurait pas de travaux au bassin des Cressonnières.

La question est alors de savoir si cette action se classe dans « l’action de dés-imperméabilisation des sols » ou d’une « conservation de l’existant », qui se résume pour un autre fonctionnaire « à ne rien faire » (on ne crée pas un second lac ; on préserve le lac existant avec sa faune, ses poissons et les oiseaux mangeant les poissons… ndlr.). Les porteurs de stylos qui étaient ce soir  des consultants, ne trouveront pas la bonne orthographe du lac d’Enghien. Je souligne que se fixer pour objectif de conserver la biodiversité du lac d’Enghien, ce n’est pas « ne rien faire », au regard des sommes déjà dépensées pour « effacer » les dégâts de l’épisode de chaleur d’août 2020. Et que le terme « dés-imperméabilisation » qualifie davantage l’ambition qui va devoir être la nôtre si on veut préserver et développer cette zone humide.

  • Installer sur les toits des immeubles des rampes de panneaux solaires pour produire de l’eau chaude dans les collectifs ? « Hors sujet ! C’est une thématique énergie. Ici c’est un atelier bio diversité ». Certes dis-je… mais en introduction de l’atelier il a bien été pointé que ce sont les bâtiments chauffés au gaz qui dans la CAPV produisent le plus de C0² et participent le plus à la destruction de la faune et de la flore… en un mot à la destruction de la biodiversité de la CAPV… D’où la pertinence de proposer une solution alternative à l’aide d’une énergie renouvelable… qui en plus devrait pouvoir impacter favorablement le pouvoir d’achat, eu égard à la hausse du prix du gaz…

Une consultante lors des échanges dénonce « la schizophrénie des élus qui veulent tout et son contraire : à la fois des actions qui s’inscrivent dans le PCAET et des réalisations opposées ». Je cite pour illustrer ses propos, le projet du BIP qui doit se prolonger de la station d’essence BP derrière la gare Champ de Courses à la nationale 1, au-delà de Saint Brice, et qui est portée par la présidente du conseil départemental et le maire de Soisy. Cela se traduira mécaniquement par la poursuite de l’artificialisation des sols ; de la pollution ; d’un déport un peu plus à l’est de la CAPV des bouchons… Silence dans l’assistance.

« Il ne faut pas rêver», reprend plus loin un fonctionnaire d’une des 17 communes. Il y a des choses qui coûtent cher. Qu’on ne pourra pas réaliser. La même consultante que plus haut poursuit : « il vaut mieux réaliser des choses pour lesquelles il y a des financements. Et aller chercher ces financements ». Quitte à réaliser des investissements qui vont à l’encontre de l’objectif du PCAET ? Et à l’encontre de l’intérêt général, fais-je remarquer ? Comme le grand projet inutile qu’est la création d’une gare en plein champ au Triangle de Gonesse ? Silence…

17h. C’est presque fini. Les fonctionnaires et les consultants se saisissent des fiches actions, fruits des ateliers, et les lisent à l’assistance. Comme anticipé et dit en séance, les actions possibles concernant le lac d’Enghien ne seront pas citées lors de la restitution à l’auditoire qui a perdu 50% de ses effectifs depuis 14h. Pour éviter de remuer le couteau dans la plaie… ?

L’élu en charge du développement durable viendra me voir en fin de séance pour me demander mon avis sur l’après-midi, par un « ça va ? quand même ? »

Bah, si on peut se satisfaire des échanges, du lieu choisi pour ceux-ci… il y a bien un « quand même ».

–   Consultants et fonctionnaires + élus majoritaires présents ont monopolisé près de la moitié du temps de parole de mon atelier, sur des aspects administratifs et aspects financement des projets…

– Ils ont beaucoup mentionné l’existence de subventions. À « aller chercher » ! Chasse à la subvention ? Pour financer les projets.

– Et les cabinets de consulting… Juges et parties ? Nécessité de faire un PLU Intercommunal ; connecter tel projet à un autre dans telle et telle ville de la CAPV, avec avant une étude à faire… par un des cabinets de consulting présents cette après-midi… ?

– La plupart des habitats sont partis AVANT la restitution finale à 17h.

Mon « diagnostic territorial » de l’organisation de cet atelier : d’excellents échanges avec la population… inexistants dans la restitution finale… qu’en ont fait les cabinets de …consulting…

Une défaite de l’investissement citoyen dans ce type d’action. Qui explique aussi en partie le taux d’abstention actuel… à fortiori dans le quartier où était organisé l’événement…

Et au fait ! Où était donc mercredi après-midi Estelle FolestDirectrice de la communication de l’Office français de la biodiversité (https://www.ofb.gouv.fr) et accessoirement candidate « En marche ! » dans notre circonscription ?

 

Estelle ? Pas vue !

Dimanche 19 juin, ne soyez pas schizophrène au moment de voter. Souvenez-vous en !

Stéphane Bauer, élu du groupe municipal  » Saint Gratien solidaire écologique & citoyen »

 

Jacques Villeglé, artiste miroir

Hommage de Pierre Laurent à Jacques Villeglé, disparu le 7 juin 2022
La mort de Jacques Villeglé, dont nous exposions deux œuvres dans l’exposition « Libres comme l’art » organisée il y a quelques mois à l’Espace Niemeyer, nous rappelle la place singulière acquise par cet artiste plasticien hors norme dans l’histoire de notre pays.
Utilisant les affiches collées dans les rues des villes, il a enraciné l’art au cœur de l’espace urbain et de l’espace politique.
Il a inventé de nouvelles formes pour parler de notre actualité et changé notre regard sur l’évènement.
Au Parti communiste, parti militant peuplé de colleurs d’affiches, nous saluons la mémoire de Jacques Villeglé comme celle d’un compagnon, d’un artiste miroir dans lequel nous redécouvrons la vie telle que nous tenterons toujours de l’imaginer.

Ainsi leur histoire serait racontée

« Elles iraient dans les musées et [qu’] ainsi leur histoire [des militants communistes] serait racontée »

C’est avec peine et avec un grand regret que nous apprenons cette après-midi le décès de Jacques Villeglé.

Regret et surprise également, comme nous fûmes surpris cet hiver au détour de l’exposition « Libres comme l’art » organisée par le PCF fin 2021/début 2022, lorsque nous sommes tombé.e.s au sous-sol du siège du PCF nez à nez avec les « déchirements » de Jacques Villeglé.

Un nom, qui en tant que Gratiennois-e-s, ne nous était pas du tout inconnu !

Au point que dans la perspective de l’inauguration vendredi 10 juin, du Plan de la Ville réalisé par Jacques Villeglé, nous avons tiré sur papier les deux photos ci-dessous, afin de les faire dédicacer par l’auteur des montages. Hélas, ce sera donc impossible. 

Avenue Jean Jaurès, 16 mars 1986, affiche lacérée marouflée sur toile, collection de l’artiste

Rue du Cloître Saint-Merri, 25 mai 1974, affiche lacérée marouflée sur toile, collection de l’artiste

Toutes nos condoléances à sa famille et longue vie à l’œuvre de Jacques Villeglé, dont le plan de ville qui sera dévoilé vendredi 10 juin à 19h, derrière la mairie.

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« 122 rue du temple, les présidentielles » est autant le témoignage de la victoire de la gauche en 1981 que la contestation violente qu’a pu soulever la campagne électorale de François Mitterrand.

Réduisant son geste à celui de la présentation du « déchirement », Villeglé donne à voir, tel un miroir tendu à la société, ses débats et ses crises d’opinion. Présentée dans le cadre institutionnel du musée ou de la galerie, l’affiche sera de surcroît soumise à la rencontre avec un spectateur qui peut voir ses idées violemment remises en question par la lacération. Ce n’est d’ailleurs pas sans une certaine ironie que Villeglé raconte ses démêlés avec le PCF : « J’ai eu beaucoup de discussions avec les militants communistes qui me reprochaient d’arracher leurs affiches : je leur répondais qu’elles iraient dans les musées et qu’ainsi leur histoire serait racontée ».

Isabelle Volat et Stéphane Bauer, conseillers municipaux du groupe « St Gratien Solidaire Écologique et Citoyen », adhérents du PCF

Des élu.e.s inspirée.e.s

Ce samedi 21 mai 2022, nous avons accompagné les candidates de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) pour des échanges sur le développement durable, à l’occasion de la journée municipale intitulée « Inspirations durables ». Nous reviendrons ici régulièrement sur la campagne des législatives de Gabrielle Cathala et Catherine David.

Associations, institutions, partenaires divers étaient rassemblés sur la pelouse du château Catinat : de « Citoyennes de la République » et ses jus de fruits 100% naturels, mixés à la force de la pédale (!) à l’atelier de réparation de vélos, en passant par Véligo et ses vélos à assistance électrique en location, de « Tchaomégot » qui recycle ce petit déchet très polluant qui jonche nos rues, à la communauté d’agglomération et son plan Climat territorial, du Siare qui exposait les problèmes liés à l’eau et à son assainissement au stand de miel local… les sujets « durables » ne manquaient pas.

Nos rencontres ont été fructueuses sur tous ces thèmes qui nous tiennent à cœur depuis longtemps.

N’avons-nous pas dès 2020, alerté sur la pollution due aux mégots jetés sur les trottoirs, et leurs nécessaires collectes et recyclage ? Aussi, avons-nous été particulièrement attentifs aux solutions proposées par « Tchaomégot » jeune entreprise qui propose des solutions à la collectivité… encore faut-il que celle-ci veuille bien y consacrer quelques moyens ! L’affaire n’est donc pas finie, et il faudra être vigilants pour que cela ne reste pas un effet d’annonce.

N’avons-nous pas interrogé depuis longtemps la ville sur le fait que nos réseaux d’assainissement restent unitaires, malgré la réfection de voirie dans de nombreuses rues, et malgré le fait que les nouvelles constructions soient soumises à l’installation de réseau séparatif sur leur domaine ? Continuer d’envoyer les eaux pluviales engorger les stations d’épuration n’est pas souhaitable. Il y a certes des moyens financiers importants à investir mais quand on refait une rue, n’est -ce pas pour des dizaines d’années ?   

N’avons-nous pas depuis de nombreuses années réclamé que la ville prenne enfin le tournant des transports doux, notamment le vélo et la marche, en veillant que nos trottoirs permettent une circulation aisée des piétons, poussettes et autres  fauteuils roulants ? Que la ville soit équipée d’aménagements cyclables permettant aux cyclistes de rouler et de se garer en toute sécurité ? Pistes cyclables, arceaux protégés et judicieusement implantés, parcs à vélos dans les écoles, parc Véligo à la gare, double sens cyclable… nos propositions se heurtent pour le moment à l’argument de rues trop étroites pour tout partage de la chaussée… mais nous ne désespérons jamais.

N’avons-nous pas dès 2014, proposé d’équiper nos immeubles et autres bâtiments publics de panneaux solaires permettant la production d’eau chaude à moindre coût ? Ou suggéré de réfléchir au principe de géothermie, dont un spécialiste nous a dit hier qu’elle permettrait de réaliser 80% du chauffage urbain ? N’avons-nous pas proposé la collecte des déchets verts, quand tout le monde nous opposait son coût prétendument insurmontable ? N’avons-nous demandé à préserver en ville des espaces naturels pour la promenade des humains mais aussi pour aider à préserver la biodiversité, notamment le parc urbain ou la casquette du BIP ?

Quelques regrets toutefois à propos de cette journée. Bien peu d’habitants malgré le soleil. Pourquoi ne jamais délocaliser dans les quartiers, endroits plus propices à la rencontre avec les enfants, les jeunes ? Raguenets ou Marais aimeraient aussi accueillir les manifestations municipales. Davantage de publicité serait aussi bienvenue, comme quelques stands un peu plus ludiques ou conviviaux, petite restauration ou buvette auraient mérité une place plus importante. Mais surtout, une politique municipale réellement tournée, tout au long de l’année, vers le développement durable, sensibiliserait et engagerait davantage les habitants dans cet enjeu essentiel pour notre vie future. Une ville plus « inspirée », avec des actions fortes et concertées, pour une vraie transition écologique ! Ça nous inspire !

L’école, service public essentiel (4)

Une autre école est possible ! Le SNUipp, premier syndicat du primaire, a interrogé Fabien Roussel sur les mesures qu’il prendrait concernant l’école. 

Le SNUipp-FSU interpelle Fabien Roussel

1) La baisse des effectifs au sein de toutes les classes est plébiscitée comme efficace à 99% pour améliorer les apprentissages des élèves et l’inclusion au sein de l’école.
Quel plan de recrutement et de construction de bâti scolaire allez-vous mettre en place au cours du prochain quinquennat pour permettre cette baisse ?

Dans mon programme, je porte la volonté de limiter le nombre d’élèves par classe à 15 en petite section, 20 dans les autres classes de maternelle et en élémentaire.
Concernant les recrutements, je chiffre à 90 000 les besoins immédiats. Je défends l’idée d’un pré-recrutement aux niveaux bac et bac +2, sous statut de la fonction publique, pour une entrée progressive et sereine dans le métier. Les formations initiales et continue seront reconstruites et revalorisées.
Pour ce qui est du bâti scolaire, mon programme comprend un grand plan national de construction, de rénovation et d’équipement des locaux scolaires.

2) La hausse des salaires est la mesure prioritaire pour améliorer la situation professionnelle des personnels, en plus de la titularisation comme fonctionnaire pour les AESH.
Quels moyens budgétaires allez-vous y consacrer et sur quelles perspectives de revalorisation des grilles salariales vous engagez-vous ?

Il est indispensable de rattraper les retards accumulés en terme de salaire : je prévois de les augmenter immédiatement de 30% et de dégeler le point d’indice. Je souhaite qu’il n’y ait plus aucun enseignant avec moins de 2200 euros nets dans les écoles.
Pour ce qui est des AESH, ils seront désormais sous statut de la fonction publique.

3) Le fonctionnement de l’école primaire est promis à un fort bouleversement, débuté avec la loi dite de « l’école de de la confiance » et poursuivi avec la loi Rilhac. Pourtant les enseignant·es rejettent la mise en place d’un directeur·trice d’école comme « supérieur·e hiérarchique » à 85% et plébiscitent au contraire l’organisation actuelle de l’école avec le conseil des maître·sses animé par leur collègue directeur·trice « pair parmi ses pairs ».
Quelle organisation et fonctionnement de l’école promouvez-vous ?

Ma vision de l’école repose sur les professionnels de l’éducation qui y travaillent au
quotidien. Je suis pour que les programmes soient élaborés démocratiquement avec tous les acteurs de terrain, par exemple.
Je ne suis pas favorable à une direction d’école sous forme hiérarchique. Notre école a besoin de directeurs dont les tâches administratives sont allégées par l’octroi d’un temps de décharge et d’une aide suffisante, afin qu’ils puissent se recentrer sur la coordination et l’animation des équipes pédagogiques. Leur engagement doit par
ailleurs être reconnu à sa juste valeur au niveau de leur salaire. Je suis attaché à l’école républicaine de proximité comme je suis attaché à la commune. Et, selon moi, il n’y a ni trop d’écoles ni trop de communes. Je suis également opposé à une école à la carte.
Je porte l’idée d’une augmentation du temps scolaire, porté à 27 heures hebdomadaires pour les élèves sans augmenter le temps de service et de travail des enseignants, déjà surchargés. Cela nécessitera plus de maîtres que de classe. Par ailleurs, le temps de concertation et de travail en équipe sera inclus dans le service de l’ensemble des personnels d’éducation.

4) L’inclusion est jugée comme mal prise en compte par l’institution scolaire (96% des enseignant·es, 73% des AESH et 53% des français·es). Plusieurs mesures sont plébiscitées par les personnels pour y remédier : allègement des effectifs mais aussi maintien des structures d’accueil spécialisées, recrutement d’enseignant·es spécialisé·es, véritable statut pour les personnels AESH, formation, matériel pédagogique adapté…
Comment allez-vous améliorer l’inclusion scolaire pour que l’école publique puisse permettre à tous les élèves, dans un cadre collectif, d’avoir les outils d’accès aux savoirs et à la culture commune ?

Les AESH sont incontournables pour progresser vers une inclusion plus ambitieuse, pour une école qui s’adapte et accompagne chaque élève vers son meilleur développement, vers son meilleur épanouissement.. Ils doivent pouvoir exercer leur mission dans des conditions dignes et respectueuses des enfants. Ils ont besoin d’un véritable statut dans la fonction publique, avec des formations qualifiantes, de vrais salaires et des recrutements en nombre suffisant. Ce serait le signe fort d’une société solidaire, d’une République mobilisée pour l’égalité.
Je pense que notre École doit apporter le meilleur d’elle-même pour les enfants les plus fragiles qui lui sont confiés. Il est urgent de reconstruire la médecine scolaire et les RASED.

5) La loi de « transformation de la Fonction publique » a profondément modifié la façon dont les personnels sont affectés ou promus en en rendant opaques et illisibles les modalités. Pourtant les enseignant·es démontrent à 96% leur attachement à des règles équitables et transparentes de gestion des personnels (mouvement, promotion…) étudiées en commission paritaire avec leurs représentant·es élu·es.
Allez-vous abroger cette loi de « transformation de la Fonction publique » et revenir à une gestion équitable et transparente des carrières des personnels ?

Face à la crise que nous traversons, écologique, économique, démocratique, nous
voulons renforcer le service public d’éducation, pour qu’il puisse donner à tous les
jeunes les moyens d’inventer des réponses nouvelles aux défis de l’avenir. Le budget de l’Éducation Nationale sera augmenté de 45%.
Pour ce qui est de cette loi, précisons que c’est parce que le fonctionnaire n’est pas
soumis à un contrat, mais à la loi, qu’il œuvre à l’intérêt général et en rend compte
devant la société tout entière ! C’est aussi parce que son statut est protecteur qu’il
garantit la neutralité du service public. Enfin, c’est parce qu’il est recruté sur concours qu’il se met au service du bien commun dans l’impartialité et l’égalité.
Je porte l’idée que les salariés ont leur mot à dire concernant leurs conditions de travail et leur outil de travail et le paritarisme en fait partie. Les CHS-CT, laminés par ce texte, constituent par exemple le moyen pour les agents et leurs représentants de jouer pleinement leur rôle dans la protection, la santé et la sécurité des personnels.
Ce texte vise l’extinction progressive du statut de la fonction publique, il est l’un des plus réactionnaires de l’histoire de notre République et nous reviendrons dessus.

L’école, service public essentiel (3)

Covid, un révélateur

La crise du Covid a aggravé les difficultés de l’école. Sans mesures concrètes pour traiter des conséquences scolaires de la crise sanitaire, on peut craindre des effets durables dans la scolarité des élèves, particulièrement ceux issus des classes populaires. Difficulté accrue des apprentissages, perturbation du rythme de travail en classe depuis le début de la crise sanitaire… le tout sur fond de manque criant de psychologues de l’Éducation Nationale.

Lors de la fermeture des écoles en 2020, les apprentissages à distance ont été fortement perturbés, notamment à cause de la « fracture numérique » par manque d’équipement et/ou mauvaise connexion des écoles et des familles.

D’un point de vue sanitaire, le manque d’équipement en matériels, masques, capteurs de CO2 … a exposé les enseignants et les élèves. Pas de campagne de dépistage et de vaccination pour les personnels. On a connu une communication aberrante du ministère, annonçant dans la presse des protocoles sanitaires sans cesse modifiés. Combien de fois les personnels ont appris la veille, voire après la rentrée, les nouvelles préconisations sanitaires ? En janvier 2022, il y a eu quatre protocoles en moins de 10 jours ! La réalité de la circulation du virus dans les écoles a été sous-estimée, voire niée par le ministère qui s’est aligné sur la thèse de la non contamination des enfants.

S’il était important de laisser les écoles ouvertes, cela ne devait pas se faire au détriment d’une école sécure du point de vue sanitaire.

Le Covid a surtout révélé l’existence d’écoles vétustes, manquant de sanitaires, de points d’eau, à l’aération parfois très difficile. Le ministère a renvoyé aux collectivités la responsabilité des capteurs de CO2 ou purificateurs d’air. Comme c’est facile !

Organisation de l’école

À l’heure actuelle, les écoles primaires sont organisées sur la base d’un collectif d’enseignants, dont l’un (ou plus souvent une !) est chargé du travail de direction. Les enseignants ont de tout temps refusé qu’un rôle hiérarchique soit confié aux directeurs d’écoles. Depuis cinq ans, l’objectif du ministère est de leur conférer une « autorité », leur déléguer des compétences auparavant détenues par la hiérarchie. La mobilisation contre la loi dite de « l’école de la confiance » a permis l’abandon des EPLESF (établissements publics des savoirs fondamentaux). Le ministre a tenté depuis de contourner cette opposition avec l’aide de la loi Rihlac (encore une députée du Val d’Oise !) Promulguée en décembre 2021, cette loi reconnaît la spécificité de la fonction de directeur d’école. Elle donne à ce poste une autorité fonctionnelle et le dote d’un véritable pouvoir de décision pour le bon fonctionnement de son école. Cela s’est accompagné d’une expérimentation marseillaise de ce dispositif controversé de la direction d’école. Une expérimentation très opaque et une rupture d’égalité dénoncée par les syndicats : pouvoir de recrutement annoncé pour les directeurs, autonomisation des écoles sur les contenus pédagogiques et les rythmes, attribution contractuelle des moyens. Ces dispositions remettent en cause le principe de l’égalité du service public sur le territoire.

Un budget de l’Éducation nationale en berne

Investir dans l’éducation, une question de choix…

L’éducation devait être une priorité du quinquennat. Mais sans accroissement des dépenses ? La part dans le PIB de ces dépenses baisse depuis 1996, alors que le PIB augmente régulièrement. C’est-à-dire que la France consacre une part de moins en moins importante de ses richesses à investir dans l’éducation de sa jeunesse.

La part de la DIE (dépense intérieure d’éducation) est passée de 7,7% en 1996 à 7% en 2020. Elle est estimée à 160,6 milliards d’euros. Si la France consacrait la même part de son PIB à la DIE qu’en 1996, le budget consacré à l’éducation serait plus élevé de 25 milliards d’euros.

Quant à la promesse de recruter 4 000 à 5 000 nouveaux enseignants, elle est tombée aux oubliettes. Bien pire, on note une baisse de 10 200 enseignants par rapport à l’année scolaire 2017/2018…

Des annonces inquiétantes

Et après ? Le programme présenté par E. Macron s’annonce dans la suite logique du quinquennat écoulé : libéralisation totale avec une mise en concurrence des écoles, l’effacement du service public d’éducation au profit d’un « marché scolaire ».

-Compétition entre les écoles  

Liberté pédagogique et « managériale » pour les directeurs des écoles et établissements,  recrutements sur profil, et au nom de la transparence, publication des résultats des évaluations permettant de comparer écoles et établissements entre eux… Bref, la compétition entre les écoles ! Totalement inefficace pour réduire les inégalités car chacun sait que c’est plus facile d’avoir de bons résultats dans une école où il y a peu d’élèves en difficulté que dans une autre. Cette mesure va renforcer la ségrégation, en favorisant le  bachotage » généralisé et favorise le privé – qui, lui, choisit ses élèves.

 -Travailler plus…

Les enseignants sont prévenus : ils vont connaître le fameux « travailler plus pour gagner plus » ! Complètement délirant quand on sait que le temps de travail des enseignants est déjà supérieur à 42 heures par semaine selon les propres chiffres du ministère de l’Éducation. Parmi les « nouvelles missions » : le remplacement obligatoire des absents ou le suivi individualisé des élèves. Pour faire croire aux parents qu’on va résoudre le problème des remplacements ? D’après la FCPE, 55 000 heures de cours ont été perdues depuis la rentrée. À Saint Gratien, des enseignantes en congé de maternité ne sont pas remplacées.. Troisième semaine sans maîtresse pour des CE1 du centre-ville ! Pour les AESH aussi, on promet des contrats de 35 heures par semaine, mais conditionnés à l’acceptation de tâches supplémentaires, notamment dans le périscolaire. Sauf que leur métier, c’est l’accompagnement des élèves en situation de handicap…

À suivre…. Une autre école est possible !

L’école, service public essentiel (2)

La politique menée par JM Blanquer a aggravé les inégalités scolaires, elle a aussi eu de fortes répercussions négatives sur la situation des personnels.. et tout est lié !

Des enseignants débordés

Le temps de travail des enseignants est de 42/44h par semaine. Actuellement, le travail pédagogique est entravé par de multiples « commandes » de l’institution qui entraînent des heures de travail sans forcément avoir des répercussions positives sur les élèves (projets pédagogiques ou médicaux personnalisés, livrets universels, protocoles divers, évaluations nationales…). Plus de 60 % des enseignants se disent débordés et stressés. Les stagiaires se sentent majoritairement insuffisamment préparés à prendre la responsabilité d’une classe, avec des difficultés dans la gestion de la difficulté scolaire et la prise en compte de l’hétérogénéité des niveaux des élèves.

Des salaires loin d’être attractifs

C’est connu, les enseignants français sont moins bien payés que la plupart de leurs homologues de l’Union européenne comme le montrent les comparaisons internationales. À titre d’exemple, un enseignant allemand en début de carrière gagne 4638 euros bruts contre 2253 pour un enseignant français, soit une différence de 2385 euros bruts mensuels ! En fin de carrière, les enseignants allemands touchent en moyenne 2137 euros bruts mensuels de plus que les français.

Fonctionnaires de catégorie A, les enseignants, qui ont un niveau Bac +5, ont également une rémunération inférieure de 35% à celle des autres cadres de la Fonction publique.

D’autre part, le choix des  gouvernements successifs de ne pas augmenter la valeur du point d’indice depuis 2010 a réduit considérablement le pouvoir d’achat des fonctionnaires en général, et des enseignants en particulier. Les professeurs des écoles ont ainsi perdu l’équivalent de plus d’un mois de salaire en 2022 par rapport à l’année 2010.  Le métier d’enseignant n’est plus attractif.

Une formation continue des enseignants réduite à portion congrue

L’absence de formation continue, en particulier sur la question de l’inclusion ou des élèves à besoin éducatifs particuliers, fait cruellement défaut. Ces temps de formation et d’échanges entre enseignants ont été remplacés par des formations imposées, à publics désignés, sur des temps inférieurs à 4 jours, contre des stages auparavant  de trois semaines de formation continue de qualité, en lien avec les travaux de toute la recherche et avec les apports des mouvements pédagogiques. Pourtant la formation continue est indispensable pour un métier en constante évolution.

Un statut attaqué

Durant le quinquennat Macron, les écoles ont vu augmenter le nombre de personnels enseignants sous divers contrats : étudiants alternants, contractuels covid, contractuels 100 %…Ces personnels font de leur mieux mais leur situation reste très précaire : contrats courts, bas salaires, manque de formation… Et, faut-il le rappeler, le métier enseignant ne s’improvise pas et s’acquiert par une formation !

La loi de Transformation de la Fonction Publique a aussi eu des conséquences très négatives pour le personnel enseignant. Les instances paritaires, où les représentants du personnel siègent à égalité avec l’administration, sont ainsi dessaisies de nombreuses questions laissées entièrement à la discrétion de l’administration : mouvement (changement d’affectation), promotions, temps partiels, disponibilité, listes d’aptitudes, départs en formation continue… C’est le « new management public » dans l’Éducation nationale !  Enfin le ministre a voulu inscrire dans la loi intitulée « Pour l’école de la confiance » un devoir de réserve. C’est, selon les syndicats, la transformation du « fonctionnaire-citoyen », issu du Conseil National de la Résistance et renforcé par les lois de 1983, en « fonctionnaire-exécutant », conception héritée du 19ème siècle et instituée sous le régime de Vichy.

Des enseignants non soutenus

Les enseignants font régulièrement part du sentiment d’un manque de soutien de leur hiérarchie. Pendant 5 ans, JM Blanquer a orienté l’opinion publique contre les enseignants : désinformation, mensonges, participation du ministre à une campagne de « prof-bashing » laissant entendre qu’ils « auraient décroché » pendant le confinement ou qu’ils seraient coupables « d’absentéisme », fausses annonces sur la revalorisation des enseignants… les exemples sont légion. Les enseignants ne pouvaient-ils par exemple pas participer aux travaux agricoles au printemps 2020, puisque les écoles étaient fermées ? Il faut donc croire que leur travail en « distanciel » n’en était pas vraiment un… alors même que les enseignants bataillaient pour maintenir le lien avec leurs élèves malgré toute l’impréparation et les difficultés auxquelles ils étaient confrontés.
 
Une vision pédagogique rétrograde, la liberté pédagogique mise à mal

Aucune preuve ne vient étayer l’idée que le resserrement sur les « fondamentaux », vanté par le ministre, permet de lutter contre les inégalités. C’est même le contraire. Le resserrement sur les « fondamentaux » génère une aggravation des inégalités scolaires.

La liberté pédagogique est également bien mise à mal par le ministre. Alors que seuls les textes officiels qui s’imposent à tous sont les programmes, avec Jean-Michel Blanquer, jamais les professeurs des écoles n’auront connu autant de guides, vadémécum, prescriptions et formations imposées. Avec des auteurs anonymes, ces guides donnent non pas à réfléchir sur la pratique de classe mais indiquent « des bonnes pratiques ». Cela a pour effet de dessaisir les enseignants de leur métier.

À suivre… l’école sous Covid