Une République démocratique, sociale et universelle

Commune de Paris. Roger Martelli : « Une montée au mur festive et populaire »

Roger Martelli, historien, coprésident de l’association des Amis de la Commune est interrogé par Diego Chauvet pour l’Humanité. Il vient de publier « Commune 1871. La Révolution impromptue » aux éditions Arcanes 17.

Pour le 150e anniversaire de la Commune de Paris, plus de cent organisations ont appelé à un rassemblement et un défilé depuis la place de la République, samedi.

Cette année, la montée au mur des Fédérés commencera par un rassemblement à 10 heures, samedi 29 mai, sur la place de la République, où auront lieu des prises de parole, des animations et un pique-nique. Le cortège s’élancera ensuite à 14 heures en direction du Père-Lachaise. Un rendez-vous pour affirmer que, cent cinquante ans après, « la Commune n’est pas morte », détaille le coprésident de l’association des Amis de la Commune Roger Martelli.

Chaque année a lieu la montée au mur des Fédérés. Quel est le sens de cette initiative ?

Roger Martelli L’habitude a été prise en 1880 de se retrouver au cimetière du Père-Lachaise devant le mur des Fédérés, où 147 combattants de la Commune ont été fusillés et enterrés le 27 mai 1871, vers la fin de la « semaine sanglante » (21-28 mai 1871). C’est le parti de Jules Guesde, un des premiers partis ouvriers français, qui décide de faire de ce moment et de ce lieu une occasion de se retrouver pour exalter la force du combat socialiste et ouvrier. À partir de là, chaque année à la fin du mois de mai, les héritiers affirmés de la Commune ont pris l’habitude de « monter au mur » pour exalter sa mémoire et celle de ses combattants massacrés.

Les manifestations commémoratives de la Commune ont connu des affluences massives dans le passé, et notamment à l’époque du Front populaire. Elles se sont maintenues au fil des ans, même de façon plus modeste. Cette année, nous avons pensé qu’il convenait de donner un relief particulier à cette montée au mur. Ce sont donc plus de cent organisations qui se sont associées et réunies à plusieurs reprises pour envisager une matinée festive sur la place de la République, puis une manifestation en cortège vers le Père-Lachaise jusqu’au mur emblématique. Une manière de dire, avec plus de relief encore que d’habitude, que « la Commune n’est pas morte ».

Cette année, vous avez appelé à en faire l’occasion d’« un élan populaire et festif ». Pourquoi ce choix ?

Roger Martelli Nous l’avons voulu parce que c’est une année marquante – un cent cinquantenaire. Nous l’avons voulu aussi parce que les adversaires traditionnels de la Commune ont décidé de retrouver une hargne et un élan anticommunards que l’histoire avait semblé éloigner de nous. Alors que l’Assemblée nationale avait décidé heureusement, en 2016, de réhabiliter rétrospectivement les communard-e-s condamné-e-s et de réintégrer positivement la Commune dans l’histoire nationale, les adversaires historiques de la Commune, les versaillais d’aujourd’hui, retrouvent de la voix pour déverser sur elle des tombereaux de boue.

Nous avons voulu donner à notre propre voix une force suffisante pour couvrir celle des descendants assumés des bourreaux. Mais nous avons voulu lui donner une forme dans l’esprit émancipateur qui fut celui des communard-e-s : un moment de lutte achevé dans le plus grand bain de sang de l’histoire civile française contemporaine, mais aussi un moment de liberté et de fête, où les humbles accédaient enfin à la reconnaissance et à la dignité. La Commune fut un combat sans merci, mais ce fut aussi un moment de fierté et de joie. Alors que tant d’ombres planent sur nos sociétés plongées dans l’incertitude et parfois l’angoisse, c’est cette confiance dans le peuple que nous redirons dans la rue en cheminant vers le Père-Lachaise.

Bien sûr, la pandémie aura marqué de son empreinte l’événement et limité l’ampleur de la fête dont nous rêvions au départ. Mais l’anniversaire de l’événement n’aura pas été réduit au silence. Beaucoup d’activités collectives ont eu lieu déjà et d’autres auront lieu encore. Samedi devrait être un temps fort de cette affirmation joyeuse, une fois de plus lancée à tous les vents.

Parmi toutes les commémorations auxquelles il s’est joint, Emmanuel Macron a refusé celle de la Commune de Paris. Pourquoi selon vous ?

Roger Martelli Emmanuel Macron aurait pu, en saluant la Commune, réintégrer une pièce de l’histoire populaire dans le grand mémorial de la République et de la nation. Il ne l’a pas fait. Tant pis. La Ville de Paris le fait. Tant mieux…

Une belle occasion a été manquée. Que voulaient les actrices et acteurs de la Commune au printemps de 1871 ? Que la République ne soit pas fermée aux plus modestes, mais qu’elle soit enfin universelle et que, ce faisant, elle soit pleinement égalitaire, démocratique et solidaire, comme l’y incite sa devise, adoptée en 1848, de « liberté, égalité, fraternité ». Ces femmes et ces hommes qui avaient pris les armes pour défendre Paris avaient pour seul crime d’avoir voulu d’une « République démocratique, sociale et universelle ».

L’anniversaire aurait permis de mettre fin à l’exclusion officielle de la mémoire de ces dizaines de milliers d’individus, le plus souvent d’origine modeste, qui s’engagèrent pour que la devise de la République ne soit pas que des mots. Ils le payèrent cher. La République officielle aurait pu les réintégrer dans la grande histoire républicaine. Celle d’Emmanuel Macron a préféré suivre ceux qui préféraient l’homme du coup d’État de brumaire à la Commune. On ne demandait pas au président de célébrer, mais à tout le moins de commémorer. Il a préféré le silence. Mais du coup, il a laissé le terrain aux aboyeurs du camp d’en face. Double injustice par laquelle la République officielle d’aujourd’hui entérine par son silence la mitraille de la République conservatrice d’hier. Elle a tort : les munichois finissent toujours par payer les additions.

Illustrations de Dugudus, dans son ouvrage « Nous la commune » et de la BD « le cri du peuple »

À l’assaut du ciel

Il y a 150 ans, la semaine sanglante mettait fin à l’expérience de la Commune de Paris.

Pour autant, la Commune n’est pas morte ! À l’assaut du ciel, pendant ses courts soixante-douze jours, son « espoir mis en chantier » reste bien vivant. « Première bataille rangée du travail contre le capital » selon Jean Jaurès, la Commune de Paris nous inspire toujours.

La Commune a osé, réalisé, échoué, a été réprimée dans le sang et l’exil. Mais en sa courte vie, elle a ébauché tant de choses. Suffrage universel (mais masculin uniquement !), élections libres, séparation de l’église et de l’État, école publique et laïque gratuite, organisations syndicales, interdiction de la prostitution, reconnaissance de l’union libre, liberté de la presse, coopératives ouvrières, salaire minimum, diminution du temps de travail, expérimentations de formes de démocratie directe… tant de sources de progrès démocratiques futurs…Dans bien des domaines, la Commune fut à l’avant-garde. Elle a mis en avant le rôle des femmes, associé les artistes, les étrangers… et surtout montré la capacité révolutionnaire des travailleurs organisés.

Le samedi 29 mai 2021, nous célébrerons les 150 ans de la Commune, par une montée au mur  des fédérés. À partir de 10 heures, sur la place de la République, animations, spectacles, prises de parole, pique-nique. À 14 heures, départ du cortège populaire en direction du Père-Lachaise.

Quelques ouvrages sur la Commune

« Commune de 1871, la révolution impromptue », de Roger Martelli, aux éditions Arcanes 17

« Nous la commune », illustrations de Dugudus et textes d’Hugo Rousselle ; autoédition

« Vive la Commune », de Michèle Audin et Patrick Marchand ; éditions du Caïman

« Le banquet des affamés », de Didier Daeninckx, Gallimard

« Les damnés de la Commune », BD en 3 volumes de Raphaël Meyssan, éditions Delcourt

Hors-série de l’Humanité : « un espoir mis en chantier »

La Commune en chansons

Vive la Commune d’Eugène Chatelain

La Commune de Jean Ferrat  

La semaine sanglante par Francesca Solleville  

L’Internationale de Eugène Pottier, par Marc Ogeret

Le temps des cerises, par Noir Désir

En savoir plus

Les amies et amis de la commune de Paris 1871

Illustrations tirées du livre de Dugudus

Sécurité

Sécurité : Pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la paix humaine… par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité (les gras sont de la rédaction du blog)

Après la multitude de violences et de meurtres de policiers, d’attaques contre des pompiers, des employés communaux, des médecins, des élus, j’ai consacré cette semaine mon éditorial de « L’Humanité Dimanche » aux enjeux de la sûreté des biens et des personnes, à « la sécurité » comme on dit de nos jours.

Ces violences, ces vols, ces dégradations, les ventes à la sauvette de cigarettes ou de drogue rendent la vie impossible dans les quartiers populaires. Cette situation fracture la société et les corps constitués : c’est d’ailleurs une aubaine pour les pouvoirs au service du capital.

Vivre en sécurité est un droit humain. Que le malaise des policiers soit profond, c’est indéniable. Il l’est aussi chez ceux qui travaillent dans la justice ou l’éducation, ainsi que dans tout autre service public. D’ailleurs, pourquoi ne dispose-t-on d’aucuns chiffres sur la situation des soignants et des médecins touchés ou décédés dans l’exercice de leurs métiers. Curieux silence… Trop de choses se disent désormais en dépit de la vérité. Il n’y aurait qu’un seul assassinat de policiers que ce serait déjà un de trop, mais les policiers ont aujourd’hui quatre fois moins de risques de mourir dans l’exercice de leurs fonctions qu’il y a 30 ans. Il y a eu 54 suicides de policiers en 2019 et 33 suicides de gendarmes. Il conviendrait de parler aussi des suicides de paysans, des maladies professionnelles et des accidents du travail des ouvriers du bâtiment et de bien d’autres qui agonisent dans le silence.

Il est également dit qu’il faudrait durcir les lois dès lors qu’un crime est commis contre un fonctionnaire de police. Mais s’attaquer à un fonctionnaire de police est déjà reconnu comme circonstance aggravante et ces crimes sont déjà passibles de la peine maximale : la réclusion à perpétuité.

Autre affirmation : la justice serait laxiste. Elle rend le droit au nom du peuple français et la seule justice pénale a traité 4 millions d’affaires nouvelles en 2019, dont 1,3 millions validées par le parquet. Pourtant, à peine 0,2 % du PIB français est aujourd’hui consacré à la justice.

Justice, police et éducation souffrent toutes du même mal : l’austérité imposée depuis des années. Cet enjeu est trop peu abordé alors que les élus locaux pointent du doigt le problème des moyens depuis bien longtemps.

Mon éditorial (lire ici) ayant été écrit dimanche dernier – soit bien avant la manifestation des policiers de mercredi dernier – j’apporte aujourd’hui quelques éléments fondamentaux sur cet évènement.

D’abord notre République n’a pas à se soumettre à ses forces de police. Ce principe fondamental est violé dès lors qu’une intersyndicale policière organise une manifestation devant le lieu où se créé la loi, c’est-à-dire l’une des chambres du Parlement. « La garantie des Droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique, cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée… », proclame la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. La police est donc au service des citoyens et ne peut avoir le pouvoir de faire la loi. C’est au contraire à la police de se soumettre à la Constitution, aux lois.

Or la manifestation convoquée par différents syndicats de police visait notamment à réclamer « la mise en œuvre de peines minimales pour les agresseurs des forces de l’ordre ». C’est donc l’ordre donné à la justice de juger hors contexte ordonnatrice aux juges et aux jurés. Ainsi le compréhensible, réel et profond malaise policier, et pire encore, l’hommage aux deux fonctionnaires de police atrocement assassinés à Avignon et Rambouillet, ont été indignement détournés, mercredi dernier, au profit d’une offensive ultra-réactionnaire contre une cible principale : la justice. Non seulement contre la justice dans son exercice quotidien mais aussi et surtout contre les principes fondamentaux du droit hérités de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Des conditions de travail, des missions, des moyens nécessaires pour recoudre le lien entre les forces de l’ordre et la population, il ne fut aucunement question.

Les propos tenus par le secrétaire général du syndicat Alliance, accusant la justice d’être « le problème » de la police, sont intolérables et doivent être combattus avec la plus grande fermeté. Pire encore, il a été dit : « Nul doute que si cette mobilisation s’avère très efficace aujourd’hui, les digues céderont, c’est-à-dire les contraintes de la Constitution, de la loi » a surenchéri le du syndicat Unité-SGP Police des Yvelines.

Il faut impérativement mesurer la gravité de cette offensive contre les libertés publiques, appuyées par l’audience considérable dont jouit l’extrême droite. Et y répondre. On reste étonné de la confusion qui s’installe entre défense des policiers et de leurs fonctions, dans le cadre d’une opération antirépublicaine sous l’égide d’un syndicat de droite s’attaquant aux lois et aux principes constitutionnels que les policiers sont censés faire appliquer et défendre.

Nous faisons face à un problème de taille : les espaces se font rares pour exprimer le refus des violences qui s’exercent contre les fonctionnaires tout comme notre attachement à un service public de la sécurité reposant sur une éthique républicaine, sans que l’on se retrouve embarqué dans une manœuvre politicienne rance. Cet espace reste à conquérir, avec les agents de la sécurité publique qui luttent pour l’amélioration de leurs conditions de travail, avec la population soucieuse de reconstruire le lien distendu entre elle et l’institution policière, avec les élus locaux. Ce doit être également l’un des objectifs de l’importante manifestation de la gauche sociale, associative, politique, intellectuelle et pour la défense des libertés publiques qui se tiendra le 12 juin prochain. Cette manifestation compte sur le soutien de l’Humanité et elle sera, nous l’espérons, la plus large possible : ce sont les fondements même de la tradition multi-séculaire de l’humanisme, de l’universalisme et des Lumières qui sont aujourd’hui visés, au premier rangs desquels la séparation des pouvoirs, rempart décisif à l’arbitraire que l’extrême droite rêve d’instaurer en France.

Recul à Gonesse

Triangle de Gonesse : Castex ouvre la voie à l’artificialisation des terres

Article paru dans l’Humanité du vendredi 7 mai 2021, par Marie-Noëlle Bertrand

Le Premier ministre envisage l’extension du marché de Rungis et la réalisation d’une gare du Grand Paris sur les parcelles agricoles anciennement menacées par Europacity. Un recul monumental, dénoncent ceux qui les défendent.

Détruire des terres agricoles périurbaines pour créer un marché des circuits courts ? Absurde, et surtout hypocrite quand la vraie visée n’est pas dans les cageots mais dans les rails, réagissent de nombreux acteurs après la validation par Jean Castex des projets d’aménagement du Triangle de Gonesse, dans le Val d’Oise.

Le Premier ministre a présenté ce vendredi 7 mai son plan d’action économique pour le département. Dix-sept propositions sont posées sur la table, dont trois s’avèrent déterminantes pour l’avenir de la zone anciennement dédiée à accueillir le méga complexe Europacity. Le gouvernement entend désormais y réaliser une partie de l’extension du Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis, ainsi qu’une cité scolaire internationale. Il maintient, surtout, son ambition d’y bâtir une gare, perspective qui, depuis plusieurs mois, attise la controverse.

600 hectares de terres arables

Pour rappel, le Triangle de Gonesse couvre une zone de plus de 600 hectares de terres arables. Situées dans le Val d’Oise et en limite de Seine Saint Denis, celles-ci comptent parmi les plus riches de France, agronomiquement parlant, et même d’Europe. En 2006, était néanmoins lancé un vaste projet d’aménagement visant à en urbaniser près de 280 hectares. C’est là que les promoteurs du méga complexe de commerces et de loisirs Europacity prévoyaient de l’enraciner. Afin de le desservir, une gare avait été prévue dans le cadre du Grand Paris Express. L’opposition que les perspectives ont suscitée en a décidé autrement.

En 2019, face à la fronde, Emmanuel Macron avait annoncé l’abandon d’Europacity. Reste à savoir quoi faire de ces terres. La question, désormais, ne concerne plus que les 110 hectares contrôlés par l’État et la région île de France, mais elle n’en reste pas moins électrique. Elle oppose plusieurs mouvements écologistes et partis de gauche, dont la FI et le PCF, à de nombreux élus locaux de la majorité ou du PS. Les premiers revendiquent de saisir l’opportunité que représentent ces terres pour y installer une agriculture biologique, à destination des marchés l’île de France, et continuent de réfuter tout projet d’artificialisation des terres, inclus celui de la gare. Les seconds voient dans la parcelle une opportunité de développer de nouvelles infrastructures pour soutenir la vie économique du département. Inclue la nouvelle gare, donc.

Extension du marché de Rungis

En juillet 2020, le haut fonctionnaire Francis Rol-Tanguy rendait un rapport faisant la part belle au projet agricole. Il est, pour l’heure mis de côté au profit d’un autre rapport, réalisé quant à lui par le préfet du Val-d’Oise, Amaury de Saint-Quentin. Remis au Premier ministre en décembre 2020 celui-ci évoquait le principe d’installer une extension du marché de Rungis. C’est cette option qu’a donc retenue le gouvernement.

Un non-sens, dénonce aujourd’hui le Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG) qui rassemble les défenseurs de la zone. « On voit bien que détruire des terres agricoles pour vendre des produits bio et en circuit court, c’est une idée totalement aberrante », souligne, dans un communiqué, Bernard Loup, son président. L’annonce de Jean Castex ne sert qu’à légitimer la construction de la gare, devenue injustifiable depuis l’abandon d’Europacity, insiste le collectif. Véritable cheval de Troie de l’urbanisation de la zone, sa réalisation offrirait à son tour une justification à de nouveaux projets, alerte le CPTG. « Avec un tel projet, le gouvernement retombe dans les errements du passé », souligne Bernard Loup. « Il perd tout le crédit gagné lors de l’annonce de l’abandon d’EuropaCity en novembre 2019. »

Vaccinez la maîtresse !

La fermeture des écoles était inéluctable. Nombre de cas en forte hausse, nombre important de classes fermées, le fameux « taux d’incidence » dépassant les normes…

Le virus circule partout, et fort logiquement il n’a pas épargné les écoles. Face à la vague, l’école a craqué. Il n’y a pas eu d’autre solution que de fermer, et d’allonger les vacances de printemps. Une semaine supplémentaire pour le primaire, deux pour le secondaire.

Les écoles pourront-elles rouvrir le 26 avril ? On l’espère, car le premier confinement a confirmé ce que nous savions déjà : rien ne remplace l’enseignement dans les écoles, et les premiers à souffrir de leur fermeture sont les élèves les plus fragiles, ceux qui n’ont personne pour les aider à la maison, ceux qui ne sont pas équipés de matériel informatique, ceux qui ont besoin de la maîtresse, la maîtresse près d’eux, pas derrière un écran, et du coup de main de leurs copains, en classe, pas derrière un écran.

Nous pensons évidemment aussi aux familles sans ordinateur et c’est pourquoi nous avions interrogé la ville pour savoir si elle avait envisagé à Saint Gratien des dotations en tablettes pour certaines familles. Non, ce n’est pas à l’ordre du jour.  

Ce n’est pas faute d’avoir alerté : le service public de l’éducation, comme celui de la santé, est victime de ses faiblesses structurelles, dénoncées par les professionnel.les et leurs syndicats bien avant la crise du Covid. Des protocoles sanitaires successifs bien imparfaits ne pouvaient faire le poids. Les écoles souffrent depuis bien longtemps d’un encadrement humain insuffisant, et de locaux parfois inadaptés.

Comment respecter les « gestes barrière » dans une classe surchargée ? Comment assurer une bonne aération des locaux quand les fenêtres sont défectueuses et les systèmes de purificateurs d’air inexistants ?

Comment surveiller le lavage des mains de 30 petits quand les Atsem manquent cruellement en maternelle ?

Comment garantir la sécurité sanitaire à la cantine, quand les locaux sont en temps ordinaire déjà bondés et les animateurs en nombre réduit ?

Comment éviter les « brassages » quand le manque de professeurs remplaçants, déjà criant en temps ordinaire, est désastreux en temps de pandémie ?

Comment assurer un port du masque efficace, quand l’équipement des enfants est laissé à la charge des familles, pour un coût non négligeable ?

Comment dépister les cas positifs avec des tests salivaires, beaucoup commentés mais bien peu réalisés, (4 écoles gratiennoises sur 14 les ont connus) et pas ciblés lorsqu’un cas était détecté, alors que les épidémiologistes s’accordent à dire que c’est ce qu’il faut faire pour intervenir sur les foyers de contamination ?

On ne parlera pas de la vaccination des enseignant.es, promise pour avril, puis repoussée… aux calendes grecques ? On parle dorénavant de fin juin.

Ce sont pourtant des personnels en « première ligne », qu’il aurait fallu vacciner massivement si l’incurie de nos gouvernants ne nous avait pas privés de vaccins, après nous avoir privés de masques et de tests en temps utiles. Enseignant.es, Atsem, AESH, animateurs et animatrices de cantine… sont au contact rapproché d’enfants, qui parfois comme en maternelle, ne portent même pas de masques…

Pendant ce temps, le ministre Blanquer nous assène que « aller à l’école, c’est rester en bonne santé ». Résultat ? Des écoles qui ferment en catastrophe, à peine le temps pour les enseignant.es d’organiser le travail à distance de leurs élèves, et aux familles d’organiser deux semaines de vacances à de nouvelles dates. Et  le fiasco de « l’école à distance » quand là encore les moyens ne sont pas au rendez-vous, que parfois même les enseignant.es ne sont pas informatiquement équipé.es, que les connexions échouent et qu’on laisse sur le carreau les élèves les plus en difficulté…

Comment mettre à profit les semaines à venir pour enfin mettre en place une stratégie permettant le maintien en présentiel du service public d’éducation dans un cadre sanitaire sécure ? Car il importe de garantir une réouverture des écoles, seule à même de ne pas creuser davantage les inégalités scolaires, de permettre aux élèves de poursuivre les apprentissages collectifs et de maintenir un lien entre eux.

Cela signifie un accès prioritaire et rapide à la vaccination pour les personnels travaillant dans les écoles, la règle de fermeture de classe fixée partout à un cas avéré, des tests salivaires massifs ciblés et réalisés partout de façon hebdomadaire, les locaux équipés de capteurs CO2, des masques chirurgicaux fournis aux élèves et aux personnels, des classes allégées… parce que dans le même temps, des fermetures de classes continuent d’être prévues à la prochaine rentrée scolaire !

Recrutement d’enseignants, des adultes en nombre dans les écoles, une partie de la solution est là.

Une autre clé est la concertation avec l’ensemble des acteurs concernés. L’inverse de ce qu’a fait la ville de Saint Gratien, en proposant une mesure -l’élargissement de la pause méridienne- qui visiblement ne convenait pas et n’a finalement pas pu être mise en application. Quel dommage de ne pas avoir pérennisés, comme nous l’avions suggéré, les « groupes de travail » associant parents, enseignant.es, élu.es, à la déclinaison d’un protocole sanitaire efficace !  

Vive la Commune !

La Ville de Paris va lancer une série d’événements pour marquer le 150e anniversaire de la Commune, à partir du 18 mars, date de début du soulèvement populaire de 1871.

Lu dans le JDD (mais il y a aussi un numéro spécial de l’Humanité sur la Commune !)

Les silhouettes de 50 communards comme Louise Michel et Gustave Courbet, dessinées par Dugudus, seront exposées dans Paris le 18 mars.

Cinquante communards tenus par 50 Parisiens d’aujourd’hui. Le 18 mars, date du premier jour de l’insurrection de 1871, des silhouettes grandeur nature de figures historiques comme Louise Michel ou de personnages inconnus comme la brancardière Hortense Machu seront dressées au pied du Sacré-Cœur. Une façon de marquer l’anniversaire du début de ce soulèvement populaire.

Près d’une cinquantaine d’événements sont prévus dans Paris, jusque fin mai, pour rappeler les neuf semaines de la Commune : lectures de textes, chansons, conférences… La plupart de ces temps forts auront lieu en plein air, en raison du contexte sanitaire, comme cette exposition élaborée par le comité d’histoire de la Ville de Paris. Des représentations de théâtre immersif seront organisées dans l’espace public. Le 2 avril, le procès de Louise Michel sera rejoué par des acteurs dans la mairie centrale, et filmé pour une retransmission en ligne.

La municipalité y consacre 70.000 euros, essentiellement en subventions à des associations. C’est justement l’octroi d’une aide aux Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 qui a provoqué une passe d’armes entre droite et gauche lors du Conseil de Paris de février. Rudolph Granier, élu LR du 18e, s’était insurgé contre une subvention à cette association qui, selon lui, « glorifie les événements les plus violents de la Commune« , comme les incendies de l’Hôtel de Ville et des Tuileries.

Laurence Patrice, adjointe (PCF) d’Anne Hidalgo chargée de la mémoire et du monde combattant, précise au JDD qu’il ne s’agit pas d’une célébration ou d’une commémoration, « à la connotation un peu mortuaire« , dit-elle, mais « d’évoquer ce moment historique et de lui redonner son sens dans l’histoire de Paris« .

« Au-delà des violences dans les deux camps, mais qui ont fait des milliers de morts chez les communards [plus de 7.000 morts lors de l’écrasement de l’insurrection fin mai 1871], nous voulons montrer l’expérience de démocratie sociale qui a eu lieu pendant ces quelques semaines, explique l’adjointe. Les Parisiennes et Parisiens ont pris des décisions qui ont encore un écho aujourd’hui, comme l’égalité salariale entre femmes et hommes, la séparation de l’église et de l’État, la réquisition de logements libres. » Et d’ajouter : « Bien souvent, le grand public ne connaît que le nom de Louise Michel, nous voulons faire émerger d’autres personnalités.« 

Les 50 silhouettes, dessinées par l’affichiste Dugudus, joueront le rôle d’ambassadeurs itinérants dans Paris, puisqu’elles seront accrochées devant l’Hôtel de Ville, la gare de l’Est, etc. Des textes, écrits par l’historien Hugo Rousselle, présenteront ces communards célèbres – comme le peintre Gustave Courbet, l’écrivain Jules Vallès, le photographe Nadar – ou d’autres oubliés.

Dugudus, 33 ans, a respecté les détails historiques des costumes, notamment de gardes nationaux, en lien avec des conservateurs du musée de l’Armée, « jusqu’aux gâchettes des pistolets! » Pour les visages, il a cherché des photos, souvent un cliché unique, celui pris par les forces de l’ordre lors de l’arrestation des insurgés. Hugo Rousselle et lui ont ajouté le personnage anachronique de Gavroche et le poète Rimbaud (dont on ne sait s’il a participé à la Commune). « Tous sont représentés avec un cerne noir pour mieux ressortir, dit-il, et en couleur pour les rapprocher de nous.« 

Il y a cinquante ans, l’artiste Ernest Pignon-Ernest installait des pochoirs de gisants à Montmartre pour rappeler la Semaine sanglante. Dugudus veut plutôt mettre en avant « l’esprit festif du début de la Commune« .

Écouter ici un entretien avec Dugudus

La forêt, notre bien commun

La forêt de Montmorency fait face à une grave crise sanitaire, elle aussi. Le Covid forestier s’appelle la maladie de l’encre. Des élus locaux critiquent la gestion de l’ONF, qui a procédé à des coupes rases des parcelles malades. Que penser de cette querelle et comment assurer la sauvegarde de cette forêt qui nous est tellement essentielle ? Quel rôle pour l’ONF ?

La forêt domaniale de Montmorency est touchée par une grave crise sanitaire. Composée à 72% de châtaigniers, elle est durement attaquée par « la maladie de l’encre ». Il s’agit d’un champignon microscopique qui attaque les racines des arbres et finit par les faire tomber. Il n’y a pas de remède.

« La maladie de l’encre est un pathogène à mi-chemin entre le champignon et l’algue, explique Michel Béal, directeur Ile de France Ouest de l’Office National des Forêts. Il se déplace dans le sol et c’est vraiment le dérèglement climatique qui favorise son développement« . Hivers doux, printemps pluvieux puis étés de sécheresse sont dévastateurs pour les forêts, la maladie de l’encre n’est pas due au hasard.

Depuis deux ans, l’Office National des Forêts (ONF) multiplie les « coupes sanitaires » des châtaigniers de Montmorency sur des dizaines d’hectares. « Nous faisons des coupes en hiver et nous replantons à l’automne, poursuit Michel Béal, mais nous remettons d’autres essences qui ne craignent pas cette maladie, comme le chêne, le cormier ou le merisier« . Environ 80 hectares de châtaigniers ont dû être coupés en forêt de Montmorency, qui pourrait perdre encore 200 à 300 hectares de châtaigniers d’ici 5 ans, soit en tout 20% de sa superficie.  

Pour l’instant, « la forêt de Montmorency est la seule d’Ile-de-France à être classée en crise sanitaire par l’ONF depuis 2018« , explique Michel Bréal. Le plan de gestion habituel n’y est donc plus applicable, et les forestiers sont « débordés« , ajoute-t-il. Depuis que la maladie a pris de l’ampleur, les forestiers ont dû augmenter la surface des parcelles d’arbres à abattre.

En attendant de meilleures solutions, l’ONF travaille sur le sujet avec le ministère de l’Agriculture et des scientifiques de l’INRAE (Institut national de recherche en agriculture, alimentation et environnement). Une chercheuse a été spécialement dédiée pour la première fois à cette maladie.

La gestion de l’ONF est très critiquée par des élus d’Île-de-France qui contestent les coupes effectuées en forêt de Montmorency et demandent dans une tribune parue dans la presse locale un « moratoire » sans qu’on comprenne bien leurs propositions alternatives. La cause des coupes rases serait selon eux les difficultés financières de l’ONF et l’injonction faite aux agents de « rentabiliser » la forêt en vendant du bois. Le maire de Saint Gratien est signataire de la tribune.

Étonnant de voir que ces élus -tous de droite- découvrent soudain les méfaits de la course au profit ! Pourtant dans leurs communes respectives ils confient au privé à tour de bras la gestion des services publics locaux.

Il est vrai que l’ONF est un service public gravement menacé. Sur les 15.000 emplois que comptait l’ONF en 1985, il en reste moins de 9.000 en 2018, dont seulement 4994 fonctionnaires. La réduction des postes se poursuit. On sait qu’il y a à l’ONF un climat social délétère, apportant nombre de suicides, dépressions, démissions.. « Nous, agents de l’ONF, avons besoin du soutien des citoyens car aujourd’hui nous faisons face à une perte de sens de notre métier », alerte le personnel de l’ONF. Lors d’une récente manifestation, un épouvantail habillé en agent et pendu à un arbre rappelait la grande détresse dans laquelle se trouve la profession.

Il est impératif de pérenniser l’existence de l’ONF et d’en augmenter ses effectifs. Il faut bien évidemment que cet organisme reste public pour garantir une gestion nationale et indépendante de tout intérêt financier privé. Il faut valoriser les compétences de l´ONF et réaffirmer le rôle et les missions de service public forestier au service de l´intérêt général et de la biodiversité. La forêt est un bien commun et non une marchandise.

Le rôle de l’ONF est d’autant plus primordial aujourd’hui, dans le contexte du dérèglement  climatique. La préservation et le développement des surfaces boisées constitue un enjeu essentiel. Les forêts étant indispensables pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et pour la sauvegarde de notre biodiversité, leur entretien et leur surveillance sont primordiales.

Or, le gouvernement promeut le productivisme, la surexploitation du bien public, une sur-mécanisation, la quête de rentabilité, et la filialisation des activités concurrentielles de l’ONF. C’est cette vision du rôle de l’ONF qui est problématique.

Les agents ONF des différents syndicats s’inquiètent également du fait que le texte de la loi Climat fasse l’impasse sur la question des forêts, alors que la convention citoyenne avait reconnu l’importance de « valoriser les compétences de l’ONF et réaffirmer le rôle et les missions de service public forestier au service de l’intérêt général et de la biodiversité ».

Pour sauver la forêt de Montmorency, et toutes les forêts de France, pas d’autre solution que de réinvestir dans le service public de l’ONF.  

L’Office National des Forêts est un établissement public créé en 1964 mais héritier de 700 ans de foresterie française, placé sous la tutelle du ministère de l’agriculture et de l’alimentation ainsi que du ministère de la transition écologique et solidaire.

Un vaccin pour toutes et tous

Les vaccins contre la COVID-19 sont encore largement inaccessibles à une grande partie de la population, que ce soit dans le monde, en France ou en Europe.

Cette inégalité d’accès aux vaccins favorise l’apparition et la propagation de nouveaux variants du virus. Cela rend non seulement la pandémie plus longue, mais fait aussi de nombreuses victimes.

Pourtant, une solution existe pour assurer le libre accès à un vaccin pour toutes et tous.

Les droits sur les brevets doivent être levés et les vaccins doivent être accessibles à toutes et tous.

Ainsi nous pourrions mettre fin à cette pandémie bien plus rapidement.

Des citoyennes, des citoyens et des organisations de gauche européennes se mobilisent pour que la Commission européenne s’engage à faire des vaccins et des traitements anti-pandémiques un bien public mondial, gratuit pour toutes et tous : c’est l’initiative citoyenne européenne « Right to Cure« , soutenue par plus de 200 organisations dans 13 pays européens. Une initiative citoyenne européenne est un moyen de proposer une proposition de loi concrète à la Commission européenne. Il faut un million de signatures dans toute l’Union européenne.

Signez afin que la Commission européenne prenne des mesures pour faire des vaccins et des traitements anti-pandémiques un bien public mondial, librement accessible à tous.

Signez ici

 

 

8 mars 2021

Faut-il le répéter, le 8 mars n’est pas la « journée de la femme » (il est donc inutile voire stupide de nous faire un cadeau !) mais la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Partout dans le monde le 8 mars, des mobilisations ont lieu pour gagner l’égalité entre les femmes et les hommes. En France, la dernière manifestation dans la rue le 8 mars 2020 a réuni 150 000 manifestant.es.

La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver la situation des droits des femmes :  augmentation des violences sexistes et sexuelles, des charges domestiques et familiales, de la précarité, un droit à l’avortement fragilisé et les questions d’égalité professionnelle oubliées.

Pendant cette crise, l’utilité sociale de nombreuses professions très féminisées a été mise en lumière et l’urgence de leur revalorisation est encore plus criante. Que ferait-on sans les femmes enseignantes, caissières, infirmières, aides-soignantes, femmes de ménage … ?

La question des droits des femmes est toujours d’actualité dans notre pays. Des exemples ? La France ne compte que 4 % de femmes cheffes d’orchestre, elles sont plus de 30 % à être à temps partiel, contre 7% chez les hommes, et l’écart de salaires entre les hommes et les femmes est toujours de 25 %. Chaque jour à partir de 15h40, les femmes travaillent gratuitement. Cette heure symbolise le « quart en moins » de salaire.

Les discriminations, les violences sexistes et sexuelles sont légion. 94 00 femmes victimes de viols ou tentatives en France par an !

Et si les femmes représentent 47% des député.es, elles ne sont que 20% des maires et 12% des président.es d’intercommunalités.

Selon l’ONU, dans le monde 47 millions de femmes et de filles dans le monde passeront sous le seuil de pauvreté en 2021 à cause de la pandémie de coronavirus, annulant ainsi des décennies de progrès.

Enfin, les femmes restent les grandes oubliées de l’histoire. À Saint Gratien, seules 9 rues portent des noms de femmes… contre 85 des noms d’hommes.  

Une fois n’est pas coutume, la télé met à l’honneur ce 8 mars 2021 une femme oubliée et pourtant exceptionnelle, Martha Desrumeaux, ouvrière communiste.. et féministe !

Lire ici 

Un peu d’histoire…

La journée internationale de lutte pour les droits des femmes du 8 mars est une journée internationale mettant en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes.

Elle est issue de l’histoire des luttes féministes. À la suite d’une proposition de Clara Zetkin en août 1910, l’Internationale socialiste des femmes célèbre le 19 mars 1911 la première « Journée internationale des femmes » et revendique le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail. Depuis, des rassemblements et manifestations ont lieu tous les ans.

Clara Zetkin

C’est la Russie soviétique qui est le premier pays à l’officialiser en 1921 en en faisant un jour férié. C’est finalement en 1977 que l’ONU officialise la journée, invitant tous les pays de la planète à célébrer une journée en faveur des droits des femmes. C’est une journée de manifestations à travers le monde et l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société et de revendiquer plus d’égalité en droits.

Ci-dessous, l’éditorial de l’Humanité en ce 8 mars 2021, qui bien qu’écrit par un homme… est un beau texte féministe !

Éditorial. Universalité

Lundi 8 Mars 2021, Christophe Deroubaix dans l’Humanité

Dans un monde idéal, le 8 mars n’existerait pas. Ou alors à titre commémoratif, afin de célébrer la pleine égalité enfin atteinte. Mais on sait que, dans un monde réel qui tend vers l’idéal, cette quête demeurera permanente. Avec la même ligne d’horizon en vue, chaque avancée ouvrira une nouvelle perspective qui elle-même permettra d’autres percées. Un cap a incontestablement été franchi ces dernières années avec ce qu’il est convenu d’appeler la « libération de la parole », lointaine cousine de la « libération sexuelle », toutes deux ayant la fonction d’un coup de masse fissurant un édifice séculaire : le patriarcat.

On mesure sans doute la puissance de cette vague que nous décrivons, dans notre une du jour, comme « irrésistible » à la pauvreté des arguments des syndics de l’ordre établi. Ici, ils tentent d’assimiler la partie au tout, en instrumentalisant des formes d’actions marginales afin de discréditer ce puissant mouvement. Là, ils entendent jouer de la déstabilisation d’hommes qui se sentent sincèrement perdus ou stigmatisés au milieu de ce réagencement historique dans l’ordre des genres.

Si cela va sans dire, cela va sans doute mieux en l’écrivant : il ne s’agit pas d’un combat des femmes contre les hommes, d’une bataille de la moitié de l’humanité pour elle-même contre l’autre moitié, de retourner les armes, mais de désarmer. Fidèles à un « esprit Mandela », plus moderne que jamais, assumons que la fin du patriarcat émancipera les femmes ET les hommes, libérant les unes et les autres du poids – à la hauteur de ce qu’il leur a fait vivre – d’un système d’assignation et de domination. C’est donc un combat de l’humanité tout entière pour sa propre réalisation. Échappant, année après année, à une sorte de piège de « saint-valentinisation » (dessécher une belle idée en la confinant), le 8 mars se hisse, peu à peu, au calendrier de l’émancipation, à la hauteur de l’universalité d’un 14 Juillet.

La ZAD de Gonesse dans la presse

La ZAD du Triangle de Gonesse n’aura pas duré très longtemps, mais elle laissera assurément des traces.

Ci-dessous, les articles de « Politis » et « l’Humanité » sur son évacuation, et la suite de la bataille des « Terres de Gonesse ».    

 La ZAD de Gonesse expulsée

Vanina Delmas dans Politis

Mardi, au petit matin, les forces de l’ordre ont encerclé le site où les militants s’opposaient à la construction d’une gare en plein champ.

Le week-end avait été festif sur la ZAD du Triangle de Gonesse : 17 jours après l’installation des premières cabanes, les soutiens étaient encore venus écouter le concert improvisé d’une fanfare, participer aux chantiers de construction ou juste discuter. Une jovialité et une ténacité (dont témoignent les photos d’Adrien Chacon ci-dessus) à peine ébranlées par la décision d’expulsion, prononcée par le tribunal de Pontoise (Val-d’Oise). La justice avait été saisie par l’Établissement public foncier d’Île-de-France, propriétaire du terrain occupé.

L’évacuation a eu lieu mardi, au petit matin. Les forces de l’ordre ont encerclé le site sur lequel une trentaine de militant·es s’opposait à la construction d’une gare en plein champ dans le projet plus global de Grand Paris express : des membres du Comité pour le triangle de Gonesse (CPTG), des militants d’Extinction Rebellion et d’autres plus autonomes. À midi ce mardi, 25 personnes étaient en garde à vue.

Si la bataille contre Europacity semble gagnée, cette résistance citoyenne reste vitale pour éviter la bétonisation des dernières terres fertiles de la région, alors que des alternatives existent pour mettre en avant l’agroécologie et l’économie circulaire. L’exemple le plus abouti est le projet Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir). Pour le CPTG, le gouvernement a le choix : « Soit il s’entête à maintenir un projet daté et dépassé, en totale contradiction avec les discours sur la nécessité de stopper l’artificialisation des sols, soit il engage résolument des actions de sauvegarde des terres et de créations d’emplois utiles et non délocalisables. »

Cet article est en accès libre :

http://www.politis.fr/articles/2021/02/la-zad-de-gonesse-expulsee-42858/

Triangle de Gonesse. La lutte contre la gare continue malgré l’évacuation de la ZAD

Lucas Martin-Brodzicki dans l’Humanité

Une vingtaine d’opposants ont été interpellés mardi matin, mettant fin à l’occupation d’un terrain entamée le 7 février. Élus et militants veulent maintenir la pression pour sauver ces terres fertiles du Val-d’Oise.

L’aventure de la « première zone à défendre d’Île-de-France » aura donc duré dix-sept jours. Ce mardi, au petit matin, un important dispositif policier mettait fin à l’occupation d’une friche à proximité des terres agricoles du Triangle de Gonesse, dans le Val-d’Oise. Une évacuation sans heurts ou presque. « J’ai pris quelques coups de bouclier, il y a aussi eu du gaz lacrymogène, mais c’était assez calme », raconte un militant ayant passé la nuit sur place. Lui a pu échapper à l’arrestation, contrairement aux 25 personnes interpellées et emmenées, en bus, au commissariat de Cergy-Pontoise. Bernard Loup, le porte-parole du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), qui milite depuis des années pour la préservation de ces centaines d’hectares de champs à 15 kilomètres de Paris, a assisté, impuissant, à l’évacuation. « J’ignore quelle sera la prochaine étape. Mais la lutte va continuer, tant que ce projet de gare au milieu des champs ne sera pas enterré », assène-t-il.

Malgré l’abandon, en novembre 2019, du mégacomplexe de centre commercial et de loisirs EuropaCity, la création d’une gare de métro du Grand Paris Express sur le tracé de la ligne 17 est toujours d’actualité. Sa construction entraînerait de fait la bétonnisation des terres agricoles alentours, les premières habitations étant à plus de 1,7 km. Redoutant le début des travaux, des militants environnementaux avaient décidé d’occuper un terrain appartenant à l’établissement public foncier d’Île-de-France. Le tribunal de Pontoise avait ordonné leur évacuation vendredi 19 février.

« Cette question politique n’a pas à se traiter au commissariat »

« Nous rappelons au gouvernement qu’un projet alternatif existe : celui de l’association Carma. Un projet agricole de transition écologique qui permet de sanctuariser ces ter res fertiles et d’amorcer la relocalisation de la production alimentaire », rembraie Bernard Loup. Après de multiples recours juridiques, des manifestations, une ZAD qu’il a accueillie d’un bon œil sans en être à l’origine, lui et ses camarades du CPTG savent que le dénouement ne pourra venir que de l’exécutif. L’opposition de gauche ne s’y est pas trompée, en témoigne la vague de soutien à la suite de l’expulsion.

Éric Piolle, le maire écologiste de Grenoble, l’a exprimé sur place. Invité par le CPTG ce mardi matin sur les lieux, il n’a pu qu’assister à leur évacuation. « L’enjeu est national. Ce projet de gare au milieu des champs n’a pas de sens et symbolise un modèle de développement désuet. Face à cela, une alternative existe pour une alimentation pas importée, pas industrielle. Ce combat a du sens », explique l’édile. La veille, la ZAD avait reçu la visite des communistes, dont le conseiller régional Didier Mignot et le sénateur Fabien Gay. Ce dernier, joint par téléphone, « partage le combat du CPTG contre EuropaCity depuis des années », rappelle-t-il. « Cette gare ne servira à rien. Nous sommes pour la ligne 17, mais avec un autre tracé. Il faut désenclaver ce territoire avec un projet qui réponde réellement aux besoins des populations locales. » Le sénateur réclame un débat apaisé et démocratique sur l’avenir des terres agricoles du Triangle de Gonesse. « Au lieu de cela, on envoie les forces de l’ordre », regrette-t-il. Dans la journée, certains sympathisants se sont rendus au commissariat de Cergy-Pontoise afin de montrer leur solidarité avec les gardés à vue. Entre autres Clémentine Autain (la France insoumise), qui en a profité pour installer, à quelques mois des élections régionales, son duel avec l’actuelle présidente d’Île-de-France, Valérie Pécresse (Libres !) : « (Elle) a saisi les tribunaux au lieu d’assumer le débat démocratique nécessaire sur le Triangle de Gonesse. C’est une question politique qui n’a pas à se traiter au commissariat. Je demande un débat public. » Le CPTG appelle à un nouveau rassemblement ce vendredi 26 février devant la préfecture du Val-d’Oise. Une autre manifestation pourrait se tenir le lendemain, au Trocadéro.

https://www.humanite.fr/triangle-de-gonesse-la-lutte-contre-la-gare-continue-malgre-levacuation-de-la-zad-700490