1 607 heures… c’est non !

« Les agents à 1607 heures, c’est non ! » : la fronde des maires du Val-de-Marne

Article paru dans l’Humanité-Dimanche de cette semaine, Naïm Sakhi

Sommés par l’exécutif d’appliquer un nouveau régime de temps de travail annuel dans la fonction publique avant la fin de l’année, des élus résistent. Malgré la pression très forte des sanctions de toute nature pour les contraindre à rentrer dans le rang.

Cette réforme, c’est la goutte d’eau ! Elle vient ponctuer douze années du gel du point d’indice », rappelle Cédric Quintin, secrétaire de l’UD CGT du Val-de-Marne devant la préfecture de Créteil. Ils étaient plus de 400 agents et élus locaux, ce mardi 7 décembre, à se rassembler devant la préfecture de ce département de l’Île-de-France, malgré un froid glacial, pour signifier leur opposition à la loi de transformation de la fonction publique. Cette nouvelle législation oblige, entre autres, les collectivités territoriales à imposer à leurs agents un temps de travail annuel de 1 607 heures, sans augmentation de salaire.

« Travailler plus pour gagner autant, c’est du jamais-vu », enrage Florian Carol, secrétaire général de la CGT territoriale d’Ivry-sur-Seine. L’édile de sa commune, Philippe Bouyssou (PCF), comme sept autres maires du département, majoritairement communistes, ainsi que l’EPT (établissement public territorial) Grand-Orly Seine Bièvre, présidé par Michel Leprêtre (PCF), mènent la fronde. « On n’appliquera pas la loi tant qu’on n’y sera pas contraints », affirme son premier adjoint, Romain Marchand. À Ivry-sur-Seine, les agents sont actuellement annualisés à 1 530 heures. « Dix jours de congé par an seraient perdus si on appliquait bêtement la loi sans aucun aménagement », déplore l’élu. « On fait front avec notre maire », se félicite Florian Carol, d’autant que les jours de congé supprimés « sont issus de longues conquêtes locales, comme la journée du maire ou des jours offerts en cas de décès d’un proche ».

Paris contourne « pour limiter l’impact »

La fronde val-de-marnaise semble une exception. « Nous sommes globalement peu », déplore Olivier Corzani. Le maire communiste de Fleury-Mérogis (Essonne) regrette une « mobilisation pas assez forte pour revenir sur la loi ». « Amélie de Montchalin, la ministre chargée du dossier, assurait que 20 % des agents ne sont pas aux 1 607 heures », relate Natacha Pommet, secrétaire nationale de la fédération CGT des services publics. Mais depuis, une circulaire demande aux préfets de contrôler l’ensemble des accords locaux sur le temps de travail.

« Les maires sont maintenant effrayés à l’idée d’aller devant le tribunal administratif », poursuit la syndicaliste. D’autant que, au-delà des 1 607 heures, la loi de transformation de la fonction publique est « une machine de destruction massive des services publics », selon François Livartowski, chargé du suivi des luttes au sein de la fédération CGT. Facilités pour recourir à des embauches contractuelles ; transfert vers le privé des agents sous statut à la faveur de l’externalisation d’un service ; service minimum et généralisation d’un 1/30 de retenue de salaire en cas de grève… pour Natacha Pommet, « l’objectif est clair : c’est la privatisation ». « Emmanuel Macron avait promis de supprimer 50 000 postes de fonctionnaires. Avec cette réforme, c’est 57 000 équivalents-temps plein et 1,2 milliard d’euros d’économisés sur le dos des collectivités », insiste François Livartowski.

D’ailleurs, Amélie de Montchalin n’en démord pas : « Les employeurs doivent prendre leurs responsabilités. » La ministre de la Transformation de la fonction publique l’assure, les maires ont jusqu’au 1er janvier pour se conformer. Mais, d’ores et déjà, les foudres de l’exécutif se sont abattues sur la ville de Paris. « Nous cherchons à résister à cette loi en utilisant notre compréhension des textes législatifs », explique Antoine Guillou, l’adjoint PS chargé du dossier. 

Dans la capitale, avec l’application des 1 607 heures, les agents risquent de perdre neuf jours de congé. Afin de limiter « l’impact de cette loi » sur les employés municipaux, la majorité entend rendre sept jours de congé grâce à des tours de passe-passe administratifs. D’abord deux jours de fractionnement, prévus par la réglementation et qui consistent en des jours de congé supplémentaires aux agents lorsqu’ils en posent pendant la période hivernale. Ensuite, deux jours de RTT, en allongeant de quelques minutes le temps de travail journalier. Et enfin, trois jours de RTT dit de « sujétion », ouverts à l’ensemble des agents.

C’est ce dernier point, qui permet à une collectivité d’attribuer des jours de congé supplémentaires en fonction de la pénibilité des métiers, qui était contesté par la ministre. « Les textes n’interdisent pas aux collectivités de mettre en place ce type de sujétion », se défend l’élu parisien. Saisi par le préfet de région, un jugement en référé a donné raison à la ministre. Pourtant, la Ville de Paris persiste et attend le délibéré du tribunal administratif, début 2022, au point qu’Amélie de Montchalin qualifie cette ligne de conduite de « pas républicaine ».

Menaces et chantage

L’exécutif dispose d’ailleurs de moyens de pression importants : les édiles, faute d’appliquer les 1 607 heures, encourent notamment le risque qu’une délégation spéciale de la préfecture ne s’en charge. « Face à cette contrainte, des élus commencent à céder. Si l’État applique lui-même la loi, cela pourrait être extrêmement violent pour les agents, qui risquent de tout perdre », observe Olivier Corzani. D’ailleurs, dans l’Yonne, la ville de Sens et son agglomération ont compensé la suppression de RTT et de cinq jours de congé par une hausse du régime indemnitaire. « Bien qu’appliquant la loi, beaucoup d’élus ont une vraie conception du service public et cette volonté de préserver le bien-être de leurs agents », note François Livartowski.

À Ivry-sur-Seine, la piste d’un plan B est aussi évoquée. Le recours aux jours de sujétion « est une piste que l’on explore », précise Romain Marchand. Pour autant, « le gouvernement reste très flou sur les menaces contre les collectivités », note l’adjoint ivryen. Car, en l’état, la législation ne prévoit pas de sanction spécifique. « Les élus qui n’entendent pas appliquer la loi risquent l’annulation devant le tribunal administratif et ça s’arrête là pour l’instant », explique Jean-Louis Peru, avocat en droit public. Sur le cas parisien, « le tribunal appréciera de manière souveraine si les exemptions prévues par la délibération sont raisonnables et justifiées », précise-t-il.

Mais, à partir du 1er janvier 2022, le préfet pourra toutefois mettre en demeure les communes concernées « et le comptable public peut décider de ne pas livrer les payes dès lors qu’elles reposeraient sur un régime juridique irrégulier, insiste Jean-Louis Peru. C’est une arme redoutable ».

Reportage photo : Guillaume Clément

Matinée démocratique

Article mis à jour ; voir ci-dessous la « question 5 » 

Dans notre casier d’élus, nous recevons ce vendredi la brochure du député de la 6è circonscription, David Corceiro. Suppléant de Nathalie Elimas, élue en 2017, il a remplacé celle-ci à l’Assemblée lorsqu’elle a été nommée secrétaire d’État chargée de l’éducation prioritaire en 2020.

Le député nous propose de le rencontrer lors de ses « matinées démocratiques pour les citoyens ». Coup de chance, la dernière de ces rencontres a lieu à Saint-Gratien. Échanger avec un député, cela ne se refuse pas !

Malgré un léger cafouillage sur la date (c’est dimanche 5 décembre, et non le dimanche 7 comme l’écrit le député) et sur le lieu (cela se tient au café « Le Catinat » et non au « Clos du château », fermé le dimanche), nous sommes ce dimanche matin quatre Gratiennois.e.s à nous présenter à la permanence ou réunion, la chose n’est pas très claire, de notre député.

Notre objectif ? Échanger avec lui et de l’interroger sur des sujets locaux et (inter)nationaux. N’est-ce pas à cela que nous invite à plusieurs reprises notre élu, lorsqu’il se targue d’être à « l’écoute de toutes celles et ceux qui souhaitent échanger autour d’une question, d’un projet, d’une problématique » ? Ou bien encore quand il se félicite des « formidables rencontres vécues avec les habitants, (…) les élus » ?

Hélas, notre rendez-vous de ce matin nous a… surpris, déçus, chagrinés, et pour tout dire, un peu choqués.

La discussion a tourné court sur chacune de nos questions. Ce ne fut pas une « formidable rencontre », et nous n’avons pas le sentiment d’avoir été très « écouté.e.s ». 

Bref tour d’horizon des thèmes abordés, entre désinvolture, soupçon d’agressivité et langue de bois. 

Question 1

Emmanuel Macron, ces jours-ci, en Arabie Saoudite, est le premier dirigeant occidental à rencontrer de manière officielle le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, largement boycotté depuis l’affaire Jamal Khashoggi. Les États-Unis ont publié un rapport de leurs services secrets qui affirment la responsabilité du prince héritier saoudien dans l’élimination du journaliste dissident Quel message la présidence de la République envoie-t-elle ?

Réponse de D. Corceiro                                                                                              

Je ne me prononce jamais sur les questions de politique extérieure. Mais personnellement, il a quand même un avis le député ? Bah « il est personnel ». Et on n’en saura rien. Rien du tout.

Notre avis                                                                                                                     

Très étonnant pour un député ! L’Assemblée nationale ne vote-t-elle pas les lois autorisant la ratification des traités, n’adopte-t-elle pas les crédits relatifs à la politique étrangère de l’État et ne contrôle-t-elle pas l’action du pouvoir exécutif en matière internationale ? Que vote alors le député Corceiro ?

Question 2 

« Cette semaine, l’Assemblée nationale a examiné la proposition de résolution déposé par M. Fabien Roussel. Cette proposition invitait le garde des Sceaux  à demander aux juridictions compétentes d’examiner la possibilité, pour les personnes reconnues coupables d’incitation à la haine raciale de façon particulièrement odieuse et répétée, de retenir la peine complémentaire d’inéligibilité prévue par la loi. Avec votre groupe parlementaire et la quasi-totalité des députés présents du groupe LREM, vous avez voté contre cette proposition, qui n’a pas été adoptée. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? »

Réponse de D. Corceiro 

Le député axe sa « réponse » sur le fait qu’il n’est pas membre de… LREM. Soit ! Il est en effet Modem, ce qui ne change rien au fond de la question. Poussé dans ses retranchements,  il finit par déclarer qu’il partage l’avis du garde des sceaux, qui aurait estimé que cette proposition est « anticonstitutionnelle ».

Notre avis

David Corceiro a tout faux, puisqu’à l’Assemblée Éric Dupont-Moretti a répondu redouter une « instrumentalisation en particulier par ceux qu’elle viserait » dans un « contexte de campagne électorale ». Il n’a jamais évoqué l’anti constitutionnalité de la mesure. D’ailleurs celle-ci est prévue par la loi.  « La loi prévoit déjà des peines d’inéligibilité pour différents délits tels que la corruption, le blanchiment d’argent, le détournement de fonds… C’est aussi le cas pour les auteurs de propos racistes, antisémites, discriminants en fonction du sexe. Sauf que c’est très peu appliqué. Ma résolution demande d’appliquer la loi, toute la loi, rien que la loi », résume le secrétaire national du PCF.

Question 3

6-10 ans : c’est la tranche d’âge la plus affectée par le Covid 19. L’école est un lieu où le virus circule… et pour cause ! Les mesures de prévention restent insuffisantes : masques non fournis, pas de capteurs de CO2, aération des locaux difficile, tests insuffisants.. non brassage des élèves quasi impossible, pas de remplaçants…. Pourquoi donc avoir allégé le protocole sanitaire dans les écoles ?

Réponse de D. Corceiro

Le député nous explique que le fonctionnement des écoles élémentaires est du ressort de la commune (ce que nous savons pertinemment) et que la ville peut demander des subventions d’État pour s’équiper en détecteurs de CO2. Il estime que la circulation du virus chez les enfants est source de débats chez les experts. Il prend note des absences d’enseignants, non remplacés et parfois pour de longues périodes, par exemple, au lycée d’Enghien. 

Notre avis 

Nous restons sur notre faim. Que les écoles soient aujourd’hui au cœur des contaminations fait peu de doutes. Alors que la pandémie repart à la hausse, il reste surprenant que le protocole sanitaire dans les établissements scolaires soit allégé. Nous insistons au cours de la discussion sur le fait que les tests salivaires pourtant tant vantés par J.M. Blanquer ont été un grand flop. Il y a des auto-tests en stock un peu partout dans le secondaire, parce que peu promus. Le manque de remplaçants chez les enseignants est une question qui reste entière.

Question 4

Il y a 6 mois, le 1er ministre est venu à Gonesse (15 km d’ici). Discours sur le développement de l’est du 95. Avec l’implantation d’un Lycée international et d’une annexe de Rungis. Pour conforter la décision d’implanter une gare de la future ligne 17 en plein champ, de fait à près de 4 kms des habitations… Est-ce raisonnable d’implanter un lycée-internat sous des lignes à hautes tensions et sous un couloir aérien (8 km des pistes de Roissy) ? Quid de l’annexe du MIN ? Les commerçants du marché qui fréquente Rungis disent qu’en cela fait servira de base logistique pour les importations de produits alimentaires qui arrivent à Roissy. Plus besoins de les transférer à Rungis. Donc nécessité de créer des méga-entrepôts et des parkings au Triangle de Gonesse. Dans le cadre de la transition écologique, n’est-ce pas des projets inutiles ? Des terres très fertiles. Humides. Zone qui permet l’été grâce aux vents de rafraichir Paris. Zones où CARMA (Coopération pour une Ambition agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir) promeut un projet au service des habitants, qui s’appuie sur les perspectives prometteuses de l’agriculture péri-urbaine et urbaine et de la création d’activités liées à la transition écologique. CARMA s’inscrit dans le cadre de l’Économie Sociale et Solidaire (porté au gouvernement par Olivia Grégoire) : un projet-phare de transition écologique pour le Triangle de Gonesse et les communes environnantes, dans le bassin du Grand Roissy. Le projet CARMA est de développer sur les 670 hectares de terres fertiles du Triangle de Gonesse, les terres agricoles les plus proches de Paris, à seulement 15 kilomètres de son centre, la mise en place d’une démarche exemplaire au bénéfice du territoire, pour un cycle alimentaire sain et durable. La priorité est de répondre aux besoins des habitants du territoire. En circuits courts. Est-ce que ce projet au regard des enjeux climatiques ne mérite pas une attention particulière, plutôt que continuer à bétonner ? Des investissements dans les transports du quotidien, plutôt qu’une gare en plein champs ? Pas plus judicieux de mettre le paquet dans la rénovation et la modernisation du RER D, notamment l’interconnexion Gare du Nord vers Châtelet ? Revoir le positionnement de la gare en plein champs, afin qu’elle soit réellement utile aux habitants de cette zone géographique de notre
département ?

Réponse de D. Corceiro 

Le député reconnaît à demi-mot que l’emplacement de la gare n’est pas judicieux, ni choisi dans l’intérêt des habitants, … mieux aurait-il valu dit-il que celle-ci fut implantée, par exemple, près du nouvel l’hôpital de Gonesse… mais se défausse immédiatement sur la région Île-de-France. Si l’État soutient le projet de cette gare, c’est selon lui parce que la région finance, l’État complète automatiquement par une subvention. Il propose de se renseigner sur la superficie restant destinée à l’agriculture et au projet Carma sur le Triangle de Gonesse. Tout en reconnaissant s’être investi dans le dossier qu’à partir seulement de juin… 2021… 

Notre avis 

À question très argumentée… réponse bien peu étayée. Le député visiblement n’est pas très au fait de ce dossier pourtant emblématique du 95.

Enfin, les questions que nous aurions posé si… le député ne nous avait pas abandonné.e.s prématurément pour assister à une commémoration.

Question 5

Vous êtes venu récemment au lycée Gustave Monod. Reçu par les élèves du Conseil de la Vie Lycéenne (CVL). Post Conseil d’administration, mardi dernier, nous a été rapporté un de vos échanges.

Monsieur Corceiro affirme n’avoir pas tenu les propos qui nous ont été relatés. Dont acte. Nous supprimons donc le paragraphe qui suivait, à sa demande.

Question 6

Les finances des collectivités locales ont été drastiquement réduites durant les mandats de N. Sarkozy, F. Hollande, E.Macron : autonomie fiscale réduite, dotations diminuées de moitié.. pourtant les collectivités sont les premiers investisseurs de France. Votre avis ?

En résumé, David Corceiro conclut son édito dans sa lettre aux Val d’Oisiens par : « Faire pour et avec les citoyens (…). Cette année a été belle et riche, la prochaine le sera tout autant ».

Bah, on ne peut pas en dire autant de notre rencontre de ce matin, tant le député est apparu sur la défensive et a surtout esquivé nos questions de citoyen.nes en renvoyant la responsabilité aux échelons local, départemental et régional. Quant à l’international… lui « y sait pas ».

10 ans d’attente

150 élus d’Île-de-France se mobilisent contre la crise du logement. Ils appellent à un rassemblement le 10 novembre devant le ministère du logement. (Info « Actu.fr »)

70% des Francilien.nes sont éligibles au logement social. En Île-de-France, il faut en moyenne 10 ans pour obtenir un logement social. Une vraie crise du logement, avec des milliers de mal-logés, et de sans logement. 

Ils dénoncent une « situation catastrophique ». Jeudi 21 octobre, des élus issus du Front de Gauche de la Métropole du Grand Paris (MGP) se sont réunis pour alerter sur la crise du logement qui touche la région et proposer des solutions.

Il faut en moyenne 10 ans pour obtenir un logement social au sein de la métropole du Grand Paris. « Ce sont 743 000 familles qui ont renouvelé leur demande de logement au 31 décembre 2020 pour 60 000 logements attribués », interpelle Patrick Jarry, maire de Nanterre lors de la conférence de presse des élus Front de Gauche de la MGP  avant de rappeler qu’en 2010, « seulement » 400 000 demandes de logements sociaux avaient été faites.

Face à ce constat amer, plus de 150 élus de gauche lancent un appel et exigent une obligation de 30% de logements sociaux et l’encadrement des loyers dans tout le Grand Paris.

« Maires et élu.e.s municipaux.les dans la Métropole du Grand Paris nous alertons sur l’aggravation prévisible de cette crise du logement si des mesures correctives ne sont pas prises », détaille l’appel qui a vocation à toucher au-delà des élus de gauche. 

« Le nombre de demandeurs de logements sociaux atteint des records tout comme celui des mal-logés. Nous avons besoin de solutions rapides et concrètes », martèlent les élus qui appellent à un rassemblement devant le ministère du logement le mercredi 10 novembre 2021 à 18 heures, en lien avec les organisations de locataires et des bailleurs. 

Dix mesures concrètes exigées

Les 150 signataires de l’appel exigent notamment face à cette crise, l’obligation de construction d’un minimum de 30% de logements sociaux dans toutes les nouvelles opérations immobilières,  l’encadrement des loyers du privé « pour freiner la flambée des prix des loyers qui précarise et exclut une partie de la population »,  le relèvement des plafonds d’accès au logement social, la réquisition des bureaux et logements vides ou encore l’augmentation des taxes sur les logements vacants et sur les résidences secondaires en zone dense. 

Un dispositif officiel pourrait prochainement  encadrer la construction de logements sociaux dans les villes qui comptent déjà 40% de HLM, afin de « diversifier l’offre de logements » et de « réintroduire de la mixité sociale » et de ne pas créer de ghettos.

Cette proposition sera débattue à l’assemblée début décembre. 42 villes seraient concernées. Valérie Pécresse propose encore plus : un dispositif « anti-ghetto » pour les 95 villes au-dessus de 30% de logement social.  

Irresponsable pour Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, qui déclare au « Parisien« : «  ils sont complètement dingues. La pénurie de logement social est le plus grave problème que connaît l’IDF et eux ne pensent qu’à une chose : limiter leur construction. Il y a des personnes qui souffrent, soit parce qu’elles sont trop nombreuses dans un appartement ou parce qu’elles divorcent et doivent cohabiter par manque de solution d’habitation. Il y a des hausses de prix de loyers dans le privé parce qu’il n’y a pas assez de logements sociaux. Ce qu’il faut, c’est pousser les villes qui n’en construisent pas assez à en faire ! 70% de la population de la région est éligible au logement social. S’ils limitent à 40% de HLM, ça veut dire qu’il y aura toujours une différence entre le nombre de personnes  qui peuvent y avoir accès et l’offre. Donc ces gens organisent la pénurie, c’est irresponsable. Quand on parle de mixité, c’est quoi le problème ? Derrière cette notion, c’est l’idée que le logement social est synonyme de problèmes sociaux. Est-ce que les 70% des habitants de la région qui peuvent y prétendre sont des gens qui amènent des problèmes sociaux ? Ce sont des infirmières, des étudiants, des employés de préfecture… On m’empêche de répondre aux besoins de la population  et en même temps les villes carencées ne construisent rien.. »    

Au lieu de vouloir stopper la construction de HLM dans les villes qui en comptent déjà plus de 40%, l’urgence est de construire dans les villes qui ne respectent pas la loi SRU. Le problème n’est pas Sarcelles ou Villiers-le-Bel, mais Enghien et ses… 10% de logement social !

À Saint Gratien, qui compte 32% de logement social (un chiffre d’ailleurs curieusement immuable alors que des constructions de standing ont fleuri un peu partout depuis ces dernières années…), il importe pour assurer une véritable mixité sociale que des logements sociaux soient intégrés à tout nouveau programme immobilier. Nous le réclamons à chaque fois, et encore dernièrement lors de la modification du PLU qui intègre l’opération immobilière du boulevard Pasteur.

Quelques chiffres pour l’Île-de-France

70% des habitants sont éligibles au logement social. 90 communes concentrent 66% du logement social, sur 1300 communes franciliennes. 736 000 demandes de logement sont en attente chaque année. Il faut 10 ans pour obtenir un logement social.

 

Vente solidaire

Pour la quatrième fois, nous organisons à Saint Gratien une vente solidaire de fruits et légumes.

Nous ne nous transformons pas en commerçants !

Il s’agit là d’une initiative citoyenne, politique, visant à démontrer concrètement que nous pouvons bénéficier d’une alimentation saine, locale, à des prix abordables, tout en rémunérant correctement les producteurs. Nous vendrons donc à prix coûtant pommes de terre, carottes, poireaux, pommes.. cultivés par un maraîcher et un arboriculteur du Val d’Oise, pratiquant une agriculture raisonnée.

Cette année, l’initiative est organisée conjointement par les communistes de Saint Gratien, les amis du Front de Gauche, Générations.s du Val d’Oise, et l’association « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen ».

Rendez-vous samedi 6 novembre 2021, à partir de 10 heures, au centre commercial des Raguenets.

Fin de conflit chez Transdev

Rencontre ce matin avec des salarié.e.s du dépôt de Saint Gratien des bus Transdev, dans le but de leur apporter soutien et solidarité concrète.

Le conflit, qui durait depuis le 6 septembre, vient de se terminer hier soir après signature d’un accord avec la direction.

Ce fut une action longue et difficile, qui laisse les chauffeurs un peu amers, avec des feuilles de paie de 500€ suite aux jours de grève. Ils et elles ont certes obtenu des avancées, augmentations de salaires et prime de 5€ pour ceux et celles qui accepteront les nouvelles organisations de travail, aux pauses réduites. Ils et elles dénoncent leurs trop longues journées de 8 heures de conduite, les pauses trop courtes, le manque de toilettes, notamment pour les femmes, la fatigue, le mal de dos…. « Un jour j’ai failli démarrer en voyant le piéton vert… il était 16 heures et j’avais embauché à 8 heures du matin… » Les conditions de travail des chauffeurs de bus sont les conditions de transport des usagers !

Ils et elles mettent en cause Valérie Pécresse, qui permet à IDF-Mobilités de passer des appels d’offres où les clauses sociales n’entrent que pour 10%, et aussi leur entreprise qui soumissionne pour 30% moins cher que le contrat précédent… « Sur quoi vont-ils économiser ? Sur le carburant ? Non. Sur le matériel roulant ? Non plus. Donc c’est sur le personnel que vont se réaliser les coupes ! »

Quant au maire de Saint Gratien, plusieurs fois sollicité par courrier des syndicats, il n’a jamais daigné répondre..  

Nous restons en contact avec ces salarié.e.s  pour les aider très concrètement dans les semaines à venir. 

17 octobre 1961

Il y a 60 ans, le 17 octobre 1961, un massacre avait lieu en plein Paris.
Des centaines de manifestants algériens pacifiques étaient matraqués, piétinés, battus à mort, tués par balle ou jetés à la Seine par la police française aux ordres de Maurice Papon.
Il est grand temps que la France reconnaisse ce crime d’État.
Hommage demain dimanche 17 octobre au pont de Bezons à 11h.
Images et témoignages

Samuel

Hommage au professeur Samuel Paty ce 15 octobre 2021, un an après son assassinat par un terroriste islamiste. Nous exprimons toute notre émotion à sa famille, ses ami.es, ses collègues et ses élèves. 

Une cérémonie d’hommage a eu lieu ce vendredi au lycée Gustave Monod d’Enghien les Bains, où la salle polyvalente porte dorénavant le nom de Samuel Paty. Discours de M.Bonneville, proviseur du lycée,  et de Nathalie Elimas, secrétaire d’État à l’enseignement,  sur la laïcité et au-delà, sur les valeurs de la République et le respect d’autrui.

Auparavant avait été organisée une réunion regroupant direction, enseignants, élèves en présence de représentants de la Dasen 95.

Le rôle de Samuel Paty, comme de tout professeur, était d’accompagner chaque élève vers les progrès de la connaissance et de la conscience en confrontant les faits, les opinions, les analyses. C’est dans l’exercice même de cette mission essentielle qu’il a été assassiné.

Aujourd’hui, un an après, qu’y a-t-il de changé dans nos écoles ? Plutôt qu’une communication, parfois bien ambiguë, sur la laïcité, c’est d’un investissement majeur dans le service public dont nous avons besoin, pour défendre et faire vivre les valeurs d’une République laïque et sociale.

 

« La liberté commence là où l’ignorance finit« , disait Victor Hugo. Donnons à l’école les moyens d’en finir avec l’ignorance.

Photos S.B.

Debout les femmes !

François Ruffin, coréalisateur de « Debout les femmes ! » : « Ces travailleuses s’occupent de tout ce qu’on ne veut pas voir »

Le nouveau film du député FI François Ruffin et de Gilles Perret sort au cinéma le 13 octobre 2021. Ce documentaire sur les « métiers du lien » et les salariées « reléguées dans l’ombre » dresse une nouvelle critique sociale et politique et interpelle une gauche qui parle de reconquérir les classes populaires.

« Debout les femmes ! » est le troisième film de François Ruffin après « Merci patron ! », sorti en 2016, et « J’veux du soleil », sa première collaboration avec Gilles Perret, en 2019.

À Saint Gratien, nous avions projeté « Merci patron » en avril 2017 dans un café de la ville. La projection avait été suivie d’un débat.

Entretien de l’insoumis avec Diego Chauvet pour l’Humanité

Pourquoi un film sur les « métiers du lien » ?

François Ruffin Avec Gilles Perret, nous voulions, depuis un moment déjà, faire un film à l’Assemblée nationale. Les décors y sont plutôt chouettes, on n’a pas à les payer, et on a les figurants. Le seul truc, c’est qu’il ne s’y passe rien. En tout cas, ce n’est pas là que se fait la loi. Elle est faite par l’Élysée, et l’Assemblée l’enregistre. Lorsqu’on m’a confié la mission parlementaire sur les métiers du lien, j’ai donc appelé Gilles en me disant qu’il y avait peut-être un coup à jouer, parce qu’on pourrait travailler à la fois le dehors et le dedans. Recueillir les visages, les vies et les voix de ces femmes, et les ramener à l’intérieur de l’Hémicycle, puis montrer comment c’est malaxé, digéré, et finalement rejeté par l’Assemblée nationale. Nous pouvions dès lors poser une double critique : une critique sociale, et une critique politique, démocratique. C’est pleinement une question de rapport de classe. Soit on est du côté des servants, soit du côté des servis. Les servis ne voient pas les gens qui les servent. Les fragilités se cumulent aussi : ce sont des métiers populaires, féminins, et occupés pour partie par des personnes d’origine étrangère. Elles sont reléguées dans l’ombre. C’est la clé du problème : comment les rendre visibles, et comment peuvent-elles s’organiser elles-mêmes ?

Malgré le soutien du député marcheur Bruno Bonnell, qui finit par défendre vos propositions pour majorer les salaires des femmes de ménage, elles sont toutes rejetées par ses collègues de la majorité…

François Ruffin Il faut que l’Élysée leur dise d’appuyer sur le bon bouton. Tant que l’ordre n’est pas donné d’en haut, l’humanité ne surgit pas spontanément dans le cœur de l’Assemblée nationale… C’est une explication institutionnelle, qui tient à la soumission du pouvoir législatif à l’exécutif. Ensuite, dans l’inconscient collectif, les femmes ont réalisé ces tâches gratuitement à domicile pendant des siècles : s’occuper des personnes âgées, des malades, des enfants… Maintenant on les paye un peu pour faire ça à l’extérieur, donc elles ne vont pas en plus nous embêter ! Ceux qui ont accès à la parole publique, qui tiennent les commandes, ne sont pas issus de cet univers-là. Enfin, ces femmes s’occupent de l’intime, du sale, de la vulnérabilité, c’est-à-dire de tout ce qu’on ne veut pas voir. Pour paraphraser Macron, tout le pays repose sur elles, comme sur une chaise. Et on ne veut pas voir sur quoi on est assis.

Les propos d’Emmanuel Macron en avril 2020 n’auraient pas pu inciter sa majorité à appuyer sur le bon bouton ?

François Ruffin C’est pour cette raison qu’on me voit piquer une colère, en commission. Je m’étais mis moi-même à y croire en fait. Lorsque le président de la République dit qu’il « faut se rappeler que notre pays tout entier repose sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal », quand il fait référence à la Déclaration des droits de l’homme, signifiant que « les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l’utilité commune », je me dis que l’on va réussir à arracher des trucs. Et lorsque ses députés rejettent tout ce que je propose, sans rien proposer à la place, ça me fait sortir de mes gonds.

À la fin du film, vous listez tout de même quelques petites victoires…

François Ruffin Sur certains métiers rien n’a changé. On a gratté le 13e mois pour les femmes de ménage de l’Assemblée nationale, mais c’est très circonscrit. Ce n’est pas une conquête pour toutes les femmes de ménage du pays. Pour les animateurs périscolaires, les assistantes maternelles, les accompagnants d’enfants en situation de handicap, on n’a rien gagné. Les auxiliaires de vie sociale ont eu la prime Covid. On a obtenu entre 2 et 15 % selon l’ancienneté de leurs salaires. Tout ça, je prends, du moment que ça remplit un frigo. Mais ces métiers du lien sont des emplois féminins, à temps partiel, c’est-à-dire à salaire partiel. Ce qu’il faut c’est du temps plein à salaire plein. Ça doit devenir la norme. Pour les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap – NDLR), on pourrait avancer rapidement. En associant les accompagnantes elles-mêmes, les enseignants et leurs syndicats, et les parents d’élèves en situation de handicap, il est possible de structurer cette profession et de lui obtenir un vrai statut.

L’absence de réponses politiques à leurs revendications nourrit la défiance de ces salariés. Comment la gauche peut-elle y répondre ?

François Ruffin C’est un enjeu pour la gauche. Je viens du mouvement ouvrier traditionnel. Ça veut dire subir des défaites permanentes, avec des délocalisations en série. Tant qu’on n’aura pas mis en place du protectionnisme avec des taxes douanières, on sera condamné à aller de défaite en défaite sur le terrain de l’industrie. Je veux dire à la gauche que, dans les classes populaires, il faut considérer ces métiers du lien comme un deuxième réacteur. Il y a un intérêt électoral, mais aussi syndical à le faire. Ce sont des professions qui vont grimper sur le plan démographique. Elles connaîtront quelques petites conquêtes avec ici ou là un 13e mois, l’amélioration d’une convention collective… Autant peser là-dessus et y être associés. Ce n’est pas simple parce que c’est un milieu qui n’a pas l’habitude de la lutte. La CGT cherche à faire bouger les auxiliaires de vie dans pas mal d’endroits. Il faudrait que des responsables politiques portent ces luttes au premier plan. L’élection présidentielle est une occasion de le faire en portant la question sociale. Comme l’a souligné le sondage de l’Humanité qui la place au cœur des préoccupations, les gens en sont déjà convaincus. Mais si le débat présidentiel périphérise ces questions, on est cuit.

Tout le monde à gauche veut reconquérir le vote populaire, mais ça ne semble pas gagné…

François Ruffin Le divorce entre la gauche et les classes populaires ne date pas d’aujourd’hui, ni même du quinquennat de François Hollande. Il faut remonter aux années 1980, qui marquent une déchirure entre les éduqués du supérieur, qui s’en sortent correctement, et les classes populaires, dont le taux de chômage est multiplié par trois en une décennie. On accepte que des usines ferment pour s’installer en Roumanie ou au Bangladesh parce que ce sont des ouvriers qui se retrouvent au chômage, et qu’il n’y en a pas à l’Assemblée. Si des députés étaient concernés, en quinze jours, on aurait une loi pour empêcher les délocalisations. Si on veut regagner demain, il faut qu’on retrouve le vote populaire en résolvant un double divorce : la petite bourgeoisie intellectuelle et les classes populaires, mais aussi entre les classes populaires de couleur dans les quartiers et celles, blanches, des zones rurales. Si on laisse Macron et Zemmour mener le débat de la campagne présidentielle, on laissera passer une frontière entre elles. Notre objectif doit être de les faire travailler ensemble pour le mieux-être de la société.

Voir la bande annonce du film

Ces terres qui devraient nous nourrir

Mobilisation. Un escargot, ça troupe énormément

Article paru dans l’Humanité du lundi 11 Octobre 2021

Venues de toute l’Île-de-France avec à leur tête un gastéropode géant, des centaines de personnes ont exigé un moratoire sur les projets qui menacent les terres nourricières.

Il est midi et demi passé, ce dimanche, sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Paris, et l’on attend encore l’escargot du nord. Parti la veille du Triangle de Gonesse, dans le Val-d’Oise, il a bivouaqué à Pantin, en Seine-Saint-Denis, mais semble avoir traîné des pieds au réveil. Arrivé du plateau de Saclay, dans l’Essonne, celui du sud a passé la nuit à Malakoff et s’est montré plus véloce ce matin, lézardant à présent au soleil devant la mairie. Discrets, les escargots d’est et d’ouest n’ont pas limacé eux non plus pour venir de Thoiry, dans les Yvelines, et du Val Bréon, en Seine-et-Marne. La convergence des coques est bien en train de s’opérer au cœur de la capitale. Déboulant des quatre coins de la région, les gastéropodes colorés traînent chacun dans leur sillage un cortège en colère, qui exige la préservation des terres nues d’Île-de-France. Jeux Olympiques, perspectives industrielles ou Grand Paris : les projets d’aménagements se sont multipliés ces dernières années, prenant place sur ce qu’il reste des terres les plus fertiles d’Europe. Les escargots et leurs troupes demandent un moratoire, et l’opportunité de rediscuter les priorités.

Cathy, la quarantaine, vit près du plateau de Saclay et a passé une partie de l’été à occuper ce que beaucoup ont déjà baptisé la « Zaclay ». Une dizaine d’exploitations agricoles sont menacées par l’arrivée de la ligne 18 du métro, dernière à naître du réseau francilien. Depuis le 22 mai, elles sont squattées, avec la bénédiction des paysans, par leurs défenseurs. « On présente ce projet de métro comme une solution à la mobilité, explique la jeune femme. En réalité, il ne répond qu’aux intérêts du BTP. » Plus de 2 600 hectares de terres sont concernés. D’autres sont menacés par l’installation du cluster scientifique Paris-Saclay, lequel, ironie des planifications, doit accueillir les nouveaux locaux d’AgroParisTech et de l’Inrae, deux pôles majeurs de la recherche agronomique.

« On parle de déchets d’origines multiples, pollués ou amiantés » 

« Cet aménagement prépare le terrain à un étalement urbain à l’heure où l’enjeu serait de lutter contre », déplore Cathy. Ce n’est pas le seul souci. Les remblais issus des excavations nécessaires à la réalisation du métro soulèvent également des questions. « Personne ne sait vraiment quoi faire de ces déchets, et des communes censées en hériter se battent aujourd’hui contre cette perspective. » Dans le même temps, les lignes ­historiques B et D du RER se délitent faute d’investissements, estiment les manifestants.

Saclay n’est pas seule à s’embourber dans les déchets. Thoiry a elle aussi son lot. De ce côté ouest de l’Île-de-France, aucun projet d’infrastructure n’est en cours, si ce n’est la réalisation d’une pâture à bisons. Elle sera installée sur des buttes, elles-mêmes érigées grâce à 400 000 m3 de déchets. « On parle de déchets d’origines multiples, potentiellement pollués ou amiantés », précise Philippe Heurtevent, responsable de Sauvons les Yvelines. Ces 700 000 tonnes de détritus seront étendues sur 5 hectares de terres aujourd’hui cultivées. Ils ne seront pas les premiers : depuis 2006, 15 hectares de terres arables ont déjà été recouverts par 1,2 million de déchets.

La planification d’une gare au beau milieu des champs demeure

De l’autre côté de Paris, complètement à l’est, le Val Bréon se bat contre une extension urbaine. « Elle avait été programmée dans le cadre de l’extension d’une ligne RER, explique Jane Buisson, secrétaire générale de FNE-Seine-et-Marne. La gare a disparu des plans, mais le projet urbain est maintenu. » S’il se réalise, 150 hectares de terres nourricières disparaîtront, déplore la militante.

L’histoire ressemble comme deux gouttes d’eau à qui se passe côté nord, sur le Triangle de Gonesse. Longtemps, le projet de mégacomplexe commercial EuropaCity a été la principale menace. La mobilisation a fini par l’écarter, mais la planification d’une gare au beau milieu des champs demeure.

Jardins ouvriers à Aubervilliers, ou Aire des vents à Dugny : au nord, toujours, d’autres morceaux de verdure sont sous le joug d’infrastructures prévues dans le cadre des JO 2024. Moins de 10 hectares au total, pas grand-chose comparé à tout le reste. « Mais pour les habitants, ce sont des lieux où se ressourcer et où se retrouver », insiste Jean-Marie Baty, responsable au Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE) Île-de-France, qui crie presque pour se faire entendre. Sur l’esplanade de l’Hôtel de Ville, l’escargot porte-drapeau de ces batailles a fini par débarquer en musique.

Chaque année, 1 500 hectares de terres agricoles disparaissent d’Île-de-France.

Inutiles, coûteux et destructeurs

Malgré les discours du gouvernement et de la Région sur la nécessité de lutter contre l’artificialisation des sols, les projets aberrants se multiplient en Île-de-France : gares inutiles du Grand Paris Express, infrastructures olympiques surdimensionnées, entrepôts de logistique, data centers, stockage de déchets inertes …

A Gonesse, dans le Val-d’Oise, depuis l’abandon du mégacentre commercial Europacity en novembre 2019, le Premier ministre a annoncé le maintien de la construction d’une gare de métro automatique sur la ligne 17 nord, au milieu des champs et l’urbanisation d’une partie du Triangle agricole, pourtant interdite à l’habitat en raison du bruit des aéroports du Bourget et de Roissy-Charles-de-Gaulle. Le gouvernement y a annoncé la construction d’une cité scolaire, d’un internat et d’une administration de l’État. Le terminus de la ligne 17, prévu au Mesnil-Amelot, viendrait urbaniser des terres fertiles autour d’un village actuellement peuplé de 1100 habitants, accélérant ainsi l’étalement urbain.

Il est urgent de stopper ces projets inutiles, coûteux, destructeurs de la biodiversité et du climat. Il est encore temps de protéger les terres agricoles. La transition écologique peut créer de nombreux emplois, et ces  terres peuvent contribuer à l’autosuffisance alimentaire de l’Île-de-France, alimenter nos cantines scolaires.. C’est pourquoi nous avons déposé une motion au Conseil municipal de Saint Gratien. Le maire a refusé de la soumettre au vote.

Le samedi 9 octobre, quatre marches sont parties, du Triangle de Gonesse (95), de Val Bréon (77), du Plateau de Saclay (91) et de Thoiry (78) et sont arrivées à proximité d’une porte de Paris. Dimanche 10 octobre au matin, les marches ont convergé pour arriver à midi place de l’Hôtel de Ville à Paris puis devaient se rendre en manifestation commune à Matignon.

Des élus étaient présents, dont Céline Malaisé, présidente du groupe « Gauche Communiste, Écologiste et Citoyenne (GCEC) » au Conseil régional d’Île-de-France.  

Ci-dessous l’article paru sur le site de Franceinfo sur cette mobilisation.  

Val-d’Oise : « Notre marche a pour but d’aller à Matignon et ça nous est refusé », s’indigne le président du Collectif Pour le Triangle de Gonesse

La justice a rejeté jeudi le recours de dix associations de défense de l’environnement, dont le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG) qui s’oppose à l’urbanisation de la zone. Son président accuse Gabriel Attal d’avoir fait pression sur la justice.

Après l’abandon du projet Europacity (dans le Val-d’Oise) en 2019, la justice a rejeté jeudi 7 octobre 2021 le recours de dix associations de défense de l’environnement, dont le Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG), qui luttent contre la création d’une gare du Grand Paris Express et d’une zone d’activité dans le Triangle de Gonesse, en Île-de-France. Une marche à leur initiative pour continuer la mobilisation devrait arriver à Paris dimanche en milieu de journée. « Notre marche a pour but d’aller à Matignon et ça nous est refusé », s’indigne Bernard Loup, le président du CPTG, dimanche 10 octobre sur franceinfo. « Il y a une atteinte au droit de manifester parce qu’on nous bloque alors qu’on avait demandé à aller le plus près possible ». 

« [Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement] est venu faire pression sur la justice, alors il nous reste la mobilisation », a déclaré Bernard Loup, « et on ne cible pas la mairie de Paris mais le gouvernement, le Premier ministre ». Pour lui, l’objectif principal est la sauvegarde des terres.

« On a tous besoin de préserver les sols et d’ailleurs les politiques le disent eux-mêmes, ils parlent de zéro artificialisation mais continuent de bétonner les terres agricoles. » déclare Bernard Loup, le président du Collectif Pour le Triangle de Gonesse à Franceinfo.

« On veut gaspiller de l’argent public pour faire trois lignes de train CDG express pour les riches qui arrivent à Roissy, la ligne 17 nord qui ne dessert que des zones d’activités, aucune zone d’habitat… Les habitants de Gonesse sont à 6 kilomètres de la gare du triangle de Gonesse », a-t-il précisé. Il n’y a rien qui justifie cette gare, elle est dans les champs, mais on s’entête à la faire. » Pour le président du CPTG, c’est un combat « symbolique l’idée, c’est de faire un projet de dimension régionale, d’autonomie alimentaire de l’Île-de-France. Cette occasion, certains veulent passer à côté alors qu’il n’y a rien qui justifie cette urbanisation. »

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Merci à S.B. pour ses photos de la marche au départ de Gonesse