Le clap de fin est proche pour EuropaCity

Lu dans l’Humanité de ce lundi 30 Septembre 2019, cet article d’Alexandra Chaignon sur le projet Europacity, ce « grand projet inutile » prévu dans le Val d’Oise.

europacity sept 2019.jpg

Le projet controversé de centre commercial géant pourrait être enterré par le gouvernement. Une annonce pas chère et qui peut rapporter gros à Emmanuel Macron.

Après Notre-Dame-des-Landes, EuropaCity, cet aménagement aussi gigantesque qu’aberrant et notoirement controversé, pourrait bien être lui aussi abandonné. Certains signes ne trompent pas. Depuis quelques jours, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, reçoit les unes après les autres, toutes les parties prenantes de l’affaire : Les élus locaux et régionaux, les aménageurs, les opposants et même Vianney Mulliez, le président de Ceetrus, la branche immobilière du groupe Auchan, porteuse du projet. « On sent que les choses sont en train de bouger », confie Bernard Loup, l’infatigable porte-parole du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), opposant de la première heure.

La folie des grandeurs

De fait, la position et le soutien du gouvernement, accusé d’inaction par les défenseurs de l’environnement, deviennent difficilement tenables. En particulier pour Emmanuel Macron, qui donne des leçons à tout le monde en matière de lutte contre le changement climatique. À l’heure où l’urgence climatique réclame une politique résiliente, comment porter un concept qui prévoit de bétonner les dernières terres agricoles d’Île-de-France ? Car ce méga projet urbain devrait à lui seul occuper 80 hectares de la ZAC. Des milliers de mètres carrés de commerces, hôtels, restaurants, équipements culturels et sportifs -une piste de ski y avait même été envisagée un temps ! Conçu comme un lieu de métissage des cultures, des publics et des usages (sic), Europacity espérait drainer 31 millions de visiteurs par an ! Soit deux fois plus que le parc Eurodisney… Et promettait aux collectivités de vastes retombées fiscales et la création de plus de 10 000 emplois. Ce ne fut, au final, que mirages, illusions et fiasco en chaîne.

Depuis des années, les aménageurs lorgnent les centaines d’hectares de terres du Triangle de Gonesse, vierges de toute urbanisation. En février 2010, le président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy, lâche, dans une interview accordée à une revue spécialisée, que « le groupe Auchan souhaite construire un très grand commercial, culturel, sportif et récréatif (…) prototype d’un nouvel « urbanisme commercial à visage humain » ». Europacity n’est pas nommé, mais le concept est né. Quelques mois plus tard, le directeur de la branche immobilière d’Auchan confirme le projet et le lieu, la future ZAC (zone d’aménagement concerté) de Gonesse, à condition de disposer d’une gare à proximité. « Ce qui m’a fait réagir, c’est le terme de « complexe commercial ». J’avais déjà passé pas mal d’années à les combattre », se souvient Bernard Loup. Le Collectif pour le Triangle de Gonesse naît en mars 2011.

Soutien de l’État et premiers revers

Le changement de majorité présidentielle ne change rien à la donne. Le gouvernement socialiste y voit la possibilité d’un désenclavement économique, géographique et culturel du territoire. En décembre 2014, Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, déclare ainsi : « Avec la création prévue de 11 500 emplois directs non délocalisables (…), Europacity est un projet majeur. Il structurera notre territoire (…). Ce n’est pas un hasard si ce projet recueille une majorité d’opinions favorables. » C’est  oublier qu’Europacity suscite aussi de fortes oppositions. Les promoteurs n’en ont cure. Pour porter ce projet titanesque, évalué à 3,1 milliards d’euros et censé ouvrir en 2024, Immochan, la filière d’Auchan devenue Ceetrus depuis, s’allie au géant chinois de l’immobilier Wanda.

Le premier revers tombe en mars 2016 : l’Autorité environnementale émet d’importantes réserves sur le choix de l’emplacement et l’impact du projet. Ce qui n’empêche pas la préfecture du Val d’Oise d’autoriser la création de la ZAC, première étape nécessaire au chantier. Puis, début 2017, le tronçon nord de la ligne 17, indispensable à la viabilité du complexe, est déclarée d’utilité publique. De leur côté, les opposants élaborent une alternative : Carma, pour Coopération pour une ambition rurale métropolitaine et agricole, un projet d’agriculture périurbaine.

Au fil des mois, les recours et avis défavorables se multiplient, comme celui du commissaire-enquêteur qui évoque « des impacts environnementaux négatifs à très négatifs ». La justice aussi penche en faveur des opposants. Annulation de l’arrêté préfectoral de création de la ZAC en février 2018, finalement remise sur les rails en juillet dernier par la Cour administrative de Versailles, puis annulation en 2019 du PLU (plan local d’urbanisme) qui rendait constructibles les 300 hectares de la zone, dont 80 pour Europacity.

Le projet Europacity abandonné, le gouvernement décidera-t-il de rendre au Triangle sa vocation agricole ? Les opposants à Europacity en doutent, d’autant que le permis de construire de la gare du Triangle de Gonesse, sur  la ligne 17 du Grand Paris Express, a été validé par le Préfet –un soutien tacite au projet, une gare desservant des champs n’ayant guère d’intérêt… « On ne criera victoire que lorsque le gouvernement lâchera la gare et acceptera une concertation sur l’avenir de la zone ! » assène Bernard Loup, rappelant qu’à ce jour, « il n’y a pas d’autre projet alternatif que Carma, qui n’a pas besoin de gare »… Pour le militant, si gare il y a, il y aura forcément aménagement. Or les premiers coups de pioche ont débuté cet été, et devraient reprendre en novembre.

Éducation nationale : quand le travail pousse au suicide

France culture

Christine Renon, directrice d’une école maternelle, s’est suicidée sur son lieu de travail à Pantin en Seine-Saint-Denis. Dans un courrier qu’elle a adressé à l’ensemble des directeurs d’établissement de sa ville, elle confiait son épuisement professionnel.

À 58 ans, la directrice de l’école maternelle Méhul, à Pantin (Seine-Saint-Denis), a mis fin à ses jours lundi 23 septembre. Son corps a été retrouvé avant l’arrivée des enfants, dans la grande nef de cette école. Avant sa mort, Christine Renon avait envoyé à son inspecteur d’académie et à tous les directeurs et toutes les directrices d’établissements scolaires de sa ville une lettre. « Aujourd’hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée après seulement trois semaines de rentrée« , écrit-elle. C’est une professionnelle à bout qui se livre, interroge le système dans sa globalité et l’absence de réponse de sa hiérarchie.

Louise Tourret, productrice de l’émission « Être et savoir », revient sur ce drame dans son émission du dimanche 29 septembre et a interrogé pour cela le sociologue Vincent de Gaulejac, spécialiste de la souffrance et du mal-être au travail.

Il tente une explication sur les raisons qui ont pu pousser cette directrice d’école à commettre ce geste désespéré.

Vincent de Gauléjac : Ce drame illustre la souffrance que vivent de nombreux agents des institutions publiques que ce soit dans l’éducation, à l’hôpital, dans la police, dans le travail social. En 2008, quand j’avais participé à « L’Appel des appels » avec Roland Gori, on insistait déjà sur la transversalité de ce phénomène. On se suicide dans toutes ces institutions que l’on « modernise » : France Télécom, la SNCF, la RATP, etc. Je me souviens du témoignage de Catherine Kokoszka qui était la directrice de l’antenne parisienne de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui avait écrit un texte en 2009 après sa tentative de suicide dans laquelle on retrouve presque mot pour mot les termes employés aujourd’hui par Christine Renon.

Que se passe-t-il dans ces institutions ?

Vincent de Gauléjac : Les réformes successives qui y sont mises en œuvre, cette réorganisation permanente, pèsent de plus en plus sur les agents et même sur leur hiérarchie. Ces nouvelles formes de gestion – qui sont nées avec le développement du New Public Management, de la Corporate Gouvernance – produisent deux effets : premièrement, les agents ont l’impression que ces réformes les empêchent de travailler. Deuxièmement, s’ils se sont investis dans l’éducation, dans la santé ou dans le travail social, c’est parce qu’ils croyaient aux missions de l’institution : une bonne pédagogie, prendre soin des malades, etc. Faire bien son travail c’était correspondre aux valeurs de l’institution. Mais à présent, l’organisation, tous ces nouveaux outils de gestion présentés comme devant améliorer les choses en fait les mettent en difficulté, non seulement les empêchent de travailler, mais leur font perdre le sens du travail et les valeurs qu’ils avaient mis au centre de leur choix professionnel.

D’où vient ce sentiment de ne plus arriver à bien faire son travail ?

Vincent de Gauléjac : Dans sa lettre, Christiane Renon parle de ces petits riens qui occupent 200% du temps. Je l’ai également constaté à l’université. On a l’impression qu’il faut passer de plus en plus de temps pour créer les conditions pour pouvoir bien travailler. De nombreux agents de la fonction publique ont le sentiment que tout cela ne sert à rien : remplir des objectifs, des dossiers, appliquer des procédures, obéir à des référentiels, etc. Cette approche gestionnaire est totalement instrumentalisante et elle prend un temps fou. En tant que chercheur, mon travail consistait au début de ma carrière en l’enseignement et la recherche. A la fin de ma carrière, je passe 80% de mon temps à m’occuper de management au lieu de m’occuper des missions de l’institution. Ce sentiment-là est unanimement partagé par tous les agents qui sont confrontés à ces réformes, qu’elle soit hospitalière, de l’enseignement, de l’université. Toutes aboutissent à donner aux agents le sentiment que la plus grande partie de leur travail n’est pas utile par rapport aux missions de l’institution mais ne fait que nourrir la machine administrative et des exigences gestionnaires.

On constate dans le même temps, au sein du discours de ces institutions, que ce soit dans le champ de l’éducation, du travail social ou de la santé, la montée en puissance du terme de bienveillance. Comment interpréter cet apparent paradoxe ?

Vincent de Gauléjac : On ratiocine sur les conditions de travail, sur les moyens mis en œuvre pour pouvoir remplir les missions qui sont confiées, avec toujours ce discours qui enjoint à « faire plus avec moins », comme si c’était anodin et possible. Les conditions objectives se dégradent, donc subjectivement les gens ne vont pas bien, alors on met en place tout un discours sur le care, la bienveillance, l’attention à l’autre qui est en effet d’autant plus nécessaire qu’objectivement on n’a plus les moyens de la bienveillance comme on le voit par exemple dans les services d’urgence à l’hôpital. Cette contradiction devient tellement aiguë qu’elle participe au mal-être de professionnels qui ne demandent pas mieux que de bien travailler. On leur renvoie que si ça ne marche pas, c’est parce qu’ils résistent au changement, alors que s’ils résistent au changement c’est parce que les modalités de celui-ci les empêche de bien travailler. On est dans une organisation que j’appelle « paradoxante » : les outils mis en place pour améliorer l’efficience sont en fait des outils qui mettent les agents dans des injonctions paradoxales. « Soyez autonome, bienveillant », mais les conditions de travail vous en empêchent. C’est cela qui les rend malade, qui les rend fous.

Quelles sont les solutions pour éviter une telle souffrance ?

Vincent de Gauléjac : Au niveau individuel, on voit de nombreux agents se mettre en arrêt maladie parce qu’ils ont l’impression qu’ils vont devenir fous. C’est l’éloge de la fuite. Tandis que d’autres essaient de s’adapter malgré tout. Mais pour moi, au niveau collectif et politique, l’urgence consisterait à les traiter comme des sujets, non pas comme des objets de réforme, comme des sujets individuellement et collectivement capables d’élaborer des réponses aux problèmes qui sont posés. Or les nouvelles modalités de management produisent un écart entre les prescripteurs et le travail réel. Dans son ouvrage Le Management désincarné, Marie-Anne Dujarier montre bien comment des agences de santé comme l’ARS, les agences de notation, le Ministère de l’Éducation produisent des prescriptions, des nouveaux outils, des référentiels mais sont totalement déconnectés du travail réel. Il faut revenir au travail réel pour voir comment on peut apporter des solutions, et que l’organisation se mette au service du travail réel et non pas au service de la prescription.

Pourquoi cela ne se fait pas ? 

Vincent de Gauléjac : Parce que les responsables politiques sont sourds. C’est pour cela que la lettre de Christine Renon est magnifique parce qu’elle y remercie ceux qui sont l’essentiel de l’institution : les parents, les élèves, les professeurs. Elle y exprime son amour de son métier, et le fait qu’elle s’est sentie complètement « cassée » parce qu’elle ne pouvait plus l’exercer correctement. Tant que le choix des modes d’organisation ne sera pas fait au plus près du travail réel, on aura des témoignages tels que le sien. 

Louise Tourret

Ça urge !

climat

Samedi 21 septembre, partout en France et dans le monde, se tiendront des marches pour le climat et pour la paix.

Les communistes du Val d’Oise seront présent.e.s à la marche pour le climat et la justice sociale qui se déroulera à Paris ce samedi. Le rendez-vous est fixé à 13h devant le jardin du Luxembourg.

Cet été, la planète a, une fois de plus, envoyé des signaux qu’il est impossible d’ignorer. L’été a été marqué par les feux en Amazonie, chez nous par la canicule. L’urgence climatique est de plus en plus forte.

Il est indispensable et urgent de se mobiliser et de rejoindre les manifestations et les rassemblements pour le climat qui se répètent et s’intensifient depuis un an. Les Français.e.s en sont bien conscient.e.s et sont de plus en plus mobilisé.e.s, tout particulièrement la jeunesse.

Lundi 23 septembre se tiendra à l’ONU un sommet spécial dédié à l’urgence climatique. Les marches sont une opportunité de montrer, en se mobilisant massivement, qu’un changement de système s’impose. Car agir pour le climat implique de pointer le besoin de nouveaux modes de production, de développement et de consommation.

Le 21 septembre, nous marcherons aussi pour la paix. N’oublions pas non plus qu’agir pour le désarmement et la paix, faire reculer la guerre, agir pour la coopération entre les peuples et promouvoir un modèle de développement partagé et solidaire en utilisant autrement l’argent gaspillé dans la course aux armements, c’est aussi répondre à la crise climatique.

À samedi !

 

 

Fish and chips

Si François de Rugy n’a été que peu défendu par la majorité, il a reçu le soutien inattendu de la sénatrice « Les Républicains » Jacqueline Eustache-Brinio.

Celle-ci s’est exprimée en ces termes : «  Ça peut nous arriver à tous ce genre d’histoire parce que visiblement nous sommes à la merci d’une photo, d’une vengeance, relayées par des journaux qui sont pour moi à la limite du KGB et de la Stasi. Quand on fait des repas à l’Élysée, on mange pas chez McDo, on mange pas des fish and chips. Voilà. »

Nous apprécions beaucoup les déclarations de J. Eustache-Brinio, toujours empreintes de finesse et d’un grand sens politique. Voici ce que cette dernière sortie nous inspire.

« Ça peut nous arriver à tous ce genre d’histoire parce que visiblement nous sommes à la merci d’une photo ». Étrange formulation qui peut laisser penser que la sénatrice elle-même pourrait être victime d’une révélation désastreuse. Espérons tout de même qu’on ne se gave pas de homard sur fonds publics à Saint Gratien après le Conseil municipal, ni de caviar au palais du Luxembourg avant d’aller siéger. Et non, tous les élus ne sont pas susceptibles de devenir la proie du grand méchant Mediapart, car l’immense majorité d’entre eux n’ont pas ces comportements et agissent pour l’intérêt général, sans même d’indemnités pour la plupart d’entre eux. Ce que l’on peut reprocher à F. de Rugy, c’est justement d’avoir encore contribué à discréditer ces femmes et hommes politiques, qui ne pensent pas que manger du homard arrosé de grands crus, aux frais de la princesse, est la condition sine qua non pour rester en contact avec la vraie vie. Ou de n’avoir pas compris qu’en ces temps où le gouvernement nous appelle à resserrer d’un cran la ceinture, il est quelque peu indécent de voir nos gouvernants si éloignés de la réalité quotidienne des Français. Nous comprenons que les Français qui vivent la baisse des APL, l’augmentation de la CSG pour les retraités et voient les premiers responsables de l’État se noyer dans le luxe, trouvent cela insupportable ! Quel dommage que madame Eustache ne l’ait pas saisi.  

Une faute morale du ministre donc. Mais la sénatrice oublie aussi un peu vite que F. de Rugy n’a pas démissionné seulement pour avoir trop apprécié la bonne chère, mais aussi pour des faits plus graves, susceptibles d’être poursuivis en justice, notamment en ce qui concerne ses frais de député au temps où il siégeait à l’Assemblée.

Pour notre part, au-delà de ces révélations qui ternissent l’image du ministre, nous n’oublions pas que ce dernier laissera un bilan très modeste en matière d’écologie. Le gouvernement a par exemple récemment été interpellé par les députés communistes, sur l’incapacité actuelle de la France à tenir ses propres engagements climatiques, au moment où de nouveaux accords de libre-échange ne feront qu’aggraver encore l’empreinte carbone de notre pays.

Madame Eustache n’a pas jugé utile de se prononcer sur ce sujet, étant elle-même fort éloignée des préoccupations environnementales, ne les ayant absolument pas prises en compte dans sa politique municipale à Saint Gratien.   

Quant à comparer Mediapart avec les anciens services secrets russes ou à la police politique de l’ex-RDA, outre que cela révèle une méconnaissance profonde de ce qu’ont pu être le KGB et la Stasi, cela nous stupéfait également car c’est extrêmement révélateur de la pensée de la sénatrice sur les médias : de très dangereux organes, utilisant des moyens extrêmes de surveillance des personnes. Doit-on considérer que Mediapart a « éliminé » le ministre de Rugy, au moyen de pratiques ignobles ? Et que le discrédit dont souffre la classe politique est entièrement due à ces médias œuvrant comme des tortionnaires vis-à-vis des élus ? Nous considérons au contraire que l’action d’une presse indépendante et investigatrice est essentielle dans une démocratie. Quelqu’un a comparé Mediapart au thermomètre, qui mesurerait la fièvre symptomatique d’une maladie rongeant nos institutions. Faut-il réduire la liberté de la presse, alors que certains élus ont des pratiques inadmissibles, bien caractéristiques de « l’ancien monde » au rebours du « nouveau » tant vanté par le président Macron ? C’est ce que sous-entend la sénatrice, en assimilant les médias à des bourreaux. 

Enfin, il n’aura échappé à personne que le propos de la sénatrice sur « Mac Do ou les fish and chips » est bien méprisant envers tous les Français qui n’ont certes pas les moyens de banqueter. Leur rappeler qu’à l’Élysée (à l’hôtel de Lassay, en réalité) les dirigeants se doivent d’avoir un autre train de vie et que les manants que nous sommes sont ignorants des coutumes des grands qui nous gouvernent, est assez significatif de l’estime qu’elle porte aux citoyens.

Nul besoin d’une photo pour le révéler : madame Eustache, avec ou sans homard, est déjà très éloignée de la réalité quotidienne de ses administrés. L’effet des dorures du palais du Luxembourg, sans doute. 

ADP, un service public !

ADP 8.jpgLa collecte des signatures pour le référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris, commencée il y a deux semaines, a déjà réuni plus de 10 % du total à atteindre en neuf mois. Soumise par 248 parlementaires, la proposition de loi référendaire vise à « affirmer le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris ». Il est possible de déposer son soutien dans les mairies des chefs-lieux de canton et via un site Internet dédié.

En cas de problème ou si vous avez besoin d’aide, contactez-nous !

Ceta, c’est non

Ceta 2

Alors que les députés vont se prononcer ce soir 17 juillet sur le traité économique et commercial entre l’Europe et le Canada, j’ai envoyé le courrier ci-dessous à la députée élue dans la 6è circonscription du Val d’Oise.

Plus d’infos ici

Madame la Députée

Vous êtes saisie d’un projet de loi portant ratification de l’accord économique et commercial global entre l’Union européenne, ses états membres et le Canada (CETA).

Sans doute est-ce l’une des toutes dernières fois que vous avez la possibilité de vous prononcer sur un accord de libéralisation du commerce et de l’investissement puisque la Commission européenne s’est organisée pour que les Parlements nationaux n’aient plus à se prononcer sur le volet commercial de tels accords, en dépit de leurs impacts économiques, sociaux, agricoles, climatiques etc. qui touchent la vie de nos concitoyens.

Le 1er mai 2017, juste avant le second tour des élections présidentielles, Emmanuel Macron s’était engagé à nommer une commission d’experts pour établir les « conséquences environnementales et sur la santé de cet accord » et à « en tirer toutes les conséquences », y compris en « faisant modifier le texte ».

La Commission Schubert a établi un diagnostic retentissant et incontestable : le climat est le « grand absent » de l’accord. Le CETA, qui va générer plus d’émissions de gaz à effet de serre des deux côtés de l’Atlantique, et plus de transports maritimes transatlantiques, apparaît contradictoire aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Le Canada se félicite d’ailleurs d’avoir accru de 63% ses exportations de combustibles fossiles (principalement issus de l’exploitation des sables bitumineux) lors des 12 premiers mois de la mise en application provisoire du CETA, sans que l’UE ou ses États-membres ne disposent de moyen pour contenir cette croissance exponentielle.

Le CETA ne comprend en effet aucun dispositif permettant de conditionner son application au fait de réduire les effets négatifs générés en matière écologique ou sociale. Plus généralement, les chapitres sur le développement durable ne sont pas dotés d’une force exécutoire contraignante : ils s’effacent derrière les dispositions générales de libéralisation du commerce et de l’investissement, tout comme l’impératif écologique derrière les principes généraux d’ouverture des marchés.

Muet en matière d’alimentation animale (origine et mode de production), d’utilisation d’activateurs de croissance (comme les antibiotiques) ou encore de bien-être animal, le CETA fait courir de sérieux risques sanitaires lorsque le Canada sera en mesure d’utiliser l’ensemble des quotas agricoles obtenus. Ces importations « affecteront négativement un secteur de l’élevage déjà affaibli dans l’UE » affirme le rapport Schubert, alors que de nouveaux quotas en augmentation sont négociés sur d’autres accords (Mercosur, etc), générant un effet cumulatif propre à déstabiliser plusieurs secteurs.

Le CETA ne fournit donc pas de conditions favorables aux objectifs de la transition écologique et sociale. Sans reconnaissance explicite du principe de précaution qui n’est donc pas protégé par le CETA, et en présence d’un dispositif de coopération réglementaire qui donne la part belle aux intérêts des lobbys économiques, le CETA diminuera également la capacité des pouvoirs publics à garantir un bon niveau de réglementations environnementales et sanitaires.

Avec le CETA, les entreprises canadiennes, et même états-uniennes (81% d’entre elles disposent de filiales au Canada), pourront en effet exercer de lourdes pressions sur les pouvoirs publics européens. Ratifier le CETA entérinerait la mise en œuvre d’un tribunal d’arbitrage qui donne le droit aux investisseurs privés d’attaquer les décisions des pouvoirs publics qui leur paraissent défavorables : le mécanisme de règlement des différents investisseurs – État du CETA, modifié qu’à la marge, contourne les juridictions nationales et garantit toujours des droits exorbitants aux investisseurs étrangers. L’expérience montre que ces dispositifs favorisent nettement les intérêts des multinationales au détriment de la pleine et entière expression du droit à réguler des États.

Dit de « nouvelle génération », le CETA engage l’UE et ses États-membres dans un processus, désormais largement documenté, de libéralisation continu et irréversible (liste négative), n’offrant ainsi aucune protection sérieuse dans le domaine des services. De lourdes contraintes pèseront par ailleurs sur les municipalités et collectivités territoriales souhaitant faire de leurs marchés publics un levier stratégique de développement local. De fait, les objectifs de facilitation du commerce et de l’investissement éclipsent les préoccupations sociales et environnementales, au respect desquelles n’est attribué aucun instrument juridique véritablement efficient.

Tout récemment, Emmanuel Macron affirmait pourtant qu’il ne « voulait plus d’accords commerciaux internationaux qui alimentent le dumping social et environnemental ». Cet objectif, légitime, ne saurait supporter rester lettre morte. Malgré les engagements pris et le rapport Schubert, le CETA n’a pourtant pas été modifié. La ratification définitive du CETA, qui sert de modèle aux accords en cours de négociation, ne pourrait donc « se faire en totale cohérence avec les exigences nationales en matière de santé et d’environnement ».

Voilà pourquoi votre vote, Madame la Députée, vous offre l’occasion unique de ne pas enterrer définitivement un des engagements majeurs de la campagne d’Emmanuel Macron. Une majorité d’eurodéputés français de tous bords politiques s’étaient opposée au CETA au Parlement européen. Ne pas ratifier le CETA est la seule option sérieuse dont vous disposez pour obtenir une réforme du mandat commercial européen et ainsi répondre aux aspirations de millions de citoyens et d’un très large arc de forces d’organisations de la société civile qui rejettent le CETA.

Veuillez recevoir Madame la Députée, l’expression de mes salutations les plus citoyennes.

Ceta 1

La lutte contre le réchauffement climatique : une bataille sociale

Dédé ChassaigneAndré Chassaigne, député PCF et président du groupe à l’Assemblée, publie une tribune dans l’hebdomadaire « Politis ».

Ce sont les classes populaires qui sont les plus exposées aux conséquences des changements climatiques, rappelle André Chassaigne. Le président du groupe des députés communistes plaide pour des choix de rupture, notamment avec le productivisme et le consumérisme.

Le changement climatique provoqué par les activités humaines ne relève plus de la seule hypothèse scientifique : il s’agit d’une réalité vécue et subie par l’humanité dans sa globalité. Les implications de l’élévation de la température moyenne de la planète représentent un défi immense pour la protection de la biodiversité et de l’environnement. Trop longtemps minoré, voire ignoré, il convient également de prendre au sérieux l’impact social du dérèglement climatique. Celui-ci est en effet synonyme de dégradation de nos conditions de vie et d’aggravation des inégalités. À l’échelle mondiale et nationale, ce sont les populations les plus vulnérables qui se trouvent être les premières victimes de ce fléau. C’est pourquoi opposer « fin du monde » et « fin du mois » relève plus du slogan publicitaire que d’une réflexion politique salutaire.

L’impact de l’augmentation des températures moyennes affecte d’abord les pays les moins développés. Leurs populations subissent déjà les phénomènes accrus de sécheresse et inondations, de désertification, d’insécurité alimentaire, d’érosion des côtes et des ressources, de montée du niveau de la mer, etc. Avec pour corollaires une atteinte aux droits fondamentaux – comme l’accès à l’eau – et une intensification des flux de réfugiés climatiques.

Au sein même des pays riches comme la France, si nul n’est épargné par la hausse des températures, nous ne sommes pas tous égaux devant les effets du réchauffement climatique. Une vérité qui se vérifie tant pour les personnes morales (toutes les collectivités territoriales ou entreprises n’ont pas forcément les moyens de s’offrir les aménagements ou services nécessaires pour s’adapter), que physiques. Ce sont en effet les personnes issues des couches sociales les plus défavorisées et les individus les plus vulnérables qui pâtissent le plus du changement climatique. On pense aux personnes âgées et aux sans-abris, mais aussi aux classes populaires qui n’ont pas la capacité financière de faire face à l’augmentation des coûts liés à l’énergie, aux assurances (contre les risques) ou à l’habitat (mal isolé).

En outre, certains secteurs d’activités sont directement exposés à la nouvelle donne climatique. La pénibilité est appelée à croître pour des métiers tels qu’ouvriers du bâtiment, travailleurs de l’agriculture, agents de voirie… Pour les paysans, à la détérioration des conditions de travail s’ajoute l’augmentation des aléas climatiques (sécheresses, inondations, grêles et tempêtes…) qui perturbe les cycles des cultures, ce qui entraîne des pertes de récoltes et de revenus. Quant aux consommateurs, la raréfaction des ressources et le caractère plus aléatoire des conditions de production sont synonymes d’une augmentation du prix des matières premières qui affecteront encore et toujours les plus défavorisés.

Cette conséquence du réchauffement climatique est d’autant plus injuste, que l’empreinte carbone des ménages est liée au niveau du pouvoir d’achat. Autrement dit, les catégories sociales les plus élevées sont celles qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Un rapport du Commissariat général du développement durable de 2011 affirme ainsi que « la consommation des 20 % des ménages les plus modestes représente 11 % des émissions de CO2 alors que celle des 20 % des ménages les plus aisés est responsable de 29 % des émissions ». Ainsi, la pratique consistant à calculer les moyennes d’émissions de gaz à effet de serre par pays correspond à ce que des économistes désignent par la formule « hiding behind the poor » (« se cacher derrière les pauvres »).

Notre propos ne vise pas à culpabiliser pour culpabiliser. Nous avons tous notre part de responsabilité, mais certains sont plus responsables que d’autres : à elles seules, cent grandes transnationales seraient responsables de 71 % des émissions globales de gaz à effet de serre. Il s’agit ici également de pointer la stratégie de déresponsabilisation politique de la majorité au pouvoir. Derrière les slogans et autres postures médiatiques tendant à promouvoir « la lutte contre le changement climatique », l’action gouvernementale demeure très en deçà des objectifs fixés par le Giec. Un contraste entre le discours et les décisions symbolisé par la démission fracassante de l’ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Un signal d’alarme resté lettre morte. Aujourd’hui, l’exécutif s’apprête à ratifier le traité Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement), un accord commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, qui porte directement atteinte au climat, à la santé, à l’emploi, et à l’agriculture…

Derrière la catastrophe écologique qui se dessine sur fond de changement climatique, il y a malgré tout une opportunité historique à saisir pour tous ceux qui croient dans la volonté politique et dans la nécessité d’ériger une société nouvelle et meilleure. Son avènement dépend de choix de rupture avec, à la fois, le dogme capitaliste de la rentabilité financière et le cercle vicieux du « productivisme-consumérisme », seuls à même d’ouvrir un nouvel horizon pour un mode de vie respectueux de l’environnement. Il s’agit là d’un double impératif, non d’une simple option. Cela suppose prioritairement de remettre en cause la multiplication des flux internationaux et l’augmentation des investissements dans l’ensemble des industries polluantes telles que le pétrole. La société du XXIe siècle sera plus juste ou ne sera pas.