Le centre municipal de santé, une idée moderne (1)

À l’heure où nos villes connaissent une certaine pénurie de médecins, et donc une difficulté d’accès aux soins pour de nombreuses personnes, revient en force l’idée des centres municipaux de santé. Il existe dans notre département plusieurs centres de santé. Lors de la dernière fête de l’Humanité, nous avons réuni pour un débat des professionnels de santé et des élus, impliqués directement dans ces structures. Voici les échanges qui ont eu lieu à cette occasion.

débat fête 1

Débat sur les centres de santé municipaux – Fête de l’humanité 

Espace coopératif 95 – samedi 14 septembre 2019

Intervenants

-Pierre Barros, maire de Fosses, où vient de s’ouvrir récemment un centre de santé

-Florelle Prio, maire-adjointe de Bezons, où une telle structure existe depuis longtemps

-Jean-Pierre Deschamps, prothésiste dentaire dans un centre de santé d’Argenteuil

-Docteur Guirec Loyer, Directeur des Services de Santé et de Prévention, Médecin Directeur des Centres Municipaux de Santé à Gennevilliers

-Alain Feuchot, responsable du PCF 95

Animation du débat : Isabelle Volat

Pourquoi ce débat ? Trois raisons

Tout d’abord, parce que dans nos villes, nous connaissons des déserts médicaux, car la pénurie généralisée de médecins se fait sentir sur tout le territoire, et pas seulement dans les campagnes. La population est confrontée à des difficultés toujours plus importantes pour consulter généralistes et spécialistes. L’accès aux soins devient une préoccupation majeure pour de nombreuses personnes. Face à cela, les citoyens ont tendance à se tourner vers leur maire, même si celui-ci n’a ni prérogatives, ni ressources spécifiques pour répondre à ces besoins. Mais grâce au principe de compétence générale, les collectivités peuvent intervenir. Pour toutes ces raisons, la santé sera sans nul doute un élément important des prochaines élections municipales de mars 2020.

Deuxième raison : les centres de santé sont une solution originale et efficace, avec des médecins salariés, qui pratiquent le tiers-payant, sans dépassements d’honoraires, qui travaillent en collaboration. Les centres de santé sont des structures publiques, contrairement aux maisons médicales privées. Donc les centres de santé peuvent apporter une réponse plus cohérente et plus originale aux problèmes de santé.

Troisième raison : dans notre département existent des expériences originales mais même nous, nous les connaissons assez mal. Il y a des villes, à direction communiste ou apparentée, qui ont implanté de longue date comme Bezons, un centre de santé. D’autres l’ont fait plus récemment, d’autres sont en train de finaliser leur projet comme à Cergy.  Pourtant, même parmi notre réseau proche, ces réalisations restent mal connues. Il nous a semblé indispensable de faire connaître et de partager ces expériences  diverses.  Et pourquoi pas, à l’approche des municipales 2020, de susciter de nouveaux projets ?

I.V. : Pouvez-vous chacun, présenter dans ses grandes lignes, votre centre de santé particulier ?

Florelle Prio : Le centre de santé de Bezons est bientôt centenaire ! Les centres de santé, c’est un marqueur important des villes de gauche, une tradition dans les villes communistes. À présent, on voit que de tout horizon, on s’intéresse aux centres de santé. À Bezons, il y avait au départ un dispensaire et  même avant, un centre d’hygiène. Ce sont les lois sociales de 1928 qui ont permis le dispensaire qui plus tard a évolué vers un centre de santé. C’est un centre polyvalent : médecine générale, qui est le cœur de l’offre de soins, et des spécialités par le biais de vacations, un pôle dentaire et un pôle paramédical avec infirmières, kinés, kinés à domicile, donc une offre assez large et variée. Si on voit que les centres de santé sont aujourd’hui incontournables dans le paysage de l’offre de soins, et que c’est souvent un des rares accès aux soins pour la population, c’est aussi hérité de la politique nationale et des différentes politiques de santé qui se sont succédé depuis des décennies. Le blocage du numérus clausus et les modes d’exercice font que les jeunes médecins maintenant n’ont pas forcément envie de s’installer en cabinet libéral. Ils s’adressent plus facilement vers une offre et une pratique pluri-professionnelle, sur des regroupements de professionnels. Dans un centre de santé, ils peuvent vraiment se consacrer à leur pratique professionnelle puisque déchargés de tout ce qui est tâches administratives. C’est particulièrement important et ils ont un cadre de travail qui est règlementé, qui leur permet d’avoir à côté une vie personnelle, sociale, culturelle… ce que tout le monde est en droit d’attendre : on est bien loin du sacerdoce de la médecine d’il y a quarante ou cinquante ans. L’image doit évoluer. Tout cela fait que nos centres de santé sont attractifs. Avoir un centre de santé, c’est aussi permettre à tous les gens bénéficiaires de CMU, retour aux droits, d’avoir une offre de soins et d’être accueillis dans des consultations, ce qui est souvent difficile dans les cabinets en médecine libérale. On le constate très souvent.

Pierre Barros : La réalisation d’un parcours de santé c’est presque un parcours du combattant, au moins une démarche partenariale. Cela démarre souvent par quelque chose d’assez douloureux : des médecins de 60 ou 70 ans viennent voir le maire en disant qu’ils partent en retraite et demandent à la ville de racheter leur cabinet médical. Cela démarre donc par une offre de santé portée par des professionnels libéraux qui n’ont pas forcément assuré le renouvellement. C’est déjà un problème qu’on vienne voir les élus quand le système ne marche plus ! Il y a un dysfonctionnement du côté du privé : c’est le public local qui récupère le problème. Face à ça, à Fosses, avec les élus de Marly la Ville, on a décidé d’agir et de racheter le cabinet médical pour conserver une offre de soins car en quelques années, on passait de dix médecins à deux, et à la fin à plus personne car le report de patientèle sur deux médecins est tel que cela n’est pas tenable. La première étape a été de racheter le cabinet médical via l’intercommunalité et on a réuni ensemble les professionnels de santé, médecins, spécialistes, infirmières, en posant le problème, en invitant l’ARS, les syndicats de professionnels, le Conseil de l’ordre, pour faire un état des lieux et de la situation, du paysage médical, de l’offre de soins sur le territoire. On s’est aperçu qu’il fallait travailler avec tout le monde. La décision du centre municipal de santé est venue au fur et à mesure, toujours avec Marly-la-Ville puisqu’il existe une proximité importante. Le centre de santé était le chaînon manquant du parcours de santé sur le territoire, complémentaire à l’exercice libéral de la médecine. En travaillant comme cela, on a réussi à embarquer avec  nous un ensemble de médecins qui continuent aujourd’hui à exercer sur la ville de Fosses. C’était important parce qu’on avait aussi besoin d’eux pour éviter de se retrouver dans un fonctionnement en concurrence et de permettre aux médecins libéraux qui étaient prêts à partir de rester et de construire leur propre projet. On a donc construit une solution municipale intercommunale d’un service public de santé. L’impulsion portée par un travail à l’échelle publique tire aussi des initiatives privées et cela permet de répondre ensemble par une solution globale d’offre de santé sur le territoire. C’est une belle expérience même si c’est compliqué avec les intérêts des médecins, des médecins parfois en burn-out. C’est parfois douloureux de gérer cela. Maintenant cela se passe bien avec les médecins généralistes, moins avec les spécialistes parce que le centre de santé « déstabilise un peu  le marché ». Bref, une belle expérience de « co-construction » entre public et privé  pour un objet de santé publique.

Guirec Loyer : Je ne suis plus dans le 95 en tant que praticien depuis deux ans. Je suis directeur de la santé de la ville de Gennevilliers. J’ai la chance d’être dans une ville qui a eu les moyens de tout temps de porter un programme de santé très ambitieux. Depuis le Front populaire, il y a un énorme centre de santé et aujourd’hui on doit avoir la plus grosse structure municipale d’Île-de-France. Quelque chose de très important pour aller dans le sens de Florelle Prio et Pierre Barros, s’il y a un déficit de l’offre libérale, historiquement quand on discute avec l’ordre ou l’union régionale des praticiens de santé, qui sont des instances libérales, ils sont représentés par de vieux médecins qui sont complètement hors-sol et qui n’ont plus rien compris à ce qu’est la médecine actuelle, à savoir que les jeunes veulent bosser ensemble et être salariés. Cela explique le non-remplacement des médecins libéraux. Les quelques-uns qui veulent encore travailler sur le secteur, voire monter une maison de santé, ce n’est pas possible s’ils sentent que la charge de travail va être trop énorme. Gennevilliers a une spécificité, c’est qu’on a signé une convention avec l’assistance publique des hôpitaux de Paris et qu’on est la seule offre de spécialités en secteur 1 sur tout le territoire. Ce qui fait qu’on est une ressource pour les médecins libéraux avec lesquels on a signé une charte d’exercice de la médecine sur Gennevilliers, ce qui fait que même les libéraux à Gennevilliers pratiquent le tiers-payant, sont au tarif opposable de la Sécu et le centre de santé est le lieu où les médecins libéraux ont leur recours pour tous les avis spécialisés. On travaille en bonne intelligence. Aujourd’hui on se fait un peu tordre le bras par l’agence régionale de santé qui veut qu’on monte «des communautés professionnelles territoriales de santé».  Ça veut dire que pour mieux organiser les parcours de soins des patients, coordonner la ville, l’hôpital, le médico-social… on va être obligés de bosser avec les médecins libéraux, et cela va être partout le cas. Dans des villes comme la nôtre où ça se passe bien, ça va être assez simple, visiblement sur Fosses, ça ne devrait pas poser trop de difficultés mais j’ai connu des villes, dans de précédents postes, quand j’avais été reçu par le représentant local de l’ordre, il m’avait expliqué que je n’étais pas le bienvenu, parce qu’on était des concurrents à la médecine libérale.  À Bezons, la médecine libérale a perdu 70% de ses effectifs durant les six ans où j’étais sur place, et la seule offre qui soit organisée sur Bezons est le centre de santé. Il faut vraiment qu’on travaille sur ces structures-là. Par ailleurs, j’ai été secrétaire général-adjoint de la fédération nationale des centres de santé et j’étais chargé d’accompagner les porteurs de projets. Dans toutes les villes où il y a eu des tentatives de maisons de santé, où la ville a racheté les murs des libéraux pour essayer de sauver la mise, les équipes sont parties en retraite quand même, personne n’est venu parce qu’une maison de santé, ça ne se décrète pas, c’est une « démarche entrepreneuriale », ce sont des gars qui décident de bosser ensemble et le pouvoir politique local n’aura jamais aucun pouvoir pour déclencher des politiques de santé publique chez des médecins libéraux. Le centre de santé est la solution. Dans toutes ces villes où je suis allé, de la Sarthe à la Haute Normandie, cela s’est toujours terminé par un projet de centre de santé ensuite, mais en ayant perdu cinq ou six ans. Quant à l’équilibre économique des centres de santé, on est porteurs de structures très anciennes comme à Bezons ou Gennevilliers, où il y a eu des choix politiques forts, qui étaient de mettre des spécialités en sachant très bien qu’on allait perdre de l’argent. Une infirmière en centre de santé ne rapporte pas. Un kiné non plus, surtout quand il fait du domicile. Donc effectivement, c’est un vrai choix politique que de porter un centre de santé. Mais comme on porte une piscine ! Mais aujourd’hui on sait construire des centres de santé avec de la médecine générale qui seraient à l’équilibre économique. Il faut promouvoir ce genre de structures, il faut en faire parler, parce qu’elles sont encore beaucoup trop méconnues.

Jean-Pierre Deschamps : Je rejoins ce qui s’est dit. Les centres de santé sont le fruit d’un choix politique. En Île-de-France, j’étais secrétaire du syndicat des personnels dentaires, prothésistes et assistantes. Dans le Val de Marne, la Seine-Saint-Denis, les Hauts de Seine et le Val d’Oise, là où il y a des élus communistes et de gauche, se créent et se maintiennent les centres de santé. Je suis à présent retraité mais je travaillais il y a dix ans au centre de santé d’Argenteuil. Dans les années 70 quand j’ai démarré au labo de prothèse, on était 17 et aujourd’hui c’est divisé par cinq. C’est vraiment un choix politique parce qu’à Argenteuil est venu à un moment donné un certain Manuel Valls, qui était élu à la santé. Il y a deux centres de santé à Argenteuil, en centre-ville et une annexe au Val nord. Et quand il passait dans le centre, il disait qu’on était beaucoup trop nombreux, qu’il fallait faire des coupes, des réductions de budgets mais n’a jamais été capable de nous dire quels services il voulait supprimer. On savait que c’était les kinés et le labo de prothèse. Donc c’est un combat et une volonté politique.

Alain Feuchot : Je vais citer un exemple qui est un peu différent de tout ce qui vient d’être exprimé par les élus et professionnels de santé. C’est celui de Franconville. Lorsque la municipalité a été gagnée par une liste de rassemblement d’union autour d’Annie Brunet, communiste, a été mis en place un projet et réalisé un centre de santé. Malheureusement, la municipalité a été battue à la fin du premier mandat et celui qui est devenu maire, très longtemps, député, sénateur, monsieur Delattre, a tout fait pour essayer de se débarrasser de ce centre de santé, il l’a dévitalisé. Les habitants de Montigny-lès Cormeilles, qui jouxte Franconville, et qui fréquentaient le centre de santé, et bien il a décidé que le centre de santé était municipal et que donc les non-résidents à Franconville n’y avaient plus accès, ce qui est totalement illégal. Et puis s’est créée au début des années 2000 une communauté de communes, puis une communauté d’agglomération. Monsieur Delattre a voulu se débarrasser de la gestion du centre de santé, et en proposant à l’ensemble des collègues de l’interco d’avoir une compétence supplémentaire pour gérer le seul centre de santé qu’il y avait sur l’interco. Donc ce centre est dévitalisé, avec une toute petite voilure et il perd complètement de sa vitalité et de son essence. Et donc on peut aussi, par choix politique, tuer un outil de proximité. C’est un contre-exemple, un autre choix politique. C’est un projet qui doit s’inscrire dans une démarche pour la justice et le droit à la santé pour tous. C’est un petit clin d’œil à nos collègues de Cergy, qui portaient, dans la campagne des municipales de 2014, ce projet phare de la liste qu’ils conduisaient au premier tour, liste de rassemblement, avec celui qui est devenu le maire : ce projet va voir le jour, concrètement, en 2020, un projet municipal. Peut-être n’a-t-on pas été assez audacieux pour en faire un projet de l’agglo ? Et donc à Cergy, avec le maire socialiste, avec son adjointe communiste, va se réaliser un centre de santé municipal. On peut aussi, même quand on n’est pas à la direction directe des affaires, mais dans une majorité, porter des projets de ce type.

À suivre…

Trésors de banlieue !

À partir du 4 octobre et jusqu’au 30 novembre, la ville de Gennevilliers accueille les Trésors de Banlieues, une exposition d’envergure nationale rassemblant 260 œuvres.

tresor-de_banlieu

L’art en banlieue existe, nous l’avons rencontré ! Les villes de banlieue ont toujours eu à cœur d’imaginer et de construire des relations fructueuses entre artistes et habitants à travers des résidences, des expositions et des acquisitions. Au fil des années se sont ainsi constitués de véritables trésors de banlieues. Jamais les habitants n’ont pu mesurer dans son ensemble l’importance de ces trésors, admirer l’extrême diversité et la qualité incroyable es œuvres et collections acquises depuis des décennies par chacune des communes.

Une collection exceptionnelle ouverte à tous

De Chagall à Miss.Tic, de Caillebotte à César, de Léger à Di Rosa…
Le principe de ce grand événement est totalement inédit puisqu’il rassemble les œuvres des fonds d’art, très souvent méconnues, constitués, au fil des années par les communes d’Ile-de-France et même au-delà. Plus de 50 collectivités ont ainsi répondu avec enthousiasme à ce projet et ont accepté de prêter leurs « trésors » pour les faire découvrir et partager en premier lieu aux Franciliens et plus largement aux amateurs et aux experts de la France entière.

L’art sous toutes ses formes

Exposition hors du commun, elle se déroulera dans un écrin exceptionnel puisque ce sont les 3 000 m2 de la Halle des Grésillons à Gennevilliers, réhabilitée dans son usage par l’architecte Patrick Bouchain, qui révèleront au grand public dessins, peintures, photographies, sculptures, céramiques, tapisseries et livres d’artistes – un parti-pris de programmation pluridisciplinaire impulsé par Noël Coret, Commissaire général de l’exposition pour lequel la Fraternité des Arts implique la mise à l’honneur de toutes les pratiques artistiques -. La scénographie de l’exposition est réalisée par Guillaume Lanneau et Bruno Charzat, du collectif Au Fond à Gauche.

Deux siècles de création

En plus de la présence exceptionnelle de deux peintures d’église du XVIIe siècle italien et flamand, les visiteurs pourront parcourir les étapes qui ont marqué l’évolution de l’art moderne, de la fin du XIXe siècle à nos jours. De Caillebotte à Chagall, de Valtat à Léger, de Kijno aux bijoux d’Elsa Triolet, de Doisneau à Ronis, de Picabia à Di Rosa, les courants artistiques du siècle dernier défilent sous nos yeux : impressionnisme, fauvisme, cubisme, courant réaliste témoignant des paysages de la banlieue et de ses habitants, abstraction, jusqu’aux différents courants de l’art contemporain, de la figuration narrative au street art. L’art contemporain ne sera pas isolé et c’est là l’une des originalités de l’exposition : il prendra sa place tout naturellement parmi toutes les œuvres dans la chronologie de l’histoire de l’Art, l’avant-garde devenant nécessairement… le patrimoine de demain !

Entrée libre

Du 4 octobre au 30 novembre Halle des Grésillons

Ouvert les mardi, mercredi, jeudi et vendredi de 9h à 19h, le samedi et le dimanche de 9h à 18h. L’exposition est ouverte au public tous les jours pendant les vacances de la Toussaint. Fermeture les 1er et 11 novembre. Visite guidée pour les individuels et les familles, les week-ends à 15h et 17h sur réservation au 06 16 56 98 52.

ADP doit rester public !

Privatiser les Aéroports de Paris ? Au peuple de décider !

ADP 5.jpg

Le gouvernement voudrait privatiser sans aucun débat les aéroports de Paris. ADP gère les aéroports de Roissy, Orly, Le Bourget (à eux trois, ces aéroports voient passer plus de 105 millions de voyageurs chaque année), un héliport (Issy-les-Moulineaux) et dix aérodromes civils d’Île-de-France.

Cela concerne plus de 600 000 emplois directs et indirects, dont plusieurs dizaines de milliers dans le Val d’Oise : 2,2% de l’emploi en France. En Île-de-France, ADP joue également un rôle considérable. Il représente 5 % du PIB régional et 8 % de l’emploi régional.

ADP est notre bien commun comme tous les services publics et c’est aux Français et aux Françaises de décider de son avenir.

Pourquoi nous opposons-nous à la privatisation des aéroports de Paris ?

La privatisation d’ADP pose tout d’abord une question de souveraineté. ADP est notre première frontière avec l’étranger. Ses aéroports parisiens voient passer chaque année 105,3 millions de passagers. Comment imaginer privatiser une frontière ? Même aux États-Unis, le contrôle des grandes plateformes aéroportuaires reste public en raison de leur caractéristique d’infrastructure d’intérêt général au service de l’aménagement du territoire.

La privatisation serait aussi un non-sens économique. Selon Dominique Plihon, économiste membre d’Attac : « Budgétairement, cela n’a pas de sens ; c’est une rentrée d’argent à court terme lors de la vente mais une perte de finances à long terme pour l’État qui ne disposera plus des bénéfices d’ADP. » ADP rapportera 185 millions d’euros de dividendes à l’État en 2019, sur  600 millions de  bénéfices réalisés. L’État va de plus, devoir indemniser les actuels actionnaires d’ADP à hauteur de 1 milliard pour pouvoir privatiser.

Privatiser ADP serait une aberration écologique. ADP, c’est près de 7 000 hectares de bâtiments, de terrains, de pistes et d’infrastructures, l’équivalent des deux tiers du territoire de la ville de Paris. « Si Aéroports de Paris est privatisé, ça va probablement devenir la plus grande propriété privée de France sur laquelle on pourra bétonner et kéroséniser », craint l’historien et politologue Patrick Weil. L’écologie n’est pas compatible avec la finance ! Il est certain que privatiser ADP privera l’État de marges de manœuvre en matière de régulation du transport aérien très polluant. Les aéroports privatisés privilégient les gros-porteurs longs courriers, plus rémunérateurs pour les boutiques et services des aéroports, au détriment des petits et moyens courriers, lignes intérieures ou intra-européennes.

ADP représente un enjeu majeur pour l’aménagement du territoire. Fort de ses « 411 hectares de réserves foncières dédiées aux futurs développements immobiliers », le groupe juge possible de doubler sa surface de bureaux de 1,5 million de mètres carrés, déjà exploitée.  

La privatisation serait également une aberration constitutionnelle. L’écrivain et professeur de droit Paul Cassia a rappelé que notre constitution depuis 1946 interdit la privatisation d’un monopole de fait et d’un service public national. Or, c’est bien le cas d’ADP.

Enfin, c’est une décision anti-démocratique avec une concession de 70 ans au privé, assortie de conditions empêchant de fait un retour dans le giron public.

N’oublions pas non plus qu’il n’existe pas de cas de privatisation qui n’ait entraîné de suppressions d’emplois

Les privatisations, ce n’est jamais bon, ni pour nous, ni pour le pays. Ce sont les actionnaires qui en profitent, en rachetant à bas prix les biens publics et en réalisant un maximum de profit sur notre dos.

On le voit bien avec les autoroutes et les tarifs de l’électricité (+50 % en 10 ans). Les privatisations en France, ce sont aussi des dizaines de milliers de suppression d’emplois. Tout le monde a en tête le fiasco de la privatisation des autoroutes : +20% d’augmentation des tarifs, 6 000 emplois supprimés, une manne de plus de 2 milliards qui tombe chaque année dans les poches des actionnaires. A ce rythme-là, les 15 milliards payés en 2006 lors de la privatisation seront remboursés dans trois ans !

Un succès du référendum gênerait par contre le gouvernement pour concrétiser les autres projets de privatisation qu’il a sous le coude comme les barrages et les ports, ou encore la Française des Jeux. Ce pourrait être un coup d’arrêt aux privatisations.

C’est inédit en France : le peuple peut se donner les moyens de se prononcer sur une privatisation. En effet, la procédure du Référendum d’Initiative Partagée (RIP) a été lancée pour la première fois sous la Vè République, par le vote de 248 parlementaires de tous les courants politiques.

À nous de nous mobiliser pour obtenir que la décision  revienne au peuple et qu’un référendum soit organisé ! Faisons décoller le référendum contre la privatisation des aéroports de Paris !  

À Saint Gratien, tous les dimanches de 10h à 12h, nous recueillons les signatures en ligne sur le marché municipal. Il suffit de venir avec votre carte d’identité.  

Vous pouvez aussi signer la pétition sur le site officiel :

https://www.referendum.interieur.gouv.fr

Le clap de fin est proche pour EuropaCity

Lu dans l’Humanité de ce lundi 30 Septembre 2019, cet article d’Alexandra Chaignon sur le projet Europacity, ce « grand projet inutile » prévu dans le Val d’Oise.

europacity sept 2019.jpg

Le projet controversé de centre commercial géant pourrait être enterré par le gouvernement. Une annonce pas chère et qui peut rapporter gros à Emmanuel Macron.

Après Notre-Dame-des-Landes, EuropaCity, cet aménagement aussi gigantesque qu’aberrant et notoirement controversé, pourrait bien être lui aussi abandonné. Certains signes ne trompent pas. Depuis quelques jours, la ministre des Transports, Élisabeth Borne, reçoit les unes après les autres, toutes les parties prenantes de l’affaire : Les élus locaux et régionaux, les aménageurs, les opposants et même Vianney Mulliez, le président de Ceetrus, la branche immobilière du groupe Auchan, porteuse du projet. « On sent que les choses sont en train de bouger », confie Bernard Loup, l’infatigable porte-parole du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), opposant de la première heure.

La folie des grandeurs

De fait, la position et le soutien du gouvernement, accusé d’inaction par les défenseurs de l’environnement, deviennent difficilement tenables. En particulier pour Emmanuel Macron, qui donne des leçons à tout le monde en matière de lutte contre le changement climatique. À l’heure où l’urgence climatique réclame une politique résiliente, comment porter un concept qui prévoit de bétonner les dernières terres agricoles d’Île-de-France ? Car ce méga projet urbain devrait à lui seul occuper 80 hectares de la ZAC. Des milliers de mètres carrés de commerces, hôtels, restaurants, équipements culturels et sportifs -une piste de ski y avait même été envisagée un temps ! Conçu comme un lieu de métissage des cultures, des publics et des usages (sic), Europacity espérait drainer 31 millions de visiteurs par an ! Soit deux fois plus que le parc Eurodisney… Et promettait aux collectivités de vastes retombées fiscales et la création de plus de 10 000 emplois. Ce ne fut, au final, que mirages, illusions et fiasco en chaîne.

Depuis des années, les aménageurs lorgnent les centaines d’hectares de terres du Triangle de Gonesse, vierges de toute urbanisation. En février 2010, le président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy, lâche, dans une interview accordée à une revue spécialisée, que « le groupe Auchan souhaite construire un très grand commercial, culturel, sportif et récréatif (…) prototype d’un nouvel « urbanisme commercial à visage humain » ». Europacity n’est pas nommé, mais le concept est né. Quelques mois plus tard, le directeur de la branche immobilière d’Auchan confirme le projet et le lieu, la future ZAC (zone d’aménagement concerté) de Gonesse, à condition de disposer d’une gare à proximité. « Ce qui m’a fait réagir, c’est le terme de « complexe commercial ». J’avais déjà passé pas mal d’années à les combattre », se souvient Bernard Loup. Le Collectif pour le Triangle de Gonesse naît en mars 2011.

Soutien de l’État et premiers revers

Le changement de majorité présidentielle ne change rien à la donne. Le gouvernement socialiste y voit la possibilité d’un désenclavement économique, géographique et culturel du territoire. En décembre 2014, Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, déclare ainsi : « Avec la création prévue de 11 500 emplois directs non délocalisables (…), Europacity est un projet majeur. Il structurera notre territoire (…). Ce n’est pas un hasard si ce projet recueille une majorité d’opinions favorables. » C’est  oublier qu’Europacity suscite aussi de fortes oppositions. Les promoteurs n’en ont cure. Pour porter ce projet titanesque, évalué à 3,1 milliards d’euros et censé ouvrir en 2024, Immochan, la filière d’Auchan devenue Ceetrus depuis, s’allie au géant chinois de l’immobilier Wanda.

Le premier revers tombe en mars 2016 : l’Autorité environnementale émet d’importantes réserves sur le choix de l’emplacement et l’impact du projet. Ce qui n’empêche pas la préfecture du Val d’Oise d’autoriser la création de la ZAC, première étape nécessaire au chantier. Puis, début 2017, le tronçon nord de la ligne 17, indispensable à la viabilité du complexe, est déclarée d’utilité publique. De leur côté, les opposants élaborent une alternative : Carma, pour Coopération pour une ambition rurale métropolitaine et agricole, un projet d’agriculture périurbaine.

Au fil des mois, les recours et avis défavorables se multiplient, comme celui du commissaire-enquêteur qui évoque « des impacts environnementaux négatifs à très négatifs ». La justice aussi penche en faveur des opposants. Annulation de l’arrêté préfectoral de création de la ZAC en février 2018, finalement remise sur les rails en juillet dernier par la Cour administrative de Versailles, puis annulation en 2019 du PLU (plan local d’urbanisme) qui rendait constructibles les 300 hectares de la zone, dont 80 pour Europacity.

Le projet Europacity abandonné, le gouvernement décidera-t-il de rendre au Triangle sa vocation agricole ? Les opposants à Europacity en doutent, d’autant que le permis de construire de la gare du Triangle de Gonesse, sur  la ligne 17 du Grand Paris Express, a été validé par le Préfet –un soutien tacite au projet, une gare desservant des champs n’ayant guère d’intérêt… « On ne criera victoire que lorsque le gouvernement lâchera la gare et acceptera une concertation sur l’avenir de la zone ! » assène Bernard Loup, rappelant qu’à ce jour, « il n’y a pas d’autre projet alternatif que Carma, qui n’a pas besoin de gare »… Pour le militant, si gare il y a, il y aura forcément aménagement. Or les premiers coups de pioche ont débuté cet été, et devraient reprendre en novembre.

Éducation nationale : quand le travail pousse au suicide

France culture

Christine Renon, directrice d’une école maternelle, s’est suicidée sur son lieu de travail à Pantin en Seine-Saint-Denis. Dans un courrier qu’elle a adressé à l’ensemble des directeurs d’établissement de sa ville, elle confiait son épuisement professionnel.

À 58 ans, la directrice de l’école maternelle Méhul, à Pantin (Seine-Saint-Denis), a mis fin à ses jours lundi 23 septembre. Son corps a été retrouvé avant l’arrivée des enfants, dans la grande nef de cette école. Avant sa mort, Christine Renon avait envoyé à son inspecteur d’académie et à tous les directeurs et toutes les directrices d’établissements scolaires de sa ville une lettre. « Aujourd’hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée après seulement trois semaines de rentrée« , écrit-elle. C’est une professionnelle à bout qui se livre, interroge le système dans sa globalité et l’absence de réponse de sa hiérarchie.

Louise Tourret, productrice de l’émission « Être et savoir », revient sur ce drame dans son émission du dimanche 29 septembre et a interrogé pour cela le sociologue Vincent de Gaulejac, spécialiste de la souffrance et du mal-être au travail.

Il tente une explication sur les raisons qui ont pu pousser cette directrice d’école à commettre ce geste désespéré.

Vincent de Gauléjac : Ce drame illustre la souffrance que vivent de nombreux agents des institutions publiques que ce soit dans l’éducation, à l’hôpital, dans la police, dans le travail social. En 2008, quand j’avais participé à « L’Appel des appels » avec Roland Gori, on insistait déjà sur la transversalité de ce phénomène. On se suicide dans toutes ces institutions que l’on « modernise » : France Télécom, la SNCF, la RATP, etc. Je me souviens du témoignage de Catherine Kokoszka qui était la directrice de l’antenne parisienne de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui avait écrit un texte en 2009 après sa tentative de suicide dans laquelle on retrouve presque mot pour mot les termes employés aujourd’hui par Christine Renon.

Que se passe-t-il dans ces institutions ?

Vincent de Gauléjac : Les réformes successives qui y sont mises en œuvre, cette réorganisation permanente, pèsent de plus en plus sur les agents et même sur leur hiérarchie. Ces nouvelles formes de gestion – qui sont nées avec le développement du New Public Management, de la Corporate Gouvernance – produisent deux effets : premièrement, les agents ont l’impression que ces réformes les empêchent de travailler. Deuxièmement, s’ils se sont investis dans l’éducation, dans la santé ou dans le travail social, c’est parce qu’ils croyaient aux missions de l’institution : une bonne pédagogie, prendre soin des malades, etc. Faire bien son travail c’était correspondre aux valeurs de l’institution. Mais à présent, l’organisation, tous ces nouveaux outils de gestion présentés comme devant améliorer les choses en fait les mettent en difficulté, non seulement les empêchent de travailler, mais leur font perdre le sens du travail et les valeurs qu’ils avaient mis au centre de leur choix professionnel.

D’où vient ce sentiment de ne plus arriver à bien faire son travail ?

Vincent de Gauléjac : Dans sa lettre, Christiane Renon parle de ces petits riens qui occupent 200% du temps. Je l’ai également constaté à l’université. On a l’impression qu’il faut passer de plus en plus de temps pour créer les conditions pour pouvoir bien travailler. De nombreux agents de la fonction publique ont le sentiment que tout cela ne sert à rien : remplir des objectifs, des dossiers, appliquer des procédures, obéir à des référentiels, etc. Cette approche gestionnaire est totalement instrumentalisante et elle prend un temps fou. En tant que chercheur, mon travail consistait au début de ma carrière en l’enseignement et la recherche. A la fin de ma carrière, je passe 80% de mon temps à m’occuper de management au lieu de m’occuper des missions de l’institution. Ce sentiment-là est unanimement partagé par tous les agents qui sont confrontés à ces réformes, qu’elle soit hospitalière, de l’enseignement, de l’université. Toutes aboutissent à donner aux agents le sentiment que la plus grande partie de leur travail n’est pas utile par rapport aux missions de l’institution mais ne fait que nourrir la machine administrative et des exigences gestionnaires.

On constate dans le même temps, au sein du discours de ces institutions, que ce soit dans le champ de l’éducation, du travail social ou de la santé, la montée en puissance du terme de bienveillance. Comment interpréter cet apparent paradoxe ?

Vincent de Gauléjac : On ratiocine sur les conditions de travail, sur les moyens mis en œuvre pour pouvoir remplir les missions qui sont confiées, avec toujours ce discours qui enjoint à « faire plus avec moins », comme si c’était anodin et possible. Les conditions objectives se dégradent, donc subjectivement les gens ne vont pas bien, alors on met en place tout un discours sur le care, la bienveillance, l’attention à l’autre qui est en effet d’autant plus nécessaire qu’objectivement on n’a plus les moyens de la bienveillance comme on le voit par exemple dans les services d’urgence à l’hôpital. Cette contradiction devient tellement aiguë qu’elle participe au mal-être de professionnels qui ne demandent pas mieux que de bien travailler. On leur renvoie que si ça ne marche pas, c’est parce qu’ils résistent au changement, alors que s’ils résistent au changement c’est parce que les modalités de celui-ci les empêche de bien travailler. On est dans une organisation que j’appelle « paradoxante » : les outils mis en place pour améliorer l’efficience sont en fait des outils qui mettent les agents dans des injonctions paradoxales. « Soyez autonome, bienveillant », mais les conditions de travail vous en empêchent. C’est cela qui les rend malade, qui les rend fous.

Quelles sont les solutions pour éviter une telle souffrance ?

Vincent de Gauléjac : Au niveau individuel, on voit de nombreux agents se mettre en arrêt maladie parce qu’ils ont l’impression qu’ils vont devenir fous. C’est l’éloge de la fuite. Tandis que d’autres essaient de s’adapter malgré tout. Mais pour moi, au niveau collectif et politique, l’urgence consisterait à les traiter comme des sujets, non pas comme des objets de réforme, comme des sujets individuellement et collectivement capables d’élaborer des réponses aux problèmes qui sont posés. Or les nouvelles modalités de management produisent un écart entre les prescripteurs et le travail réel. Dans son ouvrage Le Management désincarné, Marie-Anne Dujarier montre bien comment des agences de santé comme l’ARS, les agences de notation, le Ministère de l’Éducation produisent des prescriptions, des nouveaux outils, des référentiels mais sont totalement déconnectés du travail réel. Il faut revenir au travail réel pour voir comment on peut apporter des solutions, et que l’organisation se mette au service du travail réel et non pas au service de la prescription.

Pourquoi cela ne se fait pas ? 

Vincent de Gauléjac : Parce que les responsables politiques sont sourds. C’est pour cela que la lettre de Christine Renon est magnifique parce qu’elle y remercie ceux qui sont l’essentiel de l’institution : les parents, les élèves, les professeurs. Elle y exprime son amour de son métier, et le fait qu’elle s’est sentie complètement « cassée » parce qu’elle ne pouvait plus l’exercer correctement. Tant que le choix des modes d’organisation ne sera pas fait au plus près du travail réel, on aura des témoignages tels que le sien. 

Louise Tourret

Ça urge !

climat

Samedi 21 septembre, partout en France et dans le monde, se tiendront des marches pour le climat et pour la paix.

Les communistes du Val d’Oise seront présent.e.s à la marche pour le climat et la justice sociale qui se déroulera à Paris ce samedi. Le rendez-vous est fixé à 13h devant le jardin du Luxembourg.

Cet été, la planète a, une fois de plus, envoyé des signaux qu’il est impossible d’ignorer. L’été a été marqué par les feux en Amazonie, chez nous par la canicule. L’urgence climatique est de plus en plus forte.

Il est indispensable et urgent de se mobiliser et de rejoindre les manifestations et les rassemblements pour le climat qui se répètent et s’intensifient depuis un an. Les Français.e.s en sont bien conscient.e.s et sont de plus en plus mobilisé.e.s, tout particulièrement la jeunesse.

Lundi 23 septembre se tiendra à l’ONU un sommet spécial dédié à l’urgence climatique. Les marches sont une opportunité de montrer, en se mobilisant massivement, qu’un changement de système s’impose. Car agir pour le climat implique de pointer le besoin de nouveaux modes de production, de développement et de consommation.

Le 21 septembre, nous marcherons aussi pour la paix. N’oublions pas non plus qu’agir pour le désarmement et la paix, faire reculer la guerre, agir pour la coopération entre les peuples et promouvoir un modèle de développement partagé et solidaire en utilisant autrement l’argent gaspillé dans la course aux armements, c’est aussi répondre à la crise climatique.

À samedi !

 

 

Fish and chips

Si François de Rugy n’a été que peu défendu par la majorité, il a reçu le soutien inattendu de la sénatrice « Les Républicains » Jacqueline Eustache-Brinio.

Celle-ci s’est exprimée en ces termes : «  Ça peut nous arriver à tous ce genre d’histoire parce que visiblement nous sommes à la merci d’une photo, d’une vengeance, relayées par des journaux qui sont pour moi à la limite du KGB et de la Stasi. Quand on fait des repas à l’Élysée, on mange pas chez McDo, on mange pas des fish and chips. Voilà. »

Nous apprécions beaucoup les déclarations de J. Eustache-Brinio, toujours empreintes de finesse et d’un grand sens politique. Voici ce que cette dernière sortie nous inspire.

« Ça peut nous arriver à tous ce genre d’histoire parce que visiblement nous sommes à la merci d’une photo ». Étrange formulation qui peut laisser penser que la sénatrice elle-même pourrait être victime d’une révélation désastreuse. Espérons tout de même qu’on ne se gave pas de homard sur fonds publics à Saint Gratien après le Conseil municipal, ni de caviar au palais du Luxembourg avant d’aller siéger. Et non, tous les élus ne sont pas susceptibles de devenir la proie du grand méchant Mediapart, car l’immense majorité d’entre eux n’ont pas ces comportements et agissent pour l’intérêt général, sans même d’indemnités pour la plupart d’entre eux. Ce que l’on peut reprocher à F. de Rugy, c’est justement d’avoir encore contribué à discréditer ces femmes et hommes politiques, qui ne pensent pas que manger du homard arrosé de grands crus, aux frais de la princesse, est la condition sine qua non pour rester en contact avec la vraie vie. Ou de n’avoir pas compris qu’en ces temps où le gouvernement nous appelle à resserrer d’un cran la ceinture, il est quelque peu indécent de voir nos gouvernants si éloignés de la réalité quotidienne des Français. Nous comprenons que les Français qui vivent la baisse des APL, l’augmentation de la CSG pour les retraités et voient les premiers responsables de l’État se noyer dans le luxe, trouvent cela insupportable ! Quel dommage que madame Eustache ne l’ait pas saisi.  

Une faute morale du ministre donc. Mais la sénatrice oublie aussi un peu vite que F. de Rugy n’a pas démissionné seulement pour avoir trop apprécié la bonne chère, mais aussi pour des faits plus graves, susceptibles d’être poursuivis en justice, notamment en ce qui concerne ses frais de député au temps où il siégeait à l’Assemblée.

Pour notre part, au-delà de ces révélations qui ternissent l’image du ministre, nous n’oublions pas que ce dernier laissera un bilan très modeste en matière d’écologie. Le gouvernement a par exemple récemment été interpellé par les députés communistes, sur l’incapacité actuelle de la France à tenir ses propres engagements climatiques, au moment où de nouveaux accords de libre-échange ne feront qu’aggraver encore l’empreinte carbone de notre pays.

Madame Eustache n’a pas jugé utile de se prononcer sur ce sujet, étant elle-même fort éloignée des préoccupations environnementales, ne les ayant absolument pas prises en compte dans sa politique municipale à Saint Gratien.   

Quant à comparer Mediapart avec les anciens services secrets russes ou à la police politique de l’ex-RDA, outre que cela révèle une méconnaissance profonde de ce qu’ont pu être le KGB et la Stasi, cela nous stupéfait également car c’est extrêmement révélateur de la pensée de la sénatrice sur les médias : de très dangereux organes, utilisant des moyens extrêmes de surveillance des personnes. Doit-on considérer que Mediapart a « éliminé » le ministre de Rugy, au moyen de pratiques ignobles ? Et que le discrédit dont souffre la classe politique est entièrement due à ces médias œuvrant comme des tortionnaires vis-à-vis des élus ? Nous considérons au contraire que l’action d’une presse indépendante et investigatrice est essentielle dans une démocratie. Quelqu’un a comparé Mediapart au thermomètre, qui mesurerait la fièvre symptomatique d’une maladie rongeant nos institutions. Faut-il réduire la liberté de la presse, alors que certains élus ont des pratiques inadmissibles, bien caractéristiques de « l’ancien monde » au rebours du « nouveau » tant vanté par le président Macron ? C’est ce que sous-entend la sénatrice, en assimilant les médias à des bourreaux. 

Enfin, il n’aura échappé à personne que le propos de la sénatrice sur « Mac Do ou les fish and chips » est bien méprisant envers tous les Français qui n’ont certes pas les moyens de banqueter. Leur rappeler qu’à l’Élysée (à l’hôtel de Lassay, en réalité) les dirigeants se doivent d’avoir un autre train de vie et que les manants que nous sommes sont ignorants des coutumes des grands qui nous gouvernent, est assez significatif de l’estime qu’elle porte aux citoyens.

Nul besoin d’une photo pour le révéler : madame Eustache, avec ou sans homard, est déjà très éloignée de la réalité quotidienne de ses administrés. L’effet des dorures du palais du Luxembourg, sans doute.