La ZAD de Gonesse dans la presse

La ZAD du Triangle de Gonesse n’aura pas duré très longtemps, mais elle laissera assurément des traces.

Ci-dessous, les articles de « Politis » et « l’Humanité » sur son évacuation, et la suite de la bataille des « Terres de Gonesse ».    

 La ZAD de Gonesse expulsée

Vanina Delmas dans Politis

Mardi, au petit matin, les forces de l’ordre ont encerclé le site où les militants s’opposaient à la construction d’une gare en plein champ.

Le week-end avait été festif sur la ZAD du Triangle de Gonesse : 17 jours après l’installation des premières cabanes, les soutiens étaient encore venus écouter le concert improvisé d’une fanfare, participer aux chantiers de construction ou juste discuter. Une jovialité et une ténacité (dont témoignent les photos d’Adrien Chacon ci-dessus) à peine ébranlées par la décision d’expulsion, prononcée par le tribunal de Pontoise (Val-d’Oise). La justice avait été saisie par l’Établissement public foncier d’Île-de-France, propriétaire du terrain occupé.

L’évacuation a eu lieu mardi, au petit matin. Les forces de l’ordre ont encerclé le site sur lequel une trentaine de militant·es s’opposait à la construction d’une gare en plein champ dans le projet plus global de Grand Paris express : des membres du Comité pour le triangle de Gonesse (CPTG), des militants d’Extinction Rebellion et d’autres plus autonomes. À midi ce mardi, 25 personnes étaient en garde à vue.

Si la bataille contre Europacity semble gagnée, cette résistance citoyenne reste vitale pour éviter la bétonisation des dernières terres fertiles de la région, alors que des alternatives existent pour mettre en avant l’agroécologie et l’économie circulaire. L’exemple le plus abouti est le projet Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir). Pour le CPTG, le gouvernement a le choix : « Soit il s’entête à maintenir un projet daté et dépassé, en totale contradiction avec les discours sur la nécessité de stopper l’artificialisation des sols, soit il engage résolument des actions de sauvegarde des terres et de créations d’emplois utiles et non délocalisables. »

Cet article est en accès libre :

http://www.politis.fr/articles/2021/02/la-zad-de-gonesse-expulsee-42858/

Triangle de Gonesse. La lutte contre la gare continue malgré l’évacuation de la ZAD

Lucas Martin-Brodzicki dans l’Humanité

Une vingtaine d’opposants ont été interpellés mardi matin, mettant fin à l’occupation d’un terrain entamée le 7 février. Élus et militants veulent maintenir la pression pour sauver ces terres fertiles du Val-d’Oise.

L’aventure de la « première zone à défendre d’Île-de-France » aura donc duré dix-sept jours. Ce mardi, au petit matin, un important dispositif policier mettait fin à l’occupation d’une friche à proximité des terres agricoles du Triangle de Gonesse, dans le Val-d’Oise. Une évacuation sans heurts ou presque. « J’ai pris quelques coups de bouclier, il y a aussi eu du gaz lacrymogène, mais c’était assez calme », raconte un militant ayant passé la nuit sur place. Lui a pu échapper à l’arrestation, contrairement aux 25 personnes interpellées et emmenées, en bus, au commissariat de Cergy-Pontoise. Bernard Loup, le porte-parole du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), qui milite depuis des années pour la préservation de ces centaines d’hectares de champs à 15 kilomètres de Paris, a assisté, impuissant, à l’évacuation. « J’ignore quelle sera la prochaine étape. Mais la lutte va continuer, tant que ce projet de gare au milieu des champs ne sera pas enterré », assène-t-il.

Malgré l’abandon, en novembre 2019, du mégacomplexe de centre commercial et de loisirs EuropaCity, la création d’une gare de métro du Grand Paris Express sur le tracé de la ligne 17 est toujours d’actualité. Sa construction entraînerait de fait la bétonnisation des terres agricoles alentours, les premières habitations étant à plus de 1,7 km. Redoutant le début des travaux, des militants environnementaux avaient décidé d’occuper un terrain appartenant à l’établissement public foncier d’Île-de-France. Le tribunal de Pontoise avait ordonné leur évacuation vendredi 19 février.

« Cette question politique n’a pas à se traiter au commissariat »

« Nous rappelons au gouvernement qu’un projet alternatif existe : celui de l’association Carma. Un projet agricole de transition écologique qui permet de sanctuariser ces ter res fertiles et d’amorcer la relocalisation de la production alimentaire », rembraie Bernard Loup. Après de multiples recours juridiques, des manifestations, une ZAD qu’il a accueillie d’un bon œil sans en être à l’origine, lui et ses camarades du CPTG savent que le dénouement ne pourra venir que de l’exécutif. L’opposition de gauche ne s’y est pas trompée, en témoigne la vague de soutien à la suite de l’expulsion.

Éric Piolle, le maire écologiste de Grenoble, l’a exprimé sur place. Invité par le CPTG ce mardi matin sur les lieux, il n’a pu qu’assister à leur évacuation. « L’enjeu est national. Ce projet de gare au milieu des champs n’a pas de sens et symbolise un modèle de développement désuet. Face à cela, une alternative existe pour une alimentation pas importée, pas industrielle. Ce combat a du sens », explique l’édile. La veille, la ZAD avait reçu la visite des communistes, dont le conseiller régional Didier Mignot et le sénateur Fabien Gay. Ce dernier, joint par téléphone, « partage le combat du CPTG contre EuropaCity depuis des années », rappelle-t-il. « Cette gare ne servira à rien. Nous sommes pour la ligne 17, mais avec un autre tracé. Il faut désenclaver ce territoire avec un projet qui réponde réellement aux besoins des populations locales. » Le sénateur réclame un débat apaisé et démocratique sur l’avenir des terres agricoles du Triangle de Gonesse. « Au lieu de cela, on envoie les forces de l’ordre », regrette-t-il. Dans la journée, certains sympathisants se sont rendus au commissariat de Cergy-Pontoise afin de montrer leur solidarité avec les gardés à vue. Entre autres Clémentine Autain (la France insoumise), qui en a profité pour installer, à quelques mois des élections régionales, son duel avec l’actuelle présidente d’Île-de-France, Valérie Pécresse (Libres !) : « (Elle) a saisi les tribunaux au lieu d’assumer le débat démocratique nécessaire sur le Triangle de Gonesse. C’est une question politique qui n’a pas à se traiter au commissariat. Je demande un débat public. » Le CPTG appelle à un nouveau rassemblement ce vendredi 26 février devant la préfecture du Val-d’Oise. Une autre manifestation pourrait se tenir le lendemain, au Trocadéro.

https://www.humanite.fr/triangle-de-gonesse-la-lutte-contre-la-gare-continue-malgre-levacuation-de-la-zad-700490

La mairesse et la grutière

Nous utilisons régulièrement l’écriture dite « inclusive » dans nos différents écrits, au grand dam de certains (plutôt masculins..), et malgré le fait que cela nous handicape dans le comptage des signes de notre tribune municipale…  Notre langue évolue pour rendre davantage visibles les femmes. Tant mieux !

Brigitte Grésy, présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes réagit à la proposition de loi visant à interdire l’usage de l’écriture inclusive dans l’administration et les services publics.

Une soixantaine de parlementaires, majoritairement issus des rangs macronistes et de LR, ont déposé mardi soir à l’Assemblée nationale une proposition de loi « portant interdiction de l’usage de l’écriture inclusive pour les personnes morales en charge d’une mission de service public ».

Brigitte Grésy, la présidente du HCE, également agrégée de grammaire, estime que « l’écriture égalitaire » est déjà d’usage et qu’il est « très important de rendre visible les femmes dans la langue car elle cimente notre corps social ».

Comment réagissez-vous à la proposition de loi LaREM visant à interdire l’écriture inclusive dans les documents administratifs ?

Brigitte Grésy Cette proposition de loi estime que la forme masculine est une forme générique, soit l’équivalent du neutre. Or tous les psycholinguistes en constatent l’échec parce que c’est en fait toujours le masculin spécifique que l’on entend, c’est-à-dire un homme et non pas une femme. Beaucoup d’enquêtes montrent que lorsqu’une femme lit une offre d’emploi, elle candidate moins à la lecture d’un masculin générique, même accompagner du H/F, que si on met par exemple « cherche mécanicien ou mécanicienne ». Le seul fait que les femmes se sentent destinataires du message implique qu’elles y adhèrent beaucoup plus. Il est très important de rendre visible les femmes dans la langue car elle cimente notre corps social, elle donne à voir sa composition. C’est pour cela que, nous, nous appelons cette écriture, l’écriture égalitaire.

Les signataires de la proposition de loi évoquent la Constitution qui dispose que « la langue de la République est le français », cela est-il incompatible à vos yeux avec une évolution de la langue ?

Brigitte Grésy Au contraire. De toute façon, la langue a d’ores et déjà évolué. Ils ne pourront pas revenir en arrière, ils pourront juste essayer d’empêcher l’usage du point milieu ou final, parce que ce n’est effectivement pas immédiat. Mais l’écriture inclusive va au-delà de ce point. Mettre la marque du féminin pour les noms de métiers et de fonction pour les documents officiels est inscrit dans une circulaire de 2017 du premier ministre, cela est acté. L’écriture inclusive de fait est là déjà. De même, lors d’un discours, le président de la République lui-même dit « citoyens et citoyennes », « tous et toutes ». Il ne vient plus à l’esprit de quiconque de dire seulement « messieurs » devant une assemblée. Dans ces adresses on redouble toujours, même au plus au niveau de l’État.

Selon ses détracteurs, cette écriture exclurait les plus en difficultés avec la lecture ou encore pour les aveugles…

Brigitte Grésy On apprend à des générations d’enfants l’imparfait du subjonctif, l’accord avec les verbes pronominaux, des orthographes hallucinants comme le – x au pluriel pour certains mots en – ou. Comment osent-ils dire que cela gênera davantage les dyslexiques ? La langue française est merveilleusement difficile. Elle mérite que l’on se coule en elle pour retrouver toutes ces subtilités qui donnaient aux hommes et aux femmes la même chance d’y vivre côte à côte. Et cela ne passe pas seulement par le point milieu dont certains disent qu’il est compliqué pour la lecture du braille par les malvoyants, bien qu’il suffirait d’une manipulation dans les logiciels pour régler ce problème.

Le HCE est l’auteur d’un guide pratique « pour une communication publique sans stéréotype de sexe » publié pour la première fois en 2015. Que préconisez-vous en matière « d’écriture égalitaire » ?

Brigitte Grésy Courant mars, une actualisation de notre guide sortira. Elle vise à plus de simplification de cette écriture. Par exemple : « messieurs et mesdames les député.es », et non plus « député.e.s ». Au passage, on peut très bien utiliser un point final au lieu du point milieu qui implique une manipulation un peu compliquée des claviers. Cela fonctionne pour tous les noms qui ont pratiquement le même radical. Pour les autres, il nous faut redoubler, comme pour « auteur et autrice », comme le font les Québécois, sans se poser de questions. On peut également utiliser le langage épicène, par exemple « tous les membres de cette congrégation ». Au-delà, nous voulons encourager la réappropriation de la langue de nos ancêtres. Avant les oukases de grammairiens du XVIIe siècle – cela a commencé avec Vaugelas -, tout était féminisé. On disait la mairesse, la grutière… Et on accordait comme on voulait, en général avec le mot le plus proche. « Que les hommes et les femmes sont belles », écrivait Racine. Nous invitons à écouter l’usage, les femmes, cette langue qui est en train de bouger à toutes allures et à accepter que les hommes et les femmes soient côte à côte dans la langue. Le français évolue dans le sens de cette reconnaissance. Aller contre ce mouvement est problématique.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui, paru dans l’Humanité du 25 février 2021

 

Triangle de Gonesse, le défi environnemental

Déclaration de soutien aux militantes et militants occupant le site de la future gare du Triangle de Gonesse

Le 19 février dernier, le tribunal de grande instance de Pontoise s’est prononcé en faveur de l’expulsion des militantes et militants occupant le site de la future gare du Triangle de Gonesse sur la Ligne 17 du Grand Paris Express. Le tribunal a assorti sa condamnation d’une astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la signification du jugement. (évacuation de la ZAD ce 23 février par la police, ndlr)

Bien que je prenne acte de ce verdict, le projet de la gare de Gonesse constitue un recul inquiétant pour la cause environnementale. Ce recours en justice, initié par la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, est le révélateur du manque d’ambition de l’exécutif régional face aux défis environnementaux.

Si l’arrivée de la Ligne 17 représente une avancée majeure pour la Seine-Saint-Denis et le Val d’Oise en désenclavant certains territoires, cela ne doit pas se faire au détriment de terres agricoles, ni d’espaces verts si importants pour notre région. De fait, l’abandon du projet du méga complexe « EuropaCity » en 2019 aurait dû entrainer l’arrêt de sa gare attenante. En effet, la création de cette gare, en lieu et place de parcelles nourricières, a été validée alors qu’aucun nouveau projet n’a été arrêté. Ce choix démontre la volonté de l’exécutif régional de faire de ces parcelles agricoles un énième lieu de spéculation foncière.

La bétonisation de ces espaces fertiles n’est pas acceptable ! Ce projet va à l’encontre de la ville durable que nous appelons de nos vœux. Parce que le changement climatique n’est plus à démontrer, les villes doivent s’inscrire dans des stratégies d’aménagement durables tout en préservant l’environnement.

En ce sens, j’apporte tout mon soutien aux militantes et aux militants qui luttent pour la préservation des terres agricoles et pour l’abandon de la gare du Triangle de Gonesse.

Marie Georges Buffet, Députée de Seine Saint Denis

Triangle de Gonesse, pourquoi s’entêter ?

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Oui, répond l’urbaniste Jacqueline Lorthiois : au moment où le trafic aérien et l’immobilier de bureau s’effondrent, il est absurde de s’entêter à urbaniser le Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), en détruisant au passage d’excellentes terres agricoles.

Par Jacqueline Lorthiois, urbaniste, socioéconomiste et cofondatrice du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Tribune parue dans l’Obs.

Dimanche, une ZAD (zone à défendre) a été créée sur le Triangle de Gonesse, vaste zone agricole située à l’ouest de Roissy, dans le Val-d’Oise. Les zadistes s’opposent à la construction d’une gare en plein champ, ne desservant aucune habitation et dont la seule utilité sera d’amorcer l’urbanisation de ces terres pourtant connues pour être particulièrement fertiles.

Devant l’entêtement des élus locaux et de la Société du Grand Paris (SGP), face aux atermoiements de la justice et au silence du gouvernement, un certain nombre de militants ont décidé d’occuper le site. Et voici pourquoi, selon nous, ils ont raison de vouloir stopper la stratégie d’aménagement à l’œuvre sur ce territoire.

  1. L’obsession des grands aménagements

Le bassin de Roissy est un cas d’école. Depuis les années 1970, les acteurs locaux poursuivent l’objectif obsessionnel d’y attirer force activités et équipements, promettant des retombées d’emplois et de richesses économiques mirifiques. Encore aujourd’hui, sont projetés deux « grands projets inutiles ». D’une part, sur le Triangle de Gonesse, la création d’une zone d’aménagement concertée (ZAC) de 280 hectares couplée à une gare de la ligne 17 Nord, prévue par le Grand Paris. Et d’autre part, un nouveau terminal T4 de l’aéroport de Roissy, censé passer de 70 à 120 millions de passagers par an.

La fièvre bâtisseuse dont le Triangle de Gonesse est l’objet est d’autant plus paradoxale que le site – coincé entre les aéroports du Bourget et de Roissy – est interdit à l’habitat. Cet obstacle majeur n’a pas découragé les élus, en vingt ans, de postuler pour les candidatures les plus extravagantes : Stade de France, Roland-Garros, circuit de Formule 1, technopôle, EuropaCity, gare et ligne du Grand Paris Express, Exposition universelle… Et dernière lubie : démarrer une zone d’activités de 100 hectares agrémentée d’une gare de métro en plein champ, alors que le pôle de Roissy est à l’arrêt à 75 % et que la demande de l’immobilier d’entreprises s’est effondrée.

  1. Des grands projets inutiles aux habitants

A chaque fois, élus, aménageurs et promoteurs font miroiter de juteuses retombées économiques, reposant sur des estimations hasardeuses. Dès 1974 à l’ouverture de l’aéroport, les communes du Val-d’Oise se sont lancées dans une course éperdue à la bétonisation, pour bénéficier de la prétendue « manne des emplois » engendrés par le dynamisme présumé du pôle. Mais les promesses n’ont jamais été tenues. Roissy en 1975 comptabilisait 18 000 emplois, au lieu des 70 000 escomptés ; en 2013, le centre commercial Aéroville situé sur la plateforme n’a créé que 1 600 postes contre 2 700 annoncés. Et lors du débat public de 2016, la direction d’EuropaCity a dû réviser de moitié les effectifs prétendus : parti de 24 400, le nombre des créations d’emplois a peu à peu fondu et, en intégrant les postes supprimés ailleurs, le solde net oscillait dans une fourchette allant de 500 à 8 100 emplois.

Mais l’essentiel est ailleurs : même si les activités implantées créent en effet un certain nombre de postes, ceux-ci bénéficient très faiblement à la main-d’œuvre locale. L’exemple de l’aéroport de Roissy en apporte la preuve flagrante : seuls 6,2 % des actifs de son bassin y travaillent. En revanche, le site recrute sur une aire gigantesque, qui comprend toute l’Ile-de-France, mais aussi l’Oise et l’Aisne. En réalité, le pôle de Roissy ne sera jamais attractif pour son bassin de proximité : l’ultra-spécialisation de ses activités ne génère qu’une palette très étroite de professions et métiers (300 à 500 sur la plateforme, contre 10 000 répertoriés en France). Les habitants des environs de Roissy ne peuvent pas devenir tous contrôleurs du ciel. De plus, ces filières (transport aérien, commerce international, tourisme) sont très dépendantes de la conjoncture extérieure, dont on découvre la fragilité avec la pandémie.

  1. La surenchère misérabiliste des élus et acteurs économiques

Depuis des décennies, les décideurs locaux dramatisent la situation sociale du territoire pour justifier leur volonté aveugle d’urbaniser, allant jusqu’à gonfler les statistiques du chômage. En témoigne un communiqué de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) Paris Ile-de-France paru cet automne : « Le taux de chômage du Grand Roissy monte jusqu’à 30 %. » C’est faux ! L’Insee indique un taux de chômage de 17,8 % (moyenne nationale : 13,6 %). Même constat dans une tribune des acteurs économiques du Val-d’Oise : « Un taux de chômage chez les jeunes avoisinant les 40 % dans certains quartiers. » Faux encore : l’Insee comptabilise pour l’agglomération Roissy-Pays de France 48 144 habitants de 15 à 24 ans, dont 5 960 chômeurs, soit 12,3 % de la population jeune. Taux à peine supérieur dans un quartier très sensible de Villiers-le-Bel : 899 habitants de 15-24 ans, dont 122 chômeurs, soit 13,5 % de la population jeune.

  1. Prendre ses distances avec les pompiers pyromanes

Dans le bassin de Roissy, la perte de qualité urbaine agit comme un repoussoir des classes moyennes. BruitParif a démontré que la pollution sonore faisait perdre 28 mois de vie en bonne santé à un million de riverains. L’accumulation désordonnée de zones d’activités, les réseaux de transports saturés, les nuisances des deux aéroports… ont segmenté le territoire et accéléré la disparition d’espaces de nature. Avec un tel cadre de vie, seules les populations modestes restent là, par défaut. Dès qu’elles grimpent dans l’échelle sociale, elles fuient l’hostilité du site, aussitôt remplacées par de nouveaux arrivants en galère.

Sacrifier les populations locales, au nom d’une attractivité illusoire du territoire est une impasse écologique, socio-économique et bien entendu politique. On voudrait nous faire croire que la pauvreté du bassin justifie l’urbanisation, alors que c’est elle qui a engendré l’appauvrissement dont le territoire ne parvient plus à sortir. Quelle légitimité possèdent les bétonneurs, pleurant misère auprès des pouvoirs publics et réclamant les « milliards » d’investissements et les milliers d’emplois auxquels le Bassin aurait droit ? Comment confier l’avenir des populations locales à de tels pompiers pyromanes ?

  1. S’affranchir des stratégies territoriales « dépassées »

En annonçant l’abandon d’EuropaCity, Emmanuel Macron avait parlé d’un projet « daté » et « dépassé » : il parlait d’or ! De plus en plus s’exprime dans la société civile le rejet grandissant d’une politique territoriale descendante, remplissant progressivement tous les espaces de respiration d’une agglomération tentaculaire. La crise brutale que nous traversons a ringardisé les recettes quantitatives de « la vie d’avant » et leurs porteurs. A Roissy, la zone aéroportuaire est frappée de léthargie, les chantiers des centres d’affaires (International Center, Roissy Tech, Aérolians) sont en suspens et les avions cloués au sol. Il est urgent de mettre à profit ce temps d’arrêt pour inventer les alternatives de « la vie d’après ». Les activités riches en emplois doivent être au cœur des villes, là où sont les habitants. Il faut y reconstituer un tissu vivant d’artisanat et petits commerces, de services aux populations et d’emplois publics et associatifs. Seule la restauration du cadre de vie peut générer chez les résidents un sentiment d’appartenance à une « communauté de destin », qui permette de recréer des liens sociaux et de rebâtir une économie locale prospère.

Quant à la galère des transports, à quoi bon rajouter une offre supplémentaire ? Un nouveau métro ne peut servir d’alibi à une stratégie régionale inégalitaire qui concentre les richesses économiques sur quelques pôles et déplace les « premiers de corvée ». Qu’est-ce qui justifie qu’un actif de Villiers-le-Bel passe l’équivalent de sept ans de travail supplémentaire en temps perdu dans les bus et RER ? Vivre, travailler, se détendre « au pays », dans son bassin de proximité n’est pas un slogan réservé aux paysans du Larzac. Le meilleur transport est celui qu’on évite.

  1. Recoudre le beau « Pays de France »

Il s’agit d’une région naturelle constituée de terres d’une richesse agricole exceptionnelle. Historiquement, c’est la fonction nourricière de ce territoire qui a permis au modeste roi de France d’étendre sa puissance. C’est ainsi que le petit Pays de France a donné son nom à la nation : un tel patrimoine national doit être préservé. Aujourd’hui, le constat est sévère : l’Ile-de-France ne produit que quelques pourcents de son alimentation. Je propose d’inverser la question habituelle des aménageurs. Au lieu de « Quel projet d’urbanisation pour le Triangle de Gonesse ? », mieux vaudrait « Où localiser la fonction alimentaire de l’Ile-de-France ? » Réponse sans appel : « Evidemment sur les meilleures terres » ! Malheureusement, l’organisation de l’espace dépend de schémas d’urbanisme et autres PLU… orchestrés par des organismes – le plus souvent publics, censés porter l’intérêt général – dont les budgets reposent sur la spéculation foncière, dans un contexte où l’hectare d’un limon millénaire vaut moins cher que l’hectare de friche industrielle.

Faire de l’aéroport de Roissy – l’équipement le plus nuisant d’Ile-de-France après le boulevard périphérique – le moteur du développement du Pays de France est un non-sens. Quelle signification du concept de « Grand Roissy », qui rattache 711 000 habitants à Roissy-en-France (2 900 âmes) ? Il faut saisir l’occasion de la crise du transport aérien pour reconstituer un projet interdépartemental, recousant les trois morceaux artificiellement segmentés de l’Est-95, de l’agglomération de Terres d’envol (93) et du nord-ouest seine-et-marnais.

  1. Valoriser les terres agricoles

Au sein d’un « bassin du Pays de France » reconfiguré, il existe un site privilégié – le Triangle de Gonesse – qui doit à son enclavement d’avoir été préservé. Peu propice à l’occupation humaine, il est au contraire très habité par des milliers d’espèces végétales et animales, qui ne demandent qu’à y prospérer. Le projet agri-urbain Carma est candidat pour valoriser ces terres agricoles, réduire notre dépendance alimentaire, piéger le carbone, préserver la biodiversité et protéger nos paysages. Son démarrage rapide sur le Triangle pourrait constituer un levier pour repenser les pratiques agricoles d’Ile-de-France. Mais il faut que l’Etat, après l’abandon d’EuropaCity, prenne la décision qui s’impose, assurant les conditions d’éclosion d’un Grand Projet Utile de Territoire, qui réconcilie petite et grande couronne, ville et campagne, emploi et habitat.

 

Le ministre des travailleurs

Il y a 120 ans naissait Ambroise Croizat, père de la Sécu.

À cette occasion, nous avons lu l’article suivant sur le site du Front de Gauche de Pierrre-Bénite. La photo est issue également du même site.

120e anniversaire de la naissance d’Ambroise Croizat, le ministre des travailleurs

Aujourd’hui 28 janvier, nous célébrons le 120ème anniversaire de la naissance d’Ambroise Croizat, syndicaliste, communiste, député et ministre des travailleurs à la libération de la France, créateur de la Sécurité Sociale.

120 ans après sa naissance, plus que jamais La France a besoin d’un projet nourri de l’ambition du « ministre des travailleurs »

« Jamais nous ne tolérerons que ne soit renié un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie, cette loi humaine et de progrès ».

C’est cet engagement d’Ambroise Croizat que les communistes, avec de nombreux syndicalistes, font vivre dans toutes les luttes des salarié·e·s et des retraité·e·s face aux attaques portées contre notre modèle social, par les puissances de l’argent et les gouvernements successifs.

Mises en cause des droit des salarié·e·s, des droits de leurs représentants syndicaux, contre-réformes des retraites… les gouvernements successifs, soucieux de nourrir les appétits de la finance, n’ont eu de cesse de s’attaquer à l’édifice bâti par le ministre communiste.

Et alors que la campagne de vaccination contre le coronavirus balbutie et n’offre encore aucune perspective de sortie de la pandémie, l’exécutif et sa majorité parlementaire dessinent déjà les projets de régression qu’ils comptent imposer au monde du travail et de la création, comme pour préparer les consciences au pire. 
 
« Il faudra payer », tel est désormais le credo de ceux qui ont fait de la pandémie une crise sanitaire, parce qu’ils ont, depuis des années, affaibli l’hôpital public et perverti le financement de la Sécurité sociale par l’austérité budgétaire, au profit du grand patronat.

Ils veulent désormais profiter de la crise économique pour reprendre au plus vite leur entreprise de démolition des fondements de notre modèle social. Avec des conséquences lourdes pour le monde du travail : moins de protection sociale, une retraite précaire et plus tardive, un allongement de la durée du temps de travail, la précarité des contrats. 

Il faut aujourd’hui choisir : soit continuer à préserver le capital, les marchés financiers et les grandes fortunes, qui nous ont mené à cette crise inédite, soit s’engager résolument dans la réponse aux besoins de sécurisation de la santé, de l’emploi, de la formation, du système des retraites pour chacune et chacun.

Ce choix, Ambroise Croizat l’a fait au sortir de la tragédie de la Seconde Guerre mondiale en construisant un édifice jusqu’à lors inconnu et a ainsi permis à notre pays de prospérer.

Aujourd’hui, pour sortir d’une crise inédite depuis 1945, le PCF appelle à être à la hauteur de cet héritage.

Il propose d’engager notre pays dans la voie d’un nouvel âge de la Sécurité sociale et de poursuivre ainsi l’œuvre du Conseil national de la Résistance et d’Ambroise Croizat.

Ce sera le sens de toute son action dans les prochains mois, dans les luttes avec les salarié·e·s comme dans les institutions et notamment lors des campagnes électorales régionales et présidentielle.

L’ONU et les armes nucléaires

Chronique de Francis Wurtz, parue dans l’Humanité Dimanche du 21 au 27 janvier 2021

C’est ce 22 janvier qu’entre en vigueur le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) adopté par l’ Assemblée générale des Nations unies le 7 juillet 2017. La règle veut, en effet, que le texte voté franchisse ce seuil symbolique 90 jours après sa ratification par un cinquantième État, ce qui fut le cas du Honduras le 24 octobre dernier. 
Hasard du calendrier, cet événement coïncide, à deux jours près, avec le départ forcé de Donald Trump qui, avant même son élection, en réponse à des questions précises et pertinentes d’un journaliste de la chaîne MSNBC sur le recours éventuel à des armes nucléaires, avait répondu : « Pourquoi les États-Unis fabriquent-ils des armes si ce n’est pas pour les utiliser ? (…) Je ne me priverai jamais d’aucune de mes options (…) Pour personne ! » Comme quoi, le danger nucléaire n’est pas l’apanage de la Corée du Nord ou de l’Iran : il est consubstantiel à l’existence d’un arsenal diabolique qui s’étend désormais à au moins neuf pays (1) , sans parler de ceux qui hébergent l’arme nucléaire à travers l’OTAN (2).
On savait depuis la guerre froide qu’il était irresponsable de faire courir à l’humanité le risque d’un engrenage fatal dégénérant en conflit nucléaire suite à une crise internationale échappant au contrôle de ses protagonistes ou celui d’une dramatique erreur débouchant sur l’irréparable. Ce danger est encore plus réel dans le monde sans boussole que nous connaissons depuis plusieurs décennies. Mais il s’y ajoute désormais un scénario-catastrophe, jusqu’alors insoupçonné : depuis le cauchemar-Trump, personne ne peut plus ignorer le péril que peut représenter la possession des codes nucléaires par un Chef d’État à l’état mental douteux, comme l’a fort justement souligné la Présidente de la Chambre des Représentants des États-Unis, Nancy Pelosi. Que le sort de la paix mondiale puisse dépendre d’un seul individu est, en tout état de cause, une anomalie que tout esprit rationnel devrait juger inacceptable !
 L’entrée en vigueur du TIAN -qui n’a, hélas, pas de caractère contraignant pour les puissances nucléaires- devrait, à tout le moins, être l’occasion de relancer le débat sur tous ces enjeux , ainsi que sur l’urgence de panser les nombreuses plaies ouvertes par l’ancien hôte de la Maison-Blanche, dans ce domaine ultra-sensible. Deux dossiers sont, à cet égard, particulièrement cruciaux. Le premier d’entre eux est l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, torpillé par Trump, et qui doit être restauré de toute urgence. L’autre est la prolongation du traité américano-russe New Start  sur la réduction des armes nucléaires stratégiques -une négociation que Trump avait gravement compromise,  alors que ce traité majeur arrive à échéance le 5 février prochain !
 Il est décidément grand temps de faire gagner en crédibilité et en soutien auprès de nos contemporains une vision de la sécurité internationale libérée du spectre nucléaire !

(1) États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, ainsi que Inde, Pakistan, Corée du Nord et Israël.(2) Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie et Turquie.

Le serment du Triangle

Nous relayons ici un message du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Photos prises sur le site du Triangle où des Gratiennois.es ont participé au rassemblement du 17 janvier.

Vous avez entendu parler d’EuropaCity et de l’abandon de ce projet climaticide par le gouvernement en novembre 2019, mégacentre commercial et de loisirs avec une piste de ski en intérieur, prévu à Gonesse sur des terres agricoles d’excellente qualité.

On espérait les terres fertiles du Triangle de Gonesse sauvées de la destruction depuis l’abandon de ce projet. Erreur !

En ce début d’année, la Société du Grand Paris annonce la reprise des travaux de la gare en plein champ, prévue initialement pour les 30 millions de visiteurs d’EuropaCity, qui rendrait inéluctable l’urbanisation de la zone, gare qui n’a plus aucune utilité  ! 

Les scientifiques et la Convention citoyenne sur le climat clament pourtant l’absolue nécessité de ne plus porter atteinte aux terres agricoles : toute nouvelle bétonisation accroît la menace sur notre avenir.

Dans l’urgence, le Collectif pour le Triangle de Gonesse, (CPTG)  a décidé de faire un rassemblement de protestation le dimanche 17 janvier, à Gonesse et plus de 500 citoyens et citoyennes ont bravé le froid et la boue pour dire leur détermination à sauver ce patrimoine commun en signant « Le Serment de Gonesse ». 

Rejoignez-les en signant vous aussi le « Serment du Triangle » POUR SAUVER LES TERRES AGRICOLES DU TRIANGLE DE GONESSE  !

Le Serment est mis sous forme de pétition : celle-ci  vient d’être lancée sur le site de l’association « AGIR POUR L’ENVIRONNEMENT »

Même si vous avez signé le Serment sur le Triangle le 17 janvier, il faut signer cette pétition en ligne, cela ne fait pas doublon.

Merci par avance de signer cette pétition en signant le Serment de Gonesse : il faut être très nombreux à dire notre opposition au bétonnage des terres agricoles et à l’urbanisation du Triangle.

Merci aussi de faire circuler à vos contacts susceptibles de signer également.

C’est urgent car le gouvernement doit prendre une décision dans les jours qui viennent !

 Signez ici

Danger au Triangle de Gonesse !

Le Tribunal de Versailles a rétabli en décembre 2020 le plan local d’urbanisme de Gonesse, rendant possible l’urbanisation de 280 hectares du triangle agricole. La société du Grand Paris annonce une reprise du chantier de la gare du Grand Paris Express (ligne 17) dès le mois de février. Cela ignore les préconisations de la Convention citoyenne pour le climat et les actions juridiques en cours. Cette gare située en plein champ, à plusieurs kilomètres des habitations ne se justifie ni par la  proximité avec les habitants, ni par l’absence de transports vers la capitale ou l’aéroport de Roissy.

De plus, le gouvernement n’a pas rendu sa décision suite au rapport de Francis Rol-Tanguy sur l’avenir du Triangle. Ce document penche pour le développement du projet Carma, en vue du développement d’une production agricole venant renforcer l’autosuffisance alimentaire de l’Île-de-France. Cette préconisation comprend aussi des développements en matière de transports, formation, logements.

La lutte contre l’urbanisation du triangle de Gonesse n’a pas pris fin avec l’annulation d’EuropaCity, car le péril est toujours présent : l’artificialisation des terres de Gonesse.

Pour cette raison, à l’initiative du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG) est organisé un rassemblement ce dimanche 17 janvier de 11h à 16h.

Programme de la journée

11h : assemblée des collectifs en lutte contre les projets imposés en Ile-de-France / balade accompagnée sur le Triangle

12h : pique-nique, soupes et boissons chaudes à prix libre

13h : cérémonie du Serment du Triangle

14h – 16h : Prise de parole de personnalités, musique, débat

Pour s’y rendre

Chemin de la justice, Gonesse

RER B ou D, arrêt parc des expositions ou Villiers le Bel Gonesse Arnouville, puis bus 20 arrêt fontaine Cypierre.

Laisse béton !

Après EuropaCity… Le Triangle de Gonesse ne laisse pas tomber le béton

L’Humanité, 22 décembre 2020

Malgré l’abandon du gigantesque et controversé projet EuropaCity il y a plus d’un an, un nouvel acte de justice rappelle que ces terres agricoles du Val-d’Oise sont toujours menacées par l’urbanisation.

«  C’est une décision politique que l’on attend désormais », embraie Bernard Loup, président du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Le 18 décembre est tombée la fâcheuse nouvelle : la cour administrative d’appel de Versailles a rétabli le plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse. À 15 kilomètres au nord de Paris, le Triangle de Gonesse – des centaines d’hectares de terres agricoles dans le Val-d’Oise – est donc à nouveau menacé d’urbanisation. Et ce malgré l’abandon, en novembre 2019, du projet EuropaCity, un méga-complexe de loisirs, d’hôtels et de commerces.

Des revers juridiques, Bernard Loup en a connu d’autres. Déjà en juillet 2019, la cour administrative d’appel de Versailles avait validé l’arrêté préfectoral approuvant la création de la zone d’aménagement concerté (ZAC), ouvrant la voie à l’urbanisation des terres agricoles. Le rétablissement du PLU était le dernier acte redouté. Reste à savoir ce qu’il va maintenant advenir du Triangle de Gonesse.

La ligne 17 du Grand Paris Express pourrait servir de cheval de Troie

Pour répondre à cette question, le gouvernement avait mandaté un haut fonctionnaire, Francis Rol-Tanguy, dans la foulée de l’annonce de l’abandon d’EuropaCity. Son rapport, remis en juillet 2020, présente trois options. Soit la réalisation d’une zone d’activité commerciale repensée couvrant 280 hectares ; soit une zone moins vaste, laissant libres quelques parcelles ; soit, enfin, une préservation de l’ensemble des terres agricoles. Cette dernière solution, que préconise le rapport, est aussi celle espérée par les opposants de longue date à EuropaCity. Cela permettrait aux écologistes de développer leur projet alternatif Carma (coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir), tourné vers l’agriculture de proximité. « Le Triangle de Gonesse peut être un sacré levier pour booster l’activité agricole en Île-de-France, veut croire Bernard Loup. Ce qu’oublient les élus pro-aménagement sous prétexte de vouloir créer des emplois, c’est que l’agriculture est aussi une activité économique. » Mais l’option pose problème à ceux qui comptent encore que la future gare de Gonesse, prévue sur le tracé de la ligne 17 du Grand Paris Express, voit le jour. Initialement envisagée pour desservir EuropaCity, elle n’a pas été abandonnée. Elle pourrait même servir de cheval de Troie à l’urbanisation. Difficile, en effet, d’imaginer une gare seule au milieu des champs. Pour Marie-Christine Cavecchi, présidente (LR) du conseil départemental du Val-d’Oise, ce serait une façon de compenser le « mauvais coup » du gouvernement après l’abandon d’EuropaCity. Dans le Journal du dimanche du 20 décembre, l’élue réclame « un véritable projet d’envergure métropolitaine » autour de la gare de Gonesse.

« Sa liste au père noël, c’est du grand n’importe quoi », lui répond Bernard Loup. Le militant s’attend bien à une « compensation » du gouvernement pour le département après l’arrêt d’EuropaCity, mais espère qu’elle ne concernera pas les terres agricoles du Triangle de Gonesse. Car le premier ministre, Jean Castex, doit présenter son « plan pour le Val-d’Oise » d’ici début 2021. L’annonce du maintien ou non de la construction de la gare de Gonesse sera attentivement scrutée.

« Macron se sert de cette décision pour vanter son bilan écologique »

Les opposants historiques au projet EuropaCity sont prêts à repartir au front. Suite à la décision de la cour administrative d’appel de Versailles, le CPTG a annoncé vouloir déposer un recours devant le Conseil d’État. « Ce recours est symbolique, c’est sur le terrain politique qu’il faut espérer confirmer la victoire contre Europacity », précise Bernard Loup. « Si le gouvernement décide de maintenir la gare et l’urbanisation qui en découle, on pourrait se retrouver dans la même situation que celle où nous étions avant novembre 2019 et l’abandon du méga-complexe. Emmanuel Macron se sert de cette décision et de celle de Notre-Dame-des-Landes pour vanter son bilan écologique. Ce serait une faute politique que de finalement maintenir la ZAC », met en garde le militant. Le CPTG prépare une série de mobilisations en 2021 et appelle d’ores et déjà à un rassemblement citoyen dimanche 17 janvier sur le Triangle de Gonesse. L’objectif est de montrer qu’ils seront au rendez-vous tant que ces terres fertiles du Val-d’Oise ne seront pas définitivement sauvées.

Le Collectif pour le Triangle de Gonesse prépare une série de mobilisations en 2021 et appelle d’ores et déjà à un rassemblement citoyen dimanche 17 janvier sur le site.

 

Contre le terrorisme : l’éducation, la culture, la fraternité

Le meurtre atroce de Samuel Paty, professeur assassiné pour avoir enseigné la liberté de conscience, nous ébranle profondément.

« Samuel Paty, en tant que professeur, défendait deux valeurs : l’éducation et la laïcité. C’est au nom de ces deux causes qu’un assassin lui a retiré la vie. C’est l’ignorance qui a tué. » (Christophe Doré, Maire de Bolbec, dans le cadre des hommages prononcés la semaine du 19/10 dans le pays de Caux)

« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation. » ( Averroès (1126 -1198), philosophe, théologien, juriste et médecin musulman andalou)

« La meilleure façon de redonner une identité à un pays en perdition, c’est la culture.» (Albert Dupontel, dans le cadre de la sortie du film « Adieu les cons !»)

Après l’effroi, la colère, l’émotion, les indispensables moments d’hommage et de recueillement, le temps est venu d’analyser pour la surmonter cette terrible épreuve que traverse notre société. La raison doit l’emporter sur l’épouvante. Comment lutter contre l’obscurantisme, la haine, le fanatisme, l’ignorance ? Car ce sont bien tous ces maux qui sont les germes du terrorisme que nous subissons aujourd’hui.

Ce n’est ni dans la violence, ni par la restriction de nos libertés, ni par la division, la stigmatisation, les anathèmes, si vite prônés par certain.es à des fins électoralistes, que nous trouverons la solution. Encore moins dans la guerre, qui sème le chaos dans le monde et nourrit le terrorisme.

Il importe bien sûr de renforcer nos moyens de renseignement, de protéger les cibles potentielles par des forces de police suffisantes, de surveiller et d’éradiquer les messages de haine propagés par les réseaux sociaux, de donner davantage de moyens à la justice, sans jamais s’affranchir de l’État de droit.

Mais rien de tout cela ne suffira.

Il faut assécher le terreau qui nourrit l’intégrisme et le terrorisme.

Les terroristes cherchent à abattre notre modèle social, à répandre la terreur, en nous opposant, en suscitant des réactions racistes et identitaires, des amalgames contre l’ensemble des musulmans, contre les immigrés. Le terrorisme islamiste s’attaque à nos valeurs fondamentales : la laïcité, qui garantit la liberté de conscience ; la liberté, d’expression, de création, de critique ; l’égalité entre les citoyen.nes ; la fraternité, qui assure une société soudée. C’est en renforçant ces valeurs que nous ferons face, en les érigeant comme un bouclier.

Face à la barbarie, à une idéologie liberticide et obscurantiste, notre réponse : la culture, l’éducation, la connaissance. C’est en reconstruisant une République sociale et démocratique plus juste et plus forte que nous nous défendrons.

À ceux qui bombent le torse, en nous promettant des mesures davantage sévères, qui disent une fois encore que nous aurons de nouvelles caméras de surveillance, ou quelques policiers supplémentaires…, nous posons la question suivante : sur le terrain de la bataille pour l’éducation et de la lutte contre l’ignorance, tout a t-il été tenté ? Avez-vous tout tenté, avons-nous tout tenté ?

Agissons à notre niveau, car l’échelon municipal est l’endroit où on peut agir en faveur du bien commun, sans rien gommer de la diversité de nos habitant.es.

Donnons à l’école les moyens nécessaires pour former des citoyen.nes éclairé.es : des moyens humains, matériels, des enseignant.es formé.es, reconnu.es et respecté.es, avec l’ambition d’une culture de haut niveau donnant à tou.tes les moyens d’assurer leur avenir.

Plus de 100 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans diplôme. Si on veut réduire ou supprimer le terreau de recrutement des forces obscurantistes terroristes, il faut s’attaquer à cela aussi.

Nous citons ci-dessous quatre exemples locaux qui montrent que notre ville pourrait agir pour contribuer davantage à la réussite scolaire des enfants gratiennois et à l’intégration dans la République d’enfants, de parents, grands parents, jeunes adultes… par le canal de l’école.

Luttons contre les ghettos urbains propices au repli communautaire et contre les discriminations. Rendons réel le beau principe du « vivre ensemble ».

Les crises, qu’elles soient sociales, écologiques ou démocratiques, ne peuvent être résolues que collectivement. Appuyons-nous sur l’intelligence collective, informons, concertons. Vivons ensemble, et non seulement à côté les un.es des autres, apprenons les un.es des autres sans rien renier de nos libertés.

Ne prospérons pas sur les peurs et les haines. Ce sont les mots des terroristes, pas les nôtres.

À Saint Gratien…

-Mi 2013, l’Inspection de notre secteur propose de scolariser dans une école de notre ville des enfants de moins de 3 ans. L’objectif est d’intégrer et de socialiser tôt des enfants dans le système scolaire. Sur la base d’expériences passées, notamment à l’étranger, la mesure a démontré des résultats. L’Éducation Nationale dispose à ce moment de personnel formé. Une salle de classe est disponible. Madame Eustache-Brinio a refusé que cette expérimentation soit mise en œuvre. Pourquoi ?

– En 2014, a lieu une levée de bouclier de la part de parents d’élèves contre les A, B, C, D de l’égalité, dont l’objectif était de lutter contre le sexisme et les stéréotypes de genre. Alors que la ministre est désappointée face à cette fronde qui regroupe un spectre hétéroclite de parents d’élèves et d’organisations, également dans notre ville, nous n’avons pas le souvenir d’avoir entendu Madame Eustache, ni ses adjoints, défendre l’école de la République.

– En 2015, le film Tomboy est programmé dans des écoles de St-Gratien le cadre du programme « école et cinéma ». Les enseignantes souhaitaient utiliser ce support cinématographique dans le cadre d’un enseignement de l’égalité filles-garçons auprès d’élèves de CM1-CM2. Au motif que le film a eu le prix récompensant les films traitant de sujets LGBT à la Berlinale 2011, s’est développée une fronde regroupant là aussi un spectre hétéroclite de parents d’élèves – de diverses obédiences religieuses -contre la sortie des élèves prévue au cinéma Les Toiles. Pour motiver leur opposition à cette sortie scolaire, le film fut qualifié de « pornographique» (sic). Les parents d’élèves leader de la fronde, qui n’avaient pas, plus que les autres, vu le film, s’en excusèrent au conseil d’école suivant. Le mal était fait : près de la moitié d’une classe fut exemptée de sortie. Le travail de l’enseignante fut rendu plus difficile au regard d’un support uniquement vu par une partie de ses élèves. Comme support pédagogique, le film, dans cette école-ci, fut abandonné par la suite. Alors qu’il aurait été opportun que l’adjoint aux affaires scolaires s’exprime sur le fond de cette affaire au conseil d’école suivant, il n’en fut rien. « L’ « affaire » regardait l’Éducation nationale ». Et cela n’a aucunement empêché l’association de parents d’élèves parmi les initiateurs de la fronde de percevoir à nouveau une subvention municipale par la suite, nonobstant la demande de signature d’une charte municipale de la Laïcité.

– Certaines villes se sont saisis des TAP, pour toucher les familles éloignées de l’école, qui aimeraient s’impliquer davantage dans la scolarité de leurs enfants, mais qui ont peur car ne comprenant pas les codes de l’école. Il a été proposé à des parents et des grands-parents, accompagnés par l’enseignant ou par un animateur de la ville, de venir parler aux élèves de leur pays d’origine, des traits de leurs coutumes, dans le cadre de partages sur le temps des TAP sur les « cultures du monde ». La ville de St-Gratien a fait un autre choix. Le choix de TAP « low-cost ». Lesquels, sur la base d’un sondage qu’elle a réalisé auprès des parents d’élèves ont au final été rejetés à 90 %. Et fin a été mis à l’expérience.

-De même, un certain nombre des élu-e-s de la majorité municipale participent au conseil d’administration des deux collèges de la ville et du lycée d’Enghien. Nous ne les avons pas entendus contre la baisse des moyens, des budgets, ni des dotations horaires. Ce qui complexifie l’organisation des enseignements, a fortiori lorsqu’en même temps les programmes s’alourdissent. Les heures d’histoire géographie sont, par exemple, passées en 20 ans de 3h30 à 3h alors qu’a été ajouté à l’histoire-géo l’enseignement moral & civique (EMC). Le département du Val d’Oise et la région Île-de-France, gérés par la majorité à laquelle appartient notre maire et notre sénatrice, ont réduit à la portion congrue les budgets dédiés aux « cordées de la réussite ».

Présentation des Cordées de la réussite : Un dispositif partenarial à destination d’élèves de milieux sociaux modestes, éloignés de l’enseignement supérieur pour des raisons sociologiques et/ou géographiques.

Initiées en 2008, les « Cordées de la réussite » s’inscrivent dans une dynamique d’intensification des liens entre l’enseignement scolaire (général, technologique et professionnel), l’enseignement supérieur et le monde professionnel. Reposant sur un réseau de solidarité, ce dispositif s’adresse à des élèves de milieux sociaux modestes, éloignés de l’enseignement supérieur pour des raisons sociologiques et/ou géographiques. Il vise à lever les obstacles psychologiques, sociaux, géographiques et/ou culturels qui peuvent freiner l’accès de ces jeunes aux formations de l’enseignement supérieur et notamment aux filières d’excellence. Il contribue à les aider à construire progressivement un parcours choisi et ambitieux.

Les Parcours d’excellence mis en place en 2016 constituent une déclinaison de ce dispositif dans les collèges en éducation prioritaire.

Stéphane Bauer, Isabelle Volat, élu.es de Saint Gratien