Main basse sur le climat

Par André Chassaigne, président du groupe « Gauche Démocrate et Républicaine » à l’Assemblée nationale 

Intervention générale prononcée le 29 mars 2021 lors de la discussion du projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets.

Au lendemain de la remise à l’exécutif du rapport de la Convention citoyenne, en juin dernier, j’avais interpellé ici même le Premier ministre sur la nécessité de prolonger l’élan démocratique engagé par la Convention citoyenne. Notre groupe avait alors proposé la création d’une commission chargée d’examiner les préconisations des citoyens et d’élaborer une proposition de loi. Nous pensions que les représentants du peuple étaient naturellement les mieux à même de prendre le relais de cet exercice inédit de démocratie participative ; nous souhaitions surtout éviter que l’exécutif ne passe au caviar ou à la moulinette les mesures les plus ambitieuses proposées par le collectif des citoyens.

 Nombre de ces propositions avaient en effet déjà été défendues sur ces bancs lors de l’examen des lois de finances, de la loi d’orientation des mobilités, de la loi sur l’économie circulaire ou encore de la loi énergie-climat, mais elles avaient systématiquement été rejetées par le Gouvernement et sa majorité.

 Notre crainte que le Gouvernement ne fasse rien, ou pas grand-chose, des propositions formulées par la Convention était donc légitime. En écartant d’entrée de jeu trois propositions, parmi lesquelles la mise en place d’une taxe sur les dividendes, le Président de la République avait donné le ton, privilégiant au souffle du vent d’en bas, le souffle du vent d’en haut, celui qui fait que les puissants peuvent se sentir rassurés. 

 Les ministres lui avaient rapidement emboîté le pas, enterrant au fil des déclarations la baisse de la TVA sur les billets de train, l’augmentation de l’éco-contribution sur les billets d’avion, l’obligation effective de rénovation des logements, la régulation de la publicité sur les produits très polluants, la prise en compte du poids du véhicule dans le malus automobile, la mise en place d’un moratoire sur la 5G, et bien d’autres propositions qu’il serait trop long d’énumérer.

 Nous ne pouvons donc aujourd’hui feindre d’être surpris de la vacuité du texte que vous nous présentez. Le constat est là : ce texte manque cruellement d’une trajectoire assumée, de perspectives publiques, d’ambition historique !

 Il vous aura fallu neuf mois, soit un temps équivalent à celui qu’il avait fallu à la Convention citoyenne pour bâtir son projet, pour le mettre en pièces, en escamotant ou en édulcorant, par leur report dans quatre, sept, voire trente ans, les mesures à même de permettre à notre pays de tenir ses engagements climatiques.

 Ce projet de loi n’est, en définitive, qu’un simple exercice d’habillage – de déshabillage devrais-je dire – ayant abouti à un objet politique non identifié, sur lequel le travail de sape a été poursuivi par la commission spéciale, qui a déclaré irrecevables 25 % des amendements, au premier rang desquels ceux qui visaient à donner au texte un peu de consistance, ou encore à rétablir des propositions de la Convention citoyenne.

 Ces amendements ont été déclarés sans lien avec le texte, un texte qui se trouve pourtant être lui-même sans lien avec le volontarisme que réclame l’urgence climatique. Sur les quelque 420 amendements adoptés par la commission, près de 380 émanaient des députés de la majorité gouvernementale : loin de moi l’idée d’y voir le signe que vous souhaitez verrouiller le débat et interdire aux parlementaires de prendre leurs responsabilités afin de prolonger l’élan démocratique enclenché par la Convention citoyenne !

 Félicitations, cependant. Vous avez réussi l’exploit de faire coup double dans le déni démocratique, ajoutant au mépris pour la démocratie participative et le travail de nos concitoyens le mépris pour la démocratie représentative !

 La vérité, c’est que vous voulez clore tout débat, dans l’espoir d’en finir au plus vite avec cette fichue Convention citoyenne, devenue pour vous trop encombrante. Et vous révélez au bout du compte le portrait d’une majorité tétanisée par la peur des conséquences économiques, et surtout financières, de ce travail pour les tenants du capital, une majorité tétanisée, ou plutôt « titanisée », comme les passagers du paquebot qui s’oubliaient dans l’ivresse, plutôt que de mettre toutes leurs forces en commun pour éviter la catastrophe !

 Au lendemain de l’exercice, Emmanuel Macron, s’était engagé, rappelons-le, à soumettre sans filtre les propositions formulées par les 150 citoyens tirés au sort. Mais ceux-ci ont tellement pris à cœur leur travail qu’ils vous ont placés au pied du mur et ce qui devait n’être au départ qu’un faire-valoir, un instrument au service de votre communication, s’est mué en un socle programmatique sur lequel vous n’êtes aucunement prêts à construire quoi que ce soit, car cela impliquerait que l’État prenne enfin ses responsabilités, toutes ses responsabilités, en matière d’investissement, de conditionnement des aides aux entreprises, en définissant des obligations et en proclamant des interdits.

 Le texte que vous nous proposez porte d’ailleurs les stigmates de ce refus. Partout, la Convention citoyenne prévoyait des obligations et des interdits. Or, en matière de publicité ou encore de rénovation énergétique, vous y substituez le volontariat et des taux de régulation sectoriels, quand vous n’usez pas du faux-fuyant des expérimentations.

 Partout où nous pourrions nous attendre à ce que l’État réglemente, vous renvoyez tantôt aux communes, tantôt aux régions, en proclamant œuvrer ainsi à la décentralisation – elle a bon dos ! – et à la territorialisation des politiques publiques, fût-ce au mépris de l’égalité territoriale et de la solidarité nationale.

 Vous confiez en somme la responsabilité de la réussite de la transition écologique à nos concitoyens appréhendés comme des consommateurs, aux entreprises, aux collectivités. L’État, lui, est aux abonnés absents. Il n’apparaît que comme le metteur en scène chargé de distribuer les rôles sans en assumer aucun, ni assumer non plus la moindre responsabilité, et surtout pas de responsabilité financière.

 La maîtrise de la dépense publique passe avant l’investissement dans la transition écologique ! Les grands investissements publics attendront, que ce soit dans la rénovation énergétique des logements, dans la formation, dans la recherche ou dans les infrastructures de transport.

 Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Rien de nouveau, sinon que la température continue à augmenter.

 Vous tombez, une nouvelle fois avec ce texte dans les travers que nous vous connaissons : l’organisation méthodique de l’impuissance publique, et l’abondant étalage de mesures cosmétiques. À moins que vous ne soyez frappés par le syndrome de l’armoire normande : elle est pleine à craquer, mais vous craignez de la bouger.

 Le constat est d’autant plus navrant que la crise sanitaire et sociale que nous traversons fait plus que jamais éprouver à nos concitoyens la soif d’une transformation profonde de notre modèle économique et social, le désir d’une réponse résolue aux défis écologiques, dans la justice et la solidarité.

 Ce projet collectif et mobilisateur n’est toujours pas au rendez-vous. Ce n’est guère étonnant car, comme aimait le dire Lacan, on ne trouve jamais dans le chapeau du prestidigitateur que le lapin qu’il y a mis. Et vous conviendrez que ce lapin est petit, tout petit, vraiment petit.

Écouter l’intervention d’André Chassaigne

Transition écologique en Île-de-France

Céline Malaisé : Pour le climat, marchons et planifions !

La crise Covid-19 comme répétition générale de la crise climatique entend-t-on. Cette pandémie, si elle a permis une prise de conscience de la vulnérabilité de l’humanité à des phénomènes dont elle est la cause, a-t-elle réellement transformé les somnambules du réchauffement en activistes pour le climat ?! Rien n’est moins sûr quand on voit que notre société est incapable, après un an, de faire face à un risque à venir mis en évidence par des données scientifiques. Ou quand la gestion d’une crise collective se fait de manière solitaire et autoritaire en faisant toujours et encore primer les intérêts particuliers sur l’intérêt général qui est, aujourd’hui et demain, de protéger nos vies et notre planète et rejetant hors des politiques de solidarité nationale la lutte contre les inégalités sociales pourtant accrues par les crises.

Si les confinements ont fait baisser drastiquement les émissions mondiales, cela n’a été que tout juste suffisant pour suivre la trajectoire du +1,5°C. Ont été réinterrogés la hiérarchie des métiers en fonction de l’utilité sociale, les modes de consommation, l’usage des transports polluants, l’organisation du travail ou l’aménagement d’un territoire de plus en plus urbanisé et métropolisé. Et pourtant, une période de crise n’a jamais été propice aux politiques environnementales. Les plans de relance européens, national ou régional en sont l’illustration avec une absence ne serait-ce que de conditionnalité écologique.

Lutter contre le dérèglement climatique nécessite pourtant une bifurcation complète même si l’urgence apparaît comme plus diffuse et, surtout, moins imminente.

Le rôle d’une région comme l’Île-de-France est essentiel. Rompre avec la communication et le greenwashing est un préalable mais il faudra surtout poser les grandes étapes d’une transition écologique en mobilisant des moyens conséquents pour développer des énergies renouvelables et réduire la consommation d’énergies et les émissions de GES. Cela doit passer par un engagement régional pour la rénovation thermique des bâtiments publics, les logements sociaux et les copropriétés dégradées, par une mobilité verte avec un investissement dans les transports en commun et les modes doux, par une politique d’aménagement du territoire luttant contre l’artificialisation des sols et développant les espaces verts et en favorisant le passage de l’agriculture vers un modèle durable.

Une planification à échéance 2040 doit être mise en œuvre pour prévenir mais aussi adapter le territoire à l’urgence climatique. De telles mesures doivent être guidées et accompagnées par un comité pluridisciplinaire, scientifique et citoyen pour établir des préconisations qui intégreront les documents directeurs de l’aménagement francilien et toutes les politiques régionales.

Pour le climat, nous marchons et nous planifierons !

Céline Malaisé, présidente du groupe Front de Gauche au Conseil régional d’Ile-de-France, cheffe de file des communistes aux élections régionales sur la liste de Clémentine Autain

Ci-dessous, des images de la marche pour une vraie loi climat, le 28 mars 2021 à Paris

 

Révolution verte

La révolution écologique est possible ! Pour concilier justice sociale et écologie, relocalisons les productions, disons non aux traités de libre-échange qui transportent les marchandises sur de longues distances, reconstruisons un grand service public de l’énergie pour sortir des énergies carbonées.

Ces mutations auront des répercussions immenses dans le domaine de l’emploi. Cela ne peut se faire qu’avec les salarié.es. Écouter leurs propositions alternatives, leur donner la possibilité d’accéder à des formations pour des emplois plus écologiques : c’est le sens de la proposition du PCF pour une loi de « sécurité emploi-formation ». L’évolution de nos modes de production ne peut réussir qu’avec les salarié.es.

Ci-dessous un article d’Alain Pagano, responsable de la commission  »             Écologie » du PCF, et son portrait à l’occasion des élections régionales de 2015.

Elections Régionales 2015 : le portrait d’Alain Pagano [Parti Communiste] – YouTube

 

Terres de Gonesse, la ferme maraîchère de la région parisienne

ZAD de Gonesse : soutien et solidarité avec les opposants à la gare de plein champs de la ligne 17

Déclaration du PCF

Ce mardi 23 février les occupants de la ZAD de Gonesse ont été expulsés par les forces de l’ordre.

La vingtaine de personnes présentes sur place, pour la plupart jeunes, a été conduite au commissariat de Pontoise.

Une délégation du PCF, composée de Fabien Gay, sénateur, Didier Mignot, conseiller régional d’Île-de-France et Hervé Bramy, membre de la commission Écologie du PCF, s’était rendue sur la ZAD la veille pour renouveler le soutien du PCF au CPTG (collectif pour le Triangle de Gonesse), à ses membres dont les associations environnementales et, surtout, à Bernard Loup, son président qui a fait l’objet d’une condamnation du tribunal à la demande de Valérie Pécresse, présidente de la Région IDF.

Nous renouvelons également notre soutien et notre solidarité aux occupants pacifiques de la ZAD et nous demandons leur libération.

Décidément, pour la majorité de droite de l’Île-de-France comme pour le gouvernement, le chemin est difficile à parcourir pour affirmer que ces terres doivent entièrement être consacrées à l’activité agricole.

Les terres du Triangle de Gonesse doivent devenir, avec la contribution du projet Carma, la ferme maraîchère de la région parisienne.

Si nous continuons de penser que la ligne 17 doit, plus que jamais, relier Saint-Denis-Pleyel au Mesnil-Amelot, en passant par l’Aéroport Charles de Gaulle nous considérons, cependant, avec détermination, que la construction d’une gare de plein champs est un projet obsolète. En effet, nous refusons toute nouvelle et éventuelle opportunité qui pourrait conduire à une artificialisation et au bétonnage des très riches terres agricoles de cette partie de la région parisienne.

Suite à l’annulation d’Europacity à laquelle le PCF a contribué, nous  appelons toutes celles et tous ceux qui agissent pour une « société d’après » à poursuivre leur mobilisation pour un développement des terres de Gonesse qui fasse utilement et respectueusement le lien entre la nature et les êtres humains.

Deux prochains rendez-vous sont fixés. Vendredi 26 février à 12h30 devant le Tribunal de Pontoise et samedi 27 février à 11h00 au Trocadéro, les communistes franciliens seront présents !

Parti communiste français

Des vaccins accessibles à tous les peuples du monde

Levée des brevets/vaccins : Fabien Roussel écrit à Emmanuel Macron

Monsieur le Président de la République,

La situation sanitaire actuelle est critique et risque de perdurer, si nous ne trouvons pas une solution collective à cette crise.

Il devient de plus en plus difficile de contrôler la pandémie depuis l’arrivée de variants, qu’ils viennent de Grande-Bretagne, de Californie, d’Afrique du Sud ou du Brésil. Outre le maintien des gestes barrières, la politique de tests et d’accompagnement des personnes contaminées et cas contacts, tout le monde s’accorde à dire qu’une campagne de vaccination massive à l’échelle mondiale nous permettra d’entrevoir la sortie de cette crise sanitaire.

Aujourd’hui, plusieurs vaccins existent contre ce virus. C’est la bonne nouvelle de cette année. Il s’agit d’une prouesse scientifique, largement soutenue par les plus de 8 milliards d’euros investissements publics des États et, au sein de l’Union européenne, par la Commission européenne qui a investi 2,3 milliards d’euros pour le développement des capacités de production de l’industrie pharmaceutique. La découverte de ces vaccins a été aussi facilitée par le partage de la séquence complète du génome du coronavirus par les autorités chinoises, dès le 11 janvier 2020.

Il est désormais urgent que ces vaccins puissent être produits massivement et soient accessibles à tous les peuples du monde, le plus rapidement possible.

Malheureusement, ce n’est pas ce chemin qui est emprunté. Déjà aujourd’hui, plusieurs grands laboratoires sont incapables de respecter les engagements pris pour la livraison de leurs doses.

De plus, des inégalités apparaissent entre les pays à faibles revenus et les pays riches : ces derniers ont acheté suffisamment de doses pour vacciner deux à trois fois leur population quand les pays pauvres n’ont, à ce jour, qu’une dose pour trois habitants. La plateforme Covax est loin de répondre à cette situation.

Il y a donc urgence à ce que les États prennent le contrôle de cette campagne vaccinale et organisent la production et la diffusion de ces vaccins, comme le demandent l’Inde et l’Afrique du Sud.

Pour gagner cette guerre contre le virus, nous vous appelons à saisir l’Organisation mondiale de la santé afin de coordonner les efforts des États et faire du vaccin un bien public mondial. Ne laissons pas la campagne vaccinale dans les mains du secteur privé !

En France, de nombreuses voix s’élèvent ainsi pour appeler à une plus grande coopération à l’échelle de la planète. Les Académies des sciences, de médecine et de pharmacie relaient cet appel. Des scientifiques de plusieurs pays appellent à faire du vaccin un bien public permettant aux pays qui en font la demande de pouvoir le produire rapidement.

Comme vous le savez, l’OMC, l’Union européenne ou des États, comme la France, disposent des moyens juridiques pour suspendre les brevets en temps d’urgence sanitaire et obtenir les licences nécessaires permettant les transferts de technologie vers tous les laboratoires industriels compétents. Cela peut se mettre en place rapidement, sans spolier les industriels.

En effet, l’article 311 de l’Organisation mondiale du commerce stipule que l’on peut procéder à une levée des brevets « dans des situations d’urgence nationale ou d’autres circonstances d’extrême urgence ou en cas d’utilisation publique à des fins non commerciales ». Nous y sommes !

En France, la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 du 23 mars dernier a prévu « de prendre toute mesure permettant la mise à la disposition des patients de médicaments appropriés pour l’éradication de la catastrophe sanitaire ».

Le 30 novembre dernier, une initiative européenne citoyenne a été lancée demandant un changement législatif notamment pour « veiller à ce que les droits de propriété intellectuelle, brevets compris, n’entravent pas l’accessibilité ou la disponibilité de tout vaccin ou traitement futur contre la Covid-19 ».

Cette revendication recueille aujourd’hui l’adhésion d’un large panel d’organisations et bénéficie du soutien de nombreux experts de la santé.

Il y a urgence. C’est pourquoi, nous souhaiterions être reçus afin de vous faire part de nos propositions pour augmenter la capacité de production des vaccins à l’échelle européenne et à l’échelle mondiale.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre haute considération. »

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,

Paris, le 9 février 2021.

 

Authentiquement populaire

À l’occasion du centenaire du Parti communiste français, « né » le 25 décembre 1920, de nombreux ouvrages, livres et publications fleurissent sur le sujet.

À lire ci-dessous l’article de Julian Mischi, qui retrace les conditions de la naissance du PCF et sa place particulière dans l’histoire politique de notre pays.

Julian Mischi est chercheur en sociologie à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), auteur de l’ouvrage Le Parti des communistes. Histoire du Parti communiste français de 1920 à nos jours, Hors d’atteinte, Marseille, 2020.

Les illustrations sont du blog.

Il y a cent ans naissait un parti authentiquement populaire

Dès qu’il vit le jour, en décembre 1920, le Parti communiste français revendiqua une place singulière dans le paysage politique hexagonal : celle de la seule formation populaire, dirigée par des gens du peuple pour servir les intérêts de celui-ci. À l’heure où le fossé entre classes dirigeantes et classes laborieuses paraît plus profond que jamais, son histoire est riche d’enseignements.

Derrière la tribune, une grande banderole reprend la formule de Karl Marx et Friedrich Engels : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Elle est surmontée d’une bannière arborant le slogan de la Ire internationale : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». En ce 25 décembre 1920 s’ouvre à Tours le 18e congrès de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), à l’issue duquel une très large majorité des délégués du Parti socialiste (70 % des mandats) décident d’adhérer à l’Internationale communiste (IC). Cette dernière, également dénommée IIIe Internationale, a été créée l’année précédente, en mars 1919, sous l’impulsion de Lénine et des bolcheviks russes dans l’espoir d’étendre leur révolution au monde entier.

Les débats tenus lors de ce congrès fondateur et dans son sillage n’ont pas seulement une valeur historique. La recherche d’une solidarité internationale dépassant les égoïsmes nationaux, le contrôle d’élus ayant tendance à se compromettre avec les institutions bourgeoises ou encore les réflexions sur l’articulation du combat politique et des luttes syndicales résonnent fortement avec des préoccupations actuelles. Le mouvement communiste a en effet su développer des réseaux militants dans la France ouvrière, et plus largement populaire, urbaine ou rurale. Or la capacité à prendre en compte et à porter les intérêts des classes populaires est ce qui manque aux partis de gauche aujourd’hui.

Au congrès de Tours, les défenseurs de l’adhésion à l’IC veulent tourner la page d’une SFIO qui s’est, selon eux, compromise en participant au gouvernement d’« union sacrée » durant la première guerre mondiale (Jules Guesde fut même ministre d’État). Ils sont animés d’une hostilité aux parlementaires qui ont versé dans la « collaboration de classe » et ont renié les principes révolutionnaires et pacifistes de la IIe Internationale. Ils affichent une défiance à l’égard des dirigeants sociaux-démocrates qui n’ont pas rendu de comptes à la base tout en soutenant la répression étatique contre les voix — syndicalistes et féministes, notamment — qui s’élevaient face à la boucherie perpétrée sur le continent européen. Dans le parti « de type nouveau » exigé par les bolcheviks et espéré par les militants internationalistes, le groupe parlementaire et la presse seront soumis au contrôle des militants. Le décalage entre les députés et la masse du parti est important : à contre-courant des adhérents, une cinquantaine de parlementaires sur soixante-huit refusent, à l’image de Léon Blum, ancien chef de cabinet du ministre des travaux publics pendant la guerre, de suivre la majorité ; ils font scission en maintenant la SFIO.

Une demande de radicalisation

Évoquant la compromission de deux députés socialistes de son département, le délégué de la fédération du Cher, le cordonnier Émile Lerat, affirme lors du congrès : « Nous sommes antiparlementaires, parce que nous constatons l’action néfaste de nos élus. Nous disons que moins nous avons d’élus, plus nous avons d’adhérents. Nous en avons assez, chez nous, d’être des machines à cotiser et de servir les intérêts de quelques individus qui, une fois munis d’un mandat, nous combattent, détruisent l’unité de chez nous, détruisent l’organisation et vont faire le Bloc national (1) (…). Nous en avons assez du Parti socialiste uniquement électoral, nous voulons un Parti socialiste révolutionnaire (2).  » L’adhésion à l’IC exprime une demande de radicalisation du socialisme, autant que le soutien à la révolution d’octobre 1917, perçue comme ayant établi en Russie un « pouvoir prolétarien ».

Les principaux rédacteurs de la motion d’adhésion à l’IC, l’instituteur syndicaliste Fernand Loriot et le journaliste Boris Souvarine, sont absents lorsque s’ouvre le congrès, car ils sont en prison. Ils font partie des nombreux militants arrêtés depuis le printemps 1920 au motif de leur implication fantasmée dans un vaste « complot » ourdi en Russie. L’épouvantail de la menace contre la sûreté de l’État a aussi été brandi pour réprimer les cheminots en grève ; quinze mille d’entre eux sont tout simplement révoqués. Le Parti communiste en gestation doit être capable de résister aux coups de boutoir de l’État bourgeois, tout en assurant la surveillance, en interne, des « carriéristes ». D’où l’insistance sur la discipline. Le principe de la « centralisation démocratique » est l’une des vingt et une conditions de l’adhésion à l’IC édictées par les bolcheviks lors de leur congrès de juillet 1920 : « À l’époque actuelle de guerre civile acharnée, le Parti communiste ne pourra remplir son rôle que s’il est organisé de la façon la plus centralisée, si une discipline de fer confinant à la discipline militaire y est admise. »

Cette exigence de centralisation relève d’enjeux propres à la défense de la révolution en Russie et aux insurrections qui éclatent ailleurs en Europe, mais elle correspond aussi aux attentes des militants français, pour qui la mise en pratique des déclarations socialistes nécessite une organisation stricte. La base militante aspire à passer des paroles aux actes. « Trop d’action verbale et pas assez d’action pratique », regrette par exemple un délégué de Seine-et-Oise (3). De son côté, Ernest Denante, instituteur et représentant du Vaucluse, s’écrie : « Nous sommes pour la IIIe Internationale, parce qu’elle nous apporte une discipline sévère devant laquelle nous sommes heureux et fiers de nous incliner, parce que nous ne voulons pas que le Parti socialiste soit une maison grande ouverte où pénètre qui veut, où l’on fait ce que l’on veut, où la plupart du temps on ne fait rien. Nous sommes pour la IIIe Internationale parce qu’elle condamne le réformisme. Parce qu’elle condamne ce passé dont nous rougissons, le passé du socialisme de guerre (4).  »

Au-delà de l’épisode du congrès de Tours, dont il faut se garder de faire un « mythe des origines », la création d’un parti communiste en France s’est déroulée en plusieurs étapes. Le nom même de « communiste » n’est définitivement adopté par le nouveau parti qu’en janvier 1922. Plusieurs années s’écoulent avant que se forme un parti réellement différent de l’ancien parti socialiste, sous l’effet de nombreux départs et de la bolchevisation, à partir de 1925, sur le modèle du Parti communiste d’Union soviétique. Rapidement, des dirigeants issus de la SFIO, comme l’instituteur Ludovic-Oscar Frossard, premier secrétaire du parti jusqu’en janvier 1923, quittent une organisation d’où sont également mis à l’écart des syndicalistes de tendance libertaire, comme le correcteur d’imprimerie Pierre Monatte. À l’instar de Souvarine et de Loriot, la plupart des fondateurs s’éloignent, de gré ou de force, d’un parti où la démocratie interne est progressivement étouffée (5).

Alors que la SFIO était dominée par une élite d’intellectuels et de membres des professions libérales, avec de nombreux avocats ou journalistes, le Parti communiste se construit à partir du milieu des années 1920 autour de dirigeants d’origine ouvrière. Il valorise une organisation en cellules d’entreprise, là où la SFIO était structurée en sections locales, et promeut l’action syndicale de ses membres. Sous l’impulsion de l’IC, il favorise la présentation aux élections de candidats ouvriers. Pierre Semard, ancien syndicaliste révolutionnaire, cheminot révoqué en 1920, devient secrétaire général du parti en 1924.

C’est aussi sous l’impulsion de Moscou que les communistes s’engagent dans les luttes anticoloniales, alors que la SFIO se contentait jusque-là de dénoncer les abus du colonialisme. Ils appellent ainsi à l’évacuation du Maroc et à la fraternisation avec Abdelkrim Al-Khattabi lors de la guerre du Rif, en 1925-1926. L’Union intercoloniale, créée début 1922, rassemble des militants originaires des colonies françaises autour de revendications d’égalité politique (droit de vote) et sociale (« À travail égal, salaire égal »). Sa section indochinoise est animée par Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh — qui deviendra en septembre 1945 chef du gouvernement de la République démocratique du Vietnam, candidat communiste aux élections municipales de 1925 à Paris. L’IC impulse des solidarités transnationales, fédérant, autour de ses actions et de ses agents, des courants anticolonialistes, panafricanistes et antiracistes.

L’engagement communiste s’effectue à diverses échelles, au sein de réseaux transnationaux comme dans les communes françaises, où se développe, à partir des années 1930, tout un maillage d’associations amies, parallèlement à l’établissement de municipalités « rouges » et à un essor militant. L’adaptation du message communiste aux réalités de la société française permet sa diffusion au sein des grandes forteresses ouvrières, telles les usines Renault de Billancourt, à l’ouest de Paris, et jusque dans les campagnes, où il répond aux aspirations de défense des petites propriétés familiales fragilisées par la concentration des terres. Parmi les nouveaux députés communistes élus en 1936, au moment du Front populaire, se trouvent notamment Alfred Costes, ancien ajusteur chez Renault, élu à Boulogne-Billancourt, et Marius Vazeilles, pépiniériste impliqué dans le syndicalisme agricole, pour la Corrèze.

Mineurs, métallurgistes, valets de ferme…

La lutte pour l’émancipation du prolétariat s’articule avec des revendications d’ordre syndical, féministe ou anticolonialiste. Les femmes, les descendants d’immigrés et les catégories populaires trouvent au sein du Parti communiste français (PCF) un vecteur de protestation contre la société capitaliste et une source d’émancipation individuelle, à rebours de la position subalterne qu’ils occupent dans la société. Le cas de Martha Desrumaux, seule femme à participer aux accords de Matignon en 1936, est éclairant. Issue d’une famille pauvre du Nord, elle doit quitter l’école dès ses 9 ans pour travailler comme bonne, puis comme ouvrière dans le textile, un secteur où elle anime plusieurs grèves alors qu’elle ne sait ni lire ni écrire. Elle entre à la direction du PCF en 1932, après son passage à l’École léniniste internationale de Moscou. Contre les visions schématiques qui réduisent le communisme à sa dimension bureaucratique ou autoritaire, il est important de souligner que le communisme à la française recouvre aussi cette réalité.

Dès le milieu des années 1930, le PCF devient un parti de masse très puissant. De la Libération aux années 1970, il domine le paysage politique de la gauche française, captant le quart des suffrages sous la IVe République. Son soutien actif au gouvernement de Front populaire en 1936 et sa participation au pouvoir à la Libération permettent de grandes avancées sociales : congés payés, création de la Sécurité sociale avec Ambroise Croizat et de la fonction publique avec Maurice Thorez, réduction du temps de travail, etc. De fait, la « menace » du communisme au sein des pays capitalistes a conduit à des réformes qui ont amélioré le sort des classes laborieuses durant le « court XXe siècle » (6). Le développement de l’État-providence après la seconde guerre mondiale apparaît même aux yeux des conservateurs comme un moyen d’éviter une révolution sociale.

En France, les communistes font accéder des hommes d’origine populaire aux plus hautes fonctions de l’État, sinon réservées aux élites économiques et culturelles. On peut mentionner, entre autres, Marcel Paul, ministre de la production industrielle de novembre 1945 à décembre 1946 : pupille de l’Assistance publique, il travaille comme valet de ferme dès l’âge de 13 ans avant d’être versé dans la marine, dont il sort avec un brevet d’électricien (7). Ouvrier à la centrale de Saint-Ouen, au nord de Paris, il devient un dirigeant syndical de premier plan. Résistant, il est déporté à Buchenwald. Il y organise un comité de défense des intérêts des détenus français, dont bénéficie notamment l’industriel Marcel Dassault. À la Libération, il est chargé de la nationalisation de l’électricité et du gaz ; il contribue à faire de l’entreprise publique un modèle social en établissant un statut du personnel très avancé.

Animé par des militants d’origine populaire alliés à des intellectuels, des scientifiques et des artistes (Louis Aragon, Frédéric Joliot-Curie, Pablo Picasso…), le mouvement communiste français constitue une entreprise inédite de subversion des règles du jeu politique. Pour cela, il a mis en place des dispositifs de formation et de promotion de cadres d’origine populaire. Le trio dirigeant formé par Thorez, Benoît Frachon et Jacques Duclos, qui ont été respectivement mineur, métallurgiste et ouvrier pâtissier, aux responsabilités du milieu des années 1920 aux années 1960, symbolise l’identité populaire des porte-parole du parti.

Logiquement, ces derniers se sont éloignés de la condition ouvrière en devenant très tôt des permanents, des « révolutionnaires professionnels ». Les dirigeants communistes sont en outre issus d’une élite populaire : ils ont accédé à une instruction scolaire relativement longue pour leur classe. Les ouvriers peu qualifiés, les immigrés et les femmes sont souvent cantonnés, eux, aux échelons de base de l’organisation. Néanmoins, ces populations, pratiquement absentes des autres partis, peuvent, grâce à leur engagement, s’affirmer dans l’espace public. Ainsi, le PCF se singularise en étant jusqu’à la fin du XXe siècle, et de loin, le parti le plus féminin au sein d’un paysage politique très masculin. En dépit du conservatisme moral qu’il manifeste à partir des années 1930, il rend possible un féminisme pratique pour des femmes dont l’entrée dans l’action militante implique la transgression des schémas dominants.

Le PCF n’œuvre donc pas seulement à « ouvriériser » les assemblées électives françaises. Il est aussi, à partir de la Libération, le principal acteur de leur féminisation. Odette Roux, une institutrice qui a rejoint le parti dans la clandestinité en janvier 1941, résistante avec son mari (mort dans une prison allemande), est élue maire des Sables-d’Olonne en mai 1945. À 28 ans, elle devient la première femme à la tête d’une sous-préfecture. En octobre de la même année, dix-sept des trente-trois premières femmes élues députées sont communistes. En 1956, il n’y a plus que dix-neuf femmes à l’Assemblée nationale, mais quinze sont communistes. Parmi elles, Eugénie Duvernois, infirmière, ancienne résistante et déportée (son mari est mort à Mauthausen), élue de Seine-et-Oise.

Le PCF constitue un puissant outil d’émancipation individuelle pour des militants, femmes et hommes, qui peuvent grâce à lui lutter contre les élites bourgeoises et masculines dans leurs communes et leurs entreprises. Mais il laisse peu de place aux voix discordantes : toute divergence interne est traquée au nom de l’unité. Dans un parti stalinisé, des « affaires » sont montées de toutes pièces par Thorez et ses fidèles pour écarter des rivaux jusqu’au début des années 1960. En 1961, Laurent Casanova, responsable des relations avec les intellectuels, et Marcel Servin, secrétaire à l’organisation, accusés d’« activité fractionnelle », sont ainsi démis de leurs fonctions dirigeantes et rétrogradés à la base. Ces deux cadres avaient eux-mêmes participé en 1952 à la mise à l’écart brutale de Charles Tillon et André Marty, deux dirigeants historiques, responsables du parti pendant la guerre.

Vecteur d’entraide dans les usines et les quartiers, outil de lutte contre la domination patronale et l’exclusion politique des classes populaires, l’engagement communiste peut également être synonyme de sectarisme. À cette ambivalence se superpose un décalage entre la situation des communistes dans les pays capitalistes et ce qui se passe en URSS, puis dans les démocraties populaires qui s’établissent au sortir de la seconde guerre mondiale. Ainsi, des syndicalistes rejoignent le PCF dans la perspective d’établir des contre-pouvoirs ouvriers dans les usines alors que, dans le même temps, les syndicats de la Russie soviétique sont des instruments de contrôle des travailleurs tournés vers des objectifs de productivité.

L’IC s’est rapidement transformée en un instrument au service exclusif de la diplomatie de l’Union soviétique. Même après la dissolution de l’Internationale, en 1943, le PCF se révèle l’un des plus fidèles soutiens de Moscou au sein du mouvement communiste international, contrairement à son homologue italien. L’autre grand parti communiste d’Europe de l’Ouest défend en effet dès 1956 l’idée d’une diversité des modèles nationaux de communisme. Si, en 1968, le PCF condamne l’intervention en Tchécoslovaquie des forces du pacte de Varsovie, et s’il prend ses distances avec le modèle soviétique au milieu de la décennie suivante, en même temps qu’il s’engage dans une politique d’« union de la gauche » avec le Parti socialiste (PS), il se réaligne rapidement. Georges Marchais, ancien métallurgiste et secrétaire général du parti de 1972 à 1994, inscrit la formule du « bilan globalement positif » des pays socialistes dans la résolution votée par le 23e congrès, en 1979. Les dirigeants communistes français continueront de défendre la supériorité des régimes socialistes jusqu’au démantèlement de l’Union soviétique, en 1991.

Lorsque celui-ci intervient, la puissance populaire du PCF s’est déjà très fortement érodée sous l’effet combiné de l’offensive des forces néolibérales, de la conquête du pouvoir par le PS et de la désindustrialisation. En restant au gouvernement au moment du « virage de la rigueur », en 1983, le PCF doit se résigner à des politiques néolibérales qu’il dit pourtant vouloir combattre. Cette ambiguïté, très coûteuse électoralement, se poursuit avec sa participation au gouvernement de M. Lionel Jospin (PS) entre 1997 et 2002. Dans le même temps, l’éclatement du groupe ouvrier fragilise un parti qui n’est plus en mesure de s’ouvrir aux nouvelles figures populaires : travailleurs issus de l’immigration nord-africaine, femmes employées dans les services à la personne, intérimaires de la logistique, etc. D’autant que, durant les années 1990-2000, la direction du PCF délaisse la question de la représentation des classes populaires et cherche surtout à adapter son discours aux attentes des classes moyennes (8). Dans un contexte de baisse continue de l’activité militante, les élus et leurs collaborateurs jouent un rôle de plus en plus central dans la reproduction de l’appareil du PCF, entraînant une professionnalisation de l’engagement communiste autour des collectivités territoriales, à distance des réseaux syndicaux.

Si le PCF, cent ans après sa fondation, est devenu un petit parti, au poids électoral négligeable (2,49 % des suffrages aux dernières élections européennes), il conserve malgré tout une base militante (près de cinquante mille cotisants). Il gère encore cinquante villes de plus de dix mille habitants. La réélection en 2020 de M. Azzedine Taïbi à la tête de la municipalité de Stains, commune de quarante mille habitants au nord de Paris, montre qu’un communisme populaire peut se renouveler à travers le milieu de l’animation sociale. Fils d’ouvriers et d’immigrés algériens, ce militant antiraciste a commencé à travailler comme animateur de quartier à l’âge de 17 ans.

Certes, les évolutions du style de vie des classes populaires, de leur insertion professionnelle et de leur ancrage territorial concourent à les éloigner de l’organisation communiste et, plus généralement, de l’action militante. Mais ces classes n’ont pas disparu, et elles portent toujours des aspirations au changement, comme l’a rappelé à partir de l’automne 2018 la mobilisation des « gilets jaunes » (9).

À l’échelle européenne, la victoire de la social-démocratie sur le communisme a été de courte durée. Au-delà des partis communistes, l’ensemble de la gauche est en crise au début du XXIe siècle. La contribution des sociaux-démocrates au démantèlement de l’État-providence et leur alignement sur les intérêts des milieux financiers les ont compromis. Les records d’abstention électorale, mais aussi l’essor du vote d’extrême droite, dénotent une crise généralisée de la démocratie représentative, où la distance entre les élites dirigeantes et les populations laborieuses s’est considérablement creusée. En ce sens, le projet communiste reste d’actualité.

 

(1) Coalition de partis du centre et de droite au pouvoir de 1919 à 1924.

(2) « 18e Congrès national tenu à Tours les 25, 26, 27, 28, 29 & 30 décembre 1920 », compte rendu sténographique, Parti socialiste (SFIO), Paris, 1921.

(3Ibid.

(4Ibid.

(5) Julien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire. La création du Parti communiste en France (1915-1924), Libertalia, Montreuil, 2017.

(6Cf. Eric Hobsbawm, L’Ère des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991), Agone, Marseille, 2020 (1re éd. : 1994).

(7) Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban, Marcel Paul. Un ouvrier au Conseil des ministres, Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2020.

(8) Lire « Comment un appareil s’éloigne de sa base », Le Monde diplomatique, janvier 2015.

(9) Lire « Le peuple des ronds-points », Manière de voir, n° 168, décembre 2019 – janvier 2020.

L’horreur

Ci-dessous, le communiqué commun des fédérations du PCF des Yvelines et du Val d’Oise.

Rassemblement  hommage à Samuel Paty

Nous sommes toutes et tous horrifié.e.s par ce que s’est passé vendredi soir aux portes du collège de Conflans Sainte Honorine.

Un enseignant est assassiné pour avoir enseigné, pour avoir le souci de porter la liberté de penser, la liberté d’expression. Nos premières pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues à qui nous présentons toutes nos condoléances et tout notre soutien.

Cet assassinat, cet attentat frappe le cœur de notre République, le cœur de l’émancipation de chaque individu vivant en France, l’École.

Jamais, nous ne cèderons à l’obscurantisme. Jamais, nous ne laisserons attaquer la liberté d’expression, la liberté pédagogique.

Les fédérations du Parti Communiste Français des Yvelines et du Val d’Oise appellent à se joindre à tous les rassemblements, à Paris ce dimanche 17 octobre, Place de la République à 15H mais aussi lundi 19 octobre à 12H sur l’esplanade de la préfecture à Cergy, au côté des personnels enseignants, des parents d’élèves, de tout le personnel d’éducation.

#jesuisprof #PCF78  #PCF95

Le 18 octobre 2020

Pour la gratuité des masques

L’appel de l’Humanité pour la gratuité des masques

masques gratuits 3Dans les jours qui viennent commence une nouvelle étape qui nous permettra peut-être de retrouver progressivement une part de liberté. Les trois semaines qui nous séparent du mois de juin correspondent à la phase d’incubation du virus ; il sera donc possible d’ici là d’avoir une évaluation sur l’évolution de l’épidémie, et surtout sur la possibilité d’une deuxième vague de Covid-19.

La prudence doit donc être de mise même si de nombreux facteurs montrent actuellement une diminution de son intensité. Dans ce contexte, il serait indispensable de continuer à protéger plus efficacement les personnels soignants, à multiplier les tests, et de rendre gratuits les masques de protection. C’est d’ailleurs un principe constitutionnel du droit à la santé, et du devoir de l’État de protéger les populations.

C’est le sens de la campagne lancée par L’Humanité pour obtenir la fourniture gratuite des masques aux citoyens. Car dans le contexte actuel les masques ne peuvent être considérés comme de simples marchandises qu’on étalerait aux caisses des supermarchés : ils représentent un moyen de protection collective et un outil de santé publique. En conséquence, ils doivent être gratuits. Certains pays européens l’ont déjà décidé. Des collectivités locales également. Pourquoi le gouvernement de la sixième puissance mondiale ne le pourrait-il pas ?

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masques gratuits

L’affaire des masques de protection devient le sparadrap rouge collant aux basques du pouvoir.

Il y eut d’abord ces mensonges en séries sur leur inutilité pour camoufler une pénurie qui n’a rien de naturelle. Celle-ci découle d’une part de la destruction de nos industries textiles considérées comme dépassées par les grands penseurs du libéralisme et leurs serviteurs au pouvoir depuis des décennies, et d’autre part des choix de réduction des crédits publics poussant au « zéro stock », également présenté comme le nec plus ultra de la modernité. Cette pénurie a mis en danger soignants comme patients. Elle est sans doute responsable de nombreuses contaminations et décès.

Puis au fil des semaines, le masque est devenu utile, indispensable même, alors que les soignants continuaient d’en manquer. Et le pouvoir souhaite désormais le rendre obligatoire dans les transports publics.

Depuis quelques jours, ce qui n’existait pas tombe par paquets de millions, mais sur les étals des supermarchés, comme produit d’appel pour attirer le chaland qui devra demain reprendre les transports en commun. Le scandale est encore plus gros quand on sait que cette opération a été annoncée tambour battant il y a huit jours dans un communiqué commun de la Fédération du commerce et de la distribution et de secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, et présentée comme un haut fait d’armes. De qui se moque-t-on ? Une commission d’enquête parlementaire doit rapidement faire la clarté la plus nette sur une affaire qui a plus à voir avec le mercantilisme qu’avec la santé publique.

Les masques ne peuvent être des marchandises étalées aux caisses des supermarchés pour grossir le ticket de caisse, attirer et fidéliser les clients.  Ils sont un moyen de protection civile et collective, et un outil de santé publique. A ce titre, ils devraient être assurés, en lien avec les collectivités, par les services de la Sécurité civile. Si les travailleurs contraints de reprendre leur activité venaient à contracter le virus faute d’avoir pu accéder à des masques de protection, l’État serait comptable d’une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen nous rappelle que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Et, l’article 11 du préambule de la Constitution confirme bien ce « droit à la protection ». En conséquence, les masques doivent être gratuits.

Certains pays européens l’ont décidé. Des collectivités locales également. Pourquoi le gouvernement de la sixième puissance mondiale ne le pourrait-il pas ? Ce pays où l’argent des dividendes continue de couler à flot, ce pays où l’on peut en une nuit débloquer des milliards pour consolider des entreprises dont la trésorerie est loin d’être à sec. Pourquoi une famille de quatre personnes qui a déjà du mal à joindre les deux bouts doit encore alourdir ses dépenses du mois de 80 à 150 € pour assurer sa santé et celle des autres ? On nous dit que les prix des masques seront bloqués en deçà de 1 euro, soit peu ou prou leur prix de revient. Pourtant, plusieurs témoignages indiquent que non seulement ce prix est pour l’instant fictif, mais qu’en plus on trouvait en janvier des masques à seulement 8 centimes. Une prise en main par L’État imposant la gratuité couperait court à toute tentative de spéculation.

Réclamons partout et par tous les moyens la gratuité des masques. Il en va de l’intérêt public. Et, pour une fois, appuyons nous sur cette déclaration de Mme Agnès Buzyn le 29 janvier dernier : « si un jour nous devions proposer à telle ou telle population ou personne à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin » C’était certes pour cacher la pénurie. Mais, aux actes maintenant ! Lançons un grand mouvement pluraliste pour la gratuité des masques !

Pour le budget masque d’une famille il faut compter 200 euros par mois, estime Alain Bazot.

Tout le monde ne pourra pas s’offrir le masque arboré, mardi, par Emmanuel Macron dans une école des Yvelines. Fabriqué par la bonneterie Chanteclair, dans l’Aube, cette protection en tissu lavable est facturée 4,92 euros pièce. Très au-dessus du prix des masques chirurgicaux, plafonné à 95 centimes l’unité. Sauf que ces derniers ne sont pas réutilisables. « Avec un masque chirurgical, disons à 60 centimes d’euro, le budget pour une famille de quatre personnes peut s’élever à plus de 200 euros par mois », estime le président de l’UFC-Que choisir, Alain Bazot, qui réclame « une mise à disposition gratuite ou à vil prix » de ces masques dans les services publics, les écoles et les transports.

Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité