Des vaccins accessibles à tous les peuples du monde

Levée des brevets/vaccins : Fabien Roussel écrit à Emmanuel Macron

Monsieur le Président de la République,

La situation sanitaire actuelle est critique et risque de perdurer, si nous ne trouvons pas une solution collective à cette crise.

Il devient de plus en plus difficile de contrôler la pandémie depuis l’arrivée de variants, qu’ils viennent de Grande-Bretagne, de Californie, d’Afrique du Sud ou du Brésil. Outre le maintien des gestes barrières, la politique de tests et d’accompagnement des personnes contaminées et cas contacts, tout le monde s’accorde à dire qu’une campagne de vaccination massive à l’échelle mondiale nous permettra d’entrevoir la sortie de cette crise sanitaire.

Aujourd’hui, plusieurs vaccins existent contre ce virus. C’est la bonne nouvelle de cette année. Il s’agit d’une prouesse scientifique, largement soutenue par les plus de 8 milliards d’euros investissements publics des États et, au sein de l’Union européenne, par la Commission européenne qui a investi 2,3 milliards d’euros pour le développement des capacités de production de l’industrie pharmaceutique. La découverte de ces vaccins a été aussi facilitée par le partage de la séquence complète du génome du coronavirus par les autorités chinoises, dès le 11 janvier 2020.

Il est désormais urgent que ces vaccins puissent être produits massivement et soient accessibles à tous les peuples du monde, le plus rapidement possible.

Malheureusement, ce n’est pas ce chemin qui est emprunté. Déjà aujourd’hui, plusieurs grands laboratoires sont incapables de respecter les engagements pris pour la livraison de leurs doses.

De plus, des inégalités apparaissent entre les pays à faibles revenus et les pays riches : ces derniers ont acheté suffisamment de doses pour vacciner deux à trois fois leur population quand les pays pauvres n’ont, à ce jour, qu’une dose pour trois habitants. La plateforme Covax est loin de répondre à cette situation.

Il y a donc urgence à ce que les États prennent le contrôle de cette campagne vaccinale et organisent la production et la diffusion de ces vaccins, comme le demandent l’Inde et l’Afrique du Sud.

Pour gagner cette guerre contre le virus, nous vous appelons à saisir l’Organisation mondiale de la santé afin de coordonner les efforts des États et faire du vaccin un bien public mondial. Ne laissons pas la campagne vaccinale dans les mains du secteur privé !

En France, de nombreuses voix s’élèvent ainsi pour appeler à une plus grande coopération à l’échelle de la planète. Les Académies des sciences, de médecine et de pharmacie relaient cet appel. Des scientifiques de plusieurs pays appellent à faire du vaccin un bien public permettant aux pays qui en font la demande de pouvoir le produire rapidement.

Comme vous le savez, l’OMC, l’Union européenne ou des États, comme la France, disposent des moyens juridiques pour suspendre les brevets en temps d’urgence sanitaire et obtenir les licences nécessaires permettant les transferts de technologie vers tous les laboratoires industriels compétents. Cela peut se mettre en place rapidement, sans spolier les industriels.

En effet, l’article 311 de l’Organisation mondiale du commerce stipule que l’on peut procéder à une levée des brevets « dans des situations d’urgence nationale ou d’autres circonstances d’extrême urgence ou en cas d’utilisation publique à des fins non commerciales ». Nous y sommes !

En France, la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 du 23 mars dernier a prévu « de prendre toute mesure permettant la mise à la disposition des patients de médicaments appropriés pour l’éradication de la catastrophe sanitaire ».

Le 30 novembre dernier, une initiative européenne citoyenne a été lancée demandant un changement législatif notamment pour « veiller à ce que les droits de propriété intellectuelle, brevets compris, n’entravent pas l’accessibilité ou la disponibilité de tout vaccin ou traitement futur contre la Covid-19 ».

Cette revendication recueille aujourd’hui l’adhésion d’un large panel d’organisations et bénéficie du soutien de nombreux experts de la santé.

Il y a urgence. C’est pourquoi, nous souhaiterions être reçus afin de vous faire part de nos propositions pour augmenter la capacité de production des vaccins à l’échelle européenne et à l’échelle mondiale.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre haute considération. »

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord,

Paris, le 9 février 2021.

 

Authentiquement populaire

À l’occasion du centenaire du Parti communiste français, « né » le 25 décembre 1920, de nombreux ouvrages, livres et publications fleurissent sur le sujet.

À lire ci-dessous l’article de Julian Mischi, qui retrace les conditions de la naissance du PCF et sa place particulière dans l’histoire politique de notre pays.

Julian Mischi est chercheur en sociologie à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), auteur de l’ouvrage Le Parti des communistes. Histoire du Parti communiste français de 1920 à nos jours, Hors d’atteinte, Marseille, 2020.

Les illustrations sont du blog.

Il y a cent ans naissait un parti authentiquement populaire

Dès qu’il vit le jour, en décembre 1920, le Parti communiste français revendiqua une place singulière dans le paysage politique hexagonal : celle de la seule formation populaire, dirigée par des gens du peuple pour servir les intérêts de celui-ci. À l’heure où le fossé entre classes dirigeantes et classes laborieuses paraît plus profond que jamais, son histoire est riche d’enseignements.

Derrière la tribune, une grande banderole reprend la formule de Karl Marx et Friedrich Engels : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Elle est surmontée d’une bannière arborant le slogan de la Ire internationale : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». En ce 25 décembre 1920 s’ouvre à Tours le 18e congrès de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), à l’issue duquel une très large majorité des délégués du Parti socialiste (70 % des mandats) décident d’adhérer à l’Internationale communiste (IC). Cette dernière, également dénommée IIIe Internationale, a été créée l’année précédente, en mars 1919, sous l’impulsion de Lénine et des bolcheviks russes dans l’espoir d’étendre leur révolution au monde entier.

Les débats tenus lors de ce congrès fondateur et dans son sillage n’ont pas seulement une valeur historique. La recherche d’une solidarité internationale dépassant les égoïsmes nationaux, le contrôle d’élus ayant tendance à se compromettre avec les institutions bourgeoises ou encore les réflexions sur l’articulation du combat politique et des luttes syndicales résonnent fortement avec des préoccupations actuelles. Le mouvement communiste a en effet su développer des réseaux militants dans la France ouvrière, et plus largement populaire, urbaine ou rurale. Or la capacité à prendre en compte et à porter les intérêts des classes populaires est ce qui manque aux partis de gauche aujourd’hui.

Au congrès de Tours, les défenseurs de l’adhésion à l’IC veulent tourner la page d’une SFIO qui s’est, selon eux, compromise en participant au gouvernement d’« union sacrée » durant la première guerre mondiale (Jules Guesde fut même ministre d’État). Ils sont animés d’une hostilité aux parlementaires qui ont versé dans la « collaboration de classe » et ont renié les principes révolutionnaires et pacifistes de la IIe Internationale. Ils affichent une défiance à l’égard des dirigeants sociaux-démocrates qui n’ont pas rendu de comptes à la base tout en soutenant la répression étatique contre les voix — syndicalistes et féministes, notamment — qui s’élevaient face à la boucherie perpétrée sur le continent européen. Dans le parti « de type nouveau » exigé par les bolcheviks et espéré par les militants internationalistes, le groupe parlementaire et la presse seront soumis au contrôle des militants. Le décalage entre les députés et la masse du parti est important : à contre-courant des adhérents, une cinquantaine de parlementaires sur soixante-huit refusent, à l’image de Léon Blum, ancien chef de cabinet du ministre des travaux publics pendant la guerre, de suivre la majorité ; ils font scission en maintenant la SFIO.

Une demande de radicalisation

Évoquant la compromission de deux députés socialistes de son département, le délégué de la fédération du Cher, le cordonnier Émile Lerat, affirme lors du congrès : « Nous sommes antiparlementaires, parce que nous constatons l’action néfaste de nos élus. Nous disons que moins nous avons d’élus, plus nous avons d’adhérents. Nous en avons assez, chez nous, d’être des machines à cotiser et de servir les intérêts de quelques individus qui, une fois munis d’un mandat, nous combattent, détruisent l’unité de chez nous, détruisent l’organisation et vont faire le Bloc national (1) (…). Nous en avons assez du Parti socialiste uniquement électoral, nous voulons un Parti socialiste révolutionnaire (2).  » L’adhésion à l’IC exprime une demande de radicalisation du socialisme, autant que le soutien à la révolution d’octobre 1917, perçue comme ayant établi en Russie un « pouvoir prolétarien ».

Les principaux rédacteurs de la motion d’adhésion à l’IC, l’instituteur syndicaliste Fernand Loriot et le journaliste Boris Souvarine, sont absents lorsque s’ouvre le congrès, car ils sont en prison. Ils font partie des nombreux militants arrêtés depuis le printemps 1920 au motif de leur implication fantasmée dans un vaste « complot » ourdi en Russie. L’épouvantail de la menace contre la sûreté de l’État a aussi été brandi pour réprimer les cheminots en grève ; quinze mille d’entre eux sont tout simplement révoqués. Le Parti communiste en gestation doit être capable de résister aux coups de boutoir de l’État bourgeois, tout en assurant la surveillance, en interne, des « carriéristes ». D’où l’insistance sur la discipline. Le principe de la « centralisation démocratique » est l’une des vingt et une conditions de l’adhésion à l’IC édictées par les bolcheviks lors de leur congrès de juillet 1920 : « À l’époque actuelle de guerre civile acharnée, le Parti communiste ne pourra remplir son rôle que s’il est organisé de la façon la plus centralisée, si une discipline de fer confinant à la discipline militaire y est admise. »

Cette exigence de centralisation relève d’enjeux propres à la défense de la révolution en Russie et aux insurrections qui éclatent ailleurs en Europe, mais elle correspond aussi aux attentes des militants français, pour qui la mise en pratique des déclarations socialistes nécessite une organisation stricte. La base militante aspire à passer des paroles aux actes. « Trop d’action verbale et pas assez d’action pratique », regrette par exemple un délégué de Seine-et-Oise (3). De son côté, Ernest Denante, instituteur et représentant du Vaucluse, s’écrie : « Nous sommes pour la IIIe Internationale, parce qu’elle nous apporte une discipline sévère devant laquelle nous sommes heureux et fiers de nous incliner, parce que nous ne voulons pas que le Parti socialiste soit une maison grande ouverte où pénètre qui veut, où l’on fait ce que l’on veut, où la plupart du temps on ne fait rien. Nous sommes pour la IIIe Internationale parce qu’elle condamne le réformisme. Parce qu’elle condamne ce passé dont nous rougissons, le passé du socialisme de guerre (4).  »

Au-delà de l’épisode du congrès de Tours, dont il faut se garder de faire un « mythe des origines », la création d’un parti communiste en France s’est déroulée en plusieurs étapes. Le nom même de « communiste » n’est définitivement adopté par le nouveau parti qu’en janvier 1922. Plusieurs années s’écoulent avant que se forme un parti réellement différent de l’ancien parti socialiste, sous l’effet de nombreux départs et de la bolchevisation, à partir de 1925, sur le modèle du Parti communiste d’Union soviétique. Rapidement, des dirigeants issus de la SFIO, comme l’instituteur Ludovic-Oscar Frossard, premier secrétaire du parti jusqu’en janvier 1923, quittent une organisation d’où sont également mis à l’écart des syndicalistes de tendance libertaire, comme le correcteur d’imprimerie Pierre Monatte. À l’instar de Souvarine et de Loriot, la plupart des fondateurs s’éloignent, de gré ou de force, d’un parti où la démocratie interne est progressivement étouffée (5).

Alors que la SFIO était dominée par une élite d’intellectuels et de membres des professions libérales, avec de nombreux avocats ou journalistes, le Parti communiste se construit à partir du milieu des années 1920 autour de dirigeants d’origine ouvrière. Il valorise une organisation en cellules d’entreprise, là où la SFIO était structurée en sections locales, et promeut l’action syndicale de ses membres. Sous l’impulsion de l’IC, il favorise la présentation aux élections de candidats ouvriers. Pierre Semard, ancien syndicaliste révolutionnaire, cheminot révoqué en 1920, devient secrétaire général du parti en 1924.

C’est aussi sous l’impulsion de Moscou que les communistes s’engagent dans les luttes anticoloniales, alors que la SFIO se contentait jusque-là de dénoncer les abus du colonialisme. Ils appellent ainsi à l’évacuation du Maroc et à la fraternisation avec Abdelkrim Al-Khattabi lors de la guerre du Rif, en 1925-1926. L’Union intercoloniale, créée début 1922, rassemble des militants originaires des colonies françaises autour de revendications d’égalité politique (droit de vote) et sociale (« À travail égal, salaire égal »). Sa section indochinoise est animée par Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh — qui deviendra en septembre 1945 chef du gouvernement de la République démocratique du Vietnam, candidat communiste aux élections municipales de 1925 à Paris. L’IC impulse des solidarités transnationales, fédérant, autour de ses actions et de ses agents, des courants anticolonialistes, panafricanistes et antiracistes.

L’engagement communiste s’effectue à diverses échelles, au sein de réseaux transnationaux comme dans les communes françaises, où se développe, à partir des années 1930, tout un maillage d’associations amies, parallèlement à l’établissement de municipalités « rouges » et à un essor militant. L’adaptation du message communiste aux réalités de la société française permet sa diffusion au sein des grandes forteresses ouvrières, telles les usines Renault de Billancourt, à l’ouest de Paris, et jusque dans les campagnes, où il répond aux aspirations de défense des petites propriétés familiales fragilisées par la concentration des terres. Parmi les nouveaux députés communistes élus en 1936, au moment du Front populaire, se trouvent notamment Alfred Costes, ancien ajusteur chez Renault, élu à Boulogne-Billancourt, et Marius Vazeilles, pépiniériste impliqué dans le syndicalisme agricole, pour la Corrèze.

Mineurs, métallurgistes, valets de ferme…

La lutte pour l’émancipation du prolétariat s’articule avec des revendications d’ordre syndical, féministe ou anticolonialiste. Les femmes, les descendants d’immigrés et les catégories populaires trouvent au sein du Parti communiste français (PCF) un vecteur de protestation contre la société capitaliste et une source d’émancipation individuelle, à rebours de la position subalterne qu’ils occupent dans la société. Le cas de Martha Desrumaux, seule femme à participer aux accords de Matignon en 1936, est éclairant. Issue d’une famille pauvre du Nord, elle doit quitter l’école dès ses 9 ans pour travailler comme bonne, puis comme ouvrière dans le textile, un secteur où elle anime plusieurs grèves alors qu’elle ne sait ni lire ni écrire. Elle entre à la direction du PCF en 1932, après son passage à l’École léniniste internationale de Moscou. Contre les visions schématiques qui réduisent le communisme à sa dimension bureaucratique ou autoritaire, il est important de souligner que le communisme à la française recouvre aussi cette réalité.

Dès le milieu des années 1930, le PCF devient un parti de masse très puissant. De la Libération aux années 1970, il domine le paysage politique de la gauche française, captant le quart des suffrages sous la IVe République. Son soutien actif au gouvernement de Front populaire en 1936 et sa participation au pouvoir à la Libération permettent de grandes avancées sociales : congés payés, création de la Sécurité sociale avec Ambroise Croizat et de la fonction publique avec Maurice Thorez, réduction du temps de travail, etc. De fait, la « menace » du communisme au sein des pays capitalistes a conduit à des réformes qui ont amélioré le sort des classes laborieuses durant le « court XXe siècle » (6). Le développement de l’État-providence après la seconde guerre mondiale apparaît même aux yeux des conservateurs comme un moyen d’éviter une révolution sociale.

En France, les communistes font accéder des hommes d’origine populaire aux plus hautes fonctions de l’État, sinon réservées aux élites économiques et culturelles. On peut mentionner, entre autres, Marcel Paul, ministre de la production industrielle de novembre 1945 à décembre 1946 : pupille de l’Assistance publique, il travaille comme valet de ferme dès l’âge de 13 ans avant d’être versé dans la marine, dont il sort avec un brevet d’électricien (7). Ouvrier à la centrale de Saint-Ouen, au nord de Paris, il devient un dirigeant syndical de premier plan. Résistant, il est déporté à Buchenwald. Il y organise un comité de défense des intérêts des détenus français, dont bénéficie notamment l’industriel Marcel Dassault. À la Libération, il est chargé de la nationalisation de l’électricité et du gaz ; il contribue à faire de l’entreprise publique un modèle social en établissant un statut du personnel très avancé.

Animé par des militants d’origine populaire alliés à des intellectuels, des scientifiques et des artistes (Louis Aragon, Frédéric Joliot-Curie, Pablo Picasso…), le mouvement communiste français constitue une entreprise inédite de subversion des règles du jeu politique. Pour cela, il a mis en place des dispositifs de formation et de promotion de cadres d’origine populaire. Le trio dirigeant formé par Thorez, Benoît Frachon et Jacques Duclos, qui ont été respectivement mineur, métallurgiste et ouvrier pâtissier, aux responsabilités du milieu des années 1920 aux années 1960, symbolise l’identité populaire des porte-parole du parti.

Logiquement, ces derniers se sont éloignés de la condition ouvrière en devenant très tôt des permanents, des « révolutionnaires professionnels ». Les dirigeants communistes sont en outre issus d’une élite populaire : ils ont accédé à une instruction scolaire relativement longue pour leur classe. Les ouvriers peu qualifiés, les immigrés et les femmes sont souvent cantonnés, eux, aux échelons de base de l’organisation. Néanmoins, ces populations, pratiquement absentes des autres partis, peuvent, grâce à leur engagement, s’affirmer dans l’espace public. Ainsi, le PCF se singularise en étant jusqu’à la fin du XXe siècle, et de loin, le parti le plus féminin au sein d’un paysage politique très masculin. En dépit du conservatisme moral qu’il manifeste à partir des années 1930, il rend possible un féminisme pratique pour des femmes dont l’entrée dans l’action militante implique la transgression des schémas dominants.

Le PCF n’œuvre donc pas seulement à « ouvriériser » les assemblées électives françaises. Il est aussi, à partir de la Libération, le principal acteur de leur féminisation. Odette Roux, une institutrice qui a rejoint le parti dans la clandestinité en janvier 1941, résistante avec son mari (mort dans une prison allemande), est élue maire des Sables-d’Olonne en mai 1945. À 28 ans, elle devient la première femme à la tête d’une sous-préfecture. En octobre de la même année, dix-sept des trente-trois premières femmes élues députées sont communistes. En 1956, il n’y a plus que dix-neuf femmes à l’Assemblée nationale, mais quinze sont communistes. Parmi elles, Eugénie Duvernois, infirmière, ancienne résistante et déportée (son mari est mort à Mauthausen), élue de Seine-et-Oise.

Le PCF constitue un puissant outil d’émancipation individuelle pour des militants, femmes et hommes, qui peuvent grâce à lui lutter contre les élites bourgeoises et masculines dans leurs communes et leurs entreprises. Mais il laisse peu de place aux voix discordantes : toute divergence interne est traquée au nom de l’unité. Dans un parti stalinisé, des « affaires » sont montées de toutes pièces par Thorez et ses fidèles pour écarter des rivaux jusqu’au début des années 1960. En 1961, Laurent Casanova, responsable des relations avec les intellectuels, et Marcel Servin, secrétaire à l’organisation, accusés d’« activité fractionnelle », sont ainsi démis de leurs fonctions dirigeantes et rétrogradés à la base. Ces deux cadres avaient eux-mêmes participé en 1952 à la mise à l’écart brutale de Charles Tillon et André Marty, deux dirigeants historiques, responsables du parti pendant la guerre.

Vecteur d’entraide dans les usines et les quartiers, outil de lutte contre la domination patronale et l’exclusion politique des classes populaires, l’engagement communiste peut également être synonyme de sectarisme. À cette ambivalence se superpose un décalage entre la situation des communistes dans les pays capitalistes et ce qui se passe en URSS, puis dans les démocraties populaires qui s’établissent au sortir de la seconde guerre mondiale. Ainsi, des syndicalistes rejoignent le PCF dans la perspective d’établir des contre-pouvoirs ouvriers dans les usines alors que, dans le même temps, les syndicats de la Russie soviétique sont des instruments de contrôle des travailleurs tournés vers des objectifs de productivité.

L’IC s’est rapidement transformée en un instrument au service exclusif de la diplomatie de l’Union soviétique. Même après la dissolution de l’Internationale, en 1943, le PCF se révèle l’un des plus fidèles soutiens de Moscou au sein du mouvement communiste international, contrairement à son homologue italien. L’autre grand parti communiste d’Europe de l’Ouest défend en effet dès 1956 l’idée d’une diversité des modèles nationaux de communisme. Si, en 1968, le PCF condamne l’intervention en Tchécoslovaquie des forces du pacte de Varsovie, et s’il prend ses distances avec le modèle soviétique au milieu de la décennie suivante, en même temps qu’il s’engage dans une politique d’« union de la gauche » avec le Parti socialiste (PS), il se réaligne rapidement. Georges Marchais, ancien métallurgiste et secrétaire général du parti de 1972 à 1994, inscrit la formule du « bilan globalement positif » des pays socialistes dans la résolution votée par le 23e congrès, en 1979. Les dirigeants communistes français continueront de défendre la supériorité des régimes socialistes jusqu’au démantèlement de l’Union soviétique, en 1991.

Lorsque celui-ci intervient, la puissance populaire du PCF s’est déjà très fortement érodée sous l’effet combiné de l’offensive des forces néolibérales, de la conquête du pouvoir par le PS et de la désindustrialisation. En restant au gouvernement au moment du « virage de la rigueur », en 1983, le PCF doit se résigner à des politiques néolibérales qu’il dit pourtant vouloir combattre. Cette ambiguïté, très coûteuse électoralement, se poursuit avec sa participation au gouvernement de M. Lionel Jospin (PS) entre 1997 et 2002. Dans le même temps, l’éclatement du groupe ouvrier fragilise un parti qui n’est plus en mesure de s’ouvrir aux nouvelles figures populaires : travailleurs issus de l’immigration nord-africaine, femmes employées dans les services à la personne, intérimaires de la logistique, etc. D’autant que, durant les années 1990-2000, la direction du PCF délaisse la question de la représentation des classes populaires et cherche surtout à adapter son discours aux attentes des classes moyennes (8). Dans un contexte de baisse continue de l’activité militante, les élus et leurs collaborateurs jouent un rôle de plus en plus central dans la reproduction de l’appareil du PCF, entraînant une professionnalisation de l’engagement communiste autour des collectivités territoriales, à distance des réseaux syndicaux.

Si le PCF, cent ans après sa fondation, est devenu un petit parti, au poids électoral négligeable (2,49 % des suffrages aux dernières élections européennes), il conserve malgré tout une base militante (près de cinquante mille cotisants). Il gère encore cinquante villes de plus de dix mille habitants. La réélection en 2020 de M. Azzedine Taïbi à la tête de la municipalité de Stains, commune de quarante mille habitants au nord de Paris, montre qu’un communisme populaire peut se renouveler à travers le milieu de l’animation sociale. Fils d’ouvriers et d’immigrés algériens, ce militant antiraciste a commencé à travailler comme animateur de quartier à l’âge de 17 ans.

Certes, les évolutions du style de vie des classes populaires, de leur insertion professionnelle et de leur ancrage territorial concourent à les éloigner de l’organisation communiste et, plus généralement, de l’action militante. Mais ces classes n’ont pas disparu, et elles portent toujours des aspirations au changement, comme l’a rappelé à partir de l’automne 2018 la mobilisation des « gilets jaunes » (9).

À l’échelle européenne, la victoire de la social-démocratie sur le communisme a été de courte durée. Au-delà des partis communistes, l’ensemble de la gauche est en crise au début du XXIe siècle. La contribution des sociaux-démocrates au démantèlement de l’État-providence et leur alignement sur les intérêts des milieux financiers les ont compromis. Les records d’abstention électorale, mais aussi l’essor du vote d’extrême droite, dénotent une crise généralisée de la démocratie représentative, où la distance entre les élites dirigeantes et les populations laborieuses s’est considérablement creusée. En ce sens, le projet communiste reste d’actualité.

 

(1) Coalition de partis du centre et de droite au pouvoir de 1919 à 1924.

(2) « 18e Congrès national tenu à Tours les 25, 26, 27, 28, 29 & 30 décembre 1920 », compte rendu sténographique, Parti socialiste (SFIO), Paris, 1921.

(3Ibid.

(4Ibid.

(5) Julien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire. La création du Parti communiste en France (1915-1924), Libertalia, Montreuil, 2017.

(6Cf. Eric Hobsbawm, L’Ère des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991), Agone, Marseille, 2020 (1re éd. : 1994).

(7) Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban, Marcel Paul. Un ouvrier au Conseil des ministres, Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2020.

(8) Lire « Comment un appareil s’éloigne de sa base », Le Monde diplomatique, janvier 2015.

(9) Lire « Le peuple des ronds-points », Manière de voir, n° 168, décembre 2019 – janvier 2020.

L’horreur

Ci-dessous, le communiqué commun des fédérations du PCF des Yvelines et du Val d’Oise.

Rassemblement  hommage à Samuel Paty

Nous sommes toutes et tous horrifié.e.s par ce que s’est passé vendredi soir aux portes du collège de Conflans Sainte Honorine.

Un enseignant est assassiné pour avoir enseigné, pour avoir le souci de porter la liberté de penser, la liberté d’expression. Nos premières pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues à qui nous présentons toutes nos condoléances et tout notre soutien.

Cet assassinat, cet attentat frappe le cœur de notre République, le cœur de l’émancipation de chaque individu vivant en France, l’École.

Jamais, nous ne cèderons à l’obscurantisme. Jamais, nous ne laisserons attaquer la liberté d’expression, la liberté pédagogique.

Les fédérations du Parti Communiste Français des Yvelines et du Val d’Oise appellent à se joindre à tous les rassemblements, à Paris ce dimanche 17 octobre, Place de la République à 15H mais aussi lundi 19 octobre à 12H sur l’esplanade de la préfecture à Cergy, au côté des personnels enseignants, des parents d’élèves, de tout le personnel d’éducation.

#jesuisprof #PCF78  #PCF95

Le 18 octobre 2020

Pour la gratuité des masques

L’appel de l’Humanité pour la gratuité des masques

masques gratuits 3Dans les jours qui viennent commence une nouvelle étape qui nous permettra peut-être de retrouver progressivement une part de liberté. Les trois semaines qui nous séparent du mois de juin correspondent à la phase d’incubation du virus ; il sera donc possible d’ici là d’avoir une évaluation sur l’évolution de l’épidémie, et surtout sur la possibilité d’une deuxième vague de Covid-19.

La prudence doit donc être de mise même si de nombreux facteurs montrent actuellement une diminution de son intensité. Dans ce contexte, il serait indispensable de continuer à protéger plus efficacement les personnels soignants, à multiplier les tests, et de rendre gratuits les masques de protection. C’est d’ailleurs un principe constitutionnel du droit à la santé, et du devoir de l’État de protéger les populations.

C’est le sens de la campagne lancée par L’Humanité pour obtenir la fourniture gratuite des masques aux citoyens. Car dans le contexte actuel les masques ne peuvent être considérés comme de simples marchandises qu’on étalerait aux caisses des supermarchés : ils représentent un moyen de protection collective et un outil de santé publique. En conséquence, ils doivent être gratuits. Certains pays européens l’ont déjà décidé. Des collectivités locales également. Pourquoi le gouvernement de la sixième puissance mondiale ne le pourrait-il pas ?

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masques gratuits

L’affaire des masques de protection devient le sparadrap rouge collant aux basques du pouvoir.

Il y eut d’abord ces mensonges en séries sur leur inutilité pour camoufler une pénurie qui n’a rien de naturelle. Celle-ci découle d’une part de la destruction de nos industries textiles considérées comme dépassées par les grands penseurs du libéralisme et leurs serviteurs au pouvoir depuis des décennies, et d’autre part des choix de réduction des crédits publics poussant au « zéro stock », également présenté comme le nec plus ultra de la modernité. Cette pénurie a mis en danger soignants comme patients. Elle est sans doute responsable de nombreuses contaminations et décès.

Puis au fil des semaines, le masque est devenu utile, indispensable même, alors que les soignants continuaient d’en manquer. Et le pouvoir souhaite désormais le rendre obligatoire dans les transports publics.

Depuis quelques jours, ce qui n’existait pas tombe par paquets de millions, mais sur les étals des supermarchés, comme produit d’appel pour attirer le chaland qui devra demain reprendre les transports en commun. Le scandale est encore plus gros quand on sait que cette opération a été annoncée tambour battant il y a huit jours dans un communiqué commun de la Fédération du commerce et de la distribution et de secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, et présentée comme un haut fait d’armes. De qui se moque-t-on ? Une commission d’enquête parlementaire doit rapidement faire la clarté la plus nette sur une affaire qui a plus à voir avec le mercantilisme qu’avec la santé publique.

Les masques ne peuvent être des marchandises étalées aux caisses des supermarchés pour grossir le ticket de caisse, attirer et fidéliser les clients.  Ils sont un moyen de protection civile et collective, et un outil de santé publique. A ce titre, ils devraient être assurés, en lien avec les collectivités, par les services de la Sécurité civile. Si les travailleurs contraints de reprendre leur activité venaient à contracter le virus faute d’avoir pu accéder à des masques de protection, l’État serait comptable d’une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen nous rappelle que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Et, l’article 11 du préambule de la Constitution confirme bien ce « droit à la protection ». En conséquence, les masques doivent être gratuits.

Certains pays européens l’ont décidé. Des collectivités locales également. Pourquoi le gouvernement de la sixième puissance mondiale ne le pourrait-il pas ? Ce pays où l’argent des dividendes continue de couler à flot, ce pays où l’on peut en une nuit débloquer des milliards pour consolider des entreprises dont la trésorerie est loin d’être à sec. Pourquoi une famille de quatre personnes qui a déjà du mal à joindre les deux bouts doit encore alourdir ses dépenses du mois de 80 à 150 € pour assurer sa santé et celle des autres ? On nous dit que les prix des masques seront bloqués en deçà de 1 euro, soit peu ou prou leur prix de revient. Pourtant, plusieurs témoignages indiquent que non seulement ce prix est pour l’instant fictif, mais qu’en plus on trouvait en janvier des masques à seulement 8 centimes. Une prise en main par L’État imposant la gratuité couperait court à toute tentative de spéculation.

Réclamons partout et par tous les moyens la gratuité des masques. Il en va de l’intérêt public. Et, pour une fois, appuyons nous sur cette déclaration de Mme Agnès Buzyn le 29 janvier dernier : « si un jour nous devions proposer à telle ou telle population ou personne à risque de porter des masques, les autorités sanitaires distribueraient ces masques aux personnes qui en auront besoin » C’était certes pour cacher la pénurie. Mais, aux actes maintenant ! Lançons un grand mouvement pluraliste pour la gratuité des masques !

Pour le budget masque d’une famille il faut compter 200 euros par mois, estime Alain Bazot.

Tout le monde ne pourra pas s’offrir le masque arboré, mardi, par Emmanuel Macron dans une école des Yvelines. Fabriqué par la bonneterie Chanteclair, dans l’Aube, cette protection en tissu lavable est facturée 4,92 euros pièce. Très au-dessus du prix des masques chirurgicaux, plafonné à 95 centimes l’unité. Sauf que ces derniers ne sont pas réutilisables. « Avec un masque chirurgical, disons à 60 centimes d’euro, le budget pour une famille de quatre personnes peut s’élever à plus de 200 euros par mois », estime le président de l’UFC-Que choisir, Alain Bazot, qui réclame « une mise à disposition gratuite ou à vil prix » de ces masques dans les services publics, les écoles et les transports.

Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité

Cécile

Triste coïncidence : au moment même où nous évoquions ici la mémoire d’Henri Rol- Tanguy, à l’occasion du 75è anniversaire de la capitulation nazie de 1945, tombait la nouvelle de la disparition de Cécile Rol-Tanguy, à l’âge de 101 ans. Ci-dessous, l’hommage de Fabien Roussel. 

cécile rol tanguyCécile Rol-Tanguy était la mémoire de celles et ceux qui ont refusé la collaboration et ont combattu l’occupant nazi.

Le PCF perd une de ses grandes figures, une grande dame qui est restée engagée toute sa vie. A 101 ans, Cécile Rol-Tanguy nous quitte, entourée de sa famille, dans sa demeure de Monteaux  en Loir et Cher.

Avec elle disparaît une des dernières figures de la Résistance intérieure française et plus précisément de la Libération de Paris en août 1944.
Car Cécile Rol-Tanguy n’était pas que la femme du Colonel Rol Tanguy, présente à ses coté le 25 aout 1944 pour obtenir l’acte de reddition du général Von Sholtitz.

C’était aussi une militante de la paix, de la liberté, des droits des femmes s’opposant à toutes les formes d’intolérance.
Médaillée de la Résistance, Grand-Croix de l’Ordre national du Mérite, Grand Officier de la Légion d’Honneur, elle a mené de nombreuses batailles tout au long de sa vie. Elle était une femme d’écoute et d’échanges, jamais d’idées imposées.

Cécile Rol-Tanguy, née Marguerite Le Bihan le 10 avril 1919 à Royan, est la fille de François Le Bihan, syndicaliste, cofondateur du Parti communiste français (PCF), qui sera déporté à Auschwitz dans le convoi des 45000, et de Germaine Jaganet.

En 1936, elle s’engage au syndicat des métaux CGT d’Île-de-France. En 38 elle adhère au PCF. Elle milite à l’Union des Jeunes Filles de France et participe en même temps activement aux Comités d’aide à l’Espagne Républicaine, pour soutenir les Brigades internationales combattant le franquisme en Espagne.

Puis la guerre arrive. Dés le mois de juillet 1940, elle s’engage dans la Résistance et entre dans la clandestinité. Henri, son mari qu’elle a épousé un an plus tôt, la rejoint à Paris. Elle devient agent de liaison et il lui arrive de cacher des armes dans le landau de ses enfants.

Elle tape des tracts, des journaux syndicaux et autres documents illégaux de la CGT interdite et travaille pour les avocats communistes qui défendent les premiers emprisonnés du régime de Vichy.

C’est aussi, elle, qui va aider le Colonel Rol-Tanguy à rédiger l’appel à l’insurrection des Parisiens. Les combats victorieux de la Résistance parisienne amènent la Libération de la capitale le 25 août 1944.

Toute sa vie, elle a tenu à faire vivre la mémoire de la Résistance, celle de ses ami-es et camarades mort-es au combat.

Avec Lucie et Raymond Aubrac, Cécile et Henri Rol-Tanguy resteront comme les deux couples symboles de la Résistance intérieure française.

Ils auront été pour de nombreux communistes l’incarnation de la Résistance, la mémoire de celles et ceux qui ont refusé la collaboration et ont combattu l’occupant nazi. Cécile Rol Tanguy a instruit de nombreux militants et formé des dirigeants de notre parti. Jamais nous l’oublierons.

Tous les communistes de France sont tristes aujourd’hui. En leur nom, je tiens à adresser toute mon amitié à ses enfants, Hélène, Claire, Jean et Francis, sa famille, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord

Confinés mais pas démotivés !

La Fête du Travail et journée internationale des Travailleurs confinés mais pas démotivés

Un mot d’histoire

muguet 2020-11La Fête du Travail et journée internationale des Travailleurs telle qu’elle est célébrée de nos jours tire son origine des combats du mouvement ouvrier pour obtenir la journée de huit heures, à la fin du XIXe siècle.

Aux États-Unis, au cours de leur congrès de 1884, les syndicats américains se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils choisissent de lancer leur action le 1er mai, date du moving day parce que beaucoup d’entreprises américaines entament ce jour-là leur année comptable, et que les contrats ont leur terme ce jour-là, l’ouvrier devant déménager (d’où le terme de moving day) pour retrouver du travail. La grève générale du 1er mai 1886, impulsée par les anarchistes, est largement suivie. Ils sont environ 340 000 dans tout le pays.

À Chicago, la grève se prolonge dans certaines entreprises, et le 3 mai 1886, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester.

Le lendemain a lieu une marche de protestation et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers.muguet 2020-12

C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait un mort dans les rangs de la police. Sept autres policiers sont tués dans la bagarre qui s’ensuit. À la suite de cet attentat, cinq syndicalistes anarchistes sont condamnés à mort (Albert Parsons, Adolph Fischer, George Engel, August Spies et Louis Lingg) ; quatre seront pendus le vendredi 11 novembre 1887 (connu depuis comme Black Friday ou « vendredi noir ») malgré l’inexistence de preuves, le dernier (Louis Lingg) s’étant suicidé dans sa cellule. Trois autres sont condamnés à perpétuité. Lors du procès, le procureur Julius Grinnel déclare dans sa plaidoirie :

muguet 2020-13« Nous savons que ces huit hommes ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivaient, mais ils ont été choisis parce qu’ils sont des meneurs ; Messieurs du jury, faites d’eux un exemple, faites-les pendre, et vous sauverez nos institutions et notre société. »

En France :

En France, la loi no 46-828 du 26 avril 1946 fait du 1er mai 1946 un jour chômé et payé.

En avril 1947, sur proposition du député socialiste Daniel Mayer et avec le soutien du ministre communiste du Travail Ambroise Croizat, le 1er mai est réinstitué jour chômé et payé dans le code du travail, sans être une fête nationale (mais il n’est pas officiellement désigné comme fête du Travail). La loi no 48-746 du 29 avril 1948 fait du 1re mai un jour férié et chômé mais payé.

Ce n’est que le 29 avril 1948 qu’est officialisée la dénomination « fête du Travail » pour le 1er mai.

muguet 2020-14Aujourd’hui…

La déclaration du Président de la République a confirmé que nous serons toujours confinés le 1er mai.

L’activité traditionnelle du PCF lors du 1er mai est d’une grande importance politique et financière. L’enjeu politique est d’autant plus fort cette année que les droits des travailleurs.euses sont particulièrement attaqués par le pouvoir et le patronat dans cette période inédite de crise sanitaire et économique.

Pour rester dans des conditions les plus proches de ce que nous avions l’habitude de vivre, nous offrons ces quelques photos des ventes des années précédentes du muguet à Saint Gratien.

N’hésitez pas les relayer auprès de vos camarades et de vos ami-e-s pour que le plus grand nombre puisse avoir droit à son brin de bonheur en ces temps si particuliers et nécessitant solidarité, partage et humanité.muguet 2020-19

Une souscription est ouverte par voie postale au 9 rue d’Eaubonne (ou à déposer directement dans la boite aux lettres). L’argent collecté servira à financer les activités du PCF sur la commune (lettre des élu-e-s, photocopie, édition de matériel de communication, abonnement du blog sur sa plateforme, réservation de salles, etc.).

N’hésitez pas à partager à l’adresse de ce blog vos photos de brins de muguets, elles seront publiées.

S.B.

1er mai 2020

En fin de billet, notre concours « masqué.e.s pas muselé.e.s » continue !

Merci de vos photos !

muguet 2020

1er mai : ce n’est pas la fête du travail, mais la fête des droits des travailleurs ! Depuis 1890, cette date donne lieu à des manifestations pour les droits des salariés et marque la solidarité internationale aux quatre coins du monde. Et depuis des dizaines d’années, les communistes de Saint Gratien vous proposent leur muguet !

Cette année, rien ne sera comme d’habitude..muguet 2018 3

En 2020, c’est un 1er mai confiné, sans manifs ni vente militante de muguet ! Et pourtant, rarement le rôle des travailleurs et leur place dans notre société auront été autant visibles. Que ferions-nous, que serions-nous sans les vendeuses et caissières, sans les agriculteurs, sans les éboueurs, sans les livreurs, postiers, policiers… et bien sûr sans les travailleurs de la santé, médecins, infirmières, aides-soignantes ? Ce 1er Mai 2020 est sous le sceau de la crise sanitaire qui frappe le monde. Il révèle avec beaucoup de violence les inégalités, l’exploitation, la spoliation des droits des salariés… dans notre pays et à travers toute la planète.  

Certes, nous ne pouvons pas nous retrouver dans la rue, sur les trottoirs, au porte-à-porte,  pour manifester, mais nous pouvons continuer à utiliser les réseaux sociaux, les balcons… pour le faire.

Et plus que jamais, même virtuel, le brin de muguet, symbole de lutte, d’espoir, de bonheur, est d’actualité. Vous pouvez contribuer à la souscription exceptionnelle du 1er mai, pour permettre au PCF de mener ses actions, d’avancer ses propositions, tout au long de l’année.  

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Voici le programme du PCF pour ce 1er mai 2020. Avec le slogan «  MASQUÉ.E.S PAS MUSELÉ.E.S ! », dans les conditions spéciales du confinement et de la lutte contre le COVID-19, le PCF se mobilise pour défendre les droits des travailleurs et faire entendre la voix des salariés dans le pays. 

À cet effet, le PCF organise une série d’initiatives :

Jeudi 30 avril

17h30 : Table ronde en direct sur la page facebook du PCF : 1er mai, masqué.e.s mais pas muselé.e.s !

Avec Fabien Roussel, secrétaire national du PCF ; Delphine Bithorel, ouvrière – représentante CGT ; Christophe Prudhommme, médecin, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France

Vendredi 1er mai 

Campagne de vente du muguet virtuel du PCF 

– Livraison de muguet aux personnels soignants

– Lancement de la mobilisation #MasquésPasMuselés 

Nous invitons l’ensemble des citoyen.ne.s à exprimer leurs revendications en utilisant le hashtag #MasquésPasMuselés et en affichant celles-ci sur les réseaux sociaux (Facebook, twitter, instagram…)

Banderoles à vos fenêtres, manifestations chez vous, slogans sous forme de selfies. On compte sur votre inventivité ! 

– Prise de parole de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, à 18 heures, à retrouver sur la page Facebook et le compte Youtube du PCF

Pour notre part, nous participons au concours « MASQUÉ.E.S PAS MUSELÉ.E.S » ! Nos premières productions ci-dessous ! Envoyez-nous les vôtres !

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Un plan dangereux

Fabien Roussel est interrogé par franceinfo.

Dé confinement : « Nous estimons que ce plan est dangereux » dit Fabien Roussel, secrétaire général du PC

Fabien-Roussel-nouveau-secretaire-national-Parti-communiste-francais_0_1398_1062Le chef du Parti communiste estime que le plan dévoilé par le Premier ministre est précipité et qu’il répond « aux besoins de la machine économique » plutôt qu’à un souhait « de créer les conditions de la sécurité pour tous ».

« Nous estimons que ce plan de dé confinement est dangereux » dit Fabien Roussel, secrétaire général du Parti communiste et député du Nord sur franceinfo, mardi 28 avril, après l’allocution du Premier ministre Édouard Philippe.

franceinfo : Est-ce que vous votez pour ce plan finement présenté par Édouard Philippe?

Fabien Roussel : Non. L’exercice était difficile parce qu’on a découvert ce plan de dé confinement à 15 heures, comme tout le monde, on ne l’a même pas eu en amont pour pouvoir l’étudier. Nous avons donc déterminé notre vote à l’écoute de ce plan et nous estimons que ce plan est dangereux. Le mot est lourd, mais il y a tellement d’approximations, d’incertitudes, de flou, que face à un tel virus, aussi dangereux, nous ne pouvons plus laisser place à tant d’incertitudes et d’approximations. Organiser un dé confinement est certainement plus difficile que d’organiser le confinement et pour permettre à chacun de vivre avec le virus, tant qu’on n’a pas de vaccin, il faut garantir des sécurités sanitaires pour tous. Avec le même accès à la sécurité sanitaire pour tous, sur tout le territoire, en France comme dans les Outre-mer. Et pour cela, il y avait plusieurs choses à prendre comme décisions et que nous attendions.

Nous demandions à ce qu’il y ait des moyens humains qui soient mis dans les écoles pour pouvoir organiser la reprise.

Par exemple, nous demandons à ce que chacun de nos concitoyens ait accès à un, voire deux ou trois masques gratuits à usage multiple et aux normes, c’est le minimum. À ce sujet, le Premier ministre n’a pas fait d’annonces précises sur la manière dont ça allait être organisé, ni sur le fait que ça allait être gratuit. Il a dit que ce serait accessible dans les pharmacies et au prix que décideront les pharmaciens. Nous demandions à ce que ces prix soient encadrés. Nous n’avons pas de réponse non plus là-dessus. Nous voulons la reprise de l’école, mais pas à cette date du 11 mai qui est trop précipitée. C’est pour cela que nous demandons à ce que le temps soit pris et on peut prendre quelques jours de plus pour organiser la rentrée et y mettre les moyens humains nécessaires.

Comment aurait-il fallu procéder pour cette rentrée ?

Elle se fait de manière très inégalitaire. On est en République quand même, on doit tous avoir accès à la même école et partout dans tout le territoire. Or, ce ne sera pas le cas et c’est sur la base du volontariat en plus. Quelle est la part du volontariat pour un salarié qui est au chômage partiel, qui touche un salaire partiel et qui n’aura pas d’autre choix que de mettre ses enfants à l’école, parce qu’il est obligé d’aller travailler. Il aura peur que le virus rentre à la maison le soir ! Et à l’inverse, ceux qui ne veulent pas mettre leurs enfants à l’école, est-ce qu’ils ont la possibilité, l’autorisation de les garder chez eux et donc de ne pas reprendre le travail sans être menacé de licenciement ou de perte de salaire ? Ces questions sont sans réponse. Ce n’est pas prévu, ce n’est pas organisé. Nous avons le sentiment que cette reprise est précipitée et qu’elle est plus soumise à des injonctions économiques, aux besoins de la machine économique plutôt qu’une réponse pour nos enfants, pour la continuité pédagogique, plutôt que de créer les conditions de la sécurité pour tous.

Combien ils seront à Renault Douai demain ? Là où il y a 3 000 salariés. Ils vont diviser les effectifs par trois pour produire les voitures ou ils vont leur demander de continuer à travailler les uns sur les autres sur les chaînes de montage ?

Il ne fallait pas faire repartir la machine économique ?

Cette question économique, elle est entendable. Personne ne dit qu’il faut continuer à bloquer l’économie encore pendant des semaines, des mois, jusqu’à ce que nous trouvions le vaccin. Et ce n’est pas ce que nous disons, nous, communistes. Pour nous, le travail, c’est la conquête de la dignité humaine. C’est le propre de l’homme et nous avons tous besoin d’avoir une place dans la société à travers le travail. Mais pas dans ces conditions-là. Aujourd’hui, le Premier ministre renvoie aux chefs d’entreprise le soin d’organiser la sécurité sanitaire au travail, alors que c’est ce même gouvernement qui a supprimé les CHSCT, alors que les salariés et les syndicats ont moins de pouvoir au sein des entreprises. Qui va vérifier les conditions sanitaires au travail ? Comment ça va être organisé ? Aujourd’hui à l’Assemblée nationale, nous sommes 75 et nous n’avons pas le droit d’être plus que 75 députés dans l’hémicycle au lieu de 577. C’est ça la réalité : comment nous organisons le travail différemment, les horaires de travail, les conditions de travail pour faire en sorte que la machine économique reparte, mais pas au prix de la vie. Pas en allant au travail la peur au ventre. Nous devons faire fonctionner notre pays, mais en créant des conditions de sécurité sanitaire pour tous et nous pensons que c’est possible. Les syndicats font eux mêmes des propositions pour retrouver le travail, mais dans des conditions garanties pour tous.

Est-ce que les collectivités ont les moyens réellement de s’occuper de toutes les modalités au cas par cas du dé confinement dans leur territoire ?

Mais non. Et ils le disent depuis plusieurs semaines et depuis que le président de la République a annoncé cette date du 11 mai. Tout le monde appelle à la concertation avec les élus locaux. Le président de la République et le Premier ministre l’ont entendu et ils ont écouté les élus locaux. Mais les élus locaux ont bien dit qu’ils n’avaient pas la capacité eux-mêmes d’apporter du personnel supplémentaire dans les écoles pour garder les enfants, puisque c’est ce qui leur est demandé. Quand on met 15 élèves par classe sur une classe de 35, il y aura 15 élèves avec un instituteur ou institutrice et pour les 15 autres élèves on demande aux élus locaux de trouver du personnel municipal pour les garder. Faire de l’activité sportive, de l’éducation civique. Mais comment ? Il est où ce personnel municipal ? On a supprimé les contrats aidés. Ce gouvernement a supprimé les contrats aidés. On a baissé les budgets des collectivités. Il y a une directrice d’école qui a dit dans un de mes villages, on me demande de faire de la garderie sans moyens supplémentaires. L’école, ce n’est pas ça. Pour créer les conditions pour que les enfants sortent de chez eux, il faut que l’on mette les moyens en face.

Lucien Sève

Le philosophe communiste Lucien Sève est mort lundi 23 mars à l’âge de 93 ans, des suites du Covid-19.

Ce penseur prolifique – auteur notamment de Marxisme et théorie de la personnalité (1969, Éditions sociales) ; Communisme : quel second souffle ? (1990, Messidor/Éditions sociales) ; ou encore la somme, restée inachevée, en plusieurs volumes Penser avec Marx aujourd’hui (2004-2019, La Dispute) –, fin connaisseur de l’œuvre de Karl Marx, a marqué durablement l’histoire des idées de son courant de pensée qu’il a largement contribué à renouveler, surtout à partir des années 1980.

Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, lui a rendu hommage : « Lucien Sève, philosophe communiste, est décédé. Emporté par le coronavirus, celui qui a irrigué le PCF de ses réflexions jusqu’à la fin de sa vie, restera un intellectuel qui a fait vivre une pensée marxiste toujours d’actualité. »

En sa mémoire, cet article d’Yvon Quiniou, paru en mars 2019 sur le site de Mediapart.

lucien sèveUn film passionnant sur Lucien Sève

Un film passionnant sur le philosophe marxiste Lucien Sève vient d’être réalisé. Il évoque ses « trois vies », comme il dit, à savoir son enfance, sa présence à l’École de la rue d’Ulm, son passage de Sartre à Marx grâce à Althusser, puis les déboires que ses convictions communistes ont entraînés dans sa vie comme dans sa carrière. Mais il y a aussi une œuvre considérable, trop méconnue.

Voici une chose étonnante, à un double titre : un film sur un philosophe encore vivant et productif, Lucien Sève (seul Marcel Conche a bénéficié de cette faveur dans la dernière période), mais en plus sur un philosophe « marxiste » (= se réclamant de Marx) dont la particularité est d’être ignoré – j’entends : censuré – par la plupart des médias français tant ceux-ci sont au service de l’idéologie néo-libérale dominante, qu’il le sachent et le veuillent ou pas. Cet étonnement s’accroît encore plus quand on prend conscience de l’importance quantitative et qualitative de son œuvre, qui a commencé avec son livre Marxisme et théorie de la personnalité (1969), qui a connu une diffusion internationale considérable (il vient même d’être réédité en Argentine), qui s’est poursuivie avec une réflexion constante sur ce que pourrait être une philosophie disons s’inspirant de Marx, pour le prolonger, l’approfondir et témoigner de son actualité par-delà le  naufrage qu’a constitué l’expérience soviétique, en opposition directe avec les enseignements de l’auteur du Capital. Avec, pour la dernière période d’au moins dix ans, un renouvellement assez important de sa pensée dans une trilogie de trois ouvrages substantiels sous l’égide de Penser avec Marx aujourd’hui, comportant Marx et nous, « L’homme » ? et « La philosophie » ?, qui sera suivie d’un quatrième livre « Le communisme » ?, en préparation. Et l’on remarquera que ces titres mettent entre guillemets des termes connus et sont suivis d’un point d’interrogation, manière de suggérer d’emblée qu’il questionne, s’interroge et ne se contente pas d’affirmer dogmatiquement. Bref, il est en recherche et il faut suivre cette recherche iconoclaste par rapport à ce qui se publie aujourd’hui, même si l’on n’est pas d’accord avec toutes ses conclusions.

Pourtant, l’intérêt de ce film ne se résume pas à l’évocation « abstraite », quoique dialoguée, de sa pensée. Il est en réalité passionnant parce qu’il évoque la vie d’un philosophe et, plus précisément ses trois « vies » successives, avec ses états psychologiques différents et des anecdotes, drôles ou éprouvantes. Il a eu une enfance heureuse, ce qui peut expliquer son équilibre et son dynamisme, avec des parents aimants et engagés politiquement à gauche, spécialement dans le combat laïc. Un détail amusant : enfant, ne pouvant aller à l’école et voyant que son frère aîné y allait, il se mit à hurler et à cogner sur la porte de son habitation, comme si la soif de savoir était déjà là en lui. On le retrouva endormi contre cette porte ! Ses succès scolaires l’entraînèrent jusqu’à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, mais la préparation du concours avait été tellement fatigante que ses deux premières années à l’École il les passa à voir des films et à tenter d’écrire dans divers registres, dont celui de la poésie. L’on retiendra ses impressions très négatives sur cette École : non à cause de son enseignement, de qualité, mais à cause de sa fréquentation par les enfants d’une bourgeoisie privilégiée dont les défauts humains et mondains l’irritèrent au plus haut point. Mais il y avait une cellule communiste, qui l’attirait bien qu’il la trouvât un peu « stalinienne », et surtout il y avait Louis Althusser, dont il suivit les cours et devint l’ami : c’est ce qui le fit basculer de Sartre à Marx, définitivement, comme il le dira. Comment se passa son agrégation, pour lui le brillant sujet ? Ce qu’il en raconte vaut, si j’ose dire, le détour de ce film… comme ce qu’il s’en suivit.

Reçu au petit oral qui conditionnait l’accès au grand oral, il dut traiter de la croyance. Et son exposé irréligieux suscita la colère du jury, alors qu’il n’était pas là pour juger une orientation mais la qualité philosophique de son argumentation, et Sève était donc destiné à être collé. Mais une aide extérieure intervint, qui convainquit ce même jury de l’entendre au grand oral avant de le coller. Or son exposé de qualité, sur un sujet spinoziste « neutre », lui permit d’être reçu : quelle époque ! En tout cas, son allure vestimentaire « mondaine » acceptable lui valut d’être nommé au consulat de Bruxelles… sur une base pour le moins curieuse ! Et dans ce cadre, un nouvel incident, mais pire, intervint : patatras ! On lui proposa un cycle de conférences qui déplut fortement à la bourgeoisie de la ville parce qu’il se fit  alors l’avocat de Marx contre Sartre. Conséquence qu’on a de la peine à imaginer aujourd’hui : il fut limogé de son poste, nommé dans une petite ville, Chaumont, et menacé à terme de radiation de l’enseignement (ce qui eût été parfaitement illégal). Du coup, il anticipa son service militaire pour échapper à cette conclusion, (on ne peut radier un professeur absent !) et partit en Algérie où on l’affectât à un poste très pénible et dangereux, puis dans un bataillon de combat tout aussi dangereux. Et tout cela en guise de représailles pour ses convictions communistes et son appartenance désormais au PC. Je laisse l’auditeur-spectateur de ce film découvrir ses conditions de vie désastreuses et comment il en réchappât au final. Tout cela est édifiant.

Comme fut édifiant sa nomination, ensuite, non à Bordeaux, mais dans un petit lycée de sa périphérie, à Talence. Il avait déjà dans son dossier un rapport d’inspection négatif de G. Canguilhem, excellent épistémologue mais inspecteur abominable, capable de casser une carrière par hostilité idéologique. Heureusement, il s’en sortit bien car il savait enseigner et ce malgré la réputation sulfureuse qu’il avait à l’extérieur : des élèves mal intentionnés rapportaient certains de ses propos en surdéterminant politiquement leur signification… ce qui m’est arrivé aussi à moi ! En tout cas les choses rentrèrent dans l’ordre quand une bonne inspection, honnête intellectuellement, annula la précédente. Il put alors se faire nommer à Marseille et c’est là que son militantisme s’affirma et qu’il se mit pourtant à écrire beaucoup. Il accepta  d’être élu au Comité central du PC, il prit la direction des Éditions sociales, ce qui était une tâche écrasante mais qui ne l’empêcha pas de collaborer à diverses revues comme la Nouvelle critique, d’approfondir sa conception de ce qu’il appelait encore à l’époque « La philosophie marxiste » (il renonça par la suite à cette expression, on l’a vu). Mais surtout, tout en étant d’une fidélité assumée à l’extérieur, il s’engagea de plus en plus dans un combat interne pour une « refondation » du communisme et de son parti, mais qu’il manifestait aussi dans des ouvrages politiques, fût-ce à mots couverts ou prudents, avec un forme de fascination pour Lénine qu’il opposait radicalement à Staline. La suite on la connaît davantage : ses rapports compliqués avec la hiérarchie du Parti, ses amitiés fortes dont celle pour Althusser alors qu’il s’éloignait pourtant de plus en plus de ses positions philosophiques, le travail de traductrice de sa femme grâce à qui il put faire traduire et éditer en France les œuvres de Vygotski, ce grand théoricien de la psychologie et de l’art, scandaleusement passé sous silence dans notre pays. Mais son intérêt pour lui atteste de l’importance qu’il a toujours accordé au problème de la personnalité individuelle et donc de la psychologie au sein du marxisme : l’homme est aussi un « je » actif, quels que soient les influences sociales qu’il subit et intériorise.

Je laisse de côté sa troisième « vie », philosophique essentiellement, puisque je l’ai évoquée d’emblée et qu’elle dure encore, avec cette idée qu’il défend avec pertinence : nous sommes à une époque où la retraite peut ne pas être un vieillissement précoce et ennuyeux, sans activité enrichissante. Ce peut être, au contraire, un véritable « vie », la troisième donc. Ce film réalisé par Marcel Rodriguez, vivant, voire drôle et même en chansons parfois, soutenu par la Fondation Gabriel Péri, en est un très beau témoignage. On aimerait donc que les médias en parlent et cessent d’occulter tout ce qui peut déranger leur confort idéologique et politique, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle ! Mais, comme je l’ai indiqué ici même, confondant (comme les communistes de l’époque d’ailleurs) le « marxisme de Marx » et celui de ses continuateurs avec ce qui s’est fait en son nom dans les « pays de l’Est », qui n’en était qu’une trahison, on a l’impression que, pour eux, le marxisme n’existe pas ou est mort et que seules existent les pensées molles de notre temps. Ils risquent fort d’être surpris par le « réveil de la taupe » et ils feraient mieux de l’anticiper ! Ce serait un signe d’intelligence.

                                                                     Yvon Quiniou 

Les 3 vies de Lucien Sève, philosophe. Un film de Marcel Rodriguez. Avec l’appui de la Fondation Gabriel Péri.

Communisme municipal

Lu dans « Le courrier des maires et des élus locaux »

Municipales 2020

A l’approche des élections, le communisme municipal cherche à se « réinventer », par Olivier Schneid

Alors que le paysage politique français a subi le chamboulement du macronisme naissant il y a trois ans, les élections municipales des 15 et 22 mars devraient signifier le retour en force des partis de « l’ancien monde ». Parmi eux, le PCF, de plus en plus menacé en milieu urbain, cherchera son salut dans sa forte implantation rurale.

Le communisme municipal en 2020 en France, ce sont 661 maires et environ 6 700 élus, selon les chiffres de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR). Tous ne sont « pas nécessairement encartés, mais ils se considèrent dans la mouvance », précise un membre de la commission élections du PCF, Yann Le Pollotec. Ces mairies se situent dans 80 départements et elles recouvrent une population de près de trois millions de personnes. Ce sont des communes urbaines et rurales, de tailles très diverses – la plus grande, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), compte 111 135 habitants ; la plus petite, Oreilla (Pyrénées-Orientales), 23.

« Avec plus de mairies communistes, on n’aurait peut-être pas eu la crise des Gilets jaunes »

« Nous ne les garderons peut-être pas toutes, mais la majorité restera chez nous, prédit Yann Le Pollotec. Nous en gagnerons de nouvelles. Il y aura des chassés-croisés. Et le solde sera positif, en nombre d’élus et de collectivités. » Il fonde son pari sur l’adéquation entre le projet porté par son parti au niveau local et les attentes qu’il perçoit de la population : des services publics et de la démocratie participative. Deux fondements de ce communisme municipal, né dans les années 20. « S’il y avait eu plus de mairies communistes dans ce pays, on n’aurait peut-être pas eu la crise des Gilets jaunes », assure-t-il. « Les équipements publics que nous mettions en place il y a des dizaines d’années, alors vus comme ringards, sont aujourd’hui considérés comme des solutions d’avenir, comme les centres de santé avec des médecins salariés (pour faire face aux déserts médicaux) », avait, dans le même esprit, déclaré le président de l’ANECR, Ian Brossat, en octobre 2019. « Ce sont aussi les villes à direction communiste qui ont mené les premières pratiques de démocratie participative », ajoutait-il.

En rouge et vert

« On ne veut pas pérenniser mais réinventer le communisme municipal », proclame Yann Le Pollotec. En vantant un projet « moderne ». Pour illustrer des municipalités communistes « dans l’air du temps », il évoque des programmes alternatifs de livraison à vélo ou de mise en relation de voyageurs, concurrents de plateformes comme Deliveroo et Airbnb, en l’occurrence Coopcycle et les Oiseaux de passage qui fonctionnent sur un mode coopératif.

Et, par conviction, mais parfois aussi faute d’alliés, de plus en plus de maires constituent des listes en partie citoyennes. Interrogé sur le virage écologique récent du PCF, qualifié par certains de circonstance, alors qu’une image productiviste lui colle toujours à la peau, il proteste : « On avait déjà de fortes préoccupations écologiques, mais on ne les mettait pas en avant. Et on n’est plus dans la logique productiviste qui a prévalu jusqu’aux années 80. » « Le PCF veut conjuguer rouge et vert », comme l’a titré le quotidien L’Humanité en novembre 2019. Mais les faits sont têtus.

« Dilemme tragique »

« Depuis les élections municipales de 1983, le PCF perd à chaque échéance plus de communes qu’il n’en gagne, constate ainsi le politiste David Gouard, chercheur à l’université de Toulouse. Ce déclin est plus ou moins fort, mais il n’a jamais été enrayé. Je pense que ce sera encore le cas cette fois, même si les pertes seront moins importantes. »

« Les maires communistes sont confrontés à une équation qui rend leur position particulièrement fragile aujourd’hui », renchérit un autre chercheur en sciences politiques, basé, lui, à Saint-Etienne, Stéphane Cadiou. Il y voit un « dilemme tragique ». « Si l’élu veut changer l’image de sa ville, ‘‘monter en gamme’’ en termes de population, il s’expose à l’arrivée d’habitants pouvant avoir des affinités avec un autre courant politique, détaille-t-il. Si, au contraire, il cultive l’image d’une ville du logement social, il risque de perdre une partie de son électorat traditionnel, les couches populaires étant celles qui s’abstiennent le plus. »

Un glissement inexorable

Le premier cas de figure, David Gouard l’a observé dans des « banlieues rouges » d’Île-de-France. Comme Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Le phénomène de gentrification y a eu un impact, lent mais régulier, sur les résultats électoraux. Et contraint le maire à « laisser, scrutin après scrutin, plus de place aux autres composantes de la gauche », observe-t-il. Le coup fatal pourrait être porté en mars 2020, le PCF étant fortement menacé dans ce fief emblématique, détenu depuis 1925. Philippe Bouyssou devra affronter au premier tour une liste EELV-LFI-PS, conduite par l’écologiste Sabrina Sebaihi.

L’autre cas d’école est Givors. Cette commune de la métropole de Lyon, détenue depuis 1953 par le PCF, pourrait être remportée par le Rassemblement national (RN), « qui en a fait une cible », précise Stéphane Cadiou. Le résultat devrait se jouer « sur une triangulaire et dans un mouchoir de poche, poursuit-il. Si le PCF perd le contrôle de cette ville populaire, ce sera en raison d’une forte abstention dans son socle électoral. Et non d’un transfert de voix. » « On a longtemps considéré, à tort, simplement parce que c’était concomitant, que le déclin du PCF et la montée du Front national (FN) dans les années 80/90 résultaient d’un jeu de vases communicants, complète-t-il. Mais les études ont montré que, s’il y a eu des mouvements de l’un vers l’autre, ils se sont le plus souvent opérés par étapes, en empruntant d’autres voies avant d’arriver au FN, et n’ont de toute façon jamais été massifs. »

Qui se rassemble ne se ressemble pas toujours

La perte d’influence du communisme municipal peut aussi s’expliquer par le développement des intercommunalités, notent les deux chercheurs. Dans les Alpes-Maritimes, des mairies communistes se sont regroupées en communautés de communes pour conserver leurs spécificités et « se protéger » face à la montée en puissance de la grande ville, Nice. L’une, les Pays des Paillons, est demeurée indépendante, mais pour combien de temps ? L’autre, Les Coteaux d’Azur, a fini par fusionner dans la Métropole. Dans le Val-de-Marne, Choisy-le-Roi, Ivry-sur-Seine et Vitry-sur-Seine, toutes PCF, ont constitué la Communauté d’agglomération Seine-Amont… qui a dû se dissoudre dans la Métropole du Grand Paris, présidée par le maire LR de Rueil-Malmaison Patrick Ollier. Et, dans une intercommunalité, l’élu communiste « doit composer avec ses homologues, accepter des compromis et mettre en œuvre des politiques auxquelles il n’adhère pas nécessairement », relève Stéphane Cadiou. Avec pour conséquence, une perte d’identité.

Précieux ancrage rural

Dans ce chassé-croisé envisagé par Yann Le Pollotec, des villes sont en danger. Et l’ex-conseiller municipal délégué du Blanc-Mesnil sait de quoi il parle, la commune ayant été détenue par le PCF… de 1935 à 2014 ! Ainsi, Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), un autre symbole de l’implantation du communisme, en l’espèce, en relation avec son histoire cheminote. Dirigée par le PCF depuis près d’un siècle, elle pourrait ne pas résister au départ de sa maire, Marie-France-Beaufils, régulièrement réélue, comme ses prédécesseurs, dès le premier tour, et qui ne se représente pas. D’autres peuvent être regagnées, estime-t-il. Comme Bobigny (Seine-Saint-Denis), perdue en 2014 après 94 ans de direction communiste.

Mais le PCF devra sans doute avant tout miser sur son ancrage rural pour conserver des positions. Plus des deux-tiers des communes qu’il dirige comptent moins de 3 000 habitants et près de la moitié en ont moins d’un millier. Le communisme s’y est implanté « par le biais d’amicales, de comités des fêtes, à travers le monde des chasseurs, indique Stéphane Cadiou. C’est un autre type de solidarité et de sociabilité qu’en milieu urbain. » Ces localités étant « moins soumises à des transformations démographiques, cela lui donne plus de chances de s’y maintenir », remarque David Gouard.

Cet enracinement dans le monde rural est précieux à un autre titre. Le contingent d’élus locaux qui en découle offre au PCF une représentation surdimensionnée, au regard de son audience nationale, au Sénat, ce qui lui a permis de former un groupe parlementaire. Il est aussi en capacité de parrainer des candidats à l’élection présidentielle. Deux bonnes raisons supplémentaires pour lui d’accorder une attention extrême au scrutin des 15 et 22 mars 2020.