À demain !

mai 1er1er mai : journée d’action et de mobilisation internationale pour les droits des travailleurs, le progrès social, la paix et la solidarité.

En ce 1er mai 2019, alors que 9 millions de personnes vivent en France avec des revenus en-dessous du seuil de pauvreté dont 6 millions sont privés d’emploi, que de nombreux jeunes sont en situation de précarité, les raisons de se mobiliser et de manifester ne manquent pas . C’est une autre répartition des richesses qu’il faut mettre en œuvre ainsi qu’une fiscalité plus juste et plus progressive, établir une protection sociale de haut niveau, et s’engager d’urgence dans une réelle transition écologique. Le 1er mai est aussi un moment de solidarité internationale.

La manifestation syndicale parisienne partira à 14h30 de Montparnasse en direction de Place d’Italie. 

Pour les communistes, c’est bien évidemment aussi une journée de mobilisation, qui commence dès le matin par la vente du muguet, moment militant essentiel et souscription fondamentale qui permet d’aider à financer notre activité tout au long de l’année. muguet 2019

Les communistes de Saint Gratien et leurs amis vous attendent demain matin à partir de 9 heures pour vous proposer le « brin de l’espoir », échanger sur les luttes actuelles ou à venir, sur les échéances électorales, sur la vie politique locale…

Nous serons présents au centre-ville place du Forum, à l’entrée du marché municipal et au centre commercial des Raguenets. À demain !

 L’Europe, soit elle change, soit elle crève

Interview de Ian Brossat, tête de liste du PCF pour les élections européennes, paru dans l’hebdomadaire « Politis » du 11 avril 2019

Ian-Brossat-Il-faut-se-battre-pour-l-encadrement-des-loyers-a-ParisIan Brossat : « L’Europe, soit elle change, soit elle crève »

Traités européens, services publics, lutte contre le capitalisme, souverainisme… La tête de liste du PCF aux élections européennes, Ian Brossat, détaille le programme de son parti.

Désigné le 3 juin 2018 pour porter la liste du Parti communiste français, l’adjoint à la mairie de Paris sait que l’élection est loin d’être gagnée. Sa liste étant créditée, au mieux, de 3 % des intentions de vote, il lui reste six semaines pour remonter la pente et atteindre les 5 % nécessaires pour obtenir des élus.

Ni fédéraliste ni souverainiste, le PCF plaide pour une « union de nations et de peuples souverains » en Europe. C’est-à-dire ?

Ian Brossat : De plus en plus de peuples sont exaspérés par le cours actuel de l’Union européenne, qui, depuis des années, leur impose un modèle économique libéral. En France, elle remet même en cause un certain nombre d’éléments acquis depuis des décennies. Je prendrai un exemple concret : notre pays avait mis en place des services publics, adossés à des entreprises publiques dotées d’un monopole dans un certain nombre de secteurs (énergie, transports, télécoms). L’Union européenne, à coups de directives de libéralisation, nous a contraints à sacrifier tout cela. Les logiques d’intérêt général ont été terrassées par des logiques de business. Le seul moyen de sauver l’Europe, c’est qu’elle permette à des modèles économiques différents de cohabiter, qu’elle ne puisse pas entraîner un peuple, un État, vers un chemin qu’il n’a pas choisi. Nous plaidons pour la création d’une « clause de non-régression sociale », une sorte de veto social : lorsqu’un État est confronté à une disposition qui ne correspond pas à sa tradition, à ses valeurs, il peut faire valoir le droit de ne pas l’appliquer.

Comment cette clause fonctionnerait-elle ?

Prenons l’exemple du quatrième paquet ferroviaire, qui nous impose la mise en concurrence du transport de voyageurs. On a bien vu que, dans le domaine du fret, ça a été catastrophique : la mise en concurrence a conduit à diviser par 2,5 le fret ferroviaire en France. Il en sera de même pour le transport de voyageurs. Nous, Français, pourrions dire que nous ne souhaitons pas mettre en concurrence notre transport de voyageurs dans le domaine ferroviaire. Concernant l’énergie, les prix ont augmenté de plus de 70 % depuis la directive de libéralisation de 1996. Si l’UE n’accepte pas que cohabitent en son sein des modèles économiques différents, elle explosera.

Cette clause ne constituerait-elle pas une entrave au principe de concurrence libre et non faussée ?

Non, puisqu’avec ce système nous ne privons personne de rien ! Mais cela suppose que nos entreprises publiques se concentrent sur leurs missions en France, que la SNCF, plutôt que d’aller investir dans tous les pays du monde, assume son cœur de mission. Ces services publics, hérités de 1945, fonctionnaient relativement bien, à la satisfaction des usagers – à l’époque on ne disait pas « clients ». Il faut avoir une drôle de conception du monde pour vouloir casser un système qui apportait une certaine satisfaction. C’est pourtant ce qu’on a fait ! Aujourd’hui, l’Union veut imposer par la force et partout son modèle économique, qui repose sur deux dogmes : l’austérité – la règle des 3 % – et la mise en concurrence de tout. On nous a présenté la construction européenne comme un moyen de se serrer les coudes, et on a aujourd’hui une Union dans laquelle on passe son temps à se tirer dans les pattes.

Faudra-t-il s’allier avec d’autres États pour permettre cet assouplissement des règles ?

Il faut accepter l’idée d’une Europe à géométrie choisie. Évidemment, je suis favorable à une harmonisation fiscale, à ce qu’il n’y ait plus, au sein de l’UE, de taux d’imposition sur les sociétés inférieurs à 25 %. Simplement, si on attend d’être 27 pour la mettre en place, on ne le fera jamais. Ceux qui disent « il faut être 27 » sont ceux qui, en fait, ne veulent rien, et ils savent pertinemment qu’on n’y arrivera pas. C’est pareil pour l’harmonisation sociale : on n’arrivera pas du jour au lendemain à un Smic identique dans l’ensemble des pays.

Y aura-t-il des lignes rouges à cette désobéissance ?

Tout est modulable dans le domaine économique et social. Sur la question des réfugiés, c’est différent. C’est peut-être impopulaire en France mais, si on ne fait rien, nous aurons honte. L’UE doit être unie sur l’accueil des réfugiés, et des sanctions doivent être appliquées aux pays qui s’y refusent, telles la Hongrie et la Pologne. La Pologne touche 12 milliards d’euros par an de l’Union européenne. Elle ne peut pas toucher l’argent d’une part et laisser les pays du Sud gérer seuls la question des réfugiés d’autre part. La solidarité, ça marche dans les deux sens.

Vous plaidez donc pour un retour en grâce des services publics, mais en proposez aussi un nouveau, dévolu à la rénovation énergétique et financé par la Banque centrale européenne.

En France, il y a chaque année 50 000 personnes qui meurent de la pollution ; en Europe, c’est 600 000 ! C’est un crime, mais un crime sans coupable. Dans l’Union européenne, quand on parle des pollueurs, on parle du salarié qui utilise son diesel pour aller au travail, mais pas des grands groupes, des grosses multinationales, ni des ménages les plus fortunés, qui polluent 40 % de plus que les plus pauvres. Et c’est aux plus pauvres qu’on explique qu’ils doivent changer de mode de vie !

Nous, communistes, proposons une fiscalité complètement revue qui favoriserait les modes de transport non polluants et pénaliserait lourdement les autres. Il n’est pas normal que le taux de TVA sur le train soit le même que sur l’avion. Et nous sommes favorables à un vaste plan d’investissement en faveur du ferroviaire et de la rénovation énergétique des bâtiments, financé par la BCE. Celle-ci, en dix ans, a versé 3 000 milliards d’euros aux banques privées en leur accordant des prêts avec un taux d’intérêt quasiment nul. C’est honteux !

Faut-il désobéir aux traités ?

Il faut s’affranchir de tous les traités qui renvoient à la politique économique européenne – pas ceux qui consacrent les droits de l’homme. Même Emmanuel Macron a fini par s’affranchir des 3 % à la suite du mouvement des gilets jaunes. Et ce n’est pas la première fois que ça arrive. Ni Sarkozy, ni Hollande, ni Macron n’ont véritablement joué le bras de fer avec l’Union européenne pour imposer d’autres logiques. François Hollande, qui avait promis de renégocier les traités budgétaires, s’est écrasé au bout de dix jours devant Angela Merkel. Si la France s’affranchissait des traités, je suis persuadé que personne n’irait la soumettre à quelque sanction économique que ce soit – nous sommes quand même la deuxième puissance économique de l’UE…

Il faut donc s’affranchir des traités, mais, ensuite, il faut mener un combat politique pour de nouveaux traités. D’abord, fixer le principe qu’aucun peuple ne doit être entraîné vers un chemin qu’il n’a pas choisi et permettre que des modèles économiques différents cohabitent – c’est mon mécanisme de veto social ; ensuite, fixer pour l’ensemble des pays des politiques sociales qui nous tirent vers le haut.

N’est-ce pas comparable à la stratégie « plan A-plan B » défendue par La France insoumise ?

Je ne suis pas favorable à une sortie de l’Union européenne. Les liens, les échanges entre pays de l’UE sont tellement forts qu’on n’en sort pas sans dégâts. L’expérience britannique le montre : les promesses des partisans du Brexit se heurtent aujourd’hui à la réalité. Quand on pense à la débauche de démagogie qu’on avait entendue à l’époque… Sortir de l’UE pose plus de problèmes que ça n’en règle. D’autant que l’expérience prouve que, quand on sort de l’UE, on ne sort pas du capitalisme. Mais le Brexit est un signal d’alarme : soit l’Europe change, soit l’Europe crève. Au-delà même du Royaume-Uni, les nationalismes montent partout : en Europe de l’Est d’abord, mais dans les pays fondateurs aussi.

L’abstention risque d’atteindre des sommets le 26 mai. Comment remobiliser les citoyens ?

Ça n’est pas évident. La parole des Français, comme celle des Européens, a été foulée aux pieds à de très nombreuses reprises. L’expérience de 2005 – et du « non » français au référendum européen – l’a prouvé. Les libéraux s’accommodent très bien d’une abstention élevée. Lorsque surviennent les élections européennes, les partisans de l’UE actuelle votent massivement, et ceux qui n’y sont pas favorables considèrent que ça n’est pas leur élection et restent chez eux. Le résultat, c’est que la grande majorité des eurodéputés défendent les orientations actuelles de l’UE.

Cependant, par endroits, les mobilisations sociales ont eu raison du dogme libéral de la Commission. Il en va ainsi de la directive sur les travailleurs de la route. La Commission avait élaboré, il y a un an, une directive très néfaste pour les conditions de travail des routiers. Il y a eu une mobilisation très forte des organisations syndicales et des euro-députés de notre groupe, la Gauche unitaire européenne (GUE). En dépit de ce rapport de force qui ne nous était pas favorable au départ, nous avons obtenu à deux reprises que la directive soit repoussée par le Parlement européen. Et, en fin de compte, le principe « à travail égal, salaire égal » a été retenu dans la directive adoptée au Parlement européen le 4 avril.

Comment s’extraire du duel imposé entre libéraux et extrême droite ?

Il est dans l’intérêt d’Emmanuel Macron de résumer le débat européen à un affrontement entre libéraux et « fachos ». « Les libéraux ou le chaos », prévient-il, et il se présente en sauveur. L’annonce de la candidature de Nathalie Loiseau à la tête de liste au moment où elle est assise en face de Marine Le Pen est très révélatrice de leur stratégie. Tout cela est à la fois périlleux et mensonger. Périlleux, parce que c’est une machine à fabriquer des « fachos » : les libéraux jettent dans les bras de l’extrême droite tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le libéralisme, avec la loi de l’argent.

Par ailleurs, cette opposition est factice. Sur la question des réfugiés, Macron est-il le rempart à l’extrême droite ? Qui a refusé d’accueillir les rescapés de l’Aquarius, d’accorder à ce bateau un pavillon français ? Qui mène actuellement une politique de chasse aux migrants particulièrement féroce ? Il n’est pas vrai non plus que l’extrême droite est antilibérale ou porteuse d’un progrès social quelconque : elle n’est favorable ni à l’augmentation du Smic ni au rétablissement de l’impôt sur la fortune. Au Parlement européen, le groupe de Marine Le Pen a voté pour la directive sur le secret des affaires, qui protège les multinationales contre les investigations des journalistes.

Marteler que le gouvernement est libéral et que l’extrême droite n’est pas sociale suffira-t-il à requinquer la gauche ?

Non. Il faut dire les choses franchement : une élection européenne ne suffira pas. La gauche ne s’est pas remise de la défaite de 2017. Et l’Europe n’est pas le sujet le plus facile pour lui permettre de se rassembler, parce que c’est un sujet qui nous divise depuis très longtemps. Le défi principal de la gauche, c’est de s’adresser à nouveau à ceux qui souffrent le plus des politiques libérales : les catégories populaires. Nous ne pouvons pas les laisser à l’extrême droite.

Dans quel groupe siégerez-vous si vous êtes élu ?

Le nôtre ! J’insiste sur ce point. Il n’y en aura pas d’autres. Et si certains pensent qu’on vit mieux divisés qu’unis, c’est leur problème. Dans notre cas, il y a un groupe qui s’appelle la GUE (1). C’est un très bel outil qui nous permet de porter des combats communs, le seul groupe qui s’est opposé à l’ensemble des traités européens, qui est aux avant-postes pour refuser les politiques d’austérité. Il faut donc le préserver comme la prunelle de nos yeux.

(1) Sur les 52 membres du groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, cinq sont français, dont deux membres du PCF. C’est aussi le groupe de Die Linke (Allemagne), Podemos (Espagne), Syriza (Grèce), Sinn Féin (Irlande), etc. Le Parlement européen compte 750 députés.

IB 2017

En septembre 2017, Ian Brossat était notre invité à la fête de l’Huma, pour un échange autour de son livre « L’espion et l’enfant ».

Ian Brossat : le communiste qui voulait être utile

Article paru dans l’hebdomadaire « Politis » du 11 avril 2019

Le Parisien Ian Brossat est doué pour les médias, où son style modernise l’image du PCF. S’il est apprécié des socialistes, il est en revanche honni par les insoumis…

Ian BrossatTu le connaissais, toi, le candidat des communistes ? » Au lendemain du débat sur France 2, qui a vu le 4 avril s’opposer pas moins de 12 candidats aux européennes, la tête de liste du PCF a fait sensation. « Si ne pas avoir accueilli l’Aquarius, c’est un modèle de fierté pour vous, nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs », a-t-il lâché à la candidate macroniste, Nathalie Loiseau.

Si beaucoup de Français l’ont découvert ce soir-là, Ian Brossat, 38 ans, n’en est pas à son coup d’essai. Et à Paris comme dans l’appareil du parti, il n’est pas un inconnu. Élu de la capitale depuis 2008, ce fils d’une sociologue et d’un professeur de philosophie l’assume : il est résolument parisien. Il a grandi entre les XIXe et XIVe arrondissements et a fait ses classes au prestigieux lycée Henri-IV – aux côtés d’un autre candidat, celui du PS et de Place publique, Raphaël Glucksmann. « Nous n’étions pas proches », précise-t-il cependant.

Alors que ses parents militent tous deux à la Ligue communiste révolutionnaire, Ian Brossat fait un autre choix. « En entrant au Parti communiste, j’ai fait un petit pas à droite de leur point de vue. Je partage les mêmes valeurs et la même révolte qu’eux, mais, à leur différence, j’assumais le fait d’être dans les institutions, car j’avais envie d’être utile », confiait-il au Journal du Grand Paris en 2015. Cette envie d’être « dans les institutions » le poussera, une fois agrégé de lettres modernes, à siéger au Conseil de Paris, en plus de ses trajets pour Sarcelles (Seine-Saint-Denis), où il enseigne le français et la littérature à des lycéens.

Aujourd’hui retiré de l’Éducation nationale, il a été nommé en 2014 par la maire de Paris au poste stratégique d’adjoint chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence, où il a fait de la lutte contre Airbnb son cheval de bataille. « Il a senti très tôt que cette économie du partage, salutaire un temps, devenait néfaste pour la ville, confie un proche de la maire de Paris. Il a en quelque sorte été un lanceur d’alerte. » Doué pour les émissions de radio, les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, Ian Brossat sait y exprimer ses colères et mettre en lumière ses combats, et ne s’en prive pas. « Il sait dire simplement les choses compliquées sans éluder la complexité », vante Fabien Guillaud-Bataille, chef de la fédération PCF du Val-de-Marne. Nouvelle génération, nouveau genre, même militants… chez qui il suscite l’engouement. « Il est énergique, combatif et fait preuve d’une grande cohérence politique », renchérit Olivier Dartigolles, porte-parole du parti, qui confie : « Nous avons des retours très positifs. »

De son passage à l’émission de France 2, Ian Brossat n’a pourtant pas récolté que des éloges. Alors qu’il dénonçait l’impact des trajets en avion sur l’environnement et la trop faible taxation sur le kérosène, des photos postées sur son compte Instagram le montrait en vacances à Cuba, à New York… Paradoxe que des internautes n’ont pas manqué de relever – dans le jargon, on appelle ça un « bad buzz ». « Cette polémique, c’est la rançon de la gloire », sourit Olivier Dartigolles.

Mais d’autres polémiques guettent, et le fait d’être l’adjoint de la maire socialiste-mais-pas-si-de-gauche-que-ça Anne Hidalgo vaut à Ian Brossat des procès plus politiques. Attentiste ? Carriériste ? « Partout où l’on peut se rendre utiles et améliorer la vie des citoyens, on le fait », défend Fabien Guillaud-Bataille. Homme d’appareil, Ian Brossat a su faire plus que se rendre utile – « Il n’est pas dogmatique, pas sectaire, il travaille très bien », vante-t-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. Apprécié… mais pas de tous. Pourtant pas si éloignée des communistes sur le plan des idées politiques, l’élue insoumise de Paris Danielle Simonnet ne retient pas ses coups. « J’ai du mal à croire que quelqu’un qui a voté la contractualisation [droit de regard de l’État sur les finances des collectivités locales] de la ville de Paris puisse s’opposer à l’austérité européenne et à la règle d’or », explique-t-elle. Face à la Commission européenne, il faudra bien montrer les muscles. En cas d’échec ? Il restera toujours Paris…

Manque d’oxygène

« Il vous manquera ce petit soupçon d’oxygène dans votre débat. »

roussel .jpgFabien Roussel était l’invité de Sonia Mabrouk, sur Europe 1, le 2 avril 2019.

À voir ici.

Ne pas rater à la fin, la polémique entre Fabien Roussel et Matthieu Belliard sur la non invitation du PCF sur le débat du 10 avril sur CNEWS.

Dans le cadre de sa campagne « Pas sans nous », le PCF appelle à une initiative devant CNEWS.  

En effet, mercredi 10 avril, la chaîne CNEWS organise un débat sur les élections européennes avec six chefs de parti en excluant le PCF. C’est inacceptable ! À l’instar de ce que les communistes ont fait pour France 2, qui a finalement invité Ian Brossat, le PCF appelle à continuer la bataille pour en finir avec le boycott médiatique qui le touche.

Pour protester, vous pouvez :

– interpeller directement Laurence Ferrari sur les réseaux sociaux

– appeler le standard de CNEWS au 01 35 35 35

– participer à un rassemblement lundi 8 avril à 18h30 devant le siège de CNEWS, 1, rue des enfants du paradis à Boulogne (ligne 9 Porte de Saint Cloud).

CNEWS ayant argué du fait qu’il manquait de place sur le plateau pour une 7ème chaise, de façon humoristique, le PCF invite à en apporter une !

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Au mur des Fédérés, l’adieu à Roland

Hommage.

Au Père-Lachaise une cérémonie sobre et émouvante devant quelques centaines de personnes a évoqué la personnalité et l’action de l’ancien directeur de l’Humanité, disparu la semaine passée.

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L’étrange février qui vient de finir a hâté la venue du printemps. On entend des timides chants d’oiseaux dans les escaliers menant au mur des Fédérés, les fusillés de la Commune de Paris montée à « l’assaut du ciel », comme le disait Jacques Duclos, qui repose ici. Le Parti communiste, il y a longtemps, avait acheté un carré. Les noms de ceux qui y reposent furent des acteurs de ce siècle dont parlait Aragon, « Siècle martyr, siècle blessé, c’est de sang que sa bouche est peinte. » Roland Leroy en fut, entré dès l’âge de 15 ans dans la Résistance. La mort de l’ancien directeur de l’Humanité et dirigeant du PCF ne pouvait être une surprise. On l’avait découvert affaibli les dernières fois qu’on l’avait entrevu, quand bien même il avait ce même regard pétillant de malice et d’ironie avec son sourire en coin. Il y avait du dandysme et de l’élégance chez lui. Une belle photo est affichée derrière la petite estrade, à côté d’un drapeau tricolore et d’un drapeau rouge.

Sous les grands arbres encore nus, la voix de Jean Ferrat s’élève

Devant quelques centaines de personnes, après quelques mots de présentation de la sénatrice communiste Céline Brulin, c’est en saluant l’épouse de Roland Leroy et en reprenant un titre de Stefan Zweig qu’Ivan Levaï évoquait « le monde d’hier » « où nous faisions face au temps comme il vient et comme il change » : « Le communiste Roland Leroy sut, d’une guerre l’autre, faire face à toutes les crises, tous les temps difficiles. » Après avoir animé, des années durant, les joutes à la radio entre le directeur de l’Humanité et Jean d’Ormesson, il rappelait avec humour les éditoriaux du journal ferraillant « avec la presse bourgeoise et qui l’est encore ». Avec Roland Leroy, « l’Humanité était humaine, engagée, élégante. »

Dans le silence qui suit, sous les grands arbres encore nus, s’élève la voix de Jean Ferrat avec les vers d’Aragon : « Un jour viendra couleur d’orange, un jour d’épaule nue et de palme ». Les mots que toutes et tous connaissent se remettent à vivre. Lucien Marest, qui fut proche de Roland Leroy dans ses rapports avec les artistes et intellectuels, évoque tout ce qu’il entreprit, s’appuyant sur ses liens étroits avec Aragon et tant d’autres intellectuels et artistes des décennies 1960 et 1970, pour dégager la pensée communiste de l’étroitesse du réalisme socialiste, penser la création, la philosophie en liberté. « Il a contribué grandement à l’élaboration d’une nouvelle politique culturelle de la France. »

À sa suite, Patrick Apel-Muller, le directeur de la rédaction de l’Humanité, se souvient : « À l’Humanité, il était “Roland”, et le prénom disait tout, l’admiration pour son brio, pour sa rigueur, pour son invraisemblable capacité de travail, la reconnaissance parfois agacée de son habileté à vous conduire là où il voulait. Son charme, auquel chacun, même prévenu, avait succombé, alimentait une légende. Une critique de sa part était redoutée : précise, pointue, argumentée. Il aurait fait sienne la proclamation de Guillaume Apollinaire : “Nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l’Univers”. » Patrick Apel-Muller évoquait ensuite les acquis de la direction de Roland Leroy. « En un temps où des financiers prennent la direction des journaux, il faut souligner que Roland fut un véritable homme de presse (…). Roland a su également faire profiter l’Humanité de son formidable appétit de culture, de découvertes et de rencontres (…), il ouvrit le journal à d’autres courants de pensée de la gauche sociale, intellectuelle et politique, institua des pages idées, et mit le journal au service de grandes causes. » Et puis, dit-il, « comme élève, puis ami, au nom des équipes d’hier et d’aujourd’hui de l’Humanité, de Patrick Le Hyaric qui a salué dans ses colonnes « un beau et fort directeur de l’Humanité », je dis, chapeau bas, pour Roland ! ».

« Roland disait ensuite Fabien Roussel le secrétaire national du PCF, nous rassemble aujourd’hui une dernière fois, ici, devant ce mur des fédérés qui fait écho à sa propre vie de combattant (…). Toute sa vie, Roland est resté un homme debout, dressé face à l’injustice sous toutes ses formes.

Dans son métier d’homme de presse disait-il, comme dans sa tâche d’élu, « jamais il ne cédait à l’à-peu-près. Il n’était pas journaliste à la base mais il avait une très haute idée de la liberté de la presse ». Il était aussi « un homme d’action, une des plus grandes figures de notre parti » et, « Malgré les inévitables revers, les doutes, les atteintes mêmes à la belle idée du communisme, il est resté jusqu’au bout tel qu’en lui-même : fidèle à son idéal qu’il décrivait ainsi voici quelques années : « Je ne parle pas d’illusions, je parle d’aspirations, qui sont toujours les miennes ».

Parmi les personnalités présentes : Fabrice Cazadeberg, représentant le ministre de la Culture, Pierre Laurent, président du conseil national du PCF, Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, Martine Bulard, rédactrice en chef du Monde diplomatique, Michel Dufour ancien sénateur et secrétaire d’État, Isabelle Aubret. Les députés et anciens députés Sébastien Jumel, Hubert Wulfranc, François Assensi, Jean-Claude Lefort, Antoine Rufenacht…

Maurice Ulrich, dans l’Humanité du 6 mars 2019

Ndlr : nous avons très modestement aidé à la rédaction de cet article, en prêtant notre stylo à Maurice Ulrich pour sa prise de notes… et pu mesurer, à cette occasion, toute son émotion…

Roland Leroy

 

Un journal qu’on n’a pas le droit de laisser mourir

huma 2019C’est « un journal qu’on n’a pas le droit de laisser mourir » : les salariés de « l’Huma » se battent pour sauver le quotidien de Jaurès.

Le journal communiste a été contraint de se déclarer en cessation de paiements auprès du tribunal de commerce de Bobigny. Mais ses salariés ne baissent pas les bras et racontent à franceinfo leur lutte pour sauver « l’Huma ».

« Je ne dis pas que c’est tous les jours évident mais on est quand même déterminés à se battre. » Au bout du fil, Lina Sankari, journaliste à la rubrique internationale de L’Humanité depuis 2007, résume l’état d’esprit de ses collègues : touché mais pas coulé. Malgré la grave crise que traverse le journal communiste, les salariés veulent continuer à croire en l’avenir de ce quotidien, fondé par Jean Jaurès en 1904.

La situation est pourtant alarmante. La semaine dernière le quotidien a été contraint de se déclarer en cessation de paiements, comme l’a révélé l’hebdomadaire Marianne, auprès du tribunal de commerce de Bobigny. Une audience s’y déroule mercredi 30 janvier afin de décider du sort du journal. Lundi, celui-ci a lancé un appel à la mobilisation générale à destination de ses lecteurs afin de l’aider à surmonter ses difficultés financières. « On ne s’est jamais retrouvé dans une situation pareille mais on est prêt à relever le défi », assure Pierre Barbancey, grand reporter à l’Huma.

Une histoire de famille

Récompensé du prestigieux prix Bayeux des correspondants de guerre, Pierre Barbancey, 57 ans, ne connaît que l’Huma. « J’y travaille depuis trente ans, sourit-il. J’avais un grand-père ouvrier métallurgiste et délégué CGT en 1936 et qui lisait l’Huma. Il y a une histoire familiale autour de ce journal ». Et le journaliste de rappeler que « l’Huma est un journal à part, créé par Jaurès pour faire entendre la voix des travailleurs, des ouvriers mais aussi porter des idées à contre-courant du politiquement correct ». 

Son collègue, Aurélien Soucheyre, 31 ans, abonde : pour lui aussi, le quotidien est une histoire de famille.

« L’Huma, c’est le journal de la famille que lisaient mon grand-père et mes parents. J’ai grandi à Saint-Denis, pas loin de l’ancien siège, ce journal a toujours été dans mon histoire. »

Grégory Marin, lui, « rêvait d’aller bosser à l’Huma ». Le président de la Société des personnels de l’Humanité, qui travaille au service politique, a poussé la porte du journal pour la première fois en 2006. « C’était le journal où j’avais envie de travailler, dont je me sentais politiquement le plus proche, pas seulement pour une certaine liberté de ton mais aussi pour les combats qu’il mène », se souvient-il, évoquant notamment le combat du journal pour l’abolition de la peine de mort. 

Lina Sankari, 36 ans, loue « cette formidable rédaction qui laisse énormément de liberté à ses journalistes ». Embauchée en 2007, la reporter, qui tient à préciser qu’elle ne vient pas d’une famille communiste, assure qu’on ne leur impose pas de sujets. « Cette idée de liberté est importante, c’est nous qui sommes les maîtres des dossiers. »

« On compte chaque dépense »

Mais la crise que traverse l’Huma pourrait avoir raison de cette « formidable rédaction ». Tiré à près de 50 000 exemplaires, le quotidien a vu ses ventes chuter en France de 6% en 2017-2018, à 32 700 exemplaires en moyenne.

« Depuis longtemps, on vit avec cette épée de Damoclès mais là, la menace se concrétise et on n’était jamais allé jusque-là », avoue Grégory Martin à franceinfo.

« On compte chaque dépense que l’on fait pour partir en reportage ou pour prendre une pige. On fait ça depuis des années mais ça s’est accéléré depuis deux ans », raconte Grégory Martin. Le journaliste prend un exemple concret : « Quand je vais en reportage en région, je dors chez des amis ou des militants pour économiser. »

Malgré ces petites combines, la situation financière du journal s’est détériorée et sa potentielle disparition inquiète les journalistes au-delà de leur propre sort. « On est inquiets, on a tous des familles à nourrir. Mais c’est un journal qu’on n’a pas le droit de laisser mourir, il ne nous appartient pas, il appartient à ses lecteurs », soutient Lina Sankari. « Pour la France, la disparition de l’Huma, ce serait un appauvrissement du débat démocratique. On apporte dans le pot commun des idées pour aider à la réflexion et même si ces idées-là sont affaiblies, elles n’ont pas disparu », renchérit Pierre Barbancey. 

« Ceux qui vivent sont ceux qui luttent »

Alors, l’heure est à la mobilisation. « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent », explique le grand reporter, citant Victor Hugo. « On réagit comme ça à l’Huma, même s’il y a des moments d’abattement, on relève la tête et on compte sur notre richesse, les lecteurs, car ce sont eux qui nous font vivre depuis toujours », rappelle Grégory Martin. Le directeur du journal, Patrick Le Hyaric, a demandé aux lecteurs de monter « une mobilisation exceptionnelle », via des actions comme des collectes de fonds, des débats ou des animations de rue, pour l’aider à sortir de l’ornière. Un meeting de soutien est également prévu le 22 février à Paris.

Et les efforts commencent à payer. Aurélien Soucheyre souligne « l’élan qui se crée » autour du journal. « On reçoit beaucoup de dons et de messages, ça fait chaud au cœur », raconte-t-il. « L’état d’esprit est à la bataille. En attendant, on va continuer à faire le meilleur journal possible », conclut Grégory Martin. 

Reportage franceinfo

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manif 2019-15

huma février 2019-2

huma février 2019