Pour ne pas oublier…

Le dernier dimanche d’avril est célébrée la « Journée  nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation ». Chaque année, des cérémonies officielles sont organisées à Paris et dans les territoires.

Cette année, compte tenu de la situation exceptionnelle liée à l’état d’urgence sanitaire et aux mesures de confinement, il y a peu de cérémonies avec un nombre de participants réduit.  

Pour ne pas oublier, voici le message, rédigé conjointement par : la Fédération Nationale des Déportés, internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP) ; la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD) et les Associations de mémoire des camps nazis ; l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés, de la Résistance et Familles (UNADIF-FNDIR).

Il y a soixante-quinze ans, au printemps 1945, plus de 700 000 hommes, femmes et enfants étaient regroupés dans ce qui restait de l’univers concentrationnaire et génocidaire nazi à l’agonie.

La moitié d’entre eux devait encore périr, notamment dans les marches de la mort, avant que les armées alliées, dans leur progression, n’ouvrent enfin les portes des camps sur une insoutenable vision d’horreur.

Les survivants de ce drame du genre humain, par leur esprit de résistance, leur volonté et leur profond attachement à préserver leur dignité, ont surmonté des conditions inhumaines malgré la présence et la menace permanentes de la mort.

Le 1er octobre 1946 s’achevait le procès de Nuremberg qui fondait la notion de « crime contre l’humanité » et posait les bases du droit pénal international.

De tout cela, rien ne doit être oublié…

Et pourtant, si les déportés ont su montrer dans les pires circonstances que la résistance face au crime demeurait toujours possible, leur persévérance à témoigner partout et auprès de tous ne suffit pas à faire disparaître la haine, le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et le rejet des différences.

Combattre sans relâche les idéologies qui affaiblissent notre modèle républicain et prônent le retour à l’obscurantisme et au fanatisme, promouvoir la tolérance, investir dans l’éducation morale et civique des jeunes générations. C’est le message des déportés, qui veulent faire de la journée nationale du Souvenir des victimes et des héros de la Déportation, une journée d’hommage, de recueillement, et plus encore, d’engagement personnel.

La période dramatique de la déportation rappelle en effet cruellement que les êtres humains sont responsables de l’avenir qu’ils préparent à leurs enfants, et qu’ils partagent une même communauté de destin.

déportation

 

Un archipel des gauches et des écologistes

bb34Le 30 juin dernier, il faisait beau et très chaud, personne n’était confiné, le Covid-19 nous était inconnu, et des centaines de personnes se pressaient à Paris au cirque Romanès pour le lancement de l’appel au rassemblement de la gauche et des écologistes : un « big bang » pour donner une perspective majoritaire à « un monde politique qui existe mais est éparpillé ». Les initiateurs de cet appel s’expriment à nouveau, en ces temps de pandémie qui bouscule en profondeur l’organisation de nos sociétés. À lire ci-dessous.

bb1Tribune. Fédérer au sein des gauches et des écologistes : le temps nous oblige, vite

Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreuses initiatives, publiques ou non, tribunes et pétitions circulent pour faire advenir un monde nouveau. Ces appels doivent converger pour enclencher une dynamique qui bouscule le champ politique.

Beaucoup a déjà été écrit sur la période que nous traversons. Plus personne ne nie que nous vivons un basculement, une rupture franche entre un avant et un après. Notre modèle de développement est en cause. Hérité du capitalisme industriel du XIXe siècle, il est basé sur la loi du profit, la prédation des ressources naturelles et énergétiques, l’exploitation, le temps court et la démesure. Depuis des décennies, le néolibéralisme, avec son lot d’austérité des budgets publics, de dérégulation économique et d’aveuglement à l’égard des limites des ressources naturelles, nous a considérablement affaiblis pour affronter la pandémie. Aujourd’hui, chacun pressent que ce modèle bute sur ses propres contradictions.

Stratégie du choc ou modèle alternatif

De nombreuses voix s’élèvent, au gouvernement comme au Medef, pour revendiquer un retour rapide à la normale, une mobilisation générale en faveur de la levée de toutes les contraintes sociales ou environnementales susceptibles de freiner le redémarrage. «L’important, c’est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, pour tenter d’effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020», déclare le patron du Medef qui ajoute clairement : «Ensuite, il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire.» Bruno Le Maire ne dit pas autre chose : il faut «se remettre fortement au travail» pour «relancer la croissance».

Cette voie est une impasse dangereuse. Des voix nombreuses dans la société contestent cette orientation qui nous conduit dans un mur. L’austérité budgétaire, avec sa marchandisation de la santé et ses lits d’hôpitaux décimés, nous a considérablement affaiblis dans la crise sanitaire. Nous avons vu aussi que la rapacité d’entreprises à l’activité non indispensable conduisait des salariés à travailler sans protection. Les métiers nécessaires à nos vies se sont révélés au grand jour… Scoop : les aides-soignantes et les éboueurs sont plus utiles que les traders ou les publicitaires, ce qui ne se lit pas dans la reconnaissance sociale et la feuille de paie. Les catastrophes liées à la crise climatique nous apparaissent plus tangibles, le Covid-19 faisant figure de grande répétition : nous devons nous y préparer et changer pour empêcher le désastre planétaire.bb7

Les termes d’une alternative sociale et écologiste se cherchent et s’inventent. Elle tient dans une articulation des objectifs sociaux et écologistes. L’heure est venue d’accélérer le processus de maturation d’une issue émancipatrice aux crises contemporaines. Le partage des richesses et des ressources naturelles, des pouvoirs, des savoirs et des temps de la vie est le fil rouge et vert qui peut relancer l’espérance d’une vie meilleure. Les conditions de l’habitabilité de la Terre doivent être assurées comme celles de la dignité et de la liberté pour chacune et chacun. Sortir du consumérisme pour se poser la question des besoins est un enjeu décisif. La hiérarchie des normes et des revenus s’en trouvera bousculée autant que le productivisme qui détruit l’écosystème et le sens de la bb29vie. Développer les biens communs, relocaliser l’économie, changer la fiscalité et taxer les revenus financiers pour viser la justice sociale, étendre le socle des droits et protections, assurer une démocratie active en engageant la refonte de notre République : ces objectifs sont largement partagés au sein des gauches et des écologistes. Nous savons que bien des questions restent clivantes, sur la stratégie européenne, le niveau de rupture, le nucléaire ou encore la place de l’État. Le mot gauche lui-même est en débat. Mais l’histoire s’accélère et notre responsabilité est engagée.

bb11Nous devons créer les conditions d’une alternative au duopole Macron-Le Pen. Nous sommes vent debout contre le pouvoir en place qui suscite chaque jour davantage de contestation et de colère. En face, l’extrême droite croît son heure arrivée. Nous aurions tort de balayer cette hypothèse d’un revers de la main, trop concentrés à compter nos divergences. La menace est sérieuse.

Construire l’archipel des gauches et des écologistes

Face à l’ampleur et à la gravité de ces enjeux, rien ne serait plus lamentable de la part des gauches comme des écologistes, que de rester dans leur couloir respectif et de se croire capable, chacune, de rassembler autour d’elle. Ce choix serait une impasse face aux forces nationalistes, libérales ou conservatrices qui se nourrissent des chocs pour se renforcer. Nous devons, dès maintenant, inventer un dispositif politique permettant de concilier les spécificités ou identités de chaque composante et le travail en commun autour d’un nouveau projet de société social et écologiste.bb13

L’archipel politique, notion inspirée du poète martiniquais Édouard Glissant, fait partie des dispositifs envisageables rompant avec la tentation de l’hégémonie, du rapport de force ou du rassemblement derrière un seul étendard. L’enjeu est de dégager une forte cohérence d’ensemble tout en laissant vivre des collectifs, des partis, des sensibilités diverses. Le pluralisme participe de la richesse commune et de notre capacité à devenir majoritaire dans le pays. Aujourd’hui, il se traduit par une atomisation qui nous décrédibilise pour accéder aux responsabilités.

bb14De nombreuses initiatives, publiques ou non, tribunes et pétitions circulent depuis le début de la crise sanitaire. Elles portent la volonté de faire advenir un monde nouveau. Ce foisonnement est positif mais si ces appels ne convergent pas, quelles sont nos chances d’enclencher une forte dynamique qui bouscule le champ politique ? Aucune. C’est pourquoi nous appelons au rapprochement de toutes ces initiatives. C’était le sens de notre appel à un big-bang il y a un an, après les élections européennes. Les raisons d’un chamboule-tout sont démultipliées en ces temps tragiques liés à la crise sanitaire. Il est urgent de dessiner un chemin commun, une perspective politique pour que «le temps d’après» ne soit pas la copie dégradée ou catastrophique du temps d’avant. Nous y prendrons toute notre part. Avec détermination et énergie.

Clémentine Autain députée (groupe LFI), Guillaume Balas coordinateur du mouvement Génération·s, Elsa Faucillon députée (groupe communiste), Alain Coulombel, membre d’EE-LV

Photos de l’après-midi du 30 juin 2019 au cirque Romanès : merci à S.B. !

Lorsque les inégalités tuent

Covid 19 & quartiers populaires : lorsque les inégalités tuent.

Mardi 14 avril, les élus du groupe Front de Gauche du Conseil régional d’Île de France ont publié une tribune publique dans Médiapart afin de dénoncer les conséquences de la crise sanitaire liée au Covid 19 dans les territoires populaires.

À lire ci-dessous.

La crise sanitaire met tragiquement en lumière la paupérisation organisée de notre service public de santé, dénoncée depuis longtemps par les soignant·es. Elle est aussi un puissant révélateur des inégalités sociales et territoriales de notre pays, singulièrement de l’Île-de-France. Des inégalités qui n’ont cessé de s’accentuer sous l’effet des politiques néolibérales des gouvernements successifs.

L’Ile-de-France est, désormais, l’épicentre de la pandémie en France. On y dénombre plus d’un quart des décès et des personnes hospitalisées en réanimation de notre pays. Si la forte densité de population francilienne l’explique, il est certain que la bataille nationale contre le Covid 19 se joue de manière décisive en Ile-de-France. La façon dont les pouvoirs publics y juguleront cette situation sanitaire gravissime déterminera l’après confinement pour tout le pays.

« Front sanitaire et front social : des luttes indissociables dans ces territoires minés par les inégalités »

Contre cette pandémie, les luttes sur le front sanitaire et sur le front social sont donc indissociables. Elles le sont encore plus dans les territoires minés par les inégalités, où l’État et ses services publics n’ont cessé de reculer et où l’égalité républicaine n’est plus qu’une promesse vague et lointaine. Les habitants des quartiers populaires, de tous âges, sont particulièrement affectés par l’épidémie de Covid 19. C’est en premier lieu le cas en Seine-Saint-Denis, qui est le département francilien le plus touché, avec en mars dernier une surmortalité de 62 %, dont une surmortalité chez les moins de 65 ans de 55,5 %.

lettre FDG avril 2020

Si les habitant·e·s des quartiers populaires sont ainsi touchés, ce n’est pas, contrairement aux allégations obscènes du préfet de police de Paris, par refus de se plier aux règles du confinement. Mais d’abord parce qu’ils sont, de par leurs faibles revenus, les plus exposés à la crise structurelle du logement en Ile-de-France. Le confinement dans des logements exigus et surpeuplés, où la mise à distance du virus relève de l’impossible, est dévastateur. D’abord aussi parce qu’ils occupent les métiers les plus exposés au risque de contamination (mais également au stress et à l’insécurité liés à ce risque) : aides-soignant·e·s, infirmier·ère·s, caissier·ère·s, livreur·se·s, agents d’entretien, de sécurité… Ce sont toutes celles et tous ceux dont Emmanuel Macron disait qu’ils « ne sont rien », et dont on voit bien à présent qu’ils sont tout, qu’ils font tenir notre pays, mais ceci au prix de leur santé, voire de leurs vies. D’abord, encore, parce que ces territoires sont trop souvent sous-dotés en infrastructures médicales, ce qui dans ce contexte retarde dangereusement les prises en charge des malades. La Seine-Saint-Denis est ainsi, depuis longtemps, le premier désert médical français.

« Agir sans attendre pour répondre aux besoins des habitants et salariés des quartiers populaires »

Agir contre les inégalités c’est donc, sans attendre, répondre aux besoins de ces habitants et de ces salarié·e·s.

C’est stopper immédiatement les activités économiques non indispensables pour ne plus exposer à la contamination leurs salarié·e·s.

C’est fournir en masse les protections nécessaires pour celles et ceux des secteurs de première nécessité : masques, gel hydroalcoolique, gants, etc.

C’est renforcer les moyens des centres de santé locaux, essentiels dans les quartiers populaires.

C’est, pour les familles, débloquer des aides sociales d’urgence destinées à l’alimentation, mettre en place des banques ou tickets alimentaires pour pallier les fermetures de cantines scolaires. C’est agir pour garantir une continuité alimentaire à tous les enfants et leurs familles, ainsi qu’à tous les étudiants dont la précarité alimentaire s’aggrave avec le confinement. 

C’est déployer des moyens pour les initiatives solidaires locales prises par les associations humanitaires et de solidarité, jusqu’aux plus petites, qui accompagnent au quotidien les habitants et leurs enfants. C’est les accompagner par des fonds d’urgence, mais aussi par la création d’emplois associatifs aidés, qui sont utiles et qualifiants.

C’est répondre aux fractures en matière d’éducation, par l’aide au soutien scolaire, la fourniture de matériel numérique gratuit et le raccordement au réseau internet. C’est oser dire que la continuité pédagogique ne peut pas se faire avec les mêmes moyens partout sur le territoire. C’est augmenter le nombre de personnels d’éducation pour la reprise. C’est mettre en place un moratoire sur les cartes scolaires qui prévoyaient des suppressions de classes.

C’est, en matière de logement, travailler avec les bailleurs sociaux pour aider au paiement des loyers des locataires en difficultés financières, mettre en place une suspension des loyers pour les ménages les plus fragilisés et étaler ces payements sans pénalités. 

C’est intervenir auprès des EHPAD, de leurs occupants comme de leurs personnels qui, pour la très grande majorité, sont issus des quartiers populaires.

C’est aider les occupants des Foyers de migrants, notamment les retraités qui, touchés par la maladie, en situation précaire alors qu’ils ont passé leur vie à travailler en France, doivent bénéficier du même accès aux soins que tout autre citoyen.

C’est soutenir l’activité de nombreuses PME-PMI, TPE-TPI, mais aussi des structures de l’économie sociale et solidaire, qui prennent actuellement des initiatives utiles pour produire des biens de première urgence, tout en préservant l’emploi. C’est refuser de subventionner avec de l’argent public les entreprises qui, méprisant la solidarité nationale, versent des dividendes à leurs actionnaires.

C’est, en matière sociale, abolir toutes les contres réformes : celle détruisant notre système solidaire de retraites, celle dynamitant l’assurance chômage ou encore celle réduisant les aides au logement.

C’est enfin, et surtout, un État qui débloque immédiatement un fonds d’urgence conséquent pour pérenniser et amplifier la solidarité que les collectivités territoriales sont les seules à garantir. Nombreuses sont les mesures déjà prises par des collectivités, qui demandent à être développées dans tous les territoires populaires franciliens, en lien avec les initiatives associatives et citoyennes. Les communes et les départements sont en première ligne pour pallier les défaillances et l’impréparation de l’État. A tel point que quand une collectivité distribue des masques, cette mesure de bon sens est vue comme un miracle. Protéger les populations et singulièrement les plus fragiles nécessite des moyens exceptionnels.

Demain, pour l’après, il faudra pour protéger encore celles et ceux qui parmi les nôtres sont les plus fragiles, refuser la cure d’austérité annoncée, et imposer une fiscalité redistributive.

La Région Ile-de-France doit être un acteur majeur d’une action publique renforcée, et un bouclier social pour ses habitants. Mais rien ne se fera sans une mobilisation plus déterminée de l’État.

« Saisir les initiatives solidaires prises aujourd’hui pour les développer demain, partout, et retrouver le chemin de l’égalité sociale »

Agir c’est donc aussi, au-delà des réponses d’urgence, penser l’avenir. C’est faire en sorte qu’aux inégalités, cessent de s’en ajouter perpétuellement de nouvelles. Nombreuses sont les forces conservatrices qui souhaiteraient que le fameux « jour d’après » ressemble aux jours d’avant en pire.

Les crises actuelles, dont les habitant·e·s des quartiers populaires paient une fois encore un prix exorbitant, doivent sonner la fin des faux-semblants et du déni politique sur la situation profondément inégalitaire de ces quartiers.

Discourir, organiser des coups de com’ selon l’actualité du moment, injecter quelques milliers d’euros en fonction d’agendas opportunistes ne saurait se substituer à des politiques publiques conséquentes, à court et long terme, dans ces territoires. Depuis les États généraux des quartiers populaires tenus à Grigny en 2017, les espoirs ont toujours été déçus tant par le Président Macron, que par la Présidente de Région Valérie Pécresse, qui n’a jamais traité ces quartiers autrement qu’avec mépris. Nous avions pourtant proposé, en octobre 2017, un grand plan d’action pour ces quartiers en Ile-de-France, incluant de nombreuses mesures en matière d’accès à la santé, au logement, à l’éducation, aux transports, à l’emploi ou à la culture. Toutes ces propositions sont restées lettre morte ; la droite préférant regarder ailleurs, et réduire la vie de ces quartiers au sempiternel discours sur “l’assistanat” et le “deal”. Ces provocations irresponsables et stigmatisantes doivent cesser. Les quartiers populaires, que le président de la République a cités lors de son allocution du 13 avril dernier, n’ont pas besoin de mots condescendants mais de mesures concrètes, comme celles que nous proposons.

Les pouvoirs publics doivent se saisir des initiatives solidaires prises aujourd’hui pour développer demain, partout, de nouvelles solidarités. La puissance publique doit assurer la continuité des moyens d’existence pour les habitants des quartiers populaires. Cela ne peut que passer par un plan de rattrapage massif pour retrouver une puissance des services publics de la santé, de l’éducation, du social, de l’écologie, de l’alimentation, des transports dans des territoires délaissés et durement éprouvés par la pandémie.

Seules des politiques publiques nationales et locales fortes sont à même de protéger les habitants en planifiant les investissements et en prenant en compte l’urgence sociale et environnementale.

Il faut tourner la page, rompre avec le libéralisme pour retrouver le chemin de l’égalité sociale. Abroger les réformes de casse sociale des derniers mois et des dernières années. Repenser et rebâtir un État-providence est le moyen pour engager la transformation sociale et écologique indispensable pour toutes et tous. Cela devrait être la feuille de route pour toutes les forces politiques et citoyennes qui veulent sortir de cette crise avec une perspective de progrès. C’est celle que nous voulons porter en Ile-de-France.

Les élu·e·s du groupe Front de Gauche du Conseil régional d’Île-de-France.

lettre FDG avril 2020-1

Saint Gratien solidaire (2)

En cette période de pandémie et de confinement, la vie est devenue plus difficile pour nombre de nos concitoyen.ne.s. Les villes ont un rôle important à jouer en matière de solidarité et d’entraide en direction des administré.e.s, notamment les plus fragiles. C’est le sens de nos échanges avec le maire de Saint Gratien, dont vous lirez la suite ci-dessous. Il s’agit du deuxième de nos courriers, envoyé le 6 avril.

Objet : situation en ville suite au Covid-19      

Monsieur le maire,

Nous vous remercions pour vos promptes réponses à notre courrier du 30 mars.

Nous revenons néanmoins vers vous sur huit points et une nouvelle suggestion, suite aux retours d’habitants qui nous sont faits à distance, car bien entendu nous suivons strictement les préconisations sanitaires.

-Votre lettre du 1er avril n’apporte pas d’éléments de réponse sur le point 2 de notre courrier, à savoir pourquoi l’information de l’infection d’agents de la ville n’a pas davantage été diffusée – à titre de précaution et de prévention – auprès des élu-e-s et des assesseur-e-s tou-te-s bénévoles qui ont tenu les bureaux de vote le 15 mars ? Plusieurs d’entre nous ont en effet été en contact le dimanche 15 mars tout au long des opérations de vote avec des agents de la ville qui ont par la suite été détectés covid-19.

Prévenus rapidement et de façon officielle, nous aurions pu informer largement autour de nous, limiter nos déplacements et nos contacts et ceux des autres personnes.

-Concernant les personnes sans domicile fixe en ville, qui ne peuvent ni se confiner ni trouver de point d’eau dans la commune. Vous écrivez qu’ils sont invités à rejoindre la base de loisirs de Cergy sur laquelle le conseil régional  ouvrira « prochainement » « un grand nombre de structures ».

Sauf que la question se pose dès à présent et depuis le 16 mars. Nous doutons que ces personnes puissent se déplacer « prochainement » jusqu’à la base de loisirs de Cergy, a fortiori si l‘information n’est pas largement communiquée.

Le confinement s’applique à tout le monde, n’est-il pas plus simplement possible, au niveau de la ville, de réserver et financer quelques chambres dans l’un des 2 établissements hôteliers de la chaîne Accor dans notre commune ?

À titre d’exemple, le Grand Hôtel d’Enghien met des chambres à disposition de personnels soignants venus renforcer les hôpitaux du Val-d’Oise.

-Comme vous le savez, des personnes vivant de la mendicité sont contraintes d’errer en ville pour trouver des clients : au-delà de Mme Berthier et du CCAS, avez-vous contacté les responsables associatifs (secours catholique, etc.) de la ville pour envisager des solutions complémentaires ?

Le ministère en charge de la Ville et du Logement a annoncé la création d’un dispositif « chèque-services » pour les sans-abri. Il s’agit d’une aide financière de 7 € par jour et par personne. Les associations caritatives en organisent la distribution, bien qu’elles aient été contraintes de réduire leurs interventions en raison du confinement. Comment vos services relaient-ils  cette initiative ministérielle sur notre territoire ?

-L’accompagnement des enfants à besoins éducatifs particuliers reste également un point noir. Des familles se retrouvent face à des non-aménagements des travaux à mener et sans être accompagnées, comme cela le devrait. De plus, des enseignants ont organisé des distributions « papier » de devoirs dans des boites aux lettres d’élèves, qui faute d’ordinateurs, ne peuvent accéder aux plates-formes de travail à distance. Avez-vous réuni autour de cette question les directeurs des écoles élémentaires de la ville ?

-Depuis vendredi matin, il y a eu ouverture du 114 aux femmes victimes de violences. Ce numéro gratuit est accessible par SMS aux victimes de violences conjugales en cette période de confinement (numéro d’appel d’urgence français pour les sourds et malentendants, numéro unique, national, gratuit, accessible en permanence). Information à mettre sur le site de la ville ? L’occasion aussi de rappeler à tous qu’il est indispensable de rester vigilant et de signaler toute violence dont on serait témoin.

-Concernant le fait que des collectivités proposent une sélection de contenus gratuits pour apprendre et se divertir sur leur site internet municipal, vous nous renvoyez sur la page Facebook de la ville.

Au matin du 31 mars, six « posts » culturels figuraient sur le site de la ville, dont :

-2 renvois vers les sites des radios du service public dont France Culture

-1 renvoi vers France 4 est ses programmes pédagogiques alimentés par des enseignants

-1 annonce relative à l’annulation de tous les spectacles vivants en ville…

Solde : 6 – 4 = 2

Reste une vidéo concernant une lecture de Little Man par Sonia de la médiathèque Théodore Monod. Durée ? 4 min 15.

Le postage d’autres liens vers des ressources locales est effectivement est bonne chose. Nous vous en remercions ainsi que vos équipes, notamment celles de la médiathèque.

-Nous notons les objections des autorités préfectorales concernant une réouverture du marché. Mais pourquoi pas l’organisation d’un drive au marché municipal ? Solution qui si l’on en juge ce que met en place la ville d’Enghien ne mobilise pas la police municipale.

« Jeudi, le marché d’Enghien sera fermé au public, le temps de mettre en place un drive qui sera opérationnel samedi » :

« Désormais, les marchés du mardi, jeudi et samedi s’effectueront par drive devant les sept     portes du marché couverts ». La ville d’Enghien a diffusé la liste des commerçants du marché  qui continuent à proposer leurs produits.

Par ailleurs, à noter que hier, dimanche matin, devant la boulangerie, il y avait 13  personnes dehors à distance qui attendaient que le client à l’intérieur de la boutique sorte pour entrer un par un : les gens savent aussi se prendre en charge…

Enfin, ne pensez-vous pas qu’au regard de la situation exceptionnelle il faille réunir, par téléconférence par exemple, un conseil municipal exceptionnel afin que les élu-e-s fassent remonter les informations que leur donnent les Gratiennois-e-s, et afin qu’ensemble nous trouvions les solutions les plus adéquates ?

                Nous vous prions de croire Monsieur le Maire à nos salutations respectueuses.

Isabelle Volat et Stéphane Bauer, groupe Saint-Gratien Solidaire Écologique & Citoyen

Saint Gratien solidaire

Lundi 30 mars 2020, en tant qu’élus municipaux, nous avons fait parvenir le courrier ci-dessous au maire de Saint Gratien. La réponse de ce dernier figure ensuite.marché mars 2020-2

Objet : Aides aux plus fragiles – remontées de questions de la part de Gratiennois-e-s dans la période de Covid 19 – utilisation solidaire du site internet de la ville – réouverture du marché municipal

                Monsieur le maire,

                Nous nous rapprochons de vous pour prendre des nouvelles des agents de la ville qui ont été affectés par le covid-19. Nous leur souhaitons à tou-te-s un prompt rétablissement, comme nous l’avons déjà transmis auprès de votre cabinet, dès que l’information nous a été rapportée de personnel affecté dans vos équipes.

                Nous nous permettons de nous étonner également auprès de vous que l’information de l’infection d’agents de la ville n’ait pas davantage été diffusée – à titre de précaution et de prévention – auprès des élu-e-s et des assesseur-e-s tou-te-s bénévoles qui ont tenu les bureaux de vote le 15 mars. Comme vous le savez, suite à cette infection, plusieurs élu-e-s  et assesseur-e-s ont déjà payé un lourd tribut en Île-de-France.

               Nous souhaitons vous faire part également de questions de Gratiennois-e-s :

– Concernant les personnes sans domicile fixe, qui ne peuvent ni se confiner ni trouver de point d’eau dans la commune, quelle est la politique de St Gratien ? Par exemple, Paris, Cannes, ont pris des mesures spectaculaires, avec la réquisition de chambres d’hôtels, voire d’espaces jusque-là réservés au festival de Cannes ; même la Banque de France à mis à disposition des locaux. Le Ministre du logement, Julien Denormandie en appelle aussi à la responsabilité des villes de France :

« Le gouvernement est en lien avec les associations, pour mettre à l’abri les personnes sans abri dans des conditions spécifiques« , en cette période de crise sanitaire due à l’épidémie de Covid 19 : Julien Denormandie évoque « l’ouverture de centres avec des chambres individuelles« ,  mais aussi la « réquisition de chambres d’hôtel, qui ont été ouvertes ».

– Concernant les personnes pratiquant la mendicité, qui, avec la moindre fréquentation ou la fermeture de lieux publics ou de commerces à St-Gratien se retrouvent avec encore moins de ressources, quels sont les accès à l’aide alimentaire prévus à Saint-Gratien ?

 – Il nous a été rapporté une extension des distributions alimentaires sous l’égide du CCAS. Avez-vous, par ailleurs,  réuni les plus importantes associations caritatives de la ville pour la distribution alimentaire aux plus démunis ?

                Peu d’information sont diffusées sur le site de la ville. Or, plusieurs communes du Val d’Oise, mettent sur leur site internet des foires aux offres de services :

– Mise en place de dispositifs exceptionnels pour répondre aux habitant·es, nombreuses et nombreux à proposer spontanément leur aide pour les plus en difficulté. Les personnes volontaires peuvent se signaler par téléphone aux conseils de Quartier. Un accueil physique, sur rendez-vous, est aussi assuré le cas échéant, tenant compte de toutes les mesures de sécurité édictées par le gouvernement. Ils sont ensuite rappelés en fonction des besoins identifiés dans leur quartier. Parallèlement, la mairie, en lien avec les associations de solidarité qui assurent habituellement l’aide alimentaire et le CCAS, recense tous les besoins ;

http://cidefe.fr/coronavirus-a-allonnes-on-se-sert-les-coudes/

marché mars 2020-1– Mise en place d’une chaîne de la solidarité : Pour faire face à la crise sanitaire et
contribuer au besoin d’entraide, indication de sa disponibilité auprès de la mairie pour constituer une liste de volontaires prêts à participer à la solidarité envers les plus fragiles sur la commune ;

– Portage de repas pour les personnes âgées avec prise de contact régulière et possibilité de livraison de médicaments à domicile. Pour en faire la demande, la ville a mis en place un numéro unique ainsi qu’une adresse mail ;

-Venir en aide aux voisins les plus fragiles, aux personnes isolées, âgées de plus de 65 ans ou atteintes d’une maladie chronique, qui ne peuvent ou qui n’osent pas sortir faire leurs courses alimentaires, de première nécessité et de produits d’hygiène : un numéro de téléphone unique est aussi mis à disposition pour demander de l’aide ;

http://cidefe.fr/coronavirus-a-villejuif-94-un-numero-vert-benevole-pour-aider-les-plus-faibles/

– Facilitation de l’entre-aide entre habitants, invitation à mettre une affichette dans les halls d’immeubles : Chacun peut y remplir ses propositions de service et ses demandes de services ;

– Mise en place de cellules d’agents, avec pour mission de contacter tous les seniors de la ville, les personnes isolées, afin de prendre de leurs nouvelles, de se mettre à leur disposition de leurs besoins ;

-Habituellement réservée aux abonnés, des contenus des bases des médiathèques sont à tous les habitants : rendez-vous, par exemple, sur eureka.valdemarne.fr/#free

Des collectivités proposent ainsi une sélection de contenus gratuits pour apprendre et se divertir. Au menu : histoires pour les enfants en baladodiffusion, ressources scolaires, activités sans écran, vidéos ludiques, films d’animation et courts-métrages pour petits et grands, propositions d’activités culturelles, sportives, manuelles…

Pourquoi ne pas rajouter des « tableaux administratifs temporaires » devant les lieux de passages obligatoires comme les magasins alimentaires (Carrefour, Lidl, Guven, Intermarché, Diagonale,…), les pharmacies, la police municipale ?

                Concernant notre marché municipal : Il constitue une réelle nécessité pour des personnes âgées. Sa fermeture entraîne une fréquentation accrue des supérettes de la commune, ce qui n’est pas une bonne chose dans la période actuelle, et restreint l’offre de produits frais. Cela place également en grande difficulté les commerçants de notre marché. Est-il possible comme le relate la presse locale, comme à Argenteuil Val-d’Argent Nord, Asnières-sur-Oise, Chars, Luzarches, Presles, Roissy-en-France, Saint-Witz, Us, Viarmes, Vétheuil, etc. que vous obteniez une dérogation pour sa réouverture par le préfet du Val-d’Oise ?marché mars 2020

Des mesures de protection sanitaires pourraient être prises en liaison avec la police municipale pour y assurer la sécurité des usagers, puisque qu’après la fermeture des marchés décidée par le gouvernement lundi soir dernier, une nouvelle disposition a finalement été rendue publique vendredi après-midi, permettant, sous une série de précautions et de conditions de sécurité sanitaires, la réouverture dérogatoire de certains marchés de plein air.

Ainsi, Lille vient d’obtenir ce samedi l’accord du préfet. Elle rouvrira ses marchés de plein air mardi.

La ville pourrait de plus, comme c’est le cas dans d’autres communes, le faire approvisionner en circuit court par des agriculteurs du Val d’Oise, dans cette période où des tensions se font sentir sur l’écoulement de produits agricoles.

D’autre part, le site de la ville pourrait faire connaître les commerces restant ouverts dans les différents quartiers, ainsi que ceux pratiquant les livraisons.

                Beaucoup de Gratiennois-e-s se retrouveront avec des revenus diminués au terme de cette période. Aussi, il nous semble opportun, comme nous l’ont fait remarquer des habitants qu’au début de l’été ou bien à la rentrée de septembre, la brocante soit délocalisée par exemple, au Forum ou dans le quartier des  Marais ou des Raguenets, et qu’on y autorise – comme par le passé – la vente de vêtements et chaussures d’occasion, notamment pour équiper les plus jeunes des enfants.

                Dans l’attente d’éléments de réponse et d’initiatives dans l’intérêt des habitants de notre commune et notamment des plus fragiles, auxquelles nous pourrions nous associer ainsi que les personnes de nos réseaux[1],  nous vous prions de croire Monsieur le Maire à nos salutations respectueuses.

Isabelle Volat et Stéphane Bauer , groupe Saint-Gratien Solidaire Écologique & Citoyen

[1] Fédération du Secours populaire du Val d’Oise, etc

Lire ci-dessous la réponse du maire

COVID 19 -courrier de reponse a l-attention de mme volat et mr bauer

 

Pour l’hôpital

J’ai signé cette pétition  : « des milliards pour l’hôpital, pas pour le capital ».

Le texte est à lire ci-dessous et à signer ici.

Par deux fois, le 16 mars lors de son allocution télévisée et le 25 mars à Mulhouse, E. Macron a fait les louanges de l’action des personnels de santé, leur annonçant des mesures exceptionnelles ainsi que pour tout l’hôpital. 

Mais à ce jour, les masques restent contingentés, la rallonge budgétaire de crise ne prévoit que 2 milliards pour l’hôpital et, encore, le fléchage de cette somme demeure des plus obscurs alors qu’en France 300 milliards sont prévus pour garantir les prêts bancaires des entreprises, sans aucune condition sur l’emploi, 35 milliards pour faire face à leur défaillance fiscale et sociale et que l’on débranche tous les garde-fous sur le temps de travail. Au niveau européen 1.000 milliards sont prévus par la BCE pour soutenir la valeur des titres boursiers.

Au plus profond de la crise du coronavirus, les choix du Président Macron, relais du MEDEF et de la «Grande Finance», restent les mêmes : sauver le capital et les profits. A mille lieues de la réponse urgente et nécessaire aux besoins de la population. L’obsession de maintenir la chaîne des profits prévaut sur tout ! En face, conditions de travail et de vie des citoyens, détresse sanitaire et psychologique de masse pèsent bien peu. C’est dès maintenant qu’il faut commencer à faire autrement, sans attendre le « jour d’après ». Alors que droits sociaux et libertés publiques sont mis en cause, nous disons STOP et appelons à des mesures immédiates, précises et concrètes pour les salarié.e.s et les populations ouvrant sur une alternative de progrès pour toutes et tous.

Nous exigeons :

  1. L’arrêt immédiat des activités non essentielles, en réaffectant aux hôpitaux les matériels de protection actuellement utilisés pour ces activités, et la mobilisation, la conversion, voire la réquisition de secteurs industriels pour la production massive de masques, de gel hydro-alcoolique, de tests, de matériels respiratoires afin de répondre aux besoins de toute la population.
  2. En urgence, des tests systématiques de dépistage. Il s’agit d’isoler et de soigner les malades pour lutter efficacement contre l’épidémie et permettre aux immunisés de s’impliquer concrètement dans une solidarité active.
  3. Le déblocage immédiat de 10 milliards d’euros pour la santé publique : rouvrir des lits, en les réhabilitant, y compris construire des hôpitaux en urgence, soutien à la création d’un pôle public du médicament afin de reprendre le contrôle de la production des traitements nécessaires, embauches immédiates de personnels soignants et de recherche, reconnaissance de leurs qualifications, et tout de suite une augmentation de salaires.
  4. L’organisation de la mobilisation totale de secteurs-clé comme les laboratoires d’analyse, et le renforcement des services publics d’État et locaux pour loger les sans-abri, pour apporter soins, aide, soutien et sécurité aux populations, ainsi que l’armée mais pas pour la répression.
  5. Démocratie sanitaire dans les territoires : des commissions départementales et régionales associant élus, professionnels de santé, représentants syndicaux, d’associations et d’organismes de prévention pour évaluer les besoins, suivre la mise en œuvre des mesures ci-dessus et assurer une prise de décision collective face aux enjeux de santé publique actuels et à venir, notamment en mobilisant tous les moyens financiers nécessaires (cotisations et fiscalité des entreprises et des revenus financiers, trésoreries des grands groupes, banques, assurances, liquidités de la BCE).

Premiers signataires :
  Basset  Jean-Pierre, Militant associatif, secteur santé
  Bellal Amar, Rédacteur en chef de Progressistes
  Boccara Frédéric, Économiste, membre du CESE, responsable politique
  Bodin Thierry, Syndicaliste, Sanofi
  Bonnery Stéphane, Professeur des universités, sciences de l’éducation
  Cailletaud Marie-Claire, Syndicaliste, membre du CESE
  Cohen Laurence, Sénatrice, Groupe citoyens, républicains et communistes
  Durand Denis, Économiste, directeur de la revue Économie & Politique
  Durand Jean-Marc, Fiscaliste, élu communal
  Gonçalves Anthony, Professeur de médecine, cancérologue
  Gravouil Denis, Syndicaliste
  Joly Pascal, Syndicaliste
  Lefèbvre Fabienne, Élue municipale, ingénieure en sciences sociales
  Leflon Michèle, Médecin
  Limousin Michel, Médecin
  Montangon Maryse, Soignante, militante politique
  Prudhomme Christophe, praticien hospitalier, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, Hôpital Avicenne Bobigny
  Rouchy Fabienne, Syndicaliste, Banque de France
  Stivala Mireille, Aide-soignante, Syndicaliste
  Talbot Baptiste, Syndicaliste services publics
  Téjas Patricia, Syndicaliste, finances
  Ternant Evelyne, Économiste, responsable politique

Parmi les signataires, nous relevons les noms suivants (nos excuses aux autres) :
– André Chassaigne, député communiste, président du groupe DGR à l’Assemblée nationale
– Henri Sterdyniak, Économiste, membre des économistes atterrés
– Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, ancien député communiste européen, groupe GUE
– Pierre Barbancey, journaliste international
– Olivier Coux, chercheur en biologie cellulaire, CNRS
– Monica Passos, Chanteuse
– Jean-Luc Gibelin, directeur d’hôpital honoraire
– Evelyne Zarka, élue 3è arrondissement, Paris
– Romain Marchand, élu communiste, Ivry
– Claude Aufort, Ingénieur CEA retraité
– Alain Obadia, président de la Fondation Gabriel Péri
– Raphaëlle Primet, élue communiste conseil de Paris
– Gilles Alfonsi, Saint-Denis
– Fabienne Haloui, Avignon
– Rabah Balloul, Radio Arts-Mada

 

Le jour d’après

TRIBUNE. « Plus jamais ça ! » : 18 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales appellent à préparer « le jour d’après »

Face à « la crise du coronavirus » des organisations syndicales, associatives et environnementales réclament « de profonds changements de politiques », pour « se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde ».

« Plus jamais ça ! Préparons le ‘jour d’après' », 18 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur franceinfo.

Ces organisations lancent un appel « à toutes les forces progressistes et humanistes pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral ».

En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des « décisions de rupture » et à placer « des services (…) en dehors des lois du marché ». Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde.

Dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des populations celle des personnels de la santé et des soignant·e·s parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en œuvre, et ceci doit largement prévaloir sur les considérations économiques. Il s’agit de pallier en urgence la baisse continue, depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les établissements de santé, dont les hôpitaux publics et les Ehpad. De disposer du matériel, des lits et des personnels qui manquent : réouverture de lits, revalorisation des salaires et embauche massive, mise à disposition de tenues de protection efficaces et de tests, achat du matériel nécessaire, réquisition des établissements médicaux privés et des entreprises qui peuvent produire les biens essentiels à la santé, annulation des dettes des hôpitaux pour restaurer leurs marges de manœuvre budgétaires… Pour freiner la pandémie, le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai stoppées. La protection de la santé et de la sécurité des personnels doivent être assurées et le droit de retrait des salarié·e·s respecté.

Des mesures nécessaires au nom de la justice sociale

La réponse financière de l’État doit être d’abord orientée vers tou·te·s les salarié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur d’activité, et discutée avec les syndicats et représentant·e·s du personnel, au lieu de gonfler les salaires des dirigeant·e·s ou de servir des intérêts particuliers. Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut interdire tous les licenciements dans la période. Les politiques néolibérales ont affaibli considérablement les droits sociaux et le gouvernement ne doit pas profiter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait craindre le texte de loi d’urgence sanitaire.

Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade ou non, plus ou moins âgé, les conditions de confinement, les risques de contagion, la possibilité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes. Des mesures supplémentaires au nom de la justice sociale sont donc nécessaires : réquisition des logements vacants pour les sans-abris et les très mal logés, y compris les demandeurs·euses d’asile en attente de réponse, rétablissement intégral des aides au logement, moratoire sur les factures impayées d’énergie, d’eau, de téléphone et d’internet pour les plus démunis. Des moyens d’urgence doivent être débloqués pour protéger les femmes et enfants victimes de violences familiales.

Les moyens dégagés par le gouvernement pour aider les entreprises doivent être dirigés en priorité vers les entreprises réellement en difficulté et notamment les indépendants, autoentrepreneurs, TPE et PME, dont les trésoreries sont les plus faibles. Et pour éviter que les salarié·e·s soient la variable d’ajustement, le versement des dividendes et le rachat d’actions dans les entreprises, qui ont atteint des niveaux record récemment, doivent être immédiatement suspendus et encadrés à moyen terme.

Des mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de désarmer les marchés financiers : contrôle des capitaux et interdiction des opérations les plus spéculatives, taxe sur les transactions financières… De même sont nécessaires un contrôle social des banques, un encadrement beaucoup plus strict de leurs pratiques ou encore une séparation de leurs activités de dépôt et d’affaires.

Des aides de la BCE conditionnées à la reconversion sociale et écologique

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une nouvelle injection de 750 milliards d’euros sur les marchés financiers. Ce qui risque d’être à nouveau inefficace. La BCE et les banques publiques doivent prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes publiques. Celles-ci vont fortement augmenter à la suite de la « crise du coronavirus ». Elles ne doivent pas être à l’origine de spéculations sur les marchés financiers et de futures politiques d’austérité budgétaire, comme ce fut le cas après 2008.

Une réelle remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l’évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive.

Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques. Les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises doivent être conditionnées à leur reconversion sociale et écologique : maintien de l’emploi, réduction des écarts de salaire, mise en place d’un plan contraignant de respect des accords de Paris… Car l’enjeu n’est pas la relance d’une économie profondément insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter que les travailleurs·euses et les populations précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes… 

Relocalisation de la production

La « crise du coronavirus » révèle notre vulnérabilité face à des chaînes de production mondialisée et un commerce international en flux tendu, qui nous empêchent de disposer en cas de choc de biens de première nécessité : masques, médicaments indispensables, etc. Des crises comme celle-ci se reproduiront. La relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et d’enclencher une transition écologique et sociale des activités. 

La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le cadre d’instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les plus puissants. De ce point de vue, la « crise du coronavirus » dévoile à quel point la solidarité internationale et la coopération sont en panne : les pays européens ont été incapables de conduire une stratégie commune face à la pandémie. Au sein de l’Union européenne doit être mis en place à cet effet un budget européen bien plus conséquent que celui annoncé, pour aider les régions les plus touchées sur son territoire comme ailleurs dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, notamment en Afrique.

Tout en respectant le plus strictement possible les mesures de confinement, les mobilisations citoyennes doivent dès à présent déployer des solidarités locales avec les plus touché·e·s, empêcher la tentation de ce gouvernement d’imposer des mesures de régression sociale et pousser les pouvoirs publics à une réponse démocratique, sociale et écologique à la crise.

Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre « jour d’après ». Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral.

Retrouvez ci-dessous la liste des signataires :

Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
Benoit Teste, secrétaire général de la FSU
Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France
Eric Beynel, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires
Clémence Dubois, responsable France de 350.org
Pauline Boyer, porte-parole d’Action Non-Violente COP21
Léa Vavasseur, porte-parole d’Alternatiba
Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre Solidaire
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement
Lisa Badet, vice-présidente de la FIDL, Le syndicat lycéen
Jeanette Habel, co-présidente de la Fondation Copernic
Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature
Mélanie Luce, présidente de l’UNEF
Héloïse Moreau, présidente de l’UNL

 

Lucien Sève

Le philosophe communiste Lucien Sève est mort lundi 23 mars à l’âge de 93 ans, des suites du Covid-19.

Ce penseur prolifique – auteur notamment de Marxisme et théorie de la personnalité (1969, Éditions sociales) ; Communisme : quel second souffle ? (1990, Messidor/Éditions sociales) ; ou encore la somme, restée inachevée, en plusieurs volumes Penser avec Marx aujourd’hui (2004-2019, La Dispute) –, fin connaisseur de l’œuvre de Karl Marx, a marqué durablement l’histoire des idées de son courant de pensée qu’il a largement contribué à renouveler, surtout à partir des années 1980.

Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, lui a rendu hommage : « Lucien Sève, philosophe communiste, est décédé. Emporté par le coronavirus, celui qui a irrigué le PCF de ses réflexions jusqu’à la fin de sa vie, restera un intellectuel qui a fait vivre une pensée marxiste toujours d’actualité. »

En sa mémoire, cet article d’Yvon Quiniou, paru en mars 2019 sur le site de Mediapart.

lucien sèveUn film passionnant sur Lucien Sève

Un film passionnant sur le philosophe marxiste Lucien Sève vient d’être réalisé. Il évoque ses « trois vies », comme il dit, à savoir son enfance, sa présence à l’École de la rue d’Ulm, son passage de Sartre à Marx grâce à Althusser, puis les déboires que ses convictions communistes ont entraînés dans sa vie comme dans sa carrière. Mais il y a aussi une œuvre considérable, trop méconnue.

Voici une chose étonnante, à un double titre : un film sur un philosophe encore vivant et productif, Lucien Sève (seul Marcel Conche a bénéficié de cette faveur dans la dernière période), mais en plus sur un philosophe « marxiste » (= se réclamant de Marx) dont la particularité est d’être ignoré – j’entends : censuré – par la plupart des médias français tant ceux-ci sont au service de l’idéologie néo-libérale dominante, qu’il le sachent et le veuillent ou pas. Cet étonnement s’accroît encore plus quand on prend conscience de l’importance quantitative et qualitative de son œuvre, qui a commencé avec son livre Marxisme et théorie de la personnalité (1969), qui a connu une diffusion internationale considérable (il vient même d’être réédité en Argentine), qui s’est poursuivie avec une réflexion constante sur ce que pourrait être une philosophie disons s’inspirant de Marx, pour le prolonger, l’approfondir et témoigner de son actualité par-delà le  naufrage qu’a constitué l’expérience soviétique, en opposition directe avec les enseignements de l’auteur du Capital. Avec, pour la dernière période d’au moins dix ans, un renouvellement assez important de sa pensée dans une trilogie de trois ouvrages substantiels sous l’égide de Penser avec Marx aujourd’hui, comportant Marx et nous, « L’homme » ? et « La philosophie » ?, qui sera suivie d’un quatrième livre « Le communisme » ?, en préparation. Et l’on remarquera que ces titres mettent entre guillemets des termes connus et sont suivis d’un point d’interrogation, manière de suggérer d’emblée qu’il questionne, s’interroge et ne se contente pas d’affirmer dogmatiquement. Bref, il est en recherche et il faut suivre cette recherche iconoclaste par rapport à ce qui se publie aujourd’hui, même si l’on n’est pas d’accord avec toutes ses conclusions.

Pourtant, l’intérêt de ce film ne se résume pas à l’évocation « abstraite », quoique dialoguée, de sa pensée. Il est en réalité passionnant parce qu’il évoque la vie d’un philosophe et, plus précisément ses trois « vies » successives, avec ses états psychologiques différents et des anecdotes, drôles ou éprouvantes. Il a eu une enfance heureuse, ce qui peut expliquer son équilibre et son dynamisme, avec des parents aimants et engagés politiquement à gauche, spécialement dans le combat laïc. Un détail amusant : enfant, ne pouvant aller à l’école et voyant que son frère aîné y allait, il se mit à hurler et à cogner sur la porte de son habitation, comme si la soif de savoir était déjà là en lui. On le retrouva endormi contre cette porte ! Ses succès scolaires l’entraînèrent jusqu’à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, mais la préparation du concours avait été tellement fatigante que ses deux premières années à l’École il les passa à voir des films et à tenter d’écrire dans divers registres, dont celui de la poésie. L’on retiendra ses impressions très négatives sur cette École : non à cause de son enseignement, de qualité, mais à cause de sa fréquentation par les enfants d’une bourgeoisie privilégiée dont les défauts humains et mondains l’irritèrent au plus haut point. Mais il y avait une cellule communiste, qui l’attirait bien qu’il la trouvât un peu « stalinienne », et surtout il y avait Louis Althusser, dont il suivit les cours et devint l’ami : c’est ce qui le fit basculer de Sartre à Marx, définitivement, comme il le dira. Comment se passa son agrégation, pour lui le brillant sujet ? Ce qu’il en raconte vaut, si j’ose dire, le détour de ce film… comme ce qu’il s’en suivit.

Reçu au petit oral qui conditionnait l’accès au grand oral, il dut traiter de la croyance. Et son exposé irréligieux suscita la colère du jury, alors qu’il n’était pas là pour juger une orientation mais la qualité philosophique de son argumentation, et Sève était donc destiné à être collé. Mais une aide extérieure intervint, qui convainquit ce même jury de l’entendre au grand oral avant de le coller. Or son exposé de qualité, sur un sujet spinoziste « neutre », lui permit d’être reçu : quelle époque ! En tout cas, son allure vestimentaire « mondaine » acceptable lui valut d’être nommé au consulat de Bruxelles… sur une base pour le moins curieuse ! Et dans ce cadre, un nouvel incident, mais pire, intervint : patatras ! On lui proposa un cycle de conférences qui déplut fortement à la bourgeoisie de la ville parce qu’il se fit  alors l’avocat de Marx contre Sartre. Conséquence qu’on a de la peine à imaginer aujourd’hui : il fut limogé de son poste, nommé dans une petite ville, Chaumont, et menacé à terme de radiation de l’enseignement (ce qui eût été parfaitement illégal). Du coup, il anticipa son service militaire pour échapper à cette conclusion, (on ne peut radier un professeur absent !) et partit en Algérie où on l’affectât à un poste très pénible et dangereux, puis dans un bataillon de combat tout aussi dangereux. Et tout cela en guise de représailles pour ses convictions communistes et son appartenance désormais au PC. Je laisse l’auditeur-spectateur de ce film découvrir ses conditions de vie désastreuses et comment il en réchappât au final. Tout cela est édifiant.

Comme fut édifiant sa nomination, ensuite, non à Bordeaux, mais dans un petit lycée de sa périphérie, à Talence. Il avait déjà dans son dossier un rapport d’inspection négatif de G. Canguilhem, excellent épistémologue mais inspecteur abominable, capable de casser une carrière par hostilité idéologique. Heureusement, il s’en sortit bien car il savait enseigner et ce malgré la réputation sulfureuse qu’il avait à l’extérieur : des élèves mal intentionnés rapportaient certains de ses propos en surdéterminant politiquement leur signification… ce qui m’est arrivé aussi à moi ! En tout cas les choses rentrèrent dans l’ordre quand une bonne inspection, honnête intellectuellement, annula la précédente. Il put alors se faire nommer à Marseille et c’est là que son militantisme s’affirma et qu’il se mit pourtant à écrire beaucoup. Il accepta  d’être élu au Comité central du PC, il prit la direction des Éditions sociales, ce qui était une tâche écrasante mais qui ne l’empêcha pas de collaborer à diverses revues comme la Nouvelle critique, d’approfondir sa conception de ce qu’il appelait encore à l’époque « La philosophie marxiste » (il renonça par la suite à cette expression, on l’a vu). Mais surtout, tout en étant d’une fidélité assumée à l’extérieur, il s’engagea de plus en plus dans un combat interne pour une « refondation » du communisme et de son parti, mais qu’il manifestait aussi dans des ouvrages politiques, fût-ce à mots couverts ou prudents, avec un forme de fascination pour Lénine qu’il opposait radicalement à Staline. La suite on la connaît davantage : ses rapports compliqués avec la hiérarchie du Parti, ses amitiés fortes dont celle pour Althusser alors qu’il s’éloignait pourtant de plus en plus de ses positions philosophiques, le travail de traductrice de sa femme grâce à qui il put faire traduire et éditer en France les œuvres de Vygotski, ce grand théoricien de la psychologie et de l’art, scandaleusement passé sous silence dans notre pays. Mais son intérêt pour lui atteste de l’importance qu’il a toujours accordé au problème de la personnalité individuelle et donc de la psychologie au sein du marxisme : l’homme est aussi un « je » actif, quels que soient les influences sociales qu’il subit et intériorise.

Je laisse de côté sa troisième « vie », philosophique essentiellement, puisque je l’ai évoquée d’emblée et qu’elle dure encore, avec cette idée qu’il défend avec pertinence : nous sommes à une époque où la retraite peut ne pas être un vieillissement précoce et ennuyeux, sans activité enrichissante. Ce peut être, au contraire, un véritable « vie », la troisième donc. Ce film réalisé par Marcel Rodriguez, vivant, voire drôle et même en chansons parfois, soutenu par la Fondation Gabriel Péri, en est un très beau témoignage. On aimerait donc que les médias en parlent et cessent d’occulter tout ce qui peut déranger leur confort idéologique et politique, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle ! Mais, comme je l’ai indiqué ici même, confondant (comme les communistes de l’époque d’ailleurs) le « marxisme de Marx » et celui de ses continuateurs avec ce qui s’est fait en son nom dans les « pays de l’Est », qui n’en était qu’une trahison, on a l’impression que, pour eux, le marxisme n’existe pas ou est mort et que seules existent les pensées molles de notre temps. Ils risquent fort d’être surpris par le « réveil de la taupe » et ils feraient mieux de l’anticiper ! Ce serait un signe d’intelligence.

                                                                     Yvon Quiniou 

Les 3 vies de Lucien Sève, philosophe. Un film de Marcel Rodriguez. Avec l’appui de la Fondation Gabriel Péri.

Ils sauvent des vies

Communiqué du groupe des élus Front de Gauche au Conseil régional d’Île-de-France

Soutien du groupe Front de Gauche aux personnels soignants

Crise du COVID-19
Soutenir et agir pour celles et ceux qui sauvent des vies

Paris, le 25 mars 2020

FDG CRLa vague de la pandémie de Coronavirus touche de plein fouet l’Ile-de-France. Notre Région compte le plus grand nombre de malades du Covid 19 et sa situation sanitaire est très préoccupante. Les communes, les départements et la Région sont pleinement mobilisés aux côtés des Francilien.ne.s.

Durant cette crise sanitaire d’ampleur, les élu.e.s Front de Gauche tiennent à réaffirmer leur totale solidarité aux personnels soignants qui sauvent des vies.

Infirmier.e.s, aides soignant.e.s, médecins, personnels ouvriers, techniques et logistiques des hôpitaux… elles et ils sont en première ligne et exercent leur métier avec un sens aigu de l’intérêt général.
Depuis des années pourtant, les soignants dénoncent avec force les fermetures massives de services et de lits, le manque de moyens, les bas salaires, les pertes de postes, la destruction pierre après pierre du service public de santé, la transformation de l’hôpital en entreprise…
Depuis des années pourtant, les soignants, avec leurs organisations, demandent que l’austérité ne soit plus la boussole dans la gestion de nos hôpitaux.

Avant l’épidémie, les réponses gouvernementales à leurs justes revendications étaient bien trop souvent les canons à eau et les matraques. Avant l’épidémie, il manquait 600 millions d’euros pour les hôpitaux, 400 postes d’infirmières en Ile-de-France n’étaient pas pourvus.

Emmanuel Macron salue aujourd’hui l’engagement des soignants. Cela ne fait pas oublier que le service public de santé a été dépecé méthodiquement depuis des décennies. L’ampleur et la gravité de la crise sont telles que tout peut s’effondrer. Si tous les soirs à 20 heures, des millions de Français applaudissent, casserolent et chantent pour soutenir les personnels soignants, collectivement, ces Français démontrent aussi leur attachement au système public de santé.

Il est, dès lors, impossible que les mots prononcés ne soient pas suivis de décisions financières. Il est impossible que la santé essentielle à la nation reste soumise aux « lois » du marché.

Dès à présent, du matériel (masques, gants, combinaisons, lunettes) de protection doit être produit en masse et mis à disposition de nos soignants. La Région a commandé 20 millions de masques pour pallier en partie l’impréparation de l’État. Dès lors des tests systématiques doivent être faits pour protéger les soignants et leurs familles dont une grande partie est déjà contaminée.

Dès à présent, un rectificatif budgétaire doit être voté afin de financer correctement l’hôpital public et pour rémunérer correctement ses personnels.

Dès à présent, un moratoire sur la tarification à l’activité dans les hôpitaux doit être pris.

Plus tard, tout doit être revu afin que le service public de santé soit une priorité nationale, que celles et ceux qui le font vivre puissent le faire correctement et soient rémunérés à la hauteur de leur travail indispensable et que la santé soit réellement un droit pour tous et toutes.

Manu Dibango

Le saxophoniste Manu Dibango a rendu son dernier souffle.

Il était au festival « Jazz in Marciac » de l’été 2019.

L’Humanité lui rend hommage.

Le légendaire musicien s’est éteint, victime du Covid-19, à l’âge de 86 ans. Nous republions son entretien accordé à l’Humanité à l’été 2019, à l’occasion de son passage à Marciac. « Papy Groove » se préparait alors aussi à fêter, à Paris, en octobre, ses 60 ans de carrière, lors d’un concert exceptionnel avec son Soul Makossa Gang et l’Orchestre Lamoureux, sous le parrainage de Fip.

Bon pied, bon œil, et surtout une oreille toujours à l’écoute du monde et de ses sonorités, papa Dibango, qui soufflera 86 bougies le 12 décembre, fête ses soixante ans de carrière, lors d’un concert exceptionnel au grand Rex. Il nous embarquera à bord de sa sémillante inspiration, pour un périple inédit, baptisé Safari symphonique. Lui, qui célèbre « les racines de la musique noire venue d’Afrique », précise-t-il, conduira son flamboyant Soul Makossa Gang. Cette formation inclut l’émérite tandem rythmique formé par Raymond Doumbé, dont la basse ahurissante a servi durant nombre d’années la légendaire Miriam Makeba, et le batteur Guy Nwogang, remarqué en outre auprès de MC Solaar et de Stevie Wonder.

Sans oublier les voix expertes d’Isabel Gonzalez, Marie Line Marolany et Valérie Belinga. Au Grand Rex, le Soul Makossa Gang sera augmenté d’une section de cinq cuivres. Ouvert aux rencontres artistiques, l’Orchestre Lamoureux (30 musiciens), dirigé par Martin Fondse, le rejoindra sur scène pour une fraternelle et fertile accolade. L’auteur compositeur du tube planétaire « Soul Makossa » n’a cessé de forger des passerelles soniques entre son Afrique natale, le jazz de son cœur et les negro spirituals transmis par les esclaves. Cette fois, il nous invite aux noces radieuses de son style « afropéen » et de la musique classique, pour le meilleur et pour le swing.

« Nous avons été heureux de jouer pour ce merveilleux public de Jazz In Marciac », déclarait le grand chef au nombreux auditoire le 3 août dernier, à la fin de son concert. Le lendemain, Jazz au Cœur, la gazette quotidienne élaborée par une équipe de passionnés bénévoles, a salué cette « traversée électrique », qui avait emporté le public à travers « funk légèrement planant » et « pépites dansantes ». Dans les loges de Jazz In Marciac, nous avons rencontré le fringant planteur de groove, qui, malgré les maintes sollicitations de la presse nationale et internationale, a répondu à deux questions.

Vous qui avez arpenté six décennies de musique, quels sont les changements advenus qui vous aient le plus marqué ?

Manu Dibango. Les bouleversements qu’a apportés le numérique. On est beaucoup plus dans le virtuel que dans le sensuel. Et c’est une chose qu’on nous impose de plus en plus, que nous le voulions ou non. On ne touche plus un disque comme on le faisait avant. Moi, j’aime le contact physique avec l’objet, prendre le temps de lire le livret… Mais, aujourd’hui, beaucoup de gens ont un doigt sur leur clavier, et les neuf autres au chômage ! J’ai connu l’époque où l’on économisait sou après sou pour s’acheter un disque, qu’ensuite on écoutait religieusement avec ses copains mélomanes. Un jour, alors que je sortais d’un magasin de disques avec une collection d’albums dans mes mains, des enfants m’ont demandé : « Tu achètes de la musique ? ». Ca les étonnait, eux qui ont tout dans leurs baladeurs numériques. Le problème de fond, c’est la rétribution de l’artiste. Les gens trouvent normal d’acheter leur pain, mais pas la musique, devenue un bien de consommation gratuit. Cela dévalorise l’acte de la création et, par là même, porte atteinte à la notion même de création. Du savoir-faire, de la technicité, il y en a à la pelle. Mais l’invention artistique, c’est souvent à la porte à côté. Il y a des quantités industrielles de virtuoses qui jouent aussi vite que les ordinateurs. Mais les véritables artistes ont de moins en moins de visibilité, eux qui cherchent une seule note, la bonne note, celle qui a un sens.

À Marciac, vous avez invité, sur quelques morceaux, la bassiste Manou Gallo et, depuis de nombreuses années, vous faites appel aux vocalistes Isabel Gonzalez et Valérie Belinga. Mettre en lumière les artistes féminines, est-ce important pour vous ?

Manu Dibango. C’est une dimension à laquelle on devrait penser davantage. Je suis heureux d’accueillir sur scène ces trois personnalités talentueuses. Je travaille souvent avec Isabel Gonzalez et Valérie Belinga, qui sont toutes deux à la fois choristes et chanteuses, ce qui n’est pas évident, car cela correspond à des fonctions très différentes. Chacune d’elle mène sa propre carrière de chanteuse. Isabel Gonzalez, qui a participé à des opéras, a chanté pour de fameuses formations africaines, ainsi que Valérie Belinga qui, par ailleurs a fait du théâtre. Elles sont terriblement musiciennes ! Je les trouve particulièrement complémentaires. Quant à Manou Gallou, je l’ai découverte à Abidjan, dans la troupe de Werewere Liking, une artiste polyvalente camerounaise installée en Côte d’Ivoire. Elle a collaboré avec Zap Mama, les Tambours de Brazza, etc. Vous l’avez entendue à la basse, mais elle cartonne aussi au djembé. Des femmes bassistes, il n’y a pas tant que ça. Alors, oui, je suis vraiment content de soutenir des musiciennes qui ont à la fois le son et la « soul », l’âme.

Fara C.

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