Un archipel des gauches et des écologistes

bb34Le 30 juin dernier, il faisait beau et très chaud, personne n’était confiné, le Covid-19 nous était inconnu, et des centaines de personnes se pressaient à Paris au cirque Romanès pour le lancement de l’appel au rassemblement de la gauche et des écologistes : un « big bang » pour donner une perspective majoritaire à « un monde politique qui existe mais est éparpillé ». Les initiateurs de cet appel s’expriment à nouveau, en ces temps de pandémie qui bouscule en profondeur l’organisation de nos sociétés. À lire ci-dessous.

bb1Tribune. Fédérer au sein des gauches et des écologistes : le temps nous oblige, vite

Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreuses initiatives, publiques ou non, tribunes et pétitions circulent pour faire advenir un monde nouveau. Ces appels doivent converger pour enclencher une dynamique qui bouscule le champ politique.

Beaucoup a déjà été écrit sur la période que nous traversons. Plus personne ne nie que nous vivons un basculement, une rupture franche entre un avant et un après. Notre modèle de développement est en cause. Hérité du capitalisme industriel du XIXe siècle, il est basé sur la loi du profit, la prédation des ressources naturelles et énergétiques, l’exploitation, le temps court et la démesure. Depuis des décennies, le néolibéralisme, avec son lot d’austérité des budgets publics, de dérégulation économique et d’aveuglement à l’égard des limites des ressources naturelles, nous a considérablement affaiblis pour affronter la pandémie. Aujourd’hui, chacun pressent que ce modèle bute sur ses propres contradictions.

Stratégie du choc ou modèle alternatif

De nombreuses voix s’élèvent, au gouvernement comme au Medef, pour revendiquer un retour rapide à la normale, une mobilisation générale en faveur de la levée de toutes les contraintes sociales ou environnementales susceptibles de freiner le redémarrage. «L’important, c’est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, pour tenter d’effacer, dès 2021, les pertes de croissance de 2020», déclare le patron du Medef qui ajoute clairement : «Ensuite, il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire.» Bruno Le Maire ne dit pas autre chose : il faut «se remettre fortement au travail» pour «relancer la croissance».

Cette voie est une impasse dangereuse. Des voix nombreuses dans la société contestent cette orientation qui nous conduit dans un mur. L’austérité budgétaire, avec sa marchandisation de la santé et ses lits d’hôpitaux décimés, nous a considérablement affaiblis dans la crise sanitaire. Nous avons vu aussi que la rapacité d’entreprises à l’activité non indispensable conduisait des salariés à travailler sans protection. Les métiers nécessaires à nos vies se sont révélés au grand jour… Scoop : les aides-soignantes et les éboueurs sont plus utiles que les traders ou les publicitaires, ce qui ne se lit pas dans la reconnaissance sociale et la feuille de paie. Les catastrophes liées à la crise climatique nous apparaissent plus tangibles, le Covid-19 faisant figure de grande répétition : nous devons nous y préparer et changer pour empêcher le désastre planétaire.bb7

Les termes d’une alternative sociale et écologiste se cherchent et s’inventent. Elle tient dans une articulation des objectifs sociaux et écologistes. L’heure est venue d’accélérer le processus de maturation d’une issue émancipatrice aux crises contemporaines. Le partage des richesses et des ressources naturelles, des pouvoirs, des savoirs et des temps de la vie est le fil rouge et vert qui peut relancer l’espérance d’une vie meilleure. Les conditions de l’habitabilité de la Terre doivent être assurées comme celles de la dignité et de la liberté pour chacune et chacun. Sortir du consumérisme pour se poser la question des besoins est un enjeu décisif. La hiérarchie des normes et des revenus s’en trouvera bousculée autant que le productivisme qui détruit l’écosystème et le sens de la bb29vie. Développer les biens communs, relocaliser l’économie, changer la fiscalité et taxer les revenus financiers pour viser la justice sociale, étendre le socle des droits et protections, assurer une démocratie active en engageant la refonte de notre République : ces objectifs sont largement partagés au sein des gauches et des écologistes. Nous savons que bien des questions restent clivantes, sur la stratégie européenne, le niveau de rupture, le nucléaire ou encore la place de l’État. Le mot gauche lui-même est en débat. Mais l’histoire s’accélère et notre responsabilité est engagée.

bb11Nous devons créer les conditions d’une alternative au duopole Macron-Le Pen. Nous sommes vent debout contre le pouvoir en place qui suscite chaque jour davantage de contestation et de colère. En face, l’extrême droite croît son heure arrivée. Nous aurions tort de balayer cette hypothèse d’un revers de la main, trop concentrés à compter nos divergences. La menace est sérieuse.

Construire l’archipel des gauches et des écologistes

Face à l’ampleur et à la gravité de ces enjeux, rien ne serait plus lamentable de la part des gauches comme des écologistes, que de rester dans leur couloir respectif et de se croire capable, chacune, de rassembler autour d’elle. Ce choix serait une impasse face aux forces nationalistes, libérales ou conservatrices qui se nourrissent des chocs pour se renforcer. Nous devons, dès maintenant, inventer un dispositif politique permettant de concilier les spécificités ou identités de chaque composante et le travail en commun autour d’un nouveau projet de société social et écologiste.bb13

L’archipel politique, notion inspirée du poète martiniquais Édouard Glissant, fait partie des dispositifs envisageables rompant avec la tentation de l’hégémonie, du rapport de force ou du rassemblement derrière un seul étendard. L’enjeu est de dégager une forte cohérence d’ensemble tout en laissant vivre des collectifs, des partis, des sensibilités diverses. Le pluralisme participe de la richesse commune et de notre capacité à devenir majoritaire dans le pays. Aujourd’hui, il se traduit par une atomisation qui nous décrédibilise pour accéder aux responsabilités.

bb14De nombreuses initiatives, publiques ou non, tribunes et pétitions circulent depuis le début de la crise sanitaire. Elles portent la volonté de faire advenir un monde nouveau. Ce foisonnement est positif mais si ces appels ne convergent pas, quelles sont nos chances d’enclencher une forte dynamique qui bouscule le champ politique ? Aucune. C’est pourquoi nous appelons au rapprochement de toutes ces initiatives. C’était le sens de notre appel à un big-bang il y a un an, après les élections européennes. Les raisons d’un chamboule-tout sont démultipliées en ces temps tragiques liés à la crise sanitaire. Il est urgent de dessiner un chemin commun, une perspective politique pour que «le temps d’après» ne soit pas la copie dégradée ou catastrophique du temps d’avant. Nous y prendrons toute notre part. Avec détermination et énergie.

Clémentine Autain députée (groupe LFI), Guillaume Balas coordinateur du mouvement Génération·s, Elsa Faucillon députée (groupe communiste), Alain Coulombel, membre d’EE-LV

Photos de l’après-midi du 30 juin 2019 au cirque Romanès : merci à S.B. !

6 réflexions sur “Un archipel des gauches et des écologistes

  1. Cyril Ramaphosa

    Plus de 200 médecins et soignants cubains sont arrivés lundi en Afrique du Sud pour participer à la lutte contre le coronavirus dans le pays le plus touché du continent par la pandémie, a annoncé la présidence sud-africaine.

    Selon le dernier bilan officiel, plus de 4.500 cas d’infection au Covid-19, dont 87 mortels, y ont été recensés.

    Dans la délégation cubaine figurent des épidémiologistes, des experts en santé publique, des médecins généralistes et des techniciens spécialisés dans le matériel médical qui « vont soutenir les efforts déjà déployés en Afrique du Sud contre la propagation du Covid-19 », a précisé la présidence.

    Le chef de l’Etat Cyril Ramaphosa a annoncé la levée progressive à partir du 1er mai de l’ordre de confinement national imposé aux 57 millions de Sud-Africains depuis le 27 mars.

    Son gouvernement a lancé une vaste campagne de dépistage qui a déjà permis de tester 168.000 personnes.

    L’Afrique du Sud entretient des liens étroits avec Cuba depuis la chute du régime raciste blanc de l’apartheid en 1994. Le régime castriste avait soutenu la lutte de libération conduite par le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela.

    Cuba a également dépêché récemment 250 de ses médecins et personnels soignants en Angola pour lutter contre le Covid-19.

    La Havane avait envoyé, en pleine Guerre froide, des milliers de soldats dans ce pays d’Afrique australe pour soutenir le régime du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, marxiste) dans la guerre civile (1975-2002).

    AFP, publié le lundi 27 avril 2020 à 11h40

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