Manu Dibango

Le saxophoniste Manu Dibango a rendu son dernier souffle.

Il était au festival « Jazz in Marciac » de l’été 2019.

L’Humanité lui rend hommage.

Le légendaire musicien s’est éteint, victime du Covid-19, à l’âge de 86 ans. Nous republions son entretien accordé à l’Humanité à l’été 2019, à l’occasion de son passage à Marciac. « Papy Groove » se préparait alors aussi à fêter, à Paris, en octobre, ses 60 ans de carrière, lors d’un concert exceptionnel avec son Soul Makossa Gang et l’Orchestre Lamoureux, sous le parrainage de Fip.

Bon pied, bon œil, et surtout une oreille toujours à l’écoute du monde et de ses sonorités, papa Dibango, qui soufflera 86 bougies le 12 décembre, fête ses soixante ans de carrière, lors d’un concert exceptionnel au grand Rex. Il nous embarquera à bord de sa sémillante inspiration, pour un périple inédit, baptisé Safari symphonique. Lui, qui célèbre « les racines de la musique noire venue d’Afrique », précise-t-il, conduira son flamboyant Soul Makossa Gang. Cette formation inclut l’émérite tandem rythmique formé par Raymond Doumbé, dont la basse ahurissante a servi durant nombre d’années la légendaire Miriam Makeba, et le batteur Guy Nwogang, remarqué en outre auprès de MC Solaar et de Stevie Wonder.

Sans oublier les voix expertes d’Isabel Gonzalez, Marie Line Marolany et Valérie Belinga. Au Grand Rex, le Soul Makossa Gang sera augmenté d’une section de cinq cuivres. Ouvert aux rencontres artistiques, l’Orchestre Lamoureux (30 musiciens), dirigé par Martin Fondse, le rejoindra sur scène pour une fraternelle et fertile accolade. L’auteur compositeur du tube planétaire « Soul Makossa » n’a cessé de forger des passerelles soniques entre son Afrique natale, le jazz de son cœur et les negro spirituals transmis par les esclaves. Cette fois, il nous invite aux noces radieuses de son style « afropéen » et de la musique classique, pour le meilleur et pour le swing.

« Nous avons été heureux de jouer pour ce merveilleux public de Jazz In Marciac », déclarait le grand chef au nombreux auditoire le 3 août dernier, à la fin de son concert. Le lendemain, Jazz au Cœur, la gazette quotidienne élaborée par une équipe de passionnés bénévoles, a salué cette « traversée électrique », qui avait emporté le public à travers « funk légèrement planant » et « pépites dansantes ». Dans les loges de Jazz In Marciac, nous avons rencontré le fringant planteur de groove, qui, malgré les maintes sollicitations de la presse nationale et internationale, a répondu à deux questions.

Vous qui avez arpenté six décennies de musique, quels sont les changements advenus qui vous aient le plus marqué ?

Manu Dibango. Les bouleversements qu’a apportés le numérique. On est beaucoup plus dans le virtuel que dans le sensuel. Et c’est une chose qu’on nous impose de plus en plus, que nous le voulions ou non. On ne touche plus un disque comme on le faisait avant. Moi, j’aime le contact physique avec l’objet, prendre le temps de lire le livret… Mais, aujourd’hui, beaucoup de gens ont un doigt sur leur clavier, et les neuf autres au chômage ! J’ai connu l’époque où l’on économisait sou après sou pour s’acheter un disque, qu’ensuite on écoutait religieusement avec ses copains mélomanes. Un jour, alors que je sortais d’un magasin de disques avec une collection d’albums dans mes mains, des enfants m’ont demandé : « Tu achètes de la musique ? ». Ca les étonnait, eux qui ont tout dans leurs baladeurs numériques. Le problème de fond, c’est la rétribution de l’artiste. Les gens trouvent normal d’acheter leur pain, mais pas la musique, devenue un bien de consommation gratuit. Cela dévalorise l’acte de la création et, par là même, porte atteinte à la notion même de création. Du savoir-faire, de la technicité, il y en a à la pelle. Mais l’invention artistique, c’est souvent à la porte à côté. Il y a des quantités industrielles de virtuoses qui jouent aussi vite que les ordinateurs. Mais les véritables artistes ont de moins en moins de visibilité, eux qui cherchent une seule note, la bonne note, celle qui a un sens.

À Marciac, vous avez invité, sur quelques morceaux, la bassiste Manou Gallo et, depuis de nombreuses années, vous faites appel aux vocalistes Isabel Gonzalez et Valérie Belinga. Mettre en lumière les artistes féminines, est-ce important pour vous ?

Manu Dibango. C’est une dimension à laquelle on devrait penser davantage. Je suis heureux d’accueillir sur scène ces trois personnalités talentueuses. Je travaille souvent avec Isabel Gonzalez et Valérie Belinga, qui sont toutes deux à la fois choristes et chanteuses, ce qui n’est pas évident, car cela correspond à des fonctions très différentes. Chacune d’elle mène sa propre carrière de chanteuse. Isabel Gonzalez, qui a participé à des opéras, a chanté pour de fameuses formations africaines, ainsi que Valérie Belinga qui, par ailleurs a fait du théâtre. Elles sont terriblement musiciennes ! Je les trouve particulièrement complémentaires. Quant à Manou Gallou, je l’ai découverte à Abidjan, dans la troupe de Werewere Liking, une artiste polyvalente camerounaise installée en Côte d’Ivoire. Elle a collaboré avec Zap Mama, les Tambours de Brazza, etc. Vous l’avez entendue à la basse, mais elle cartonne aussi au djembé. Des femmes bassistes, il n’y a pas tant que ça. Alors, oui, je suis vraiment content de soutenir des musiciennes qui ont à la fois le son et la « soul », l’âme.

Fara C.

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2 réflexions sur “Manu Dibango

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