Patrick Kanner :
« C’est aux Français de décider du sort d’ADP »
Entretien avec Patrick Kanner, président du Groupe socialiste et républicain au Sénat, paru dans l’Humanité du 11 avril 2019
Des parlementaires hostiles à la privatisation d’ADP se sont pour la toute première fois entendus en nombre suffisant pour réclamer l’organisation d’un référendum.
Les 248 parlementaires de gauche comme de droite ont signé une proposition de loi visant à organiser un référendum contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP). Comment ce front s’est-il construit ?
Patrick Kanner Cette démarche est historique. Ce n’était jamais arrivé dans l’histoire de la Ve République, à la suite de la révision constitutionnelle de 2008, que plus de 185 parlementaires s’entendent pour lancer un référendum d’initiative partagée (RIP). Le texte a été déposé mercredi au bureau de l’Assemblée nationale, après un travail collectif. L’idée est née dès le rejet de la privatisation d’ADP par le Sénat, et a été confortée par le débat à l’Assemblée. Quand nous avons vu qu’il y avait une unanimité dans l’opposition, de gauche comme de droite, pour s’opposer à ce projet, nous nous sommes mis à la recherche d’outils pour contrer la volonté du gouvernement. Avec Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée, nous avons associé en premier lieu les deux groupes communistes du Sénat et de l’Assemblée, très hostiles à cette privatisation. Puis nous avons élargi le front grâce à des parlementaires LR, FI, LT, RDSE, UDI, UC et non-inscrits. Tous ensemble, nous avons su dépasser nos différences en considérant que l’intérêt national est en jeu. On retrouve ici, non pas l’esprit du CNR, ce serait peut-être un peu osé de ma part, mais en tout cas une haute conscience du rôle du politique.

Quelles sont les étapes pour que ce référendum puisse être organisé ?
Patrick Kanner Il fallait d’abord réunir les signatures et déposer le texte le plus vite possible, car on ne peut pas lancer une procédure de RIP sur un texte promulgué depuis moins d’un an. Là, nous sommes dans les clous : la loi Pacte, qui contient la mesure de privatisation d’ADP, n’a pas encore été définitivement votée et encore moins promulguée. Le Conseil constitutionnel va maintenant devoir vérifier la conformité de notre proposition. Son travail sera totalement analysé, car c’est la toute première fois qu’il aura à se prononcer sur un RIP. Puis nous aurons neuf mois pour réunir la signature d’au moins 10 % du corps électoral, soit 4,7 millions de personnes, pour que le référendum soit enfin organisé. Nous sommes très clairement sur une course d’obstacles. Toute une année de bagarre nous attend. Si le Conseil constitutionnel nous y autorise, nous mènerons une campagne intense, avec l’ensemble des citoyens et de tous les élus locaux franciliens opposés à cette privatisation, pour obtenir l’organisation de ce scrutin.
Quelle question voulez-vous poser par référendum ?
Patrick Kanner Nous voulons donner au peuple français la possibilité d’affirmer ou non le caractère de service public national d’ADP, ce qui aura pour conséquence de rendre impossible sa privatisation. Pour nous, il va sans dire que les aéroports de Roissy, du Bourget et de Roissy sont d’intérêt national et qu’ils ne peuvent pas être bradés au privé. Nous estimons de plus qu’il serait complètement invraisemblable de le faire au sortir du grand débat national, sans consulter les Français, alors même qu’ils réclament sans cesse d’être davantage associés aux décisions politiques. C’est à eux de choisir. On ne peut pas recommencer une erreur aussi manifeste que celle de la privatisation des autoroutes sans avoir un échange construit avec les citoyens.

Cette initiative parlementaire a-t-elle été rendue plus simple par le fait que les arguments utilisés font consensus ?
Patrick Kanner Absolument. Certains nous disent qu’il est scandaleux de signer avec la droite. Mais quand la défense de l’intérêt national est partagée et que nous avons la même analyse du problème, à un moment donné, il me semble normal d’avancer ensemble. Nous sommes tous d’accord pour dire que la privatisation d’ADP est une erreur en termes de souveraineté nationale, d’environnement et d’aménagement du territoire. Ce serait en plus une mauvaise opération économique, car ADP rapporte chaque année des dividendes à l’État. Le gouvernement dit vouloir dégager 250 millions d’euros par an avec cette vente, mais dire que c’est uniquement possible en vendant ADP est une plaisanterie alors que notre budget est de 330 milliards d’euros. En vérité, l’exécutif privatise pour combler les trous à la suite de mauvais choix budgétaires. Il faut l’empêcher de vendre ce qui est à la fois l’entrée de la France et une poule aux œufs d’or. Et il faut en finir avec ce dogme de toujours moins d’État et moins de services publics en imaginant que le privé ferait forcément mieux. Il y a des limites à ne pas franchir : on ne doit pas toucher au patrimoine national et à ce qui relève d’un monopole aussi important.
Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre
Dernier point à l’ordre du jour de cette séance : l’activité du marché municipal.

Des propositions pour le marché, nous en avons. Les faire connaître au Conseil est une autre histoire puisque le maire s’en agace et déclare que nous ne devons que donner acte sur le rapport du délégataire et non pas débattre de pistes éventuelles de redynamisation du marché… Nous ne pourrons donc pas terminer notre intervention.

Et soulever d’éventuels problèmes avec le concessionnaire, qui a fait récemment l’objet d’un article peu élogieux sur sa gestion dans « Le Parisien », et qui « oublie » de facturer eau et électricité aux commerçants de Saint Gratien depuis 18 mois ?
C’était aussi l’occasion de faire le point sur cette question du non-accueil d’enfants au service de restauration scolaire. Le problème est résolu à Jean Jaurès avec l’accès à la nouvelle salle autrefois réservée au personnel et qui accueille non seulement les élèves de Jaurès mais aussi environ 50 enfants de Grusse Dagneaux pour désengorger le réfectoire très fréquenté de cette école. Il paraît en voie de résolution à Raymond Logeais avec des travaux cet été d’agrandissement du réfectoire ; mais il reste entier à Grusse Dagneaux. Le maire ne peut confirmer le nombre de familles aujourd’hui refusées, qui devrait être d’environ 60. Quelles perspectives pour les accueillir ? La restauration scolaire, ce n’est pas qu’un repas, mais aussi du lien social et de l’intégration… (brouhaha dans l’assemblée…) et la cantine, c’est un service public dont on ne peut restreindre l’accès. Quant à changer d’école, comme le suggère la ville aux parents qui souhaitent tout de même pouvoir mettre leurs enfants à la cantine, ce n’est pas anodin et d’ailleurs aucune famille n’a choisi cette « solution » ! Nous ferons très prochainement des propositions pour que tous les enfants soient accueillis dans les cantines de la ville.
Le Conseil débat ensuite de l’augmentation des tarifs périscolaires. 
Le mystère reste donc entier : nous ne savons pas ce qui justifie une augmentation de +2% des tarifs des prestations périscolaires.

Vote des taux d’imposition de la commune. Nous votons contre pour les raisons suivantes.
De nombreux riverains nous interrogent sur les travaux de la passerelle au-dessus des voies du RER rue d’Ermont. 

Fabien Roussel était l’invité de Sonia Mabrouk, sur Europe 1, le 2 avril 2019.
Mise en accessibilité des arrêts de bus 

Lors de la dernière commission « Travaux de voirie/gestion des espaces publics », lundi 1er avril, M. le maire a argué d’un début des travaux plutôt en juillet, selon lui. Or, le lycée a fait savoir dès décembre 2018 que les épreuves du bac ne se tiendront pas au mois de juin 2019 à G. Monod, mais seront délocalisées dans d’autres lycées, eu égard au début des dès début juin travaux pour préparer l’accès des camions du chantier sur l’avenue de Ceinture.


