Cérémonie pluvieuse…

8 mai 1945 – 8 mai 2019

Cérémonie pluvieuse, mais cérémonie heureuse. Doublement.

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En ce 74ième anniversaire de la victoire des alliés sur le nazisme, on s’attendait à être un peu surpris par le rituel du discours de Monsieur le maire devant le monument aux morts.

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Monsieur le maire aurait ainsi pu, par exemple, dire un mot :

– sur Marianne Golz-Goldlust (Autriche) qui a résisté à l’injustice par tous les moyens possibles. En 1939, elle a fait le nécessaire pour que son mari Hans, qui était juif, puisse fuir la Tchécoslovaquie occupée par les Allemands et se rendre en Angleterre. Elle est, elle, restée. En 1942, les nazis ont découvert son réseau de passeurs. Marianne Golz-Goldlust, d’origine autrichienne et chrétienne, a été condamnée à mort et guillotinée le 8 octobre 1943.

– ou bien sur Oda Schottmueller (Allemagne) qui en tant que sculptrice et danseuse comprenait le pouvoir de l’art. Les nazis aussi. Ils lui demandaient des spectacles enjoués qui remontent le moral des gens. Elle a d’abord accepté, mais s’est vite révoltée et a commencé à présenter en secret des spectacles critiquant le régime. Cela a attiré l’attention des autorités. Elle a été exécutée pour trahison.

 

 

Mais Monsieur le maire en ce 8 mai a préféré – après le classique rappel de la victoire historique des alliés et des barbaries de la guerre –  prolonger son propos par une ode à la construction européenne, dont les accents auraient davantage agrémenté, selon nous, un discours pour la journée du 9 mai qui elle, fête l’Europe.

Cependant, après une très rigoriste mise en avant des bienfaits de la construction européenne en matière de construction économique, sa nécessité pour la compétitivité et la puissance de nos industries (Airbus et Ariane ont par exemple été cités, comme Erasmus), pour « faire » face aux puissances économiques que sont la Chine ou bien les États-Unis, Romain Gary a été convoqué.

« Tout repli nationaliste est dangereux et peut conduire au pire ». D’où l’intérêt de la présente commémoration pour la paix en Europe et dans le monde, afin de préserver un climat de bienveillance vis-à-vis d’autrui et un humanisme nous permettant de vivre ensemble en Europe.

C’est là que Monsieur le maire a surpris la tranche la plus aguerrie de son auditoire, puisque « ce n’est qu’ensemble, nous européens pouvons faire face aux défis économiques, sociaux, culturels qui nous attendent et aussi face aux migrants. »cérémonie mai 2019-8.jpg

« Et aussi face aux migrants »…. avec un aspect cependant assez équivoque dans le discours de Monsieur le maire, car en même temps, il a fait référence à l’humanité dont on doit faire preuve mais aussi aux remparts que l’Europe doit ériger pour se protéger de menaces.

Dans ce « en même temps », nous préférons retenir le versant positif…  . Monsieur le maire aurait-il amorcé un virage à 180° ?

Car c’est dans cette même chère ville de St-Gratien qu’une commerçante au marché de Noël a été exclue il y a 6 mois de son stand – pourtant contractuellement loué en bonne et due forme à la ville -, au motif qu’elle était coiffée d’un foulard….

Car il y a 8 ans, une vingtaine de familles ont été congédiées manu militari du foyer du 35 avenue du Général Leclerc, où elles avaient trouvé involontairement et légalement un toit, au motif que leur statut de réfugiés économiques et/ou politiques ne leur accordait pas un droit de « stationnement pérenne » dans notre chère commune. Elles ont été priées de trouver un hébergement ailleurs. Loin de St-Gratien.

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Une cérémonie heureuse  car nous avons aussi pu :

– donner en main propre à Monsieur le maire nos courriers sur quatre dossiers qui nous tenaient à cœur (nous y reviendrons plus tard dans le détail) : l’interdiction qui nous a été faite de communiquer à des tiers en amont du conseil municipal les dossiers des commissions ; le fondement de la demande de protection fonctionnelle du maire suite à l’affaire dite du foulard ; nos propositions pour le marché de St-Gratien ; le dysfonctionnement à la gare des toilettes publiques SNCF et de la rampe pour les personnes à mobilité réduite ;cérémonie mai 2019-10

–  échanger avec la placière du marché qui a convenu avec nous que la ville pourrait faire plus : neutraliser l’utilisation du parking Hémonnot les jours de marché pour le réserver à la clientèle du marché qui y vient en voiture ; neutraliser la rue devant le marché à la circulation et l’interdire au stationnement par une barrière, ce qui n’est plus le cas depuis que la dite barrière s’est tordue un pied… ; améliorer la signalétique autour du marché concernant la réglementation en matière de stationnement afin que la police municipale puisse verbaliser sans scrupule ; annoncer à chaque entrée de ville les jours et les horaires d’ouverture du marché municipal de St Gratien.

Pour nous résumer, une cérémonie pluvieuse, mais doublement heureuse. Lors de laquelle nous avons essayés d’être visibles et utiles aux Gratiennois et à leurs commerçants.

NB : nous avons pu constater avec tristesse les effets collatéraux de l’optimisation des dépenses de fonctionnement de la ville. À force d’être rationalisés, certains élus ont troqué leurs chaussures en cuir contre des baskets sans marque.

S. B.

8 mai 2019 : paix, justice et fraternité

En ce jour de souvenir de victoire sur le nazisme, je veux partager ce texte du Mouvement de la Paix.

Déclaration du Mouvement de la Paix
Le 8 Mai 2019, se souvenir du 8 Mai 1945, pour mieux agir pour la Paix dans la justice et la fraternité

Le 8 mai 1945 a vu la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie.
Cette date consacre la fin de la guerre en Europe et la victoire sur le nazisme qui annonçait la fin de la deuxième guerre mondiale.
Le Mouvement de la paix, 71 ans après sa création à l’instigation de nombreux résistants se doit de rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont agi et se sont battus pour la liberté dans les mouvements de résistance, dans les forces françaises de l’intérieur, dans les armées ou mouvements de résistance de tous les pays qui combattaient le fascisme et le nazisme ainsi qu’à toutes les victimes civiles. Nous devons penser à toutes celles et ceux qui ont péri dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Nous devons nous rappeler de tous les morts du fait de l’intolérance raciste et xénophobe (incluant les discriminations religieuses et culturelles) qui malheureusement tend à resurgir en Europe dans cette période de crise.

Mais le Mouvement de la Paix entend aussi se souvenir que le 8 mai 45 a été marqué par le début d’une répression sauvage en Algérie. Cette répression a causé plusieurs dizaines de milliers de morts en quelques jours dans la région de Sétif. Cette répression a été menée dans le cadre d’un colonialisme féroce qui n’entendait pas faire bénéficier les algériens et algériennes des libertés que permettait d’entrevoir la victoire contre le nazisme. Cette victoire pourtant, le peuple algérien, comme tous les autres peuples colonisés de Tunisie, du Maroc, d’Afrique etc qui souffraient sous le joug du colonialisme français, avaient largement contribué à la gagner contre les forces du nazisme. Cette répression constitue le point de départ de la guerre d’Algérie à l’issue de laquelle le peuple algérien a acquis son indépendance et sa souveraineté. Cette indépendance et cette souveraineté lui permettent encore aujourd’hui même d’écrire une nouvelle page de son histoire qui nous l’espérons permettra au peuple Algérien de construire démocratiquement et pacifiquement l’Algérie de ses rêves.

Alors qu’aujourd’hui les acquis sociaux et démocratiques obtenus dans la période qui a suivi la victoire sur le nazisme sont remis en cause, ce moment annuel de mémoire est important pour construire le futur. Il doit permettre à chacun de prendre conscience que la construction d’un monde et d’une Europe de justice, de solidarité, de fraternité et de paix nécessite l’action individuelle et collective tant pour la justice sociale, la prévention des conflits et la diminution des dépenses d’armement (qui ont atteint la somme inacceptable de 1820 milliards de dollars en 2018) comme nous y convie la Charte des Nations unies.

La lutte pour la paix, pour la justice sociale, pour les droits, pour la justice, contre le racisme et la xénophobie, pour l’élimination des armes nucléaires, contre le commerce des armes et contre le dérèglement climatique, ainsi que les efforts pour faire émerger une culture de la paix et de la non-violence, font partie du combat pour la liberté, pour un monde enfin humain, fraternel et juste. Ces combats solidaires et actuels, sont constitutifs du chemin vers la paix.

À Paris, le 8 mai 2019
Le Mouvement de la Paix

Mai 1945 : Paris, mais aussi Sétif

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Européennes 2019 : Ian Brossat, communiste new-look

Article paru dans « Le Parisien »

La tête de liste du PCF aux européennes réussit sa campagne, sur le terrain et dans les médias… mais reste scotchée à 3 % dans les sondages.

C’est l’une des révélations de cette campagne des européennes. Ian Brossat, la tête de liste communiste, prend la lumière comme personne au PC depuis Georges Marchais. « C’est bien pour notre parti et pour le débat politique en général », se réjouit-on Place du Colonel-Fabien. Certes, les sondages sont loin d’être aussi brillants : le communiste, 39 ans depuis quelques jours, n’est même pas crédité des 3 % indispensables pour un remboursement de ses frais de campagne.

Malgré les meetings et les réunions qu’il enchaîne depuis plusieurs semaines. « Si Ian réussit à franchir ce seuil et à plus forte raison les 5 % nécessaires pour conserver des sièges au Parlement de Strasbourg, alors il sera promis à un avenir de premier plan au sein du parti », affirme Stéphane Peu, un briscard du PC et député de Seine-Saint-Denis.

Dans les débats diffusés par les télés et les radios, le conseiller de Paris défend avec brio des notions aussi arides qu’une clause de « non-régression sociale », un smic européen ou le renforcement de la lutte contre la fraude fiscale. Mais Brossat a aussi le sens de la formule. « Nathalie Loiseau, c’est un peu la Richard Virenque de la politique, elle a été candidate à l’insu de son plein gré », lance le communiste à propos de la présence de sa rivale, en 1984 à Sciences Po, sur une liste d’extrême-droite.

Même l’opposition parisienne le loue

Surtout, Brossat préfère la démonstration à la polémique, le débat à l’anathème. « Dans la période de grande confusion que vit la gauche, le parti communiste peut devenir un repère, analyse cet ancien professeur, agrégé de lettres, spécialiste de littérature américaine. Nous sommes là depuis des décennies sans jamais, contrairement à d’autres, changer tous les quatre mois d’idées ou de nom », vante Brossat qui, entré au parti à l’âge de 19 ans, y a « passé plus de temps dedans que dehors ». « Il faut nous juger sur ce que l’on fait localement et non sur ce qu’on disait dans les années 1970 », insiste l’adjoint au maire de Paris, en charge du logement.

Car la « Brossat touch » c’est l’affirmation d’une ligne réaliste face aux idéologues. La lutte contre Airbnb accusé de favoriser l’envolée des loyers, l’installation d’un centre d’hébergement pour SDF dans le très bourgeois XVIe arrondissement parisien… « Aujourd’hui, les gamins du centre vont dans les clubs de hockey sur gazon jouer avec les enfants des familles du quartier », se félicite-t-il.

Même l’opposition parisienne le loue. « Ian Brossat est porteur d’un idéal communiste qui passe, par exemple, par une politique de préemption à laquelle je m’oppose. Mais cet idéal, il veut le traduire dans le réel. Cela lui donne sa force », reconnaît Pierre-Yves Bournazel, député centriste et conseiller de Paris.

« Notre banque, ce sont nos militants ! »

Une forme d’engagement qui ne fait pas l’unanimité au sein de son parti. « Ian incarne une génération plus communicante qu’idéologue, tacle Stéphane Peu. Après tout, dans une époque où les certitudes ont vécu, la plasticité est peut-être un atout. » Chez les Insoumis, les critiques sont encore plus cinglantes. « Je ne comprends pas le choix de Brossat comme tête de liste. Il a été porte-parole d’Anne Hidalgo et reste son soutien. Il participe à Paris à un exécutif avec des soutiens de Macron. Son discours évolue donc selon les circonstances et ses intérêts », s’étrangle le député Alexis Corbières, un proche de Mélenchon.

Ce timide, à l’allure plus bobo que prolo, vivant avec le même compagnon depuis dix-huit ans, conserve la foi du charbonnier. « Si je n’avais pas été communiste, je serais peut-être croyant », confie ce petit-fils d’un médecin juif polonais qui, pour fuir les camps nazis, s’était engagé dans l’Armée rouge avant d’immigrer en 1947 à la naissance de l’État d’Israël… où il fut ensuite emprisonné vingt ans pour espionnage au profit de l’URSS.

« C’est mon grand-père qui m’a insufflé le sens du combat, explique Brossat. Je voue une reconnaissance infinie aux communistes qui l’ont sauvé. » La tête de liste aux européennes nourrit de grandes ambitions pour son parti. « C’est un parti de gens désintéressés qui grâce à leurs cotisations, au reversement par les élus de leurs indemnités, lui permettent d’être encore là. Notre banque, ce sont nos militants ! Je veux contribuer à ce que le parti communiste retrouve une place dans le paysage politique. Il le mérite. »

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8 mai 2019

Rendez-vous ce mercredi 8 mai 2019 à 10h30 sur la place Gambetta devant la mairie de Saint Gratien pour la cérémonie de commémoration de la victoire du 8 mai 1945 sur le nazisme.

Les élus PCF-Front de Gauche déposeront une gerbe au pied du monument aux morts, avant de poursuivre la cérémonie au cimetière. 

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Merci !

Merci à toutes celles et tous ceux qui sont venus nous soutenir ce matin, en nous achetant un brin de muguet, en nous souhaitant bon courage, en discutant quelques instants avec nous à l’un de nos trois points de vente dans Saint Gratien.

Merci à celles et ceux qui se sont levés tôt et ont donné de leur temps pour organiser au mieux ce moment important pour notre parti. Nous y trouvons un intérêt certes financier, car notre activité tout au long de l’année dépend beaucoup de ces initiatives. Mais l’essentiel pour nous est d’être présents, actifs et visibles, utiles par nos propositions et nos actions issues de nos échanges avec nos concitoyens.

À noter : notre muguet est transporté tout à fait écologiquement en ville, sans aucune émission de particules ! Le vélo à carriole, transport d’avenir !

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Bon 1er mai à toutes et tous !

 

 

 

 

 

À demain !

mai 1er1er mai : journée d’action et de mobilisation internationale pour les droits des travailleurs, le progrès social, la paix et la solidarité.

En ce 1er mai 2019, alors que 9 millions de personnes vivent en France avec des revenus en-dessous du seuil de pauvreté dont 6 millions sont privés d’emploi, que de nombreux jeunes sont en situation de précarité, les raisons de se mobiliser et de manifester ne manquent pas . C’est une autre répartition des richesses qu’il faut mettre en œuvre ainsi qu’une fiscalité plus juste et plus progressive, établir une protection sociale de haut niveau, et s’engager d’urgence dans une réelle transition écologique. Le 1er mai est aussi un moment de solidarité internationale.

La manifestation syndicale parisienne partira à 14h30 de Montparnasse en direction de Place d’Italie. 

Pour les communistes, c’est bien évidemment aussi une journée de mobilisation, qui commence dès le matin par la vente du muguet, moment militant essentiel et souscription fondamentale qui permet d’aider à financer notre activité tout au long de l’année. muguet 2019

Les communistes de Saint Gratien et leurs amis vous attendent demain matin à partir de 9 heures pour vous proposer le « brin de l’espoir », échanger sur les luttes actuelles ou à venir, sur les échéances électorales, sur la vie politique locale…

Nous serons présents au centre-ville place du Forum, à l’entrée du marché municipal et au centre commercial des Raguenets. À demain !

Tout ce qui est humain est nôtre

Julien Lauprêtre, une vie de fidélité et d’engagement

Article d’ Olivier Chartrain, paru dansl’Humanité

Décédé ce vendredi matin 26 avril à Paris à l’âge de 93 ans, Julien Lauprêtre présidait aux destinées du Secours populaire français depuis 1955. Un destin marqué du sceau du combat pour la solidarité et la dignité.

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Interrogé en 2003 par notre journal, Julien Lauprêtre citait le grand poète chilien, Pablo Neruda : « J’avoue que j’ai vécu ». Et quelle vie, en effet ! fut celle de celui qui vient de s’éteindre à Paris, à 93 ans, alors qu’il était hospitalisé à la suite d’une chute. Entré au Secours populaire français en 1954 « pour quelques semaines » comme secrétaire administratif, il en était devenu secrétaire général un an plus tard, puis président en 1985. Ces « quelques semaines » se sont transformées en 65 ans au service d’une des plus grandes associations françaises de solidarité, qui compte aujourd’hui, sous son impulsion, 80 000 bénévoles et plus d’un million de donateurs.

Ce véritable « titi » parisien naît le 26 janvier 1926 dans le 12e arrondissement, où il vivait toujours. Son père, Jean, blessé au cours de la Grande-Guerre, est cheminot et communiste ; sa mère, Marie, travaille dans une conserverie de poisson. Il a 10 ans en 1936 : c’est l’année du Front populaire et des premiers congés payés. Il part en colonie de vacances à l’Île de Ré avec le Secours ouvrier international – branche sociale du Secours rouge, qui deviendra le Secours populaire français en 1945. Il n’y fait pas seulement la connaissance de Jeannette, qui deviendra 10 ans plus tard sa femme : il y découvre la mer, qu’il n’avait jamais vue, et en même temps d’autres enfants de son âge dont les parents, Allemands, Espagnols, Italiens, ont été chassés de leurs pays par les régimes fascistes qui s’y étaient installés.

À cet égard rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir des enfants palestiniens et israéliens, hébergés séparément, insister pour être finalement rassemblés ; ou des enfants marocains et sahraouis jouer au foot ensemble.

Autant dire que dès son plus jeune âge, on distingue déjà certaines des grandes lignes de son action à la tête du Secours populaire : combat pour le droit de tous aux vacances, à travers les « Journées des oubliés des vacances » organisées chaque année au mois d’août pour les enfants – et maintenant les familles – qui n’ont pu partir ; et volonté de faire se rencontrer des enfants de tous pays, manifestée par la création en 1992 de Copain du monde, qui essaime des clubs sur tous les continents et organise chaque été des « villages » où des enfants de Palestine, du Maroc, du Japon, de Madagascar… viennent à la rencontre de leurs copains français. À cet égard rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir des enfants palestiniens et israéliens, hébergés séparément, insister pour être finalement rassemblés ; ou des enfants marocains et sahraouis jouer au foot ensemble.

Mais une autre expérience, bien plus dramatique, a façonné Julien Lauprêtre. Son certificat d’études en poche, il devient ouvrier miroitier. Nous sommes en 1940, la France est envahie par les armées nazies. La suite, il la racontait à l’Humanité en 2004 : « J’avais formé, avec des copains lycées, un groupe dans le 12e arrondissement de Paris. Nous faisions des actes de résistance isolés, sans directive aucune. Jusqu’à ce qu’un contact soit établi avec la Jeunesse communiste, organisation illégale bien sûr. Là, nos actions sont devenues plus efficaces contre l’occupant nazi. J’ai été arrêté le 20 novembre 1943. J’ai été pris en charge par les brigades spéciales de la préfecture de Paris – j’ai d’ailleurs toujours eu affaire à des Français, n’en déplaise à Papon. Dans ma cellule, il y avait un homme enchaîné qui m’a demandé pourquoi j’étais là. On m’avait bien sûr prévenu de la présence de mouchards dans les prisons, alors j’ai répondu que je ne savais pas mais que j’étais accusé d’actes anti-allemands. L’homme m’a dit : « Toi, tu vas t’en sortir, il faut continuer la lutte. Moi, je suis foutu, je vais être fusillé, je regrette de ne pas en avoir fait assez… Faut être courageux, tu as l’avenir devant toi. » » Trois mois plus tard, lors de son transfert vers une autre prison, le jeune Julien aperçoit sur les murs de Paris la tristement célèbre Affiche rouge, et identifie alors le visage de celui dont il a partagé la cellule : Missak Manouchian.

« Je suis un miraculé. Je m’appelle Lauprêtre, je ne suis pas croyant, mais je devrais m’y mettre ! »

Remis en liberté surveillée en mars 1944, il entre dans la clandestinité pour échapper au STO (Service du travail obligatoire) et part se cacher en province. Il revient à Paris en juin, après le Débarquement, puis participe comme jeune communiste – il le restera toute sa vie – au soulèvement de la ville, en août. Chargé de récupérer des armes, il échappe de peu à la mort lorsqu’une patrouille allemande le met en joue, sauvé par l’arrivée d’une patrouille de FFI (Forces françaises de l’intérieur). Racontant cette anecdote en 2016 à nos confrères de Politis, cet athée assumé y faisait montre d’un humour qui ne le quittait guère : « Je suis un miraculé. Je m’appelle Lauprêtre, je ne suis pas croyant, mais je devrais m’y mettre ! »

Embauché un moment comme assistant du député communiste Raymond Guyot, c’est donc au cours du terrible hiver 1954, celui de l’appel de l’abbé Pierre, qu’il est appelé à venir renforcer les rangs du Secours populaire. Tout au long de son action, il s’efforcera de combattre l’opposition, jugée artificielle, entre action politique et action humanitaire, comme il l’expliquait en 2007 dans l’Humanité Dimanche : « Aider en urgence ceux qui en ont le plus besoin, c’est énorme pour ces personnes. Quand on n’est pas concerné, cela peut sembler accessoire. Ce n’est pas du tout le cas quand vous êtes au fond du trou. Nous tenons les deux bouts de la chaîne, la solidarité populaire indispensable pour la sauvegarde d’urgence des personnes et l’action pour que les pouvoirs publics prennent les mesures visant à supprimer les causes de la pauvreté. » La plus grande fierté de celui qui définissait aussi le « Secours pop » comme un « aiguillon » pour mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, c’était de constater que ceux qui avaient un jour eu besoin de cette solidarité devenaient ensuite des adhérents actifs de l’association.

 « Les pauvres ne doivent pas baisser la tête »

Alors que sous son impulsion le Secours populaire devenait une association gigantesque, entraînant dans son action stars et multinationales, présidents de la République et champions sportifs, il ne manquait pas de rappeler, aussi, que parmi tous ceux-là, « le premier fut l’Huma ». « Aussi loin que remontent mes souvenirs », racontait-il, « je revois mon père Jean apporter l’Huma à la maison. Jusqu’à son dernier souffle, il l’a diffusé place Rambouillet, son quartier du 12e arrondissement. » Un long compagnonnage grâce auquel notre journal, de reportages en appels à la solidarité, de numéros solidaires en hors-séries spéciaux, a permis à ses lecteurs de partager les combats du Secours populaire, en France comme à l’autre bout de monde, pour parer aux catastrophes naturelles ou venir au secours des victimes de conflits.

Julien Lauprêtre a passé des années à dénoncer et combattre ce qu’il nommait le « raz-de-marée de la pauvreté », qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, sans jamais baisser les bras ni perdre l’espoir, suivant en cela scrupuleusement le conseil de Manouchian. Celui qui répétait que « les pauvres ne doivent pas baisser la tête » part en étant certain qu’ils sont des milliers après lui pour continuer à porter ce combat. Et un jour, le remporter.

 L’Europe, soit elle change, soit elle crève

Interview de Ian Brossat, tête de liste du PCF pour les élections européennes, paru dans l’hebdomadaire « Politis » du 11 avril 2019

Ian-Brossat-Il-faut-se-battre-pour-l-encadrement-des-loyers-a-ParisIan Brossat : « L’Europe, soit elle change, soit elle crève »

Traités européens, services publics, lutte contre le capitalisme, souverainisme… La tête de liste du PCF aux élections européennes, Ian Brossat, détaille le programme de son parti.

Désigné le 3 juin 2018 pour porter la liste du Parti communiste français, l’adjoint à la mairie de Paris sait que l’élection est loin d’être gagnée. Sa liste étant créditée, au mieux, de 3 % des intentions de vote, il lui reste six semaines pour remonter la pente et atteindre les 5 % nécessaires pour obtenir des élus.

Ni fédéraliste ni souverainiste, le PCF plaide pour une « union de nations et de peuples souverains » en Europe. C’est-à-dire ?

Ian Brossat : De plus en plus de peuples sont exaspérés par le cours actuel de l’Union européenne, qui, depuis des années, leur impose un modèle économique libéral. En France, elle remet même en cause un certain nombre d’éléments acquis depuis des décennies. Je prendrai un exemple concret : notre pays avait mis en place des services publics, adossés à des entreprises publiques dotées d’un monopole dans un certain nombre de secteurs (énergie, transports, télécoms). L’Union européenne, à coups de directives de libéralisation, nous a contraints à sacrifier tout cela. Les logiques d’intérêt général ont été terrassées par des logiques de business. Le seul moyen de sauver l’Europe, c’est qu’elle permette à des modèles économiques différents de cohabiter, qu’elle ne puisse pas entraîner un peuple, un État, vers un chemin qu’il n’a pas choisi. Nous plaidons pour la création d’une « clause de non-régression sociale », une sorte de veto social : lorsqu’un État est confronté à une disposition qui ne correspond pas à sa tradition, à ses valeurs, il peut faire valoir le droit de ne pas l’appliquer.

Comment cette clause fonctionnerait-elle ?

Prenons l’exemple du quatrième paquet ferroviaire, qui nous impose la mise en concurrence du transport de voyageurs. On a bien vu que, dans le domaine du fret, ça a été catastrophique : la mise en concurrence a conduit à diviser par 2,5 le fret ferroviaire en France. Il en sera de même pour le transport de voyageurs. Nous, Français, pourrions dire que nous ne souhaitons pas mettre en concurrence notre transport de voyageurs dans le domaine ferroviaire. Concernant l’énergie, les prix ont augmenté de plus de 70 % depuis la directive de libéralisation de 1996. Si l’UE n’accepte pas que cohabitent en son sein des modèles économiques différents, elle explosera.

Cette clause ne constituerait-elle pas une entrave au principe de concurrence libre et non faussée ?

Non, puisqu’avec ce système nous ne privons personne de rien ! Mais cela suppose que nos entreprises publiques se concentrent sur leurs missions en France, que la SNCF, plutôt que d’aller investir dans tous les pays du monde, assume son cœur de mission. Ces services publics, hérités de 1945, fonctionnaient relativement bien, à la satisfaction des usagers – à l’époque on ne disait pas « clients ». Il faut avoir une drôle de conception du monde pour vouloir casser un système qui apportait une certaine satisfaction. C’est pourtant ce qu’on a fait ! Aujourd’hui, l’Union veut imposer par la force et partout son modèle économique, qui repose sur deux dogmes : l’austérité – la règle des 3 % – et la mise en concurrence de tout. On nous a présenté la construction européenne comme un moyen de se serrer les coudes, et on a aujourd’hui une Union dans laquelle on passe son temps à se tirer dans les pattes.

Faudra-t-il s’allier avec d’autres États pour permettre cet assouplissement des règles ?

Il faut accepter l’idée d’une Europe à géométrie choisie. Évidemment, je suis favorable à une harmonisation fiscale, à ce qu’il n’y ait plus, au sein de l’UE, de taux d’imposition sur les sociétés inférieurs à 25 %. Simplement, si on attend d’être 27 pour la mettre en place, on ne le fera jamais. Ceux qui disent « il faut être 27 » sont ceux qui, en fait, ne veulent rien, et ils savent pertinemment qu’on n’y arrivera pas. C’est pareil pour l’harmonisation sociale : on n’arrivera pas du jour au lendemain à un Smic identique dans l’ensemble des pays.

Y aura-t-il des lignes rouges à cette désobéissance ?

Tout est modulable dans le domaine économique et social. Sur la question des réfugiés, c’est différent. C’est peut-être impopulaire en France mais, si on ne fait rien, nous aurons honte. L’UE doit être unie sur l’accueil des réfugiés, et des sanctions doivent être appliquées aux pays qui s’y refusent, telles la Hongrie et la Pologne. La Pologne touche 12 milliards d’euros par an de l’Union européenne. Elle ne peut pas toucher l’argent d’une part et laisser les pays du Sud gérer seuls la question des réfugiés d’autre part. La solidarité, ça marche dans les deux sens.

Vous plaidez donc pour un retour en grâce des services publics, mais en proposez aussi un nouveau, dévolu à la rénovation énergétique et financé par la Banque centrale européenne.

En France, il y a chaque année 50 000 personnes qui meurent de la pollution ; en Europe, c’est 600 000 ! C’est un crime, mais un crime sans coupable. Dans l’Union européenne, quand on parle des pollueurs, on parle du salarié qui utilise son diesel pour aller au travail, mais pas des grands groupes, des grosses multinationales, ni des ménages les plus fortunés, qui polluent 40 % de plus que les plus pauvres. Et c’est aux plus pauvres qu’on explique qu’ils doivent changer de mode de vie !

Nous, communistes, proposons une fiscalité complètement revue qui favoriserait les modes de transport non polluants et pénaliserait lourdement les autres. Il n’est pas normal que le taux de TVA sur le train soit le même que sur l’avion. Et nous sommes favorables à un vaste plan d’investissement en faveur du ferroviaire et de la rénovation énergétique des bâtiments, financé par la BCE. Celle-ci, en dix ans, a versé 3 000 milliards d’euros aux banques privées en leur accordant des prêts avec un taux d’intérêt quasiment nul. C’est honteux !

Faut-il désobéir aux traités ?

Il faut s’affranchir de tous les traités qui renvoient à la politique économique européenne – pas ceux qui consacrent les droits de l’homme. Même Emmanuel Macron a fini par s’affranchir des 3 % à la suite du mouvement des gilets jaunes. Et ce n’est pas la première fois que ça arrive. Ni Sarkozy, ni Hollande, ni Macron n’ont véritablement joué le bras de fer avec l’Union européenne pour imposer d’autres logiques. François Hollande, qui avait promis de renégocier les traités budgétaires, s’est écrasé au bout de dix jours devant Angela Merkel. Si la France s’affranchissait des traités, je suis persuadé que personne n’irait la soumettre à quelque sanction économique que ce soit – nous sommes quand même la deuxième puissance économique de l’UE…

Il faut donc s’affranchir des traités, mais, ensuite, il faut mener un combat politique pour de nouveaux traités. D’abord, fixer le principe qu’aucun peuple ne doit être entraîné vers un chemin qu’il n’a pas choisi et permettre que des modèles économiques différents cohabitent – c’est mon mécanisme de veto social ; ensuite, fixer pour l’ensemble des pays des politiques sociales qui nous tirent vers le haut.

N’est-ce pas comparable à la stratégie « plan A-plan B » défendue par La France insoumise ?

Je ne suis pas favorable à une sortie de l’Union européenne. Les liens, les échanges entre pays de l’UE sont tellement forts qu’on n’en sort pas sans dégâts. L’expérience britannique le montre : les promesses des partisans du Brexit se heurtent aujourd’hui à la réalité. Quand on pense à la débauche de démagogie qu’on avait entendue à l’époque… Sortir de l’UE pose plus de problèmes que ça n’en règle. D’autant que l’expérience prouve que, quand on sort de l’UE, on ne sort pas du capitalisme. Mais le Brexit est un signal d’alarme : soit l’Europe change, soit l’Europe crève. Au-delà même du Royaume-Uni, les nationalismes montent partout : en Europe de l’Est d’abord, mais dans les pays fondateurs aussi.

L’abstention risque d’atteindre des sommets le 26 mai. Comment remobiliser les citoyens ?

Ça n’est pas évident. La parole des Français, comme celle des Européens, a été foulée aux pieds à de très nombreuses reprises. L’expérience de 2005 – et du « non » français au référendum européen – l’a prouvé. Les libéraux s’accommodent très bien d’une abstention élevée. Lorsque surviennent les élections européennes, les partisans de l’UE actuelle votent massivement, et ceux qui n’y sont pas favorables considèrent que ça n’est pas leur élection et restent chez eux. Le résultat, c’est que la grande majorité des eurodéputés défendent les orientations actuelles de l’UE.

Cependant, par endroits, les mobilisations sociales ont eu raison du dogme libéral de la Commission. Il en va ainsi de la directive sur les travailleurs de la route. La Commission avait élaboré, il y a un an, une directive très néfaste pour les conditions de travail des routiers. Il y a eu une mobilisation très forte des organisations syndicales et des euro-députés de notre groupe, la Gauche unitaire européenne (GUE). En dépit de ce rapport de force qui ne nous était pas favorable au départ, nous avons obtenu à deux reprises que la directive soit repoussée par le Parlement européen. Et, en fin de compte, le principe « à travail égal, salaire égal » a été retenu dans la directive adoptée au Parlement européen le 4 avril.

Comment s’extraire du duel imposé entre libéraux et extrême droite ?

Il est dans l’intérêt d’Emmanuel Macron de résumer le débat européen à un affrontement entre libéraux et « fachos ». « Les libéraux ou le chaos », prévient-il, et il se présente en sauveur. L’annonce de la candidature de Nathalie Loiseau à la tête de liste au moment où elle est assise en face de Marine Le Pen est très révélatrice de leur stratégie. Tout cela est à la fois périlleux et mensonger. Périlleux, parce que c’est une machine à fabriquer des « fachos » : les libéraux jettent dans les bras de l’extrême droite tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le libéralisme, avec la loi de l’argent.

Par ailleurs, cette opposition est factice. Sur la question des réfugiés, Macron est-il le rempart à l’extrême droite ? Qui a refusé d’accueillir les rescapés de l’Aquarius, d’accorder à ce bateau un pavillon français ? Qui mène actuellement une politique de chasse aux migrants particulièrement féroce ? Il n’est pas vrai non plus que l’extrême droite est antilibérale ou porteuse d’un progrès social quelconque : elle n’est favorable ni à l’augmentation du Smic ni au rétablissement de l’impôt sur la fortune. Au Parlement européen, le groupe de Marine Le Pen a voté pour la directive sur le secret des affaires, qui protège les multinationales contre les investigations des journalistes.

Marteler que le gouvernement est libéral et que l’extrême droite n’est pas sociale suffira-t-il à requinquer la gauche ?

Non. Il faut dire les choses franchement : une élection européenne ne suffira pas. La gauche ne s’est pas remise de la défaite de 2017. Et l’Europe n’est pas le sujet le plus facile pour lui permettre de se rassembler, parce que c’est un sujet qui nous divise depuis très longtemps. Le défi principal de la gauche, c’est de s’adresser à nouveau à ceux qui souffrent le plus des politiques libérales : les catégories populaires. Nous ne pouvons pas les laisser à l’extrême droite.

Dans quel groupe siégerez-vous si vous êtes élu ?

Le nôtre ! J’insiste sur ce point. Il n’y en aura pas d’autres. Et si certains pensent qu’on vit mieux divisés qu’unis, c’est leur problème. Dans notre cas, il y a un groupe qui s’appelle la GUE (1). C’est un très bel outil qui nous permet de porter des combats communs, le seul groupe qui s’est opposé à l’ensemble des traités européens, qui est aux avant-postes pour refuser les politiques d’austérité. Il faut donc le préserver comme la prunelle de nos yeux.

(1) Sur les 52 membres du groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, cinq sont français, dont deux membres du PCF. C’est aussi le groupe de Die Linke (Allemagne), Podemos (Espagne), Syriza (Grèce), Sinn Féin (Irlande), etc. Le Parlement européen compte 750 députés.

IB 2017

En septembre 2017, Ian Brossat était notre invité à la fête de l’Huma, pour un échange autour de son livre « L’espion et l’enfant ».

Notre Dame ravagée

Notre DameNotre Dame 2

L’incendie de Notre-Dame maîtrisé, les dégâts restent difficiles à évaluer

Les pompiers sont parvenus dans la nuit de lundi à mardi contrôler le sinistre qui a ravagé la toiture et la charpente de la cathédrale. Mais il est trop tôt pour savoir si la structure de l’édifice a été fragilisée. Les dons pour la reconstruction commencent à affluer. Un article de l’Humanité ci-dessous.

Les passagers de la cathédrale

Valère Staraselski

Qui dira, davantage que l’immense tristesse, que la fragilité et la limite des mots officiels, l’effroi, la sidération, le désarroi total, la douleur profonde, la colère aussi comme une défense, devant cette inconcevable réalité : Notre-Dame de Paris prisonnière de la fureur des flammes ! 

Notre-Dame de Paris livrée au brasier, suppliciée. Notre-Dame, telle une martyre figée au milieu des flammes, comme ligotée, muette d’épouvante, incapable de se défendre, de se défaire, d’échapper à cette absolue, injustifiable et indéfendable injustice ! A cette cruauté. Pourquoi elle ? Pourquoi précisément elle, vieille dame qui veille sur la capitale et le pays depuis huit siècles ? Pourquoi elle sans qui Paris n’est plus Paris ? Pourquoi elle sans qui notre pays, si malmené en ces temps-ci, se réveille un peu abasourdi, orphelin ? Pourquoi elle qu’un écrivain magique a, par la grâce d’un roman de papier, rendu au peuple en inscrivant durablement cet édifice de pierre, Notre-Dame de Paris, dans l’imaginaire d’une nation jusqu’à faire de cette église la maison de tous les Français ? Les noms propres de Quasimodo comme celui de Gavroche des Misérables n’appartiennent-ils pas depuis longtemps au langage courant ? De noms propres ne sont-ils pas devenus noms communs, communs à tous, pour tous ? Pourquoi ce symbole de notre histoire auquel nous tenons tant ? Oui, la peine et l’affliction sont grandes. Cette dame sur un quai de la Seine qui réclamait l’intervention des Canadairs en s’écriant: « C’est plus qu’un bâtiment qui brûle, c’est notre histoire ! » Quoi de plus à la fois personnel et collectif que l’Histoire, ce présent de tous s’installant dans la mémoire donc dans la durée, donc dans le tissu de l’existence d’un peuple.

 La vue de la flèche de cet édifice sacré et consacré, national et universel, reliant la Terre au Ciel, les hommes à leurs rêves, se cassant et puis s’effondrant sur elle-même, a brisé le cœur des plus endurcis. Notre-Dame de Paris ! A prononcer ces mots, un sentiment infini de considération, d’estime et d’affection envahit celle ou celui qui parle, tout comme celles et ceux qui écoutent. Car l’intense émotion qui frappe les catholiques s’étend non seulement aux autres croyants mais plus bien largement à celles et ceux en qui les valeurs humanistes sont ancrées et pour qui tout être, croyant ou non, est d’abord sa soeur, son frère. Car la religion pour être parfois, selon Marx, « l’opium du peuple» est d’abord, selon le même, « le soupir de l’âme oppriméel’âme d’un monde sans cœur. »

D’aucuns voient déjà, dans ce malheur, un signe des temps, de l’incurie de notre temps. Peut-être. Pour nous, retenons en ce début de Semaine sainte que les moments les plus forts de ce récit chrétien nous conte la Passion, c’est-à-dire la souffrance endurée dans la dignité pour aboutir à l’idée de Résurrection, c’est-à-dire de renaissance, de renouveau. C’est du reste sa force.

Sans doute que dans ces instants durant lesquels a eu lieu ce qu’il faut bien nommer un partage fraternel, une communion, devant le terrible incendie qui a ravagé Notre-Dame, communion qui perdure, pouvons-nous constater, dans notre société atomisée par la recherche mortifère de l’avoir, le besoin irrépressible et redoublé d’être ensemble autrement. Il nous est possible également de nous souvenir de ces paroles du chef des catholiques, le pape François qui, pour qualifier « le désir sans retenue de l’argent qui commande » employait l’expression de « fumier du diable ».

L’émoi provoqué par ce qu’un quotidien national nommait Notre- Drame tandis que le New York Times consacrait dès hier soir un long article à cette tragédie, l’émotion populaire, sont indéniables. En dépit de la dimension médiatique, ce saisissement n’est pas superficiel, il témoigne que, dans notre diversité même, le patrimoine nous constitue.

Ainsi, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas, ce mardi 16 avril 2019, nous rappelle que nous avons été, que nous serons un jour ou l’autre, que sommes tous, en quelque sorte, des passagers de la cathédrale.

Sept pages spéciales Notre-Dame dans l’Humanité mercredi

Demain mercredi dans l’Humanité lire l’événement par Maurice Ulrich, au cœur en feu de Paris, notre reportage auprès du peuple de Paris bouleversé, notre entretien avec l’historienne Simone Roux, le récit de l’intervention exceptionnelle des pompiers, nos articles sur l’enquête en cours, la reconstruction et son financement. Un numéro spécial de l’Humanité chez les marchands de journaux mercredi matin.

Ian Brossat : le communiste qui voulait être utile

Article paru dans l’hebdomadaire « Politis » du 11 avril 2019

Le Parisien Ian Brossat est doué pour les médias, où son style modernise l’image du PCF. S’il est apprécié des socialistes, il est en revanche honni par les insoumis…

Ian BrossatTu le connaissais, toi, le candidat des communistes ? » Au lendemain du débat sur France 2, qui a vu le 4 avril s’opposer pas moins de 12 candidats aux européennes, la tête de liste du PCF a fait sensation. « Si ne pas avoir accueilli l’Aquarius, c’est un modèle de fierté pour vous, nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs », a-t-il lâché à la candidate macroniste, Nathalie Loiseau.

Si beaucoup de Français l’ont découvert ce soir-là, Ian Brossat, 38 ans, n’en est pas à son coup d’essai. Et à Paris comme dans l’appareil du parti, il n’est pas un inconnu. Élu de la capitale depuis 2008, ce fils d’une sociologue et d’un professeur de philosophie l’assume : il est résolument parisien. Il a grandi entre les XIXe et XIVe arrondissements et a fait ses classes au prestigieux lycée Henri-IV – aux côtés d’un autre candidat, celui du PS et de Place publique, Raphaël Glucksmann. « Nous n’étions pas proches », précise-t-il cependant.

Alors que ses parents militent tous deux à la Ligue communiste révolutionnaire, Ian Brossat fait un autre choix. « En entrant au Parti communiste, j’ai fait un petit pas à droite de leur point de vue. Je partage les mêmes valeurs et la même révolte qu’eux, mais, à leur différence, j’assumais le fait d’être dans les institutions, car j’avais envie d’être utile », confiait-il au Journal du Grand Paris en 2015. Cette envie d’être « dans les institutions » le poussera, une fois agrégé de lettres modernes, à siéger au Conseil de Paris, en plus de ses trajets pour Sarcelles (Seine-Saint-Denis), où il enseigne le français et la littérature à des lycéens.

Aujourd’hui retiré de l’Éducation nationale, il a été nommé en 2014 par la maire de Paris au poste stratégique d’adjoint chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence, où il a fait de la lutte contre Airbnb son cheval de bataille. « Il a senti très tôt que cette économie du partage, salutaire un temps, devenait néfaste pour la ville, confie un proche de la maire de Paris. Il a en quelque sorte été un lanceur d’alerte. » Doué pour les émissions de radio, les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, Ian Brossat sait y exprimer ses colères et mettre en lumière ses combats, et ne s’en prive pas. « Il sait dire simplement les choses compliquées sans éluder la complexité », vante Fabien Guillaud-Bataille, chef de la fédération PCF du Val-de-Marne. Nouvelle génération, nouveau genre, même militants… chez qui il suscite l’engouement. « Il est énergique, combatif et fait preuve d’une grande cohérence politique », renchérit Olivier Dartigolles, porte-parole du parti, qui confie : « Nous avons des retours très positifs. »

De son passage à l’émission de France 2, Ian Brossat n’a pourtant pas récolté que des éloges. Alors qu’il dénonçait l’impact des trajets en avion sur l’environnement et la trop faible taxation sur le kérosène, des photos postées sur son compte Instagram le montrait en vacances à Cuba, à New York… Paradoxe que des internautes n’ont pas manqué de relever – dans le jargon, on appelle ça un « bad buzz ». « Cette polémique, c’est la rançon de la gloire », sourit Olivier Dartigolles.

Mais d’autres polémiques guettent, et le fait d’être l’adjoint de la maire socialiste-mais-pas-si-de-gauche-que-ça Anne Hidalgo vaut à Ian Brossat des procès plus politiques. Attentiste ? Carriériste ? « Partout où l’on peut se rendre utiles et améliorer la vie des citoyens, on le fait », défend Fabien Guillaud-Bataille. Homme d’appareil, Ian Brossat a su faire plus que se rendre utile – « Il n’est pas dogmatique, pas sectaire, il travaille très bien », vante-t-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. Apprécié… mais pas de tous. Pourtant pas si éloignée des communistes sur le plan des idées politiques, l’élue insoumise de Paris Danielle Simonnet ne retient pas ses coups. « J’ai du mal à croire que quelqu’un qui a voté la contractualisation [droit de regard de l’État sur les finances des collectivités locales] de la ville de Paris puisse s’opposer à l’austérité européenne et à la règle d’or », explique-t-elle. Face à la Commission européenne, il faudra bien montrer les muscles. En cas d’échec ? Il restera toujours Paris…