Conseil municipal sous haute surveillance de la police ce mardi 9 juin 2020. C’est à la salle Georges Brassens qu’a eu lieu la séance, « presque normale » selon le maire, à ceci près que le public n’y était admis qu’à raison d’une seule personne par groupe. Il y avait donc à l’entrée de la salle bien davantage de forces de l’ordre que de Gratiennois.e.s. Un signal bien étrange pour un début de mandat.
Après avoir rendu un bref hommage au personnel communal pour son action durant la période de confinement, le maire lit une déclaration sur ce qu’il appelle pudiquement « le réaménagement du city stade », évoquant les « travaux » qui ont démarré le 29 mai dernier, pour que « les habitants du quartier retrouvent leur tranquillité ». Il confirme la transformation de l’espace en aire de jeux pour enfants de 6 à 12 ans. Allusion aux élus de l’opposition qui « ont fait semblant de ne pas être associés » à cette « transformation », de ne pas avoir été informés, mais le maire s’en justifie en évoquant des « raisons » qui l’ont poussé à garder cette information « confidentielle ».
Il fustige ensuite longuement le « comportement de certains », le « détournement par des voyous » de l’usage du terrain. « Depuis plusieurs années, des centaines d’adultes, venus des quatre coins de l’Île-de-France, se le sont approprié pour y faire des matches clandestins ». Y compris à le croire, en bravant les règles sanitaires pendant la période de pandémie. Grandiose envolée sur le rôle du maire, chargé d’assurer la sécurité des habitants pour que chacun se sente bien dans sa ville. La décision, dont le maire assure qu’elle a été prise avec tous les élus de la majorité, vise à assurer aux Gratiennois une « qualité de vie, avant tout ». Le maire relate ensuite les événements que nous aurions eu « à subir « suite à sa décision et qui prouveraient que « nous avons bien en face de nous non pas des sportifs, mais bien des délinquants »: des faits inadmissibles, indignes dans un état de droit, intolérables, qu’il nous reproche au passage à demi-mot « d’encourager » : obstruction des « travaux » en cours, obstruction de la circulation, attroupement hurlant devant la mairie, ensuite « caillassée », « terrorisant le personnel communal et amenant l’exfiltration du maire et des « charges de police à plusieurs reprises » pour disperser les manifestants. La nuit suivante, un incendie aurait été déclaré au centre culturel des Raguenets. Inadmissible attroupement devant le domicile de la sénatrice. « Toute cette agitation ne changera rien », « le terrain ne sera jamais rouvert ». Remerciements enfin pour sa majorité qui a soutenu le maire « sans faille », particulièrement l’adjoint au sport et sans surprise la sénatrice qui étaient « en première ligne ». Les « règles de la République doivent s’appliquer partout ». Envolée lyrique pour finir sur la devise de la République, avec quand même un petit mot sur le quartier des Raguenets, « priorité » pour la politique de la ville. Occasion d’opposer la grande majorité de ses habitants qui « y vivent paisiblement » et la « poignée de délinquants » qui essaie d’en faire un quartier « à part ». De magnifiques jeux pour les enfants de 6 à 12 ans seront installés avant la fin de l’année. Les adolescents pourront toujours jouer sur les cinq terrains de foot et les quatre city stades de la ville. Applaudissements de la majorité. 
Notre commentaire
Bien évidemment, il est difficile de justifier la destruction d’un équipement public largement utilisé par les jeunes du quartier depuis des dizaines d’années. Aussi, le maire tombe dans la caricature et joue l’opposition entre les « voyous » et la population qui demande à vivre dans le calme. La réalité est bien différente. C’est ce que nous avons essayé de montrer lorsque le maire nous a généreusement octroyé la parole pour faire la déclaration que nous aurions prononcée lors du Conseil d’installation, si nous avions pu nous exprimer le 23 mai. Je rappelle que cela n’a pas été le cas. J’ai donc débordé du cadre étroit fixé par le maire.
Ce n’est certes pas le virus qui a empêché notre expression lors du Conseil d’installation, puisqu’en octobre 2017, le virus ne circulait pas mais le micro non plus ne circulait pas jusqu’aux élus de l’opposition. S’il est de bon ton de féliciter le maire pour son élection, c’est donc un exercice auquel je peux difficilement me plier. J’ai donc fait plutôt un vœu : que notre Conseil municipal soit réellement un espace de débat, d’échange, d’écoute.
J’ai ensuite rappelé brièvement les trois priorités portées par notre liste pendant la campagne des municipales 2020.
D’abord ce qui nous a tant manqué depuis le 15 mars : transparence et concertation.
Ce que pendant la campagne nous avons appelé « envie de citoyenneté ». Écouter les habitants, les parents, les élus, les enseignants… ce n’est pas dessaisir le maire et sa majorité de leur rôle, mais au contraire leur permettre de prendre de meilleures décisions. La période que nous venons de vivre en est un parfait exemple, à l’instar du cafouillage sur la réouverture des écoles, et bien sûr sur la crise ouverte par la destruction du city stade. .
« Urgence écologique » : pour des bénéfices en matière de santé, mais aussi de vivre ensemble, de commerces de proximité et de pouvoir d’achat, il est indispensable que la ville participe à son niveau à la baisse des émissions de CO2. Là encore, la crise sanitaire nous rappelle l’importance de ces enjeux et la nécessité de prendre des mesures comme par ex le développement de pistes cyclables permettant de se déplacer en toute sécurité quand l’accès aux transports en commun reste difficile.
Enfin, un « besoin de solidarité », encore plus fort dans cette période de crise sanitaire qui a montré la place centrale des services publics de santé, et qui seront essentiels pour surmonter la crise sociale et économique sui va suivre : centre municipal de santé, dispositif municipal de soutien scolaire, tarifs de cantine abordables… autant d’éléments incontournables.
J’ai évoqué ensuite la crise sanitaire que nous venons de vivre. Une période douloureuse qui aurait mérité un échange au sein du Conseil, car la ville a pris des décisions sans grande information à notre encontre. Nous pensons aux Gratiennois.e.s touchés par ce virus, pour certains douloureusement, regrettant que le maire, à qui nous avions fait savoir notre disponibilité et notre envie d’engagement dans des actions de solidarité, ne nous ait jamais sollicités.
Nous reviendrons sur la réouverture des écoles, sur laquelle quelques précisions ont été apportées par l’adjointe aux affaires scolaires. C’est une décision très précipitée qui avait été prise par la ville début mai, en annonçant que rien ne rouvrirait avant septembre, ni les écoles, ni les centres de loisirs, ni la cantine… une ville morte jusqu’en septembre… La réalité a donné tort au maire, puisqu’il a dû sous la pression des parents faire machine arrière. Nous estimons que c’est une bonne chose surtout pour les enfants que de reprendre contact avec l’école car pour certains les conséquences d’en être restés éloignés si longtemps auraient été catastrophiques. Nous nous félicitons de cette réouverture, même si nous savons qu’elle se fait dans des conditions particulières, difficiles mais elle doit se faire pour préparer la rentrée de septembre. Il faut associer à ce travail les parents d’élèves et la commission scolaire doit aussi prendre toute sa place. Nous nous interrogeons aussi sur les initiatives que peut mettre en place la ville durant cet été puisque de nombreuses familles n’auront pas la possibilité de partir et beaucoup d’enfants resteront sur Saint Gratien. Leur sera-t-il proposé par la ville des activités sportives, culturelles, artistiques ?
Enfin, sur le city stade, j’estime « surréaliste » que le Conseil n’ait pas un échange sur cette question sur laquelle nous avons un avis radicalement opposé à celui du maire. C’est une lourde responsabilité que le maire a prise par cette décision de destruction qui n’était vraiment pas souhaitable après cette période de confinement difficile que nous venons de vivre. Cela sème le trouble et met à mal le climat social à St Gratien.
Le maire continue d’exacerber les tensions en traitant une partie des jeunes de « racaille », de « voyous », de « délinquants », qui auraient caillassé la mairie. Or, nous étions présents avec plusieurs élus devant la mairie et il n’y a pas eu de vitres cassées, pas d’interpellations, alors que la police était sur place. Ce n’est pas le rôle d’un maire d’exacerber les tensions. Il doit au contraire rapprocher les habitants et favoriser le dialogue.
Revenons aux questions essentielles. Comment a été prise cette décision ? Quelle urgence alors que le terrain était condamné par des dizaines de blocs de béton et donc impraticable pour un quelconque match de foot ? Y a –t-il un arrêté du maire ? Ou une décision du maire ? Comment a été décidé le projet d’espace de jeux 6/12 ans alors que le quartier compte déjà 11 aires de jeux ? Par quelle instance ? Comment expliquer les 60K€ de travaux en 2017 pour la pose du revêtement synthétique et la destruction du stade en 2020, ce qu’aucune collectivité n’a jamais fait ?
Nous avons été accusés « d’allumer le feu » ! Mais c’est bien le rôle des élus d’être sur place quand les habitants nous appellent et d’essayer de calmer les esprits. Le 29 mai, nous avons fait les casques bleus et tenté d’établir un dialogue avec le maire. C’était aussi le rôle du maire d’être là et les choses n’auraient pas dégénéré s’il avait été présent au lieu d’être aux abonnés absents durant dix jours.
Et maintenant ? Comment s’en sortir avant un été potentiellement lourd de dangers ? L’urgence est de mettre à disposition des jeunes du quartier un équipement sportif et d’engager une concertation de fond sur l’utilisation de l’espace du city stade.
À suivre d’autres échos de cette séance
Quand a été prise la décision de destruction du terrain ? Quelle instance a pris cette décision ? Au terme de quel débat ? Quelle était l’urgence alors que le terrain était condamné par des blocs de béton depuis 8 jours et que par ailleurs l’éventuel match le week-end suivant contre une équipe de Grigny, contrairement à ce que rapporte la page FB de la ville, était programmé dans la ville de Grigny, au regard de l’impraticabilité du City Stade ? Pourquoi l’annonce de la destruction n’a-t-elle pas été affichée dans le périmètre du terrain ? Pourquoi une annonce via FB à 10h33 alors que les travaux ont débuté bien plutôt sur le terrain ? Comment a été décidé le projet d’espace de jeux pour les 6/12 ans, alors que ce secteur de la ville comprend déjà 11 espaces de jeux ? Quelle est l’instance décisionnaire de cette mutation du site en aire pour les 6/12 ans ? Quel est le numéro de l’arrêté du maire qui annonce cette décision ? Comment expliquer que la ville ait investi 60K€ en 2017 et qu’elle décide d’une destruction en 2020 ? Quelle porte de sortie de crise envisage la ville ? Quand est-ce que seront reçues par la mairie toutes les parties prenantes de ce dossier qui crée en ville une crise ? Par quel canal envisagez-vous d’engager le dialogue que les Gratiennois-e-s attendent ?
Réouverture des écoles 






Le discours de madame Eustache est ravageur et provocateur. Quel est son problème ? « On ne maîtrisait plus la gestion de ce stade… on a des organisations un peu sauvages qui s’approprient des terrains sans l’aval de quiconque ». C’est bien cela que ne supporte pas madame Eustache : que les jeunes organisent eux-mêmes de façon autonome, comme ce fut le cas l’an dernier, des tournois de foot dont la ville n’est pas à l’origine, et que ce soit un succès.
Alors, oui, nous étions le vendredi 29 mai aux Raguenets. Oui, nous sommes allés sur place au city stade constater la destruction de l’équipement, et échanger avec les habitants qui nous avaient alertés. Parce que c’est notre rôle d’élus d’être sur le terrain, d’écouter, de dialoguer. C’est que ce matin-là, il y avait un grand besoin de dialogue ! L’incompréhension, la stupéfaction, la colère pouvaient facilement dégénérer. Avec des adultes du quartier, des parents d’élèves, des mères de famille, des grands frères, nous avons passé la journée avec les jeunes, dialoguant aussi avec les forces de l’ordre, pour calmer les esprits, essayant de dénouer la crise en tentant d’amorcer un échange avec la mairie. Sans succès, puisque le maire, injoignable, nous fait dire par sa cheffe de cabinet qu’il recevra une délégation mais sans jeunes, puis qu’il ne recevra que des élus mais sans habitants, avant finalement de couper court en déclarant qu’il ne recevrait personne. Avec un autre élu municipal, Emmanuel Mikaël, et deux mères, nous nous sommes alors déplacés en mairie pour insister sur l’urgence et l’importance d’ouvrir le dialogue. En vain. Le lundi, alors que les jeunes revenaient place Gambetta pour chanter et jouer au foot sur la musique de Brel ou Ferrat, et discuter avec les boulistes, d’autres Gratiennois sont venus avec nous à leur rencontre, pour connaître leur version des faits et envisager une issue. Nous étions à nouveau jeudi matin sur le city stade pour un nouvel échange avec une quinzaine d’habitants, footballeurs, footballeuses, pères et mères, riverains du terrain, autour d’un journaliste de la presse locale contacté par nos soins. Nous continuerons aussi souvent que nécessaire de discuter avec les habitants et de travailler en échangeant à la recherche d’une solution. Qui pourrait nous le reprocher ? Madame Eustache reconnaît que nous sommes sur le terrain ? Nous le revendiquons, c’est notre pratique ! Nous y avons rencontré des jeunes et des habitants réfléchis, qui font un constat amer de la vie dans leur quartier et espèrent un changement, refusant d’être catalogués comme « racaille ou « voyous » parce qu’ils sont attachés à un lieu symbolique où se sont déroulés depuis des dizaines d’années bien des événements positifs pour les Raguenets. Nous disons à madame la sénatrice et à monsieur le maire que tous deux devraient aussi se trouver sur place, et les habitants le disent aussi. Parce que poster à 10h30 un message sur Facebook annonçant la destruction du stade qui a commencé à 6h et ensuite refuser tout dialogue en direct, c’est prendre le risque de dérapages en laissant s’envenimer les choses. On ne gère pas une ville par des posts sur Facebook. Parce que le coup de force et le silence de l’un, les invectives de l’autre, devront un jour céder la place au dialogue et à la concertation et que le plus vite sera le mieux. Grandement dommage de ne pas avoir commencé par cela le 29 mai.
Car il va falloir rapidement apporter des solutions.
– Promouvoir les réussites des jeunes Gratiennois. Faire levier en ville sur leurs succès. Mettre l’accélérateur à St Gratien sur la politique de la ville. Et revoir la politique du sport en ville. En lien avec le milieu associatif et les habitants ?
Après une petite rature sur la date… le Conseil municipal se tiendra à Saint Gratien le mardi 9 juin. Il avait été annoncé le jeudi 4 juin à la fin de la précédente séance, info d’ailleurs reprise dans « Le Parisien ». Pourquoi ce changement ? Indisponibilité du maire ? Nous n’en savons rien. 
Cette situation met à mal les relations sociales de notre ville, et nous sommes inquiets des développements agités qu’elle pourrait entraîner dans une période déjà difficile pour nos concitoyens.






Une lourde responsabilité que de choisir la manière forte, sans aucune concertation, une semaine à peine après l’élection du « plus jeune maire du Val d’Oise » ! Plus que triste, c’est désolant, parce que cela marque la coupure immense entre la mairie et le quartier. C’est désolant parce que ce n’est pas le rôle d’un maire d’opposer les habitants entre eux. Il n’y a qu’à lire les commentaires sur certains sites pour s’apercevoir que la tension monte et que certains ont vite fait de désigner la « racaille ». Pour le moment, les choses n’ont pas dégénéré, les manifestations des jeunes sont pacifiques, à l’image de leur chant de La Marseillaise place du Forum. Mais tout est inflammable. Il faut trouver une issue, rapidement. Elle ne peut passer que par le dialogue, qui a tant manqué jusqu’ici.
Voici des propositions à mettre sur la table. Pour l’été tout d’abord. Parce que personne n’envisage que les choses restent en l’état. Au passage, le lieu dévasté reste ouvert à tous vents et demande à être sécurisé. Mais surtout quelle alternative proposer ? L’accès à un autre équipement sportif est indispensable. On ne peut imaginer que l’on reste trois mois sans offrir une autre possibilité. L’équipement le plus proche du quartier est le stade Robert Lemoine, au terrain synthétique lui aussi. La difficulté est la traversée de la rue d’Argenteuil, et bien sûr il faut l’avis des principaux intéressés sur cette question. Y laisser s’organiser dans le respect des contraintes de sécurité sanitaire des tournois de foot. Vite, des propositions de rencontre qui doivent émaner de la ville pour se mettre autour d’une table.



