Ceta, c’est non

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Alors que les députés vont se prononcer ce soir 17 juillet sur le traité économique et commercial entre l’Europe et le Canada, j’ai envoyé le courrier ci-dessous à la députée élue dans la 6è circonscription du Val d’Oise.

Plus d’infos ici

Madame la Députée

Vous êtes saisie d’un projet de loi portant ratification de l’accord économique et commercial global entre l’Union européenne, ses états membres et le Canada (CETA).

Sans doute est-ce l’une des toutes dernières fois que vous avez la possibilité de vous prononcer sur un accord de libéralisation du commerce et de l’investissement puisque la Commission européenne s’est organisée pour que les Parlements nationaux n’aient plus à se prononcer sur le volet commercial de tels accords, en dépit de leurs impacts économiques, sociaux, agricoles, climatiques etc. qui touchent la vie de nos concitoyens.

Le 1er mai 2017, juste avant le second tour des élections présidentielles, Emmanuel Macron s’était engagé à nommer une commission d’experts pour établir les « conséquences environnementales et sur la santé de cet accord » et à « en tirer toutes les conséquences », y compris en « faisant modifier le texte ».

La Commission Schubert a établi un diagnostic retentissant et incontestable : le climat est le « grand absent » de l’accord. Le CETA, qui va générer plus d’émissions de gaz à effet de serre des deux côtés de l’Atlantique, et plus de transports maritimes transatlantiques, apparaît contradictoire aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Le Canada se félicite d’ailleurs d’avoir accru de 63% ses exportations de combustibles fossiles (principalement issus de l’exploitation des sables bitumineux) lors des 12 premiers mois de la mise en application provisoire du CETA, sans que l’UE ou ses États-membres ne disposent de moyen pour contenir cette croissance exponentielle.

Le CETA ne comprend en effet aucun dispositif permettant de conditionner son application au fait de réduire les effets négatifs générés en matière écologique ou sociale. Plus généralement, les chapitres sur le développement durable ne sont pas dotés d’une force exécutoire contraignante : ils s’effacent derrière les dispositions générales de libéralisation du commerce et de l’investissement, tout comme l’impératif écologique derrière les principes généraux d’ouverture des marchés.

Muet en matière d’alimentation animale (origine et mode de production), d’utilisation d’activateurs de croissance (comme les antibiotiques) ou encore de bien-être animal, le CETA fait courir de sérieux risques sanitaires lorsque le Canada sera en mesure d’utiliser l’ensemble des quotas agricoles obtenus. Ces importations « affecteront négativement un secteur de l’élevage déjà affaibli dans l’UE » affirme le rapport Schubert, alors que de nouveaux quotas en augmentation sont négociés sur d’autres accords (Mercosur, etc), générant un effet cumulatif propre à déstabiliser plusieurs secteurs.

Le CETA ne fournit donc pas de conditions favorables aux objectifs de la transition écologique et sociale. Sans reconnaissance explicite du principe de précaution qui n’est donc pas protégé par le CETA, et en présence d’un dispositif de coopération réglementaire qui donne la part belle aux intérêts des lobbys économiques, le CETA diminuera également la capacité des pouvoirs publics à garantir un bon niveau de réglementations environnementales et sanitaires.

Avec le CETA, les entreprises canadiennes, et même états-uniennes (81% d’entre elles disposent de filiales au Canada), pourront en effet exercer de lourdes pressions sur les pouvoirs publics européens. Ratifier le CETA entérinerait la mise en œuvre d’un tribunal d’arbitrage qui donne le droit aux investisseurs privés d’attaquer les décisions des pouvoirs publics qui leur paraissent défavorables : le mécanisme de règlement des différents investisseurs – État du CETA, modifié qu’à la marge, contourne les juridictions nationales et garantit toujours des droits exorbitants aux investisseurs étrangers. L’expérience montre que ces dispositifs favorisent nettement les intérêts des multinationales au détriment de la pleine et entière expression du droit à réguler des États.

Dit de « nouvelle génération », le CETA engage l’UE et ses États-membres dans un processus, désormais largement documenté, de libéralisation continu et irréversible (liste négative), n’offrant ainsi aucune protection sérieuse dans le domaine des services. De lourdes contraintes pèseront par ailleurs sur les municipalités et collectivités territoriales souhaitant faire de leurs marchés publics un levier stratégique de développement local. De fait, les objectifs de facilitation du commerce et de l’investissement éclipsent les préoccupations sociales et environnementales, au respect desquelles n’est attribué aucun instrument juridique véritablement efficient.

Tout récemment, Emmanuel Macron affirmait pourtant qu’il ne « voulait plus d’accords commerciaux internationaux qui alimentent le dumping social et environnemental ». Cet objectif, légitime, ne saurait supporter rester lettre morte. Malgré les engagements pris et le rapport Schubert, le CETA n’a pourtant pas été modifié. La ratification définitive du CETA, qui sert de modèle aux accords en cours de négociation, ne pourrait donc « se faire en totale cohérence avec les exigences nationales en matière de santé et d’environnement ».

Voilà pourquoi votre vote, Madame la Députée, vous offre l’occasion unique de ne pas enterrer définitivement un des engagements majeurs de la campagne d’Emmanuel Macron. Une majorité d’eurodéputés français de tous bords politiques s’étaient opposée au CETA au Parlement européen. Ne pas ratifier le CETA est la seule option sérieuse dont vous disposez pour obtenir une réforme du mandat commercial européen et ainsi répondre aux aspirations de millions de citoyens et d’un très large arc de forces d’organisations de la société civile qui rejettent le CETA.

Veuillez recevoir Madame la Députée, l’expression de mes salutations les plus citoyennes.

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La lutte contre le réchauffement climatique : une bataille sociale

Dédé ChassaigneAndré Chassaigne, député PCF et président du groupe à l’Assemblée, publie une tribune dans l’hebdomadaire « Politis ».

Ce sont les classes populaires qui sont les plus exposées aux conséquences des changements climatiques, rappelle André Chassaigne. Le président du groupe des députés communistes plaide pour des choix de rupture, notamment avec le productivisme et le consumérisme.

Le changement climatique provoqué par les activités humaines ne relève plus de la seule hypothèse scientifique : il s’agit d’une réalité vécue et subie par l’humanité dans sa globalité. Les implications de l’élévation de la température moyenne de la planète représentent un défi immense pour la protection de la biodiversité et de l’environnement. Trop longtemps minoré, voire ignoré, il convient également de prendre au sérieux l’impact social du dérèglement climatique. Celui-ci est en effet synonyme de dégradation de nos conditions de vie et d’aggravation des inégalités. À l’échelle mondiale et nationale, ce sont les populations les plus vulnérables qui se trouvent être les premières victimes de ce fléau. C’est pourquoi opposer « fin du monde » et « fin du mois » relève plus du slogan publicitaire que d’une réflexion politique salutaire.

L’impact de l’augmentation des températures moyennes affecte d’abord les pays les moins développés. Leurs populations subissent déjà les phénomènes accrus de sécheresse et inondations, de désertification, d’insécurité alimentaire, d’érosion des côtes et des ressources, de montée du niveau de la mer, etc. Avec pour corollaires une atteinte aux droits fondamentaux – comme l’accès à l’eau – et une intensification des flux de réfugiés climatiques.

Au sein même des pays riches comme la France, si nul n’est épargné par la hausse des températures, nous ne sommes pas tous égaux devant les effets du réchauffement climatique. Une vérité qui se vérifie tant pour les personnes morales (toutes les collectivités territoriales ou entreprises n’ont pas forcément les moyens de s’offrir les aménagements ou services nécessaires pour s’adapter), que physiques. Ce sont en effet les personnes issues des couches sociales les plus défavorisées et les individus les plus vulnérables qui pâtissent le plus du changement climatique. On pense aux personnes âgées et aux sans-abris, mais aussi aux classes populaires qui n’ont pas la capacité financière de faire face à l’augmentation des coûts liés à l’énergie, aux assurances (contre les risques) ou à l’habitat (mal isolé).

En outre, certains secteurs d’activités sont directement exposés à la nouvelle donne climatique. La pénibilité est appelée à croître pour des métiers tels qu’ouvriers du bâtiment, travailleurs de l’agriculture, agents de voirie… Pour les paysans, à la détérioration des conditions de travail s’ajoute l’augmentation des aléas climatiques (sécheresses, inondations, grêles et tempêtes…) qui perturbe les cycles des cultures, ce qui entraîne des pertes de récoltes et de revenus. Quant aux consommateurs, la raréfaction des ressources et le caractère plus aléatoire des conditions de production sont synonymes d’une augmentation du prix des matières premières qui affecteront encore et toujours les plus défavorisés.

Cette conséquence du réchauffement climatique est d’autant plus injuste, que l’empreinte carbone des ménages est liée au niveau du pouvoir d’achat. Autrement dit, les catégories sociales les plus élevées sont celles qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Un rapport du Commissariat général du développement durable de 2011 affirme ainsi que « la consommation des 20 % des ménages les plus modestes représente 11 % des émissions de CO2 alors que celle des 20 % des ménages les plus aisés est responsable de 29 % des émissions ». Ainsi, la pratique consistant à calculer les moyennes d’émissions de gaz à effet de serre par pays correspond à ce que des économistes désignent par la formule « hiding behind the poor » (« se cacher derrière les pauvres »).

Notre propos ne vise pas à culpabiliser pour culpabiliser. Nous avons tous notre part de responsabilité, mais certains sont plus responsables que d’autres : à elles seules, cent grandes transnationales seraient responsables de 71 % des émissions globales de gaz à effet de serre. Il s’agit ici également de pointer la stratégie de déresponsabilisation politique de la majorité au pouvoir. Derrière les slogans et autres postures médiatiques tendant à promouvoir « la lutte contre le changement climatique », l’action gouvernementale demeure très en deçà des objectifs fixés par le Giec. Un contraste entre le discours et les décisions symbolisé par la démission fracassante de l’ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Un signal d’alarme resté lettre morte. Aujourd’hui, l’exécutif s’apprête à ratifier le traité Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement), un accord commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, qui porte directement atteinte au climat, à la santé, à l’emploi, et à l’agriculture…

Derrière la catastrophe écologique qui se dessine sur fond de changement climatique, il y a malgré tout une opportunité historique à saisir pour tous ceux qui croient dans la volonté politique et dans la nécessité d’ériger une société nouvelle et meilleure. Son avènement dépend de choix de rupture avec, à la fois, le dogme capitaliste de la rentabilité financière et le cercle vicieux du « productivisme-consumérisme », seuls à même d’ouvrir un nouvel horizon pour un mode de vie respectueux de l’environnement. Il s’agit là d’un double impératif, non d’une simple option. Cela suppose prioritairement de remettre en cause la multiplication des flux internationaux et l’augmentation des investissements dans l’ensemble des industries polluantes telles que le pétrole. La société du XXIe siècle sera plus juste ou ne sera pas.

ADP, notre trésor !

Saint Gratien

Ce matin dimanche 7 juillet, beau succès de notre initiative pour la collecte de signatures demandant un référendum sur la privatisation d’ADP.

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En centre-ville, des Gratiennois.e.s concerné.e.s, qui s’arrêtent pour échanger, demander des infos, et même signent sur place grâce à une tablette qui permet d’accéder au site officiel. Nous serons de retour le 14 juillet au même endroit ! En attendant, ci-dessous davantage d’infos sur les dessous d’une privatisation refusée par les Français.e.s, déjà échaudé.e.s par la vente de nos autoroutes. Et plus attaché.e.s au service public que certains le croient !

Une émission de France Inter à retrouver ici : « Les autoroutes, un « bijou » vendu au nom de la dette »  

Un dossier du « Monde diplomatique » à lire ici : « Aéroports de Paris, petites concessions entre amis« 

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Les aéroports de Paris doivent rester publics

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C’est parti : avant mars 2020, il faut réunir 4,7 millions de signataires pour s’opposer à la privatisation d’Aéroports de Paris. Même les non-franciliens et ceux qui ne prennent pas l’avion sont concernés par la privatisation éventuelle d’ADP.

ADP, c’est quoi ? Depuis 2005, ADP est une société anonyme dont le secteur privé détient la moitié du capital. Entre 2006 et 2016, ADP a versé 2 milliards de dividendes à ses actionnaires, dont 1,1 à l’État. Dans le même temps, ADP a perdu un emploi sur cinq. Ah, cherchez l’erreur… ADP est en tout cas une entreprise stratégique pour le développement économique, l’aménagement et la sécurité du territoire. 

ADP 7.jpgUn regroupement totalement inédit, de tous bords sauf LREM, s’oppose à sa privatisation : du PCF à LR, en passant par FI, le PS, Génération.s, sans oublier des syndicalistes, des citoyens, des associations…

Orly, Roissy, Le Bourget : 80% du trafic passagers et 90% du fret. Des aéroports de référence, qui doivent rester sous maitrise publique pour des raisons évidentes d’enjeux environnementaux (nuisances sonores, réduction des gaz à effet de serre…) et d’aménagement du territoire. Après le sandale de la privatisation des autoroutes, et avant d’autres privatisations prévues pour les barrages et la Française des Jeux, il est urgent de dire « stop » et de défendre le service public.

Comme l’explique un parlementaire de… droite : « je suis contre une privatisation dans une situation de monopole. Dès lors qu’on privatise, la puissance publique est pieds et poings liés ».

Le gouvernement argue du produit de la vente d’ADP, d’Engie et de la FDJ qui rapporterait 250 M€ destinés à un fond pour l’innovation. Mauvais calcul puisque ces entreprises rapportent actuellement 700 M€ annuels.

Enfin, cette mobilisation contre une privatisation est une démarche inédite mais qui pourrait redonner vigueur à la démocratie française. Quand les institutions sont verrouillées et imperméables à toute intervention des citoyens, le processus de « RIP », référendum d’initiative partagée, est une bouffée d’air pur.  

C’est la première fois que la procédure de référendum d’initiative partagée est initiée par des parlementaires et confirmée par le Conseil constitutionnel.

À partir de maintenant, nous avons 9 mois pour réunir 10 % du corps électoral soit 4,7 millions de signatures. C’est sans doute une des pétitions les plus ambitieuses de l’histoire mais en cas de succès, elle permettra, si le Parlement ne revoit pas la loi, de déclencher un référendum et de poser la question au peuple français.

Dès maintenant, signez contre la privatisation d’Aéroports de Paris !

Pour cela, il suffit de vous munir de votre carte d’identité ou de votre passeport et de vous rendre sur le site gouvernemental :  https://www.referendum.interieur.gouv.fr/

On en reparle ici très bientôt.

 

Europacity, 19 mai : un temps de grenouille ! (2)

La suite de notre reportage sur le terrain des Terres de Gonesse lors de la manifestation du dimanche 19 mai.

Écoutez ici l’intervention de Ian Brossat

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Les palissades du futur chantier de la gare CDG express en plein champs à 2 km de toute habitation.

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Bernard Loup, le chef du CPTG (collectif pour le Triangle de Gonesse), pédagogue face à la presse. Son interview sera reprise dans beaucoup de supports médiatiques le lendemain.

 

Un vrai temps de grenouille !

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L’interview par Laurence Peuron de France Inter, à voir  :

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L’interview par Laurence Peuron de France Inter, à écouter :

Écoute l’extrait du journal de 19h du dimanche 19 mai 2019 sur : https://www.franceinter.fr/emissions/le-journal-de-19h-du-week-end

Visite le journal de 19h et écoute bien entre la 6’46 et la 8’36 min :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-journal-de-19h-du-week-end

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S.B.

Europacity, 19 mai : un temps de grenouille ! (1)

Les opposants au projet d’Europacity – «future destination de loisirs du Grand Paris» à Gonesse (95) – se sont donné rendez-vous, le week-end dernier, pour 24 heures de mobilisation contre ce projet d’«urbanisation inutile et nocive».

Pour refuser le projet de bétonnage d’hypermarché commercial Europacity ET de la gare en plein champ !

Pour promouvoir le projet Carma et une gare pour les habitants.

Face à la puissance financière des promoteurs français –AUCHAN– et chinois –WANDA– redoublons d’efforts pour que les décideurs politiques se saisissent enfin du projet CARMA (agro-écologie et économie circulaire), seul projet issu du terrain, peu gourmand en investissements, inspiré des expériences concrètes menées en agriculture périurbaine et vivrière à Barcelone et à Milan, seul projet susceptible de reconstruire le lien entre producteurs, consommateurs et habitants.

SAUVONS MAINTENANT LES TERRES DE GONESSE

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Le site du triangle de Gonesse :

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On y vient à pied, à cheval, en vélo :

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Quel sera l’effet de l’urbanisation de près de 300 hectares de «terres fertiles», dont 80 hectares uniquement dédiés à cet important projet ? Ses opposants critiquent aussi son coût, estimé à 1 milliard d’euros, ainsi que la construction d’une gare «sans habitant», qui sera insérée sur la ligne 17 du Grand Paris Express.

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Le projet alternatif porté par CARMA :

Les opposants à Europacity proposent leur «projet alternatif», qu’ils nomment «Carma». Cet «ambitieux programme de transition écologique» prévoit notamment «la création de nombreux emplois dans les filières de l’agriculture, l’éco-construction, la rénovation thermique…».

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S.B.

À suivre…

Des radis, pas des caddies !

Urbanisation. Le projet Europacity condamné, mais pas sa gare ?

Lundi 20 Mai 2019, article d’Alexandra Chaignon, Huma.fr

La lutte contre le mégacomplexe commercial, devenu le symbole « de ce qu’il ne faut pas faire », a rassemblé des centaines de personnes, ce week-end, sur le triangle de Gonesse.

«La transition, on en parle beaucoup, mais on ne la voit pas », déplore Luis, accroupi, pieds nus dans la terre, une bêche dans une main, des graines de tournesols dans l’autre. Comme plusieurs centaines de personnes, le jeune homme, qui réside à Paris, a répondu à l’appel du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG) qui organisait ce week-end les « 24 heures du Triangle », pour mobiliser contre le projet EuropaCity, ce mégacomplexe de loisirs et de commerces qui prévoit d’artificialiser ce qui reste de terres agricoles dans ce coin du Val-d’Oise. Des 1 000 hectares historiques de la zone, il ne reste en effet que 670 hectares agricoles, dont 300 sont promis à l’artificialisation et 80 au projet EuropaCity.

Non loin de là, Laurence, une militante du collectif hantée par « la monstruosité du projet », explique à des nouveaux venus le fonctionnement de l’atelier jardinage. « On se réunit un dimanche sur deux. On a déjà planté des patates et des oignons. Et là-bas, explique-t-elle en montrant de petites buttes de terres, on s’est amusé à un assemblage mexicain fait de courges, haricots et maïs ! Aujourd’hui, c’est plantation de tomates et semis de graines de courges. L’idée, c’est que les gens viennent planter, et qu’ils réagissent. »

« On va faire une gare sans savoir ce qu’il y aura autour »

Au vu de l’affluence, alors que la météo n’était pas vraiment clémente, le pari de cette troisième édition semblait réussi. « Les gens, les jeunes notamment, commencent à prendre conscience de l’enjeu de protéger la planète », analyse Laurence. En outre, et bien que des appels soient en cours, une série d’avis défavorables ont mis du plomb dans l’aile au projet EuropaCity, et du coup redonné de la vigueur à la mobilisation. Après l’annulation par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise de l’arrêté préfectoral de création de la ZAC sur le Triangle de Gonesse, le même tribunal a annulé le plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse, fragilisant encore un peu plus l’opération d’aménagement sur ces terres agricoles.

europacity 2019-14« Juridiquement, ces deux décisions nous sont favorables. Mais notre inquiétude, c’est la construction de la future gare du Triangle de Gonesse, sur la ligne 17 du métro du Grand Paris Express, dont le permis de construire a été validé par le préfet en septembre dernier, en dépit de l’annulation de la ZAC et du PLU. Elle est présentée comme une desserte pour les habitants, alors qu’elle est située à 2 km du centre-ville, en plein champ, explique Bernard Loup, l’infatigable président du CPTG, qui défend un projet alternatif d’agriculture maraîchère bio. On va faire une gare sans savoir ce qu’il y aura autour. On va surtout créer une situation irréversible : si la gare est construite, alors les alentours seront bétonnés, même si EuropaCity ne se fait pas. On sera dans l’obligation de résister. »

europacity 2019-18Devenue une lutte symbolique contre l’artificialisation des terres fertiles, la mobilisation des anti-Europacity a été, ce week-end, un passage obligé des candidats de gauche aux européennes. Au grand dam du maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, fervent soutien d’EuropaCity, qui avait adressé un courrier aux différents intervenants pour dénoncer « la caricature faite du projet ». « Jean-Pierre Blazy affirme qu’EuropaCity amènera de l’esthétisme en banlieue. Et bien nous, nous préférons l’esthétisme des poireaux ! », lui a ainsi répondu Delphine Batho, députée et présidente de Génération écologie, rappelant que « ce combat est emblématique de la lutte contre la société d’hyperconsommation ».

« On ne peut accepter l’artificialisation des terres sans raison. On en a besoin. Au passage, il faut dénoncer le discours bidon de la famille Mulliez (propriétaire d’Auchan, promoteur d’EuropaCity – NDLR) qui veut soit-disant rendre service à la société avec ce projet. Si elle veut rendre service, comme elle le propose, qu’elle commence par payer ses impôts en France. Et qu’elle ne supprime pas 700 emplois », a pour sa part protesté Ian Brossat, candidat PCF aux européennes, quand Yannick Jadot, candidat EELV, a dénoncé un « désastre écologique, pour la biodiversité et la démocratie », exigeant de l’État « qu’il stoppe ce projet ».

Le week-end devait s’achever sur une marche citoyenne, partant du Triangle, jusqu’à la mairie de Gonesse. (annulée pour cause de forte pluie, ndlr)

Alexandra Chaignon

Photos sur le vif et très mouillées de S.B.

 

 

Pour les Terres de Gonesse

Contre notre G.P.I.I local (grand projet inutile et imposé) qu’est Europa City, venez rejoindre la mobilisation le dimanche 19 mai en faveur du contre projet alternatif CARMA ! Le Front de Gauche de Saint Gratien en sera ! Voir ci-dessous la liste des très nombreux.ses participant.e.s et intervenant.e.s, dont Ian Brossat.

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Lire ici le courrier de Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis, adressé au Ministre de la transition Écologique et Solidaire, sur la tenue d’un travail interministériel sur EuropaCity, évoqué par Mme Brune Poirson.

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8 mai 2019 : paix, justice et fraternité

En ce jour de souvenir de victoire sur le nazisme, je veux partager ce texte du Mouvement de la Paix.

Déclaration du Mouvement de la Paix
Le 8 Mai 2019, se souvenir du 8 Mai 1945, pour mieux agir pour la Paix dans la justice et la fraternité

Le 8 mai 1945 a vu la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie.
Cette date consacre la fin de la guerre en Europe et la victoire sur le nazisme qui annonçait la fin de la deuxième guerre mondiale.
Le Mouvement de la paix, 71 ans après sa création à l’instigation de nombreux résistants se doit de rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont agi et se sont battus pour la liberté dans les mouvements de résistance, dans les forces françaises de l’intérieur, dans les armées ou mouvements de résistance de tous les pays qui combattaient le fascisme et le nazisme ainsi qu’à toutes les victimes civiles. Nous devons penser à toutes celles et ceux qui ont péri dans les camps de concentration et d’extermination nazis. Nous devons nous rappeler de tous les morts du fait de l’intolérance raciste et xénophobe (incluant les discriminations religieuses et culturelles) qui malheureusement tend à resurgir en Europe dans cette période de crise.

Mais le Mouvement de la Paix entend aussi se souvenir que le 8 mai 45 a été marqué par le début d’une répression sauvage en Algérie. Cette répression a causé plusieurs dizaines de milliers de morts en quelques jours dans la région de Sétif. Cette répression a été menée dans le cadre d’un colonialisme féroce qui n’entendait pas faire bénéficier les algériens et algériennes des libertés que permettait d’entrevoir la victoire contre le nazisme. Cette victoire pourtant, le peuple algérien, comme tous les autres peuples colonisés de Tunisie, du Maroc, d’Afrique etc qui souffraient sous le joug du colonialisme français, avaient largement contribué à la gagner contre les forces du nazisme. Cette répression constitue le point de départ de la guerre d’Algérie à l’issue de laquelle le peuple algérien a acquis son indépendance et sa souveraineté. Cette indépendance et cette souveraineté lui permettent encore aujourd’hui même d’écrire une nouvelle page de son histoire qui nous l’espérons permettra au peuple Algérien de construire démocratiquement et pacifiquement l’Algérie de ses rêves.

Alors qu’aujourd’hui les acquis sociaux et démocratiques obtenus dans la période qui a suivi la victoire sur le nazisme sont remis en cause, ce moment annuel de mémoire est important pour construire le futur. Il doit permettre à chacun de prendre conscience que la construction d’un monde et d’une Europe de justice, de solidarité, de fraternité et de paix nécessite l’action individuelle et collective tant pour la justice sociale, la prévention des conflits et la diminution des dépenses d’armement (qui ont atteint la somme inacceptable de 1820 milliards de dollars en 2018) comme nous y convie la Charte des Nations unies.

La lutte pour la paix, pour la justice sociale, pour les droits, pour la justice, contre le racisme et la xénophobie, pour l’élimination des armes nucléaires, contre le commerce des armes et contre le dérèglement climatique, ainsi que les efforts pour faire émerger une culture de la paix et de la non-violence, font partie du combat pour la liberté, pour un monde enfin humain, fraternel et juste. Ces combats solidaires et actuels, sont constitutifs du chemin vers la paix.

À Paris, le 8 mai 2019
Le Mouvement de la Paix

Mai 1945 : Paris, mais aussi Sétif

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Tout ce qui est humain est nôtre

Julien Lauprêtre, une vie de fidélité et d’engagement

Article d’ Olivier Chartrain, paru dansl’Humanité

Décédé ce vendredi matin 26 avril à Paris à l’âge de 93 ans, Julien Lauprêtre présidait aux destinées du Secours populaire français depuis 1955. Un destin marqué du sceau du combat pour la solidarité et la dignité.

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Interrogé en 2003 par notre journal, Julien Lauprêtre citait le grand poète chilien, Pablo Neruda : « J’avoue que j’ai vécu ». Et quelle vie, en effet ! fut celle de celui qui vient de s’éteindre à Paris, à 93 ans, alors qu’il était hospitalisé à la suite d’une chute. Entré au Secours populaire français en 1954 « pour quelques semaines » comme secrétaire administratif, il en était devenu secrétaire général un an plus tard, puis président en 1985. Ces « quelques semaines » se sont transformées en 65 ans au service d’une des plus grandes associations françaises de solidarité, qui compte aujourd’hui, sous son impulsion, 80 000 bénévoles et plus d’un million de donateurs.

Ce véritable « titi » parisien naît le 26 janvier 1926 dans le 12e arrondissement, où il vivait toujours. Son père, Jean, blessé au cours de la Grande-Guerre, est cheminot et communiste ; sa mère, Marie, travaille dans une conserverie de poisson. Il a 10 ans en 1936 : c’est l’année du Front populaire et des premiers congés payés. Il part en colonie de vacances à l’Île de Ré avec le Secours ouvrier international – branche sociale du Secours rouge, qui deviendra le Secours populaire français en 1945. Il n’y fait pas seulement la connaissance de Jeannette, qui deviendra 10 ans plus tard sa femme : il y découvre la mer, qu’il n’avait jamais vue, et en même temps d’autres enfants de son âge dont les parents, Allemands, Espagnols, Italiens, ont été chassés de leurs pays par les régimes fascistes qui s’y étaient installés.

À cet égard rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir des enfants palestiniens et israéliens, hébergés séparément, insister pour être finalement rassemblés ; ou des enfants marocains et sahraouis jouer au foot ensemble.

Autant dire que dès son plus jeune âge, on distingue déjà certaines des grandes lignes de son action à la tête du Secours populaire : combat pour le droit de tous aux vacances, à travers les « Journées des oubliés des vacances » organisées chaque année au mois d’août pour les enfants – et maintenant les familles – qui n’ont pu partir ; et volonté de faire se rencontrer des enfants de tous pays, manifestée par la création en 1992 de Copain du monde, qui essaime des clubs sur tous les continents et organise chaque été des « villages » où des enfants de Palestine, du Maroc, du Japon, de Madagascar… viennent à la rencontre de leurs copains français. À cet égard rien ne rendait plus fier le président du SPF que de voir des enfants palestiniens et israéliens, hébergés séparément, insister pour être finalement rassemblés ; ou des enfants marocains et sahraouis jouer au foot ensemble.

Mais une autre expérience, bien plus dramatique, a façonné Julien Lauprêtre. Son certificat d’études en poche, il devient ouvrier miroitier. Nous sommes en 1940, la France est envahie par les armées nazies. La suite, il la racontait à l’Humanité en 2004 : « J’avais formé, avec des copains lycées, un groupe dans le 12e arrondissement de Paris. Nous faisions des actes de résistance isolés, sans directive aucune. Jusqu’à ce qu’un contact soit établi avec la Jeunesse communiste, organisation illégale bien sûr. Là, nos actions sont devenues plus efficaces contre l’occupant nazi. J’ai été arrêté le 20 novembre 1943. J’ai été pris en charge par les brigades spéciales de la préfecture de Paris – j’ai d’ailleurs toujours eu affaire à des Français, n’en déplaise à Papon. Dans ma cellule, il y avait un homme enchaîné qui m’a demandé pourquoi j’étais là. On m’avait bien sûr prévenu de la présence de mouchards dans les prisons, alors j’ai répondu que je ne savais pas mais que j’étais accusé d’actes anti-allemands. L’homme m’a dit : « Toi, tu vas t’en sortir, il faut continuer la lutte. Moi, je suis foutu, je vais être fusillé, je regrette de ne pas en avoir fait assez… Faut être courageux, tu as l’avenir devant toi. » » Trois mois plus tard, lors de son transfert vers une autre prison, le jeune Julien aperçoit sur les murs de Paris la tristement célèbre Affiche rouge, et identifie alors le visage de celui dont il a partagé la cellule : Missak Manouchian.

« Je suis un miraculé. Je m’appelle Lauprêtre, je ne suis pas croyant, mais je devrais m’y mettre ! »

Remis en liberté surveillée en mars 1944, il entre dans la clandestinité pour échapper au STO (Service du travail obligatoire) et part se cacher en province. Il revient à Paris en juin, après le Débarquement, puis participe comme jeune communiste – il le restera toute sa vie – au soulèvement de la ville, en août. Chargé de récupérer des armes, il échappe de peu à la mort lorsqu’une patrouille allemande le met en joue, sauvé par l’arrivée d’une patrouille de FFI (Forces françaises de l’intérieur). Racontant cette anecdote en 2016 à nos confrères de Politis, cet athée assumé y faisait montre d’un humour qui ne le quittait guère : « Je suis un miraculé. Je m’appelle Lauprêtre, je ne suis pas croyant, mais je devrais m’y mettre ! »

Embauché un moment comme assistant du député communiste Raymond Guyot, c’est donc au cours du terrible hiver 1954, celui de l’appel de l’abbé Pierre, qu’il est appelé à venir renforcer les rangs du Secours populaire. Tout au long de son action, il s’efforcera de combattre l’opposition, jugée artificielle, entre action politique et action humanitaire, comme il l’expliquait en 2007 dans l’Humanité Dimanche : « Aider en urgence ceux qui en ont le plus besoin, c’est énorme pour ces personnes. Quand on n’est pas concerné, cela peut sembler accessoire. Ce n’est pas du tout le cas quand vous êtes au fond du trou. Nous tenons les deux bouts de la chaîne, la solidarité populaire indispensable pour la sauvegarde d’urgence des personnes et l’action pour que les pouvoirs publics prennent les mesures visant à supprimer les causes de la pauvreté. » La plus grande fierté de celui qui définissait aussi le « Secours pop » comme un « aiguillon » pour mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, c’était de constater que ceux qui avaient un jour eu besoin de cette solidarité devenaient ensuite des adhérents actifs de l’association.

 « Les pauvres ne doivent pas baisser la tête »

Alors que sous son impulsion le Secours populaire devenait une association gigantesque, entraînant dans son action stars et multinationales, présidents de la République et champions sportifs, il ne manquait pas de rappeler, aussi, que parmi tous ceux-là, « le premier fut l’Huma ». « Aussi loin que remontent mes souvenirs », racontait-il, « je revois mon père Jean apporter l’Huma à la maison. Jusqu’à son dernier souffle, il l’a diffusé place Rambouillet, son quartier du 12e arrondissement. » Un long compagnonnage grâce auquel notre journal, de reportages en appels à la solidarité, de numéros solidaires en hors-séries spéciaux, a permis à ses lecteurs de partager les combats du Secours populaire, en France comme à l’autre bout de monde, pour parer aux catastrophes naturelles ou venir au secours des victimes de conflits.

Julien Lauprêtre a passé des années à dénoncer et combattre ce qu’il nommait le « raz-de-marée de la pauvreté », qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, sans jamais baisser les bras ni perdre l’espoir, suivant en cela scrupuleusement le conseil de Manouchian. Celui qui répétait que « les pauvres ne doivent pas baisser la tête » part en étant certain qu’ils sont des milliers après lui pour continuer à porter ce combat. Et un jour, le remporter.