Strasbourg, août 2023 (3)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Compte rendu de l’université d’été du PCF
Édition 2023 – Fabienne Launey

Pour la deuxième année consécutive, l’université d’été du PCF a accueilli les communistes à Strasbourg. Les nombreux ateliers proposés se sont articulés autour de trois thèmes fondamentaux : la paix, la transition écologique et la question sociale.

L’ensemble des conférences et débats contribuent à la formation politique des communistes en traitant de l’actualité, nationale et internationale.

La culture historique prend également toute sa place à l’université d’été, avec par exemple l’exposé de Lukas Tsiptsios sur les politiques migratoires dans l’histoire, ou encore celui proposé par Gérard Streiff sur l’histoire et la connaissance du Rassemblement National, pour mieux le combattre.

Nous étions trois adhérents de la section de Saint-Gratien à participer à l’édition 2023 de l’université d’été.

Pour ma part, j’ai choisi de rendre compte de l’intervention de Philippe Rio, maire de Grigny, intitulée « Urgence République », et de celle de Pascal Brice, président de la fédération des acteurs de la solidarité et Fabien Roussel, député du Nord et secrétaire national du PCF. (à venir sur le blog, ndlr)

« Urgence République », avec Philippe Rio

Philippe Rio est très engagé sur les questions des banlieues populaires. Il faisait partie en 2017 d’un collectif de maires qui avait porté l’appel de Grigny. La concentration des difficultés sociales et économiques dans certains territoires de la République suppose d’y concentrer tous les moyens des forces vives de la Nation.

Au vu de son engagement et de son travail sur les banlieues populaires, Philippe Rio a été désigné meilleur maire du monde en 2021.

Philippe Rio développe trois ou quatre points à propos des mensonges, des fausses certitudes et du déni de la société française sur le regard porté sur les quartiers populaires.

Des solutions existent.

Au mois de juin, il n’y aurait pas eu d’émeutes si Nahel n’avait pas été abattu par la police. De même qu’en 2005, les émeutes urbaines qui ont duré trois semaines n’auraient pas eu lieu non plus si Zied et Bouna étaient encore en vie.

Les moments de crispation, de cristallisation d’émeute, de révolte, n’existent pas s’il n’y a pas ces faits-là.

Il y a toute une pensée qui vise à criminaliser les habitants des quartiers populaires. Or nous rappelons qu’il y a d’abord des faits où la police a tué.

Philippe Rio

La géographie des événements de 2023 n’est pas la même que celle des émeutes de 2005, y compris dans des villes peu marquées par une présence forte et massive des quartiers populaires.

Nous allons aborder le sujet qui fâche dans ce pays, celui de la doctrine policière mise en place par Nicolas Sarkozy en 2003, qui montre qu’elle est à bout de souffle. C’est la fin d’une police de proximité, coupée net, et vingt ans de lois policières qui s’en donnent à cœur joie par le sentiment donné que la police doit être toute puissante, et qui font qu’aujourd’hui, beaucoup de gens se demandent si la police est au service de la République, ou si c’est plutôt ce que l’on sent : une République qui est pieds et mains liés à un certain nombre de syndicats de police, et bien évidemment pas des plus progressistes.

Il y a un ensemble d’actes politiques majeurs portés par la droite tels que la réforme de la gendarmerie nationale en 2009, la réforme de la garde à vue, la loi sur la sécurité publique de 2017, la formation des policiers et la loi sur la sécurité globale.

On arrête le dialogue avec la population et on affirme être dans un rapport de force. La police devient a-républicaine ou non républicaine.

En Allemagne, on compte un mort en une année après un refus d’obtempérer, alors qu’on en dénombre 16 cette année en France.

La révision générale des politiques publiques fait qu’à l’aveugle, on supprime partout des postes de fonctionnaires, dont 10 000 fonctionnaires de police, et on change l’orientation des stratégies policières. La population a augmenté et le besoin de sécurité et de tranquillité publique est beaucoup plus présent qu’il y a vingt ans.

Le pays vient juste de récupérer les 10 000 postes de fonctionnaires de police précédemment supprimés. On peut parler de mensonge parce qu’il n’y a pas eu de création de postes de fonctionnaires de police supplémentaires.

Il s’agit d’un acte politique très fort de la droite, parce que la police est un service public régalien de l’État, essentiel et important pour vivre ensemble.

Il y a eu aussi une forte réforme des services de renseignement de notre pays. Le service des renseignements généraux a été complètement démantelé.

Il faut donc se poser la question de la doctrine policière, du choix budgétaire de la police et de la justice, et prioritairement de la justice des mineurs qui est en voie de clochardisation dans notre pays.

Il n’y a pas d’accompagnement des jeunes. La prévention, la sécurité et la lutte contre la récidive doivent être placées au cœur de la doctrine policière.

Pour rattraper ce retard de 10 000 postes de fonctionnaires de police supprimés par Sarkozy, on raccourcit le temps de leur formation, un des plus courts en Europe. Les plus jeunes fonctionnaires de police et de l’Éducation Nationale sont affectés dans les territoires les plus en difficulté.

On se donne les moyen de créer constamment du clash, et non pas de réussir.

L’activité économique produite par le trafic de drogue est illicite. C’est du business, de l’argent, une multinationale. Le système est organisé internationalement avec des filières, des réseaux et des complaisances de toutes sortes. Les dealers de cage d’escalier sont en bout de chaîne.

Un quartier populaire, c’est la concentration de la pauvreté urbaine. Les mafias se développent là où il y a de l’hyper-pauvreté.

Une pauvreté, un sentiment d’abandon, de discrimination, de relégation réelle ou vécu comme telle, favorisent cette situation.

Les mensonges au sujet des quartiers populaires :

Les Français n’aiment pas trop les quartiers populaires. Il reste dans notre pays une forte présence colonialiste. Notre Président parle de « décivilisation ».

Les mots politiques posés sur ces territoires sont « les sauvageons » à l’époque de Chevènement, les « zones de non droit », la « recivilisation » préconisée par l’extrême droite.

Des résistances sont à mettre en place. Les quartiers populaires représentent six millions d’habitants. Ce sont les territoires les plus jeunes de France. L’avenir se joue là pour notre pays. Soit on fait avec eux pour le mieux, soit on fait sans pour le pire.

Des propos séparatistes sont très clairement énoncés de la part des élites politiques françaises. Il y a moins d’école, moins de police et moins de justice en Seine-Saint-Denis qu’ailleurs en France. Les politiques prioritaires n’arrivent même pas à compenser l’écart avec ce que tout le monde a sur le reste du territoire. C’est cela le mensonge français.

Quinze millions de Français sont regroupés dans les quartiers populaires, dans la ruralité délaissée, dans les bassins de reconversion industrielle et dans les territoires d’outre-mer. Il y a un vrai besoin d’équité. Ce sont des territoires où il y a moins de services publics, les premiers déserts médicaux et un chômage tellement endémique qu’il sévit de génération en génération.

Il ne faut pas tomber dans le piège du Rassemblement National qui oppose le « belle ruralité » aux « sauvages des quartiers populaires ».

Nous avons le devoir de briser ces oppositions qui sont un danger pour notre République et pour notre nation.

Le budget total de l’État, c’est 600 milliards d’euros. La politique de la ville, c’est 600 millions d’euros.

La rénovation urbaine dans les quartiers populaires est d’abord payée par les salariés avec le 1% logement et avec une toute petite partie du loyer des locataires du logement social.

La question de la mixité sociale constitue un autre mensonge. En France, nous commençons à être les champions de la ségrégation urbaine, de la ségrégation spatiale et de la ségrégation sociale.

De nombreux maires contournent la loi Gayssot en préférant payer une amende plutôt que de construire des logements sociaux dans leur ville.

Il y a aussi une grande concurrence entre les maires en ce qui concerne les attributions de logements.

Il y a les stratégies d’évitement qui empêchent l’ascension sociale, le rapprochement de son travail et qui produisent dans notre pays une discrimination une ségrégation organisée.

Un quartier populaire est un quartier extrêmement jeune, très divers avec des solidarités puissantes et des fonctionnaires extraordinaires souvent sur-engagés.

C’est une concentration de la pauvreté, et un problème d’accès aux droits.

Il n’y a plus de promesse républicaine parce que notre République est libérale et bourgeoise.

La jeunesse des quartiers populaires est pourtant une solution pour notre pays. Les quartiers populaires subissent des inégalités de traitement incroyables.

La dépense publique est un investissement d’avenir.

Nous devons créer un nouveau récit politique sur les quartiers populaires.

On a besoin d’un nouveau pacte social et d’une nouvelle orientation politico-économique. On a aussi besoin d’une nouvelle constitution plus démocratique avec une nouvelle stratégie d’aménagement du territoire.

La question de la réconciliation nationale est très importante au niveau des quartiers populaires.

À suivre…

Strasbourg, août 2023 (2)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Université du PCF – 2023 – Strasbourg

Débat : Mieux connaître le FN pour mieux le combattre

Mieux connaître le FN pour mieux le combattre par Gérard Streiff, journaliste, essayiste et romancier français. Gérard Streiff a été directeur de collection. Ses romans documentés le classent dans la catégorie des historiens fictionnels. Il a travaillé au secteur international du PCF auprès de Jean Kanapa (1973-1981), a été correspondant à Moscou du quotidien L’Humanité (1982-1986). Depuis 1994, Gérard Streiff travaille au département communication du PCF. Il est l’auteur d’une thèse sur Jean Kanapa.

1 – Rappel du contexte dans lequel prospère le FN

Le FN prospère car la crise prospère. Le FN est un fruit de la crise. Tout ce qui combat la crise, combat le FN. Il faut donc régler son compte à la crise. C’est aussi cela la justesse du combat du PCF.

Le FN prospère sur l’idée qu’il n’y aurait plus de droite et de gauche. C’est sa posture et son slogan : « ni de droite, ni de gauche ! ». L’opinion se considérant elle-même qu’elle n’est ni de droite ni de gauche, il est devenu facile pour le FN de s’intégrer.

Mais la droitisation de la société est bel et bien là. Et les idées de droite et de gauche continuent de se confronter.

En 2023, les gens, sont-ils plus racistes qu’avant ? Pas forcément ! Ils sont surtout plus décomplexés qu’avant.

Le FN surfe sur le recul du collectif. Avec comme illustration, des actes pseudo spontanés, comme l’appel au versement à des cagnottes au début de l’été, au policier impliqué dans la mort de Nahel à Nanterre. Le FN profite de l’avancée de la progression des idées et des postures d’’extrême-droite dans les médias (cf. le groupe Bolloré et ses médias).

Le FN profite de la crise morale accentuée par le confinement. Les gens qui se sont retrouvés confrontés à eux-mêmes. Ils ont été contre tout : contre les vaccins, contre le port du masque, etc.

2 – Une classe dominante de plus en plus arrogante

Une étude a été faite auprès des jeunes Français qui sont allés cet été aux Journées Mondiales de la Jeunesse (les JMJ) : ils viennent de plus en plus des classes aisées. Ils ne sont plus concernés par des grandes causes sociales. C’en est fini de l’esprit de « Témoignage chrétien ». Ils installent leur identité de cossus.

La progression du FN en France, s’inscrit dans la poussée internationale de l’extrême-droite.

On le voit avec Georgia Meloni en Italie, qui maintenant se conforme aux attendus européens en matière de politique budgétaire, alors qu’avant son élection, elle se présentait comme la petite sœur des pauvres.

Le chercheur et sociologue Jean-Yves Camus (spécialiste de l’extrême-droite française et des groupes radicaux islamistes, il est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques -IRIS) analyse que l’extrême-droite n’est pas solidaire. Elle est associée au racisme, au nationalisme, aux démarches d’exclusion : en gros, « C’est nous contre les autres ». Elle surfe sur la théorie du complot, qui lui permet d’expliquer le monde.

Le FN s’ancre depuis 1984 sur les sentiments de déclassement et d’abandon.

Le FN se distingue de Zemmour qui dit « Vive la droite », et « la vraie droite c’est moi ». Qui fait ses meilleurs scores dans le XVI ième arrondissement. Il a une cible sociologique différente que le RN. Mais il commence à recruter parmi la jeunesse dorée.

Dans la posture ni Droite ni Gauche, le RN n’est pas seul. D’autres ont aussi cette stratégie qui oppose le bloc populaire à un bloc bourgeois [cela a été repris par Roger Martelli dans son dernier livre]. On s’oppose frontalement à l’élite. Comme par exemple, LFI. Ce qui banalise le FN au final.

Mais au fait, c’est quoi l’élite ? On est contre les gens des villes et pour les gens des campagnes ? On oppose les uns aux autres. On biaise le débat au final. Pour le PCF, nous ne sommes pas dans cette stratégie-ci : Soyons élitaires pour tous ! C’est un beau mot d’ordre.

3 – Bilan du groupe RN à l’Assemblée Nationale : le « catcheur huilé »

Le RN est fort de 89 députés. Moins un qui a quitté le groupe depuis juin 2022. Parmi eux : 33% de femmes. L’âge moyen est de 48 ans.

Contrairement à l’image qu’ils veulent donner, les élus de ce groupe n’ont pas une origine populaire. La plupart viennent du secteur privé. Ce sont des cadres en majorité. Voire des CSP +. Il y a par exemple 15 avocats parmi eux.

Quand il y a un différend entre eux, c’est souvent celui qui a la fonction la plus élevée socialement qui l’emporte.

Leur propagande dit qu’ils viennent de la base. Qu’il s’agit de jeunes arrivants aux responsabilités. Ils disent ne rien savoir de l’histoire du FN. Ce qui est souvent faux.

Ils ne sont pas arrivés à l’Assemblée par hasard, sans origine : parmi eux, on compte beaucoup d’ex-permanents du parti.

Hormis J.Bardella, l’actuel chef du parti, tout le bureau politique du RN est dans le groupe représenté à l’Assemblée Nationale.

Beaucoup sont des fils ou filles de responsables de l’extrême-droite.

Ils ont fait leur trou dans les institutions. Il y a beaucoup de gens d’extrême-droite dans les places de la République.

Beaucoup sont libéraux. Sur le débat sur les retraites, beaucoup ont été des faux culs. Le paradoxe, c’est que le RN et Marine Le Pen sortent dans les sondages parmi ceux qui ont le plus profité du mouvement contre la réforme des retraites.

C’est notamment parce que le RN a usé de la technique dite du « catcheur huilé ». On ne peut pas les saisir. Mise à part quelques positions très tranchées, comme Sébastien Chenu, vice-président RN de l’Assemblée nationale : « Moi, je préfère qu’on fabrique des travailleurs français plutôt qu’on les importe ». Ils ont été extrêmement prudents dans leurs positions. La démographie a ainsi été l’un des axes de l’argumentaire RN dans ce débat sur les retraites. Peu de Français savent que concernant la retraite à 60 ans, le RN n’y est favorable que pour les Français ayant 40 annuités et entrés dans la vie active avant 20 ans. Pour les autres, c’est la retraite entre 60 et 62 ans pour les Français entrés dans la vie active entre 20 ans et 24,5 ans, et le maintien de l’existant au-delà de 25 ans. On est donc loin du retour à l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans pour toutes et tous.

Lire ici : le RN et la réforme des retraites

C’est très difficile de saisir un adversaire comme cela.

4 – Où en est ce parti ?

Cette formation s’est dé-diabolisée.

Jérôme Sainte-Marie, qui est un ex-patron d’institut de sondage, joue un rôle important dans l’évolution de l’image du parti.

Ce qui explique que les « gens d’argent » vont prendre contact avec le FN, pour envisager des passerelles, au cas où il arriverait au pouvoir.

Il a moins de mal à présenter des candidats partout.

Avec son résultat aux législatives, le parti a eu une grosse rentrée d’argent, alors qu’il avait des difficultés financières. Il est de plus attentif à la formation de ses élus : le RN a recommencé des écoles de formation.

Il en a fini avec les jeux de mots Durafour-crématoire. Il s’affiche maintenant comme étant un grand ami d’Israël. D’ailleurs c’est le RN qui a été le plus offensif à l’Assemblée quand le PCF en juin a voulu que l’Assemblée Nationale assimile Israël à un état d’apartheid.

Mais quelques fondamentaux sont toujours là.

FN et RN ont toujours le même logo.

Le RN a des députés cools. Mais ce sont toujours des nostalgiques de l’OAS (cf. la prise de position de leur doyen à la tribune de l’Assemblée.) Ils sont toujours anti-communistes.

Quand on va sur le site du RN, le programme est décliné en trois points :

1 – Contre l’Immigration

2 – Contre l’Islam

3 – Pour la Sécurité

Cela résume bien la carte d’identité de ce groupe.

C’est le FN qui a ouvert le débat sur l’anti-wokisme en France. Le FN est subjugué par ce discours.

Il est très critique vis-à-vis du discours concernant la domination de classes, de sexes, de racisés.

En résumé, c’est le parti du retour en arrière.

Le RN est un parti féministe ! Le groupe s’est divisé sur le débat sur la constitutionnalisation de l’IVG. Sa position contre a évolué. D’ailleurs M. Le Pen s’est retirée de l’Assemblée nationale lors du vote, pour ne pas froisser, avec sa position, les électeurs historiques du FN.

5 – Le RN et l’écologie

Le RN va probablement prendre l’offensive sur l’écologie. C’est là où on ne l’ attend pas.

On le doit à Hervé Juvin, député Européen FN qui a rédigé un discours sur l’environnement prononcé par Marine Le Pen en janvier 2017. Ses déboires en justice, ont arrêté son élan. Mais le RN a commencé à travailler sur l’écologie. C’est Andréa Kotarak le nouveau responsable du secteur : « Pour une écologie qui est pour l’humain ». Avec comme leitmotiv : ne pas bousculer nos habitudes. C’est ce qu’ils appellent « l’agrarisme » : la ruralité contre les citadins, sous-entendu les bobos.

[Le monde rural serait celui du pays réel – comme disait Maurras-, celui de l’authenticité, du concret, de l’origine, des vraies valeurs, du travail et de la constance. Le monde citadin serait celui de la superficialité, du déracinement, du hors sol, du progressisme déconnecté. Ndlr] 

C’est encore diviser les gens en fait !

Le RN va mettre en avant le « technicisme » : le GIEC est ultra pessimiste. Or, la technique va nous permettre de sortir du réchauffement climatique. Il s’agit d’un argument totalement débile. Mais ce discours peut rassembler à droite.

Par ailleurs, le groupe RN a voté avec la droite contre le texte « restauration de la nature » au Parlement européen, au motif qu’ils sont contre le zéro artificialisation nette (contre la ZAN).

6 – Les possédants prennent contact avec le RN :

Le RN réunit près de 50% des ouvriers et 75% des chômeurs aux différents scrutins.

Maintenant que l’hypothèse du RN au pouvoir est posée, le capital prend au sérieux l’extrême-droite. Il y a quelques années, une Le Pen avait été invitée à l’université d’été du Medef, cela a fait un scandale.

Depuis, cela a changé. Sébastien Chenu, vice-président RN de l’assemblée a lors débat sur l’inflation noué des liens avec des « gros » de l’alimentaire. M. Chenu est « poto » avec M.E Leclerc..

Mario Draghi serait le conseiller de Georgia Meloni.

Sophie de Menthon, du mouvement patronal Ethic, pour qui l’État c’est d’abord le régalien, organise des rencontres avec Marine Le Pen depuis 2017.

Selon la revue Causeur du 31 janv 2022, le 27 janvier 2022, le grand patronat et M. Le Pen se sont vus au cercle Interallié. Le RN fait sa mue. Fini l’idéologie.

On a vu dans un grand restaurant du 7è arrondissement, le Fitzgerald, l’état-major du FN et des patrons.

De nouveau, on dit, « ils font des progrès ». Cela était tabou il y a quelques années ces rencontres avec le FN… Le regard des patrons sur le RN évolue. Et quand on décortique le programme économique du RN, le patronat peut s’y retrouver. Fini la promesse de faire évoluer le statut des fonctionnaires, pour y intégrer les contractuels. Fini les augmentations de salaire.

Les fachos portent la cravate mais ils montrent qu’ils seront de bons capitalistes.

En conclusion, le RN est servi par une sorte de fatalisme. Et les idées réac marquent des points.

Compte-rendu et photos : Stéphane Bauer

À suivre, d’autres échos de l’Université d’été du PCF

Strasbourg, août 2023 (1)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Un mot tout d’abord sur la ville de Strasbourg. Ce fut une belle découverte pour nous que cette superbe cité alsacienne, où les transports collectifs et les modes de déplacements doux ont une si belle place ! En sortant de la gare, c’est un vrai choc que de découvrir les centaines de vélos garés à proximité. La démonstration, mais on n’en doutait pas, que lorsque des aménagements adéquats sont réalisés, nombre d’habitants choisissent de se déplacer en vélo. Les Gratiennois sont-ils  différents des Strasbourgeois ? Certainement non ! Ce qui a été réalisé à Strasbourg est possible ailleurs.

Très peu de circulation automobile en ce week-end, et donc une atmosphère paisible et des rues piétonnes très agréables à arpenter, même si notre temps de promenade a été assez réduit ! Se déplacer dans Strasbourg est particulièrement facile grâce à sept lignes de tramway, qui à un tarif modique, sillonnent à une bonne fréquence tous les quartiers de la ville, sa banlieue et peuvent même vous emmener jusqu’en Allemagne ! Un transport très emprunté par les habitants à toute heure de la journée. Logés assez loin du lieu des ateliers, nous avons pu grâce au tram relier la fac et la résidence universitaire en un temps record matin et soir. Ceci nous conforte dans l’idée que le tramway est un extraordinaire moyen de transport pour nos villes, et qu’il nous faut continuer à réclamer à nos élus d’œuvrer pour que les lignes de tram qui s’arrêtent aux portes de notre ville, que ce soit à Épinay ou Argenteuil, soient prolongées jusqu’à Saint Gratien. Premier enseignement, inattendu, de l’université 2023 !Revenons sur l’événement lui-même. L’Université d’été, c’est trois jours de rencontres avec des militant·e·s et sympathisant·e·s du PCF de tous âges venu·e·s de toute la France, des responsables du PCF et des élu·e·s communistes, des intervenant·e·s divers·e·s, chercheurs et chercheuses, universitaires, journalistes, spécialistes pour confronter savoirs, expériences, initiatives et propositions. Des débats, échanges, exposés sur tous les grands sujets d’actualité politique en France et dans le monde. Un moment de réflexion et d’approfondissement que nous avons rarement dans le cours de l’année, pour connaître, comprendre, échanger des expériences pour mieux agir…

Pratiquement il faut une très bonne organisation pour préparer les ateliers et prévoir les intervenant·e·s, recevoir, nourrir, héberger le millier de participant·e·s : c’est rodé et ça fonctionne sans ratés, merci au directeur de l’Université, Guillaume Roubaud-Quashie et aux militant·e·s mobilisé·e·s pour l’occasion.  

Changement climatique, désordres du monde et paix, mobilisations sociales et crise démocratique étaient particulièrement au menu de cette édition 2023.

À l’Université d’été, on a pu cette année se former à la communication digitale et à la prise de parole en public ; débattre du droit au logement avec Ian Brossat, maire-adjoint de Paris ; passer les frontières pour s’informer de la situation en Palestine, en Autriche, au Congo, à Cuba avec André Chassaigne ou des enjeux du parlement européen ; écouter Philippe Rio, le meilleur maire du monde, sur l’urgence de République ; s’intéresser à notre organisation politique, son renforcement, son histoire, la place qu’on y donne aux femmes ; approfondir les questions de transition énergétique, en planchant sur les zones à faibles émissions, la place de l’écologie dans le monde du travail, dans l’agriculture ou dans l’industrie, ou bien encore fouiller les travaux du GIEC avec un climatologue ; se pencher sur les politiques migratoires avec un historien ou un acteur majeur de la solidarité ; réfléchir sur les questions de paix face aux désordres du monde avec Francis Wurtz et Hubert Védrine ; participer au travail des élu·e·s sur leur campus et s’interroger sur les relations police-population, les services publics, les quartiers populaires… et enfin assister à un meeting de Fabien Roussel, accompagné de travailleurs de l’usine de Clestra d’Illkirch, en lutte depuis des semaines, ou au discours de clôture avec Léon Desffontaines, chef de file des communistes pour les élections européennes de juin 2024.

Le choix est souvent difficile entre toutes ces offres… et évidemment nous n’avons pas tout vu.

Photos S.B./I.V.

À suivre…

La fête !

La 88è fête de l’Humanité, c’est bientôt !

Depuis 1930 et sa création par Marcel Cachin, directeur du journal L’Humanité, la fête a lieu chaque année le second week-end de septembre.

L’édition 2023 se déroulera les 15, 16 et 17 septembre sur le terrain de la base 217, au Plessis-Pâté dans l’Essonne.

Centrée sur la politique, la fête de l’Humanité est aussi un lieu de culture, avec de nombreux concerts, spectacles, expositions, conférences, son village international et sa cité du livre, ses espaces dédiés au sport ou aux enfants. La fête sera cette année le prolongement du mouvement social de ces derniers mois. Un rendez-vous pour toutes celles et ceux qui veulent la justice sociale, le respect de l’humain et de la planète !

Côté concerts, Angèle, Soolking, Hubert-Félix Thiéfaine, La Femme, Mass Hysteria, Rebeka Warrior, Bigflo et Oli, Souad Massi, Caballero et JeanJass,  Ashe 22, Suzanne Vega… Bilal Hassani, Jeanne Added, Medine, Imany, Martin Solveig et bien d’autres sont au programme !

Contactez-nous ou venez nous voir au marché de Saint Gratien chaque dimanche matin pour vous procurer le bon de soutien donnant droit à l’entrée de la fête pour les 3 jours : 40€ seulement en vente militante. Entrée gratuite pour les enfants jusqu’à 11 ans.

Plus d’infos sur la fête 

Un espoir

Comment caractériser la situation politique actuelle et quel horizon politique au-delà du retrait de la réforme ?

Ian Brossat, porte-parole du PCF, s’exprime sur le sujet dans le magazine « Regards ». C’est à lire ci-dessous. Les photos sont du blog (merci à S.B.).

Rude exercice que celui qui consiste à dresser aujourd’hui le bilan des trois mois intenses qui viennent de s’écouler. Pour au moins deux raisons. D’abord, parce que la bataille des retraites n’est pas terminée, n’en déplaise au président de la République qui voudrait refermer cette « séquence » comme on termine la première saison d’une série. La mobilisation se poursuit, elle prend des formes nouvelles avec les « casserolades », les manifestations de colère qui accompagnent toutes les sorties publiques des figures de la Macronie…

Ensuite, la situation est difficile à résumer précisément parce qu’elle est traversée de contradictions multiples. D’une part, une intersyndicale unie, des mobilisations gigantesques rassemblant des millions des travailleurs, des grèves massives – malgré le sacrifice que représente une journée de salaire perdue dans cette période d’inflation galopante – et surtout le soutien constant et encore inentamé des Français. Tout cela est bel et bien réel. Nous ne l’avons pas rêvé. Nous l’avons fait. Collectivement.

D’autre part, un gouvernement qui a choisi jusqu’à présent de rester droit dans ses bottes, balayant d’un revers de main la colère populaire. Il a usé de tous les outils les plus autoritaires qui sont à sa disposition : du 49.3 à la répression policière sur les manifestants en passant par les maires mis à l’index par les préfets pour avoir osé afficher leur soutien à la grève sur le fronton de leur mairie. En conclure que la mobilisation a été un échec serait trop rapide. Parce que la France n’est plus tout à fait la même à l’issue de ces trois mois. Les idées de justice et de solidarité ont gagné du terrain. Pour le dire en quelques mots : ils ont d’ores et déjà perdu. Nous n’avons pas encore gagné.

C’est donc cette perspective de victoire qui doit nous occuper. Gagner sur les retraites et conquérir le pouvoir demain. La question est d’autant plus vive que nous ne sommes pas seuls dans ce combat face à la Macronie. L’extrême droite attend son heure. Et elle sait que la colère sans espoir, c’est de l’or en barre pour elle. C’est donc à nous – à la gauche dans sa diversité – qu’il revient de redonner de l’espoir.

De ce point de vue, l’intersyndicale a assurément beaucoup à nous apprendre. Sur trois points au moins.

  • Premièrement, par sa capacité à faire l’union sans écraser personne, à bâtir l’unité dans le respect de chacune de ses composante. Et pourtant, ce ne sont pas les différences qui manquent.
  • Deuxièmement, par sa capacité à mobiliser massivement dans les sous-préfectures autant que dans les grandes métropoles.
  • Troisièmement, en faisant la démonstration qu’il est possible de rassembler une très large majorité de notre peuple autour des enjeux du travail : sa place dans nos vies, sa rémunération, son sens…

Nous rassemblons aujourd’hui un Français sur quatre. C’est le score de la Nupes aux dernières législatives. C’est celui qu’on nous prête si des élections avaient lieu demain. L’intersyndicale, elle, rassemble trois Français sur quatre. C’est dire que nous avons une marge de progression conséquente.

J’ajouterais un élément. La victoire, cela suppose la capacité à rassembler une majorité. Les institutions actuelles font que les élections présidentielle et législatives sont des scrutins à deux tours. Chacun le sait – et cela peut relever de l’évidence – mais j’y insiste. Car l’enjeu n’est pas seulement d’arriver au second tour, mais de le gagner. Longtemps, les duels face à l’extrême droite étaient quasi systématiquement couronnés de victoire. Les dernières législatives l’ont prouvé : ce n’est plus le cas. La qualification au second tour est une condition nécessaire de la victoire, mais pas suffisante. Il nous faut donc montrer dès le premier tour un visage suffisamment rassembleur pour être capables de gagner au second.

De tout cela, parlons ensemble. Débattons. Sans caricatures ni faux semblants. C’est ainsi que nous avancerons ensemble et que nous créerons les conditions des victoires d’aujourd’hui et de demain.

Historique 1er mai

Un 1er mai bien rempli, un 1er mai qui marquera !

Vente à Saint Gratien du traditionnel muguet du PCF dès le début de la matinée, place du Forum et centre commercial des Raguenets.

Malgré les vacances scolaires et le pont de ces trois jours, nos belles petites fleurs, fraîches et de production française, ont trouvé preneur bien avant midi.

Merci à toutes celles et ceux qui ont ainsi aidé au financement de notre activité ! Le PCF est l’une des organisations politiques qui dépend le moins des subventions publiques, car il vit en grande partie du reversement des indemnités de ses élu·e·s, des cotisations de ses adhérent e.s et de ses propres initiatives financières. Merci de vos encouragements !

À peine notre stand éphémère replié, départ pour la manifestation parisienne. Entre République et Nation, ce 1er mai et 13è journée de mobilisation contre la pseudo réforme des retraites, ce fut une nouvelle démonstration de force avec deux impressionnants cortèges très fournis. Un 1er mai historique avec toutes les organisations syndicales réunies.

Oui, une autre réforme est possible ! Avec nos brins de muguet et  nos vœux de jours heureux, nous vous offrons un débouché politique pour contrer la « réforme » du gouvernement ! C’est à lire ci-dessous, avec nos photos du défilé.

1er mai

1er mai 2023

Journée d’action et de mobilisation internationale pour les droits des travailleuses et travailleurs, le progrès social, la paix et la solidarité.

Les communistes de Saint Gratien commenceront la journée par une initiative essentielle pour le financement de l’activité du PCF : la vente du muguet !

Retrouvez-nous lundi matin dès 9 heures place du Forum et au centre commercial des Raguenets à partir de 10 heures.

L’occasion bien sûr de discussions et d’échanges, dans cette période de colère sociale et de mobilisations partout dans le pays contre la « réforme » des retraites.

L’après-midi nous rejoindrons la manifestation parisienne et serons avec les syndicats pour un grand 1er mai ! Retrait de la « réforme » et retraite à 60 ans, augmentations des salaires, défense et développement des services publics, moyens pour la transition écologique, respect de la démocratie… les casseroles n’ont pas fini de retentir !    

Marseille

Article actualisé avec de nouvelles photos

Les communistes tiennent à Marseille leur 39è Congrès durant ce long week-end.

Au menu des échanges des 700 délégué·e·s et des amendements des textes d’orientation, l’analyse de cette crise sociale et démocratique inédite que connaît le pays, la crise écologique, la stratégie d’alliances du PCF et ses relations avec les autres forces de gauche, le désordre mondial et ses conflits multiples…

De nombreux·ses invité·e·s sont aussi attendu·e·s car pas question de rester entre soi, particulièrement quand on prône un nouveau « Front populaire » pour ouvrir la voie à des « jours heureux » !

Photos de nos envoyé·e·s spéciaux·ales en presque direct du Palais du Pharo, et d’autres échanges à lire dans les commentaires, au fur et à mesure de ces trois jours

Interventions du représentant de « Die Linke », du maire de Marseille, de l’ambassadeur de Cuba, de l’ambassadrice de Palestine, de Marie-Noëlle Lienemann à retrouver en images ci-dessous

Suivre ici le déroulement du Congrès

Merci à S.B. de ses envois !

Un bouclier pour les collectivités

Les collectivités locales sont confrontées à une envolée sans précédent des prix du gaz et de l’électricité. Comment faire face ?

Proposition de loi du groupe communiste au Sénat

Par Céline Brulin, sénatrice de Seine-Maritime

Les prix de l’énergie s’emballent et les citoyens comme nos collectivités locales voient leurs factures exploser. 345 € le MWh en août 2022 contre 38 € l’année dernière pour le gaz, 1 000 € le MWh contre 40 € au début de l’année 2021 pour l’électricité…

Comme les usagers, les collectivités risquent de se retrouver dans une précarité énergétique, face à des choix cornéliens : fermer des équipements, éteindre l’éclairage public, baisser le chauffage ou interrompre des services publics locaux.

Beaucoup d’élus s’y refusent, mais combien de temps tiendront-ils, alors que les budgets sont aussi impactés par la hausse des denrées alimentaires ou le coût des matériaux de construction que travaux et réalisations d’équipement de 30 à 50 % ?     

Après plusieurs mois d’interpellation, le gouvernement a enfin consenti à mettre en place un « filet de sécurité » pour les collectivités, puis un « amortisseur », beaucoup d’entre elles ne pouvant pas bénéficier du bouclier tarifaire qui s’applique aux ménages car celui-ci est basé sur les tarifs réglementés de vente de l’énergie. Mais ces dispositifs sont de véritables « usines à gaz » et bien peu de collectivités vont pouvoir réellement y avoir accès.

Aujourd’hui, seules les communes de moins de 10 salariés ou 2 millions d’€ de recettes peuvent encore prétendre aux tarifs réglementés de l’électricité. Plus aucune à ceux du gaz, ces tarifs réglementés devant s’éteindre pour tous, y compris les particuliers, en juillet 2023.

La libéralisation du secteur de l’énergie, avec la construction du marché européen liant le prix de l’électricité à celui du gaz, nous conduisent à l’emballement des prix que nous connaissons aujourd’hui avec des augmentations comprises entre 30 à 300 %, pouvant aller jusqu’à plusieurs millions d’euros.

Cette situation est intenable. Face à ce raz-de-marée, il faut construire des digues solides en obtenant du gouvernement un soutien plus important et plus simple de l’État face à l’urgence budgétaire que connaissent les collectivités. En gagnant aussi des mesures structurelles.

Parce que l’énergie est un produit de première nécessité, il est impératif que les collectivités locales puissent revenir au tarif réglementé de vente de l’électricité et du gaz dont la première finalité était la protection des usagers, de tous les usagers.

C’est le sens du 1er article de la proposition de loi que les sénateurs du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE) mettent en débat dans le cadre de leur « niche », le 7 décembre prochain. Cela permettrait à l’ensemble des collectivités territoriales d’accéder au bouclier tarifaire, par l’accès à un tarif réglementé de vente de l’électricité décorrélé des prix du marché.

Nous proposons également, dans ce texte, d’abandonner l’extinction programmée du tarif réglementé de vente du gaz afin que chacun, citoyen comme collectivité, puisse en bénéficier.

Nous ferons ainsi entendre au Sénat la nécessité d’une intervention publique dans ce secteur hautement stratégique.

Notre électricité est chère… Mais pourquoi ? (4)

C’est certes un peu ardu à lire… mais il est tellement essentiel de comprendre pourquoi il y a aujourd’hui une crise de l’énergie qui plonge de nombreux ménages dans des difficultés importantes et qui met les collectivités au bord du gouffre…. Cela vaut le coup de prendre cinq minutes pour découvrir cet article d’Alain Tournebise, paru dans le numéro de septembre/octobre 2022 de la revue économique du PCF, « Économie et Politique ».

La suite..

Les tarifs de vente aux particuliers

Ces quelques rappels avaient pour but d’identifier les éléments principaux qui pèsent sur le prix final aux consommateurs : prix de gros, ARENH, capacité. Mais il en est deux autres tout aussi important : l’acheminement et les taxes ou contributions. Toute facture d’électricité, qu’elle soit en offre de marché ou au tarif régulé, se décompose en trois postes : fourniture d’énergie, acheminement de cette énergie et taxes diverses. Ainsi, à fin 2021, la facture d’électricité au tarif règlementé pouvait se décomposer en trois postes à peu près égaux.

Chacune de ces composantes contribue donc à l’évolution des tarifs règlementés.

Commençons par l’acheminement. Un commercialisateur qui achète de l’électricité à un producteur pour la revendre à un client final doit non seulement payer l’énergie qu’il achète au producteur et encaisser le prix de cette énergie auprès de son client, mais aussi payer un service de transport pour acheminer l’électricité depuis la centrale qui produit, et un service de distribution pour délivrer l’énergie jusqu’au client final et la compter. Dans le cas d’installations de production raccordées au réseau de distribution, comme les éoliennes, seul le service d’utilisation du réseau de distribution est à payer.

Le prix à payer pour l’utilisation des réseaux est appelé TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité).

Comment est établi le TURPE ? Sans trop entrer dans le détail, le tarif est le même sur l’ensemble du territoire (péréquation) ; il est indépendant de la distance entre le point d’injection et le point de soutirage (tarif « timbre-poste »). Il dépend essentiellement du niveau de tension des réseaux empruntés et de la tranche horaire.

Il est établi par la CRE pour couvrir les charges d’exploitation et de capital du réseau, les coûts de gestion des contrats, les coûts de comptage et les coûts liés à la compensation des pertes.

Or le TURPE a notablement contribué, lui aussi, à la hausse des tarifs règlementés puisqu’il a augmenté de plus de 30 % depuis 2008, notamment en raison d’investissements très importants pour interconnecter les pays européens et développer l’intégration du marché

Augmentation annuelle du TURPE en % annuel depuis 2008

La composante « fourniture » est celle qui a le plus augmenté au cours des dernières années et notamment au cours des derniers mois. Mais cette augmentation ne doit rien à la règlementation européenne. C’est la loi NOME, adoptée, en 2010 qui a modifié l’esprit des tarifs règlementés et de leur construction.

 Désormais, il ne s’agit plus d’assurer un prix reflétant les coûts de production d’EDF, mais, comme le mentionnent les attendus de la loi : un prix qui « vise à garantir la « contestabilité » des TRVE, qui se définit comme « la faculté pour un opérateur concurrent d’EDF présent ou entrant sur le marché de la fourniture d’électricité de proposer, sur ce marché, des offres à prix égaux ou inférieurs aux tarifs réglementés ». Autrement dit, les tarifs règlementés sont calés à un niveau suffisamment élevé pour que n’importe quel fournisseur alternatif soit en mesure de proposer une offre de marché à un prix plus concurrentiel que celui d’EDF et donc, in fine, pour inciter les consommateurs à quitter le tarif règlementé.

Pour ce faire, la CRE a élaboré une formule reflétant les coûts d’approvisionnement non pas d’EDF, mais d’un fournisseur alternatif moyen. Elle a donc introduit dans la composante « fourniture » une part reflétant les prix du marché de gros. C’est cette part qui a explosé au cours des derniers mois en raison de la crise des prix du gaz (et de l’indisponibilité du nucléaire en France) conduisant les tarifs règlementés à augmenter de près de 45 % !

Enfin, près d’un tiers de la facture des consommateurs au tarif règlementé est constitué de taxes, et contributions, parmi lesquelles la plus importante, outre l’inévitable TVA, est la contribution au service public de l’électricité (CSPE). Entre 2003 et 2016 le taux de CSPE est passé de 3,3 euros à 22,5 euros le MWh. Mais, direz-vous, s’il s’agit de financer le service public, pourquoi pas ?

Las ! Le législateur qui a instauré la CSPE a une conception toute personnelle du service public. Initialement destinée, en effet, à financer la continuité du service public, notamment l’unicité des tarifs dans les zones non interconnectées (DOM TOM en particulier), son objet a été profondément modifié dès 2003 pour y inclure les charges supportées par EDF pour l’obligation acheter l’électricité produite par les énergies renouvelables : éolien, solaire, biomasse etc. Autrement dit, est considéré comme un élément de service public le soutien aux profits des producteurs d’électricité renouvelables.

Désormais, les « charges de service public » regroupent les surcoûts résultant des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables et à la cogénération, les surcoûts liés à la péréquation tarifaire dans les zones non interconnectées (ZNI), les surcoûts liés à certains dispositifs sociaux bénéficiant aux ménages en situation de précarité et d’autres moins significatifs.

En 2020, les charges de services public représentaient un montant de 8,7 milliards d’euros et dans ce total le soutien aux énergies renouvelables représentait environ les deux tiers.

De 2003 à 2015, les charges de service public étaient entièrement compensées par la CSPE, donc payées par le consommateur d’électricité. En raison du développement important des énergies renouvelables favorisées par ce dispositif particulièrement avantageux, la CSPE a littéralement explosé.  À ce rythme, la CRE envisageait même une multiplication par dix de son taux d’ici à 2025.

Évolution des charges et de la contribution unitaire entre 2003 et 2025 prévues par la CRE en 2014

Au point que le gouvernement a dû prendre, en 2015, des mesures de bidouillage fiscal pour en limiter la hausse, ou plutôt pour la rendre moins visible. La contribution au service public de l’électricité (CSPE), la contribution au tarif spécial de solidarité (CTSS) et la contribution biométhane ont été supprimées pour les consommations postérieures au 31 décembre 2015. Ces suppressions ont été compensées à partir de 2016 par une redéfinition de la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE) rebaptisée CSPE et une augmentation de la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel (TICGN).

Le financement des charges de service public de l’énergie a également été étendu à une part de la taxe intérieure sur les produits énergétiques (TICPE) qui porte sur les produits pétroliers, et de la taxe intérieure sur la consommation de charbon (TICC),

Ces mesures ont permis de limiter la CSPE, fixée en 2016 à 22,5 €/MWh (inchangée jusqu’au 31 décembre 2021) et d’étaler le financement des charges de service public sur l’ensemble des consommateurs d’énergie (hydrocarbures compris) et plus seulement sur les seuls consommateurs d’électricité.

Le bouclier fiscal décidé par le gouvernement au début de 2021 et limitant l’augmentation des prix à 4 %, est financé par la réduction de la CSPE à son taux minimal légal d’1 €/MWh au lieu des 22,5 €/MWh

En conclusion, la flambée des prix de l’électricité observée depuis quelques mois n’est pas seulement le résultat du fonctionnement d’un marché de gros européen « obsolète » trop lié aux prix du gaz et dont il suffirait de modifier les règles pour revenir à la normale. Elle est la conjonction des mesures destructrices qui ont été prises depuis vingt ans pour introduire artificiellement la concurrence dans un secteur où le monopole public avait fait la preuve de son efficacité, et du retard pris à moderniser et développer un parc nucléaire efficient. En fait, seule une part très minoritaire des échanges d’électricité se font sur le marché de gros en France, mais les mécanismes de marché qui ont été inventés et généralisés dans le fonctionnement du système électrique se réfèrent aux prix de gros et contribuent ainsi à diffuser l’instabilité inhérente aux prix de marché dans tous les compartiments du secteur électrique.

Lire l’article intégral avec ses annexes sur le site d’Économie et Politique