Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !
On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !
Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.
Compte rendu de l’université d’été du PCF
Édition 2023 – Fabienne Launey
Pour la deuxième année consécutive, l’université d’été du PCF a accueilli les communistes à Strasbourg. Les nombreux ateliers proposés se sont articulés autour de trois thèmes fondamentaux : la paix, la transition écologique et la question sociale.
L’ensemble des conférences et débats contribuent à la formation politique des communistes en traitant de l’actualité, nationale et internationale.
La culture historique prend également toute sa place à l’université d’été, avec par exemple l’exposé de Lukas Tsiptsios sur les politiques migratoires dans l’histoire, ou encore celui proposé par Gérard Streiff sur l’histoire et la connaissance du Rassemblement National, pour mieux le combattre.
Nous étions trois adhérents de la section de Saint-Gratien à participer à l’édition 2023 de l’université d’été.
Pour ma part, j’ai choisi de rendre compte de l’intervention de Philippe Rio, maire de Grigny, intitulée « Urgence République », et de celle de Pascal Brice, président de la fédération des acteurs de la solidarité et Fabien Roussel, député du Nord et secrétaire national du PCF. (à venir sur le blog, ndlr)
« Urgence République », avec Philippe Rio
Philippe Rio est très engagé sur les questions des banlieues populaires. Il faisait partie en 2017 d’un collectif de maires qui avait porté l’appel de Grigny. La concentration des difficultés sociales et économiques dans certains territoires de la République suppose d’y concentrer tous les moyens des forces vives de la Nation.
Au vu de son engagement et de son travail sur les banlieues populaires, Philippe Rio a été désigné meilleur maire du monde en 2021.
Philippe Rio développe trois ou quatre points à propos des mensonges, des fausses certitudes et du déni de la société française sur le regard porté sur les quartiers populaires.
Des solutions existent.
Au mois de juin, il n’y aurait pas eu d’émeutes si Nahel n’avait pas été abattu par la police. De même qu’en 2005, les émeutes urbaines qui ont duré trois semaines n’auraient pas eu lieu non plus si Zied et Bouna étaient encore en vie.
Les moments de crispation, de cristallisation d’émeute, de révolte, n’existent pas s’il n’y a pas ces faits-là.
Il y a toute une pensée qui vise à criminaliser les habitants des quartiers populaires. Or nous rappelons qu’il y a d’abord des faits où la police a tué.

La géographie des événements de 2023 n’est pas la même que celle des émeutes de 2005, y compris dans des villes peu marquées par une présence forte et massive des quartiers populaires.
Nous allons aborder le sujet qui fâche dans ce pays, celui de la doctrine policière mise en place par Nicolas Sarkozy en 2003, qui montre qu’elle est à bout de souffle. C’est la fin d’une police de proximité, coupée net, et vingt ans de lois policières qui s’en donnent à cœur joie par le sentiment donné que la police doit être toute puissante, et qui font qu’aujourd’hui, beaucoup de gens se demandent si la police est au service de la République, ou si c’est plutôt ce que l’on sent : une République qui est pieds et mains liés à un certain nombre de syndicats de police, et bien évidemment pas des plus progressistes.
Il y a un ensemble d’actes politiques majeurs portés par la droite tels que la réforme de la gendarmerie nationale en 2009, la réforme de la garde à vue, la loi sur la sécurité publique de 2017, la formation des policiers et la loi sur la sécurité globale.
On arrête le dialogue avec la population et on affirme être dans un rapport de force. La police devient a-républicaine ou non républicaine.
En Allemagne, on compte un mort en une année après un refus d’obtempérer, alors qu’on en dénombre 16 cette année en France.
La révision générale des politiques publiques fait qu’à l’aveugle, on supprime partout des postes de fonctionnaires, dont 10 000 fonctionnaires de police, et on change l’orientation des stratégies policières. La population a augmenté et le besoin de sécurité et de tranquillité publique est beaucoup plus présent qu’il y a vingt ans.
Le pays vient juste de récupérer les 10 000 postes de fonctionnaires de police précédemment supprimés. On peut parler de mensonge parce qu’il n’y a pas eu de création de postes de fonctionnaires de police supplémentaires.
Il s’agit d’un acte politique très fort de la droite, parce que la police est un service public régalien de l’État, essentiel et important pour vivre ensemble.
Il y a eu aussi une forte réforme des services de renseignement de notre pays. Le service des renseignements généraux a été complètement démantelé.
Il faut donc se poser la question de la doctrine policière, du choix budgétaire de la police et de la justice, et prioritairement de la justice des mineurs qui est en voie de clochardisation dans notre pays.
Il n’y a pas d’accompagnement des jeunes. La prévention, la sécurité et la lutte contre la récidive doivent être placées au cœur de la doctrine policière.
Pour rattraper ce retard de 10 000 postes de fonctionnaires de police supprimés par Sarkozy, on raccourcit le temps de leur formation, un des plus courts en Europe. Les plus jeunes fonctionnaires de police et de l’Éducation Nationale sont affectés dans les territoires les plus en difficulté.
On se donne les moyen de créer constamment du clash, et non pas de réussir.
L’activité économique produite par le trafic de drogue est illicite. C’est du business, de l’argent, une multinationale. Le système est organisé internationalement avec des filières, des réseaux et des complaisances de toutes sortes. Les dealers de cage d’escalier sont en bout de chaîne.
Un quartier populaire, c’est la concentration de la pauvreté urbaine. Les mafias se développent là où il y a de l’hyper-pauvreté.
Une pauvreté, un sentiment d’abandon, de discrimination, de relégation réelle ou vécu comme telle, favorisent cette situation.
Les mensonges au sujet des quartiers populaires :
Les Français n’aiment pas trop les quartiers populaires. Il reste dans notre pays une forte présence colonialiste. Notre Président parle de « décivilisation ».
Les mots politiques posés sur ces territoires sont « les sauvageons » à l’époque de Chevènement, les « zones de non droit », la « recivilisation » préconisée par l’extrême droite.
Des résistances sont à mettre en place. Les quartiers populaires représentent six millions d’habitants. Ce sont les territoires les plus jeunes de France. L’avenir se joue là pour notre pays. Soit on fait avec eux pour le mieux, soit on fait sans pour le pire.
Des propos séparatistes sont très clairement énoncés de la part des élites politiques françaises. Il y a moins d’école, moins de police et moins de justice en Seine-Saint-Denis qu’ailleurs en France. Les politiques prioritaires n’arrivent même pas à compenser l’écart avec ce que tout le monde a sur le reste du territoire. C’est cela le mensonge français.
Quinze millions de Français sont regroupés dans les quartiers populaires, dans la ruralité délaissée, dans les bassins de reconversion industrielle et dans les territoires d’outre-mer. Il y a un vrai besoin d’équité. Ce sont des territoires où il y a moins de services publics, les premiers déserts médicaux et un chômage tellement endémique qu’il sévit de génération en génération.
Il ne faut pas tomber dans le piège du Rassemblement National qui oppose le « belle ruralité » aux « sauvages des quartiers populaires ».
Nous avons le devoir de briser ces oppositions qui sont un danger pour notre République et pour notre nation.
Le budget total de l’État, c’est 600 milliards d’euros. La politique de la ville, c’est 600 millions d’euros.
La rénovation urbaine dans les quartiers populaires est d’abord payée par les salariés avec le 1% logement et avec une toute petite partie du loyer des locataires du logement social.
La question de la mixité sociale constitue un autre mensonge. En France, nous commençons à être les champions de la ségrégation urbaine, de la ségrégation spatiale et de la ségrégation sociale.
De nombreux maires contournent la loi Gayssot en préférant payer une amende plutôt que de construire des logements sociaux dans leur ville.
Il y a aussi une grande concurrence entre les maires en ce qui concerne les attributions de logements.
Il y a les stratégies d’évitement qui empêchent l’ascension sociale, le rapprochement de son travail et qui produisent dans notre pays une discrimination une ségrégation organisée.
Un quartier populaire est un quartier extrêmement jeune, très divers avec des solidarités puissantes et des fonctionnaires extraordinaires souvent sur-engagés.
C’est une concentration de la pauvreté, et un problème d’accès aux droits.
Il n’y a plus de promesse républicaine parce que notre République est libérale et bourgeoise.
La jeunesse des quartiers populaires est pourtant une solution pour notre pays. Les quartiers populaires subissent des inégalités de traitement incroyables.
La dépense publique est un investissement d’avenir.
Nous devons créer un nouveau récit politique sur les quartiers populaires.
On a besoin d’un nouveau pacte social et d’une nouvelle orientation politico-économique. On a aussi besoin d’une nouvelle constitution plus démocratique avec une nouvelle stratégie d’aménagement du territoire.
La question de la réconciliation nationale est très importante au niveau des quartiers populaires.
À suivre…






Un mot tout d’abord sur la ville de Strasbourg. Ce fut une belle découverte pour nous que cette superbe cité alsacienne, où les transports collectifs et les modes de déplacements doux ont une si belle place ! En sortant de la gare, c’est un vrai choc que de découvrir les centaines de vélos garés à proximité. La démonstration, mais on n’en doutait pas, que lorsque des aménagements adéquats sont réalisés, nombre d’habitants choisissent de se déplacer en vélo. Les Gratiennois sont-ils différents des Strasbourgeois ? Certainement non ! Ce qui a été réalisé à Strasbourg est possible ailleurs.
Très peu de circulation automobile en ce week-end, et donc une atmosphère paisible et des rues piétonnes très agréables à arpenter, même si notre temps de promenade a été assez réduit ! Se déplacer dans Strasbourg est particulièrement facile grâce à sept lignes de tramway, qui à un tarif modique, sillonnent à une bonne fréquence tous les quartiers de la ville, sa banlieue et peuvent même vous emmener jusqu’en Allemagne ! Un transport très emprunté par les habitants à toute heure de la journée. Logés assez loin du lieu des ateliers, nous avons pu grâce au tram relier la fac et la résidence universitaire en un temps record matin et soir. Ceci nous conforte dans l’idée que le tramway est un extraordinaire moyen de transport pour nos villes, et qu’il nous faut continuer à réclamer à nos élus d’œuvrer pour que les lignes de tram qui s’arrêtent aux portes de notre ville, que ce soit à Épinay ou Argenteuil, soient prolongées jusqu’à Saint Gratien. Premier enseignement, inattendu, de l’université 2023 !
Revenons sur l’événement lui-même. L’Université d’été, c’est trois jours de rencontres avec des militant·e·s et sympathisant·e·s du PCF de tous âges venu·e·s de toute la France, des responsables du PCF et des élu·e·s communistes, des intervenant·e·s divers·e·s, chercheurs et chercheuses, universitaires, journalistes, spécialistes pour confronter savoirs, expériences, initiatives et propositions. Des débats, échanges, exposés sur tous les grands sujets d’actualité politique en France et dans le monde. Un moment de réflexion et d’approfondissement que nous avons rarement dans le cours de l’année, pour connaître, comprendre, échanger des expériences pour mieux agir… 
Changement climatique, désordres du monde et paix, mobilisations sociales et crise démocratique étaient particulièrement au menu de cette édition 2023.
À l’Université d’été, on a pu cette année se former à la communication digitale et à la prise de parole en public ; débattre du droit au logement avec Ian Brossat, maire-adjoint de Paris ; passer les frontières pour s’informer de la situation en Palestine, en Autriche, au Congo, à Cuba avec André Chassaigne ou des enjeux du parlement européen ; écouter Philippe Rio, le meilleur maire du monde, sur l’urgence de République ; s’intéresser à notre organisation politique, son renforcement, son histoire, la place qu’on y donne aux femmes ; approfondir les questions de transition énergétique, en planchant sur les zones à faibles émissions, la place de l’écologie dans le monde du travail, dans l’agriculture ou dans l’industrie, ou bien encore fouiller les travaux du GIEC avec un climatologue ; se pencher sur les politiques migratoires avec un historien ou un acteur majeur de la solidarité ; réfléchir sur les questions de paix face aux désordres du monde avec Francis Wurtz et Hubert Védrine ; participer au travail des élu·e·s sur leur campus et s’interroger sur les relations police-population, les services publics, les quartiers populaires… et enfin assister à un meeting de Fabien Roussel, accompagné de travailleurs de l’usine de Clestra d’Illkirch, en lutte depuis des semaines, ou au discours de clôture avec Léon Desffontaines, chef de file des communistes pour les élections européennes de juin 2024. 







Ian Brossat, porte-parole du PCF, s’exprime sur le sujet dans le magazine « Regards ». C’est à lire ci-dessous. Les photos sont du blog (merci à S.B.).


De ce point de vue, l’intersyndicale a assurément beaucoup à nous apprendre. Sur trois points au moins.


















1er mai 2023




















































