Je vais dire ici tout le mal que je pense de la « végétalisation » de la cour de l’école Jean Jaurès.


Je connais bien cette école pour y avoir travaillé pendant de longues années et je suis désolée de voir comment un aménagement qui aurait pu être bénéfique tant pour les élèves que pour la dé-bétonnisation des espaces, a été raté.
Un petit rappel historique tout d’abord. Ce n’est pas d’aujourd’hui que ce sujet nous préoccupe. Dès 2020, nous avions inclus dans notre projet municipal la nécessité de réaménager les cours de nos écoles. Régulièrement depuis, nous avons questionné le maire à ce sujet, inquiets de voir notre commune prendre beaucoup de retard. Longtemps, le maire nous a répondu que nos cours étaient suffisamment et correctement équipées. Ce que nous contestons totalement.
La plupart de nos cours sont restées sur le modèle obsolète, tant pour la vie quotidienne des élèves que pour l’indispensable végétalisation, d’un espace bétonné, avec peu d’arbres, souvent situés en pourtour de cour, et pourvues quasi exclusivement d’un terrain de foot dans les élémentaires, les maternelles disposant pour leur part de davantage de jeux sur terrain souple synthétique.
Qu’a donc réalisé la ville dans la cour de Jean Jaurès, cour qui a longtemps été parmi les plus grandes du Val d’Oise, avant son rétrécissement lors de la construction des immeubles de la rue Berthie Albrecht ?
Cette cour fait 3500m2. L’aménagement ne concerne que 400m2 et a constitué en une dés-imperméabilisation de deux espaces de part de d’autre du portail principal, dorénavant recouverts de copeaux de bois et équipés de quelques (modestes) jeux en rondins de bois. Ils sont apparemment appréciés des enfants, ce dont nous n’avons jamais douté, car nous savons que tous ne jouent pas au foot ! Une pelouse artificielle de gazon prétendu « hybride », c’est-à-dire synthétique, a été implantée le long du préau, sans qu’on en comprenne bien l’utilité. Donner une vraie-fausse impression de verdure ? Les pieds des arbres quant à eux, sont entourés d’un revêtement synthétique, et là non plus, on ne perçoit pas bien l’intérêt. La majeure partie de la cour reste sans changement, c’est-à-dire goudronnée et majoritairement au soleil, les platanes étant situés sur son pourtour.
Enfin, les grilles et trois des quatre portails ont été entièrement opacifiées, soit par la pose de plaques métalliques, soit tout récemment par la plantation de haies végétales. Il apparaît que c’est par souci d’assurer la sécurité des élèves que ces dispositifs occultants ont été installés. Outre que personnellement, je regrette fort de ne plus voir les élèves jouer en récréation, je m’interroge fortement sur la pertinence de clore la cour de façon opaque. Si cela empêchera bien quelques incidents avec par exemple les élèves du collège qui viennent parfois perturber les temps de récréation, c’est tout à fait contraire aux règles élémentaires de sécurité. Car chacun sait qu’il vaut mieux voir à qui vous ouvrez la porte… Le même problème s’est d’ailleurs posé lorsque la ville a de façon inconséquente permis le « festonnage » des clôtures des maisons des quartiers pavillonnaires : une fois le cambrioleur entré dans la propriété, il peut tranquillement commettre son méfait, puisqu’il est invisible de la rue, ainsi que hors de la vue d’éventuels « voisins vigilants »… Habitant à côté d’un terrain inhabité, je vois régulièrement les services de la ville venir dégager la végétation pour permettre une bonne vision sur la maison déserte. Donc, non, les grilles opaques de Jaurès n’assureront pas une meilleure sécurité des élèves. Par contre, elles seront bien chaudes en temps de canicule, ces temps qui deviendront de plus en plus intenses et fréquents.
Une belle occasion ratée pour cette « végétalisation » qui n’en est pas une.
D’autres villes ont des choix bien plus ambitieux en termes de dé-bétonnisation, de plantations, de véritables « ilots de fraîcheur », d’installations de jeux pour les enfants, favorisant ainsi un meilleur « climat » scolaire avec moins de disputes et davantage d’activités ludiques et/ou pédagogiques. Sans oublier que des cours réaménagées peuvent aussi, si on les ouvre le week-end, bénéficier à tous les Gratiennois, dans une ville où les espaces verts publics sont particulièrement peu nombreux… 
Je renvoie à l’exemple de la ville de Vauréal, dont les finances sont moindres que les nôtres, mais qui a choisi d’investir vraiment pour une réelle transformation des cours d’école :
https://vaureal.fr/ma-ville/grands-projets/vegetalisation-des-cours-decole-0
Comme souvent, tout est une question de volonté et de convictions…
À lire ou relire, quelques billets de blog sur les cours d’école.
https://isabellevolat.fr/2025/07/07/vegetaliser-les-cours-decole/
https://isabellevolat.fr/2022/09/14/a-la-recre-1/
https://isabellevolat.fr/2022/09/22/a-la-recre-2/
https://isabellevolat.fr/2022/09/30/rallumons-les-etoiles/





Merci Isabelle Volat pour cet article !! Cela est d’autant consternant qu’il existe de nombreux écrits (articles, études et ouvrages) explicitant les raisons pour lesquelles il n’y a que des bénéfices pour l’enfant à grandir au sein d’éléments organiques. D’abord pour les effets (prouvés) sur sa santé physiologique mais aussi psychique. Et ensuite pour ses intérêts éducatifs. En tant que Ludopédagogue et professionnelle de l’enfance je constate quotidiennement le manque de connaissance des élus (et de certain.e. professionnel.le.s) sur les effets du jeu libre dans les cours de récré et ailleurs. Là encore beaucoup d’études et d’expérimentations (en France et partout dans le monde) montre que vouloir supprimer les risques des expérimentations des enfants les fragilise à long terme…..Si nous voulons lutter contre l’attractivité des écrans il est urgent de re-proposer aux enfants un environnement riche et invitant à l’expérimentation et à la créativité mais c’est peut-être un peu inquiétant de former des êtres libres et créatifs 😉
et je ne dirai rien des impacts écologiques de la non végétalisation des cours de récré…..
J’aimeJ’aime
Oui, on peut s’interroger sur la place que nous donnons aux enfants dans nos villes ultra-minéralisées. Des enfants qui ont peur des mouches, qui ne connaissent aucune espèce d’arbre, qui ne voient aucune étoile dans le ciel pour cause d’éclairage public, qu’on ne laisse pas circuler à pied ou en vélo dans nos rues pour cause « d’insécurité », qui ne risquent pas de se rouler dans l’herbe des rares « espaces verts » de notre ville, qui jouent dans des cours bétonnées (mais maintenant avec du gazon synthétique… qui ne salit pas !), qui ne partent plus à la campagne ou à la montagne avec leur classe depuis que la ville a supprimé les classes de découverte, qui ne partent plus avec leurs copains depuis que la ville a supprimé les courts séjours pendant les petites vacances et réduit comme peau de chagrin les colos d’été… Pauvres enfants des villes. Espérons qu’une alternative municipale ne les oublie pas en 2026 !
J’aimeJ’aime