À la récré (2)

À l’heure de la récré, en cas de forte chaleur, la cour goudronnée devient un four… Quelle évolution pour nos cours d’école ? Des villes innovent et investissent pour que ces espaces deviennent des lieux de jeux et de socialisation agréables. L’exemple de villes d’un département voisin.

Article du Parisien, Marjorie Lenhardt, Gérald Moruzzi et Marie Persidat ; septembre 2022

Transformation des cours d’école en « oasis » : élèves détendus et fraîcheur retrouvée, la fin du bitume porte ses fruits

Avec le réchauffement climatique, les projets de transformation des cours d’école en «cours oasis» se multiplient ces dernières années. Si Paris a lancé le mouvement dès 2017, de plus en plus de communes de banlieue lui emboîtent le pas. Un gros budget pour les collectivités, mais avec des premiers résultats probants.

Les premières cours oasis ont vu le jour à Paris (ci-dessus l’école élémentaire Maryse-Hilse, dans le XXe arrondissement). Au-delà des bienfaits climatiques, elles ont également fait leurs preuves pour le climat scolaire.

À l’ombre des grands arbres, les pieds dans la terre, les écorces et les feuilles, il faut se mettre à hauteur de bambins de 3 ou 4 ans. L’impression d’être en forêt, une jungle pourquoi pas, un environnement propice à l’imagination et à l’aventure. Et pourtant, c’est au cœur d’un ensemble d’immeubles que l’on se trouve. À l’école maternelle Marcel-Cachin de Bagneux, ville populaire du sud des Hauts-de-Seine où, il y a un an, la cour de récréation a été transformée en cour dite « oasis ».

S’il n’existe pas de cour oasis type mais des cours oasis selon la topographie des lieux, le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Paris (CAUE 75) remarque toutefois des « ingrédients » communs qui les constituent : la dés-imperméabilisation des sols ; le recours à des matériaux naturels et réemployés ; la végétalisation des lieux mais aussi une meilleure répartition des espaces (garçons-filles, petits-grands, énergiques-calmes) ; une offre ludique plus variée et moins centrée sur les jeux de ballon ; l’installation d’espaces calmes et pédagogiques (classes en extérieur, bibliothèques…).

Bagneux, hiver 2021. La cour de récréation de l’école maternelle Marcel-Cachin a été transformée en cour oasis pendant l’été 2021. Selon la directrice, les enfants se sont largement épanouis dans ce nouvel espace.

Une petite révolution dans les cours de récréation qui, au-delà des bienfaits climatiques, produit de vrais effets sur le climat scolaire. « Ça a permis un bel épanouissement de nos élèves, on les trouve plus autonomes, ils jouent moins à la bagarre, constate avec enthousiasme Karine Baraton, la directrice de la maternelle de Bagneux. Ils creusent des trous, font des livraisons de copeaux avec des petites brouettes qu’on leur a mis à disposition. Instinctivement, ils savent quoi y faire et surtout, nous n’avons eu aucun accident de récréation, alors qu’on en a cinq ou six par an généralement. »

« Nous n’avons eu aucune dent cassée cette année »

Ce que confirme son collègue de l’école élémentaire Paul-Vaillant-Couturier voisine : « Nous n’avons eu aucune dent cassée cette année. On fait beaucoup moins de déclarations d’accidents alors qu’on en a toujours deux ou trois par semaine », affirme Rachid Bellakhdar, le directeur.

Ces projets de végétalisation des cours d’école pullulent depuis quelques années. Paris a lancé la tendance en 2018 puis, avec la succession d’épisodes caniculaires, le phénomène s’accélère depuis la pandémie. Si aujourd’hui la capitale a réaménagé 72 cours sur ses 700 écoles publiques, avec la perspective d’en transformer 300, les villes de banlieue, où le moindre mètre carré disponible est investi pour créer des îlots de fraîcheur, s’y mettent aussi.

Mais au compte-goutte car la transformation représente un coût non négligeable. Cet été par exemple, Montrouge, autre ville des Hauts-de-Seine située au sud de Paris, a investi pas moins de 900 000 euros pour créer sa première oasis dans une cour d’école maternelle de 1600 m2. Les sols ont ainsi été dés-imperméabilisés en remplaçant le revêtement existant (un enrobé noir classique) par un enrobé beige à base de liège drainant, qui ne monte pas en température, et en créant des zones d’infiltration végétalisées.

«Projet Oasis» : comment les écoles parisiennes luttent contre la canicule

La surface d’espaces verts a été agrandie de 41 % avec la plantation de végétaux au pied des arbres, la végétalisation des pieds de façade, la plantation d’arbres ainsi que la création d’un deuxième espace potager pédagogique. « La cour du mois de juin et celle que l’on retrouve cette rentrée n’est plus du tout la même », observe Étienne Lengereau, maire (UDI) de Montrouge.

Autres exemples d’aménagements, dans le Val-de-Marne : à Chevilly-Larue, certaines cours d’écoles sont désormais dotées de brumisateurs en plus d’un revêtement de couleur claire et drainant. À Saint-Maur-des-Fossés ou à Maisons-Alfort, des potagers et des murs végétalisés sont aménagés progressivement. La ville de Vincennes, elle, a en plus prévu de repenser plus de 4000 m2 de toitures et terrasses d’ici à 2026, dans le cadre de projets d’agriculture urbaine ou de végétalisation. Au groupe scolaire Jean-Monnet, 650 m2 ont ainsi été transformés cet été. Et à Choisy-le-Roi, où l’on vise à aménager 2160 m2 de canopée végétale et dés-imperméabiliser 2640 m2 de surface, il est prévu à terme d’utiliser 100 % de l’eau des pluies courantes infiltrée sur place afin d’irriguer les plantations.

Un coût élevé, mais assumé

Dans le Val-de-Marne comme dans le Val-d’Oise, le CAUE accompagne les communes volontaires, qui ont envie de remplacer le bitume par des « cours végétales, inclusives, sportives, studieuses et ludiques ». « Ce type de cours répond bien mieux aux besoins fondamentaux des enfants de mouvement, d’exploration et de contact avec la nature », estime Hervé Florczak, le maire (DVG) de Jouy-le-Moutier, qui en fait partie.

« Nous sommes dans des villes denses, qui ont besoin d’espaces verts, et chaque mètre carré compte, souligne pour sa part Étienne Lengereau. L’épisode caniculaire de cet été confirme qu’il faut passer à la vitesse supérieure », insiste le maire de Montrouge. Ainsi, sa commune a-t-elle engagé un plan global pour créer des îlots de fraîcheur dans ses 14 écoles et crèches : « Cela pourrait représenter un investissement de 25 millions d’euros, mais le jeu en vaut la chandelle Il faudrait maintenant qu’on accélère. »

Toutes les communes ne sont pas en capacité d’investir autant. Au départ, Bagneux souhaitait dépenser 5000 euros par cour mais, très vite, les coûts ont augmenté pendant les travaux. « C’est la quatrième cour oasis que nous aménageons. Nous avons un plan pluriannuel de 100 000 euros par an, avec l’objectif à terme de végétaliser toutes celles qui en ont besoin. On irait plus vite, si on pouvait », assure Yasmine Boudjenah, première adjointe au maire chargée de l’éducation.

40 millions d’euros pour végétaliser les cours de collège dans les Hauts-de-Seine

Le premier degré n’est pas le seul concerné. Le conseil départemental des Hauts-de-Seine, le département le plus riche de France, veut aussi mettre le paquet sur les cours des collèges. D’ici à 2024, 16 établissements verront leurs espaces extérieurs entièrement réaménagés dans cet esprit d’îlots verts, puis 18 collèges supplémentaires de 2025 à 2027 avec un budget total de 40 millions d’euros.

Au-delà de la volonté de rafraîchir ces surfaces, la collectivité souhaitait également apaiser l’ambiance dans les cours de récréation des collèges. « Nous avions pu observer, avec les équipes éducatives et nos médiateurs, que les cours d’école étaient devenues des lieux de conflits, avec souvent un petit groupe d’élèves qui imposait sa façon de voir les choses, les garçons sur un large espace à jouer au ballon et les filles dans un petit coin. Nous avons donc réfléchi à inciter des pratiques plus mixtes », souligne Nathalie Léandri, vice-présidente de la collectivité chargée de l’éducation.

« Cet aspect du climat scolaire, la réduction des accidents, n’était pas forcément notre priorité de départ, qui était de contribuer à lutter contre le réchauffement climatique mais je dirais presque que ces raisons viennent prendre le dessus. Pour l’instant, nous n’avons que des retours positifs, au point que certains parents demandent que ça aille plus vite », remarque Yasmine Boudjenah. « À tout point de vue, la cour de récré bitumée, telle qu’on l’a connue pendant des années est dépassée », estime Grégory Ouint, le responsable des espaces verts de la ville.

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