Écoles : rouvrir ou pas ?

Dans de nombreuses villes, parents, enseignants, élus et agents municipaux s’inquiètent de la réouverture annoncée des écoles à partir du 11 mai.

école 2020Faut-il rouvrir ou pas les écoles et les crèches, et dans quelles conditions ?

À Saint Gratien, deux jours à peine après l’annonce de la reprise des cours par Édouard Philippe, le maire a fait savoir au Préfet qu’il ne souhaitait pas rouvrir les écoles de la ville.

Renvoyer les enfants à l’école maternelle et élémentaire, ainsi que dans les crèches, dans des conditions optimales de sécurité sanitaire, apparaît effectivement comme un exercice particulièrement ardu, voire impossible. Dans notre courrier au maire du 28 avril, nous soulevions d’ailleurs nombre de questions. Les revoici pour mémoire, et la liste n’est pas exhaustive.

Comment organiser le lavage régulier des mains sous la surveillance d’un adulte, approvisionner les écoles en savon et gel, quand on connaît la configuration des toilettes scolaires des écoles de la ville ? Combien d’enfants seront accueillis, alors que le groupe de travail mis en place au Sénat pour examiner les modalités du retour en classe considère que le seuil de 15 élèves par classe est trop important ? Quid du temps périscolaire, de la réouverture du centre de loisirs le mercredi ? Comment éviter les rassemblements lors des entrées et sorties ? Quel personnel pourra gérer des horaires décalés ? Comment se déroulera le temps de cantine ? Quel personnel assurera la désinfection régulière des locaux ? Un « nettoyage minutieux » est en effet recommandé. Comment faire respecter les gestes barrières en maternelle ? Qui portera un masque ? Par qui ceux-ci  seront-ils fournis ? Faut-il envisager une formation des personnels aux gestes de sécurité en amont de la reprise ? Quel rôle de la médecine scolaire, des psychologues scolaires, quand on connaît le manque de ces personnels dans nos écoles ? école 2020-1

Assurer la sécurité sanitaire des enfants et des personnels dans de telles conditions ressemblait fort à une mission impossible. Le tout pour un bénéfice éducatif limité, au vu du nombre de semaines d’école restantes, et du fait que tous les élèves ne fréquenteront pas l’école tous les jours… Ne pas rouvrir écoles et crèches gratiennoises apparaît donc comme une décision compréhensible.

Ceci dit, l’histoire ne s’arrête pas à cette annonce.

école 2020-3Première interrogation : comment le maire s’est-il déterminé ? Nous avons été informés de l’avis de la ville au Préfet peu avant la parution d’un article dans un journal local. Autant dire que nous n’avons pas eu notre mot à dire dans cette affaire, bien que nous nous soyons manifestés auprès du maire dès le mardi 28 avril. Pourtant, si le maire « expédie les affaires courantes » en ces temps de pandémie qui empêchent toute réunion physique des élus, le fonctionnement démocratique de la commune n’est pas suspendu pour autant. C’est pourquoi nous avions proposé une réunion de la commission scolaire réunissant parents, directions d’écoles et élus pour envisager les conditions de la réouverture des écoles, ainsi qu’un Conseil municipal extraordinaire pour échanger sur l’ensemble des nombreuses questions posées par le confinement, et sa levée à venir. La consultation des conseils d’école aurait également été possible. Rien n’empêche, d’autres villes l’ont d’ailleurs fait, d’organiser des visioconférences ou rendez-vous téléphoniques pour  consulter l’ensemble des élus. À Saint Gratien, rien de tel, nous sommes informés a minima par quelques messages ponctuels du maire, lequel ne répond plus à nos courriers. Pour l’aider dans sa décision, a-t-il pris l’attache des fédérations de parents d’élèves, ou organisé un sondage parmi les parents, consulté les enseignants de la ville pour connaître leur opinion et éventuellement le nombre d’entre eux qui auraient été prêts à reprendre les cours dans les écoles ? A-t-il sondé les personnels, ATSEM, animateurs, agents des crèches ? Nous l’ignorons en ce qui concerne ces derniers, mais à notre connaissance, ni les parents ni les enseignants n’ont eu voix au chapitre. Le point de vue des premiers concernés n’aurait pourtant pu qu’éclairer la prise de décision. D’ailleurs la lettre du maire au Préfet date du lendemain de la déclaration du premier ministre présentant le dé confinement. Autant dire que le maire n’a pris le temps de consulter qui que ce soit. C’est pour nous une première question.école 2020-2

D’autre part, si les écoles gratiennoises ne rouvrent pas avant septembre, d’autres problèmes vont rester en suspens. Certains parents qui vont devoir reprendre le travail vont se trouver confrontés à des difficultés immédiates. Mais nous pensons aussi, et surtout, aux enfants qui pour des raisons diverses, suivent difficilement l’école depuis la maison : manque de matériel informatique, non-disponibilité ou impossibilité des parents pour les aider. Nombre de ces situations difficiles existent dans notre ville. Qu’a prévu le maire pour leur venir en aide, et ne pas les laisser perdre pied après six mois passés sans contact direct et régulier avec l’école et leurs enseignants ? Certaines villes procèdent à des distributions de tablettes en direction des familles mal ou pas équipées en ordinateurs. Une opération similaire est-elle envisagée dans notre ville ? La question posée au maire reste sans réponse. De même, nous nous inquiétons de la situation économique de familles aux revenus modestes, dont les enfants ne bénéficient plus d’un repas quotidien de cantine à prix relativement modéré (nous alertons régulièrement sur les tarifs trop élevés de la restauration scolaire). Là encore, des solutions existent et des communes adressent des chèques alimentaires aux familles en difficulté. Saint Gratien a-t-elle envisagé cette possibilité, d’autant que la ville ne dépense pas actuellement les sommes habituellement dédiées à l’achat des repas ? école 2020-4 En outre, se reposera à la rentrée, voire pendant l’été, la question de la mise en place d’un dispositif de soutien scolaire municipal. Une proposition que nous avions déjà faite à la municipalité, et qui peut voir le jour avec l’appui éventuel de bénévoles.

Enfin, à plus long terme, mais il n’est pas interdit de voir plus loin que le bout du dé confinement, de quelle école aurons-nous besoin demain ? Des classes à 15 élèves : qui n’en n’a pas rêvé ? Des sanitaires agréables, avec savon toujours disponible ? Du personnel de service, des ATSEM, pour accompagner les enfants se laver les mains et leur apprendre les gestes sanitaires élémentaires ? Des médecins et des infirmières scolaires en nombre suffisant, pour des visites médicales régulières de dépistage et de prévention ? Des animateurs à demeure, pour prendre en charge de petits groupes, dans d’autres locaux que la classe, pour des activités sportives, culturelles ou artistiques ? Des enseignants bien formés, y compris à l’enseignement à distance et à l’utilisation des techniques modernes de communication ? D’un système éducatif équipé en matériels informatiques, qui forme ses élèves à leur usage ?

école 2020-5Si nos écoles n’avaient pas été dans un tel état de sous-équipement matériel et humain, nul doute que leur réouverture en aurait été grandement facilitée. Comme l’hôpital, comme tous les services publics, celui de l’éducation a un urgent besoin de refondation. Ce que la crise a mis en lumière, ne l’oublions pas quand elle aura pris fin.  

        

13 réflexions sur “Écoles : rouvrir ou pas ?

    1. Merkel

      En suisse : ce sont les étudiants qui reprennent les cours. Les niveaux inférieurs reprendront en sept.
      En Allemagne, les 3ieme et les terminales ont repris le chemin de l’école. Pas les autres élèves. En Israël, seules les grandes sections de maternelles ont repris (en maternelle….).

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  1. À Champagne-sur-Oise, la mairie reverse le prix de la cantine aux parents
    La ville distribue des bons d’achat aux familles pour les aider à faire face aux dépenses du confinement tout en favorisant les commerces de proximité.

    La municipalité de Champagne a décidé de distribuer des bons d’achat aux habitants, correspondant aux économies réalisées avec la fermeture de la cantine.

    Faire bénéficier les parents des rares économies réalisées à cause du Coronavirus. C’est l’idée ingénieuse qu’est en train de mettre en œuvre la municipalité de Champagne-sur-Oise. Mardi et mercredi de cette semaine, un total de 256 foyers devaient recevoir la visite du personnel des centres de loisirs. Les agents leur ont remis des bons d’achat d’une valeur de 50€ par enfant.

    La ville est partie du principe que la fermeture des cantines avait réduit les dépenses communales et qu’il était donc logique de restituer cette somme aux habitants qui ont vu leur budget repas s’alourdir.

    « Les repas de la cantine sont à la fois payés par les parents et par la mairie », explique Philippe Schoeffel premier adjoint au maire chargé de la communication. « Nous avons fait nos calculs, en retirant les frais fixes car le personnel municipal bien sûr continue d’être payé. Nous avons obtenu une somme de 2,50 € par repas, correspondant au prix des aliments payé par la ville. » Un total de 369 enfants mangent habituellement quatre fois par semaine à la cantine. La ville a donc calculé le nombre de jours où ils avaient déjeuné chez eux, au lieu d’être à l’école, et a sorti son carnet de chèque.
    Aider à la fois les familles et les commerces de proximité

    « C’est une opération saine », estime Philippe Schoeffel, adjoint de l’équipe sortante battue au premier tour des élections municipales de mars et qui devrait donc prochainement se retrouver dans l’opposition.

    Mais la municipalité a voulu faire d’une pierre deux coups, en aidant à la fois les familles et les commerces de proximité. « Cela correspond à une économie de la mairie », explique l’élu. « Nous ne voulions pas que cet argent soit utilisé pour aller au supermarché. » La commune s’est tournée vers l’Union des commerçants du Haut Val-d’Oise (UCHVO) pour mettre en place des bons d’achat.

    Les habitants pourront donc dépenser leurs cinquante euros chez l’épicier par exemple, mais aussi, a priori chez le coiffeur. « Le but c’est de donner un coup de pouce au budget des gens en général, nous n’avons donc pas forcément ciblé l’alimentaire. »

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