À l’Université d’été

L’Université d’été du PCF rassemble, peu avant chaque rentrée, des centaines de militants afin de, selon le discours d’ouverture de Guillaume Roubaud-Quashie, « penser, écouter, renforcer nos convictions, douter, changer d’avis, affiner, infléchir, transformer. Perte de temps ? Luxe insensé à l’heure de si graves périls ? On ne peut agir efficacement qu’à la condition de se défier de tous les prêt-à-penser, en affrontant le monde dans sa réalité, sa complexité, ses contradictions, en se frottant aux concepts dans leur rugosité…

Oui, il faut agir mais il faut penser juste pour agir bien et agir encore pour éprouver les conclusions auxquelles on a provisoirement abouti et penser à nouveau au regard de ce qu’on a entrepris, dans cet aller-retour constant, humble et résolu qui s’appelle le militantisme révolutionnaire. De ce point de vue, l’université d’été est un moment privilégié. »

 

Pour celles et ceux qui n’auront pu se rendre à Montpellier cette année, voici quelques moments de l’UEPCF :

Le discours d’ouverture de Guillaume Roubaud-Quashie :  

https://www.pcf.fr/ue_25_discours_ouverture_grq?utm_campaign=lver81&utm_medium=email&utm_source=pcf

Le discours de Fabien Roussel :

https://www.pcf.fr/ue_25_discours_fr?utm_campaign=lver81&utm_medium=email&utm_source=pcf

La vidéo du discours de clôture de Ian Brossat :

https://www.youtube.com/watch?v=68OjOPbURQE

Strasbourg, août 2023 (5)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Faut-il limiter le droit à la propriété pour garantir le droit au logement ?

C’est le titre un peu provocateur de l’atelier proposé à l’Université d’été du PCF par Ian Brossat*, adjoint à la maire de Paris, en charge du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés. En voici les principaux enseignements.

Les discours médiatiques dominants nous disent que le droit de propriété serait en permanence menacé. Ce qui a débouché sur le vote de la loi « Kasbarian » dite loi « anti-squat ». En fait, la France a sacralisé le droit de propriété, qui figure comme un droit absolu et constitutionnel dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est un choix politique, qui mérite d’être questionné si on veut défendre le droit au logement.

La loi interdit le squat qui remet en cause le droit de propriété. Il faut attendre 1990 pour que le droit au logement soit inscrit dans la loi, c’est la loi Besson. Toutefois cela reste un objectif ! Dans notre droit, il y a donc aujourd’hui une hiérarchie qui place le droit de propriété avant le droit au logement.

Qu’est-ce que cela produit concrètement ? Une situation massive de mal-logement et de difficultés à se loger dans notre pays. Cela ne concerne pas que les gens qui sont à la rue ! Les difficultés de logement concernent une partie énorme de la population ! Si on se réfère au rapport de la fondation Abbé Pierre, ce sont 14 millions de Français qui sont en situation de fragilité par rapport au logement. Cela représente des personnes mal logées parce qu’elles vivent dans des logements trop petits, mal isolés et surtout tous les gens qui paient leur logement trop cher, soit des loyers trop chers ou des crédits trop élevés. C’est bien la prééminence du droit à la propriété sur le droit au logement qui produit cette situation-là.

Autre élément à mettre en lumière : c’est l’énorme concentration de la propriété des logements en France. Un quart des ménages français détient 68% des logements possédés par des particuliers. Il y a bien sûr des petits propriétaires, mais d’autres qui détiennent beaucoup beaucoup de logements. 3,5% des ménages français possède plus de cinq logements et 50% des logements en location de particuliers. On a donc une petite minorité de gens qui possèdent beaucoup beaucoup de logements.

Droit à la propriété et droit au logement s’entrechoquent. Mais dans notre droit actuel, qu’est-ce qui permet de limiter le droit à la propriété ? Fait-on ce qu’on veut de son logement ? Non, et heureusement !

Selon l’usage que vous faites de votre logement, vous êtes plus ou moins fiscalisés. C’est par exemple la taxe sur les logements vacants qui existe dans les zones tendues, le but étant évidemment d’inciter les propriétaires à remettre leur logement en location, ou bien la taxe sur les résidences secondaires. Cette dernière est à la main des villes, avec le même objectif de retrouver des logements pour les gens qui travaillent. Les communistes sont favorables à une taxation plus forte des logements vacants et des résidences secondaires dans les zones tendues.

L’encadrement des prix limite également le droit à la propriété. Cécile Duflot sous François Hollande met en place l’encadrement des loyers dans les zones les plus tendues. L’objectif n’est pas à l’époque de faire baisser les loyers, mais de lutter contre les abus les plus manifestes. Mais une mobilisation énorme du secteur privé de l’immobilier hurle au scandale, Cécile Duflot est remplacée, et Valls premier ministre renonce à cet encadrement des loyers dans les grandes métropoles tendues et décide de ne le faire qu’à Paris et Lille. Finalement ce dispositif est annulé par le tribunal administratif au motif qu’il devrait s’appliquer à la métropole et pas uniquement à la ville de Paris. Paradoxe, ce sont les associations de propriétaires qui étaient contre l’encadrement qui l’ont fait annuler au motif qu’il devrait s’appliquer à une échelle plus large ! Il a fallu attendre une autre loi, la loi Élan, pour que l’encadrement puisse s’appliquer mais uniquement à titre expérimental, et sur demande des collectivités qui le souhaitent, et à un certain nombre de conditions. Finalement, l’encadrement s’applique depuis 2019 à Paris, Lyon, Bordeaux, Lille et dans d’autres collectivités. Le problème de cet encadrement tel qu’il s’est appliqué jusqu’à présent, qui est une bonne mesure même si elle reste très modérée : mais pour être efficace, il faut des sanctions pour ceux qui n’appliquent pas la loi. Nous nous sommes battus à Paris pour que les collectivités qui le souhaitent aient la possibilité de sanctionner elles-mêmes les propriétaires qui ne respectent pas l’encadrement. Appliqué à Paris, cela a permis d’en finir avec l’impunité de ceux qui ne respectent pas l’encadrement des loyers.

Mais aujourd’hui, un autre encadrement n’existe pas, c’est celui du foncier. C’est fondamental, parce que si les prix sont si élevés, c’est que le prix du terrain est absolument phénoménal. Quand Macron a lancé son CNR du logement, l’une des préconisations qui faisait l’unanimité, c’était de permettre une régulation du prix du foncier. Mais comme souvent avec lui, cela n’a donné lieu à rien du tout. C’est une revendication que nous devrions porter. Si on veut prendre le mal à la racine, il faut s’attaquer à réguler le prix du foncier. C’est évidemment une forme d’atteinte au droit de propriété mais c’est nécessaire si on veut produire du logement abordable.

La troisième piste, c’est l’appropriation publique, et là aussi, on a des outils. D’abord la préemption, la possibilité pour une collectivité de préempter des terrains, des logements, des immeubles, pour un projet d’intérêt général. Du logement, ou un équipement public, une crèche, un jardin… Mais évidemment, pour pouvoir préempter, il faut qu’il y ait vente.. Ensuite, soit la collectivité s’aligne sur le prix de l’acquéreur, c’est-à-dire le prix du marché, soit elle fait une offre en dessous -cela s’appelle casser la vente- et le vendeur a la possibilité de se tourner vers le juge, et c’est ce dernier qui fixera le prix sur la base de l’avis des domaines. Le droit de propriété reste donc très défendu même en cas de préemption.

Aujourd’hui par exemple, la ville de Paris achète aux prix du marché, c’est-à-dire à des prix considérables. Chaque année, la ville de Paris consacre 300 millions d’euros à la préemption. Ne devrait-on pas considérer que quand une collectivité préempte pour un projet d’intérêt général, elle devrait avoir le droit d’acheter en-dessous du prix du marché ? C’est une vraie question !

Il existe ensuite les procédures d’expropriation. Elles permettent d’acheter même si le propriétaire n’est pas vendeur. C’est l’exemple parisien d’un hôtel vide depuis longtemps et squatté. La procédure est très longue, il faut une déclaration d’utilité publique et c’est le juge qui décide si l’expropriation est justifiée ou pas. Le droit à la propriété est là aussi protégé.

Il existe enfin le droit de réquisition, qui est une mesure provisoire, par exemple en cas de grosse crise du logement, on peut réquisitionner pour mettre les gens à l’abri. Un droit très peu utilisé ! À Paris, à chaque fois que la ville veut faire une réquisition, le Préfet répond oui… si le propriétaire est d’accord ! Comme il l’est rarement, les seuls bâtiments réquisitionnés sont les gymnases municipaux, pour lesquels la ville peut se passer du Préfet !

La difficulté ici est un problème d’application de la loi car on ne peut accepter d’avoir tant de gens dehors alors que tant de bâtiments sont vides et bien identifiés. Ce sont des batailles locales pour obtenir que le droit de réquisition s’applique.

Tous ces exemples montrent qu’on n’est pas totalement démunis, et que même en s’appuyant sur le droit actuel, on peut de temps en temps de donner plus de place au droit au logement par rapport à la sacralité du droit de propriété.

Il y a aussi la possibilité de promouvoir d’autres formes de propriété. « La propriété privée, c’est d’abord une propriété privante », comme le disait le prof de philo (communiste) de Ian Brossat ! Quelles autres formes de propriété peuvent exister ? La propriété publique, c’est le logement social qui représente en France plus de 4 millions de logements pour 11 millions de Français, avec des dispositions législatives volontaristes qui ont permis de le développer, notamment la loi SRU. Cette loi date de 2000, du temps où Jean-Claude Gayssot était ministre de l’équipement, des transports et du logement. Cette loi imposait 20% de logements sociaux dans toutes les villes de plus de 3 000 habitants, objectif rehaussé par Cécile Duflot à 25% à l’horizon 2025. C’est une très bonne loi !

Le problème c’est que parallèlement, l’État s’est désengagé du financement du logement social. Mais la loi SRU a permis de développer le logement social, et de le développer là où il n’y en avait pas ! Cela a permis de rééquilibrer le logement social, dans un objectif de mixité sociale. Le logement social ou « logement public » doit s’adresser à de larges couches de la population, les plus fragiles mais aussi les salariés, les gens qui travaillent et qui ont du mal à se loger dans le parc privé, dans nos grandes villes et ailleurs. Le logement social « à la française » a vocation à être généraliste, et pas à être un ghetto ! Or, beaucoup de dispositions adoptées ces dernières années visent à restreindre le public du logement social : les surloyers, la remise en cause du droit au maintien dans les lieux. Les mêmes qui ont voté des lois qui chassent les classes moyennes du logement social sont ceux qui ensuite reprochent au logement social d’être un logement ghetto ! Mais à Paris les quartiers les plus mixtes sont ceux qui comptent le plus de logements sociaux et à l’inverse, ceux qui sont les moins mixtes sont ceux qui comptent le moins de logements sociaux. Nous, nous défendons une conception large du logement public. Il y a parfois des frictions sur ce point à l’intérieur de la gauche : par exemple les écolos ont une conception un peu restrictive, ils considèrent qu’il faut loger les plus fragiles. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut chasser les classes moyennes du logement social. Si on restreint trop le public du logement social, on n’emmène pas avec nous la grande majorité des gens sur lesquels on a besoin de s’appuyer pour pousser au développement du logement social. Si les gens se disent que le logement social ne s’adressera jamais à eux, on ne pourra pas compter sur eux pour le défendre. Donc nous devons défendre une conception large, généraliste du logement social.

Dans les autres formes de propriété, il y a aussi des choses plus nouvelles. Par exemple, le bail réel solidaire. Ce qui coûte cher dans un logement, c’est le foncier autant que le bâti. À Paris par exemple, on est à 10 000€ du m2 pour l’achat d’un logement, 5000€ pour le foncier et 5 000€ pour le bâti. L’idée est que la collectivité garde la propriété du foncier et ne vende que le bâti. Ce qui permet donc de ne vendre qu’à 5 000€ du m2, ce qui permet de s’adresser à un public plus large. Cette dissociation du foncier et du bâti permet de renouer avec l’accession à la propriété dans des métropoles où elle était devenue complètement impossible, y compris pour des familles aux revenus moyens.

Ce dispositif est assorti de mesures anti-spéculatives. Quelqu’un qui a acheté un logement en bail solidaire ne peut le revendre à n’importe quel prix. Il le revend au prix auquel il l’a acheté, revalorisé de l’indice du coût de la construction.

Le bail solidaire est comptabilisé comme du logement social : faisons donc attention dans un certain nombre de villes de droite où des élus peuvent faire du bail solidaire pour ne pas réaliser du logement social. Le bail solidaire ne doit pas se développer au détriment du logement social. À Paris, le choix a été fait de choisir le bail solidaire dans des opérations d’aménagement plutôt que de l’accession à la propriété classique, pas à la place de logement social.

Nous devons assumer, non pas de remettre en cause, de « façon bête et méchante » le droit de propriété, on ne peut pas être contre le droit d’être propriétaire de son logement. En revanche, si on veut défendre le droit au logement, il y a des limites au droit de propriété. La question pourrait se poser de limiter le nombre de logements dont on a droit d’être propriétaire. Est-ce normal que quelqu’un soit propriétaire de 30, 40, 50 logements ?  Ce serait certes lever un tabou et susciterait des polémiques, cela paraît difficile aujourd’hui. En tout cas, la question peut être posée.

Si on estime que le droit au logement est aussi important que le droit de propriété, cela suppose de « rogner » sur la sacralité du droit de propriété. Si on sacralise absolument le droit de propriété, si on trouve normal que des bâtiments restent vides alors que des gens crèvent dehors, ça veut dire qu’on assume cette politique-là. Sinon, il faut accepter qu’il y ait des limites au droit de propriété et que l’intérêt général doit conduire à le limiter pour garantir le droit au logement.    

* Ian Brossat est aussi porte-parole du PCF et fut sa tête de liste aux élections européennes de 2019. Et en 2016… il fut notre invité au stand du PCF 95 à la fête de l’Humanité pour parler de son livre « L’espion et l’enfant », qui retrace la vie extraordinaire de son grand-père.

I.V. 

À suivre…           

Strasbourg, août 2023 (4)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Compte rendu de l’université d’été du PCF
Édition 2023- Fabienne Launey

« Quelle politique migratoire pour une France de progrès ? », avec Pascal Brice et Fabien Roussel

Pascal Brice est président de la fédération des acteurs de la solidarité.

Fabien Roussel est député du Nord et secrétaire national du PCF.

Fabien Roussel

La gauche n’a pas rien à dire sur l’immigration et les questions migratoires. Ce serait une erreur de laisser la droite et l’extrême droite s’emparer de ce sujet, et de l’alimenter avec les idées les plus nauséabondes et les plus dures.

Nous avons la responsabilité importante d’y mettre le contenu le plus progressiste avec toutes les valeurs qui sont les nôtres, et c’est aussi l’histoire du PCF qui s’est toujours battu pour défendre en tous points l’émancipation des peuples, la condition humaine et la dignité humaine.

Tous les ans, nous avons droit à une loi sur l’immigration qui à chaque fois va durcir les conditions d’accueil et ne jamais régler les problèmes qui se posent.

Bien souvent, ces sujets-là sont portés par des responsables politiques comme contrefeu pour ne pas parler des politiques sociales, climatiques dont notre pays a tellement besoin.

Nous nous sommes rencontrés à Paris, il y a quelques mois, avec Pascal Brice et des députés, des sénateurs de gauche pour parler de ce qui peut nous rassembler sur cette question de l’immigration.

C’est une initiative que Pascal Brice a prise au titre de la responsabilité qui est la sienne en tant que président de la fédération des acteurs de la solidarité.

À quelques semaines ou quelques mois de la présentation d’un texte de loi sur l’immigration, nous travaillons ensemble à des propositions que nous pourrions porter auprès du gouvernement sur ce sujet.

Aujourd’hui, la loi sur l’immigration telle qu’elle va être débattue au Parlement risque tout simplement d’être en somme un tête-à-tête entre le gouvernement  Gérald Darmanin, et Éric Ciotti et Marine Le Pen. Nous devons trouver le moyen de formaliser nos accords pour pouvoir mettre dans le débat des propositions de gauche, fortes, humanistes, qui permettent aux Français d’entendre une autre voix que celle de la droite et de l’extrême droite.

Il y a des parlementaires, des associations, des responsables syndicaux qui veulent s’engager et qui ont une autre conception des politiques migratoires, de l’accueil, de la régularisation des travailleurs sans papiers qui doit être obtenue dans une confrontation d’idée avec le gouvernement.

Il faut que nous parvenions à arracher, dans le cadre de la loi ou ailleurs, la régularisation des travailleurs sans papiers, parce que c’est un scandale qui perdure dans notre pays.

Le parti communiste a sorti un manifeste en 2018 intitulé : « Pour une autre politique migratoire ». Ce manifeste va être mis à jour et et enrichi. Il sera mis à disposition des communistes rapidement.

Pascal Brice

Je me réjouis beaucoup d’être avec les communistes aujourd’hui, d’être avec toi, de t’entendre confirmer la volonté qui est la tienne [à Fabien Roussel, ndlr] et celle des communistes de s’emparer de cette question de l’immigration. La différence, la diversité, la fraternité, l’asile sont de belles choses.

Nous sommes très loin d’une submersion.

Je vais vous livrer le fruit de quelques réflexions  qui sont le fait  de plus de dix années passées à la tête de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), puis maintenant de la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), de manière à essayer de contribuer à la réflexion collective.

La réalité sociale est là. La réalité de ce pays, de l’ensemble du continent européen et aussi des États-Unis, font que nous ne pouvons pas éviter cette question de l’immigration.

Nous sommes rattrapés par l’un des nœuds de crispation que vit notre pays, qui se mêle à d’autres : un nœud social, un nœud culturel, un noeud économique. Nous vivons dans une société incandescente, agressive, divisée, fragmentée.

Nous savons tous – et les communistes sont bien placés pour le savoir – ce qui se passe pour les étrangers dans une société fragilisée économiquement, socialement et culturellement.

La stigmatisation des étrangers et des pauvres, voilà la pente naturelle et bien instrumentalisée dans une société fragmentée et fragilisée comme la nôtre et la plupart des sociétés développées à l’heure actuelle.

Dans une société où les classes populaires et une partie des classes moyennes sont fragilisées, plus particulièrement par la précarisation du travail, la politique libérale protège les possédants dans leur égoïsme.

Il y a une continuité qui s’installe entre les exclus, les classes populaires et les classes moyennes.

Nous savons ce que produit cette situation dans un pays, du point de vue de la cohésion sociale et de la vie démocratique.

Le conformisme, la paresse, les habitudes font qu’on laisse prévaloir des politiques migratoires, plutôt des non politiques migratoires qui sont tournées vers une obsession : dissuader, empêcher les gens de venir avec toute une série de politiques européennes qui sont tournées vers ça.

Ces politiques suscitent l’indignité pour les personnes étrangères et pour celles et ceux qui les accompagnent : les travailleurs sociaux, les bénévoles et les fonctionnaires.

Elles sont un facteur de désordre.

Les hommes et les femmes d’ordre prônent un accueil organisé et maîtrisé.

Toute personne arrivée en Europe doit faire sa demande d’asile et la voir instruite dans le pays où elle est arrivée.

30% des demandeurs d’asile sont en contradiction complète avec la loi française et les textes européens. Les personnes immigrées subissent les blocages innombrables pour l’accès au travail. 30 000 titres de séjour sont délivrés par an en France pour travailler alors que la population augmente ainsi que les besoins des entreprises.

Les OQTF (obligation de quitter le territoire français) sont exécutées à 10%. Des hommes, des femmes et des familles  vivent dans l’angoisse d’être expulsés. Et ce sont des Français qui ont le spectacle de l’impuissance politique.

La FAS continue de refuser tout contact avec le RN. La préférence nationale est antinomique de la solidarité. Tant que Pascal Brice sera président de la FAS, il n’y aura pas de banalisation du RN.

L’instrumentalisation plus ou moins rampante de la question de l’immigration s’installe dans une partie de la classe politique. On constate cette tentation de ne pas s’attaquer à la question sociale, de considérer que toutes les classes moyennes sont en crise, et donc de jeter en pâture les pauvres et les étrangers à la stigmatisation, plutôt que de s’attaquer aux problèmes sociaux.

Celles et ceux qui ont peur de l’installation d’un centre d’hébergement, ce sont des propriétaires.

Nous avons fait des propositions pour une politique migratoire conforme à toutes les exigences de la République.

C’est une approche qui vise à tourner le dos aux politiques de dissuasion, d’abord parce qu’elles ne dissuadent personne et parce qu’elles provoquent de l’indignité et du désordre.

Il s’agit d’installer un accueil organisé et maîtrisé. Pour un accueil organisé et maîtrisé, pour l’asile, il faut absolument sortir des accords de Dublin. Pascal Brice est favorable à des lieux d’accueil aux frontières extérieures de l’Europe, sur le territoire européen. Il ne s’agit pas ici de l’externalisation qui est en cours de la part de nombreux pays européens où l’on renvoie les demandeurs d’asile ailleurs.

Au Danemark, il y a 10, 15, 20 ou même 30 ans, lorsque nous interdisions le foulard à l’école, les Danois considéraient que nous étions tous des fascistes. Le multiculturalisme le plus absolu était une règle fondamentale au Danemark, notamment dans la gauche danoise. Aujourd’hui, pas un demandeur d’asile au danemark, tous au Rwanda, et si vous avez le malheur d’avoir sauvé un petit bijou de famille en fuyant votre pays, vous devez le laisser en gage avant d’arriver au Danemark.

Tout demandeur d’asile doit être pris en charge, hébergé, et voir sa demande d’asile instruite dans des délais favorables.

Il faut bien évidemment ouvrir l’accès au travail, parce que les besoins sont là dans les entreprises. La sortie de la pauvreté se fait essentiellement par le travail. Il est indispensable que les partenaires sociaux soient associés dans les bassins d’emploi, de manière à ce que les personnes puisent avoir accès au travail, et qu’on puisse régulariser les travailleurs.

Il faut également créer une protection humanitaire et environnementale, parce que les enjeux environnementaux sont là, et donc nous avons besoin d’un statut pour les déplacés environnementaux et pour la protection humanitaire des femmes victimes de violences conjugales, des personnes victimes de traite des êtres humains, ou de problèmes de santé.

Les politiques migratoires pour un accueil organisé et maîtrisé supposent que nous changions de logique.

Quand quelqu’un demande un titre de séjour, l’administration est tenue de lui répondre en 6 mois. C’est l’administration, de sa propre initiative, qui étudie toutes les possibilités d’accès au séjour. Il faut ouvrir les critères du droit au séjour (accès au travail, à un logement…).

Plutôt que de donner des OQTF à un grand nombre de personnes comme c’est le cas aujourd’hui, en ne les exécutant que dans 10% des cas, on en fait beaucoup moins et elles ont vraiment lieu.

Cette approche est nécessaire pour la cohésion sociale du pays.

Il n’y a vraiment pas de critère de séjour, et par ailleurs il peut y avoir des raisons très lourdes de délinquance, notamment pour ne pas rester sur le territoire national. Il faut assumer cette position, mais pas dans le système actuel, en inversant la logique.

Le principe c’est « oui » parce que la France a cette vocation fondamentale à accueillir des persécutés. Notre économie et notre dynamisme nécessitent cet accueil des personnes immigrées.

La question essentielle de l’intégration par le travail des femmes se pose.

La question migratoire est vitale pour une France de progrès, de dignité et d’ordre social.

Si la nouvelle loi sur l’immigration vient au Parlement dans les mois à venir, ce sera la 29ème loi immigration, ce qui signifie que les lois, les règlements, les réformes s’empilent, et l’on se trouve dans une situation qui est loin de s’améliorer.

Il est primordial d’appliquer le principe du « oui » pour les jeunes mineurs isolés non accompagnés.

Il y a une bataille à mener pour inverser la logique du « non » pour les jeunes mineurs.

À suivre…

Strasbourg, août 2023 (3)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Compte rendu de l’université d’été du PCF
Édition 2023 – Fabienne Launey

Pour la deuxième année consécutive, l’université d’été du PCF a accueilli les communistes à Strasbourg. Les nombreux ateliers proposés se sont articulés autour de trois thèmes fondamentaux : la paix, la transition écologique et la question sociale.

L’ensemble des conférences et débats contribuent à la formation politique des communistes en traitant de l’actualité, nationale et internationale.

La culture historique prend également toute sa place à l’université d’été, avec par exemple l’exposé de Lukas Tsiptsios sur les politiques migratoires dans l’histoire, ou encore celui proposé par Gérard Streiff sur l’histoire et la connaissance du Rassemblement National, pour mieux le combattre.

Nous étions trois adhérents de la section de Saint-Gratien à participer à l’édition 2023 de l’université d’été.

Pour ma part, j’ai choisi de rendre compte de l’intervention de Philippe Rio, maire de Grigny, intitulée « Urgence République », et de celle de Pascal Brice, président de la fédération des acteurs de la solidarité et Fabien Roussel, député du Nord et secrétaire national du PCF. (à venir sur le blog, ndlr)

« Urgence République », avec Philippe Rio

Philippe Rio est très engagé sur les questions des banlieues populaires. Il faisait partie en 2017 d’un collectif de maires qui avait porté l’appel de Grigny. La concentration des difficultés sociales et économiques dans certains territoires de la République suppose d’y concentrer tous les moyens des forces vives de la Nation.

Au vu de son engagement et de son travail sur les banlieues populaires, Philippe Rio a été désigné meilleur maire du monde en 2021.

Philippe Rio développe trois ou quatre points à propos des mensonges, des fausses certitudes et du déni de la société française sur le regard porté sur les quartiers populaires.

Des solutions existent.

Au mois de juin, il n’y aurait pas eu d’émeutes si Nahel n’avait pas été abattu par la police. De même qu’en 2005, les émeutes urbaines qui ont duré trois semaines n’auraient pas eu lieu non plus si Zied et Bouna étaient encore en vie.

Les moments de crispation, de cristallisation d’émeute, de révolte, n’existent pas s’il n’y a pas ces faits-là.

Il y a toute une pensée qui vise à criminaliser les habitants des quartiers populaires. Or nous rappelons qu’il y a d’abord des faits où la police a tué.

Philippe Rio

La géographie des événements de 2023 n’est pas la même que celle des émeutes de 2005, y compris dans des villes peu marquées par une présence forte et massive des quartiers populaires.

Nous allons aborder le sujet qui fâche dans ce pays, celui de la doctrine policière mise en place par Nicolas Sarkozy en 2003, qui montre qu’elle est à bout de souffle. C’est la fin d’une police de proximité, coupée net, et vingt ans de lois policières qui s’en donnent à cœur joie par le sentiment donné que la police doit être toute puissante, et qui font qu’aujourd’hui, beaucoup de gens se demandent si la police est au service de la République, ou si c’est plutôt ce que l’on sent : une République qui est pieds et mains liés à un certain nombre de syndicats de police, et bien évidemment pas des plus progressistes.

Il y a un ensemble d’actes politiques majeurs portés par la droite tels que la réforme de la gendarmerie nationale en 2009, la réforme de la garde à vue, la loi sur la sécurité publique de 2017, la formation des policiers et la loi sur la sécurité globale.

On arrête le dialogue avec la population et on affirme être dans un rapport de force. La police devient a-républicaine ou non républicaine.

En Allemagne, on compte un mort en une année après un refus d’obtempérer, alors qu’on en dénombre 16 cette année en France.

La révision générale des politiques publiques fait qu’à l’aveugle, on supprime partout des postes de fonctionnaires, dont 10 000 fonctionnaires de police, et on change l’orientation des stratégies policières. La population a augmenté et le besoin de sécurité et de tranquillité publique est beaucoup plus présent qu’il y a vingt ans.

Le pays vient juste de récupérer les 10 000 postes de fonctionnaires de police précédemment supprimés. On peut parler de mensonge parce qu’il n’y a pas eu de création de postes de fonctionnaires de police supplémentaires.

Il s’agit d’un acte politique très fort de la droite, parce que la police est un service public régalien de l’État, essentiel et important pour vivre ensemble.

Il y a eu aussi une forte réforme des services de renseignement de notre pays. Le service des renseignements généraux a été complètement démantelé.

Il faut donc se poser la question de la doctrine policière, du choix budgétaire de la police et de la justice, et prioritairement de la justice des mineurs qui est en voie de clochardisation dans notre pays.

Il n’y a pas d’accompagnement des jeunes. La prévention, la sécurité et la lutte contre la récidive doivent être placées au cœur de la doctrine policière.

Pour rattraper ce retard de 10 000 postes de fonctionnaires de police supprimés par Sarkozy, on raccourcit le temps de leur formation, un des plus courts en Europe. Les plus jeunes fonctionnaires de police et de l’Éducation Nationale sont affectés dans les territoires les plus en difficulté.

On se donne les moyen de créer constamment du clash, et non pas de réussir.

L’activité économique produite par le trafic de drogue est illicite. C’est du business, de l’argent, une multinationale. Le système est organisé internationalement avec des filières, des réseaux et des complaisances de toutes sortes. Les dealers de cage d’escalier sont en bout de chaîne.

Un quartier populaire, c’est la concentration de la pauvreté urbaine. Les mafias se développent là où il y a de l’hyper-pauvreté.

Une pauvreté, un sentiment d’abandon, de discrimination, de relégation réelle ou vécu comme telle, favorisent cette situation.

Les mensonges au sujet des quartiers populaires :

Les Français n’aiment pas trop les quartiers populaires. Il reste dans notre pays une forte présence colonialiste. Notre Président parle de « décivilisation ».

Les mots politiques posés sur ces territoires sont « les sauvageons » à l’époque de Chevènement, les « zones de non droit », la « recivilisation » préconisée par l’extrême droite.

Des résistances sont à mettre en place. Les quartiers populaires représentent six millions d’habitants. Ce sont les territoires les plus jeunes de France. L’avenir se joue là pour notre pays. Soit on fait avec eux pour le mieux, soit on fait sans pour le pire.

Des propos séparatistes sont très clairement énoncés de la part des élites politiques françaises. Il y a moins d’école, moins de police et moins de justice en Seine-Saint-Denis qu’ailleurs en France. Les politiques prioritaires n’arrivent même pas à compenser l’écart avec ce que tout le monde a sur le reste du territoire. C’est cela le mensonge français.

Quinze millions de Français sont regroupés dans les quartiers populaires, dans la ruralité délaissée, dans les bassins de reconversion industrielle et dans les territoires d’outre-mer. Il y a un vrai besoin d’équité. Ce sont des territoires où il y a moins de services publics, les premiers déserts médicaux et un chômage tellement endémique qu’il sévit de génération en génération.

Il ne faut pas tomber dans le piège du Rassemblement National qui oppose le « belle ruralité » aux « sauvages des quartiers populaires ».

Nous avons le devoir de briser ces oppositions qui sont un danger pour notre République et pour notre nation.

Le budget total de l’État, c’est 600 milliards d’euros. La politique de la ville, c’est 600 millions d’euros.

La rénovation urbaine dans les quartiers populaires est d’abord payée par les salariés avec le 1% logement et avec une toute petite partie du loyer des locataires du logement social.

La question de la mixité sociale constitue un autre mensonge. En France, nous commençons à être les champions de la ségrégation urbaine, de la ségrégation spatiale et de la ségrégation sociale.

De nombreux maires contournent la loi Gayssot en préférant payer une amende plutôt que de construire des logements sociaux dans leur ville.

Il y a aussi une grande concurrence entre les maires en ce qui concerne les attributions de logements.

Il y a les stratégies d’évitement qui empêchent l’ascension sociale, le rapprochement de son travail et qui produisent dans notre pays une discrimination une ségrégation organisée.

Un quartier populaire est un quartier extrêmement jeune, très divers avec des solidarités puissantes et des fonctionnaires extraordinaires souvent sur-engagés.

C’est une concentration de la pauvreté, et un problème d’accès aux droits.

Il n’y a plus de promesse républicaine parce que notre République est libérale et bourgeoise.

La jeunesse des quartiers populaires est pourtant une solution pour notre pays. Les quartiers populaires subissent des inégalités de traitement incroyables.

La dépense publique est un investissement d’avenir.

Nous devons créer un nouveau récit politique sur les quartiers populaires.

On a besoin d’un nouveau pacte social et d’une nouvelle orientation politico-économique. On a aussi besoin d’une nouvelle constitution plus démocratique avec une nouvelle stratégie d’aménagement du territoire.

La question de la réconciliation nationale est très importante au niveau des quartiers populaires.

À suivre…

Strasbourg, août 2023 (2)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Université du PCF – 2023 – Strasbourg

Débat : Mieux connaître le FN pour mieux le combattre

Mieux connaître le FN pour mieux le combattre par Gérard Streiff, journaliste, essayiste et romancier français. Gérard Streiff a été directeur de collection. Ses romans documentés le classent dans la catégorie des historiens fictionnels. Il a travaillé au secteur international du PCF auprès de Jean Kanapa (1973-1981), a été correspondant à Moscou du quotidien L’Humanité (1982-1986). Depuis 1994, Gérard Streiff travaille au département communication du PCF. Il est l’auteur d’une thèse sur Jean Kanapa.

1 – Rappel du contexte dans lequel prospère le FN

Le FN prospère car la crise prospère. Le FN est un fruit de la crise. Tout ce qui combat la crise, combat le FN. Il faut donc régler son compte à la crise. C’est aussi cela la justesse du combat du PCF.

Le FN prospère sur l’idée qu’il n’y aurait plus de droite et de gauche. C’est sa posture et son slogan : « ni de droite, ni de gauche ! ». L’opinion se considérant elle-même qu’elle n’est ni de droite ni de gauche, il est devenu facile pour le FN de s’intégrer.

Mais la droitisation de la société est bel et bien là. Et les idées de droite et de gauche continuent de se confronter.

En 2023, les gens, sont-ils plus racistes qu’avant ? Pas forcément ! Ils sont surtout plus décomplexés qu’avant.

Le FN surfe sur le recul du collectif. Avec comme illustration, des actes pseudo spontanés, comme l’appel au versement à des cagnottes au début de l’été, au policier impliqué dans la mort de Nahel à Nanterre. Le FN profite de l’avancée de la progression des idées et des postures d’’extrême-droite dans les médias (cf. le groupe Bolloré et ses médias).

Le FN profite de la crise morale accentuée par le confinement. Les gens qui se sont retrouvés confrontés à eux-mêmes. Ils ont été contre tout : contre les vaccins, contre le port du masque, etc.

2 – Une classe dominante de plus en plus arrogante

Une étude a été faite auprès des jeunes Français qui sont allés cet été aux Journées Mondiales de la Jeunesse (les JMJ) : ils viennent de plus en plus des classes aisées. Ils ne sont plus concernés par des grandes causes sociales. C’en est fini de l’esprit de « Témoignage chrétien ». Ils installent leur identité de cossus.

La progression du FN en France, s’inscrit dans la poussée internationale de l’extrême-droite.

On le voit avec Georgia Meloni en Italie, qui maintenant se conforme aux attendus européens en matière de politique budgétaire, alors qu’avant son élection, elle se présentait comme la petite sœur des pauvres.

Le chercheur et sociologue Jean-Yves Camus (spécialiste de l’extrême-droite française et des groupes radicaux islamistes, il est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques -IRIS) analyse que l’extrême-droite n’est pas solidaire. Elle est associée au racisme, au nationalisme, aux démarches d’exclusion : en gros, « C’est nous contre les autres ». Elle surfe sur la théorie du complot, qui lui permet d’expliquer le monde.

Le FN s’ancre depuis 1984 sur les sentiments de déclassement et d’abandon.

Le FN se distingue de Zemmour qui dit « Vive la droite », et « la vraie droite c’est moi ». Qui fait ses meilleurs scores dans le XVI ième arrondissement. Il a une cible sociologique différente que le RN. Mais il commence à recruter parmi la jeunesse dorée.

Dans la posture ni Droite ni Gauche, le RN n’est pas seul. D’autres ont aussi cette stratégie qui oppose le bloc populaire à un bloc bourgeois [cela a été repris par Roger Martelli dans son dernier livre]. On s’oppose frontalement à l’élite. Comme par exemple, LFI. Ce qui banalise le FN au final.

Mais au fait, c’est quoi l’élite ? On est contre les gens des villes et pour les gens des campagnes ? On oppose les uns aux autres. On biaise le débat au final. Pour le PCF, nous ne sommes pas dans cette stratégie-ci : Soyons élitaires pour tous ! C’est un beau mot d’ordre.

3 – Bilan du groupe RN à l’Assemblée Nationale : le « catcheur huilé »

Le RN est fort de 89 députés. Moins un qui a quitté le groupe depuis juin 2022. Parmi eux : 33% de femmes. L’âge moyen est de 48 ans.

Contrairement à l’image qu’ils veulent donner, les élus de ce groupe n’ont pas une origine populaire. La plupart viennent du secteur privé. Ce sont des cadres en majorité. Voire des CSP +. Il y a par exemple 15 avocats parmi eux.

Quand il y a un différend entre eux, c’est souvent celui qui a la fonction la plus élevée socialement qui l’emporte.

Leur propagande dit qu’ils viennent de la base. Qu’il s’agit de jeunes arrivants aux responsabilités. Ils disent ne rien savoir de l’histoire du FN. Ce qui est souvent faux.

Ils ne sont pas arrivés à l’Assemblée par hasard, sans origine : parmi eux, on compte beaucoup d’ex-permanents du parti.

Hormis J.Bardella, l’actuel chef du parti, tout le bureau politique du RN est dans le groupe représenté à l’Assemblée Nationale.

Beaucoup sont des fils ou filles de responsables de l’extrême-droite.

Ils ont fait leur trou dans les institutions. Il y a beaucoup de gens d’extrême-droite dans les places de la République.

Beaucoup sont libéraux. Sur le débat sur les retraites, beaucoup ont été des faux culs. Le paradoxe, c’est que le RN et Marine Le Pen sortent dans les sondages parmi ceux qui ont le plus profité du mouvement contre la réforme des retraites.

C’est notamment parce que le RN a usé de la technique dite du « catcheur huilé ». On ne peut pas les saisir. Mise à part quelques positions très tranchées, comme Sébastien Chenu, vice-président RN de l’Assemblée nationale : « Moi, je préfère qu’on fabrique des travailleurs français plutôt qu’on les importe ». Ils ont été extrêmement prudents dans leurs positions. La démographie a ainsi été l’un des axes de l’argumentaire RN dans ce débat sur les retraites. Peu de Français savent que concernant la retraite à 60 ans, le RN n’y est favorable que pour les Français ayant 40 annuités et entrés dans la vie active avant 20 ans. Pour les autres, c’est la retraite entre 60 et 62 ans pour les Français entrés dans la vie active entre 20 ans et 24,5 ans, et le maintien de l’existant au-delà de 25 ans. On est donc loin du retour à l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans pour toutes et tous.

Lire ici : le RN et la réforme des retraites

C’est très difficile de saisir un adversaire comme cela.

4 – Où en est ce parti ?

Cette formation s’est dé-diabolisée.

Jérôme Sainte-Marie, qui est un ex-patron d’institut de sondage, joue un rôle important dans l’évolution de l’image du parti.

Ce qui explique que les « gens d’argent » vont prendre contact avec le FN, pour envisager des passerelles, au cas où il arriverait au pouvoir.

Il a moins de mal à présenter des candidats partout.

Avec son résultat aux législatives, le parti a eu une grosse rentrée d’argent, alors qu’il avait des difficultés financières. Il est de plus attentif à la formation de ses élus : le RN a recommencé des écoles de formation.

Il en a fini avec les jeux de mots Durafour-crématoire. Il s’affiche maintenant comme étant un grand ami d’Israël. D’ailleurs c’est le RN qui a été le plus offensif à l’Assemblée quand le PCF en juin a voulu que l’Assemblée Nationale assimile Israël à un état d’apartheid.

Mais quelques fondamentaux sont toujours là.

FN et RN ont toujours le même logo.

Le RN a des députés cools. Mais ce sont toujours des nostalgiques de l’OAS (cf. la prise de position de leur doyen à la tribune de l’Assemblée.) Ils sont toujours anti-communistes.

Quand on va sur le site du RN, le programme est décliné en trois points :

1 – Contre l’Immigration

2 – Contre l’Islam

3 – Pour la Sécurité

Cela résume bien la carte d’identité de ce groupe.

C’est le FN qui a ouvert le débat sur l’anti-wokisme en France. Le FN est subjugué par ce discours.

Il est très critique vis-à-vis du discours concernant la domination de classes, de sexes, de racisés.

En résumé, c’est le parti du retour en arrière.

Le RN est un parti féministe ! Le groupe s’est divisé sur le débat sur la constitutionnalisation de l’IVG. Sa position contre a évolué. D’ailleurs M. Le Pen s’est retirée de l’Assemblée nationale lors du vote, pour ne pas froisser, avec sa position, les électeurs historiques du FN.

5 – Le RN et l’écologie

Le RN va probablement prendre l’offensive sur l’écologie. C’est là où on ne l’ attend pas.

On le doit à Hervé Juvin, député Européen FN qui a rédigé un discours sur l’environnement prononcé par Marine Le Pen en janvier 2017. Ses déboires en justice, ont arrêté son élan. Mais le RN a commencé à travailler sur l’écologie. C’est Andréa Kotarak le nouveau responsable du secteur : « Pour une écologie qui est pour l’humain ». Avec comme leitmotiv : ne pas bousculer nos habitudes. C’est ce qu’ils appellent « l’agrarisme » : la ruralité contre les citadins, sous-entendu les bobos.

[Le monde rural serait celui du pays réel – comme disait Maurras-, celui de l’authenticité, du concret, de l’origine, des vraies valeurs, du travail et de la constance. Le monde citadin serait celui de la superficialité, du déracinement, du hors sol, du progressisme déconnecté. Ndlr] 

C’est encore diviser les gens en fait !

Le RN va mettre en avant le « technicisme » : le GIEC est ultra pessimiste. Or, la technique va nous permettre de sortir du réchauffement climatique. Il s’agit d’un argument totalement débile. Mais ce discours peut rassembler à droite.

Par ailleurs, le groupe RN a voté avec la droite contre le texte « restauration de la nature » au Parlement européen, au motif qu’ils sont contre le zéro artificialisation nette (contre la ZAN).

6 – Les possédants prennent contact avec le RN :

Le RN réunit près de 50% des ouvriers et 75% des chômeurs aux différents scrutins.

Maintenant que l’hypothèse du RN au pouvoir est posée, le capital prend au sérieux l’extrême-droite. Il y a quelques années, une Le Pen avait été invitée à l’université d’été du Medef, cela a fait un scandale.

Depuis, cela a changé. Sébastien Chenu, vice-président RN de l’assemblée a lors débat sur l’inflation noué des liens avec des « gros » de l’alimentaire. M. Chenu est « poto » avec M.E Leclerc..

Mario Draghi serait le conseiller de Georgia Meloni.

Sophie de Menthon, du mouvement patronal Ethic, pour qui l’État c’est d’abord le régalien, organise des rencontres avec Marine Le Pen depuis 2017.

Selon la revue Causeur du 31 janv 2022, le 27 janvier 2022, le grand patronat et M. Le Pen se sont vus au cercle Interallié. Le RN fait sa mue. Fini l’idéologie.

On a vu dans un grand restaurant du 7è arrondissement, le Fitzgerald, l’état-major du FN et des patrons.

De nouveau, on dit, « ils font des progrès ». Cela était tabou il y a quelques années ces rencontres avec le FN… Le regard des patrons sur le RN évolue. Et quand on décortique le programme économique du RN, le patronat peut s’y retrouver. Fini la promesse de faire évoluer le statut des fonctionnaires, pour y intégrer les contractuels. Fini les augmentations de salaire.

Les fachos portent la cravate mais ils montrent qu’ils seront de bons capitalistes.

En conclusion, le RN est servi par une sorte de fatalisme. Et les idées réac marquent des points.

Compte-rendu et photos : Stéphane Bauer

À suivre, d’autres échos de l’Université d’été du PCF

Strasbourg, août 2023 (1)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Un mot tout d’abord sur la ville de Strasbourg. Ce fut une belle découverte pour nous que cette superbe cité alsacienne, où les transports collectifs et les modes de déplacements doux ont une si belle place ! En sortant de la gare, c’est un vrai choc que de découvrir les centaines de vélos garés à proximité. La démonstration, mais on n’en doutait pas, que lorsque des aménagements adéquats sont réalisés, nombre d’habitants choisissent de se déplacer en vélo. Les Gratiennois sont-ils  différents des Strasbourgeois ? Certainement non ! Ce qui a été réalisé à Strasbourg est possible ailleurs.

Très peu de circulation automobile en ce week-end, et donc une atmosphère paisible et des rues piétonnes très agréables à arpenter, même si notre temps de promenade a été assez réduit ! Se déplacer dans Strasbourg est particulièrement facile grâce à sept lignes de tramway, qui à un tarif modique, sillonnent à une bonne fréquence tous les quartiers de la ville, sa banlieue et peuvent même vous emmener jusqu’en Allemagne ! Un transport très emprunté par les habitants à toute heure de la journée. Logés assez loin du lieu des ateliers, nous avons pu grâce au tram relier la fac et la résidence universitaire en un temps record matin et soir. Ceci nous conforte dans l’idée que le tramway est un extraordinaire moyen de transport pour nos villes, et qu’il nous faut continuer à réclamer à nos élus d’œuvrer pour que les lignes de tram qui s’arrêtent aux portes de notre ville, que ce soit à Épinay ou Argenteuil, soient prolongées jusqu’à Saint Gratien. Premier enseignement, inattendu, de l’université 2023 !Revenons sur l’événement lui-même. L’Université d’été, c’est trois jours de rencontres avec des militant·e·s et sympathisant·e·s du PCF de tous âges venu·e·s de toute la France, des responsables du PCF et des élu·e·s communistes, des intervenant·e·s divers·e·s, chercheurs et chercheuses, universitaires, journalistes, spécialistes pour confronter savoirs, expériences, initiatives et propositions. Des débats, échanges, exposés sur tous les grands sujets d’actualité politique en France et dans le monde. Un moment de réflexion et d’approfondissement que nous avons rarement dans le cours de l’année, pour connaître, comprendre, échanger des expériences pour mieux agir…

Pratiquement il faut une très bonne organisation pour préparer les ateliers et prévoir les intervenant·e·s, recevoir, nourrir, héberger le millier de participant·e·s : c’est rodé et ça fonctionne sans ratés, merci au directeur de l’Université, Guillaume Roubaud-Quashie et aux militant·e·s mobilisé·e·s pour l’occasion.  

Changement climatique, désordres du monde et paix, mobilisations sociales et crise démocratique étaient particulièrement au menu de cette édition 2023.

À l’Université d’été, on a pu cette année se former à la communication digitale et à la prise de parole en public ; débattre du droit au logement avec Ian Brossat, maire-adjoint de Paris ; passer les frontières pour s’informer de la situation en Palestine, en Autriche, au Congo, à Cuba avec André Chassaigne ou des enjeux du parlement européen ; écouter Philippe Rio, le meilleur maire du monde, sur l’urgence de République ; s’intéresser à notre organisation politique, son renforcement, son histoire, la place qu’on y donne aux femmes ; approfondir les questions de transition énergétique, en planchant sur les zones à faibles émissions, la place de l’écologie dans le monde du travail, dans l’agriculture ou dans l’industrie, ou bien encore fouiller les travaux du GIEC avec un climatologue ; se pencher sur les politiques migratoires avec un historien ou un acteur majeur de la solidarité ; réfléchir sur les questions de paix face aux désordres du monde avec Francis Wurtz et Hubert Védrine ; participer au travail des élu·e·s sur leur campus et s’interroger sur les relations police-population, les services publics, les quartiers populaires… et enfin assister à un meeting de Fabien Roussel, accompagné de travailleurs de l’usine de Clestra d’Illkirch, en lutte depuis des semaines, ou au discours de clôture avec Léon Desffontaines, chef de file des communistes pour les élections européennes de juin 2024.

Le choix est souvent difficile entre toutes ces offres… et évidemment nous n’avons pas tout vu.

Photos S.B./I.V.

À suivre…

Angers, université 2018 du PCF (3)

Suite et fin de notre série d’articles sur l’université d’été du PCF

Angers 2018, Université d’été 2018, aperçus :

– Éclectisme des formes des ateliers ou formats d’interventions :

Seul :

Ou bien à deux, en binôme :

UE 2018-24

Seul, mais occupant tout l’espace comme trois :

Richard Lopez, médecin, ex-président de la Fédération Nationale des CDS

UE 2018-25

Parfois entourée d’une brochette de députés :

UE 2018-26

Dans le cadre de speed datings :

UE 2018-27

– Éclectisme des fonctions du président de l’université, Guillaume Roubaud-Quaschie :

Conducteur d’intervenant :

UE 2018-29

Chauffeur de salle :

UE 2018-30

Mais aussi conducteur de navettes, goûteur de plats, discourant lors de l’ouverture de l’Université d’été, etc., etc. …

– Éclectisme dans l’expression de la concentration des esprits lors des ateliers : 

Patrick Coulon, animateur de débat et intervenant…

UE 2018-35UE 2018-36UE 2018-37UE 2018-38

Pas d’université sans livres :

UE 2018-39

Pas d’université sans restaurant universitaire :

UE 2018-40

S.B.

Angers, université 2018 du PCF (2)

Suite de notre série d’articles consacrés à l’université d’été du PCF

Angers, Université d’été 2018, aperçus :

La bataille parlementaire des communistes un an après, avec 6 des 11 députés du groupe à l’Assemblée Nationale.

Question clé : malgré le dense travail du groupe des élus, pourquoi une si faible exposition médiatique ? Quelle est la nature des difficultés en matière de communication des initiatives du groupe ?

Pierre Dharréville revient sur les points de presse hebdomadaires du groupe, menés par les 3 portes parole : Elsa Faucillon ; Sébastien Jumel et Lui-même, qui ont permis petit à petit à mieux identifier le travail du groupe au niveau des médias. Il revient aussi sur le travail de fond du groupe, condition a un traitement dans les médias. « Nous aussi on sait faire des sketches. Mais on a fait le choix de travailler le fond des dossiers ».

Elsa Faucillon souligne un problème culturel à dépasser. Souvent, par légitimité, dans les agendas des dirigeants du PCF étaient privilégiés des réunions de travail ou des réunions points vignettes plutôt que des interviews avec les médias, dont la portée était sous-estimée. On a appris à se faire remplacer et nouer des relations de confiance avec des médias.

Il est fait état des « fulgurances » médiatiques de Fabien Roussel, comme son intervention sur l’évasion fiscale à la tribune de l’AN, où il a pointé la montée au paradis de Johnny Hallyday et la mise au vert de son patrimoine en Uruguay, autre paradis… fiscal.

Faire l’événement et faire l’actualité. Un bon moyen pour passer dans les médias.   

 Comment faire reculer les déserts médicaux ? Une solution : les centres de santé, avec Philippe Lopez, ancien président de la Fédération nationale des centres de santé.

UE 2018-17

Les problématiques de santé et de prévention deviennent un objet consubstantiel des réflexions et pratiques des élus locaux faute d’une politique nationale de santé qui a conduit à la désertification médicale. L’opposition farouche de la médecine libérale par rapport aux médecins salariés et à la création de CDS, fait que des élus de toute tendance poussent maintenant à la création de CDS. Je dis bien de CDS.

Car beaucoup de collectivités locales se sont dits : on va faire une « maison médicale » et on va faire venir des médecins, voire on va faire venir des médecins de l’étranger, pour contourner le numérus clausus en France. Ceux-ci quittent leur pays pensant gagner de l’argent. Or, dans les 2 cas, quand un projet se développe sur un projet « immobilier » pour ne pas dire financier, cela court à l’échec. Statistiquement la greffe ne prend pas.

A contrario, les CDS eux n’ont pas de problème pour recruter des professionnels. Je prends le cas de la Saône et Loire : l’objectif des élus était de mailler tout leur territoire. Toutes les mesures jusque-là essayées n’ont pas permis d’installer des médecins libéraux. En l’espace de 9 mois, 25 médecins  ont dit oui à des projets de CDS.

La recette, s’il y en a une : les habitants doivent participer à la réflexion du projet de santé sur le territoire. Au final, l’offre de service que va apporter le CDS doit correspondre aux besoins de la population du bassin. Un territoire jeune, avec beaucoup d’enfants n’a pas les même besoins qu’un territoire vieillissant. On ne met pas les mêmes compétences.

Il y a besoin du rôle de la population et des collectifs citoyens : ils vont guider et accompagner le montage d’un CDS. Aujourd’hui, les CDS qui ouvrent sont le résultat d’histoires portées par des équipes en vue des municipales 2013/2014. Cela arrive à maturation.

UE 2018-18

Urgence biodiversité, avec Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et Alain Pagano Commission Écologie du PCF

UE 2018-19

Alain Pagano : on est aujourd’hui, depuis l’histoire de la vie sur terre, à la 6ième crise d’extinction de la biodiversité. Celle-ci est à 100% en grande partie liée à l’action de l’homme. 

On peut être très inquiet. C’est du réseau alimentaire dont il s’agit. Il y a des ruptures dans la chaine alimentaire. Il y a problème parce que l’espèce qui a disparu nourrissait une autre espèce…. Quand une brique est enlevée, c’est tout le mur et l’humanité qui est menacée.

Pourquoi préserver la biodiversité ?

Alain Bougrain-Dubourg :

Quelques chiffres, sur terre, il a été calculé que 67% du tonnage des mammifères vivant sur terre c’est du bétail. 30%, c’est des humains. Et 3% du tonnage des mammifères, c’est le reste des animaux.

Voilà ce qu’on a fait de la planète. Il ne s’agit pas de rééquilibrer. Mais de prendre conscience des dangers qui nous guettent.

Prenons la chasse : j’ai moi-même chassé quand j’étais jeune. L’homme, dans l’histoire a chassé pour manger. Aujourd’hui, la chasse, c’est un loisir. On tue des animaux pour tuer. A ce jour, une soixantaines d’espèces d’oiseaux sont chassables en France. Contre en moyenne 14 espèces en Europe. Or, sur cette liste de 60 oiseaux chassables en France, il y a 20 espèces comme le courlis cendré, qui sont inscrites sur la liste rouge des espèces menacées de disparition et qui sont sur la liste rouge de l’Union internationale de conservation de la nature.

A titre d’exemple, la tourterelle des bois a perdu 80 % de sa population.

Par rapport au projet de gouvernement sur la chasse*, qui contient comme aberration par rapport à ces enjeux, une baisse du prix du permis de chasse, et la prolongation de la chasse de l’oie sauvage, le courlis cendré, au-delà du mois de janvier, sur février donc, alors que l’animal débute sa phase de reproduction, je demande avec la LPO l’arrêt de tirer les espèces à l’agonie.

UE 2018-20

Alain Pagano : Comment se fait-il que le changement climatique ait réveillé les consciences et que l’appauvrissement de la biodiversité, non ?

Alain Bougrain-Dubourg : On ressent le changement climatique. On voit les effets du changement dans les carottages… etc.

On a des réponses potentielles avec : covoiturage, isolation thermique, etc. chacun peut trouver des solutions potentielles changement climatique.

Concernant la biodiversité,  on ne perçoit même pas le déclin. Quel est l’impact de la suppression de telles espèces… on n’est même pas au courant ! On est dans une société où tout ce qui n’est pas utile est inintéressant…. Voire est nuisible…

Il y a une non identification du déclin de la diversité. Et quand cela est malgré tout perçu, dans le cas des abeilles par exemple, on se retourne auprès de l’état. Car il existe peu de moyens individuels pour faire reculer ce fléau. Or, on peut être inquiet pour l’avenir du vivant. Et face à cette indifférence vis-à-vis du déclin du vivant. On ne pourra s’en exonérer.

Il y a un très grand retard sur cette question.

Si le PCF s’affiche sur les questions de biodiversité, il peut surprendre : 1) c’est une question qui traverse la société. 2) Cela va étonner, car c’est un thème qu’il n’a pas abordé comme tel jusque-là.

Remarque de la salle : C’est comme avec Notre Dame des Landes. On a beaucoup à apprendre, nous communistes par rapport à ces types de mouvements. Il ne faut négliger aucune forme d’actions, pour apporter notre propre soutien mais aussi nos propres réflexions à ces mouvements sur ces questions-là. On a une place importante à reconquérir et à investir. Il faut l’affirmer au plus haut niveau de la direction du PCF.

* E. Macron a donné son accord pour que le prix du permis national de chasse soit divisé par deux.

UE 2018-21

À suivre…

S.B.

Angers, université 2018 du PCF

Suite de notre série d’articles sur l’édition 2018 de l’université d’été du PCF

Angers, Université d’été 2018, aperçus :

Un moment intense pour s’informer, se former, échanger, rencontrer.

UE 2018-14

En un mot de l’éclectisme :

– Éclectisme des thèmes des ateliers

Nous concernant, nous avons plus particulièrement suivi :

Antisémitisme : de la Pologne du XX ième siècle à l’Europe contemporaine avec Valère Staraselski, écrivain

Dans le prolongement de son livre « Le parlement des cigognes », il fait écho au devoir de mémoire concernant le sort des juifs de Pologne sous la botte nazie.

UE 2018-15

Après un rappel historique de la naissance de l’antisémitisme, dans des références aux textes religieux chrétiens, est abordée l’histoire contemporaine.

Aux Juifs, les nazis disaient ne rien vouloir prendre : seulement la vie. Et ils déployèrent des trésors d’horreur imaginative pour massacrer des dizaines de milliers de civils parfaitement innocents. Avec la participation, résignée ou enthousiaste de nombreux Polonais catholiques.

Le devoir de mémoire est d’autant plus difficile à accomplir que les assassins ont fait disparaître toutes les traces de leurs crimes : les cimetières juifs avec leurs pierres tombales qui leur servirent à construire des routes, les ultimes témoins de 1945. Les Polonais « de souche » leur prêtèrent main forte par peur des représailles : il fallait tuer les Juifs pour ne pas être tués par eux après la victoire des alliés. Tous ces Polonais se connaissaient : un habitant de Cracovie sur quatre était juif. Un Juif dénoncé rapportait un kilo de sucre.

Il est rappelé, que dans l’époque la plus récente, des historiens polonais ont écrit que chasser les juifs s’expliquait aussi parce que les bolchéviques russes comme les communistes polonais comprenaient beaucoup de juifs, et que finalement l’antisémitisme avait été le reflet d’un combat contre les communistes. Ce qui est faux historiquement puisque, l’antisémitisme s’est poursuivi en Pologne ensuite, sous d’autres formes, sous le régime communiste…

Il est aussi question dans le débat avec Valère Staraselski du récent projet de loi en Pologne – révisé depuis, puisque une peine de prison n’est plus prévue -, motivé par la volonté de lutter contre l’emploi – abusif et erroné – de l’expression « camps de la mort polonais » pour désigner les camps d’extermination construits par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale sur le territoire de la Pologne occupée.

UE 2018-16

Après le plan Borloo sur les banlieues, quelle égalité des territoires dans la République ? Avec Philippe Rio, maire de Grigny.

Philippe Rio est revenu sur l’appel de Grigny. Sur la genèse du plan Borloo et la fin de non-recevoir que le plan Borloo a reçu de la part d’Emmanuel Macron.

Il a rappelé « l’été meurtrier » de 2017 et sa triple peine : 5% de baisse pour les APL, la suppression des contrats aidés qui ont provoqué la mort d’associations : « le plus grand plan social qu’a connu la France, a été celui du monde associatif. Et la baisse des crédits à la politique de la ville.

A partir de cela il y a eu une convergence du monde associatif et du monde politique et il y a eu l’appel de Grigny, qui est arrivé comme cela, un peu par hasard. Grigny a accueilli plus de 1000 personnes pour réfléchir sur les moyens de s’en sortir, et pas que pleurer sur notre sort. 1000 personnes drainés par des mouvements comme Bleu, blanc, zep, Villes et banlieues, Villes moyennes de France.

Dax, Aurillac, Périgueux ont aussi des quartiers populaires. On était tous sur le même diagnostic : la fracture urbaine s’enkyste aussi en province. Il s’est agi d’un mouvement transpartisan, trans géographique, pour dire que dans ces territoires : il y a des solutions !. Malgré ces inégalités, il y a des parcours extraordinaires, des solidarités, des choses magiques.

Malgré la fraîcheur par laquelle  le plan Borloo a été reçu par l’Élysée, on a marqué des points :

1) D’abord dans les têtes : Comment rétablir l’égalité ? Pas avec un petit ministère avec ses 1% de budget. Même diagnostic pour la politique du logement en France.

2) Pour la première fois, sous l’égide de Jean Louis Borloo, qui a mis à notre disposition sa légitimité d’ancien élu municipal (être maire de Valenciennes n’est pas une partie de plaisir) et son carnet d’adresses d’ancien ministre, on a pu prendre la température « pour de vrai » de ce qui se noue :  le phénomène de décrochage social et communautaire qui se met à l’œuvre.

3) Nous avons été beaucoup été médiatisés. Les quartiers populaires ont été souvent invités sur les plateaux TV… non pas parce qu’il y avait des émeutes… non pas pas pour dire « il est où le Molenbeck à la Française ».

À partir du moment où l’on dépasse les identités des partis, cela interpelle, à la fois la classe politique d’en haut, et les médias. BFM TV, par exemple, n’avait pas de relais sur le terrain pour expliquer le fonctionnement des banlieues et les bons fonctionnements à l’œuvre dans une équipe municipale de banlieue. Ils sont venus nous voir. Il y a eu une remise en cause des médias. Nous avons été fièrement et dignement respectés dans la presse et les médias. Pour une fois on a eu des débats justes sur nos banlieues. Cela n’avait jamais existé auparavant.

Alors malgré une partie conclusive décevante dans ses prises de décisions, j’aime à rappeler comme l’a écrit Jean Ziegler que « les murs les plus puissants tombent par leur fissures ». Tous ensemble nous avons commencé à faire des trous dans le mur pour que se fissure l’idée que beaucoup de choses ont été essayées et que rien n’est possible en banlieue.

S.B.

À suivre…

À l’université…

La suite de nos impressions sur l’Université d’été du PCF, édition 2018…

L’Université d’été du PCF, vue par une participante

Angers – 24 au 26 août 2018

Après deux participations à l’université d’été du PCF en 2014 et 2015 aux Karellis en Savoie, j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver cette année les ateliers de l’université, mais cette fois-ci à Angers.

Je tiens à remercier la fédération du Val-d’Oise qui m’a permis de partager ces journées de réflexion et de formation politique avec des camarades de la section de Saint-Gratien et de sections voisines.

Nous avons été accueillis par la fédération du Val-de-Loire, qui a tout mis en œuvre pour rendre ces journées de rencontres politiques très fraternelles.

Je tiens à saluer la haute performance des organisateurs de l’université d’été quant à la prise en charge de l’hébergement et de la restauration sur le site.

La soirée du samedi 25 août, après la grande marche des services publics, a ravi l’ensemble des camarades !

La manifestation des communistes présents, de la fac à l’hôpital d’Angers, a suscité la curiosité de nos amis angevins en ce dernier week-end d’août ! Il s’agissait de soutenir les salariés de l’hôpital affectés par la perte d’une centaine d’emplois. Un meeting a clôturé cette marche, avec Cathy Apourceau-Poly (sénatrice PCF du Pas-de-Calais) et Ian Brossat (chef de file PCF pour les élections européennes de 2019).

Un choix considérable d’ateliers était proposé du vendredi midi au dimanche midi. Les intervenants comptaient parmi eux des élus, des militants associatifs, des syndicalistes, des philosophes ou des professeurs.

La librairie Diderot militante et engagée, basée à Nîmes, et les Éditions Rue du Monde, animaient les temps informels de l’université.

Pour ma part, j’ai concentré toute mon attention sur des ateliers qui traitaient de l’Europe et de l’antiracisme. Ces deux sujets me paraissent majeurs pour envisager la paix dans le monde.

La diversité des thèmes adoptés ainsi que l’analyse de l’actualité nationale et internationale constituent une véritable formation intellectuelle et politique pour les participants.

Dans un premier atelier le vendredi après-midi, Francis Wurtz, député européen honoraire (PCF), a dressé un état des lieux de la crise existentielle qui menace l’existence même de l’Union Européenne.

Nous traversons une crise de confiance des citoyens vis à vis des institutions européennes. Le Brexit représente pour l’U.E. un grave échec politique sans précédent.

D’autre part, la politique migratoire a conduit l’U.E. à un naufrage moral. Il s’agit d’un déni de droit moral ; en témoignent les camps et la protection militarisée des frontières.

En Italie, l’alliance de Salvini avec la Ligue – parti fasciste, raciste et xénophobe – illustre bien le manque de confiance des citoyens italiens, pourtant très européistes au moment de la construction de l’U.E.

La Grèce, bien que sortie des griffes de la Troïka, subit toujours la crise et reste sous surveillance rapprochée, puisque 5 milliards d’euros d’économies lui seront demandées sur les deux années à venir.

La tare rédhibitoire de l’U.E. réside dans la priorité donnée au marché, c’est à dire dans la soumission aux investisseurs sur les marchés financiers.

Le Conseil des ministres européen exerce une coercition sur chaque pays membre.

Rappelons que le PCF a été le seul parti politique à combattre les traités européens en disant non à l’Europe libérale et oui à l’Europe sociale.

Est-ce que sortir de l’U.E. règlerait le problème des politiques néolibérales au vu des interdépendances considérables dans la zone euro ? Le chacun pour soi progresse et la solidarité recule. La nécessité absolue de rassembler s’impose pour construire sur le plan national, européen et international.

L’U.E. doit protéger contre les effets pervers de la mondialisation, afin de la réguler, de l’humaniser pour en changer les règles.

La bataille se mènera au jour le jour.

Un peu en marge des deux thèmes de l’Europe et de l’antiracisme, j’ai assisté à l’atelier animé par Bernard Thibault qui présentait son livre : « La troisième guerre sera mondiale ». Pendant plusieurs décennies, le « progrès social » s’est illustré par une avancée des droits, des libertés et des conditions matérielles pour les travailleurs ; ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Dans un autre atelier, Pierre Barbencey, grand reporter à « L’Humanité », a présenté un exposé sur ce qu’il nomme la loi d’apartheid en Israël. Il dénonce la politique de Benyamin Netanyahou qui consiste à renforcer la colonisation du peuple palestinien.

Dans une autre conférence, Maryse Tripier, sociologue et professeur émérite à l’université Paris 7, défend le droit à la mobilité et souligne l’inégalité du droit de bouger à cause de l’obligation de visa.

Plus concrètement, Maryse Poulain, syndicaliste à la CGT, et Élie Jousselin, secrétaire de la section PCF du Xème arrondissement de Paris, ont décrit la lutte victorieuse des coiffeuses sans-papiers du boulevard de Strasbourg.

Deux camarades du Val-d’Oise, Isabelle Volat et Stéphane Bauer, à la fois élus et co-secrétaires de la section de Saint-Gratien, ont tenu un atelier sur le coût du capital et sur les conséquences désastreuses des « emprunts toxiques ». Nous les remercions pour leur exposé richement documenté.

En conclusion, chaque année, l’université d’été du PCF constitue un temps de réflexion et de formation continue pour les communistes.

Tous ces moments d’échanges entre élus, syndicalistes, militants associatifs, professeurs et citoyens engagés encouragent et justifient notre action politique.

F. L. ; Saint-Gratien, 23 septembre 2018