Le centre municipal de santé, une idée moderne (4)

À l’heure où nos villes connaissent une certaine pénurie de médecins, et donc une difficulté d’accès aux soins pour de nombreuses personnes, revient en force l’idée des centres municipaux de santé. Il existe dans notre département plusieurs centres de santé. Lors de la dernière fête de l’Humanité, nous avons réuni pour un débat des professionnels de santé et des élus, impliqués directement dans ces structures. Voici les échanges qui ont eu lieu à cette occasion.

débat fête 13

Débat sur les centres de santé municipaux – Fête de l’humanité 

Espace coopératif 95 – samedi 14 septembre 2019

Intervenants

-Pierre Barros, maire de Fosses, où vient de s’ouvrir récemment un centre de santé

-Florelle Prio, maire-adjointe de Bezons, où une telle structure existe depuis longtemps

-Jean-Pierre Deschamps, prothésiste dentaire dans un centre de santé d’Argenteuil

-Docteur Guirec Loyer, Directeur des Services de Santé et de Prévention, Médecin Directeur des Centres Municipaux de Santé à Gennevilliers

-Alain Feuchot, responsable du PCF 95

Animation du débat : Isabelle Volat

I.V. : Vous avez bien montré le fonctionnement d’un centre de santé. C’est très innovant en matière de prévention, de travail en collaboration avec d’autres organismes. Est-ce que dans vos villes, vous avez essayé aussi d’associer les citoyens, la population au projet du centre de santé et à son fonctionnement et de quelle manière ?

F.P.: Sur Bezons, il n’y a pas de comité d’usagers, pas de structure qui travaille là-dessus, mais à Gennevilliers, il y a matière.

G.L. : Le président du comité des usagers des services de santé de Gennevilliers est reçu deux fois par an avec les membres de son association. On les associe au projet de santé. On va rentrer de nouveau dans une démarche d’enquête de satisfaction. C’est valorisé aujourd’hui par l’ARS qui a prévu un label pour les structures qui ont créé de quoi associer à la gouvernance. C’est important de faire rentrer les usagers, ce n’est pas toujours simple. Souvent, on a non pas des comités d’usagers mais des comités de sauvegarde du centre de santé quand il est menacé. Ce n’est jamais bon signe ! Mais à Gennevilliers, on a cette particularité d’avoir un comité d’usagers très actif.

I.V. : À l’approche des élections municipales de 2020, comment fait-on pour susciter de nouvelles envies de projets de centres de santé dans les villes, notamment du Val d’Oise mais aussi au-delà… Contacter la fédération des centres de santé certainement ? Se rapprocher des villes qui ont déjà une expérience pour en profiter ? D’autres choses ?

P.B.: Ce qui est intéressant quand on monte un centre de santé, c’est qu’on va aller chercher des partenariats, des idées, des modes de fonctionnement, on apprend en allant chez les autres. D’autres sont venus nous voir parce qu’il y avait une expérience. En général, c’est un peu médiatisé et on a déjà eu cinq ou six contacts qui sont venus nous voir, de territoires assez proches. Nous diffusons les documents à qui veut les récupérer, on donne des rendez-vous. On est là, c’est aussi une responsabilité quand est sur un outil comme ça, d’essayer de la faire partager au mieux possible, de façon à ce que ça fasse des petits. Ensuite, chacun monte son expérience avec son tissu, avec ses partenaires, avec son projet politique. Mais c’est aussi la responsabilité des villes qui portent des centres municipaux de santé, dans le cadre de la fédération des centres de santé, cela fait partie du job d’expliquer aux gens qui sont intéressés par cette expérience-là, de donner des clés, et de rentrer dans la communauté que cela forme. C’est une façon de concevoir, de tisser ce réseau d’acteurs. C’est un beau sujet à partager.

F.P.: Dans la perspective des municipales, cela peut être au cœur d’un projet parce qu’on peut parler non seulement d’une ville et d’une offre de santé mais d’une « ville en santé ». C’est un thème qui est tellement transversal, on peut y agglomérer des politiques sur des sujets complètement différents : le sport, la jeunesse, les personnes âgées, l’environnement, la façon dont on conçoit l’urbanisme dans nos villes. Il y a de passerelles très fortes avec la santé. Quand on parle des modes de déplacement, on parle de santé. Quand on parle de prévention cardio-vasculaire, c’est une question éminemment pointée sur la santé, mais dedans, il y a des questions d’urbanisme et d’environnement. Il faut le voir sous cet angle-là, une ouverture très large. Également, quand on a un centre de santé, c’est un outil, on peut travailler avec la restauration collective de la ville pour améliorer les repas, plus équilibrés, des choix de produits, et s’engager dans la lutte contre l’obésité qui est un fléau aujourd’hui pour nos populations, surtout dans les quartiers défavorisés où l’on sait que c’est prégnant. Donc je pense que c’est important de ne pas se limiter à «santé», offre de soins, accès aux soins et curatif. Il y a aussi tout cet aspect-là qui est très large et qui est essentiel.

débat fête 14A.F. : Je reviens sur l’expérience de Cergy, de la liste conduite par une communiste. Le rapport des forces aux élections municipales ne nous donnait pas un iota de chance d’être présent au deuxième tour, et c’est parce qu’on a porté un tel projet qu’il y a eu rassemblement au deuxième tour avec la liste socialiste et que ce projet est maintenant complètement construit. Comme quoi, c’est vecteur de rassemblement, et ce type de sujet, ça se travaille en amont. Il y a matière à travailler pour construire des listes de large rassemblement avec les citoyens, avec les usagers, et donc porter un projet politique très fort. Ces expériences-là, sont différentes, de périodes différentes, entre le centre de santé de Bezons qui va être bientôt centenaire, celui de Marly-Fosses qui a six mois, Gennevilliers c’est aussi une autre histoire. Mais il y a un commun dans l’organisation et dans le partage de tels projets. Cela permet de créer des mouvements d’opinions larges, favorables,  qui permettent de progresser et d’avoir des outils modernes pour l’ensemble des populations, qui souvent sont en très grande souffrance. Par exemple, cela a explosé à Argenteuil : la question de l’obésité. Avec une campagne de plusieurs mois qui explique qu’il faut être bronzé, filiforme, alors qu’on sait très bien que ce n’est pas comme ça qu’on va régler les problèmes. Là, il y a une vraie offre nouvelle qui peut permettre à une population en grande difficulté une prise en charge globale.

I.V. : Merci beaucoup de toutes ces pistes qui sont très riches. Les centres de santé portent mal leur nom car ils sont bien plus que des centres qui ne s’occupent que de santé, cela va effectivement bien au-delà. Merci à tous, on continue à échanger au bar de l’espace Val d’Oise.

 

Le centre municipal de santé, une idée moderne (3)

À l’heure où nos villes connaissent une certaine pénurie de médecins, et donc une difficulté d’accès aux soins pour de nombreuses personnes, revient en force l’idée des centres municipaux de santé. Il existe dans notre département plusieurs centres de santé. Lors de la dernière fête de l’Humanité, nous avons réuni pour un débat des professionnels de santé et des élus, impliqués directement dans ces structures. Voici les échanges qui ont eu lieu à cette occasion.

Débat sur les centres de santé municipaux – Fête de l’humanité 

Espace coopératif 95 – samedi 14 septembre 2019

débat fête 6.jpgIntervenants

-Pierre Barros, maire de Fosses, où vient de s’ouvrir récemment un centre de santé

-Florelle Prio, maire-adjointe de Bezons, où une telle structure existe depuis longtemps

-Jean-Pierre Deschamps, prothésiste dentaire dans un centre de santé d’Argenteuil

-Docteur Guirec Loyer, Directeur des Services de Santé et de Prévention, Médecin Directeur des Centres Municipaux de Santé à Gennevilliers

-Alain Feuchot, responsable du PCF 95

Animation du débat : Isabelle Volat

Dans le public :

-Travailleur social de la région Centre dans le CCAS d’une commune qui a connu des départs en retraite de médecins : ceux restants se sont dirigés vers une maison de santé qui a coûté très cher à la commune. Celle-ci finit par évoquer la possibilité d’un centre de santé.

-Expérience en Seine Saint Denis : le centre de santé est un appui pour le travailleur social pour des gens éloignés des parcours de soins. Le centre permet d’accompagner ces personnes y compris physiquement pour des rendez-vous, des consultations en psychiatrie, des hospitalisations… ce qui aujourd’hui est compliqué. Les urgences ne sont pas faites pour ça, et donc il faut une sacrée organisation et un sacré réseau et le centre de santé facilite et rend plus humain toutes ces démarches. Exemple du centre de santé de Stains

-Expérience d’un médecin généraliste du centre de santé associatif  et non municipal de Pierre Bénite dans la région lyonnaise, qui a démarré dans les années 70, début des centres de santé. Des choses très intéressantes avec un groupe d’habitants qui a mené un travail d’enquête sur la santé des habitants au sens large, avec des problèmes liés à la solitude, aux fins de mois… ; travail en collaboration avec des enseignants, des policiers ; mise en place d’ateliers santé.  Mais des difficultés financières de la commune. Les élus ont essayé de maintenir le centre qui rend des services énormes à la population, notamment par le tiers-payant ; ont fini par céder à une mutuelle. Les contrats des salariés ont été modifiés car la  mutuelle cherchait la rentabilité et a cherché à créer un IRM ; refus de l’ARS et la mutuelle s’est retirée. Aux dernière élections municipales, deux listes de gauche ; les communistes ont perdu la ville au profit de la droite qui a reçu le personnel, a voulu maintenir le centre de santé. Depuis, il y a eu restructuration et le centre perdure. Nécessité d’associer la population, ce qui est rarement fait.

F. P.: Il se passe plein de choses dans notre centre au-delà du tiers-payant. Une différence fondamentale d’exercice : c’est le dossier commun, partagé par le médecin traitant mais aussi le spécialiste. Cela permet d’avoir une visibilité immédiate sur le dossier du patient et donc une meilleure prise en charge. Être soigné au centre de santé, c’est avoir accès à des programmes d’éducation thérapeutique, qui permet au patient de progresser dans l’autonomie et la prise en charge de sa maladie. Le plus du centre de santé, c’est aussi le travail avec le CCAS, les services sociaux. Pour les personnes qui ont des difficultés d’accès aux soins parce que les dossiers administratifs ne sont pas complets, cela permet de les accompagner et que la prise en charge soit faite correctement. Tout ce cheminement-là est important. Sur Bezons, on a une particularité, un « PASS ambulatoire » qui est financé en partie par l’ARS mais également porté par la ville, c’est un travail mené avec l’association Aurore qui assure un accueil de jour pour les SDF, des gens qui n’ont pas de couverture sociale, qui sont dans la rue et la rue cela détruit, avec de gros problèmes d’accès aux soins et de santé. Avec le foyer de migrants qui est sur la ville, une population jeune, isolée, avec de gros problèmes d’accès aux soins, non-francophones, avec des problématiques très particulières, on est en train de travailler depuis cet été avec l’ARS pour organiser la prise en charge et l’accès aux soins de ces personnes. Le centre de santé, c’est donc une offre de soins et de consultation en direction de la globalité de la population qui habite sur le territoire et en-dehors du territoire, on reçoit bien évidemment les personnes qui viennent des communes avoisinantes. Mais c’est aussi travailler sur des minorités qui sont présentes sur notre territoire et qui ont de gros problèmes de santé et d’accès aux soins. Il faut aussi ne pas les oublier et ne pas les laisser au bord du chemin.

G. L.: Le tiers-payant déjà, c’est juste énorme. En Île-de-France, dès que vous sortez du 93 et dans le 92, de Nanterre, Gennevilliers et Colombes, on ne peut pas pratiquer le tiers-payant sans dépassement. Ça devient compliqué à Colombes puisque la mairesse a annoncé fermer son centre de santé pour préparer les JO de 2024… L’ARS IDF veut regrouper les maisons de santé et les centres de santé, les cabinets de groupe sous l’appellation « structures d’exercice collectif ». Non ! Nous, nous sommes des structures d’exercice regroupé et coordonné. Le plus qu’apporte le centre de santé, c’est la coordination. À Gennevilliers, deux fois par mois, comme à Bezons, les médecins sont payés pendant deux heures pour se réunir, généralistes, spécialistes, infirmières, travailleurs sociaux quand il le faut, partenaires associatifs de la ville comme récemment sur les violences faites aux femmes. Tout cela existe en centre de santé et c’est un gros gros « plus » par rapport à l’exercice de la médecine libérale, même quand elle est bien faite dans les maisons de santé. À force d’aller crier au niveau de l’assurance-maladie, on a réussi à obtenir que soient financés non pas seulement le soin mais aussi dans le cadre de l’accord national, les activités de coordination, de prévention, en partie, et le fait d’assurer la maîtrise de stages, pas seulement pour les médecins généralistes mais aussi pour les dentistes, les kinés, les infirmières. On va devenir des lieux de formation, de réflexion. En terme de coût, on apporte un plus mais aussi en terme de qualité de prise en charge. Une étude va tester la rémunération au forfait, pour la médecine générale pour les médecins traitants et cette étude a un volet «qualité des soins». Une étude antérieure a montré que les patients suivis en centre de santé consultaient plus, mais coûtaient moins, avaient moins recours aux examens complémentaires, des ordonnances moins chères et globalement se portaient mieux, alors que la situation sociale de ces populations était beaucoup plus précaire. Le plus des centres de santé, ça ne s’arrête pas au tiers-payant.débat fête 12.jpg

Public

-Infirmière cadre dans le centre de santé d’Aubervilliers. La coordination, l’accompagnement du patient, les réunions pluridisciplinaires, le développement de projets comme le sport sur ordonnance, ne sont pas possibles dans un exercice libéral. Le patient peut être envoyé aux éducateurs sportifs de la ville, donc on travaille avec tous nos partenaires et cela facilite drôlement les choses. Il y a une différence de fonctionnement, ce qui n’était pas vrai il y a trente ans où les médecins de centres fonctionnaient comme en libéral. Avec les nouvelles générations de médecins qui ont envie de travailler ensemble, de développer des projets, avec les paramédicaux qui sont investis, ça change. À mon sens, les centres de santé sont l’avenir, plus que les maisons de santé.

P.B.  Même si les centres de santé sont historiques, il y a une modernité, une actualité et c’est ça qui est intéressant. Il y a un mouvement de regroupement des hôpitaux pour des logiques très dogmatiques, des maternités, sous prétexte de faire des économies d’échelle mais ça ne marche pas et coûte beaucoup plus cher. On le voit avec l’hôpital de Gonesse qui est un outil formidable, tout neuf, un des plus gros chantier d’Europe pendant des années en terme de bâtiment et aujourd’hui on ferme des lits pour faire des économies. On investit dans des équipements incroyables et en même temps, on les ferme au fur et à mesure parce qu’on n’a pas construit le modèle économique pour l’accompagner. On a des services d’urgence qui explosent parce que l’offre de soins locale ne suit pas et donc les gens sont perdus et se retrouvent aux urgences pour se faire soigner ou rassurer sur leur situation. On a un système qui est en embolie et le positionnement des centres de santé peut permettre d’améliorer cette situation, en déconcentrant, avec des capacités d’accueil local sur un principe d’urgence. Il y a dans les centres de santé une prise en compte de l’urgence, en laissant toutes les heures un quart d’heure pour une urgence éventuelle de quelqu’un qui viendrait sans rendez-vous. Il y a un combat extrêmement important qui se mène dans l’est du Val d’Oise avec Henri Cukierman sur les hôpitaux et les maisons de retraite. Ce qui est en train de ré-émerger par le biais des centres municipaux de santé, va peut-être créer des solutions et tirer une façon différente de concevoir l’offre de soins au niveau des territoires et la mise en relation de l’hôpital et de la médecine à l’échelle de la ville. Cela ne se fait pas tout seul, c’est aussi un vrai projet politique. On voit bien qu’il y a un engagement des professionnels de santé qui travaillent dans ces centres et aussi des personnels administratifs parce qu’en terme de gestion, ce n’est pas n’importe quelle gestion, ce n’est pas la même chose. C’est la mise en œuvre d’un projet politique de santé à l’échelle communale avec des médecins et un ensemble de partenaires, travailleurs sociaux, établissements scolaires, avec les autres services de la ville, les centres sociaux qui fonctionnent aussi en fédération. Il y a une porosité entre ces différents services qui accueillent du public, du public qui n’est pas toujours en très bon état, et ce travail en partenariat est fait par des professionnels qui portent ce type de projets, et c’est réjouissant. Il y a un avenir très positif des centres municipaux de santé qui permet de voir les choses un peu différemment sur la santé de manière plus large.

G.L. : Pour parler de la permanence des soins, ce sont des idées modernes qui sont portées par les centres de santé. C’est l’exemple du centre de Gennevilliers qui est la maison médicale de garde du nord 92. Je me tiens à disposition de qui veut monter une maison médicale de garde parce que cela décharge les urgences et ça rend de vrais services. Et les médecins libéraux prennent des gardes chez nous. On arrive à instaurer ce genre de dynamique. C’est moderne et cela l’est d’autant plus qu’il n’y a plus le choix. Aujourd’hui quand on parle avec de jeunes médecins, le salariat est la seule chose à laquelle ils aspirent, avec souvent des emplois mixtes avec un pied à l’hôpital et un pied en ville, ce qu’on ne peut pas faire quand on a une activité libérale. On correspond donc réellement aux aspirations des médecins et en plus, on règle des problèmes sociaux. Ce serait trop bête de passer à côté de l’idée !

F.P.: L’exercice en centre de santé, c’est une médecine de qualité, ce n’est plus le temps du dispensaire. Les centres de santé sont aussi des lieux d’accueil pour de nombreux étudiants, de internes, des externes, des étudiants en soins infirmiers, des étudiants aides-soignants. Cela amène un vrai dynamisme de nos équipes de santé. C’est important d’avoir cette image-là en tête.

À suivre…

Le centre municipal de santé, une idée moderne (2)

À l’heure où nos villes connaissent une certaine pénurie de médecins, et donc une difficulté d’accès aux soins pour de nombreuses personnes, revient en force l’idée des centres municipaux de santé. Il existe dans notre département plusieurs centres de santé. Lors de la dernière fête de l’Humanité, nous avons réuni pour un débat des professionnels de santé et des élus, impliqués directement dans ces structures. Voici les échanges qui ont eu lieu à cette occasion.

Débat sur les centres de santé municipaux – Fête de l’humanité 

Espace coopératif 95 – samedi 14 septembre 2019

Intervenants

-Pierre Barros, maire de Fosses, où vient de s’ouvrir récemment un centre de santé

-Florelle Prio, maire-adjointe de Bezons, où une telle structure existe depuis longtemps

-Jean-Pierre Deschamps, prothésiste dentaire dans un centre de santé d’Argenteuil

-Docteur Guirec Loyer, Directeur des Services de Santé et de Prévention, Médecin Directeur des Centres Municipaux de Santé à Gennevilliers

-Alain Feuchot, responsable du PCF 95

Animation du débat : Isabelle Volat

débat fête 2I.V. : Vous venez déjà de répondre tous à ma question suivante qui était celle de la collaboration avec les médecins libéraux et vous avez bien montré qu’un centre de santé n’est pas l’affrontement avec la médecine libérale mais au contraire c’est un projet global. Je voudrais qu’on revienne un peu plus précisément sur les financements des centres de santé. C’est un argument qu’on nous oppose à chaque fois, les communes voyant en ce moment leurs finances drastiquement réduites, n’auraient plus les moyens de construire un centre de santé (mais une piscine, oui !). Quels financements existent ? On a entendu tout à l’heure qu’un centre de santé avec des généralistes pouvait être à l’équilibre. Comment peut-on contrer cet argument selon lequel un centre de santé c’est très bien mais c’est trop cher pour les communes actuellement ?

débat fête 11P.B. : Le centre de santé situé à Fosses a une aire de compétence sur les deux villes, mais nous acceptons des gens de partout. Et heureusement ! C’est un projet tout neuf qui a à peine six mois, donc c’est d’actualité par rapport aux financements de l’ARS notamment. C’est à peu près 350 mètres carrés, en centre-ville, sur une place, une pharmacie en face. La localisation est importante, un centre de santé à l’extérieur de la ville ce serait compliqué. En investissement, cela doit coûter à peu près 1,6 million. Au fur et à mesure on travaillait avec la fédération des centres de santé, que je remercie parce que c’est un super point d’appui qui nous aide, nous explique, nous accompagne. C’est une vraie boîte à outils pour la mise en réseau des expériences, pour aller voir comment ça se passe dans d’autres centres en terme de fonctionnement, la fédération nous a beaucoup aidés. Et puis au fur et à mesure qu’on avançait, on s’est aperçu qu’on n’était pas les seuls à travailler sur ce sujet-là, et on a bien vu que l’ARS a changé le curseur assez fortement et ce qui était une participation pas très importante au début a été en fait une vraie bonne surprise à la fin. Grosso modo, les deux villes ont mis au pot dans le cadre d’un syndicat intercommunal qu’on a en commun, et on a réussi à rentrer un peu plus de la moitié de financements extérieurs. C’est comme tout, c’est du boulot, il faut aller chercher le fric, il faut rentrer dans les cases, il faut aller voir les bonnes personnes, il faut s’entourer, rentrer dans un projet qui résonne de manière un peu plus globale que le sujet communal, et à partir de là, on arrive à récupérer des ronds. Ensuite, l’ARS, ce sont des emprunts et aujourd’hui, les emprunts sont intéressants et donc on a un reste à charge qui est tout à fait acceptable même dans le contexte qu’on connaît au niveau des finances locales. Après, se posent les questions de fonctionnement, et c’est un vrai sujet. En fonction du centre, si on y met des dentistes, des spécialistes, ce n’est pas tout à fait la même facture à la fin. Il y a des sujets qui sont rémunérateurs, d’autres moins et c’est un travail d’essayer de construire l’équipe. Nous, on est sur une opération où il y a trois médecins généralistes, une infirmière, une sage-femme, un médecin pédiatre, il y a encore un peu de place, mais jamais on ne mettra en place des dentistes, parce qu‘en terme d’investissement, c’est trop lourd. On est sur une formule qui tend à l’équilibre en terme de fonctionnement. C’est du travail mais on devrait pouvoir y arriver. Ce qui veut dire que pour les collectivités où aujourd’hui, la complexité, c’est de fonctionner, si on se débrouille bien, on arrive à avoir un fonctionnement assez en équilibre. Il faut la charge d’investissement et tout dépend de la capacité de la ville à pouvoir emprunter, ou à disposer, éventuellement, d’un local et de pouvoir le réaménager. Donc, ce n’est pas une question de fric, c’est certainement une question de volonté. Cela ne se fait pas tout seul, on est poussé par des partenaires, par des gens, et parce qu’on a  la préoccupation globale de ces sujets-là. Ce n’est pas une question de pognon, mais par contre, il faut être sacrément affûté et aller chercher les expériences ailleurs pour ne pas faire d’erreurs.

F.P. : Un point important, c’est la volonté. La volonté politique, pour monter un centre de santé. Effectivement, le reste à charge…  On a un tiers-payant quasiment total, c’est-à-dire non seulement la part Sécu mais on conventionne avec énormément de mutuelles, pour éviter aux usagers des centres de faire la moindre avance de frais, ce qui veut dire que derrière, il y a tout un travail administratif lourd à faire, et ce travail-là n’est pas rémunéré à la hauteur où ça coûte à la collectivité. C’est déjà un point essentiel. C’est un choix politique de porter cet axe-là. Il y a également des aspects essentiels et qui ne sont que peu, ou pas, financés : la prévention, par exemple. Quand on a un axe de prévention santé, qu’on développe notre centre de santé avec une chargée de mission, quand on demande aux médecins sur des demi-journées, de ne pas faire leurs consultations, donc pas de recettes, mais de faire des interventions dans le lycée ou les collèges de la ville, forcément, comme il y a moins de recettes, il y a un reste à charge pour la collectivité. Et on peut développer la même chose pour les infirmières, pour les dentistes, qui participent aux actions de prévention sur la ville. Il y a également le fait qu’on a fait le choix d’avoir des paramédicaux, on l’a évoqué, grosso modo, la médecine générale s’équilibre, mais pour les paramédicaux, c’est beaucoup moins le cas. Les actes infirmiers rapportent tellement peu dans la cotation qu’une infirmière qui va prendre le temps d’accompagner son patient, d’expliquer, de voir le contexte social, forcément ce n’est pas rémunéré par les actes à la hauteur du temps passé. Il y a forcément un reste à charge pour la collectivité. Quand on fait le choix d’avoir un kiné à domicile, ça a aussi un coût pour la collectivité parce que pareillement, les actes ne sont pas reconnus à la hauteur du temps passé. Ce sont des choix qu’on fait sur notre ville. Des choix politiques. Est-ce qu’un service public de santé doit forcément être à l’équilibre ? La question est là. La collectivité porte aussi d’autres secteurs qui ne sont pas à l’équilibre et coûtent à la collectivité mais c’est le sens même du service public. Tout dépend donc de ce qu’on met dans la coquille du centre de santé. Pour ce qui est de Bezons, on défend que le centre a aussi un axe de prévention important, qu’il y a aussi des soins à domicile. Tout cela, forcément il y a un coût derrière. Depuis le dernier accord national, il y a eu des efforts de faits au niveau des financements et on a des soutiens de l’ARS, des rémunérations, des aides au fonctionnement qu’on n’avait pas il y a quatre ou cinq ans. Cela a quand même aidé à améliorer les choses. Il y a encore un long chemin à parcourir, il y a aussi à former les professionnels sur la cotation des actes, c’est un grand champ de travail. Car selon comment l’acte est coté, en faisant la même chose cela ne rapporte pas du tout la même somme à la ville. On en vient à parler de l’ONDAM (objectif national des dépenses de l‘assurance-maladie). C’est une enveloppe fermée, en discussion chaque année début octobre. Si on ne veut pas mettre des sommes du budget de l’État à la hauteur des besoins de santé de la population… Si chacun cote mieux, à la fin de l’année, il y a des baisses de tarifs, pas de miracle là-dessus. La santé, ne l’oublions pas, c’est aussi une bataille sur les questions de fond, des choix de société.débat fête 10.jpg

G.L. : Sans basculer dans un optimisme béat, j’ai été appelé par l’ANAP, agence nationale d’appui à la performance, ces gens-là s’intéressent aux centres de santé de près et sont mandatés par le ministère de la santé et par l’ARS Île-de-France. Autrefois, il fallait forcer leurs portes, aujourd’hui on nous invite, voire même pour participer à une enquête de l’ANAP. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en train d’essayer de voir quel est le modèle idéal d’un centre de santé et quelles sont les missions qu’il s’agirait de financer. Effectivement, le financement de la prévention est une vraie question. J’ai la chance d’avoir un adjoint qui est spécialiste de la chasse aux subventions, et on arrive à peu près à équilibrer le  service prévention, ce qui pour moi est une grande première, jamais arrivé. On a un président de la République et une ministre de la santé qui nous disent «c’est génial ce que vous faites au niveau des collectivités locales pour la santé et on pense de plus en plus vous déléguer ce gente de tâches» et en même temps le camarade Macron nous colle la contractualisation, ce qui veut dire qu’il gèle le budget de fonctionnement des villes, sinon on paye une amende ! Il faut qu’on m’explique la cohérence. Il n’empêche que le ministère de la santé aujourd’hui et l’ARS IDF veulent dégager un modèle économique viable pour les centres de santé. Il faut le faire savoir, c’est plutôt une bonne nouvelle.

I.V. : Vous venez d’insister sur tout ce qui concerne la prévention. C’est un domaine dans lequel la médecine libérale n’intervient pas, on voit donc bien le plus que peut apporter un centre de santé dans ce domaine. Si l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance comme disait quelqu’un. Peut-on dire la prévention, cela coûte cher, essayez la maladie ?

À suivre…

Le centre municipal de santé, une idée moderne (1)

À l’heure où nos villes connaissent une certaine pénurie de médecins, et donc une difficulté d’accès aux soins pour de nombreuses personnes, revient en force l’idée des centres municipaux de santé. Il existe dans notre département plusieurs centres de santé. Lors de la dernière fête de l’Humanité, nous avons réuni pour un débat des professionnels de santé et des élus, impliqués directement dans ces structures. Voici les échanges qui ont eu lieu à cette occasion.

débat fête 1

Débat sur les centres de santé municipaux – Fête de l’humanité 

Espace coopératif 95 – samedi 14 septembre 2019

Intervenants

-Pierre Barros, maire de Fosses, où vient de s’ouvrir récemment un centre de santé

-Florelle Prio, maire-adjointe de Bezons, où une telle structure existe depuis longtemps

-Jean-Pierre Deschamps, prothésiste dentaire dans un centre de santé d’Argenteuil

-Docteur Guirec Loyer, Directeur des Services de Santé et de Prévention, Médecin Directeur des Centres Municipaux de Santé à Gennevilliers

-Alain Feuchot, responsable du PCF 95

Animation du débat : Isabelle Volat

Pourquoi ce débat ? Trois raisons

Tout d’abord, parce que dans nos villes, nous connaissons des déserts médicaux, car la pénurie généralisée de médecins se fait sentir sur tout le territoire, et pas seulement dans les campagnes. La population est confrontée à des difficultés toujours plus importantes pour consulter généralistes et spécialistes. L’accès aux soins devient une préoccupation majeure pour de nombreuses personnes. Face à cela, les citoyens ont tendance à se tourner vers leur maire, même si celui-ci n’a ni prérogatives, ni ressources spécifiques pour répondre à ces besoins. Mais grâce au principe de compétence générale, les collectivités peuvent intervenir. Pour toutes ces raisons, la santé sera sans nul doute un élément important des prochaines élections municipales de mars 2020.

Deuxième raison : les centres de santé sont une solution originale et efficace, avec des médecins salariés, qui pratiquent le tiers-payant, sans dépassements d’honoraires, qui travaillent en collaboration. Les centres de santé sont des structures publiques, contrairement aux maisons médicales privées. Donc les centres de santé peuvent apporter une réponse plus cohérente et plus originale aux problèmes de santé.

Troisième raison : dans notre département existent des expériences originales mais même nous, nous les connaissons assez mal. Il y a des villes, à direction communiste ou apparentée, qui ont implanté de longue date comme Bezons, un centre de santé. D’autres l’ont fait plus récemment, d’autres sont en train de finaliser leur projet comme à Cergy.  Pourtant, même parmi notre réseau proche, ces réalisations restent mal connues. Il nous a semblé indispensable de faire connaître et de partager ces expériences  diverses.  Et pourquoi pas, à l’approche des municipales 2020, de susciter de nouveaux projets ?

I.V. : Pouvez-vous chacun, présenter dans ses grandes lignes, votre centre de santé particulier ?

Florelle Prio : Le centre de santé de Bezons est bientôt centenaire ! Les centres de santé, c’est un marqueur important des villes de gauche, une tradition dans les villes communistes. À présent, on voit que de tout horizon, on s’intéresse aux centres de santé. À Bezons, il y avait au départ un dispensaire et  même avant, un centre d’hygiène. Ce sont les lois sociales de 1928 qui ont permis le dispensaire qui plus tard a évolué vers un centre de santé. C’est un centre polyvalent : médecine générale, qui est le cœur de l’offre de soins, et des spécialités par le biais de vacations, un pôle dentaire et un pôle paramédical avec infirmières, kinés, kinés à domicile, donc une offre assez large et variée. Si on voit que les centres de santé sont aujourd’hui incontournables dans le paysage de l’offre de soins, et que c’est souvent un des rares accès aux soins pour la population, c’est aussi hérité de la politique nationale et des différentes politiques de santé qui se sont succédé depuis des décennies. Le blocage du numérus clausus et les modes d’exercice font que les jeunes médecins maintenant n’ont pas forcément envie de s’installer en cabinet libéral. Ils s’adressent plus facilement vers une offre et une pratique pluri-professionnelle, sur des regroupements de professionnels. Dans un centre de santé, ils peuvent vraiment se consacrer à leur pratique professionnelle puisque déchargés de tout ce qui est tâches administratives. C’est particulièrement important et ils ont un cadre de travail qui est règlementé, qui leur permet d’avoir à côté une vie personnelle, sociale, culturelle… ce que tout le monde est en droit d’attendre : on est bien loin du sacerdoce de la médecine d’il y a quarante ou cinquante ans. L’image doit évoluer. Tout cela fait que nos centres de santé sont attractifs. Avoir un centre de santé, c’est aussi permettre à tous les gens bénéficiaires de CMU, retour aux droits, d’avoir une offre de soins et d’être accueillis dans des consultations, ce qui est souvent difficile dans les cabinets en médecine libérale. On le constate très souvent.

Pierre Barros : La réalisation d’un parcours de santé c’est presque un parcours du combattant, au moins une démarche partenariale. Cela démarre souvent par quelque chose d’assez douloureux : des médecins de 60 ou 70 ans viennent voir le maire en disant qu’ils partent en retraite et demandent à la ville de racheter leur cabinet médical. Cela démarre donc par une offre de santé portée par des professionnels libéraux qui n’ont pas forcément assuré le renouvellement. C’est déjà un problème qu’on vienne voir les élus quand le système ne marche plus ! Il y a un dysfonctionnement du côté du privé : c’est le public local qui récupère le problème. Face à ça, à Fosses, avec les élus de Marly la Ville, on a décidé d’agir et de racheter le cabinet médical pour conserver une offre de soins car en quelques années, on passait de dix médecins à deux, et à la fin à plus personne car le report de patientèle sur deux médecins est tel que cela n’est pas tenable. La première étape a été de racheter le cabinet médical via l’intercommunalité et on a réuni ensemble les professionnels de santé, médecins, spécialistes, infirmières, en posant le problème, en invitant l’ARS, les syndicats de professionnels, le Conseil de l’ordre, pour faire un état des lieux et de la situation, du paysage médical, de l’offre de soins sur le territoire. On s’est aperçu qu’il fallait travailler avec tout le monde. La décision du centre municipal de santé est venue au fur et à mesure, toujours avec Marly-la-Ville puisqu’il existe une proximité importante. Le centre de santé était le chaînon manquant du parcours de santé sur le territoire, complémentaire à l’exercice libéral de la médecine. En travaillant comme cela, on a réussi à embarquer avec  nous un ensemble de médecins qui continuent aujourd’hui à exercer sur la ville de Fosses. C’était important parce qu’on avait aussi besoin d’eux pour éviter de se retrouver dans un fonctionnement en concurrence et de permettre aux médecins libéraux qui étaient prêts à partir de rester et de construire leur propre projet. On a donc construit une solution municipale intercommunale d’un service public de santé. L’impulsion portée par un travail à l’échelle publique tire aussi des initiatives privées et cela permet de répondre ensemble par une solution globale d’offre de santé sur le territoire. C’est une belle expérience même si c’est compliqué avec les intérêts des médecins, des médecins parfois en burn-out. C’est parfois douloureux de gérer cela. Maintenant cela se passe bien avec les médecins généralistes, moins avec les spécialistes parce que le centre de santé « déstabilise un peu  le marché ». Bref, une belle expérience de « co-construction » entre public et privé  pour un objet de santé publique.

Guirec Loyer : Je ne suis plus dans le 95 en tant que praticien depuis deux ans. Je suis directeur de la santé de la ville de Gennevilliers. J’ai la chance d’être dans une ville qui a eu les moyens de tout temps de porter un programme de santé très ambitieux. Depuis le Front populaire, il y a un énorme centre de santé et aujourd’hui on doit avoir la plus grosse structure municipale d’Île-de-France. Quelque chose de très important pour aller dans le sens de Florelle Prio et Pierre Barros, s’il y a un déficit de l’offre libérale, historiquement quand on discute avec l’ordre ou l’union régionale des praticiens de santé, qui sont des instances libérales, ils sont représentés par de vieux médecins qui sont complètement hors-sol et qui n’ont plus rien compris à ce qu’est la médecine actuelle, à savoir que les jeunes veulent bosser ensemble et être salariés. Cela explique le non-remplacement des médecins libéraux. Les quelques-uns qui veulent encore travailler sur le secteur, voire monter une maison de santé, ce n’est pas possible s’ils sentent que la charge de travail va être trop énorme. Gennevilliers a une spécificité, c’est qu’on a signé une convention avec l’assistance publique des hôpitaux de Paris et qu’on est la seule offre de spécialités en secteur 1 sur tout le territoire. Ce qui fait qu’on est une ressource pour les médecins libéraux avec lesquels on a signé une charte d’exercice de la médecine sur Gennevilliers, ce qui fait que même les libéraux à Gennevilliers pratiquent le tiers-payant, sont au tarif opposable de la Sécu et le centre de santé est le lieu où les médecins libéraux ont leur recours pour tous les avis spécialisés. On travaille en bonne intelligence. Aujourd’hui on se fait un peu tordre le bras par l’agence régionale de santé qui veut qu’on monte «des communautés professionnelles territoriales de santé».  Ça veut dire que pour mieux organiser les parcours de soins des patients, coordonner la ville, l’hôpital, le médico-social… on va être obligés de bosser avec les médecins libéraux, et cela va être partout le cas. Dans des villes comme la nôtre où ça se passe bien, ça va être assez simple, visiblement sur Fosses, ça ne devrait pas poser trop de difficultés mais j’ai connu des villes, dans de précédents postes, quand j’avais été reçu par le représentant local de l’ordre, il m’avait expliqué que je n’étais pas le bienvenu, parce qu’on était des concurrents à la médecine libérale.  À Bezons, la médecine libérale a perdu 70% de ses effectifs durant les six ans où j’étais sur place, et la seule offre qui soit organisée sur Bezons est le centre de santé. Il faut vraiment qu’on travaille sur ces structures-là. Par ailleurs, j’ai été secrétaire général-adjoint de la fédération nationale des centres de santé et j’étais chargé d’accompagner les porteurs de projets. Dans toutes les villes où il y a eu des tentatives de maisons de santé, où la ville a racheté les murs des libéraux pour essayer de sauver la mise, les équipes sont parties en retraite quand même, personne n’est venu parce qu’une maison de santé, ça ne se décrète pas, c’est une « démarche entrepreneuriale », ce sont des gars qui décident de bosser ensemble et le pouvoir politique local n’aura jamais aucun pouvoir pour déclencher des politiques de santé publique chez des médecins libéraux. Le centre de santé est la solution. Dans toutes ces villes où je suis allé, de la Sarthe à la Haute Normandie, cela s’est toujours terminé par un projet de centre de santé ensuite, mais en ayant perdu cinq ou six ans. Quant à l’équilibre économique des centres de santé, on est porteurs de structures très anciennes comme à Bezons ou Gennevilliers, où il y a eu des choix politiques forts, qui étaient de mettre des spécialités en sachant très bien qu’on allait perdre de l’argent. Une infirmière en centre de santé ne rapporte pas. Un kiné non plus, surtout quand il fait du domicile. Donc effectivement, c’est un vrai choix politique que de porter un centre de santé. Mais comme on porte une piscine ! Mais aujourd’hui on sait construire des centres de santé avec de la médecine générale qui seraient à l’équilibre économique. Il faut promouvoir ce genre de structures, il faut en faire parler, parce qu’elles sont encore beaucoup trop méconnues.

Jean-Pierre Deschamps : Je rejoins ce qui s’est dit. Les centres de santé sont le fruit d’un choix politique. En Île-de-France, j’étais secrétaire du syndicat des personnels dentaires, prothésistes et assistantes. Dans le Val de Marne, la Seine-Saint-Denis, les Hauts de Seine et le Val d’Oise, là où il y a des élus communistes et de gauche, se créent et se maintiennent les centres de santé. Je suis à présent retraité mais je travaillais il y a dix ans au centre de santé d’Argenteuil. Dans les années 70 quand j’ai démarré au labo de prothèse, on était 17 et aujourd’hui c’est divisé par cinq. C’est vraiment un choix politique parce qu’à Argenteuil est venu à un moment donné un certain Manuel Valls, qui était élu à la santé. Il y a deux centres de santé à Argenteuil, en centre-ville et une annexe au Val nord. Et quand il passait dans le centre, il disait qu’on était beaucoup trop nombreux, qu’il fallait faire des coupes, des réductions de budgets mais n’a jamais été capable de nous dire quels services il voulait supprimer. On savait que c’était les kinés et le labo de prothèse. Donc c’est un combat et une volonté politique.

Alain Feuchot : Je vais citer un exemple qui est un peu différent de tout ce qui vient d’être exprimé par les élus et professionnels de santé. C’est celui de Franconville. Lorsque la municipalité a été gagnée par une liste de rassemblement d’union autour d’Annie Brunet, communiste, a été mis en place un projet et réalisé un centre de santé. Malheureusement, la municipalité a été battue à la fin du premier mandat et celui qui est devenu maire, très longtemps, député, sénateur, monsieur Delattre, a tout fait pour essayer de se débarrasser de ce centre de santé, il l’a dévitalisé. Les habitants de Montigny-lès Cormeilles, qui jouxte Franconville, et qui fréquentaient le centre de santé, et bien il a décidé que le centre de santé était municipal et que donc les non-résidents à Franconville n’y avaient plus accès, ce qui est totalement illégal. Et puis s’est créée au début des années 2000 une communauté de communes, puis une communauté d’agglomération. Monsieur Delattre a voulu se débarrasser de la gestion du centre de santé, et en proposant à l’ensemble des collègues de l’interco d’avoir une compétence supplémentaire pour gérer le seul centre de santé qu’il y avait sur l’interco. Donc ce centre est dévitalisé, avec une toute petite voilure et il perd complètement de sa vitalité et de son essence. Et donc on peut aussi, par choix politique, tuer un outil de proximité. C’est un contre-exemple, un autre choix politique. C’est un projet qui doit s’inscrire dans une démarche pour la justice et le droit à la santé pour tous. C’est un petit clin d’œil à nos collègues de Cergy, qui portaient, dans la campagne des municipales de 2014, ce projet phare de la liste qu’ils conduisaient au premier tour, liste de rassemblement, avec celui qui est devenu le maire : ce projet va voir le jour, concrètement, en 2020, un projet municipal. Peut-être n’a-t-on pas été assez audacieux pour en faire un projet de l’agglo ? Et donc à Cergy, avec le maire socialiste, avec son adjointe communiste, va se réaliser un centre de santé municipal. On peut aussi, même quand on n’est pas à la direction directe des affaires, mais dans une majorité, porter des projets de ce type.

À suivre…