Après Marseille, la Corse

Présidentielle 2022 : Fabien Roussel en Corse pour présenter ses « réformes heureuses »

Candidat à l’élection présidentielle sous la bannière du Parti Communiste Français, Fabien Roussel est en campagne dans l’île pendant deux jours. Mercredi soir, à Ajaccio, il déroulera son programme lors d’un meeting au Palais des Congrès.

Article de A. Stromboni

Après Marseille, la Corse.

Mercredi et jeudi, Fabien Roussel sera en campagne dans l’île pendant deux jours. Député de la vingtième circonscription du Nord et secrétaire national du PCF, le candidat – dont certaines positions tranchent avec le reste de la gauche – est crédité de 3,5% des intentions de vote selon un dernier sondage Ifop-Fiducial.

Ce mercredi à 18h30, il tiendra un meeting au Palais des congrès d’Ajaccio. L’occasion de présenter son programme « contre l’austérité » et de mesurer sa cote de popularité dans une région où la gauche n’a plus aucun représentant sur les bancs de l’Assemblée de Corse.

Depuis 2007, le Parti Communiste Français n’avait plus présenté de candidat à l’élection présidentielle. Faut-il y voir une réaffirmation du PCF sur la scène politique nationale ou une gauche qui peine toujours à s’unir ?  

Fabien Roussel : Il faut surtout y voir l’envie de faire vivre des réformes heureuses pour la France et tous nos concitoyens, où qu’ils habitent, quels qu’ils soient et quelles que soient leurs origines. Que ce soit dans l’Hexagone ou en Corse, ces réformes heureuses doivent répondre aux problèmes de la vie chère, du pouvoir d’achat, de l’accès à un emploi, à une vie digne pour les retraités comme pour les salariés. On n’a jamais eu autant besoin de ces réformes heureuses. C’est pour ça que je propose ce programme nommé « La France des jours heureux », à l’image de celui construit au lendemain de la guerre lorsque la France était en ruine et que nous avons su rebâtir.

Dimanche soir, en meeting à Marseille, vous avez utilisé la formule « roussellement de l’argent” en opposition au ruissellement. Que signifie-t-elle ?  

Fabien Roussel : C’est tout l’inverse du ruissellement à la Macron qui est de donner beaucoup d’argent aux riches pour que ça ruisselle sur les Français. Ça n’a pas marché. Je propose l’inverse : redonner de l’argent aux Français pour qu’ils irriguent l’économie réelle. Quand vous augmentez les salaires, les pensions et quand les Français ont 200 à 300 euros de plus dans leur porte-monnaie, ils le dépensent en France. Ils font vivre le pays, ils ne vont pas “planquer” cet argent dans les paradis fiscaux. Le “roussellement”, c’est donc soutenir ceux qui ont travaillé toute leur vie et leur rendre le fruit de leur travail pour qu’ils puissent remettre l’économie du pays sur pied. C’est repartir de la base.

Parmi vos propositions figurent notamment le Smic à 1500 euros nets, un revenu étudiant à 850 €, la semaine de 32 heures, la retraite à 60 ans. Vous avez également annoncé l’embauche et la formation de 90.000 enseignants. Une manière de rappeler que le monde du travail reste votre priorité et celle du parti que vous représentez ?

Fabien Roussel : Travailler tous, travailler mieux, c’est un objectif que nous devons partager. Et j’entends beaucoup de jeunes qui souhaitent non seulement travailler mais aussi profiter du progrès et être utiles pour leur pays et la société. Ils veulent pouvoir s’engager, changer de métier, se former. Il faut répondre à cette volonté qu’ils expriment. Je souhaite donc investir dans l’école et dans la formation. Avec la retraite à 60 ans, on peut faire en sorte que 1,2 million de salariés qui ont 60 ans puissent partir, s’ils le souhaitent, avec une bonne pension. En même temps, cela permettrait à 1,2 million de jeunes de pouvoir accéder à ces métiers avec une formation pour rentrer dans la vie active. C’est le plus beau projet que nous pouvons défendre.  

Est-ce réalisable ?  

Fabien Roussel : C’est d’abord dans l’intérêt de notre pays de garantir à chacun de nos enfants de pouvoir rentrer dans la vie active, d’avoir un salaire et de pouvoir servir son pays. Et quel beau projet de pouvoir permettre à nos aînés de pouvoir partir en retraite à 60 ans. C’était un projet porté par la gauche en 1981, et c’est un projet qu’elle doit pouvoir mettre en œuvre. C’est ce que nous voulons faire, c’est ça le sens du progrès. L’argent existe, il coule à flots pour certains. Il faut le mettre au service du progrès, de l’émancipation humaine et arrêter qu’il soit concentré dans les mains de quelques-uns. 

À gauche, vous n’êtes pas le seul à défendre certaines de ces idées-là. Jean-Luc Mélenchon, avec qui vous avez fait campagne lors des deux dernières présidentielles, s’est aussi prononcé en faveur de la retraite à 60 ans. Qu’est-ce qui vous différencie ? 

Fabien Roussel : À gauche, tout comme à droite, nous avons des différences et des sensibilités différentes. L’élection présidentielle, c’est choisir celui dont on se sent le plus proche. À gauche, j’ai fait le choix de marquer ma différence et de m’adresser au peuple en optant pour le travail et la fiche de paie, et en élaborant des propositions contre la vie chère qui est un gros problème pour les Français aujourd’hui. Je préconise aussi d’investir dans des énergies renouvelables et nucléaires pour répondre aux besoins de la France et de sa réindustrialisation, mais aussi pour réussir à baisser les factures des Français.

Sur ce sujet-là, vos propos tranchent avec le reste de la gauche. Vous souhaitez réduire l’empreinte carbone et la cherté de l’énergie en vous appuyant sur le nucléaire ?  

Fabien Roussel : Nous avons besoin d’investir dans les deux sources d’énergie électrique. Il y a les énergies renouvelables comme l’éolien, le solaire et l’hydraulique. Mais l’autre source d’énergie décarbonée, stable, pilotable, c’est l’énergie nucléaire. Elle est importante en France mais il va falloir l’augmenter car, à terme, nous devrons nous passer des énergies fossiles. Notre objectif est une France décarbonée en 2050. Pour y arriver, il n’y a pas à tortiller : il faudra investir dans ces deux sources d’énergie : renouvelable et nucléaire.  

Cette position vous a-t-elle écarté de la liste des candidats de la récente « Primaire populaire » ?  

Fabien Roussel : Oui, et je regrette qu’à gauche je sois le seul à porter cette question-là. Mais j’assume. Il faut écouter ceux que disent tous les experts, notamment ceux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr). On ne peut pas les citer tous les jours en disant “attention la planète brûle” et d’un côté ne pas les écouter quand eux-mêmes disent qu’il faut investir dans la production d’énergie nucléaire. Je fais ce choix-là non pas par dogmatisme mais par réalisme, car notre objectif est de sortir des énergies fossiles, de pouvoir nous passer à terme du charbon et du pétrole. C’est pour ça que nous avons besoin d’investir dans cette énergie. C’est en plus une filière importante de métiers pour l’avenir.   

À l’image du continent, la gauche insulaire est à la peine et n’est plus représentée à l’Assemblée de Corse depuis les Territoriales de juin dernier. Lors de ce scrutin, la liste du Parti Communiste avait obtenu 3,18% des voix. Le 10 avril prochain, au soir du premier tour de la présidentielle, la tendance peut-elle être différente dans l’île ?  

Fabien Roussel : C’est l’avenir qui le dira. Mais vous ne pouvez pas imaginer l’ambition que j’ai de pouvoir justement travailler avec les militants, les élus et toutes celles et ceux qui souhaitent apporter leur soutien aujourd’hui. Ce soutien va d’ailleurs bien au-delà des rangs du PCF. Tous ensemble, nous sommes très mobilisés et nous sommes encore une force importante dans le pays comme en Corse. J’ai beaucoup d’espoir et de conviction.

Lors de leur récent passage en Corse, les candidats Yannick Jadot et Valérie Pécresse ont rencontré le président du Conseil exécutif. Allez-vous en faire de même ? 

Fabien Roussel : J’ai demandé à rencontrer Gilles Simeoni. J’attends son retour, ça devrait se faire (entretien réalisé lundi après-midi, ndlr). À chaque fois que je me déplace, je rencontre les responsables et les élus des grandes collectivités pour échanger avec eux. Demain, si je suis président de la République, je dois pouvoir échanger et travailler avec eux dans la confiance. C’est pour ça que je me présente aussi à eux et que je me mets à leur écoute.  

L’une des questions qui cristallisent les tensions entre la majorité territoriale nationaliste et l’État concerne le rapprochement des détenus du « commando Erignac » dans l’île. À l’Assemblée nationale, le groupe “Gauche démocrate et républicaine” dont vous faites partie s’est prononcé en faveur de ce rapprochement. Que ferez-vous si vous accédez au pouvoir ? 

Fabien Roussel : Si je suis président de la République, je prends l’engagement de créer des conditions le plus rapidement possible pour que les prisonniers exécutent leur peine de prison en Corse afin qu’ils puissent voir leur famille. 

Chômage, précarité, cherté de la vie. Selon l’Insee, la Corse est la région la plus pauvre de France. 18,5% de sa population vit sous le seuil de pauvreté avec moins de 1 080 euros nets par mois. Sur ce sujet-là, cher au Parti Communiste, pourriez-vous tirer votre épingle du jeu dans l’île ?  

Fabien Roussel : C’est en tout cas une terre où la vraie surprise sera celle-là. Imaginez que demain matin dans les sondages ou le soir du 10 avril, il y ait un score important sur la candidature que je porte. Ça serait une surprise. Et peut-être que certains avaleront leur croissant de travers parce que ça surprendra beaucoup de monde, y compris parmi les grands patrons des multinationales. C’est cette surprise-là que je souhaite créer pour que le monde du travail soit enfin respecté dans notre pays et en Corse.

Le programme de la visite en Corse de Fabien Roussel : 

Mercredi 9 février (Ajaccio)

  • 11h00 : invité de la Radio Frequenza Nostra et rencontre avec les habitants des Salines
  • 14h30 : rencontre avec les électriciens gaziers
  • 15h30 : rencontre avec les personnels de santé
  • 16h30 : rencontre avec les postiers
  • 18h00 : dépôt d’une gerbe au monument de la Résistance 
  • 18h30 : meeting au Palais des congrès

Jeudi 10 février (Bastia)

  • 13h30 : rencontre sur le port de Bastia avec les dockers, les marins, les portuaires …
  • 14h30 : rencontre avec les postiers et les personnels de l’Éducation Nationale

 

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