1er mai 2022

« Fidèles au poste ! » avons-nous souvent entendu hier 1er mai aux abords de nos étals d’un jour !

Fleuristes occasionnel.le.s, mais surtout engagé.e.s pour assurer à notre organisation les moyens de son activité. Pour plus des deux tiers, les ressources financières du PCF sont constituées des cotisations des adhérent.e.s, de la contribution de ses élu.e.s et des dons des personnes physiques.

La vente du muguet est donc une initiative financière importante pour nous, mais c’est aussi l’occasion de rencontres et d’échanges avec les Gratiennois.e.s. Ce 1er mai 2022, les discussions étaient centrées sur le rassemblement à gauche, que tou.tes espèrent voir prendre forme, dans le respect des particularités de chaque formation. Un levier essentiel pour construire une riposte aux politiques libérales, et pourquoi pas… bâtir une majorité à l’Assemblée ! Demain étant l’anniversaire du Front populaire… tous les espoirs sont permis de voir cet accord aboutir entre la France Insoumise, EELV (c’est fait depuis dimanche), le PCF et le PS.

En attendant, le débat n’a pas empêché toutes nos clochettes de trouver preneur avant midi. Malgré l’inflation galopante sur le prix du muguet, nous avons écoulé davantage que l’an dernier.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont participé à organiser cette matinée !

Merci à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu.e.s et encouragé.e.s par leurs achats !

Après Marseille, la Corse

Présidentielle 2022 : Fabien Roussel en Corse pour présenter ses « réformes heureuses »

Candidat à l’élection présidentielle sous la bannière du Parti Communiste Français, Fabien Roussel est en campagne dans l’île pendant deux jours. Mercredi soir, à Ajaccio, il déroulera son programme lors d’un meeting au Palais des Congrès.

Article de A. Stromboni

Après Marseille, la Corse.

Mercredi et jeudi, Fabien Roussel sera en campagne dans l’île pendant deux jours. Député de la vingtième circonscription du Nord et secrétaire national du PCF, le candidat – dont certaines positions tranchent avec le reste de la gauche – est crédité de 3,5% des intentions de vote selon un dernier sondage Ifop-Fiducial.

Ce mercredi à 18h30, il tiendra un meeting au Palais des congrès d’Ajaccio. L’occasion de présenter son programme « contre l’austérité » et de mesurer sa cote de popularité dans une région où la gauche n’a plus aucun représentant sur les bancs de l’Assemblée de Corse.

Depuis 2007, le Parti Communiste Français n’avait plus présenté de candidat à l’élection présidentielle. Faut-il y voir une réaffirmation du PCF sur la scène politique nationale ou une gauche qui peine toujours à s’unir ?  

Fabien Roussel : Il faut surtout y voir l’envie de faire vivre des réformes heureuses pour la France et tous nos concitoyens, où qu’ils habitent, quels qu’ils soient et quelles que soient leurs origines. Que ce soit dans l’Hexagone ou en Corse, ces réformes heureuses doivent répondre aux problèmes de la vie chère, du pouvoir d’achat, de l’accès à un emploi, à une vie digne pour les retraités comme pour les salariés. On n’a jamais eu autant besoin de ces réformes heureuses. C’est pour ça que je propose ce programme nommé « La France des jours heureux », à l’image de celui construit au lendemain de la guerre lorsque la France était en ruine et que nous avons su rebâtir.

Dimanche soir, en meeting à Marseille, vous avez utilisé la formule « roussellement de l’argent” en opposition au ruissellement. Que signifie-t-elle ?  

Fabien Roussel : C’est tout l’inverse du ruissellement à la Macron qui est de donner beaucoup d’argent aux riches pour que ça ruisselle sur les Français. Ça n’a pas marché. Je propose l’inverse : redonner de l’argent aux Français pour qu’ils irriguent l’économie réelle. Quand vous augmentez les salaires, les pensions et quand les Français ont 200 à 300 euros de plus dans leur porte-monnaie, ils le dépensent en France. Ils font vivre le pays, ils ne vont pas “planquer” cet argent dans les paradis fiscaux. Le “roussellement”, c’est donc soutenir ceux qui ont travaillé toute leur vie et leur rendre le fruit de leur travail pour qu’ils puissent remettre l’économie du pays sur pied. C’est repartir de la base.

Parmi vos propositions figurent notamment le Smic à 1500 euros nets, un revenu étudiant à 850 €, la semaine de 32 heures, la retraite à 60 ans. Vous avez également annoncé l’embauche et la formation de 90.000 enseignants. Une manière de rappeler que le monde du travail reste votre priorité et celle du parti que vous représentez ?

Fabien Roussel : Travailler tous, travailler mieux, c’est un objectif que nous devons partager. Et j’entends beaucoup de jeunes qui souhaitent non seulement travailler mais aussi profiter du progrès et être utiles pour leur pays et la société. Ils veulent pouvoir s’engager, changer de métier, se former. Il faut répondre à cette volonté qu’ils expriment. Je souhaite donc investir dans l’école et dans la formation. Avec la retraite à 60 ans, on peut faire en sorte que 1,2 million de salariés qui ont 60 ans puissent partir, s’ils le souhaitent, avec une bonne pension. En même temps, cela permettrait à 1,2 million de jeunes de pouvoir accéder à ces métiers avec une formation pour rentrer dans la vie active. C’est le plus beau projet que nous pouvons défendre.  

Est-ce réalisable ?  

Fabien Roussel : C’est d’abord dans l’intérêt de notre pays de garantir à chacun de nos enfants de pouvoir rentrer dans la vie active, d’avoir un salaire et de pouvoir servir son pays. Et quel beau projet de pouvoir permettre à nos aînés de pouvoir partir en retraite à 60 ans. C’était un projet porté par la gauche en 1981, et c’est un projet qu’elle doit pouvoir mettre en œuvre. C’est ce que nous voulons faire, c’est ça le sens du progrès. L’argent existe, il coule à flots pour certains. Il faut le mettre au service du progrès, de l’émancipation humaine et arrêter qu’il soit concentré dans les mains de quelques-uns. 

À gauche, vous n’êtes pas le seul à défendre certaines de ces idées-là. Jean-Luc Mélenchon, avec qui vous avez fait campagne lors des deux dernières présidentielles, s’est aussi prononcé en faveur de la retraite à 60 ans. Qu’est-ce qui vous différencie ? 

Fabien Roussel : À gauche, tout comme à droite, nous avons des différences et des sensibilités différentes. L’élection présidentielle, c’est choisir celui dont on se sent le plus proche. À gauche, j’ai fait le choix de marquer ma différence et de m’adresser au peuple en optant pour le travail et la fiche de paie, et en élaborant des propositions contre la vie chère qui est un gros problème pour les Français aujourd’hui. Je préconise aussi d’investir dans des énergies renouvelables et nucléaires pour répondre aux besoins de la France et de sa réindustrialisation, mais aussi pour réussir à baisser les factures des Français.

Sur ce sujet-là, vos propos tranchent avec le reste de la gauche. Vous souhaitez réduire l’empreinte carbone et la cherté de l’énergie en vous appuyant sur le nucléaire ?  

Fabien Roussel : Nous avons besoin d’investir dans les deux sources d’énergie électrique. Il y a les énergies renouvelables comme l’éolien, le solaire et l’hydraulique. Mais l’autre source d’énergie décarbonée, stable, pilotable, c’est l’énergie nucléaire. Elle est importante en France mais il va falloir l’augmenter car, à terme, nous devrons nous passer des énergies fossiles. Notre objectif est une France décarbonée en 2050. Pour y arriver, il n’y a pas à tortiller : il faudra investir dans ces deux sources d’énergie : renouvelable et nucléaire.  

Cette position vous a-t-elle écarté de la liste des candidats de la récente « Primaire populaire » ?  

Fabien Roussel : Oui, et je regrette qu’à gauche je sois le seul à porter cette question-là. Mais j’assume. Il faut écouter ceux que disent tous les experts, notamment ceux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr). On ne peut pas les citer tous les jours en disant “attention la planète brûle” et d’un côté ne pas les écouter quand eux-mêmes disent qu’il faut investir dans la production d’énergie nucléaire. Je fais ce choix-là non pas par dogmatisme mais par réalisme, car notre objectif est de sortir des énergies fossiles, de pouvoir nous passer à terme du charbon et du pétrole. C’est pour ça que nous avons besoin d’investir dans cette énergie. C’est en plus une filière importante de métiers pour l’avenir.   

À l’image du continent, la gauche insulaire est à la peine et n’est plus représentée à l’Assemblée de Corse depuis les Territoriales de juin dernier. Lors de ce scrutin, la liste du Parti Communiste avait obtenu 3,18% des voix. Le 10 avril prochain, au soir du premier tour de la présidentielle, la tendance peut-elle être différente dans l’île ?  

Fabien Roussel : C’est l’avenir qui le dira. Mais vous ne pouvez pas imaginer l’ambition que j’ai de pouvoir justement travailler avec les militants, les élus et toutes celles et ceux qui souhaitent apporter leur soutien aujourd’hui. Ce soutien va d’ailleurs bien au-delà des rangs du PCF. Tous ensemble, nous sommes très mobilisés et nous sommes encore une force importante dans le pays comme en Corse. J’ai beaucoup d’espoir et de conviction.

Lors de leur récent passage en Corse, les candidats Yannick Jadot et Valérie Pécresse ont rencontré le président du Conseil exécutif. Allez-vous en faire de même ? 

Fabien Roussel : J’ai demandé à rencontrer Gilles Simeoni. J’attends son retour, ça devrait se faire (entretien réalisé lundi après-midi, ndlr). À chaque fois que je me déplace, je rencontre les responsables et les élus des grandes collectivités pour échanger avec eux. Demain, si je suis président de la République, je dois pouvoir échanger et travailler avec eux dans la confiance. C’est pour ça que je me présente aussi à eux et que je me mets à leur écoute.  

L’une des questions qui cristallisent les tensions entre la majorité territoriale nationaliste et l’État concerne le rapprochement des détenus du « commando Erignac » dans l’île. À l’Assemblée nationale, le groupe “Gauche démocrate et républicaine” dont vous faites partie s’est prononcé en faveur de ce rapprochement. Que ferez-vous si vous accédez au pouvoir ? 

Fabien Roussel : Si je suis président de la République, je prends l’engagement de créer des conditions le plus rapidement possible pour que les prisonniers exécutent leur peine de prison en Corse afin qu’ils puissent voir leur famille. 

Chômage, précarité, cherté de la vie. Selon l’Insee, la Corse est la région la plus pauvre de France. 18,5% de sa population vit sous le seuil de pauvreté avec moins de 1 080 euros nets par mois. Sur ce sujet-là, cher au Parti Communiste, pourriez-vous tirer votre épingle du jeu dans l’île ?  

Fabien Roussel : C’est en tout cas une terre où la vraie surprise sera celle-là. Imaginez que demain matin dans les sondages ou le soir du 10 avril, il y ait un score important sur la candidature que je porte. Ça serait une surprise. Et peut-être que certains avaleront leur croissant de travers parce que ça surprendra beaucoup de monde, y compris parmi les grands patrons des multinationales. C’est cette surprise-là que je souhaite créer pour que le monde du travail soit enfin respecté dans notre pays et en Corse.

Le programme de la visite en Corse de Fabien Roussel : 

Mercredi 9 février (Ajaccio)

  • 11h00 : invité de la Radio Frequenza Nostra et rencontre avec les habitants des Salines
  • 14h30 : rencontre avec les électriciens gaziers
  • 15h30 : rencontre avec les personnels de santé
  • 16h30 : rencontre avec les postiers
  • 18h00 : dépôt d’une gerbe au monument de la Résistance 
  • 18h30 : meeting au Palais des congrès

Jeudi 10 février (Bastia)

  • 13h30 : rencontre sur le port de Bastia avec les dockers, les marins, les portuaires …
  • 14h30 : rencontre avec les postiers et les personnels de l’Éducation Nationale

 

Fabien Roussel, le candidat qui détonne à gauche

Portrait de Fabien Roussel, candidat du PCF à l’élection présidentielle,  par Margaux Duguet, journaliste à Franceinfo

« Ils ont des boulets aux pieds, j’y vais léger comme l’air » : Fabien Roussel, le candidat communiste à la présidentielle qui détonne à gauche

Pour la première fois depuis 2007, le PCF présente sa propre candidature à la présidentielle avec Fabien Roussel. Cet ancien journaliste de 52 ans se démarque de ses concurrents de gauche par des prises de position singulières. Sans que cela soit, pour le moment, payant dans les sondages. 

Le candidat communiste Fabien Roussel dans son bureau situé au siège du parti, dans le 19e arrondissement de Paris, le 19 janvier 2022.

Fabien Roussel tient à le faire savoir, il est « au taquet, au top »« Je vais super bien », répète le candidat communiste dans son bureau du 5e étage situé au siège historique du parti, place du Colonel-Fabien, dans le 19e arrondissement de Paris. Quelques étages plus bas, dans le hall du célèbre bâtiment édifié par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, se presse une foule de visiteurs venue admirer l’exposition « Libres comme l’art » qui raconte 100 ans de relations entre les artistes et le Parti communiste français. « On a 100 ans et c’est comme si on était les petits nouveaux », se marre Fabien Roussel. Pour la première fois depuis 2007, le PCF sera présent à l’élection présidentielle. 

Un café à la main, celui qui est aussi député du Nord depuis 2017 prend une pause entouré de ses proches, dont Olivier Marchais, coordinateur des événements de la campagne et fils de Georges Marchais, secrétaire général du PCF entre 1972 et 1994. Quelques instants plus tard, c’est le photographe de son affiche officielle qui vient lui rendre visite. « Fabien Roussel, la France des jours heureux », proclame le visuel de campagne aux couleurs criardes qui a été placardé sur la façade du siège. L’ancien journaliste, originaire de Béthune (Pas-de-Calais), a hésité en pleine flambée épidémique à maintenir ce slogan à rebours du climat actuel. « Et puis, pourquoi on n’y croirait pas ? Pourquoi reculer ? (…) On a vécu les Trente Glorieuses, je veux les Trente Heureuses », martèle le secrétaire national du PCF.

Le candidat PCF Fabien Roussel aux côtés du photographe de son affiche officielle et d’Olivier Marchais, son coordinateur des événements de campagne. 

Un buzz à base de fromage et de bon vin

Fabien Roussel a donc du bonheur à revendre. Un défi dans la période actuelle. 

« J’ai les pieds dans la glaise mais comme je suis communiste, j’ai la tête dans les étoiles et je rêve de bonheur pour tous. » Fabien Roussel, candidat du PCF à franceinfo

Avant de rendre la banane aux Français, Fabien Roussel peut au moins se vanter de rendre de nouveau visible un vieux parti qui avait disparu des radars médiatiques. Notamment grâce à un buzz gastronomique. Le 9 janvier, sur France 3, il affirme qu’« un bon vin, une bonne viande et un bon fromage, c’est la gastronomie française » avant d’ajouter que « le meilleur moyen de la défendre, c’est de permettre aux Français d’y avoir accès ». « Et là, paf », mime Fabien Roussel avec ses mains. Tollé sur les réseaux sociaux, où certains à gauche ne goûtent guère ce ton franchouillard.

« Beaucoup de militants écologistes et LFI m’ont tapé dessus, certains m’ont même traité de suprémaciste blanc », dit-il en levant les yeux au ciel. L’écologiste Sandrine Rousseau lui rappelle que le couscous est le plat préféré des Français et qu’il est aussi « question de symbole, de symbolique, et de mots en politique ». Au PCF, on tombe des nues. « La polémique aberrante sur la gastronomie révèle le fait qu’une partie de la gauche flotte à mille lieues au-dessus du réel et a tourné le dos aux questions de vie quotidienne », fustige Ian Brossat, le directeur de campagne de Fabien Roussel. « Cette polémique montre qu’il ne se laisse pas enfermer dans une espèce de boboïsation de la pensée », renchérit André Chassaigne, le président du groupe PCF à l’Assemblée. Elle permet surtout de faire parler de la candidature Roussel, et personne ne s’en cache.

« Cette polémique n’était pas préméditée mais oui, c’est un bon buzz, il y a un effet incontestable. » Ian Brossat, directeur de campagne de Fabien Roussel à franceinfo

La controverse lui vaut aussi les compliments de la droite et de la majorité présidentielle. « Total soutien », tweete par exemple le très droitier Eric Ciotti. « Si je dis que la Lune est ronde et que la droite le dit aussi, ce n’est pas pour autant que je vends mon âme », défend André Chassaigne. « Ils s’amusent à nous diviser, à nous opposer à gauche », fait mine de déplorer Fabien Roussel, qui n’est pourtant pas le dernier à jouer la différence à gauche.

Le quinquagénaire multiplie les prises de position singulières. Pro-chasse, pro-nucléaire, contre le revenu universel et « l’assistanat » mais pour « une France des hauts salaires et du travail », il veut aussi « investir dans la tranquillité publique et garantir à chacun le droit à la sécurité », « un sujet en partie abandonné par la gauche », dit-il. Il ne regrette d’ailleurs absolument pas sa participation à la manifestation des policiers devant l’Assemblée nationale qui avait fait polémique jusque dans son propre camp. « Les policiers dans ma ville de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), je vis avec, je ne les traite pas de fascistes comme Mélenchon. »

L’ombre du leader « insoumis »

Jean-Luc Mélenchon : le nom est lâché. C’est derrière le patron des « insoumis » que s’étaient rangés les communistes en 2012 et 2017, sous la bannière du Front de gauche. C’était alors la ligne de Pierre Laurent, l’ancien secrétaire national du PCF, avant qu’il ne soit remplacé, fin 2018, par Fabien Roussel, partisan de l’autonomie face à LFI. Entre les deux candidats à la présidentielle, les rapports sont devenus exécrables.

« Je ne mets pas d’odeur synthétique dans mes meetings. Moi, mes meetings, ils sont au naturel. » Fabien Roussel, candidat du PCF à franceinfo

« Ce serait triste si on ne présentait à la présidentielle que des gens connus qui ont fait trois tours », dit encore le patron du PCF pour mieux se démarquer de son concurrent. « La parole communiste n’est pas une décalcomanie de ce que peut porter Mélenchon », assène André Chassaigne, persuadé que son champion parle mieux à l’électorat populaire que le leader « insoumis ». 

Le slogan de campagne de Fabien Roussel s’affiche sur le siège du PCF, à Paris, le 19 janvier 2022.

« Je suis frappé de voir que sur le Facebook de Mélenchon, ils ne mettent que des trucs sur Fabien. Ils ne doivent pas être sereins », se réjouit un cadre communiste. Chez les « insoumis » justement, on temporise beaucoup. Fabien Roussel « marque fortement sa campagne pour essayer de se démarquer de nous, ça l’entraîne sur des critiques à notre égard et on franchit un palier qui me désole », soupire le député LFI Eric Coquerel. 

« Il veut à tout prix prouver la nécessité d’être candidat en montrant que l’on aurait des désaccords importants. Il les surjoue un peu. » Eric Coquerel, député LFI à franceinfo

Les « insoumis » espèrent encore raccrocher le wagon Roussel à la locomotive Mélenchon. « Pas de polémiques publiques avec lui. Si on refait ensemble la même chose qu’en 2017, le second tour est atteignable », affirme le député LFI Alexis Corbière. C’est peu dire que Fabien Roussel leur oppose une fin de non-recevoir. « C’est impossible. No way. Never. Niet. Dans toutes les langues. Jamais. En aucune manière nous ne pourrons envisager de retirer la candidature, surtout à un moment où nous sentons que ça frémit. » 

« Ils s’auto-plombent »

Pour l’heure, le frémissement est tout relatif. Dans les sondages, le candidat communiste tourne autour des 2%. « Il y a une dynamique de popularité avec une vraie progression dans le dernier baromètre Ifop [où il gagne 5 points de bonnes opinions]. Plus il sera connu, plus il progressera », veut croire Ian Brossat. Le récent buzz autour de la gastronomie est à leurs yeux un signe encourageant. Trompeur, répondent les « insoumis ». « Les médias vantaient ‘l’effet Brossat’ et sa belle campagne aux européennes. Résultat : le score le plus bas du PCF et zéro député européen », se moque un responsable LFI. A défaut de convaincre Fabien Roussel, le parti de Jean-Luc Mélenchon a réussi à décrocher le ralliement du député PCF de Seine-Maritime, Sébastien Jumel, et promet qu’il sera suivi par d’autres. 

« Il faut choisir le mieux placé à gauche pour bousculer le scénario de la réélection de Macron », se justifie Sébastien Jumel. Le parlementaire salue une candidature Roussel « courageuse et méritoire » mais qui « fait 2% ». « Il faut se rassembler à gauche », prône-t-il encore. Se rassembler à gauche ? « Ce n’est pas le nombre de candidatures qui fait la différence, rétorque Fabien Roussel. En 2012, quand on additionne les candidatures, ça fait 43%. Là, ça fait 25%. Ils sont où les 20% qui manquent ? »

La carte de voeux de Fabien Roussel pour 2022.

« Le problème, ce n’est pas le nombre de candidats à gauche mais la faiblesse idéologique de celle-ci et son incapacité à s’adresser à des millions de Français. Le sujet n’est pas de se rassembler pour faire 25%, mais d’élargir ce socle », explique Ian Brossat. C’est l’objectif que se fixe Fabien Roussel, bien décidé à prendre le contre-pied de la morosité à gauche. Tout à coup, il se lève de son fauteuil et écarte ses bras. « Ils ont des boulets aux pieds, moi j’y vais léger comme l’air ! J’y vais parce que j’y crois, parce que j’ai envie. Eux, on a l’impression qu’ils ne sont pas heureux. Ils s’auto-plombent. » 

Pour son équipe, la présidentielle « est déjà réussie ». « On avait quasiment disparu du paysage politique, on avait du mal à apparaître dans les médias. Maintenant, on a une visibilité politique et on développe notre programme », se réjouit André Chassaigne. Pas de quoi satisfaire Fabien Roussel, qui affiche désormais sa gourmandise. « Certains disent que c’est gagné parce qu’on est rentrés dans le paysage, mais c’est trop faible comme objectif. Je souhaite que l’on arrive à convaincre une majorité du peuple de voter de nouveau à gauche. »

Ambitieux. « J’espère que dans les 80 jours qui nous séparent du premier tour, on va faire le tour du monde ! » Reste à savoir si le ballon Roussel va décoller. 

Des jours heureux

Fabien Roussel : « Je lance un appel aux exploités, méprisés : envahissez les urnes ! »

Fabien Roussel est interrogé par Julia Hamlaoui pour l’Humanité Dimanche.

Le 21 novembre se tient à Paris le grand rassemblement de Fabien Roussel en faveur du pouvoir d’achat et de l’emploi. Le candidat du PCF à la présidentielle défend un « pacte pour le progrès social et l’écologie à 140 milliards d’euros » dédié à « un vrai projet de société ». Grand entretien 

Le capital coûte cher, très cher. Tous les ans, ce sont plus de 45 milliards d’euros de cadeaux fiscaux », dénonce le député du Nord. À l’opposé de cette logique libérale, le candidat pour des « jours heureux » détaille ses propositions et leur financement : baisse des factures d’énergie, augmentation des salaires, réindustrialisation, développement des services publics, réduction des « vraies charges qui pèsent sur les entreprises », ou encore transports gratuits…

La lutte contre la vie chère et pour l’emploi est au cœur de votre campagne. La question du pouvoir d’achat arrive en tête des préoccupations, quelles mesures mettriez-vous immédiatement en place si vous étiez élu ?

Fabien Roussel Cet hiver, beaucoup de familles, d’enfants, de retraités risquent d’être contraints de choisir entre se nourrir ou se chauffer, de sombrer dans la misère. Nous ne pouvons pas attendre les élections. Notre rassemblement du 21 novembre à Paris est une grande journée de lutte et de mobilisation pour interpeller le gouvernement sur les mesures d’urgence pour dire stop à la vie chère et porter des propositions pour l’emploi, la formation et les salaires. Les hausses des factures de gaz, d’électricité, d’essence vont s’ajouter à celles des mutuelles, des loyers, des prix de l’alimentation… Cela représente dès maintenant des pertes de pouvoir d’achat de plus de 100 euros par mois. Le gouvernement distribue de petits chèques alors que, durant tout ce mandat, il en a signé de gros, par dizaines de milliards, aux plus riches. Le capital nous coûte cher, très cher, entre le Cice, l’ISF, la flat tax, l’exit tax… Tous les ans, ce sont plus de 45 milliards d’euros de cadeaux fiscaux. Il faut mettre fin à cette gabegie de dépenses publiques, et utiliser cet argent pour baisser les taxes afin de réduire sans attendre de 30 % les factures de gaz et d’électricité, et le litre de carburant.

Mais nous savons que cela ne suffira pas : l’enjeu est aussi de consommer moins. Nous voulons donc un vaste plan de rénovation thermique des bâtiments et logements de 23 milliards d’euros par an et un plan de développement des transports en commun. Dans les 45 métropoles de notre pays, l’État doit prendre à sa charge leur gratuité, en priorité pour les moins de 25 ans et les salariés. Dans les autres territoires, je propose que les 50 % du ticket de TER des salariés non remboursés par l’employeur le soient par l’État. Le TER sera gratuit pour se rendre au travail. Exit les cars Macron, bienvenue aux trains Roussel.

Comment augmenter le Smic et les salaires, comme vous le proposez également, sans mettre en difficulté les entreprises, notamment les plus petites ?

Fabien Roussel D’abord, nous proposons une hausse du Smic à 1 800 euros brut, mais aussi que tous les salaires soient indexés à l’inflation. C’est ce que l’on appelait auparavant l’échelle mobile des salaires, qui n’existe plus depuis près de quarante ans. Et, de ce fait, le salaire moyen se tasse. Pire, dans certaines branches professionnelles, le salaire minimum est inférieur au niveau du Smic. Pour les fonctionnaires, dont le point d’indice est gelé depuis douze ans, il faut augmenter de 30 % les salaires. Bien sûr pour les catégories C, dont les revenus sont très bas, mais je pense aussi à ces sages-femmes, par exemple, qui, après cinq ans d’études, sont à 1 800 euros net. Pour les entreprises, augmenter les salaires sera possible car je propose de baisser les charges.

Vous pensez sans doute à d’autres « charges » que celles sans cesse évoquées par la droite pour s’attaquer au « coût du travail » ?

Fabien Roussel De Xavier Bertrand à Emmanuel Macron en passant par Éric Zemmour et Marine Le Pen, ils n’ont en effet que ces mots-là à la bouche. Eux parlent des cotisations qui permettent pourtant de financer notre système de solidarité, la Sécurité sociale. Moi, je parle des vraies charges qui pèsent sur les entreprises. Elles sont au nombre de trois. À commencer par les factures énergétiques, qui s’envolent du fait de la libéralisation et dont nos entreprises souffrent aussi. Elles ont besoin d’accéder à une électricité moins chère et décarbonée. C’est un enjeu tant économique que climatique qui nécessite de monter en puissance dans un mix énergétique avec une grande part d’électricité nucléaire.

Il faut également réduire les charges des assurances. C’est peu de le dire, ces dernières n’ont pas été au rendez-vous de la pandémie et continuent d’augmenter les cotisations alors qu’elles sont assises sur un tas d’or, avec près de 100 milliards d’euros de fonds de réserve. Je propose de nationaliser Axa et de créer une garantie d’assurance publique aux entreprises beaucoup moins chère.

Ces charges financières sont enfin celles imposées par les banques pour des crédits de surcroît difficiles à obtenir. Nous voulons une banque publique qui prêtera à taux zéro pour des investissements qui permettent de relocaliser l’activité, la transition écologique, de former et d’embaucher, notamment des jeunes.

Vous défendez également un plan de « reconquête industrielle et de relance des services publics ». Comment éviter les délocalisations et réinvestir dans les services publics ?

Fabien Roussel La France a perdu 2 millions d’emplois industriels en vingt ans. C’est une catastrophe nationale, un crime organisé contre notre industrie. Mon plan, c’est d’abord un moratoire sur toutes les délocalisations en cours. Car, quand on perd des compétences dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans le textile, il faut des années pour les reconquérir. L’État est complice de ce grand déménagement industriel, or il peut et doit non seulement mettre un garrot sur cette hémorragie mais aussi reconstruire des filières entières, comme celle du textile, du médicament…

Que l’on ne me dise pas que c’est un coût pour le climat. C’est faux. En l’espace de quinze ans, les émissions de CO2 importées ont augmenté de 75 %, alors qu’ici elles sont en train de baisser. Cette politique de relocalisation de l’activité doit être menée par tous les pays et aller de pair avec des circuits de coopération, hors loi du marché, sur les matières premières.

Pour nos services publics, un pacte sans précédent est nécessaire pour rattraper tous les retards. Quand on additionne les besoins pour l’école, pour l’accompagnement des personnes âgées, pour la santé, la police, les éducateurs, la justice, ce sont plusieurs centaines de milliers d’emplois à créer.

Où entendez-vous trouver les moyens de financer toutes ces ambitions ?

Fabien Roussel Je propose un pacte européen pour le progrès social et écologique. Un pacte pour l’emploi et le climat, pour sortir du dogme de l’austérité et de la concurrence libre et non faussée. Parce que le pacte budgétaire est mort ! Remis en cause par la pandémie, les 3 % de déficit et les 60 % d’endettement inscrits dans le marbre du traité de Maastricht et du pacte de stabilité n’existent plus. Tout le monde le dit. Il est donc nécessaire d’en écrire un nouveau qui permettrait de mobiliser 6 % du PIB européen, c’est-à-dire 900 milliards d’euros par an.

Et nous proposons pour la France le même pacte à hauteur de 6 % de notre PIB, soit 140 milliards. Ce pacte budgétaire européen sera financé par la Banque centrale européenne, qui pourra faire tourner la planche à billets, non plus pour gaver les marchés financiers mais pour ces investissements utiles. Il sera aussi abondé par les ressources nouvelles que nous obtiendrons des multinationales en faisant participer le capital. C’est une bataille à mener à l’échelle de l’Union européenne, mais c’est autrement plus ambitieux que les 750 milliards d’euros actuellement prévus pour six ans.

À rebours de ce qu’a exposé Emmanuel Macron lors de sa dernière allocution, vous proposez de réduire le temps de travail. Comment y parvenir tout en préservant les salaires, les emplois et notre système de protection sociale ?

Fabien Roussel La première réforme que nous devons faire, la plus urgente, c’est celle des retraites, pour permettre de partir à 60 ans avec une bonne pension, et d’être remplacé par l’embauche d’un jeune. L’autre urgence est aussi de réduire le temps de travail hebdomadaire. Pas par dogme, mais parce que nous préférons travailler moins pour travailler tous et bien. Je ne le ferai pas en l’imposant brutalement à toutes les entreprises du jour au lendemain. Cette réduction doit se faire progressivement dans le dialogue et la concertation, en fonction des réalités des entreprises, mais surtout en tenant compte des conditions de travail et du besoin grandissant de formation.

Beaucoup de métiers ne sont plus attractifs tellement ils sont pénibles. On doit pouvoir s’épanouir au travail ! C’est pour cela que notre programme, à nous communistes, est un projet de société. L’attractivité du travail n’est pas qu’une question de salaires. Je porte l’ambition que nous redonnions collectivement du sens au travail pour retrouver le goût de participer à un projet de société, à la reconstruction de notre pays, à la transition écologique. La réduction du temps de travail doit s’inscrire dans ce projet-là. C’est ce qu’est en train de réaliser Yolanda Diaz en Espagne, la ministre communiste y engage ce travail par secteur et dans le dialogue. Elle fait la démonstration, par petites touches, que c’est possible et que c’est aussi dans l’intérêt des entreprises.

Le déficit de la protection sociale est imposé comme argument massue par les détracteurs de ces propositions…

Fabien Roussel Et notre système de protection sociale a toujours été basé sur un financement solidaire du travail. Or, aujourd’hui, le capital participe de moins en moins à son financement. C’est pour cela que nous proposons, dans notre réforme des retraites, une cotisation de 11 %, comme celle qui existe sur les salaires, appliquée aux revenus financiers. Elle permettrait de récupérer près de 30 milliards d’euros par an dans le financement de notre protection sociale.

Une autre de mes priorités : l’égalité salariale femmes-hommes, pour mieux valoriser tous ces métiers où 80 % de femmes sont en première ligne, sous-payées et maltraitées. Ce serait non seulement un progrès pour la moitié de l’humanité, les femmes, mais aussi un atout économique. L’égalité salariale rapporterait 5 milliards d’euros dans les caisses de l’État.

L’extrême droite et la droite extrême, très médiatisées dans cette campagne, rendent l’immigration responsable de tous les maux sociaux. Qu’y opposez-vous ?

Fabien Roussel C’est pire que ça. Ce n’est pas seulement l’immigration qui est pointée, ce sont aussi des Français qui, en fonction de leur religion ou de leur couleur de peau, sont stigmatisés. C’est une forme d’apartheid qui est mise en débat à travers des candidats qui osent tout. Tout est fait pour diviser la société. C’est honteux. Cela faisait très longtemps que les principes de la République n’avaient été à ce point mis en cause par l’encouragement au repli sur soi et à la haine de l’autre.

L’extrême droite ne remportera pas l’élection présidentielle. Mais ses idées sont un danger majeur pour le vivre-ensemble et nos libertés. Il faut donc combattre à chaque instant ses idées qui diffusent dans le pays et risquent de continuer à nous opposer en fonction de nos couleurs, nos religions, alors que nous avons besoin d’être unis, de lutter ensemble pour de nouvelles avancées sociales et démocratiques. Or, je sens monter l’individualisme, le repli sur soi, la haine de l’autre. Je veux lancer un grand appel à ceux qui se détournent de la politique, qui ne veulent plus voter et qui sont aujourd’hui exploités, maltraités, méprisés. Il faut qu’ils envahissent les urnes, mais en votant pour des jours heureux et pas pour des heures sombres.

Comment comptez-vous inverser la donne à l’heure où les sondages sont défavorables à la gauche ?

Fabien Roussel Si nous disions que l’issue est de reconstruire la gauche qui a déçu, qui a trahi, ce serait pire que mieux. Cette gauche-là, qui a été au pouvoir et qui a tourné le dos aux aspirations populaires, a aussi une responsabilité dans la crise démocratique que nous traversons, car elle a contribué à nourrir l’abstention et le rejet de la politique. Je ne veux plus revivre de tels désenchantements. Il existe une gauche qui a le courage de s’attaquer à la finance, de mettre en place des réformes au service du peuple, avec le peuple. C’est ce que je veux incarner dans cette campagne.

L’élu qui dit toujours « nous »

Philippe Rio, maire PCF de Grigny (91), meilleur maire du monde 2021 ! Le titre vient de lui être décerné par la City Mayors Foundation.

C’est à la fois « une surprise » et « un encouragement« , résume Philippe Rio, maire de Grigny depuis 2012. Ce titre honorifique lui a été décerné pour récompenser son combat contre la pauvreté et sa gestion de la crise du Covid, dans la ville connue pour être la plus pauvre de France.

Il est ex-aequo avec le maire de Rotterdam aux Pays-Bas, Ahmed Aboutaleb, mais tout de même : parmi les douze finalistes retenus par la City Mayors Foundation, Philippe Rio, le maire de Grigny (Essonne) se voit décerner le titre de meilleur maire du monde, pour « son combat contre la pauvreté, sa gestion de l’épidémie de Covid-19, et sa lutte contre les inégalités« , explique la fondation.

C’est un prix purement honorifique, basé sur le vote d’internautes du monde entier et remis tous les deux ans. Mais Philippe Rio s’est tout de même retrouvé en compétition face aux maires de Raqqa (Irak), Bogota (Colombie) ou Freetown (Sierra Leone). Le tout bien malgré lui : « En fait, je n’ai pas candidaté, a-t-il confié à nos confrères de France Bleu, tout cela est une énorme surprise, mais on la prend comme un encouragement. » Parce qu’à dire vrai, le titre que le maire a pris l’habitude de recevoir depuis des années, c’est celui de ville la plus pauvre de l’hexagone.

La ville de Grigny compte près de 30 000 habitants, 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté. « Et désormais plutôt 50%, corrige le maire, à cause de la crise du Covid. » Quand on parle de Grigny et de la cité de la Grande-Borne, à la radio, à la télévision, c’est surtout pour illustrer la délinquance, les courses poursuites avec la police, les trafics, les marchands de sommeil, les commerçants qui désertent, les services publics qui disparaissent.

Un titre « joyeusement anecdotique »

Aux manettes depuis 2012, c’est précisément ce tableau que ce communiste de 48 ans, né et élevé à Grigny, a promis de changer. Philippe Rio, c’est l’élu qui ne dit jamais « je » mais toujours « nous », un maire qui a choisi d’être bruyant, vocal : depuis des années, il multiplie les tribunes dans la presse, interpelle Matignon, l’Élysée, dénonce l’abandon de l’État et la solitude des élus de banlieues.

Pendant l’épidémie de Covid-19, il fait partie de ceux qui se sont démenés seuls, face aux tergiversations de l’administration. Lui et son équipe ont dû trouver des tests quand il n’y en avait pas, des masques, en distribuer des centaines de milliers, ouvrir des centres de vaccinations sans attendre de consignes, organiser l’aide alimentaire aussi, et la mise en place de petits-déjeuners gratuits dans les écoles maternelle.

Aujourd’hui, ce que lui rapporte ce prix, c’est que Grigny, la ville aux 89 nationalités, fait pour une fois la Une pour autre chose que l’adversité qu’elle subit. « Ça récompense notre inventivité, notre résistance« , égraine le désormais meilleur maire du monde qui y voit un titre « anecdotique, mais joyeusement anecdotique. »

« C’est sympa, mais je ne vais pas prendre le melon« , promet Philippe Rio.

Article Franceinfo, à écouter ici

Des transports gratuits

À Douai, des transports en commun bientôt gratuits

Article de Naïm Sakhi, dans l’Humanité du 27 mai 2021

La mesure a été adoptée à l’unanimité le mercredi 26 mai. Le syndicat mixte des transports en commun du Douaisis, dans les Hauts-de-France, deviendra donc le premier réseau totalement gratuit en termes de population en 2022.

Dunkerque donne des idées dans le Nord. En effet, les communautés d’agglomération Douaisis Agglo et Cœur d’Ostrevent, 220 000 habitants, qui partagent ensemble le même réseau de transport en bus, sont sur le point d’acter une gratuité totale des transports pour les habitants à l’horizon 2022.

Le long combat d’Alain Bruneel

La mesure a de quoi satisfaire Alain Bruneel. Il faut dire que le député PCF de la circonscription se bat depuis des années pour qu’une telle mesure puisse bénéficier à la population. « J’ai même été remercié en 2016 de ma vice-présidence du SMTD (le syndicat mixte des transports du Douaisis) pour avoir soutenu la mobilisation des lycéens et collégiens », se remémore-t-il.

Car si la mise en place de la gratuité des transports en commun dépasse aujourd’hui les clivages politiques, elle a longtemps fait débat dans le Douaisis. « Il faut saluer le combat des parents d’élèves, des étudiants, de la CGT et des élus communistes », souligne Alain Bruneel. Et pour cause, en 2014 une mobilisation est apparue à la « suite de la suppression de la gratuité pour les collégiens », se souvient le député PCF. Depuis, cette gratuité pour les jeunes, pour un aller-retour par jour, a été rétablie en 2019.

Des pertes compensées par les communautés d’agglomération

Mais il est bel et bien question dorénavant d’une gratuité totale à compter du 1er  janvier 2022. Il faut dire que le syndicat mixte devait investir plus de 3 millions d’euros dans la modernisation de sa billetterie. « Le choix a alors été fait de mettre la gratuité totale dès maintenant », se félicite Alain Bruneel, qui siège encore au conseil d’administration du syndicat de transport. Mais, pour ce faire, la mesure doit encore être validée par le SMTD ce mercredi 26 mai au soir.

Particularité locale, le réseau de bus concerne deux communautés d’agglomération indépendantes. Ce sont elles qui ont prévu de compenser les pertes liées à la billetterie. Ces dernières ne « concernent que 10 à 12 % des recettes, alors que les bénéfices sociaux et écologiques sont concrets pour les habitants », précise le député PCF.

« L’État doit subventionner de telles actions »

D’ailleurs, les élus locaux ne vont pas en rester là et pour faire face à la hausse de fréquentation que provoque une telle mesure, l’acquisition de onze nouveaux bus est prévue.

Alain Bruneel poursuit ce combat qui lui tient à cœur à l’Assemblée nationale. En 2018, avec ses collègues communistes, le député du Nord a en effet déposé une proposition de loi « visant à encourager la gratuité des transports collectifs urbains et périurbains ». Cette dernière a reçu une fin de non-recevoir. « La majorité LaRem nous explique qu’il faut laisser les régions faire car elles ont les compétences. Mais l’État doit coordonner et subventionner de telles actions », déplore-t-il.

Le muguet du 1er mai

Ce samedi 1er mai 2021, les communistes de Saint Gratien et leurs ami.es du Front de Gauche vous proposeront leurs brins de muguet !

Nous serons dès 8h30 rue Berthie Albrecht à hauteur du passage vers la place du Forum, et dès 9h au centre commercial des Raguenets. On vous attend !

En 2020, année exceptionnelle, la vente des brins n’avait pu avoir lieu. Nous étions alors en plein confinement. Le muguet du PCF avait été cependant distribué « virtuellement » via une vente en ligne de cartes postales réalisées par l’artiste Dugudus.

Pour notre plus grand bonheur, nous retrouvons cette année le chemin de la vente militante !

Comme chacune de nos actions financières, cette vente contribue à nous donner les moyens de notre activité politique.

Mais au-delà d’être une initiative financière importante, le muguet est un temps essentiel d’échange et de rencontre avec les citoyen.nes.

Ce sera à Saint Gratien l’occasion de nous retrouver après cette longue période de restriction de nos contacts sociaux, d’échanger sur la situation locale, la politique municipale, l’activité de nos élu.es, nos propositions, nos actions, les futures échéances électorales, les manifestations du jour…

À samedi !

 

Main basse sur le climat

Par André Chassaigne, président du groupe « Gauche Démocrate et Républicaine » à l’Assemblée nationale 

Intervention générale prononcée le 29 mars 2021 lors de la discussion du projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets.

Au lendemain de la remise à l’exécutif du rapport de la Convention citoyenne, en juin dernier, j’avais interpellé ici même le Premier ministre sur la nécessité de prolonger l’élan démocratique engagé par la Convention citoyenne. Notre groupe avait alors proposé la création d’une commission chargée d’examiner les préconisations des citoyens et d’élaborer une proposition de loi. Nous pensions que les représentants du peuple étaient naturellement les mieux à même de prendre le relais de cet exercice inédit de démocratie participative ; nous souhaitions surtout éviter que l’exécutif ne passe au caviar ou à la moulinette les mesures les plus ambitieuses proposées par le collectif des citoyens.

 Nombre de ces propositions avaient en effet déjà été défendues sur ces bancs lors de l’examen des lois de finances, de la loi d’orientation des mobilités, de la loi sur l’économie circulaire ou encore de la loi énergie-climat, mais elles avaient systématiquement été rejetées par le Gouvernement et sa majorité.

 Notre crainte que le Gouvernement ne fasse rien, ou pas grand-chose, des propositions formulées par la Convention était donc légitime. En écartant d’entrée de jeu trois propositions, parmi lesquelles la mise en place d’une taxe sur les dividendes, le Président de la République avait donné le ton, privilégiant au souffle du vent d’en bas, le souffle du vent d’en haut, celui qui fait que les puissants peuvent se sentir rassurés. 

 Les ministres lui avaient rapidement emboîté le pas, enterrant au fil des déclarations la baisse de la TVA sur les billets de train, l’augmentation de l’éco-contribution sur les billets d’avion, l’obligation effective de rénovation des logements, la régulation de la publicité sur les produits très polluants, la prise en compte du poids du véhicule dans le malus automobile, la mise en place d’un moratoire sur la 5G, et bien d’autres propositions qu’il serait trop long d’énumérer.

 Nous ne pouvons donc aujourd’hui feindre d’être surpris de la vacuité du texte que vous nous présentez. Le constat est là : ce texte manque cruellement d’une trajectoire assumée, de perspectives publiques, d’ambition historique !

 Il vous aura fallu neuf mois, soit un temps équivalent à celui qu’il avait fallu à la Convention citoyenne pour bâtir son projet, pour le mettre en pièces, en escamotant ou en édulcorant, par leur report dans quatre, sept, voire trente ans, les mesures à même de permettre à notre pays de tenir ses engagements climatiques.

 Ce projet de loi n’est, en définitive, qu’un simple exercice d’habillage – de déshabillage devrais-je dire – ayant abouti à un objet politique non identifié, sur lequel le travail de sape a été poursuivi par la commission spéciale, qui a déclaré irrecevables 25 % des amendements, au premier rang desquels ceux qui visaient à donner au texte un peu de consistance, ou encore à rétablir des propositions de la Convention citoyenne.

 Ces amendements ont été déclarés sans lien avec le texte, un texte qui se trouve pourtant être lui-même sans lien avec le volontarisme que réclame l’urgence climatique. Sur les quelque 420 amendements adoptés par la commission, près de 380 émanaient des députés de la majorité gouvernementale : loin de moi l’idée d’y voir le signe que vous souhaitez verrouiller le débat et interdire aux parlementaires de prendre leurs responsabilités afin de prolonger l’élan démocratique enclenché par la Convention citoyenne !

 Félicitations, cependant. Vous avez réussi l’exploit de faire coup double dans le déni démocratique, ajoutant au mépris pour la démocratie participative et le travail de nos concitoyens le mépris pour la démocratie représentative !

 La vérité, c’est que vous voulez clore tout débat, dans l’espoir d’en finir au plus vite avec cette fichue Convention citoyenne, devenue pour vous trop encombrante. Et vous révélez au bout du compte le portrait d’une majorité tétanisée par la peur des conséquences économiques, et surtout financières, de ce travail pour les tenants du capital, une majorité tétanisée, ou plutôt « titanisée », comme les passagers du paquebot qui s’oubliaient dans l’ivresse, plutôt que de mettre toutes leurs forces en commun pour éviter la catastrophe !

 Au lendemain de l’exercice, Emmanuel Macron, s’était engagé, rappelons-le, à soumettre sans filtre les propositions formulées par les 150 citoyens tirés au sort. Mais ceux-ci ont tellement pris à cœur leur travail qu’ils vous ont placés au pied du mur et ce qui devait n’être au départ qu’un faire-valoir, un instrument au service de votre communication, s’est mué en un socle programmatique sur lequel vous n’êtes aucunement prêts à construire quoi que ce soit, car cela impliquerait que l’État prenne enfin ses responsabilités, toutes ses responsabilités, en matière d’investissement, de conditionnement des aides aux entreprises, en définissant des obligations et en proclamant des interdits.

 Le texte que vous nous proposez porte d’ailleurs les stigmates de ce refus. Partout, la Convention citoyenne prévoyait des obligations et des interdits. Or, en matière de publicité ou encore de rénovation énergétique, vous y substituez le volontariat et des taux de régulation sectoriels, quand vous n’usez pas du faux-fuyant des expérimentations.

 Partout où nous pourrions nous attendre à ce que l’État réglemente, vous renvoyez tantôt aux communes, tantôt aux régions, en proclamant œuvrer ainsi à la décentralisation – elle a bon dos ! – et à la territorialisation des politiques publiques, fût-ce au mépris de l’égalité territoriale et de la solidarité nationale.

 Vous confiez en somme la responsabilité de la réussite de la transition écologique à nos concitoyens appréhendés comme des consommateurs, aux entreprises, aux collectivités. L’État, lui, est aux abonnés absents. Il n’apparaît que comme le metteur en scène chargé de distribuer les rôles sans en assumer aucun, ni assumer non plus la moindre responsabilité, et surtout pas de responsabilité financière.

 La maîtrise de la dépense publique passe avant l’investissement dans la transition écologique ! Les grands investissements publics attendront, que ce soit dans la rénovation énergétique des logements, dans la formation, dans la recherche ou dans les infrastructures de transport.

 Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Rien de nouveau, sinon que la température continue à augmenter.

 Vous tombez, une nouvelle fois avec ce texte dans les travers que nous vous connaissons : l’organisation méthodique de l’impuissance publique, et l’abondant étalage de mesures cosmétiques. À moins que vous ne soyez frappés par le syndrome de l’armoire normande : elle est pleine à craquer, mais vous craignez de la bouger.

 Le constat est d’autant plus navrant que la crise sanitaire et sociale que nous traversons fait plus que jamais éprouver à nos concitoyens la soif d’une transformation profonde de notre modèle économique et social, le désir d’une réponse résolue aux défis écologiques, dans la justice et la solidarité.

 Ce projet collectif et mobilisateur n’est toujours pas au rendez-vous. Ce n’est guère étonnant car, comme aimait le dire Lacan, on ne trouve jamais dans le chapeau du prestidigitateur que le lapin qu’il y a mis. Et vous conviendrez que ce lapin est petit, tout petit, vraiment petit.

Écouter l’intervention d’André Chassaigne

Transition écologique en Île-de-France

Céline Malaisé : Pour le climat, marchons et planifions !

La crise Covid-19 comme répétition générale de la crise climatique entend-t-on. Cette pandémie, si elle a permis une prise de conscience de la vulnérabilité de l’humanité à des phénomènes dont elle est la cause, a-t-elle réellement transformé les somnambules du réchauffement en activistes pour le climat ?! Rien n’est moins sûr quand on voit que notre société est incapable, après un an, de faire face à un risque à venir mis en évidence par des données scientifiques. Ou quand la gestion d’une crise collective se fait de manière solitaire et autoritaire en faisant toujours et encore primer les intérêts particuliers sur l’intérêt général qui est, aujourd’hui et demain, de protéger nos vies et notre planète et rejetant hors des politiques de solidarité nationale la lutte contre les inégalités sociales pourtant accrues par les crises.

Si les confinements ont fait baisser drastiquement les émissions mondiales, cela n’a été que tout juste suffisant pour suivre la trajectoire du +1,5°C. Ont été réinterrogés la hiérarchie des métiers en fonction de l’utilité sociale, les modes de consommation, l’usage des transports polluants, l’organisation du travail ou l’aménagement d’un territoire de plus en plus urbanisé et métropolisé. Et pourtant, une période de crise n’a jamais été propice aux politiques environnementales. Les plans de relance européens, national ou régional en sont l’illustration avec une absence ne serait-ce que de conditionnalité écologique.

Lutter contre le dérèglement climatique nécessite pourtant une bifurcation complète même si l’urgence apparaît comme plus diffuse et, surtout, moins imminente.

Le rôle d’une région comme l’Île-de-France est essentiel. Rompre avec la communication et le greenwashing est un préalable mais il faudra surtout poser les grandes étapes d’une transition écologique en mobilisant des moyens conséquents pour développer des énergies renouvelables et réduire la consommation d’énergies et les émissions de GES. Cela doit passer par un engagement régional pour la rénovation thermique des bâtiments publics, les logements sociaux et les copropriétés dégradées, par une mobilité verte avec un investissement dans les transports en commun et les modes doux, par une politique d’aménagement du territoire luttant contre l’artificialisation des sols et développant les espaces verts et en favorisant le passage de l’agriculture vers un modèle durable.

Une planification à échéance 2040 doit être mise en œuvre pour prévenir mais aussi adapter le territoire à l’urgence climatique. De telles mesures doivent être guidées et accompagnées par un comité pluridisciplinaire, scientifique et citoyen pour établir des préconisations qui intégreront les documents directeurs de l’aménagement francilien et toutes les politiques régionales.

Pour le climat, nous marchons et nous planifierons !

Céline Malaisé, présidente du groupe Front de Gauche au Conseil régional d’Ile-de-France, cheffe de file des communistes aux élections régionales sur la liste de Clémentine Autain

Ci-dessous, des images de la marche pour une vraie loi climat, le 28 mars 2021 à Paris