PCF is back !

Ian Brossat : « Nous revendiquons d’être LA liste repère à gauche »

À une semaine du scrutin européen, Ian Brossat compte bien concrétiser dans les urnes une dynamique de campagne qui « signe le retour du PCF sur la scène nationale ». Dans la dernière ligne droite, la tête de liste communiste appelle à convaincre les abstentionnistes. Entretien.

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À dix jours du scrutin, le gouvernement, malgré les mobilisations sociales, continue de détricoter les droits en s’attaquant, cette fois, à la fonction publique. Comment « mettre un carton rouge à Macron », le 26 mai ? Est-il votre principal adversaire dans cette campagne ?

Ian Brossat Nous avons deux adversaires dans cette campagne. Les macronistes au pouvoir et leur concurrent favori, l’extrême droite. Emmanuel Macron et Marine Le Pen se livrent à une mise en scène ridicule où l’un prétend faire barrage à l’autre. Ils réduisent cette élection à ce faux duel entre fachos et libéraux dans le but commun d’évincer la gauche. Ce que nous proposons, c’est de faire émerger une gauche claire et offensive sur le devant de la scène, et pour cela d’utiliser notre bulletin rouge, le bulletin du Parti communiste et de la liste que je conduis.

Vous proposez une « clause de non-régression sociale ». Qu’y gagneraient concrètement les européen-nes ?

Ian Brossat La clause de non-régression, c’est une assurance-vie contre les réformes libérales imposées par Bruxelles. Les directives de libéralisation nous ont poussés à démanteler nos entreprises publiques, à instaurer la concurrence au détriment des usagers et des salariés. Dans le domaine de l’énergie, ils promettaient que la concurrence ferait baisser les prix, c’est le contraire qui est arrivé. Le prix de l’électricité va augmenter de 6 % la semaine qui suit les élections ! Nous assistons au même triste spectacle dans le domaine du ferroviaire, avec le démantèlement de la SNCF et les tarifs des billets de train qui s’envolent déjà. La clause de non-régression est un outil tout simple : les textes européens ne pourront qu’améliorer les droits des salarié.e.s. Les peuples auront un droit de veto automatique face à toute tentative de faire passer de nouvelles régressions, comme la directive Bolkestein et le travail détaché. Et tant pis pour les lobbyistes des multinationales.japy 21.jpg

Les traités budgétaires européens sont souvent invoqués pour tenter de discréditer toute alternative en Europe. Ce débat est-il pour vous dépassé ? Quelle méthode préconisez-vous pour s’affranchir des règles austéritaires ?

Ian Brossat Il faut rompre avec la logique des traités. Ils ont fait de l’Union européenne l’inverse de ce qu’elle devait être. Au lieu de la paix, de la croissance et de la justice, on a obtenu la concurrence, la crise et la précarité. On nous a vendu Flipper le dauphin et on se retrouve avec le requin des Dents de la mer… S’affranchir des traités, c’est possible. Dans la réalité, les gouvernements français ou allemand l’ont déjà fait à de nombreuses reprises, quand leurs dirigeants jugeaient que c’était utile… Parallèlement, nous pouvons écrire de nouveaux traités pour faire de l’Union européenne un outil de progrès social avec tous les pays membres qui le souhaitent. Aujourd’hui, la Commission européenne lance des procédures de sanction pour déficit excessif. Elle en a lancé 24 depuis 2011. À quand une procédure de sanction pour « pauvreté excessive » face aux gouvernements qui ne font rien pour réduire les inégalités ? Nous comptons 87 millions de pauvres au sein de l’Union européenne, 10 de plus qu’il y a 10 ans. C’est le système de valeur de cette Union européenne libérale qu’il faut revoir de fond en comble. La Commission peut bloquer un budget entier s’il ne correspond pas aux absurdes critères de Maastricht, mais elle ne fait rien quand un gouvernement d’extrême droite comme celui qui est au pouvoir en Italie instaure une amende de 5 500 euros contre les citoyens qui sauvent les migrants de la noyade !

Vous êtes l’une des surprises de cette élection. Vos performances médiatiques et le succès militant de votre campagne sont même salués dans la presse. Comment traduire cette dynamique en votes dans la dernière ligne droite ?

Ian Brossat Comme nous n’avons pas eu de candidat à l’élection présidentielle, les sondages ont du mal à nous estimer. Il y a une vraie dynamique de terrain, mais aussi dans les soutiens que nous recevons et qui viennent de toute la gauche. Je suis convaincu que nous pouvons réaliser une belle percée et faire élire des députés européens communistes le 26 mai. Mais beaucoup hésitent encore. Il faut aller chercher les voix une à une. Pour cela, nous avons un outil redoutable : notre téléphone ! Je le demande à celles et ceux qui nous lisent : aidez-nous. Donnez-nous ce petit coup de pouce qui nous permettra de faire événement le 26 mai au soir. Faites l’expérience en appelant vos amis, vos connaissances : nombreux sont ceux qui oublient qu’on vote le dimanche 26 mai. Pour convaincre, nous pouvons revendiquer d’être LA liste repère à gauche. Le PCF est le seul parti de gauche à avoir toujours rejeté les traités européens libéraux. Nous sommes également la seule liste à être composée à 50 % d’ouvrier.e.s et d’employé.e.s. Avec notre bulletin de vote rouge, nous pouvons faire l’Histoire : faire élire Marie-Hélène Bourlard, la première ouvrière au Parlement européen depuis 30 ans. Imaginez une seconde : Marie-Hélène faisant son entrée au Parlement pour porter la voix de ceux qui, si souvent, ne sont pas entendus dans cette instance dominée par les lobbies et les banques. Cela vaut la peine de se battre pour y arriver !

Pensez-vous d’ores et déjà avoir marqué des points en donnant une nouvelle image de votre parti ?

Ian Brossat Le Parti communiste change et, comme le dit Fabien Roussel, il est de retour sur la scène nationale. C’est un acquis de notre campagne, mais c’est surtout un jalon pour la suite. Car la gauche a besoin d’un PCF visible, clair, offensif et rassembleur. La gauche est en crise, il lui faut des repères ! Les Français doivent savoir qu’ils ont une force sur laquelle compter pour reconstruire la gauche de demain, dans la clarté et l’unité. J’ajoute un élément : nous traversons une période où beaucoup de gens doutent de la politique. La confusion généralisée y est pour beaucoup. Rendez-vous compte : 20 % des eurodéputés qui se représentent ont changé de parti depuis la dernière élection. Comment voulez-vous que nos concitoyens s’y retrouvent ? Au moins, quand on envoie des communistes au Parlement, on envoie des gens constants, cohérents, qui ne changent pas d’avis comme de chemise.

Vous avez déjà appelé la gauche – dont les scores additionnés risquent de ne pas dépasser les 30 % – à « retrouver le chemin du rassemblement » après les européennes. Pourquoi ce qui serait possible demain ne l’est pas aujourd’hui ?

Ian Brossat Les élections européennes sont particulières : à un seul tour, à la proportionnelle. Elles poussent à l’émiettement. Il en sera tout autrement pour les élections municipales de 2020. C’est pourquoi je crois fermement à l’émergence d’une volonté bien plus puissante de rassemblement. Je compte y prendre toute ma place, avec mes camarades.

L’abstention s’annonce à nouveau très élevée, en particulier dans l’électorat de gauche, laissant les mains libres au pouvoir macroniste et à l’extrême droite. Quels sont vos arguments pour les convaincre de se rendre aux urnes et d’y glisser un bulletin PCF ?

Ian Brossat Mon argument est simple : 100 % des banquiers, des grands patrons, des actionnaires, des financiers iront voter. Les grands supporters de la droite et de l’extrême droite ne se priveront pas de mettre un bulletin dans l’urne ! Si le peuple de gauche, si les habitants des campagnes et des quartiers populaires restent chez eux, ils laissent la victoire à ceux qui nous écrasent. Et si certains estiment que les enjeux européens ne valent pas la peine de se déplacer dimanche 26 mai, qu’ils réfléchissent : cette fois-ci, ils ont l’opportunité d’envoyer à Bruxelles la première députée ouvrière depuis trois décennies !

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui, paru dans l’Humanité du 17 mai 2019

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Merci à S.B. pour ses photos du meeting de la salle Japy à Paris  le 16 mai !

Merci !

Merci à toutes celles et tous ceux qui sont venus nous soutenir ce matin, en nous achetant un brin de muguet, en nous souhaitant bon courage, en discutant quelques instants avec nous à l’un de nos trois points de vente dans Saint Gratien.

Merci à celles et ceux qui se sont levés tôt et ont donné de leur temps pour organiser au mieux ce moment important pour notre parti. Nous y trouvons un intérêt certes financier, car notre activité tout au long de l’année dépend beaucoup de ces initiatives. Mais l’essentiel pour nous est d’être présents, actifs et visibles, utiles par nos propositions et nos actions issues de nos échanges avec nos concitoyens.

À noter : notre muguet est transporté tout à fait écologiquement en ville, sans aucune émission de particules ! Le vélo à carriole, transport d’avenir !

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Bon 1er mai à toutes et tous !

 

 

 

 

 

 L’Europe, soit elle change, soit elle crève

Interview de Ian Brossat, tête de liste du PCF pour les élections européennes, paru dans l’hebdomadaire « Politis » du 11 avril 2019

Ian-Brossat-Il-faut-se-battre-pour-l-encadrement-des-loyers-a-ParisIan Brossat : « L’Europe, soit elle change, soit elle crève »

Traités européens, services publics, lutte contre le capitalisme, souverainisme… La tête de liste du PCF aux élections européennes, Ian Brossat, détaille le programme de son parti.

Désigné le 3 juin 2018 pour porter la liste du Parti communiste français, l’adjoint à la mairie de Paris sait que l’élection est loin d’être gagnée. Sa liste étant créditée, au mieux, de 3 % des intentions de vote, il lui reste six semaines pour remonter la pente et atteindre les 5 % nécessaires pour obtenir des élus.

Ni fédéraliste ni souverainiste, le PCF plaide pour une « union de nations et de peuples souverains » en Europe. C’est-à-dire ?

Ian Brossat : De plus en plus de peuples sont exaspérés par le cours actuel de l’Union européenne, qui, depuis des années, leur impose un modèle économique libéral. En France, elle remet même en cause un certain nombre d’éléments acquis depuis des décennies. Je prendrai un exemple concret : notre pays avait mis en place des services publics, adossés à des entreprises publiques dotées d’un monopole dans un certain nombre de secteurs (énergie, transports, télécoms). L’Union européenne, à coups de directives de libéralisation, nous a contraints à sacrifier tout cela. Les logiques d’intérêt général ont été terrassées par des logiques de business. Le seul moyen de sauver l’Europe, c’est qu’elle permette à des modèles économiques différents de cohabiter, qu’elle ne puisse pas entraîner un peuple, un État, vers un chemin qu’il n’a pas choisi. Nous plaidons pour la création d’une « clause de non-régression sociale », une sorte de veto social : lorsqu’un État est confronté à une disposition qui ne correspond pas à sa tradition, à ses valeurs, il peut faire valoir le droit de ne pas l’appliquer.

Comment cette clause fonctionnerait-elle ?

Prenons l’exemple du quatrième paquet ferroviaire, qui nous impose la mise en concurrence du transport de voyageurs. On a bien vu que, dans le domaine du fret, ça a été catastrophique : la mise en concurrence a conduit à diviser par 2,5 le fret ferroviaire en France. Il en sera de même pour le transport de voyageurs. Nous, Français, pourrions dire que nous ne souhaitons pas mettre en concurrence notre transport de voyageurs dans le domaine ferroviaire. Concernant l’énergie, les prix ont augmenté de plus de 70 % depuis la directive de libéralisation de 1996. Si l’UE n’accepte pas que cohabitent en son sein des modèles économiques différents, elle explosera.

Cette clause ne constituerait-elle pas une entrave au principe de concurrence libre et non faussée ?

Non, puisqu’avec ce système nous ne privons personne de rien ! Mais cela suppose que nos entreprises publiques se concentrent sur leurs missions en France, que la SNCF, plutôt que d’aller investir dans tous les pays du monde, assume son cœur de mission. Ces services publics, hérités de 1945, fonctionnaient relativement bien, à la satisfaction des usagers – à l’époque on ne disait pas « clients ». Il faut avoir une drôle de conception du monde pour vouloir casser un système qui apportait une certaine satisfaction. C’est pourtant ce qu’on a fait ! Aujourd’hui, l’Union veut imposer par la force et partout son modèle économique, qui repose sur deux dogmes : l’austérité – la règle des 3 % – et la mise en concurrence de tout. On nous a présenté la construction européenne comme un moyen de se serrer les coudes, et on a aujourd’hui une Union dans laquelle on passe son temps à se tirer dans les pattes.

Faudra-t-il s’allier avec d’autres États pour permettre cet assouplissement des règles ?

Il faut accepter l’idée d’une Europe à géométrie choisie. Évidemment, je suis favorable à une harmonisation fiscale, à ce qu’il n’y ait plus, au sein de l’UE, de taux d’imposition sur les sociétés inférieurs à 25 %. Simplement, si on attend d’être 27 pour la mettre en place, on ne le fera jamais. Ceux qui disent « il faut être 27 » sont ceux qui, en fait, ne veulent rien, et ils savent pertinemment qu’on n’y arrivera pas. C’est pareil pour l’harmonisation sociale : on n’arrivera pas du jour au lendemain à un Smic identique dans l’ensemble des pays.

Y aura-t-il des lignes rouges à cette désobéissance ?

Tout est modulable dans le domaine économique et social. Sur la question des réfugiés, c’est différent. C’est peut-être impopulaire en France mais, si on ne fait rien, nous aurons honte. L’UE doit être unie sur l’accueil des réfugiés, et des sanctions doivent être appliquées aux pays qui s’y refusent, telles la Hongrie et la Pologne. La Pologne touche 12 milliards d’euros par an de l’Union européenne. Elle ne peut pas toucher l’argent d’une part et laisser les pays du Sud gérer seuls la question des réfugiés d’autre part. La solidarité, ça marche dans les deux sens.

Vous plaidez donc pour un retour en grâce des services publics, mais en proposez aussi un nouveau, dévolu à la rénovation énergétique et financé par la Banque centrale européenne.

En France, il y a chaque année 50 000 personnes qui meurent de la pollution ; en Europe, c’est 600 000 ! C’est un crime, mais un crime sans coupable. Dans l’Union européenne, quand on parle des pollueurs, on parle du salarié qui utilise son diesel pour aller au travail, mais pas des grands groupes, des grosses multinationales, ni des ménages les plus fortunés, qui polluent 40 % de plus que les plus pauvres. Et c’est aux plus pauvres qu’on explique qu’ils doivent changer de mode de vie !

Nous, communistes, proposons une fiscalité complètement revue qui favoriserait les modes de transport non polluants et pénaliserait lourdement les autres. Il n’est pas normal que le taux de TVA sur le train soit le même que sur l’avion. Et nous sommes favorables à un vaste plan d’investissement en faveur du ferroviaire et de la rénovation énergétique des bâtiments, financé par la BCE. Celle-ci, en dix ans, a versé 3 000 milliards d’euros aux banques privées en leur accordant des prêts avec un taux d’intérêt quasiment nul. C’est honteux !

Faut-il désobéir aux traités ?

Il faut s’affranchir de tous les traités qui renvoient à la politique économique européenne – pas ceux qui consacrent les droits de l’homme. Même Emmanuel Macron a fini par s’affranchir des 3 % à la suite du mouvement des gilets jaunes. Et ce n’est pas la première fois que ça arrive. Ni Sarkozy, ni Hollande, ni Macron n’ont véritablement joué le bras de fer avec l’Union européenne pour imposer d’autres logiques. François Hollande, qui avait promis de renégocier les traités budgétaires, s’est écrasé au bout de dix jours devant Angela Merkel. Si la France s’affranchissait des traités, je suis persuadé que personne n’irait la soumettre à quelque sanction économique que ce soit – nous sommes quand même la deuxième puissance économique de l’UE…

Il faut donc s’affranchir des traités, mais, ensuite, il faut mener un combat politique pour de nouveaux traités. D’abord, fixer le principe qu’aucun peuple ne doit être entraîné vers un chemin qu’il n’a pas choisi et permettre que des modèles économiques différents cohabitent – c’est mon mécanisme de veto social ; ensuite, fixer pour l’ensemble des pays des politiques sociales qui nous tirent vers le haut.

N’est-ce pas comparable à la stratégie « plan A-plan B » défendue par La France insoumise ?

Je ne suis pas favorable à une sortie de l’Union européenne. Les liens, les échanges entre pays de l’UE sont tellement forts qu’on n’en sort pas sans dégâts. L’expérience britannique le montre : les promesses des partisans du Brexit se heurtent aujourd’hui à la réalité. Quand on pense à la débauche de démagogie qu’on avait entendue à l’époque… Sortir de l’UE pose plus de problèmes que ça n’en règle. D’autant que l’expérience prouve que, quand on sort de l’UE, on ne sort pas du capitalisme. Mais le Brexit est un signal d’alarme : soit l’Europe change, soit l’Europe crève. Au-delà même du Royaume-Uni, les nationalismes montent partout : en Europe de l’Est d’abord, mais dans les pays fondateurs aussi.

L’abstention risque d’atteindre des sommets le 26 mai. Comment remobiliser les citoyens ?

Ça n’est pas évident. La parole des Français, comme celle des Européens, a été foulée aux pieds à de très nombreuses reprises. L’expérience de 2005 – et du « non » français au référendum européen – l’a prouvé. Les libéraux s’accommodent très bien d’une abstention élevée. Lorsque surviennent les élections européennes, les partisans de l’UE actuelle votent massivement, et ceux qui n’y sont pas favorables considèrent que ça n’est pas leur élection et restent chez eux. Le résultat, c’est que la grande majorité des eurodéputés défendent les orientations actuelles de l’UE.

Cependant, par endroits, les mobilisations sociales ont eu raison du dogme libéral de la Commission. Il en va ainsi de la directive sur les travailleurs de la route. La Commission avait élaboré, il y a un an, une directive très néfaste pour les conditions de travail des routiers. Il y a eu une mobilisation très forte des organisations syndicales et des euro-députés de notre groupe, la Gauche unitaire européenne (GUE). En dépit de ce rapport de force qui ne nous était pas favorable au départ, nous avons obtenu à deux reprises que la directive soit repoussée par le Parlement européen. Et, en fin de compte, le principe « à travail égal, salaire égal » a été retenu dans la directive adoptée au Parlement européen le 4 avril.

Comment s’extraire du duel imposé entre libéraux et extrême droite ?

Il est dans l’intérêt d’Emmanuel Macron de résumer le débat européen à un affrontement entre libéraux et « fachos ». « Les libéraux ou le chaos », prévient-il, et il se présente en sauveur. L’annonce de la candidature de Nathalie Loiseau à la tête de liste au moment où elle est assise en face de Marine Le Pen est très révélatrice de leur stratégie. Tout cela est à la fois périlleux et mensonger. Périlleux, parce que c’est une machine à fabriquer des « fachos » : les libéraux jettent dans les bras de l’extrême droite tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le libéralisme, avec la loi de l’argent.

Par ailleurs, cette opposition est factice. Sur la question des réfugiés, Macron est-il le rempart à l’extrême droite ? Qui a refusé d’accueillir les rescapés de l’Aquarius, d’accorder à ce bateau un pavillon français ? Qui mène actuellement une politique de chasse aux migrants particulièrement féroce ? Il n’est pas vrai non plus que l’extrême droite est antilibérale ou porteuse d’un progrès social quelconque : elle n’est favorable ni à l’augmentation du Smic ni au rétablissement de l’impôt sur la fortune. Au Parlement européen, le groupe de Marine Le Pen a voté pour la directive sur le secret des affaires, qui protège les multinationales contre les investigations des journalistes.

Marteler que le gouvernement est libéral et que l’extrême droite n’est pas sociale suffira-t-il à requinquer la gauche ?

Non. Il faut dire les choses franchement : une élection européenne ne suffira pas. La gauche ne s’est pas remise de la défaite de 2017. Et l’Europe n’est pas le sujet le plus facile pour lui permettre de se rassembler, parce que c’est un sujet qui nous divise depuis très longtemps. Le défi principal de la gauche, c’est de s’adresser à nouveau à ceux qui souffrent le plus des politiques libérales : les catégories populaires. Nous ne pouvons pas les laisser à l’extrême droite.

Dans quel groupe siégerez-vous si vous êtes élu ?

Le nôtre ! J’insiste sur ce point. Il n’y en aura pas d’autres. Et si certains pensent qu’on vit mieux divisés qu’unis, c’est leur problème. Dans notre cas, il y a un groupe qui s’appelle la GUE (1). C’est un très bel outil qui nous permet de porter des combats communs, le seul groupe qui s’est opposé à l’ensemble des traités européens, qui est aux avant-postes pour refuser les politiques d’austérité. Il faut donc le préserver comme la prunelle de nos yeux.

(1) Sur les 52 membres du groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, cinq sont français, dont deux membres du PCF. C’est aussi le groupe de Die Linke (Allemagne), Podemos (Espagne), Syriza (Grèce), Sinn Féin (Irlande), etc. Le Parlement européen compte 750 députés.

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En septembre 2017, Ian Brossat était notre invité à la fête de l’Huma, pour un échange autour de son livre « L’espion et l’enfant ».

Ian Brossat : le communiste qui voulait être utile

Article paru dans l’hebdomadaire « Politis » du 11 avril 2019

Le Parisien Ian Brossat est doué pour les médias, où son style modernise l’image du PCF. S’il est apprécié des socialistes, il est en revanche honni par les insoumis…

Ian BrossatTu le connaissais, toi, le candidat des communistes ? » Au lendemain du débat sur France 2, qui a vu le 4 avril s’opposer pas moins de 12 candidats aux européennes, la tête de liste du PCF a fait sensation. « Si ne pas avoir accueilli l’Aquarius, c’est un modèle de fierté pour vous, nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs », a-t-il lâché à la candidate macroniste, Nathalie Loiseau.

Si beaucoup de Français l’ont découvert ce soir-là, Ian Brossat, 38 ans, n’en est pas à son coup d’essai. Et à Paris comme dans l’appareil du parti, il n’est pas un inconnu. Élu de la capitale depuis 2008, ce fils d’une sociologue et d’un professeur de philosophie l’assume : il est résolument parisien. Il a grandi entre les XIXe et XIVe arrondissements et a fait ses classes au prestigieux lycée Henri-IV – aux côtés d’un autre candidat, celui du PS et de Place publique, Raphaël Glucksmann. « Nous n’étions pas proches », précise-t-il cependant.

Alors que ses parents militent tous deux à la Ligue communiste révolutionnaire, Ian Brossat fait un autre choix. « En entrant au Parti communiste, j’ai fait un petit pas à droite de leur point de vue. Je partage les mêmes valeurs et la même révolte qu’eux, mais, à leur différence, j’assumais le fait d’être dans les institutions, car j’avais envie d’être utile », confiait-il au Journal du Grand Paris en 2015. Cette envie d’être « dans les institutions » le poussera, une fois agrégé de lettres modernes, à siéger au Conseil de Paris, en plus de ses trajets pour Sarcelles (Seine-Saint-Denis), où il enseigne le français et la littérature à des lycéens.

Aujourd’hui retiré de l’Éducation nationale, il a été nommé en 2014 par la maire de Paris au poste stratégique d’adjoint chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence, où il a fait de la lutte contre Airbnb son cheval de bataille. « Il a senti très tôt que cette économie du partage, salutaire un temps, devenait néfaste pour la ville, confie un proche de la maire de Paris. Il a en quelque sorte été un lanceur d’alerte. » Doué pour les émissions de radio, les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, Ian Brossat sait y exprimer ses colères et mettre en lumière ses combats, et ne s’en prive pas. « Il sait dire simplement les choses compliquées sans éluder la complexité », vante Fabien Guillaud-Bataille, chef de la fédération PCF du Val-de-Marne. Nouvelle génération, nouveau genre, même militants… chez qui il suscite l’engouement. « Il est énergique, combatif et fait preuve d’une grande cohérence politique », renchérit Olivier Dartigolles, porte-parole du parti, qui confie : « Nous avons des retours très positifs. »

De son passage à l’émission de France 2, Ian Brossat n’a pourtant pas récolté que des éloges. Alors qu’il dénonçait l’impact des trajets en avion sur l’environnement et la trop faible taxation sur le kérosène, des photos postées sur son compte Instagram le montrait en vacances à Cuba, à New York… Paradoxe que des internautes n’ont pas manqué de relever – dans le jargon, on appelle ça un « bad buzz ». « Cette polémique, c’est la rançon de la gloire », sourit Olivier Dartigolles.

Mais d’autres polémiques guettent, et le fait d’être l’adjoint de la maire socialiste-mais-pas-si-de-gauche-que-ça Anne Hidalgo vaut à Ian Brossat des procès plus politiques. Attentiste ? Carriériste ? « Partout où l’on peut se rendre utiles et améliorer la vie des citoyens, on le fait », défend Fabien Guillaud-Bataille. Homme d’appareil, Ian Brossat a su faire plus que se rendre utile – « Il n’est pas dogmatique, pas sectaire, il travaille très bien », vante-t-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. Apprécié… mais pas de tous. Pourtant pas si éloignée des communistes sur le plan des idées politiques, l’élue insoumise de Paris Danielle Simonnet ne retient pas ses coups. « J’ai du mal à croire que quelqu’un qui a voté la contractualisation [droit de regard de l’État sur les finances des collectivités locales] de la ville de Paris puisse s’opposer à l’austérité européenne et à la règle d’or », explique-t-elle. Face à la Commission européenne, il faudra bien montrer les muscles. En cas d’échec ? Il restera toujours Paris…

Au mur des Fédérés, l’adieu à Roland

Hommage.

Au Père-Lachaise une cérémonie sobre et émouvante devant quelques centaines de personnes a évoqué la personnalité et l’action de l’ancien directeur de l’Humanité, disparu la semaine passée.

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L’étrange février qui vient de finir a hâté la venue du printemps. On entend des timides chants d’oiseaux dans les escaliers menant au mur des Fédérés, les fusillés de la Commune de Paris montée à « l’assaut du ciel », comme le disait Jacques Duclos, qui repose ici. Le Parti communiste, il y a longtemps, avait acheté un carré. Les noms de ceux qui y reposent furent des acteurs de ce siècle dont parlait Aragon, « Siècle martyr, siècle blessé, c’est de sang que sa bouche est peinte. » Roland Leroy en fut, entré dès l’âge de 15 ans dans la Résistance. La mort de l’ancien directeur de l’Humanité et dirigeant du PCF ne pouvait être une surprise. On l’avait découvert affaibli les dernières fois qu’on l’avait entrevu, quand bien même il avait ce même regard pétillant de malice et d’ironie avec son sourire en coin. Il y avait du dandysme et de l’élégance chez lui. Une belle photo est affichée derrière la petite estrade, à côté d’un drapeau tricolore et d’un drapeau rouge.

Sous les grands arbres encore nus, la voix de Jean Ferrat s’élève

Devant quelques centaines de personnes, après quelques mots de présentation de la sénatrice communiste Céline Brulin, c’est en saluant l’épouse de Roland Leroy et en reprenant un titre de Stefan Zweig qu’Ivan Levaï évoquait « le monde d’hier » « où nous faisions face au temps comme il vient et comme il change » : « Le communiste Roland Leroy sut, d’une guerre l’autre, faire face à toutes les crises, tous les temps difficiles. » Après avoir animé, des années durant, les joutes à la radio entre le directeur de l’Humanité et Jean d’Ormesson, il rappelait avec humour les éditoriaux du journal ferraillant « avec la presse bourgeoise et qui l’est encore ». Avec Roland Leroy, « l’Humanité était humaine, engagée, élégante. »

Dans le silence qui suit, sous les grands arbres encore nus, s’élève la voix de Jean Ferrat avec les vers d’Aragon : « Un jour viendra couleur d’orange, un jour d’épaule nue et de palme ». Les mots que toutes et tous connaissent se remettent à vivre. Lucien Marest, qui fut proche de Roland Leroy dans ses rapports avec les artistes et intellectuels, évoque tout ce qu’il entreprit, s’appuyant sur ses liens étroits avec Aragon et tant d’autres intellectuels et artistes des décennies 1960 et 1970, pour dégager la pensée communiste de l’étroitesse du réalisme socialiste, penser la création, la philosophie en liberté. « Il a contribué grandement à l’élaboration d’une nouvelle politique culturelle de la France. »

À sa suite, Patrick Apel-Muller, le directeur de la rédaction de l’Humanité, se souvient : « À l’Humanité, il était “Roland”, et le prénom disait tout, l’admiration pour son brio, pour sa rigueur, pour son invraisemblable capacité de travail, la reconnaissance parfois agacée de son habileté à vous conduire là où il voulait. Son charme, auquel chacun, même prévenu, avait succombé, alimentait une légende. Une critique de sa part était redoutée : précise, pointue, argumentée. Il aurait fait sienne la proclamation de Guillaume Apollinaire : “Nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l’Univers”. » Patrick Apel-Muller évoquait ensuite les acquis de la direction de Roland Leroy. « En un temps où des financiers prennent la direction des journaux, il faut souligner que Roland fut un véritable homme de presse (…). Roland a su également faire profiter l’Humanité de son formidable appétit de culture, de découvertes et de rencontres (…), il ouvrit le journal à d’autres courants de pensée de la gauche sociale, intellectuelle et politique, institua des pages idées, et mit le journal au service de grandes causes. » Et puis, dit-il, « comme élève, puis ami, au nom des équipes d’hier et d’aujourd’hui de l’Humanité, de Patrick Le Hyaric qui a salué dans ses colonnes « un beau et fort directeur de l’Humanité », je dis, chapeau bas, pour Roland ! ».

« Roland disait ensuite Fabien Roussel le secrétaire national du PCF, nous rassemble aujourd’hui une dernière fois, ici, devant ce mur des fédérés qui fait écho à sa propre vie de combattant (…). Toute sa vie, Roland est resté un homme debout, dressé face à l’injustice sous toutes ses formes.

Dans son métier d’homme de presse disait-il, comme dans sa tâche d’élu, « jamais il ne cédait à l’à-peu-près. Il n’était pas journaliste à la base mais il avait une très haute idée de la liberté de la presse ». Il était aussi « un homme d’action, une des plus grandes figures de notre parti » et, « Malgré les inévitables revers, les doutes, les atteintes mêmes à la belle idée du communisme, il est resté jusqu’au bout tel qu’en lui-même : fidèle à son idéal qu’il décrivait ainsi voici quelques années : « Je ne parle pas d’illusions, je parle d’aspirations, qui sont toujours les miennes ».

Parmi les personnalités présentes : Fabrice Cazadeberg, représentant le ministre de la Culture, Pierre Laurent, président du conseil national du PCF, Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, Martine Bulard, rédactrice en chef du Monde diplomatique, Michel Dufour ancien sénateur et secrétaire d’État, Isabelle Aubret. Les députés et anciens députés Sébastien Jumel, Hubert Wulfranc, François Assensi, Jean-Claude Lefort, Antoine Rufenacht…

Maurice Ulrich, dans l’Humanité du 6 mars 2019

Ndlr : nous avons très modestement aidé à la rédaction de cet article, en prêtant notre stylo à Maurice Ulrich pour sa prise de notes… et pu mesurer, à cette occasion, toute son émotion…

Roland Leroy

 

Angers, université 2018 du PCF (3)

Suite et fin de notre série d’articles sur l’université d’été du PCF

Angers 2018, Université d’été 2018, aperçus :

– Éclectisme des formes des ateliers ou formats d’interventions :

Seul :

Ou bien à deux, en binôme :

UE 2018-24

Seul, mais occupant tout l’espace comme trois :

Richard Lopez, médecin, ex-président de la Fédération Nationale des CDS

UE 2018-25

Parfois entourée d’une brochette de députés :

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Dans le cadre de speed datings :

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– Éclectisme des fonctions du président de l’université, Guillaume Roubaud-Quaschie :

Conducteur d’intervenant :

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Chauffeur de salle :

UE 2018-30

Mais aussi conducteur de navettes, goûteur de plats, discourant lors de l’ouverture de l’Université d’été, etc., etc. …

– Éclectisme dans l’expression de la concentration des esprits lors des ateliers : 

Patrick Coulon, animateur de débat et intervenant…

UE 2018-35UE 2018-36UE 2018-37UE 2018-38

Pas d’université sans livres :

UE 2018-39

Pas d’université sans restaurant universitaire :

UE 2018-40

S.B.

Angers, université 2018 du PCF (2)

Suite de notre série d’articles consacrés à l’université d’été du PCF

Angers, Université d’été 2018, aperçus :

La bataille parlementaire des communistes un an après, avec 6 des 11 députés du groupe à l’Assemblée Nationale.

Question clé : malgré le dense travail du groupe des élus, pourquoi une si faible exposition médiatique ? Quelle est la nature des difficultés en matière de communication des initiatives du groupe ?

Pierre Dharréville revient sur les points de presse hebdomadaires du groupe, menés par les 3 portes parole : Elsa Faucillon ; Sébastien Jumel et Lui-même, qui ont permis petit à petit à mieux identifier le travail du groupe au niveau des médias. Il revient aussi sur le travail de fond du groupe, condition a un traitement dans les médias. « Nous aussi on sait faire des sketches. Mais on a fait le choix de travailler le fond des dossiers ».

Elsa Faucillon souligne un problème culturel à dépasser. Souvent, par légitimité, dans les agendas des dirigeants du PCF étaient privilégiés des réunions de travail ou des réunions points vignettes plutôt que des interviews avec les médias, dont la portée était sous-estimée. On a appris à se faire remplacer et nouer des relations de confiance avec des médias.

Il est fait état des « fulgurances » médiatiques de Fabien Roussel, comme son intervention sur l’évasion fiscale à la tribune de l’AN, où il a pointé la montée au paradis de Johnny Hallyday et la mise au vert de son patrimoine en Uruguay, autre paradis… fiscal.

Faire l’événement et faire l’actualité. Un bon moyen pour passer dans les médias.   

 Comment faire reculer les déserts médicaux ? Une solution : les centres de santé, avec Philippe Lopez, ancien président de la Fédération nationale des centres de santé.

UE 2018-17

Les problématiques de santé et de prévention deviennent un objet consubstantiel des réflexions et pratiques des élus locaux faute d’une politique nationale de santé qui a conduit à la désertification médicale. L’opposition farouche de la médecine libérale par rapport aux médecins salariés et à la création de CDS, fait que des élus de toute tendance poussent maintenant à la création de CDS. Je dis bien de CDS.

Car beaucoup de collectivités locales se sont dits : on va faire une « maison médicale » et on va faire venir des médecins, voire on va faire venir des médecins de l’étranger, pour contourner le numérus clausus en France. Ceux-ci quittent leur pays pensant gagner de l’argent. Or, dans les 2 cas, quand un projet se développe sur un projet « immobilier » pour ne pas dire financier, cela court à l’échec. Statistiquement la greffe ne prend pas.

A contrario, les CDS eux n’ont pas de problème pour recruter des professionnels. Je prends le cas de la Saône et Loire : l’objectif des élus était de mailler tout leur territoire. Toutes les mesures jusque-là essayées n’ont pas permis d’installer des médecins libéraux. En l’espace de 9 mois, 25 médecins  ont dit oui à des projets de CDS.

La recette, s’il y en a une : les habitants doivent participer à la réflexion du projet de santé sur le territoire. Au final, l’offre de service que va apporter le CDS doit correspondre aux besoins de la population du bassin. Un territoire jeune, avec beaucoup d’enfants n’a pas les même besoins qu’un territoire vieillissant. On ne met pas les mêmes compétences.

Il y a besoin du rôle de la population et des collectifs citoyens : ils vont guider et accompagner le montage d’un CDS. Aujourd’hui, les CDS qui ouvrent sont le résultat d’histoires portées par des équipes en vue des municipales 2013/2014. Cela arrive à maturation.

UE 2018-18

Urgence biodiversité, avec Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et Alain Pagano Commission Écologie du PCF

UE 2018-19

Alain Pagano : on est aujourd’hui, depuis l’histoire de la vie sur terre, à la 6ième crise d’extinction de la biodiversité. Celle-ci est à 100% en grande partie liée à l’action de l’homme. 

On peut être très inquiet. C’est du réseau alimentaire dont il s’agit. Il y a des ruptures dans la chaine alimentaire. Il y a problème parce que l’espèce qui a disparu nourrissait une autre espèce…. Quand une brique est enlevée, c’est tout le mur et l’humanité qui est menacée.

Pourquoi préserver la biodiversité ?

Alain Bougrain-Dubourg :

Quelques chiffres, sur terre, il a été calculé que 67% du tonnage des mammifères vivant sur terre c’est du bétail. 30%, c’est des humains. Et 3% du tonnage des mammifères, c’est le reste des animaux.

Voilà ce qu’on a fait de la planète. Il ne s’agit pas de rééquilibrer. Mais de prendre conscience des dangers qui nous guettent.

Prenons la chasse : j’ai moi-même chassé quand j’étais jeune. L’homme, dans l’histoire a chassé pour manger. Aujourd’hui, la chasse, c’est un loisir. On tue des animaux pour tuer. A ce jour, une soixantaines d’espèces d’oiseaux sont chassables en France. Contre en moyenne 14 espèces en Europe. Or, sur cette liste de 60 oiseaux chassables en France, il y a 20 espèces comme le courlis cendré, qui sont inscrites sur la liste rouge des espèces menacées de disparition et qui sont sur la liste rouge de l’Union internationale de conservation de la nature.

A titre d’exemple, la tourterelle des bois a perdu 80 % de sa population.

Par rapport au projet de gouvernement sur la chasse*, qui contient comme aberration par rapport à ces enjeux, une baisse du prix du permis de chasse, et la prolongation de la chasse de l’oie sauvage, le courlis cendré, au-delà du mois de janvier, sur février donc, alors que l’animal débute sa phase de reproduction, je demande avec la LPO l’arrêt de tirer les espèces à l’agonie.

UE 2018-20

Alain Pagano : Comment se fait-il que le changement climatique ait réveillé les consciences et que l’appauvrissement de la biodiversité, non ?

Alain Bougrain-Dubourg : On ressent le changement climatique. On voit les effets du changement dans les carottages… etc.

On a des réponses potentielles avec : covoiturage, isolation thermique, etc. chacun peut trouver des solutions potentielles changement climatique.

Concernant la biodiversité,  on ne perçoit même pas le déclin. Quel est l’impact de la suppression de telles espèces… on n’est même pas au courant ! On est dans une société où tout ce qui n’est pas utile est inintéressant…. Voire est nuisible…

Il y a une non identification du déclin de la diversité. Et quand cela est malgré tout perçu, dans le cas des abeilles par exemple, on se retourne auprès de l’état. Car il existe peu de moyens individuels pour faire reculer ce fléau. Or, on peut être inquiet pour l’avenir du vivant. Et face à cette indifférence vis-à-vis du déclin du vivant. On ne pourra s’en exonérer.

Il y a un très grand retard sur cette question.

Si le PCF s’affiche sur les questions de biodiversité, il peut surprendre : 1) c’est une question qui traverse la société. 2) Cela va étonner, car c’est un thème qu’il n’a pas abordé comme tel jusque-là.

Remarque de la salle : C’est comme avec Notre Dame des Landes. On a beaucoup à apprendre, nous communistes par rapport à ces types de mouvements. Il ne faut négliger aucune forme d’actions, pour apporter notre propre soutien mais aussi nos propres réflexions à ces mouvements sur ces questions-là. On a une place importante à reconquérir et à investir. Il faut l’affirmer au plus haut niveau de la direction du PCF.

* E. Macron a donné son accord pour que le prix du permis national de chasse soit divisé par deux.

UE 2018-21

À suivre…

S.B.