Houleux

Un Conseil municipal bien houleux hier soir encore en salle des mariages… Il est bien difficile de faire entendre des propositions alternatives sans provoquer l’agacement voire l’énervement des élus de la majorité, qui le manifestent bruyamment. On le regrette.

Notre compte-rendu commence par les réponses du maire à nos « questions orales ». Ce pourrait être l’occasion de débattre sur le fond de questions locales, mais hélas, les réponses sont schématiques et mettent fin à tout échange puisqu’après la réponse du maire, nous n’avons plus la parole.   

Inondations du 17 octobre 2024 – Stéphane Bauer

Les intempéries d’octobre, certes exceptionnelles, ont montré que nous pourrions être exposés dorénavant à de graves dégâts : inondations notamment à la salle d’armes, pourtant récemment rénovée. La salle elle-même a été totalement inondée et a renvoyé vers les propriétés voisines le surplus de sa cuve de rétention d’eau.

Qu’envisage la ville pour éviter que de tels dommages se reproduisent ?

Réponse du maire : ces événements étaient exceptionnels et les structures publiques ou maisons individuelles ne sont pas dimensionnées pour y faire face. Des aménagements complémentaires doivent souvent être prévus. Pour ce qui est des propriétés voisines à la salle d’armes, la provenance de l’eau qui les a frappées est sans lien avec la construction nouvelle, d’autant plus que celle-ci s’est accompagnée d’ajouts d’exutoires. La solution consiste plus probablement à créer une « noue végétale » sur la bande de terre voisine, qui va en cas de pluie centennale, collecter les masses d’eau et ainsi éviter des débordements éventuels.

Nos commentaires : il est bien étonnant d’entendre à nouveau affirmer que les inondations des pavillons voisins de la salle d’armes ne sont pas dues à la salle d’armes ! La ville a pourtant précédemment reconnu les débordements de la cuve de rétention d’eau, d’ailleurs filmés par les riverains.. Le maire est resté muet sur l’inondation de la salle elle-même, qui est tout de même inquiétante pour un équipement tout récemment rénové. Les travaux devaient justement prendre en compte la position de la salle en contrebas du collège et la prémunir de tout dégât des eaux. C’est raté. Attention, les événements dits exceptionnels risquent de devenir fréquents.  

Solidarité – Isabelle Volat

Les expulsions de locataires de bonne foi sont pour nous une pratique d’un autre âge qui enfonce des personnes déjà fragiles. Cela les isole de leur environnement et les condamne à une situation très précaire, sans résoudre aucun problème. Les enfants de ces familles sont particulièrement touchés quand ils se retrouvent à errer entre différents hébergements d’urgence.

Comment la ville peut-elle éviter en amont ces situations, qui sont toujours des catastrophes sur le plan humain ?  

Réponse du maire : il commence par rappeler que ce n’est pas la ville qui expulse les familles mais les propriétaires. Par ailleurs, la complexité et le temps des procédures font que ce ne sont pas des expulsions sans raisons, comme la question semble le dire, mais c’est souvent en raison d’impayés de loyers qui datent de plusieurs années, ou la reprise du logement par les propriétaires pour vente, ou leur propre relogement. Dans tous les cas, le CCAS intervient très en amont dès qu’il est informé de la situation. Une assistante sociale propose plusieurs rendez-vous aux locataires mais malheureusement il arrive parfois que ceux-ci ne se présentent pas.

Nos commentaires : l’art de noyer le poisson poussé à son paroxysme… Nous savons parfaitement que ce sont les propriétaires qui demandent l’expulsion, et les raisons qui peuvent la provoquer. Nous savons aussi que la réalité est parfois tout autre que le récit du maire, qu’un bailleur social peut expulser même quand le locataire a réglé sa dette, et que si les familles ne se présentent pas, ce n’est pas sans raison. Cela peut justifier un déplacement des  services sociaux avant d’arriver à la mise à la rue. Pas une once d’humanité dans cette réponse froide et administrative. Et en quoi le fait de mettre une famille dehors, y compris avec des enfants (rappelons que plus de 2 000 d’entre eux dorment dans la rue en France aujourd’hui), règle-t-il le problème ? Cela ne fait que l’aggraver.    

Marché municipal – Stéphane Bauer

On sait que les relations sont mauvaises depuis longtemps entre la ville et le concessionnaire du marché. Elles sont mêmes devenues rocambolesques, Mandon cassant unilatéralement le contrat en avril. La ville lui demandant finalement de rester mi-mai, alors qu’à ce moment-là le concessionnaire était devenu débiteur vis-à-vis de la ville de la concession restant à courir jusqu’en 2030. Nous avions l’opportunité de remettre tout à plat, en régie ou avec un nouveau concessionnaire, pour relancer le marché. Dans la convention qui  lie la ville et Mandon, il apparaît qu’il n’y aurait plus désormais de « taux d’engagement de remplissage du marché » (90 %) par Mandon-Somarep (cf. rapport n°12 du dernier CM, cet objectif a disparu), taux qui était l’élément central de la convention signée entre la ville et Mandon en 2017. Nous nous étonnons qu’on en soit arrivé là.

Quelles sont les obligations de Mandon en matière de remplissage du marché ?

Réponse du maire : la présentation des faits est inexacte. La ville a rappelé en mai à Mandon les conséquences juridiques d’une rupture unilatérale du contrat. Le délégataire en a tenu compte et la ville a évité une fermeture, même temporaire du marché. La passation d’un délégation de service public nécessite de 9 à 12 mois de procédure. S’agissant de l’objectif de remplissage du marché à 90%, nous en sommes loin. Mais qui peut reprocher à la ville d’avoir eu toujours de l’ambition pour le marché ? La ville a exprimé à plusieurs reprises son insatisfaction sur la situation. Le maire estime que le contexte économique, et aussi les usages de consommation actuels, sont de plus en plus difficiles pour les marchés.      

Nos commentaires : la question était pourtant claire mais la réponse est bien floue… L’objectif de remplir la halle à 90% est-elle toujours d’actualité ? Si oui, pourquoi a-t-elle disparu du rapport d’activité de Mandon ? Quant à l’ambition municipale pour le marché, hélas, on la sait fort modeste. Pas assez importante pour envisager une régie directe, par exemple. Trop facile d’incriminer les pratiques des consommateurs, car on sait aussi que des marchés dans des communes proches fonctionnent très bien : Enghien, mais aussi Ermont et Eaubonne, cette dernière ville avec 3 marchés par semaine…

Réglementation de l’éclairage nocturne – Isabelle Volat

À défaut de réduire une partie de la nuit l’éclairage public dans une partie de la ville, ce qui générerait des économies et serait également positif en matière écologique, serait-il possible de faire éteindre comme la réglementation l’impose : les enseignes lumineuses des commerces qui restent allumées pour certains ; les panneaux publicitaires Decaux ; la publicité du cinéma sous le porche du Forum ?    

Réponse du maire : la ville a répertorié précisément les commerçants qui ne respectent pas l’obligation d’éteindre ainsi que les panneaux qui restent allumés après 23h. Le service politique de la ville va directement intervenir auprès des intéressés pour leur rappeler le règlement et pour les quelques panneaux publicitaires allumés après 23h, la liste exhaustive a été communiquée à Decaux pour qu’il fasse le nécessaire. Quant aux panneaux du cinéma, ils sont bien éteints par le projectionniste après la dernière séance.

Nos commentaires : dont acte ! Un quiproquo toutefois sur les affichages du cinéma dont nous avions bien précisé l’emplacement. Si ceux dans l’allée du cinéma sont bien éteints, il n’en va pas de même pour ceux situés sous le porche entre la place du Forum et la rue B. Albrecht.  

Football – Stéphane Bauer

Nous avons été interrogés sur l’accueil récent de l’équipe nationale de football d’Israël au Sivom, et sur le territoire de St Gratien, pour s’entrainer du 12 au 14 novembre sur le Stade Michel Hidalgo, dans le cadre de la Ligue des nations, qui somme toute reste un tournoi de nature amicale. Mais le sport ne fait pas abstraction des conflits. La participation d’Israël aux JO a fait débat, car la Charte olympique promeut le respect d’une « trêve olympique » (période de paix qui invite à l’arrêt des conflits – cessez le feu, qui s’étend d’une semaine avant le début des jeux olympiques à une semaine après les jeux paralympiques). La Russie et La Biélorussie ont pour cette raison été autorisées à envoyer seulement ses sportifs sous bannière neutre aux JO de Paris. Leurs sportifs sont exclus de toutes les compétitions internationales. En ce qui concerne la Palestine, les infrastructures sportives y ont été détruites par l’armée Israélienne, plus de 400 athlètes, bénévoles et employés du monde sportif ont été tués ou blessés en 2024 (dont 71 footballeurs pro. ou amateurs tués). L’entraineur de l’équipe olympique de Palestine en football est mort dans un bombardement sur la bande de Gaza début 2024. Lundi dernier, une footballeuse internationale libanaise (de la Beirut Football Academy) , membre de la sélection nationale, a été gravement touchée à la tête lors d’une frappe israélienne sur la banlieue de Chiyah.

Pourquoi notre collectivité n’a-t-elle pas utilisé cette occasion pour se prononcer pour l’arrêt des carnages (selon Joseph Borrel, chef de la diplomatie européenne en nov. 2023 et encore en mai 2024) et pour lancer un appel pour la paix dans cette région du monde, en écho du discours tenu devant le monument aux morts le 11 novembre ?

Réponse du maire : il rappelle que les questions en fin de Conseil doivent  avoir un lien direct avec notre commune. Il trouve regrettable que notre parti prenne en otages les malheureux qui meurent dans cette région. « Vous importez sur notre sol à des fins électoralistes un conflit venu du Proche-Orient », nous dit-il. Comme le maire l’a dit le 11 novembre, il est pour la paix dans le monde, que ce soit en Europe, au Proche-Orient, au Sahel, en Afghanistan, en Syrie, au Yémen et dans d’autres régions du monde où sévissent encore des guerres dont nous n’entendons jamais parler.   

Nos commentaires : vilaine réponse très politicienne ! Notre « parti », j’imagine qu’il vise le PCF bien que nous intervenions au Conseil au nom de la liste « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen » a effectivement depuis des mois pris position contre ce qui apparait non pas comme une guerre, mais comme une entreprise génocidaire. L’évoquer à l’occasion d’une présence de footballeurs israéliens sur le territoire de la ville n’est pas incongru. Demander qu’un appel à la paix soit lancé à ce moment n’est nullement une « prise d’otages ». Le maire devrait mesurer ce que ces mots recouvrent. Nous ne savons pas si Dominique de Villepin, qui fortement alerte sur le massacre en cours à Gaza, ou la Cour pénale internationale, qui vient de lancer un mandat d’arrêt contre B. Netanyahou pour crimes de guerre, sont aussi soupçonnés d’arrière-pensées machiavéliques. Pour notre part, nous sommes horrifiés de ce qui se passe à Gaza, où meurent dans des conditions atroces des centaines de milliers de civils, majoritairement des femmes et des enfants. À notre modeste niveau, il nous semble de notre devoir  d’agir pour que cesse le piétinement du droit international par des dirigeants, qui faut-il le rappeler, sont d’extrême-droite. Je trouve également regrettable que les élus de la majorité ne soient pas capables de faire preuve d’un peu de correction, et ne puissent se retenir d’exprimer bruyamment leur désaccord, essayant de couvrir la voix de celui qui pose la question, comme si celle-ci était scandaleuse. Je rappelle aussi que le PCF n’a pas de leçon à recevoir de quiconque en ce qui concerne sa lutte incessante partout dans le monde, et de tous temps, pour la paix. 

À suivre les dossiers examinés en Conseil… 

Notre humanité commune

Dans une tribune à «Libération», l’ancien Premier ministre demande au gouvernement israélien d’ouvrir les portes de Gaza afin que les journalistes et les ONG puissent faire la lumière sur le désastre humanitaire en cours.

par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre

La situation à Gaza n’est pas seulement une tragédie humanitaire, mais un défi moral, juridique et politique pour toute la communauté internationale. Face à l’ampleur des destructions, aux souffrances de millions de civils et au risque de génocide évoqué par la Cour internationale de justice au début de l’année, nous avons le droit et le devoir de savoir.

Le bilan humain est insoutenable : plus de 2 millions de personnes déplacées, ayant dû fuir en moyenne cinq fois dans les derniers mois, profondément traumatisées par les bombardements intensifs. Plus de 45 000 morts, dont un très grand nombre de femmes et d’enfants, et plus de 20 000 enfants handicapés à vie à la suite de blessures graves ou victimes d’amputation.

Presque toutes les écoles, hôpitaux, bibliothèques, lieux de cultes, bâtiments historiques, et même les cimetières détruits, symboles d’une mémoire collective anéantie. Aujourd’hui, 400 000 civils sont piégés dans le nord de Gaza, sans accès humanitaire.

Nul ne saurait oublier le sort des otages encore détenus. Nul ne saurait ignorer la barbarie du Hamas qui s’est déchaînée le 7 octobre 2023, déclenchant un cycle de représailles sans fin. Des voix s’élèvent dans le monde entier : au sein du monde arabe, dans le Sud Global, au Vatican et dans nos universités.

Le silence et l’inaction menacent non seulement l’image de l’Occident, mais engendrent un mépris durable à son égard. Benyamin Nétanyahou, qui prétend livrer ce combat au nom de la civilisation, doit répondre à ces inquiétudes avec clarté et transparence. La communauté internationale doit refuser de détourner le regard. L’ignorance ne peut plus être une excuse.

Ce devoir de vérité est impératif pour une démocratie comme Israël

Nous devons faire la lumière sur ce qui se passe réellement derrière les murs de Gaza. L’obscurité nourrit les crimes et justifie les dénis. Plus encore, quand les journalistes meurent, voire sont directement ciblés, comme l’indique Reporters sans frontières. Les preuves des destructions et des violations du droit international s’accumulent, mais la vérité reste cachée derrière un blocus imposé. Chaque jour d’inaction nourrit l’impunité et nous éloigne de la justice.

Ce devoir de vérité est encore plus impératif pour une démocratie comme Israël. La liberté d’informer est un pilier pour toute démocratie. Cacher la réalité ou empêcher la lumière de faire jour trahit les principes mêmes qui la fondent. Nombreux sont les Israéliens eux-mêmes qui s’interrogent et dénoncent la situation.

La convention de 1948 nous impose de prévenir avant qu’il ne soit trop tard. L’histoire nous enseigne que les premiers signes d’une tragédie sont souvent ignorés ou minimisés. Ouvrir Gaza aujourd’hui, c’est faire preuve de lucidité et de courage pour évaluer la situation et garantir que le droit soit respecté. C’est aussi mobiliser les consciences face à une tragédie qui va hanter la mémoire des générations futures.

Refuser d’agir aujourd’hui, c’est abandonner notre humanité commune

Il est temps pour la communauté internationale de reprendre l’initiative. Ouvrir Gaza à des observateurs indépendants, c’est permettre aux journalistes, aux organisations humanitaires et aux instances internationales de dire la réalité et de témoigner. C’est donner aux citoyens du monde la possibilité de comprendre l’urgence de la situation et d’exiger des actions immédiates. La désinformation ou l’absence d’information ne doivent pas servir de prétextes à notre inaction.

Refuser d’agir aujourd’hui, c’est abandonner notre humanité commune. Le droit et le devoir de savoir ne sont pas des options. Ce sont les piliers de la justice, de la dignité humaine et de la paix. «Open Gaza Now» n’est pas une lubie ni une demande extrême, c’est une exigence essentielle. Face à l’urgence, il est de notre responsabilité collective de briser le cycle de la violence qui précipite la division du monde entre l’Occident et le Sud Global, au motif d’un «deux poids, deux mesures», dont les conséquences promettent d’être catastrophiques. Le gouvernement israélien doit ouvrir les portes de Gaza pour prouver qu’il est à la hauteur des principes qu’il revendique. 

Image parue dans l’Humanité en 2014

Quelle connerie

Il y a 110 ans, commençait un affrontement mondial effroyable.

Ce matin, nous étions comme chaque 11 novembre, présents à la commémoration de l’armistice qui mit fin aux combats de la première guerre mondiale. L’occasion pour nous de réaffirmer notre aspiration profonde à la paix !

Cette date mélange malheureusement depuis que N. Sarkozy en a décidé ainsi, un hommage « à tous les morts pour la France ». Un bien curieux amalgame entre les victimes des deux guerres mondiales, celles des guerres coloniales et celles des guerres plus récentes menées par des armées de métier. Des conflits certes bien différents.

Pour nous, le 11 novembre reste la commémoration de la fin de la « grande guerre », qui fut bien une grande boucherie par l’ampleur des destructions, des horreurs et des souffrances qu’elle a engendrées. Des morts, des invalides, des traumatisés, des veuves et des orphelins par millions, partout en Europe et dans le monde. Une guerre pour les « industriels » qui finira par une paix injuste semant les germes d’un deuxième conflit mondial.

Hélas, cette tuerie que les malheureux poilus voyaient comme la « der des der », ne le sera pas.

Aujourd’hui, de nombreux conflits ensanglantent le monde, de l’Ukraine à Gaza et au Liban, en Afrique… des drames absolus pour les peuples, auxquels s’ajoutent des milliards dépensés dans une course folle aux armements.

Avec Jacques Prévert, redisons-le : la guerre,  quelle connerie !

« Et nous allons, nous allons, sur ces champs encore blêmes et usés par les pas, sous le ciel où des nuages se déploient, déchiquetés comme des linges à travers l’étendue noircissante qui semble s’être salie, depuis tant de jours, par le long contact de tant de pauvre multitude humaine. » Le feu, Henri Barbusse

Photos de la cérémonie place Gambetta puis au cimetière : merci à S.B. ! 

L’horreur absolue

260 personnalités et élus pour un cessez-le-feu à Gaza : « Depuis un an, nos consciences sont ébranlées »

Tribune

Nous publions cet appel lancé par plus de 260 signataires, élus et personnalités associatives.

L’horreur absolue se déroule sous nos yeux à Gaza, sans qu’aucune des grandes puissances internationales n’intervienne pour y mettre un terme. Pire, elles offrent au gouvernement israélien un blanc-seing pour continuer de perpétrer des crimes et des destructions en toute impunité, visibles aujourd’hui en boucle via les chaînes et les supports numériques du monde entier.

Personne ne pourra dire qu’on ne savait pas !

Des dizaines de milliers de tués et de disparus. Une situation humanitaire hors de contrôle. Des dizaines de milliers de blessés, de handicapés, de déplacés. Une population entière traumatisée durablement. Une génération sacrifiée.

Les Libanais.es subissent depuis le 23 septembre dernier, à leur tour, d’effroyables frappes aériennes, tuant des centaines de civils aveuglément et jetant des centaines de milliers d’autres sur les routes.

À cette ignoble barbarie, succède la volonté du gouvernement israélien de briser les institutions internationales. La Knesset et ses élu.es au pouvoir, en adoptant deux textes visant à l’interdiction de l’intervention de l’UNRWA (office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugié.es de Palestine dans le Proche-Orient qui fournit assistance, protection et qui plaide en faveur des 4,7 millions de réfugié.es palestinien.nes) ont franchi une nouvelle étape dans l’abject en frappant directement celles et ceux qui permettent la survie immédiate des populations. Rappelons que l’UNRWA apporte l’aide humanitaire dont dépend la survie de 2 millions de Gazaouis sous blocus israélien, et fait fonctionner les services indispensables de santé et d’éducation dans l’ensemble des territoires de la Palestine occupée.

L’UNRWA est le poumon de la Palestine occupée et c’est précisément cet organe vital que le gouvernement israélien veut frapper !

Ne nous y trompons pas, la stratégie du pouvoir israélien et ses opérations menées à Gaza et en Cisjordanie, sous couvert d’un « droit à se défendre », visent un objectif global d’effacement des revendications légitimes des Palestiniens par la force. Il s’agit de détruire tout ce qui peut concourir à favoriser le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination, à l’indépendance, à la souveraineté et au droit au retour. Au-delà de l’aide humanitaire aux populations, l’UNRWA revêt une dimension éminemment politique : sa présence à Jérusalem renvoie inévitablement au système d’occupation illégitime de l’État israélien. L’UNRWA symbolise aussi l’engagement international en faveur du droit au retour des réfugié.es. Interdire ses activités représente une escalade folle sans précédent, c’est un défi flagrant à toutes les chartes et traités et à tous les États membres de l’Organisation des Nations Unies.

Cette décision bafoue l’accord Comay-McLemore de 1967 qui a permis à l’agence des Nations Unies d’opérer à l’intérieur des territoires palestiniens occupés.

Elle menace encore davantage le statut de la ville de Jérusalem Est d’où officie l’agence des Nations Unies, le but du gouvernement israélien étant la poursuite totale et finale de l’annexion de Jérusalem Est.

Nos partenaires palestinien.ne.s des camps de réfugié.e.s expriment leur écœurement vis-à-vis des États, partout dans le monde, qui contribuent au financement de l’UNRWA et qui, dans le même temps, n’exercent aucune pression envers l’État d’Israël pour qu’il rende des comptes. Ils ne comprennent pas pourquoi toutes les tentatives de déstabilisation des institutions internationales par Benyamin Netanyahou restent sans effet. L’État d’Israël se comportant comme un état hors-la-loi, nous devons exiger sa suspension de l’ONU !

Notre action doit continuer à porter la voix des Palestiniens, nous, peuples libres, ne reconnaissant que le droit et une organisation internationale légitime à intervenir pour garantir le maintien de la paix et de la sécurité. En ce sens, la France s’honorerait de reconnaître l’État de Palestine comme 146 des 193 pays membres de l’Organisation des Nations unies.

Notre association (la Coopérative des élus, ndlr) et à travers elle, les parlementaires, maires, élu.e.s, citoyen.n.e.s engagé.e.s des villes de notre réseau, défendons le droit des réfugié.e.s palestinien.ne.s depuis plus de 35 ans. Nous nous tiendrons aux côtés des milliers de personnes qui font vivre l’UNRWA au quotidien et aux côtés réfugié.es palestinien.nes dans cette nouvelle épreuve et nous organiserons une mobilisation d’envergure dans ce sens dans les mois qui viennent.

Nous réaffirmons notre soutien inaltérable à l’UNRWA, notre soutien aux peuples palestinien et libanais. Nous portons haut et fort leur voix pour que nos pays, la France et l’Europe, exercent leur pouvoir pour déployer toutes les sanctions possibles contre l’État israélien, inverser le rapport de force pour permettre à la justice et au droit international de s’appliquer.

On aime les Toiles !

On partage cet édito, lu dans le programme de notre cinéma préféré ! Oui, on aime notre cinéma « de quartier », qui est connu d’ailleurs bien au-delà de Saint Gratien, oui, on y est bien, oui, on y va souvent, et oui, on vous encourage à le fréquenter si ce n’est pas déjà le cas ! Avec un tarif record de 5€ la séance si vous prenez un carnet de 10 places !

L’édito de la brochure des Toiles de ce mois… à lire ci-dessous

À l’heure où nous écrivons ces lignes, Jérôme Seydoux, patron de Pathé, court les plateaux pour évoquer l’ouverture de son nouveau cinéma, le Pathé Palace. Conçue par l’architecte Renzo Piano, la salle, sise avenue de l’Opéra dans le IX ème arrondissement de Paris, sera riche d’équipements luxueux, d’un service de conciergerie comme dans un hôtel quatre étoiles, d’un service en salle comme dans un restaurant gastronomique, et doté de sièges chauffants avec télécommande intégrée, position assise, penchée, couchée… sorte de lits médicalisés de luxe, il ne manque plus que l’infirmière.
On sait qu’à quatre-vingt-dix ans passés, le patriarche a personnellement supervisé sa construction dans les moindre détails (le malicieux documentariste suisse Jean-Stéphane Bron a, nous dit-on, suivi toutes les étapes de chantier titanesque et nous sommes assez impatients de voir ce que son œil acéré a retenu de l’entreprise) et il a, cela tombe sous le sens, investi une fortune dans ce paquebot symbolisant sa vision du cinéma de demain, à savoir : un cinéma spectaculaire, luxueux… et un cinéma cher puisqu’il faudra débourser 25€ pour une place.
Jérôme Seydoux a eu beau jeu de vanter, au passage, l’immense et indéniable succès du Comte de  Monte Cristo (plus de huit millions de spectateurs au compteur début septembre), tout en passant sous silence que sa série des Trois mousquetaires, première série de blockbusters patrimoniaux censés redynamiser le cinéma français, n’est finalement jamais rentrée dans ses frais colossaux.
Et il n’y a pas eu grand monde pour modérer l’enthousiasme de ce monsieur se présentant comme LE sauveur du cinéma dans l’hexagone, jusqu’à une célèbre journaliste d’une radio de service public qui s’est fendue d’un commentaire désinvolte sur les autres salles « où on est mal assis, serrés comme des sardines et où ça ne sent pas toujours bon » (sic). Il va donc falloir le redire : l’avenir dira si le modèle « de luxe » prôné par Pathé se révèle pertinent (on se souvient de la tentative équivalente de Luc Besson il y a une quinzaine d’années qui s’est soldée par un échec cuisant…) mais lorsque Mr Seydoux nous dit « si les gens veulent voir des films pas cher, qu’ils les regardent à la télévision », il balaye la nécessité de maintenir une expérience collective et accessible à tous et, surtout, il ignore manifestement qu’au prix maximum de 7€, il existe des cinémas où tous les spectateurs bénéficient d’un accueil plus que luxueux. Posez la question aux très jeunes spectateurs des Toiles à qui notre responsable des jeunes publics a toujours une attention particulière, aux grands qui ont régulièrement le plaisir d’échanger avec la crème de la crème du cinéma français, cinéastes, comédiens, critiques… Le tout dans un espace cosy, qui sent bon et où, certes, les spectateurs doivent rester en position assise… mais on peut tout de même se féliciter de ne pas encore ressembler aux personnages larvaires du film Wall-E, n’est-ce pas ?

L’équipe des Toiles !
 

Madeleine

Madeleine Riffaud, résistante, journaliste à l’Humanité, vient de nous quitter à l’âge de 100 ans.

Une vie extraordinaire, hors du commun  pour celle qui disait  « Il n’y a aucune cause perdue, excepté celles qu’on abandonne en chemin. » Elle n’a rien abandonné, de la résistance contre le nazisme sous le pseudonyme allemand de « Rainer », référence au poète Rainer Maria Rilke, à l’engagement contre les guerres colonialistes d’Indochine puis du Vietnam et d’Algérie.

Poète, elle fut amie d’Eluard, de Vercors, de Picasso et d’Hô Chi Minh… Dans les années 70, son livre « les linges de la nuit » remporta un immense succès : elle y racontait son immersion dans le monde déjà si malmené de l’hôpital, après y avoir travaillé incognito sous pseudonyme.

Sa vie a fait l’objet d’une bande dessinée, « Madeleine, résistante. » L’hommage ci-dessous de son auteur, Jean-David Morvan.     
 
« Je pense que je ne rencontrerai plus jamais quelqu’un comme ça », réagit, jeudi 7 novembre, sur franceinfo, Jean-David Morvan, scénariste et auteur de BD, co-auteur avec Dominique Bertail de Madeleine, résistante.

Jean-David Morvan perd celle qu’il considérait comme l’un de ses « meilleurs potes » malgré leurs 45 ans d’écart. Il décrit une relation « magnifique ». Madeleine Riffaud « avait vécu tant de choses », elle « avait tant de choses à m’apprendre », poursuit-il. Jean-David Morvan se souvient de leur échange quand il l’a appelée pour lui « demander si elle voulait faire de la bande dessinée. Elle avait répondu : ‘N’importe quoi, on m’aura mise à toutes les sauces’, raconte-t-il en l’imitant. Finalement, elle a accepté et c’était un changement de vie incroyable » car Madeleine Riffaud, était vraiment « exceptionnelle, je suis encore amoureux d’elle. » Il insiste parce que cette « amitié sincère » l’a « énormément enrichi ».

« Madeleine m’avait dit : ‘Tu verras, tu vivras très bien avec moi, sans moi.’ Voilà, ça commence… (Et pour l’instant, je ne le vis pas super bien) », a écrit sur sa page Facebook Jean-David Morvan. « Je ne la verrai plus » alors que « j’ai passé sept ans avec elle. J’habitais quasiment chez elle dans le Marais à Paris, deux ou trois jours par semaine », ajoute sur franceinfo l’auteur de BD qui habite à Reims. Il était dans le train avec Dominique Bertail quand il a appris le décès de Madeleine Riffaud. Ils se rendaient à Paris pour lui rendre visite.

Jean-David Morvan a co-écrit un texte pour rendre hommage à Madeleine Riffaud, « une femme étonnante de lucidité sur le monde comme il ne va pas, nourrie par son expérience de vie, redoutant d’être récupérée par les uns ou par les autres, ce qui ne manquera pas d’arriver néanmoins ». Il précise qu’elle « écoutait franceinfo toute la journée », y compris le soir quand, selon elle, « les journalistes disent ce qu’ils n’osent pas dire dans la journée ».

Co-auteur de Madeleine, résistante, il est « super fier de l’avoir ramenée à sa place dans l’histoire de France » parce que Madeleine Riffaud « a été très célèbre jusque dans les années 70 » puis a été un peu oubliée par les plus jeunes générations.

Dans un communiqué, la ministre de la Culture, Rachida Dati, « salue la mémoire de cette héroïne au courage admirable et exemplaire ». « Je suis content qu’elle le dise », réagit, un peu amer Jean-David Morvan. « On lui a demandé pour la faire Chevalier des Arts et des Lettres et on n’a jamais eu de réponse, mais c’est sûr que Tom Cruise, c’est sans doute plus intéressant », ironise-t-il. L’ami de Madeleine Riffaud estime qu’elle « mérite largement » un hommage national « parce qu’elle a raconté une sorte de contre-histoire du roman national de la fin du 20e siècle » mais, poursuit-il, « ce sera à la Nation de décider ».

Un poison pour la démocratie

Quand l’extrême-droite nie les faits… Deux articles nous alertent aujourd’hui sur les menaces qui pèsent sur la démocratie lorsque de fausses informations sont présentées comme des vérités.  

Éditorial de Stéphane Sahuc dans l’Humanité du 4 novembre 2024
Les faits et les fakes
« On peut au moins se mettre d’accord sur un fait. » Cette petite phrase a été prononcée par le journaliste Patrick Cohen lors d’un échange houleux avec le député Éric Ciotti. Ce dernier affirmait que les publicités du livre de Jordan Bardella avaient été « censurées » dans les gares sous la pression des « gauchistes ».
Le journaliste rappelait de son côté que, dans les gares, la règle est que « tout message publicitaire présentant un caractère politique, syndical, confessionnel (…) est prohibé » . Ce fait incontournable, Ciotti refuse de l’accepter et fait comme si, entre Patrick Cohen et lui, il n’était question que d’une divergence de point de vue.
Ce petit moment de télévision est révélateur de la stratégie utilisée partout dans le monde par cette extrême droite déterminée à prendre le pouvoir. La réalité, la vérité des faits sont ravalées au rang d’opinion. Ce qui permet de raconter son histoire quelle que soit la réalité. L’un des champions de cette stratégie est bien Donald Trump. Son récit à base de complot, de grandeur perdue, de virilisme, de nationalisme identitaire et de racisme se double d’un style ponctué d’injures, d’onomatopées et d’outrances.
Trump a imposé sa propre caricature, ce qui l’autorise à tout dire, à tout se permettre en prétendant parler au nom du « vrai » peuple américain. D’autant que les formes de la communication publique avec Internet, les réseaux sociaux et leurs algorithmes, aggravent ce brouillage des légitimités, accélèrent la circulation des rumeurs, dégradent le débat politique et intellectuel.
La philosophe espagnole Marina Garcés appelle cela la « crédulité surinformée ». Voilà sur quoi mise l’extrême droite pour discréditer ceux, responsables politiques, journalistes, enseignants, magistrats, scientifiques, experts, qui s’opposent à son projet séparatiste, autoritaire et ultraconservateur au service des plus riches.
La « post-vérité », les « faits alternatifs » sont un poison pour la démocratie. C’est bien elle qui est ciblée car elle peut potentiellement faire obstacle à l’accumulation sans limites et sans contraintes des richesses, du capital, par une poignée de privilégiés. La fable du capitalisme synonyme de démocratie a vécu.

Le billet de Thomas Legrand dans Libération du 4 novembre 2024
Le trumpisme, aujourd’hui aux États-Unis, demain chez nous
Le débat public français n’en est pas encore au point extrême de dégradation qu’il atteint outre-Atlantique. Mais on y décèle déjà de premiers symptômes.
On s’inquiète, on panique, on ne veut pas y croire… Les Américains ne peuvent pas nous faire ça. Cette grande démocratie ne peut pas élire Donald Trump, ce pitre fascisant, cette outre de vulgarité, ce milliardaire grossier, immature, ce repris de justice qui a fait exploser toutes formes de bienséances politiques, envoyé valser tous les codes de la vie publique. Le fonctionnement trumpien, la réaction, ou plutôt l’absence de réaction de l’électorat républicain face aux provocations répétées du candidat orange, nous paraissent bien étranges.
Et pourtant, observons notre débat politique : nous y trouverons de vrais morceaux de trumpisme, l’émergence de cette dérive que la science politique ne sait pas encore qualifier, entre nouveau fascisme, populisme, délitement généralisé de toute rationalité collective. Nous n’en sommes pas, loin de là, au niveau américain de déchéance de la parole publique et de polarisation, mais le trumpisme progresse de façon préoccupante en Europe et en France.
Comment reconnaître les éléments de trumpisme chez nous, au-delà du simple score de nos extrêmes droites ? C’est principalement un rapport défiant vis-à-vis de la vérité factuelle. La place prépondérante que prend aujourd’hui la sphère médiatique bollorisée, qui arrive à imposer ses thèmes identitaires et sécuritaires, à décrire la France en une société disloquée, en proie aux ravages de «l’immigration incontrôlée», à ne lire les faits de l’actualité économique ou sociale qu’au prisme du «grand remplacement», est le signe le plus saillant. Cette mécanique bollorienne pousse une partie des médias, bien au-delà des organes dont le milliardaire breton est propriétaire, à préférer commenter des «informations» non vérifiées, (qui bien souvent se révèlent fausses) plutôt que d’employer leur énergie à faire leur métier : établir la véracité des faits.
Un aplomb dans le mensonge
Un exemple récent est à décortiquer, cas chimiquement pur de la méthode trumpienne exportée en France et mis en branle par la sphère Bolloré. L’affaire de la «publicité interdite» du futur livre de Jordan Bardella sur les murs des gares SNCF. Fayard, éditeur de la biographie du jeune patron du RN commande à Publicis, régie publicitaire qui gère les espaces pour la SNCF, une campagne d’affichage dans les gares de France. Refus de Publicis, en vertu de son contrat avec la SNCF qui stipule explicitement qu’il ne peut pas y avoir d’affichage politique dans les gares, y compris s’agissant de la promotion d’un livre dont l’auteur est un personnage politique en activité.
Fayard, propriété de Vincent Bolloré, ne pouvait pas ignorer que sa demande serait refusée. C’est peut-être même pour cela que la maison d’édition de Bardella l’avait formulée : susciter une victimisation sur la base d’un mensonge. Le refus fut donc présenté en censure. L’échange, mardi 29 octobre, entre Eric Ciotti et les animateurs de l’émission C à vous, sur France 5, à propos de cette manip grossière fut un moment de trumpisme pur jus, les journalistes rappelant les faits et le député de Nice, aujourd’hui allié du RN, leur répondant en substance : «C’est votre vérité, ce n’est pas la mienne».
Cet aplomb dans le mensonge, qui place le journalisme en ennemi, producteur d’une vérité relative, n’est possible que parce qu’il est épaulé, encouragé et financé par des capitaines d’industrie comme Vincent Bolloré. Plusieurs responsables de droite et d’extrême droite, encouragés par ceux qui peuvent être leurs riches mécènes pour de prochaines échéances, se sentent autorisés à dire n’importe quoi, sans ressentir le besoin de se baser sur une quelconque réalité factuelle. Cette réalité factuelle, s’agissant du réchauffement climatique ou des chiffres avérés de l’immigration, ne serait établie, selon les agents bolloro-trumpiens, que pour tenir le peuple à distance.
C’est par le délitement du statut de la vérité et du fait scientifiquement ou journalistiquement établi que le trumpisme se déploie. La France, sans presse tabloïd, avait longtemps été épargnée par ce fléau mais aujourd’hui, sous le joug des réseaux sociaux, de la politique algorithmique de leurs propriétaires et de leur relais industriels et médiatiques français, le trumpisme, ce rapport biaisé aux faits, se répand dans notre débat national et abîme profondément nos rapports sociaux.

Le retour de la galère

Rien ne va de nouveau plus dans les transports franciliens !

Après la courte embellie de la période des Jeux Olympiques, pendant laquelle miraculeusement nous avons vu circuler trains, métros, bus et trams en nombre, à l’heure, avec une multitude de personnel pour renseigner les voyageurs… c’est la même galère qui recommence pour les usagers.

Retards récurrents, suppressions, pannes, trafic ralenti, pas de trains les week-end ou en soirée, information des voyageurs défaillante, guichets fermés… nous connaissons ces dysfonctionnements régulièrement sur le RER C, les trains des lignes H et J.

Ajoutez les hausses des tarifs prévues pour janvier, avec un Pass Navigo qui devrait atteindre les 89€ mensuels, et vous aurez une idée du mécontentement -justifié-de toutes celles et tous ceux qui empruntent quotidiennement les transports en commun de l’Île-de France. En grande couronne, s’ajoute la déroute des bus depuis la mise en concurrence : ce sont des centaines de bus supprimés chaque jour ! Et l’annonce de la privatisation probable du groupe « Transdev » fait redouter de voir le service se dégrader encore. La privatisation des lignes de bus RATP s’accélère également.

Pour des transports en commun de qualité, la campagne « Stop galère » continue ! Voici le nouveau tract. Vous pouvez si ce n’est pas déjà fait, signer la pétition. 

Un équilibre complexe

À l’Assemblée, parole à André Chassaigne, qu’on ne présente plus. Il est interrogé par l’Humanité. (Léa Petit Scalogna)

André Chassaigne : « Le NFP a un équilibre complexe à trouver »

Photo Pierrick Villette/ABACAPRESS

Mercredi 30 octobre, la proposition de loi sur l’abrogation de la réforme des retraites du Rassemblement national sera examinée à l’Assemblée nationale. Vous avez dit « assumer le vote » en sa faveur. Cette position fait débat à gauche, pourquoi ce choix ?

Le groupe GDR, comme l’ensemble des groupes du NFP, est partagé. Tout le monde est convaincu de la nécessité de revenir sur la réforme des retraites. La question est de savoir, pour autant, si nous irions jusqu’à voter une proposition de loi portée par le RN. 

Nous avons débattu dans le respect de chacun. Certains, comme les insoumis, considèrent qu’il faut conserver la digue : « On ne votera jamais leurs textes ! » D’autres, dont je suis, estiment que nous devons nous saisir de ce texte et faire en sorte qu’il suive son chemin législatif jusqu’au Sénat.

Dans la niche de la France insoumise, le 28 novembre, il y aura une proposition de loi pour l’abrogation de la réforme des retraites. Nous l’avons cosignée, contrairement aux écologistes et aux socialistes.

Néanmoins, il subsiste le risque que le RN ne vote pas notre texte, auquel cas, ce serait un formidable échec pour les millions de Françaises et Français qui l’attendent. Nous ne pouvons écarter l’hypothèse car nous savons qu’au fond, le RN ne veut pas de cette abrogation. Le parti a trop de gages à donner aux marchés financiers.

Les débats sur le budget ont lieu en ce moment au Palais Bourbon, la gauche souhaite augmenter les recettes fiscales, contrairement à la droite. En quoi est-ce un des combats prioritaires ?

Il s’agit d’une bataille identitaire pour l’ensemble de la gauche, dans la mesure où nous considérons qu’il faut maintenir les dépenses publiques pour que nos services publics soient efficaces. Si nous n’arrachons pas de recettes fiscales, on amputera la faculté de l’État à répondre aux besoins essentiels des personnes.

L’identité de la gauche réside dans le fait que ce sont des services que nous devons à la population. Tandis que la droite, elle, porte tout le contraire. Elle a toujours considéré que les services publics devaient être réduits à la portion congrue et juge souvent que la santé, l’éducation et les transports doivent répondre à des logiques marchandes.

Nos recettes fiscales ne sont pas piochées dans des prétendus impôts prélevés sur les foyers modestes, mais sur les plus grandes fortunes. Nous voudrions notamment revenir sur les exonérations de cotisations accordées aux entreprises et, surtout, aux multinationales.

La colère paysanne a largement profité à l’extrême droite, a contrario, qu’est-ce que la gauche propose aux agriculteurs ?

Nous ne proposons pas de répondre au coup par coup, par des mesurettes et une espèce d’éparpillement d’aides temporaires. La gauche, notamment les communistes, souhaite mettre en place des mesures structurelles – car le pouvoir actuel ne les porte aucunement. La première consiste en une régulation économique.

Il nous faut soutenir les prix d’achat à la production et, pour cela, nous devons nous attaquer frontalement à la libéralisation du secteur. Les acteurs de la distribution et les industriels agroalimentaires minent actuellement la chaîne de valeur. Les pouvoirs publics doivent maintenir un rapport de force pour imposer des mesures aux géants du domaine et fixer les prix.

Ensuite, la violence de la crise climatique et des aléas sanitaires doit être compensée par un système d’assurance publique de couverture des risques. Tant qu’on ne l’aura pas créé, nous n’arriverons pas à répondre clairement aux problématiques des agriculteurs.

L’un des autres chantiers sur lequel il faut travailler est celui des importations. J’ai pris l’initiative d’une tribune, signée par plus d’une centaine de parlementaires, qui s’oppose à la signature du Mercosur avec les pays d’Amérique latine. Il faut revenir sur tous les accords de libre-échange qui créent une concurrence abusive et inacceptable au détriment de nos paysans.

Comment la gauche peut-elle faire des ponts entre les campagnes et les quartiers populaires ?

Je ne crois pas qu’il faille opposer villages et banlieues. Cet antagonisme alimente le vote d’extrême droite qui se nourrit de tous les populismes. Les populations urbaines et rurales sont différentes, néanmoins ce qui les réunit, c’est la réalité de la lutte des classes toujours plus vive.

Dans les villes, dans les banlieues, dans les villages, nous devons combattre avec la même détermination l’abandon des populations les plus fragiles par l’État.

Que doit faire la gauche pour ne pas décevoir l’espoir créé par le NFP et gagner en 2027 ?

Il y a une forte attente des électeurs du rassemblement de la gauche, il ne faut pas les décevoir. Mais nous avons un équilibre, complexe, à trouver. Au lendemain de la dissolution, le Nouveau Front populaire a vu le jour avec un programme et des candidatures communes.

Malheureusement, elles ont été présentées en fonction de l’ascendant de certaines formations politiques. Déjà, lors de l’épisode douloureux de la Nupes, je déplorais la domination sans partage de la France insoumise, sortie renforcée de l’élection présidentielle.

Pour les législatives, je regrette que les communistes aient été réduits à 50 circonscriptions. Alors que, pour beaucoup d’autres, nous aurions pu avoir des candidats ancrés localement et gagner des sièges. Ce n’est pas comme ça que nous avancerons. Aujourd’hui, il y a un rééquilibrage entre les quatre formations qu’il faut poursuivre.

Le NFP ne peut être viable sans le respect de ses différentes composantes. Nous nous organisons collectivement, comme pour ma candidature à la présidence de l’Assemblée. Nous avons parfois des divergences stratégiques et de fond. Par exemple, les communistes et les écologistes n’auront jamais la même appréciation sur la question des centrales nucléaires.

L’objectif n’est pas de se fondre les uns dans les autres, d’écraser les spécificités de chacun. Nous souhaitons devenir majoritaires dans la diversité des expressions des organisations. Cela ne signifie pas forcément qu’il y aura plusieurs candidats pour 2027, mais il ne faudrait pas qu’une candidature unique nous soit imposée de façon unilatérale. Cela dit, nous n’en sommes pas là.