Apaiser et reconstruire

Pour apaiser la France des banlieues, il faut aussi que les services publics fonctionnent, que la vie y devienne plus facile. La vie est dure dans ces quartiers.

Dans la lettre du maire aux habitants des Raguenets, nous avons pointé des contradictions.

– « Laisser faire la police et la justice« , avait répondu le maire à plusieurs occasions, quand des habitants, en réunion de quartier, au centre ville, mais aussi aux Raguenets, pointaient du doigt et pétitionnaient contre des trafics de drogue… Là, il inverse l’ordre des facteurs, en stigmatisant tout un quartier, en mettant dans la balance la reconstruction du Centre culturel et la délivrance du nom des auteurs… or à ce stade on ne sait pas d’où ils venaient … tout ce qu’on en sait, selon le maire lui-même, qu’on a interrogé, c’est qu’ils étaient tous vêtus de noir et cagoulés..

-Des inexactitudes : il est écrit que « la ville a parfois plus dépensé pour les Raguenets que pour les autres quartiers« .. C’est culpabilisant. Et surtout c’est erroné, comme l’étude des investissements de la ville entre 2014 et 2023 le démontre. Et si une partie du problème venait de là ?

– Enfin, il y a un manque de cohérence dans la position du maire : facile de s’en prendre aux parents qui ne tiennent pas leurs enfants. Combien de familles monoparentales dans ces quartiers, à horaires de travail décalés ?

À l’avant-dernier Conseil municipal, nous avons demandé à ce qu’il y ait un meilleur accompagnement au regard des besoins identifiés : davantage de soutien scolaire, avec un vrai encadrement le soir avec des associations, comme à Ermont. Des conseils en orientation plus substantiels, dès l’entrée au collège, pour éviter d’envoyer dans des impasses des jeunes des quartiers.. Scolariser dès 2 ans des enfants en maternelle, pour faciliter la socialisation comme le suggérait l’inspectrice de l’Éducation nationale du secteur… Des équipements sportifs dans le quartier, accessibles, et non tout à l’autre bout de la ville.

-Nous ne reviendrons pas ici sur le dossier du city stade des Raguenets.. Les médias « Street press » et le « Bondy blog » ont bien couvert sa destruction, par la ville, en 2020..

La reconstruction de Camille Claudel, il va falloir s’y atteler. C’est le seul espace public, qui crée du lien et qui fédère la vie associative de ce côté de la ville, qui héberge aussi la halte garderie..

Comment imaginer que de tout cela ne reste qu’une carcasse calcinée ?

Stéphane Bauer 

À lire ici le reportage de Franceinfo de Zoé Aucaigne sur le quartier des Raguenets

Photos du blog, les Raguenets

Urgence de reconstruction

Voici le courrier que nous venons d’adresser au maire de Saint Gratien,en tant qu’élu·e·s du groupe « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen ».

Saint Gratien, le 12 juillet 2023

Monsieur le maire,

Nous faisons suite aux destructions subies par le centre Camille Claudel dans la nuit du 29 au 30 juin 2023.

Nous déplorons les dégradations qu’a subi le centre culturel et nous espérons que les auteurs seront identifiés par la police pour que la justice puisse passer.

Le centre Camille Claudel est l’un des rares lieux où les habitants des Raguenets peuvent se réunir et exercer une activité de loisirs. Le centre héberge aussi une halte-garderie. Il est fréquenté par beaucoup de Gratiennois et Gratiennoises.

À la rentrée nombre d’associations de la ville risquent de se retrouver en difficulté si elles ne peuvent proposer à leurs adhérents des créneaux pour leur activité.

Idem pour les parents qui jusque-là confiaient leurs enfants à la halte-garderie.

Aussi nous voudrions savoir si la ville de St Gratien a déposé un dossier pour l’attribution d’une aide d’urgence à la reconstruction, aide dont la mise en place a été annoncée par le département, la région et l’État ? Les deux premiers ayant débloqué 10 et 20 M€.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, monsieur le maire, à nos sentiments respectueux.

Stéphane BAUER et Isabelle VOLAT

Quelques infos ci-dessous sur les aides éventuelles que les communes pourraient solliciter en vue de la reconstruction des équipements publics dégradés ou détruits. 

Emeutes : le département du Val d’Oise annonce une aide aux communes de 10 millions d’euros | VOnews/vià95

Violences urbaines : l’Ile-de-France va débloquer 20 millions d’euros pour aider à réparer les biens publics (francebleu.fr)

Sénat : Reconstruction des bâtiments à la suite des émeutes

Après les émeutes, Macron annonce une loi et des aides financières pour reconstruire – Le Parisien

Sénat : Reconstruction des bâtiments à la suite des émeutes (exposé des motifs)

Le maire-chanteur

Au Blanc-Mesnil, le maire supprime les festivités pour prétendument payer les dégradations dues aux émeutes.

À Saint Gratien, le maire « va plus loin » selon la journaliste de France Inter, en faisant appel à la délation dans le quartier populaire des Raguenets, sous peine de ne pas reconstruire le centre culturel détruit.

Notre réaction, par la voix de Stéphane Bauer, élu communiste est à écouter ici à partir de 40 secondes :  c’est le premier titre du journal du 13  juillet sur France Inter.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-7h30

« C’est complètement du chantage. C’est stigmatisant, discriminant. C’est rendre co-responsable l’ensemble des habitants alors que ce sont eux les premiers pénalisés ! » souligne Stéphane Bauer.

Qu’avons-nous raté ?

Retour sur les récentes émeutes au prisme des conclusions du cabinet Solving Efeso sur « les facteurs de succès du vivre ensemble à St Gratien »

La semaine passée au Sénat, Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice LR, s’est interrogée et a interrogé le Ministre de l’intérieur sur les raisons des récentes émeutes :

« Il y a des jeunes dans nos quartiers pour lesquels probablement des choses ont été ratées. »

Parmi les choses ratées, probablement des éléments que le cabinet Solving Efeso – qui avait été retenu par la ville en 2010/2011 pour animer des ateliers avec les habitants et publier un rapport qui comprenait un chapitre « Vivre ensemble » – avait pointé…

Les ateliers et le rapport couvraient plusieurs thématiques dont :

Voici les préconisations qu’avait faites le cabinet Solving Efeso à St-Gratien en 2011, au terme des ateliers agenda 21, tenus entre autres au centre Camille Claudel :

  • L’urbanisme a également des répercussions importantes en matière sociale.
  • Une attention constante doit donc être portée à la mixité sociale et fonctionnelle et à son évolution dans le temps pour contrecarrer la ségrégation spatiale et la concentration des problèmes économiques et sociaux dans les quartiers les plus sensibles.
  • Les choix urbanistiques doivent concourir à favoriser un accès égal aux services, au logement, aux équipements et aux modes de transport.
  • Ils doivent également encourager les rencontres entre habitants, le brassage des populations et prévenir les inégalités sociales et écologiques.
  • Ils doivent aussi privilégier les équipements collectifs alternatifs favorables à l’environnement, tels que les transports collectifs ou les modes de déplacement doux ainsi que l’accès aux énergies renouvelables.

Source : rapport du cabinet Solving Efeso suite aux ateliers Agenda 21 de Saint Gratien avril 2010 – déc. 2011

Et si dans ces éléments ci-dessus il y avait des réponses à la question de Mme Eustache ?

Stéphane Bauer

Liberté, fraternité… inégalités ! (5)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

Banlieues. « La réalité, c’est que dans presque tous les domaines, on dépense moins pour les habitants des quartiers difficiles que pour les habitants des quartiers plus favorisés.  Dans la réalité, ce ne sont pas des quartiers prioritaires » : un éditorialiste de BFM TV rappelle les difficultés dans les banlieues défavorisées.

Un rappel salutaire, réalisé de façon inattendue par… Emmanuel Lechypre, la caricature de l’éditorialiste économique. Sur le plateau d’Apolline Matin sur BFM TV/RMC ce 4 juillet 2023, Emmanuel Lechypre ne joue pas au chien de garde de l’ordre néolibéral. Chiffres à l’appui, l’éditorialiste explique à quel point les quartiers défavorisés sont laissés à l’abandon par la République depuis des décennies.

Le constat est accablant. Les chiffres rappellent combien la « normale » est insupportable pour les habitants des banlieues défavorisées. Sans justice sociale, rien ne changera.

« [La situation économique] est bien plus compliquée pour les 7,5% de la population qui vivent dans ces quartiers que pour le reste du pays », commence Emmanuel Lechypre, éditorialiste sur BFM TV et RMC. « Le taux de chômage y est deux fois plus élevé : 45% des jeunes n’ont pas d’emploi, 4 habitants sur 10 n’ont aucun diplôme, c’est deux fois plus que la moyenne nationale. Le taux de pauvreté est trois fois plus élevé que dans l’ensemble du pays. ».

Rien n’a été fait depuis toutes ces années ? « Il y a quand même eu 100 milliards d’euros qui ont été versés depuis 40 ans », rappelle la journaliste Apolline de Malherbe. La réalité est plus complexe. « La réalité est que c’est moins de 1% du budget de l’État. La réalité, c’est que dans presque tous les domaines, finalement, on dépense moins pour les habitants des quartiers difficiles que pour les habitants des plus favorisés », insiste Emmanuel Lechypre.

Pour appuyer son propos, l’éditorialiste cite… l’institut Montaigne, « pas un repère de dangereux gauchistes », souligne-t-il. En effet, les banlieues les plus défavorisées du pays ne sont pas forcément celles qui reçoivent le plus de transferts sociaux : 6 100 euros par an contre 6 800 euros pour l’ensemble des Français.

L’éditorialiste continue de citer de nombreux chiffres, dressant une situation accablante dans à ces endroits : deux fois moins de professionnels de santé pour 100 000 habitants, 40% de ces banlieues n’ont pas de crèches avec deux fois plus de familles monoparentales, 40% de bibliothèques en moins par habitant, trois fois moins d’équipements sportifs que pour les autres habitants. « Et c’est dans ces quartiers avec pourtant le plus de difficultés scolaires que les enseignants sont les plus jeunes et les moins expérimentés », insiste l’éditorialiste.

« Quand on dit que ces quartiers sont des quartiers prioritaires sur le papier, c’est faux en réalité », Emmanuel Lechypre BFM TV 4 juillet 2023

Source : https://twitter.com/RMCInfo/status/1676108327141404672

Stéphane Bauer

Photos du blog, les Raguenets

À suivre…

Français de préférence…

Décidément, la ville de Saint Gratien aura défrayé la chronique et fait la « une » de nombreux médias ces derniers jours.  Jusqu’à « l’Humanité », dont je partage ci-dessous l’éditorial du lundi 10 juillet 2023. Le tout pour une bien mauvaise cause : les discours atterrants de J. Eustache-Brinio, ainsi que les menaces par le maire J. Bachard, de non-reconstruction du centre Camille Claudel, faute de dénonciation par les habitants des responsables de l’incendie. Deux tristes exemples de la boussole perdue des « Républicains ». Nous ne sommes pas les seuls à nous en alarmer à Saint Gratien.  

Éditorial de l’Humanité ; lundi 10 juillet 2023 ; par Maud Vergnol (les gras sont du blog)

« Ils sont comment français ? » Cette phrase d’une bêtise abyssale, lâchée par une sénatrice LR, en dit long du climat actuel, du discours décomplexé de la droite extrême et ses diatribes fumeuses sur la « nationalité faciale » et autre « régression ethnique ». Il existerait donc deux types de citoyens, l’un, « Français de souche », à protéger de l’autre, ce « comment français ? » (comprendre noir ou arabe). L’expression « Français de papier » avait déjà été utilisée par Valérie Pécresse, la candidate dite des « Républicains », en 2022. À l’origine, la formule serait apparue dans la Libre Parole, le journal antisémite d’Édouard Drumont. Elle désignait alors les juifs d’origine étrangère.

« Nul ne semblait vous voir Français de préférence », écrira Aragon dans l’Affiche rouge.

Une puissante vague xénophobe et raciste est en train d’éroder les principes fondamentaux de notre République. Au premier rang desquels l’égalité des droits, pourtant gravée dans le marbre du préambule de notre Constitution par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Des textes que semblent avoir oubliés les macronistes, qui se permettent pourtant de distribuer des brevets de « bons républicains » et les confisquer aux organisations politiques qui manifestent (quel outrage !) contre les violences policières. Pourtant, l’ONU vient à nouveau ce week-end de taper sévèrement sur les doigts de la France, lui recommandant de « s’attaquer en priorité aux causes structurelles et systémiques de la discrimination raciale », notamment au sein de la police. Elle relève la pratique d’un « profilage racial dans les opérations de police, les contrôles d’identité discriminatoires ». Des propos jugés « excessifs » par le Quai d’Orsay.

Ce déni, tout comme la seule réponse du pouvoir d’un « retour à l’ordre » par une justice expéditive et une surenchère sécuritaire, mènera à la catastrophe. Tant que les discriminations, le racisme et les inégalités sociales perdureront, la marmite va continuer à bouillir. Et ne débordera pas forcément du bon côté. Incapable de relever les immenses défis sociaux et écologiques du moment, le néolibéralisme, qui fait commerce de ces haines, a déjà choisi son camp.

Liberté, fraternité… inégalités ! (4)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

Depuis l’enterrement du plan Borloo en 2018, l’action d’Emmanuel Macron en direction des quartiers populaires est souvent considérée comme un angle mort de sa politique.

 « Le quinquennat précédent a été celui du ‘stop-and-go’ entre les quartiers et le gouvernement », avait estimé un rapport d’information sénatorial en juillet 2022. Selon ses autrices, « les coups de frein et d’accélérateur se sont succédé sans constance et sans boussole ».

La présidence d’Emmanuel Macron s’était ainsi ouverte par des coupes dans le budget de la politique de la ville, suscitant l’ « appel de Grigny » lancé en octobre 2017 par une centaine de maires. Après cette mobilisation, le chef de l’État avait confié à Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville, l’élaboration d’un plan de mobilisation nationale en faveur des quartiers. Avant d’enterrer aussitôt son rapport en mai 2018.

Emmanuel Macron « a relancé l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui faisait du surplace », souligne Hakim El Karoui, chercheur associé à l’Institut Montaigne et auteur de deux rapports sur les quartiers populaires en 2020 (avec Olivier Klein) et 2022, dont le budget a été porté « de 5 à 12 milliards d’euros par rapport à 2017 ».

Dans le budget 2023, les crédits spécifiques à destination des 1.514 quartiers prioritaires (quartiers politique de la ville, QPV) ont, eux, progressé de 5,3 % par rapport à ceux ouverts en 2022 dans les lois de finances initiale et rectificative, à près de 600 millions d’euros.

Mais, d’après lui, « l’État a mis trop d’énergie dans la rénovation des bâtiments et pas assez dans l’accompagnement des habitants ».

Dans les rangs des élus locaux, on salue des avancées. « Pour l’ANRU, la machine s’est débloquée. Les équipements sportifs sortent et c’est très bien. Les cités éducatives [une mesure préconisée par le rapport Borloo, NDLR] sont utiles », souligne Philippe Rio, le maire communiste de Grigny (Essonne). Mais, affirme-t-il, « il n’y a plus rien depuis le CIV (comité interministériel des villes) de janvier 2021 ».

« Il n’y a pas une véritable stratégie », abonde Gilles Leproust, président de l’association des maires « Ville & Banlieue » et maire (PCF) d’Allonnes, près du Mans, qui parle d’un « rendez-vous manqué du président de la République avec les élus et les habitants des QPV ».

Les élus locaux disent aussi rester dans le flou sur le plan « Quartiers 2030 » promis par Emmanuel Macron, même si celui-ci a évoqué plusieurs perspectives lors de son récent déplacement à Marseille, comme l’accueil de tous les collégiens de 8 heures à 18 heures dans les QPV d’ici à 2027 ou l’objectif de 100.000 nouveaux entrepreneurs accompagnés dans les quartiers à ce même horizon.

Laurent Thévenin, Les Échos, 2 juil. 2023

Source : https://www.lesechos.fr/politique-societe/regions/les-emeutes-urbaines-relancent-les-questions-sur-la-politique-de-la-ville-1958128

 Stéphane Bauer

Illustrations : les Raguenets, photos du blog

À suivre… 

Liberté, fraternité… inégalités ! (3)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

Si l’État porte une attention particulière aux villes de banlieues, c’est aussi pour compenser le manque de moyens de collectivités moins bien dotées que les autres, puisqu’elles encaissent moins d’impôts locaux.

Tordons tout de même le cou à l’idée que l’État en fait beaucoup plus pour les « quartiers prioritaires » que pour le reste du territoire. Les services publics y sont dégradés, quand ils ne sont pas inexistants, alors que la situation sociale y est bien pire qu’ailleurs. Le taux de chômage y est 2,5 fois plus élevé que la moyenne nationale, le taux de pauvreté trois fois plus élevé, et un quart des 16-25 ans y sont désœuvrés (ni en formation ni en emploi). Et si l’État y porte une attention particulière, c’est aussi pour compenser le manque de moyens de collectivités moins bien dotées que les autres, puisqu’elles encaissent moins d’impôts locaux.

Source : https://www.marianne.net/politique/macron/emeutes-il-ny-aura-pas-un-enieme-plan-banlieues

Des moyens qui corrigent à la marge un système structurellement défavorable

Les budgets de la politique de la ville sont bien trop limités pour compenser les inégalités de traitement résultant des autres politiques publiques.

Les moyens de la politique de la ville corrigent tout au plus à la marge un système d’allocation des ressources publiques structurellement défavorable aux banlieues populaires.

Une analyse purement comptable ne préjuge guère au demeurant de l’usage effectif de ces ressources par les habitants, dans un contexte de non-recours aux droits et de possible inadéquation entre l’offre institutionnelle et la demande des habitants.

La prétendue « discrimination positive » au bénéfice des habitants des banlieues populaires tient davantage de la fake news que d’une réalité attestée par les travaux scientifiques et d’évaluation.

La propagation du mythe de la banlieue devenue un « tonneau des Danaïdes » pour les finances publiques traduit en fait une profonde délégitimation de la politique de la ville.

Cette délégitimation s’inscrit dans le contexte de mise en concurrence systématique des banlieues populaires avec les territoires de la France dite périphérique, popularisée par Christophe Guilluy. Sa vision binaire et simpliste des dynamiques territoriales et des divisions sociales de l’espace a installé l’idée selon laquelle les minorités ethniques ou raciales des centres urbains bénéficieraient d’un traitement plus avantageux que ceux de la « France périphérique », vaste conglomérat rassemblant indistinctement les espaces ruraux, le tissu périurbain et les villes moyennes, dont les problématiques ont été mises en lumière par le mouvement des « gilets jaunes ».

Alors qu’elle est sous-dimensionnée pour répondre aux enjeux de la ségrégation urbaine, la politique de la ville est ainsi devenue le bouc émissaire d’une rhétorique identitaire qui mobilise des catégories territoriales pour parler d’enjeux raciaux.

Source : https://publish.reddit.com/embed?url=https://www.reddit.com/r/france/comments/l97tpr/comment/glgny1q/

Stéphane Bauer

Illustrations : les Raguenets, photos du blog 

À suivre…

Liberté, fraternité… inégalités ! (2)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

« Un immense problème d’encadrement : Il faut des adultes, que ce soient des forces de l’ordre, que ce soient des enseignants, que ce soient des travailleurs sociaux »

L’État s’engage depuis plusieurs années à rénover les logements, améliorer l’éducation et l’attractivité dans ces zones. Chaque année, des milliards d’euros sont investis, soulignent les collectivités. Selon la Cour des comptes, qui intègre les dépenses des collectivités locales, la somme atteindrait les 10 milliards d’euros par an, soit l’équivalent du budget de la Justice.

Mais cette somme est moins élevée, juge l’institut Montaigne, qui resserre la focale sur les dépenses de l’État : 6 milliards d’euros sont investis dans les quartiers prioritaires. Et l’État dépense « en plus pour les habitants des QPV, (quartier politique de la ville), environ 850 euros par an et par habitant », explique au micro d’Europe 1 Hakim El Karoui, auteur d’un récent rapport sur les quartiers pauvres.

« Un immense problème d’encadrement »

« Moi je pense que l’État dépense probablement assez d’argent, mais il devrait mettre moins d’argent dans la rénovation des bâtiments et plus d’argent dans l’accompagnement. Et nous avons un immense problème avec l’encadrement. C’est exactement ce qu’on voit avec les émeutes. Il faut des adultes, que ce soient des forces de l’ordre, que ce soit des enseignants, que ce soit des travailleurs sociaux », poursuit-il.

Source : L’État investit-il suffisamment d’argent dans les quartiers prioritaires ?

Dépenses publiques : la Seine-Saint-Denis n’est pas un territoire gâté de la République

Eric Zemmour et d’autres stigmatisent le département francilien et les banlieues, en diffusant l’idée selon laquelle ils crouleraient sous les subventions, au détriment du monde rural et périurbain. Un rapport parlementaire de 2018 démonte pourtant ce préjugé.

Il faut casser, encore une fois, cette idée fausse sur laquelle prospère l’extrême droite et qui domine toujours, comme une vérité acquise, dans la musique de fond du débat public. Idée selon laquelle les cités, et singulièrement celles de Seine-Saint-Denis, seraient des terres gorgées de subventions, les territoires gâtés de la République.

Éric Zemmour parle même de territoires hyper privilégiés qui capteraient, au détriment du monde rural ou périurbain, toute l’attention financière des gouvernements successifs.

Les émeutes du moment seraient le signe que la crise n’est pas sociale.

 Le signe de l’ingratitude de populations profiteuses de la manne publique, prélevée sur les impôts des bons Français calmes et travailleurs des villes moyennes et des campagnes. La preuve du caractère identitaire de la crise.

Ces idées sont toutes fausses et ont été documentées et contrées dans un rapport parlementaire dont il ne faut cesser de faire la publicité : c’est à lire ici.

Source : Thomas Legrand dans Libération

Stéphane Bauer avec des photos du quartier des Raguenets

À suivre…

 

Liberté, fraternité… inégalités ! (1)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La litanie des plans gouvernementaux pour les banlieues, annoncés au fil des décennies, a ancré l’idée selon laquelle « les quartiers dits prioritaires bénéficiaient d’un traitement de faveur par rapport à d’autres territoires ».

Voici à titre d’exemple un florilège lu sur les réseaux sociaux, y compris sur ceux gérés par des responsables de notre majorité municipale, qui après s’être pris tout sourire sur le perron de notre mairie lundi, se sont déchainés sur leurs propres sites.

« Trop d’argent dépensé dans les banlieues ! On n’a jamais fait autant pour les quartiers qu’au cours des quinze dernières années ! Des milliards « balancés » par les fenêtres ! Politique de la ville : le tonneau des Danaïdes ! …. »

Plutôt que polémiquer, nous avons rassemblé quelques éléments d’analyse, tous sourcés, certains datant de plus de 10 ans, d’autres publiés suite aux récentes émeutes, montrant l’absence de volonté politique de mettre fin à la relégation des quartiers populaires.

Avril 2017, entre les deux tours de l’élection présidentielle, E.Macron promet de « ramener l’État dans les quartiers ».

Mais en juillet 2017, un décret publié en catimini entérine dans le même temps une coupe sombre dans certaines dotations aux collectivités et un coup de rabot de 11% dans l’enveloppe dédiée aux contrats de ville.

Ce qui motivera l’Appel de Grigny, initié par des maires représentant tout le spectre politique, puis la commande du Plan Borloo*.

Emmanuel Macron promet de « ramener l’État dans les quartiers » (lagazettedescommunes.com)

* Le chef de l’État a reconnu mardi dernier avoir été « maladroit », quand les maires qu’il a reçus a l’Élysée ont fustigé son choix d’enterrer en 2018 le plan de l’ex ministre Jean-Louis Borloo pour les Banlieues (20 minutes Paris IDF – 5 juillet 2023). 

8 euros mensuels par habitant – moins de 1 % du budget de l’État.

Les crédits de l’État du programme 147 « politique de la ville » s’élèvent à 498 millions d’euros dans la loi de finances pour 2020, soit 0,13 % du budget de l’État. Alors qu’environ 5 millions d’habitants résident dans les quartiers concernés, cette dotation représente de l’ordre de 8 euros mensuels par habitant.

Si l’on ajoute les dotations de péréquation, c’est-à-dire les mécanismes de redistribution au bénéfice des communes défavorisées, les dépenses fiscales associées à la politique de la ville ainsi que les contributions à la rénovation urbaine, l’effort est déjà plus conséquent, mais il reste inférieur à 1 % du budget de l’État.

« Trop d’argent dépensé dans les banlieues » ? (lagazettedes communes.com)

Des financements supplémentaires destinés aux Cités éducatives passés sous silence

Le budget consacré à la politique de la ville dans le projet de loi de finances pour 2022 présenté le 22 septembre est en hausse de 45 M€. Des financements supplémentaires destinés aux Cités éducatives et aux Bataillons de la prévention… et curieusement passés sous silence lors de la présentation du projet de loi, se sont étonnés les élus de banlieue.

« Je suis stupéfait » : Marc Goua, maire de Trélazé (Maine-et-Loire) et vice-président de l’association Ville et Banlieue, a relu trois fois le document officiel de présentation du Projet de loi de finances pour 2022… sans voir citée la politique de la ville. « La ministre déléguée, Nadia Hai, doit elle-même être offusquée par ce désintérêt », suppute-t-il.

https://www.lagazettedescommunes.com/765533/banlieues-le-budget-2022-fait-la-part-belle-aux-cites-educatives-et-a-la-prevention/

Le petit plus qu’on donne au titre de la politique de la ville, ne compense pas le moins qui est lié au fonctionnement ordinaire des politiques publiques »

C’est vrai que certains chiffres peuvent donner le tournis : 45 milliards d’euros depuis 2003 pour la rénovation urbaine. Sauf que d’abord on ne chiffre jamais ce qui constituerait « l’argent pour la ruralité » ou « l’argent pour les centres villes ». Sur cette énorme enveloppe pour le bâti, il faut aussi rappeler qu’un seul milliard a été dépensé directement par l’État. Le reste est financé en grande partie par action logement, c’est à dire par les entreprises et donc les salariés.

Quant à l’argent de la « politique de la ville » de manière générale, on est là à seulement 1% du budget de l’État, explique le sociologue Renaud Epstein : « la réalité c’est qu’on ne donne pas plus. On donne moins. Le petit plus qu’on donne au titre de la politique de la ville, ne compense pas le moins qui est lié au fonctionnement ordinaire des politiques publiques »

Les coups de pelleteuses, et les habitants en témoignent, ne suffisent pas à améliorer nettement la situation sociale d’un certain nombre de territoires.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-campagne-presidentielle-a-l-epreuve-des-faits/politique-de-la-ville-l-argent-public-a-t-il-ete-inutilement-depense-

 Stéphane Bauer

À suivre…