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Important mouvement des personnels de l’audiovisuel public, qui s’opposent unanimement à la réforme préparant la fusion entre France Télévisions, Radio France, France médias Monde et l’INA. Une holding baptisée « France Médias » et qui ressemble furieusement à l’ORTF, avec tutelle de l’État sur les médias publics, via un PDG unique aux pleins pouvoirs. Investissons plutôt dans un service public fort et indépendant : c’est la vie démocratique du pays qui en dépend.
Le PCF apporte son plein soutien au mouvement de protestation et de grève. André Chassaigne, président des députés communistes, était présent à la manifestation parisienne. Merci à S.B. pour ses photos !
Le décryptage de ce néfaste projet dans un article de l’Humanité, à lire ci-dessous.
Rachida Dati va-t-elle tuer l’audiovisuel public ?
Le débat parlementaire sur le regroupement de Radio France, France Télévisions et l’INA s’ouvrira dans les prochains jours. Les syndicats, en grève ces jeudi et vendredi, dénoncent la création d’une holding à marche forcée qui met en péril les emplois et l’indépendance de l’information.
Pauline Achard, Caroline Constant, Émile Leauthier, Honorine Letard, dans l’Humanité du 23 mai 2024
En dégainant par amendement ce projet de fusion, l’ancienne garde des Sceaux frappe plus fort, franchissant ainsi une ligne rouge pour l’intersyndicale. 
Il est à parier que les antennes de Radio France et les chaînes de France Télévisions seront muettes ce jeudi matin, ou pour le moins perturbées. Les intersyndicales de l’audiovisuel public, qui comprennent aussi l’Institut national de l’audiovisuel (INA) ou France Médias Monde, ont appelé à une grève les 23 et 24 mai pour s’opposer au projet de réforme qui devait débarquer à l’Assemblée nationale ces deux prochains jours, puis finalement a été repoussé de quelques jours en raison du débat autour de la loi d’orientation agricole (LOA).
Vigoureusement porté par Rachida Dati depuis sa nomination à la Culture, il prévoit la création d’une holding commune au 1er janvier 2025, France Médias, préparant ainsi le terrain d’une fusion-absorption, un an plus tard. Le principe d’« entreprise unique », approuvé en commission parlementaire le 14 mai, pourrait ébranler l’avenir des 16 000 salariés de l’audiovisuel public – hors France Médias Monde (RFI et France 24), écarté du regroupement à l’issue du débat. Un seul patron, donc, régnera sur les groupes de télévision et de radio à compter de l’année prochaine et, selon nos informations, un schéma immobilier commun sera dessiné.
Des économies sur le dos des salariés
La locataire de la rue de Valois – qui défend depuis février à qui veut l’entendre sa volonté de « rassembler les forces de l’audiovisuel public » – a, en effet, rapidement obtenu d’inscrire à l’ordre du jour de l’Hémicycle une proposition de loi (PPL) du sénateur centriste Laurent Lafon, adoptée en juin 2023 par le Palais Bourbon.
Le texte qui se contentait, dans sa version initiale, de préconiser la création d’une holding, émanait d’un premier chantier alors mené par Franck Riester, ministre de la Culture de 2018 à 2020, avant d’être enterré par la pandémie. En dégainant par amendement ce projet de fusion, l’ancienne garde des Sceaux frappe plus fort, franchissant ainsi une ligne rouge pour l’intersyndicale, qui redoute une véritable casse sociale, doublée d’une probable dégradation des services d’information publics.
« Quand on parle de fusion, c’est en général pour réduire les effectifs », souligne Éléonore Duplay, du SNJ-CGT de France 3. « Est-ce que ce sera sous la forme d’un plan social ? D’un non-remplacement des personnels qui partent en retraite ? » Elle explique que, d’ores et déjà, la chasse aux doublons est ouverte : « Ils vont chercher très probablement à réduire le nombre de personnels administratifs, mais à terme, ce sera pareil sur le plan journalistique. »
Sans compter, reprend Pierre Mouchel, de la CGT de France Télévisions, « qu’avec la fusion, tous les accords collectifs des entreprises seront remis en cause. Il faudra repartir d’une page blanche et tout renégocier. On craint de nombreux reculs sociaux. Le personnel est inquiet par toute cette précipitation. Il y a aussi une forme de fatalisme : on enchaîne les plans successifs depuis dix ans. On vit dans une lessiveuse permanente ».
Des économies sur le dos des salariés
En toile de fond de ce passage à l’acte, qui a mis d’accord la majorité, la droite et l’extrême droite, le discret dépôt de la proposition de loi organique du poulain de Franck Riester, le député Quentin Bataillon et de son homologue LR Jean-Jacques Gaultier, le 10 mai. Ce texte prévoit de pérenniser le mode de financement de l’audiovisuel public par l’affectation du produit de la TVA, qui avait été mis en vigueur en 2022 – pour une durée de deux ans – en substitution de la contribution à l’audiovisuel public, supprimée.
En l’état, la loi organique relative aux lois de finances (Lolf) de 2001 prévoit que, au-delà du 31 décembre 2024, ce mécanisme de financement alloué en urgence par le gouvernement deviendra illégal car la taxe n’est pas liée au secteur qu’elle finance. « Il a fallu que le ministère se dépêche d’entreprendre un rapprochement des différents groupes de l’audiovisuel public, voulu de longue date par le gouvernement, car pour modifier la loi organique dans les temps et sécuriser le mode de financement actuel, une majorité est nécessaire dans les deux chambres », nous dit-on du côté de la Rue de Valois.
Ces deux textes, qui ont vocation à évoluer côte à côte au Parlement, sur un calendrier – très – serré, vont donc dans le sens d’une vaste refonte d’un secteur qui subit déjà les conséquences d’innombrables coopérations « par le bas », à l’instar des synergies opérées entre France Bleu et France 3 Régions. L’accord, qui ressemble à du chantage, donne au camp présidentiel toutes ses chances d’obtenir le soutien dont il a besoin pour engager ce big bang et aux syndicats toutes les raisons de se battre pour limiter les dégâts.
Des audiences pourtant au beau fixe
Chez les salariés des entreprises concernées, l’heure est à l’inquiétude. Car les audiences sont excellentes, la qualité du travail réalisé à la radio comme à la télévision est reconnue par les auditeurs et spectateurs, mais aussi à l’international. L’idée de viser toujours plus haut, revendiquée par Rachida Dati et les rapporteurs du projet, est-elle pertinente ?
Pour Lionel Thompson, membre CGT du conseil d’administration de Radio France, « dire que l’audiovisuel public est affaibli, c’est créer un malade imaginaire ». Pour lui, « il y a une fixation de répondre à Netflix, en allant notamment chercher les jeunes. Mais penser qu’on va y arriver de cette façon, c’est être complètement à côté de la plaque ».
Un sentiment d’amertume partagé par Pierre Mouchel, de la CGT de France Télévisions, qui dénonce « de la précipitation, de l’amateurisme et de la confusion ». Célia Quilleret, du Syndicat des journalistes de Radio France, estime aussi que ce projet, loin de rassembler les synergies, « risque de nous diluer, donc de nous affaiblir ».
Risques de contenus appauvris
Les téléspectateurs des journaux de France 3 et de France 2 peuvent déjà le vérifier : la fusion des rédactions, c’est moins de sujets, balancés à l’envi sur les deux chaînes, à trente minutes d’intervalle. Et cela risque d’empirer. Éléonore Duplay, journaliste à France 3, explique qu’il existe déjà des synergies entre les rédactions de France Bleu et France 3 : « Fusionner, cela crée un appauvrissement de la diversité éditoriale. Nos « identités de marque », comme disent nos dirigeants, vont changer alors qu’elles sont connues par les citoyens. Plutôt que nous appeler France 3 ou France Bleu, il est prévu qu’on se nomme Ici. »
Lionel Thompson, de la CGT, renchérit : « On nous cite en exemple les audiovisuels étrangers rassemblés, mais personne n’est allé regarder finement les résultats. Et à entendre nos confrères belges, suisses ou canadiens, ce n’est pas encourageant. » « Mutualiser pour réaliser des économies » va, au contraire, « diluer nos identités », a donc rétorqué le journaliste à sa direction.
La crainte d’une mise sous tutelle politique
Qui dirigera la fameuse holding ? Comment cette personne sera nommée ? À qui rendra-t-elle des comptes ? « On craint une perte d’indépendance éditoriale, avec un État en lien avec un seul interlocuteur », s’inquiète Pierre Mouchel. Quelqu’un qui serait « à la botte du pouvoir », renchérit Célia Quilleret, qui estime qu’il s’agit d’une « ORTF nouvelle génération ». « Quand on a un seul patron et un seul directeur de l’information, les pressions sont beaucoup plus faciles. On craint que ce modèle, plutôt que la BBC, ne reprenne ce que l’ORTF avait de pire », s’alarme Lionel Thompson.
Et de balayer les faux arguments avancés pour détruire l’audiovisuel public, qui subit des restrictions budgétaires en cascade depuis la fin des années 2000 : « On n’est ni en danger, ni affaiblis. Et nous avons des résultats remarquables. Les radios publiques des autres pays nous citent en exemple et viennent chercher les clefs d’un tel succès. » À Radio France, 1 185 salariés, dont des stars de l’antenne comme Nicolas Demorand ou Léa Salamé, ont signé une tribune dans le quotidien le Monde daté de ce jeudi 23 mai, pour dénoncer ce projet de fusion qui renvoie à une époque médiatique que l’on croyait révolue.