Missak et Mélinée à Saint Gratien

Très belle soirée ce 8 mars au bar « Le Catinat » de Saint Gratien ! Faute de salle municipale, c’est là que nous avons reçu Gérard Streiff pour un débat autour de son livre « Missak et Mélinée Manouchian, un couple en résistance ».

La Panthéonisation de Missak Manouchian, premier étranger et premier communiste à être ainsi honoré, a remis sur le devant de la scène la période de la résistance face aux nazis, et l’histoire si particulière du groupe de résistants étrangers de « l’affiche rouge ». 

Excellent connaisseur de son sujet, Gérard Streiff, auteur et journaliste, a su nous faire partager sa passionnante recherche sur ce couple exceptionnel, comme l’étaient aussi leurs compagnons de « l’affiche rouge ». Belle surprise pour nous, il y avait dans la salle, non seulement des Gratiennois·es, mais des gens venus de villes voisines, des Arméniens, des Libanais, et très émouvant, un Gratiennois d’origine arménienne qui a connu Mélinée Manouchian !

Le parcours personnel de Missak et Mélinée, orphelins du génocide arménien devenus « Français de préférence », leur engagement au PCF puis dans la Résistance, l’organisation et les actions des FTP-MOI, leur traque par la police française, le rôle essentiel des femmes dans les actions de guérilla urbaine, la propagande immonde de l’affiche rouge, le courage héroïque de ces résistants face à la torture et à l’exécution… les deux heures et demi d’échanges ont été passionnants, à la hauteur de l‘histoire du groupe Manouchian.

Une page de notre histoire, qui 80 ans après, pose la question bien actuelle de la place des étrangers dans la construction de la France, et celle, fondamentale également, de notre engagement d’aujourd’hui.

Merci, Gérard Streiff, pour ce bel hommage à ces « étrangers et nos frères pourtant » ! 

 

Hommages au groupe Manouchian

Retour en images sur les différents moments de l’hommage à Missak Manouchian et aux combattants de son groupe.

À Paris sur le parcours lors de la Panthéonisation, dans la crypte le lendemain pour visiter l’exposition qui leur est consacrée, ou encore à la commémoration à Arnouville dans le Val d’Oise.

Missak à l’honneur sur la façade du siège du PCF, place du Colonel Fabien

Rue Plaisance, dernière planque de Missak Manouchian, lors de l’hommage rendu par le PCF et la CGT le 21 février avant la Panthéonisation.

Sur le chemin du Panthéon le 21 février…

Dans la crypte du Panthéon, le caveau n° XIII avec la plaque qui reprend les noms des camarades de Missak

Au Panthéon, l’expo visible jusqu’au 8 septembre 2024

À Arnouville lors de la commémoration devant la stèle Manouchian, puis à l’exposition

Et enfin à Saint Gratien…

Et nos frères pourtant

80 ans jour pour jour après l’exécution des résistants de son groupe par les nazis au Mont-Valérien,  Missak Manouchian entrera au Panthéon avec sa femme Mélinée, le 21 février 2024.

Missak et Mélinée Manouchian reposent actuellement au cimetière d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. La veille, dans la nuit du 20 au 21 février, le cercueil de Missak Manouchian passera sa dernière nuit hors du Panthéon dans la crypte du mémorial de la France combattante, pour une  veillée funéraire symbolique au Mont-Valérien. Les restes du combattant FTP-MOI accomplira le même parcours que le jour de son exécution : « Il entrera par le haut, passera devant la chapelle où il se serait confessé avant de descendre dans la clairière ».

Le lendemain 21 février, jour de la panthéonisation, l’Élysée a prévu une cérémonie d’une heure trente. Le cercueil de Missak Manouchian remontera la rue Soufflot vers 18h30, couvert d’un drapeau français et porté par un régiment « lié à Manouchian ».  

Un parcours lumineux bleu blanc rouge pavera le chemin du résistant pour illustrer les trois grandes périodes de sa vie : le génocide arménien, l’arrivée en France et la Résistance.

Au pied du Panthéon, est prévu un spectacle son et lumière. La garde républicaine montera les marches jusque sous la coupole et Emmanuel Macron prononcera l’oraison funèbre de Missak Manouchian devant son cercueil. Seront présents journalistes, scolaires et personnalités notamment issues de la communauté arménienne en France, comme Robert Guédiguian, réalisateur de L’Armée du crime qui retrace l’histoire du groupe Manouchian, ou encore le premier ministre de l’Arménie Nikol Pachinian.

C’est Arthur Téboul, leader du groupe Feu! Chatterton, qui reprendra « Strophes pour se souvenir », fameux poème d’Aragon mis en musique par Léo Ferré dans « L’affiche rouge ».

À l’issue de la cérémonie, vers 20 heures, les restes du couple Manouchian rejoindront le caveau numéro XIII de la crypte du Panthéon. À l’entrée, une plaque sera installée en l’honneur de leurs 22 autres camarades FTP-MOI ainsi que de leur chef Joseph Epstein. Il s’agit de l’entrée symbolique de l’ensemble du groupe Manouchian dans le sanctuaire de la République. « Cela vaut panthéonisation », d’après l’Élysée. Trois vers d’Aragon et un morceau de la dernière missive de Missak y seront également gravés.

Le PCF sera bien évidemment présent dans cet événement, qui rend-enfin- hommage au rôle majeur joué par les étrangers dans la Résistance, et à la résistance communiste, jusqu’ici absente du Panthéon.

Les 20 et 21 février 2024, différents événements se tiendront au siège du PCF, place du Colonel Fabien : tables rondes, débats, conférences, concerts..

Le 20 février, place du Colonel-Fabien, une soirée mettra à l’honneur Manouchian poète, avec le concours de la revue Europe, avant de donner la parole à artistes, auteurs et historiens qui ont Missak au cœur, de Didier Daeninckx à Serge Wolikow en passant par Gérard Streiff.

Le 21 février, les communistes seront présents en nombre pour cette journée d’hommage national.

Le mercredi 21 février, à partir de 16 heures, rassemblement et hommage aux 23 FTP-MOI de l’Affiche Rouge, co-organisé par le PCF et la CGT, devant le 11 rue Plaisance dans le 14è arrondissement de Paris, qui fut la dernière planque de Missak Manouchian.

Fabien Roussel et Sophie Binet y prendront la parole.

Israël-Palestine : ensemble, pour la paix et la justice!

Résolution du conseil national du PCF – 15 octobre 2023

Israël-Palestine: ensemble, pour la paix et la justice !

Les communistes, réunis en conseil national, éprouvent l’horreur qu’a constitué la journée du 7 octobre qui restera gravée dans nos mémoires.

L’horreur devant le massacre de centaines de civils israéliens par les forces du Hamas, devant des actes terroristes qui, en visant des hommes, des femmes, des enfants et même des bébés, ont ensanglanté la société israélienne mais aussi toute l’humanité. Nous les condamnons avec la plus grande fermeté sans ambiguïté. Rien ne peut les justifier. Nous exprimons notre solidarité avec le peuple israélien et exigeons la libération immédiate des otages détenus par le Hamas. Ce n’est pas un acte de résistance qu’à commis le Hamas, c’est un acte de barbarie. Un acte de barbarie qui a visé les juifs, comme à l’occasion des pogroms qui ont tragiquement marqué le siècle dernier. Jamais nous ne confondrons la résistance avec un carnage aussi contraire aux valeurs de la dignité humaine et du droit international.

Face à de telles attaques, dont la sauvagerie ébranle le monde, c’est toute l’humanité qui doit se mobiliser contre le fléau du terrorisme, contre ceux qui alimentent leur discours, les arment, les financent, en s’appuyant sur toutes les règles du droit international et la coopération totale de tous les pays dont celle de la France.

À ce combat légitime, nous appelons à ne pas ajouter plus de malheur, de drame, de catastrophe humanitaire. Mettre hors d’état de nuire ceux qui ont perpétré les massacres du 7 octobre et qui menacent de récidiver, envoyer les chefs du Hamas devant la Cour pénale internationale, ce n’est pas viser aveuglément la population palestinienne de Gaza. La riposte du gouvernement israélien d’extrême droite, dont la responsabilité dans le drame que vient de subir son peuple est de plus en plus dénoncée au sein même du pays, est de ce point de vue extrêmement grave, faisant le choix de s’attaquer à des civils, à des familles palestiniennes de Gaza, au nom d’une vengeance aveugle qui détruit tout sur son passage.

Heure après heure, les destructions de bâtiments civils à Gaza viennent endeuiller de nouvelles familles, dans une escalade mortifère et en dépit de toutes les conventions internationales. Nous sommes pleinement solidaire du peuple palestinien. Le gouvernement israélien essaye ainsi de masquer son incapacité à protéger le peuple israélien. Depuis 75 ans, les droits des Palestiniens, leur droit à l’existence et à un État sont niés. Ils vivent la colonisation et l’annexion de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Leurs conditions de vie sont insupportables.

Les gouvernements de tant d’États, à commencer par le nôtre, la France, les ont abandonnés à leur sort, victimes d’humiliations quotidiennes, de discriminations, de privations par le gouvernement israélien. Il faut d’urgence arrêter la spirale de la haine, de la violence et des massacres, comme viennent d’y appeler le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres et le Pape. Les morts se comptent par milliers, essentiellement des civils, dont de nombreux enfants israéliens et palestiniens. 1300 Israéliens, et 2200 Palestiniens dont plus de 700 enfants, ont été tués.

Nous dénonçons ici avec force le siège total de Gaza qui prive d’eau, de nourriture, d’électricité plus de deux millions de personnes, dont un million d’enfants. Et nous condamnons les propos immondes du Ministre de la Défense israélien, niant leur humanité en comparant ces femmes, ces hommes et ces enfants à des animaux. Quelle honte! Ce siège de Gaza, et l’appel récent du gouvernement israélien à l’évacuation de la population vers le sud du territoire est en train de créer une catastrophe humanitaire sans précédent.

Ces gouvernants d’extrême droite fanatisés aujourd’hui à la tête d’Israël devront, eux aussi, répondre de leurs actes devant les juridictions internationales. Nous appelons la France à peser de toutes ses forces pour faire respecter le droit international, pour protéger les otages et agir pour leur libération. Nous refusons que des innocents payent l’affrontement entre un pouvoir d’extrême droite discrédité auprès de ses citoyens et une organisation islamiste terroriste qui n’offre aucun avenir aux Palestiniens.

Seule une perspective de paix dans la justice entre Israéliens et Palestiniens, ouvrant à ces derniers l’espoir d’une vie digne, peut arrêter l’effusion de sang. Il faut en finir avec la guerre. Il faut lever ce blocus inhumain contre Gaza. Il faut donner les moyens aux Palestiniens de vivre. Honte à ceux qui veulent couper l’aide au développement ! La France et l’Union européenne doivent agir avec résolution pour une solution de paix juste et durable, en application des résolutions de l’ONU qui sont toutes restées lettre morte avec, en premier lieu, la reconnaissance de l’État de Palestine aux côtés d’un État israélien.

Nous lançons un appel aux Françaises et aux Français, un appel à l’unité de la Nation. L’antisémitisme est un crime contre la République et l’ensemble de ses citoyens et citoyennes. Les juifs doivent pouvoir se sentir en sécurité dans notre pays et tout doit être fait pour protéger les lieux les plus sensibles de nos compatriotes. Les communistes sont à leurs côtés.

Le racisme anti-musulman est tout autant un crime contre la République. Nous sommes aux côtés de nos compatriotes musulmans qui n’ont pas à être stigmatisés, menacés pour les actes immondes du Hamas dont ils ne sont en rien responsables.

Avec les progressistes palestiniens et israéliens, avec toutes les forces démocratiques dans le monde, avec toutes celles et tous ceux qui sont attachés dans notre pays au droit et à la justice, faisons grandir le mouvement populaire pour la paix et justice.

Oui, la paix et la justice, voilà ce qui doit nous rassembler tous et toutes. Ensemble, mettons fin à la guerre. Ensemble, construisons la paix et faisons grandir l’exigence de deux États viables pour qu’enfin les peuples palestiniens et israéliens vivent côte à côte, dans la sécurité et la fraternité. Ensemble, construisons une grande initiative pour la paix.

La fête !

J-7 pour la fête de l’Humanité !

Le week-end prochain, les 15,16 et 17 septembre la fête se tiendra sur la base 217 à Brétigny-sur-Orge. Un incontournable événement politique, culturel, musical, international, solidaire, populaire, festif !

Vous n’avez pas encore vos billets ? Venez nous voir ce dimanche au marché de Saint Gratien entre 10h30 et 12h pour vous procurer des bons de soutien donnant droit à l’entrée pour les trois jours au prix imbattable de 40 € !

Vous pouvez aussi nous contacter via ce blog. Attention ! Les billets doivent être validés en ligne avant jeudi soir minuit.

Strasbourg, août 2023 (5)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Faut-il limiter le droit à la propriété pour garantir le droit au logement ?

C’est le titre un peu provocateur de l’atelier proposé à l’Université d’été du PCF par Ian Brossat*, adjoint à la maire de Paris, en charge du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés. En voici les principaux enseignements.

Les discours médiatiques dominants nous disent que le droit de propriété serait en permanence menacé. Ce qui a débouché sur le vote de la loi « Kasbarian » dite loi « anti-squat ». En fait, la France a sacralisé le droit de propriété, qui figure comme un droit absolu et constitutionnel dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est un choix politique, qui mérite d’être questionné si on veut défendre le droit au logement.

La loi interdit le squat qui remet en cause le droit de propriété. Il faut attendre 1990 pour que le droit au logement soit inscrit dans la loi, c’est la loi Besson. Toutefois cela reste un objectif ! Dans notre droit, il y a donc aujourd’hui une hiérarchie qui place le droit de propriété avant le droit au logement.

Qu’est-ce que cela produit concrètement ? Une situation massive de mal-logement et de difficultés à se loger dans notre pays. Cela ne concerne pas que les gens qui sont à la rue ! Les difficultés de logement concernent une partie énorme de la population ! Si on se réfère au rapport de la fondation Abbé Pierre, ce sont 14 millions de Français qui sont en situation de fragilité par rapport au logement. Cela représente des personnes mal logées parce qu’elles vivent dans des logements trop petits, mal isolés et surtout tous les gens qui paient leur logement trop cher, soit des loyers trop chers ou des crédits trop élevés. C’est bien la prééminence du droit à la propriété sur le droit au logement qui produit cette situation-là.

Autre élément à mettre en lumière : c’est l’énorme concentration de la propriété des logements en France. Un quart des ménages français détient 68% des logements possédés par des particuliers. Il y a bien sûr des petits propriétaires, mais d’autres qui détiennent beaucoup beaucoup de logements. 3,5% des ménages français possède plus de cinq logements et 50% des logements en location de particuliers. On a donc une petite minorité de gens qui possèdent beaucoup beaucoup de logements.

Droit à la propriété et droit au logement s’entrechoquent. Mais dans notre droit actuel, qu’est-ce qui permet de limiter le droit à la propriété ? Fait-on ce qu’on veut de son logement ? Non, et heureusement !

Selon l’usage que vous faites de votre logement, vous êtes plus ou moins fiscalisés. C’est par exemple la taxe sur les logements vacants qui existe dans les zones tendues, le but étant évidemment d’inciter les propriétaires à remettre leur logement en location, ou bien la taxe sur les résidences secondaires. Cette dernière est à la main des villes, avec le même objectif de retrouver des logements pour les gens qui travaillent. Les communistes sont favorables à une taxation plus forte des logements vacants et des résidences secondaires dans les zones tendues.

L’encadrement des prix limite également le droit à la propriété. Cécile Duflot sous François Hollande met en place l’encadrement des loyers dans les zones les plus tendues. L’objectif n’est pas à l’époque de faire baisser les loyers, mais de lutter contre les abus les plus manifestes. Mais une mobilisation énorme du secteur privé de l’immobilier hurle au scandale, Cécile Duflot est remplacée, et Valls premier ministre renonce à cet encadrement des loyers dans les grandes métropoles tendues et décide de ne le faire qu’à Paris et Lille. Finalement ce dispositif est annulé par le tribunal administratif au motif qu’il devrait s’appliquer à la métropole et pas uniquement à la ville de Paris. Paradoxe, ce sont les associations de propriétaires qui étaient contre l’encadrement qui l’ont fait annuler au motif qu’il devrait s’appliquer à une échelle plus large ! Il a fallu attendre une autre loi, la loi Élan, pour que l’encadrement puisse s’appliquer mais uniquement à titre expérimental, et sur demande des collectivités qui le souhaitent, et à un certain nombre de conditions. Finalement, l’encadrement s’applique depuis 2019 à Paris, Lyon, Bordeaux, Lille et dans d’autres collectivités. Le problème de cet encadrement tel qu’il s’est appliqué jusqu’à présent, qui est une bonne mesure même si elle reste très modérée : mais pour être efficace, il faut des sanctions pour ceux qui n’appliquent pas la loi. Nous nous sommes battus à Paris pour que les collectivités qui le souhaitent aient la possibilité de sanctionner elles-mêmes les propriétaires qui ne respectent pas l’encadrement. Appliqué à Paris, cela a permis d’en finir avec l’impunité de ceux qui ne respectent pas l’encadrement des loyers.

Mais aujourd’hui, un autre encadrement n’existe pas, c’est celui du foncier. C’est fondamental, parce que si les prix sont si élevés, c’est que le prix du terrain est absolument phénoménal. Quand Macron a lancé son CNR du logement, l’une des préconisations qui faisait l’unanimité, c’était de permettre une régulation du prix du foncier. Mais comme souvent avec lui, cela n’a donné lieu à rien du tout. C’est une revendication que nous devrions porter. Si on veut prendre le mal à la racine, il faut s’attaquer à réguler le prix du foncier. C’est évidemment une forme d’atteinte au droit de propriété mais c’est nécessaire si on veut produire du logement abordable.

La troisième piste, c’est l’appropriation publique, et là aussi, on a des outils. D’abord la préemption, la possibilité pour une collectivité de préempter des terrains, des logements, des immeubles, pour un projet d’intérêt général. Du logement, ou un équipement public, une crèche, un jardin… Mais évidemment, pour pouvoir préempter, il faut qu’il y ait vente.. Ensuite, soit la collectivité s’aligne sur le prix de l’acquéreur, c’est-à-dire le prix du marché, soit elle fait une offre en dessous -cela s’appelle casser la vente- et le vendeur a la possibilité de se tourner vers le juge, et c’est ce dernier qui fixera le prix sur la base de l’avis des domaines. Le droit de propriété reste donc très défendu même en cas de préemption.

Aujourd’hui par exemple, la ville de Paris achète aux prix du marché, c’est-à-dire à des prix considérables. Chaque année, la ville de Paris consacre 300 millions d’euros à la préemption. Ne devrait-on pas considérer que quand une collectivité préempte pour un projet d’intérêt général, elle devrait avoir le droit d’acheter en-dessous du prix du marché ? C’est une vraie question !

Il existe ensuite les procédures d’expropriation. Elles permettent d’acheter même si le propriétaire n’est pas vendeur. C’est l’exemple parisien d’un hôtel vide depuis longtemps et squatté. La procédure est très longue, il faut une déclaration d’utilité publique et c’est le juge qui décide si l’expropriation est justifiée ou pas. Le droit à la propriété est là aussi protégé.

Il existe enfin le droit de réquisition, qui est une mesure provisoire, par exemple en cas de grosse crise du logement, on peut réquisitionner pour mettre les gens à l’abri. Un droit très peu utilisé ! À Paris, à chaque fois que la ville veut faire une réquisition, le Préfet répond oui… si le propriétaire est d’accord ! Comme il l’est rarement, les seuls bâtiments réquisitionnés sont les gymnases municipaux, pour lesquels la ville peut se passer du Préfet !

La difficulté ici est un problème d’application de la loi car on ne peut accepter d’avoir tant de gens dehors alors que tant de bâtiments sont vides et bien identifiés. Ce sont des batailles locales pour obtenir que le droit de réquisition s’applique.

Tous ces exemples montrent qu’on n’est pas totalement démunis, et que même en s’appuyant sur le droit actuel, on peut de temps en temps de donner plus de place au droit au logement par rapport à la sacralité du droit de propriété.

Il y a aussi la possibilité de promouvoir d’autres formes de propriété. « La propriété privée, c’est d’abord une propriété privante », comme le disait le prof de philo (communiste) de Ian Brossat ! Quelles autres formes de propriété peuvent exister ? La propriété publique, c’est le logement social qui représente en France plus de 4 millions de logements pour 11 millions de Français, avec des dispositions législatives volontaristes qui ont permis de le développer, notamment la loi SRU. Cette loi date de 2000, du temps où Jean-Claude Gayssot était ministre de l’équipement, des transports et du logement. Cette loi imposait 20% de logements sociaux dans toutes les villes de plus de 3 000 habitants, objectif rehaussé par Cécile Duflot à 25% à l’horizon 2025. C’est une très bonne loi !

Le problème c’est que parallèlement, l’État s’est désengagé du financement du logement social. Mais la loi SRU a permis de développer le logement social, et de le développer là où il n’y en avait pas ! Cela a permis de rééquilibrer le logement social, dans un objectif de mixité sociale. Le logement social ou « logement public » doit s’adresser à de larges couches de la population, les plus fragiles mais aussi les salariés, les gens qui travaillent et qui ont du mal à se loger dans le parc privé, dans nos grandes villes et ailleurs. Le logement social « à la française » a vocation à être généraliste, et pas à être un ghetto ! Or, beaucoup de dispositions adoptées ces dernières années visent à restreindre le public du logement social : les surloyers, la remise en cause du droit au maintien dans les lieux. Les mêmes qui ont voté des lois qui chassent les classes moyennes du logement social sont ceux qui ensuite reprochent au logement social d’être un logement ghetto ! Mais à Paris les quartiers les plus mixtes sont ceux qui comptent le plus de logements sociaux et à l’inverse, ceux qui sont les moins mixtes sont ceux qui comptent le moins de logements sociaux. Nous, nous défendons une conception large du logement public. Il y a parfois des frictions sur ce point à l’intérieur de la gauche : par exemple les écolos ont une conception un peu restrictive, ils considèrent qu’il faut loger les plus fragiles. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut chasser les classes moyennes du logement social. Si on restreint trop le public du logement social, on n’emmène pas avec nous la grande majorité des gens sur lesquels on a besoin de s’appuyer pour pousser au développement du logement social. Si les gens se disent que le logement social ne s’adressera jamais à eux, on ne pourra pas compter sur eux pour le défendre. Donc nous devons défendre une conception large, généraliste du logement social.

Dans les autres formes de propriété, il y a aussi des choses plus nouvelles. Par exemple, le bail réel solidaire. Ce qui coûte cher dans un logement, c’est le foncier autant que le bâti. À Paris par exemple, on est à 10 000€ du m2 pour l’achat d’un logement, 5000€ pour le foncier et 5 000€ pour le bâti. L’idée est que la collectivité garde la propriété du foncier et ne vende que le bâti. Ce qui permet donc de ne vendre qu’à 5 000€ du m2, ce qui permet de s’adresser à un public plus large. Cette dissociation du foncier et du bâti permet de renouer avec l’accession à la propriété dans des métropoles où elle était devenue complètement impossible, y compris pour des familles aux revenus moyens.

Ce dispositif est assorti de mesures anti-spéculatives. Quelqu’un qui a acheté un logement en bail solidaire ne peut le revendre à n’importe quel prix. Il le revend au prix auquel il l’a acheté, revalorisé de l’indice du coût de la construction.

Le bail solidaire est comptabilisé comme du logement social : faisons donc attention dans un certain nombre de villes de droite où des élus peuvent faire du bail solidaire pour ne pas réaliser du logement social. Le bail solidaire ne doit pas se développer au détriment du logement social. À Paris, le choix a été fait de choisir le bail solidaire dans des opérations d’aménagement plutôt que de l’accession à la propriété classique, pas à la place de logement social.

Nous devons assumer, non pas de remettre en cause, de « façon bête et méchante » le droit de propriété, on ne peut pas être contre le droit d’être propriétaire de son logement. En revanche, si on veut défendre le droit au logement, il y a des limites au droit de propriété. La question pourrait se poser de limiter le nombre de logements dont on a droit d’être propriétaire. Est-ce normal que quelqu’un soit propriétaire de 30, 40, 50 logements ?  Ce serait certes lever un tabou et susciterait des polémiques, cela paraît difficile aujourd’hui. En tout cas, la question peut être posée.

Si on estime que le droit au logement est aussi important que le droit de propriété, cela suppose de « rogner » sur la sacralité du droit de propriété. Si on sacralise absolument le droit de propriété, si on trouve normal que des bâtiments restent vides alors que des gens crèvent dehors, ça veut dire qu’on assume cette politique-là. Sinon, il faut accepter qu’il y ait des limites au droit de propriété et que l’intérêt général doit conduire à le limiter pour garantir le droit au logement.    

* Ian Brossat est aussi porte-parole du PCF et fut sa tête de liste aux élections européennes de 2019. Et en 2016… il fut notre invité au stand du PCF 95 à la fête de l’Humanité pour parler de son livre « L’espion et l’enfant », qui retrace la vie extraordinaire de son grand-père.

I.V. 

À suivre…           

Strasbourg, août 2023 (4)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Compte rendu de l’université d’été du PCF
Édition 2023- Fabienne Launey

« Quelle politique migratoire pour une France de progrès ? », avec Pascal Brice et Fabien Roussel

Pascal Brice est président de la fédération des acteurs de la solidarité.

Fabien Roussel est député du Nord et secrétaire national du PCF.

Fabien Roussel

La gauche n’a pas rien à dire sur l’immigration et les questions migratoires. Ce serait une erreur de laisser la droite et l’extrême droite s’emparer de ce sujet, et de l’alimenter avec les idées les plus nauséabondes et les plus dures.

Nous avons la responsabilité importante d’y mettre le contenu le plus progressiste avec toutes les valeurs qui sont les nôtres, et c’est aussi l’histoire du PCF qui s’est toujours battu pour défendre en tous points l’émancipation des peuples, la condition humaine et la dignité humaine.

Tous les ans, nous avons droit à une loi sur l’immigration qui à chaque fois va durcir les conditions d’accueil et ne jamais régler les problèmes qui se posent.

Bien souvent, ces sujets-là sont portés par des responsables politiques comme contrefeu pour ne pas parler des politiques sociales, climatiques dont notre pays a tellement besoin.

Nous nous sommes rencontrés à Paris, il y a quelques mois, avec Pascal Brice et des députés, des sénateurs de gauche pour parler de ce qui peut nous rassembler sur cette question de l’immigration.

C’est une initiative que Pascal Brice a prise au titre de la responsabilité qui est la sienne en tant que président de la fédération des acteurs de la solidarité.

À quelques semaines ou quelques mois de la présentation d’un texte de loi sur l’immigration, nous travaillons ensemble à des propositions que nous pourrions porter auprès du gouvernement sur ce sujet.

Aujourd’hui, la loi sur l’immigration telle qu’elle va être débattue au Parlement risque tout simplement d’être en somme un tête-à-tête entre le gouvernement  Gérald Darmanin, et Éric Ciotti et Marine Le Pen. Nous devons trouver le moyen de formaliser nos accords pour pouvoir mettre dans le débat des propositions de gauche, fortes, humanistes, qui permettent aux Français d’entendre une autre voix que celle de la droite et de l’extrême droite.

Il y a des parlementaires, des associations, des responsables syndicaux qui veulent s’engager et qui ont une autre conception des politiques migratoires, de l’accueil, de la régularisation des travailleurs sans papiers qui doit être obtenue dans une confrontation d’idée avec le gouvernement.

Il faut que nous parvenions à arracher, dans le cadre de la loi ou ailleurs, la régularisation des travailleurs sans papiers, parce que c’est un scandale qui perdure dans notre pays.

Le parti communiste a sorti un manifeste en 2018 intitulé : « Pour une autre politique migratoire ». Ce manifeste va être mis à jour et et enrichi. Il sera mis à disposition des communistes rapidement.

Pascal Brice

Je me réjouis beaucoup d’être avec les communistes aujourd’hui, d’être avec toi, de t’entendre confirmer la volonté qui est la tienne [à Fabien Roussel, ndlr] et celle des communistes de s’emparer de cette question de l’immigration. La différence, la diversité, la fraternité, l’asile sont de belles choses.

Nous sommes très loin d’une submersion.

Je vais vous livrer le fruit de quelques réflexions  qui sont le fait  de plus de dix années passées à la tête de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), puis maintenant de la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), de manière à essayer de contribuer à la réflexion collective.

La réalité sociale est là. La réalité de ce pays, de l’ensemble du continent européen et aussi des États-Unis, font que nous ne pouvons pas éviter cette question de l’immigration.

Nous sommes rattrapés par l’un des nœuds de crispation que vit notre pays, qui se mêle à d’autres : un nœud social, un nœud culturel, un noeud économique. Nous vivons dans une société incandescente, agressive, divisée, fragmentée.

Nous savons tous – et les communistes sont bien placés pour le savoir – ce qui se passe pour les étrangers dans une société fragilisée économiquement, socialement et culturellement.

La stigmatisation des étrangers et des pauvres, voilà la pente naturelle et bien instrumentalisée dans une société fragmentée et fragilisée comme la nôtre et la plupart des sociétés développées à l’heure actuelle.

Dans une société où les classes populaires et une partie des classes moyennes sont fragilisées, plus particulièrement par la précarisation du travail, la politique libérale protège les possédants dans leur égoïsme.

Il y a une continuité qui s’installe entre les exclus, les classes populaires et les classes moyennes.

Nous savons ce que produit cette situation dans un pays, du point de vue de la cohésion sociale et de la vie démocratique.

Le conformisme, la paresse, les habitudes font qu’on laisse prévaloir des politiques migratoires, plutôt des non politiques migratoires qui sont tournées vers une obsession : dissuader, empêcher les gens de venir avec toute une série de politiques européennes qui sont tournées vers ça.

Ces politiques suscitent l’indignité pour les personnes étrangères et pour celles et ceux qui les accompagnent : les travailleurs sociaux, les bénévoles et les fonctionnaires.

Elles sont un facteur de désordre.

Les hommes et les femmes d’ordre prônent un accueil organisé et maîtrisé.

Toute personne arrivée en Europe doit faire sa demande d’asile et la voir instruite dans le pays où elle est arrivée.

30% des demandeurs d’asile sont en contradiction complète avec la loi française et les textes européens. Les personnes immigrées subissent les blocages innombrables pour l’accès au travail. 30 000 titres de séjour sont délivrés par an en France pour travailler alors que la population augmente ainsi que les besoins des entreprises.

Les OQTF (obligation de quitter le territoire français) sont exécutées à 10%. Des hommes, des femmes et des familles  vivent dans l’angoisse d’être expulsés. Et ce sont des Français qui ont le spectacle de l’impuissance politique.

La FAS continue de refuser tout contact avec le RN. La préférence nationale est antinomique de la solidarité. Tant que Pascal Brice sera président de la FAS, il n’y aura pas de banalisation du RN.

L’instrumentalisation plus ou moins rampante de la question de l’immigration s’installe dans une partie de la classe politique. On constate cette tentation de ne pas s’attaquer à la question sociale, de considérer que toutes les classes moyennes sont en crise, et donc de jeter en pâture les pauvres et les étrangers à la stigmatisation, plutôt que de s’attaquer aux problèmes sociaux.

Celles et ceux qui ont peur de l’installation d’un centre d’hébergement, ce sont des propriétaires.

Nous avons fait des propositions pour une politique migratoire conforme à toutes les exigences de la République.

C’est une approche qui vise à tourner le dos aux politiques de dissuasion, d’abord parce qu’elles ne dissuadent personne et parce qu’elles provoquent de l’indignité et du désordre.

Il s’agit d’installer un accueil organisé et maîtrisé. Pour un accueil organisé et maîtrisé, pour l’asile, il faut absolument sortir des accords de Dublin. Pascal Brice est favorable à des lieux d’accueil aux frontières extérieures de l’Europe, sur le territoire européen. Il ne s’agit pas ici de l’externalisation qui est en cours de la part de nombreux pays européens où l’on renvoie les demandeurs d’asile ailleurs.

Au Danemark, il y a 10, 15, 20 ou même 30 ans, lorsque nous interdisions le foulard à l’école, les Danois considéraient que nous étions tous des fascistes. Le multiculturalisme le plus absolu était une règle fondamentale au Danemark, notamment dans la gauche danoise. Aujourd’hui, pas un demandeur d’asile au danemark, tous au Rwanda, et si vous avez le malheur d’avoir sauvé un petit bijou de famille en fuyant votre pays, vous devez le laisser en gage avant d’arriver au Danemark.

Tout demandeur d’asile doit être pris en charge, hébergé, et voir sa demande d’asile instruite dans des délais favorables.

Il faut bien évidemment ouvrir l’accès au travail, parce que les besoins sont là dans les entreprises. La sortie de la pauvreté se fait essentiellement par le travail. Il est indispensable que les partenaires sociaux soient associés dans les bassins d’emploi, de manière à ce que les personnes puisent avoir accès au travail, et qu’on puisse régulariser les travailleurs.

Il faut également créer une protection humanitaire et environnementale, parce que les enjeux environnementaux sont là, et donc nous avons besoin d’un statut pour les déplacés environnementaux et pour la protection humanitaire des femmes victimes de violences conjugales, des personnes victimes de traite des êtres humains, ou de problèmes de santé.

Les politiques migratoires pour un accueil organisé et maîtrisé supposent que nous changions de logique.

Quand quelqu’un demande un titre de séjour, l’administration est tenue de lui répondre en 6 mois. C’est l’administration, de sa propre initiative, qui étudie toutes les possibilités d’accès au séjour. Il faut ouvrir les critères du droit au séjour (accès au travail, à un logement…).

Plutôt que de donner des OQTF à un grand nombre de personnes comme c’est le cas aujourd’hui, en ne les exécutant que dans 10% des cas, on en fait beaucoup moins et elles ont vraiment lieu.

Cette approche est nécessaire pour la cohésion sociale du pays.

Il n’y a vraiment pas de critère de séjour, et par ailleurs il peut y avoir des raisons très lourdes de délinquance, notamment pour ne pas rester sur le territoire national. Il faut assumer cette position, mais pas dans le système actuel, en inversant la logique.

Le principe c’est « oui » parce que la France a cette vocation fondamentale à accueillir des persécutés. Notre économie et notre dynamisme nécessitent cet accueil des personnes immigrées.

La question essentielle de l’intégration par le travail des femmes se pose.

La question migratoire est vitale pour une France de progrès, de dignité et d’ordre social.

Si la nouvelle loi sur l’immigration vient au Parlement dans les mois à venir, ce sera la 29ème loi immigration, ce qui signifie que les lois, les règlements, les réformes s’empilent, et l’on se trouve dans une situation qui est loin de s’améliorer.

Il est primordial d’appliquer le principe du « oui » pour les jeunes mineurs isolés non accompagnés.

Il y a une bataille à mener pour inverser la logique du « non » pour les jeunes mineurs.

À suivre…