Un équilibre complexe

À l’Assemblée, parole à André Chassaigne, qu’on ne présente plus. Il est interrogé par l’Humanité. (Léa Petit Scalogna)

André Chassaigne : « Le NFP a un équilibre complexe à trouver »

Photo Pierrick Villette/ABACAPRESS

Mercredi 30 octobre, la proposition de loi sur l’abrogation de la réforme des retraites du Rassemblement national sera examinée à l’Assemblée nationale. Vous avez dit « assumer le vote » en sa faveur. Cette position fait débat à gauche, pourquoi ce choix ?

Le groupe GDR, comme l’ensemble des groupes du NFP, est partagé. Tout le monde est convaincu de la nécessité de revenir sur la réforme des retraites. La question est de savoir, pour autant, si nous irions jusqu’à voter une proposition de loi portée par le RN. 

Nous avons débattu dans le respect de chacun. Certains, comme les insoumis, considèrent qu’il faut conserver la digue : « On ne votera jamais leurs textes ! » D’autres, dont je suis, estiment que nous devons nous saisir de ce texte et faire en sorte qu’il suive son chemin législatif jusqu’au Sénat.

Dans la niche de la France insoumise, le 28 novembre, il y aura une proposition de loi pour l’abrogation de la réforme des retraites. Nous l’avons cosignée, contrairement aux écologistes et aux socialistes.

Néanmoins, il subsiste le risque que le RN ne vote pas notre texte, auquel cas, ce serait un formidable échec pour les millions de Françaises et Français qui l’attendent. Nous ne pouvons écarter l’hypothèse car nous savons qu’au fond, le RN ne veut pas de cette abrogation. Le parti a trop de gages à donner aux marchés financiers.

Les débats sur le budget ont lieu en ce moment au Palais Bourbon, la gauche souhaite augmenter les recettes fiscales, contrairement à la droite. En quoi est-ce un des combats prioritaires ?

Il s’agit d’une bataille identitaire pour l’ensemble de la gauche, dans la mesure où nous considérons qu’il faut maintenir les dépenses publiques pour que nos services publics soient efficaces. Si nous n’arrachons pas de recettes fiscales, on amputera la faculté de l’État à répondre aux besoins essentiels des personnes.

L’identité de la gauche réside dans le fait que ce sont des services que nous devons à la population. Tandis que la droite, elle, porte tout le contraire. Elle a toujours considéré que les services publics devaient être réduits à la portion congrue et juge souvent que la santé, l’éducation et les transports doivent répondre à des logiques marchandes.

Nos recettes fiscales ne sont pas piochées dans des prétendus impôts prélevés sur les foyers modestes, mais sur les plus grandes fortunes. Nous voudrions notamment revenir sur les exonérations de cotisations accordées aux entreprises et, surtout, aux multinationales.

La colère paysanne a largement profité à l’extrême droite, a contrario, qu’est-ce que la gauche propose aux agriculteurs ?

Nous ne proposons pas de répondre au coup par coup, par des mesurettes et une espèce d’éparpillement d’aides temporaires. La gauche, notamment les communistes, souhaite mettre en place des mesures structurelles – car le pouvoir actuel ne les porte aucunement. La première consiste en une régulation économique.

Il nous faut soutenir les prix d’achat à la production et, pour cela, nous devons nous attaquer frontalement à la libéralisation du secteur. Les acteurs de la distribution et les industriels agroalimentaires minent actuellement la chaîne de valeur. Les pouvoirs publics doivent maintenir un rapport de force pour imposer des mesures aux géants du domaine et fixer les prix.

Ensuite, la violence de la crise climatique et des aléas sanitaires doit être compensée par un système d’assurance publique de couverture des risques. Tant qu’on ne l’aura pas créé, nous n’arriverons pas à répondre clairement aux problématiques des agriculteurs.

L’un des autres chantiers sur lequel il faut travailler est celui des importations. J’ai pris l’initiative d’une tribune, signée par plus d’une centaine de parlementaires, qui s’oppose à la signature du Mercosur avec les pays d’Amérique latine. Il faut revenir sur tous les accords de libre-échange qui créent une concurrence abusive et inacceptable au détriment de nos paysans.

Comment la gauche peut-elle faire des ponts entre les campagnes et les quartiers populaires ?

Je ne crois pas qu’il faille opposer villages et banlieues. Cet antagonisme alimente le vote d’extrême droite qui se nourrit de tous les populismes. Les populations urbaines et rurales sont différentes, néanmoins ce qui les réunit, c’est la réalité de la lutte des classes toujours plus vive.

Dans les villes, dans les banlieues, dans les villages, nous devons combattre avec la même détermination l’abandon des populations les plus fragiles par l’État.

Que doit faire la gauche pour ne pas décevoir l’espoir créé par le NFP et gagner en 2027 ?

Il y a une forte attente des électeurs du rassemblement de la gauche, il ne faut pas les décevoir. Mais nous avons un équilibre, complexe, à trouver. Au lendemain de la dissolution, le Nouveau Front populaire a vu le jour avec un programme et des candidatures communes.

Malheureusement, elles ont été présentées en fonction de l’ascendant de certaines formations politiques. Déjà, lors de l’épisode douloureux de la Nupes, je déplorais la domination sans partage de la France insoumise, sortie renforcée de l’élection présidentielle.

Pour les législatives, je regrette que les communistes aient été réduits à 50 circonscriptions. Alors que, pour beaucoup d’autres, nous aurions pu avoir des candidats ancrés localement et gagner des sièges. Ce n’est pas comme ça que nous avancerons. Aujourd’hui, il y a un rééquilibrage entre les quatre formations qu’il faut poursuivre.

Le NFP ne peut être viable sans le respect de ses différentes composantes. Nous nous organisons collectivement, comme pour ma candidature à la présidence de l’Assemblée. Nous avons parfois des divergences stratégiques et de fond. Par exemple, les communistes et les écologistes n’auront jamais la même appréciation sur la question des centrales nucléaires.

L’objectif n’est pas de se fondre les uns dans les autres, d’écraser les spécificités de chacun. Nous souhaitons devenir majoritaires dans la diversité des expressions des organisations. Cela ne signifie pas forcément qu’il y aura plusieurs candidats pour 2027, mais il ne faudrait pas qu’une candidature unique nous soit imposée de façon unilatérale. Cela dit, nous n’en sommes pas là.

9 réflexions sur “Un équilibre complexe

  1. Aurore Bergé pointe les incohérences de l’alliance entre LR et la macronie à l’Assemblée

    Pour garder une place au gouvernement et faire passer ses lois, le camp présidentiel s’est allié à la droite républicaine (DR). Mais les désaccords entre les deux partis persistent, ce que dénonce Aurore Bergé.

    La droite et la macronie ne seraient pas faites pour s’entendre à l’Assemblée ? C’est ce que laisse entendre Aurore Bergé, députée Ensemble pour la République (EPR) des Yvelines, dans une interview donnée à Paris Match, mercredi 6 novembre. Pour comprendre la situation actuelle, il faut se souvenir d’où vient l’alliance entre les deux forces politiques, qui a mené à la formation du gouvernement Barnier. Après la dissolution, la macronie s’est associée à la gauche pour faire barrage au RN. Mais une fois les élections passées et après de très longues semaines de réflexion, le camp présidentiel s’est finalement associé à la droite républicaine (DR) pour former le gouvernement avec un Premier ministre républicain.

    Mais le camp présidentiel et la DR ont plusieurs points de désaccords non négligeables, comme les impôts, l’immigration ou encore l’État de droit. Pour Aurore Bergé, le « socle commun », vendu par le gouvernement, n’est pas clair : « Personne ne sait ce que ça veut dire », explique-t-elle, assurant qu’EPR devrait être « dans un rapport de force avec le gouvernement ».

    Une alliance divisée

    L’ancienne ministre du gouvernement Attal prend un exemple simple : « On n’applaudit pas au même moment dans l’Hémicycle, selon si c’est un ministre de tel ou tel camp qui s’exprime. » Elle prône aussi l’utilisation d’un 49.3 rapide pour faire passer le budget 2025, mais cela ne dépend que de Michel Barnier.

    La députée critique enfin vivement la gestion de l’image de son parti. Tout d’abord, elle dénonce la collaboration entre son camp et le NFP lors des législatives pour faire barrage à l’extrême droite : « C’était une erreur stratégique et morale. » Elle voit aussi d’un mauvais œil la candidature unique de Gabriel Attal à la tête de Renaissance : « Je ne suis pas sûre que l’incarnation seule, quelle qu’elle soit, soit suffisante pour embarquer les Français qui doutent. » Enfin, c’est le nom du parti qui pose problème : « Les gens ne savent même pas comment on s’appelle ! Renaissance, Ensemble pour la République (…). On a changé de noms tous les ans ou presque alors qu’En Marche !, c’était parlant. »

    https://actu.orange.fr/politique/aurore-berge-pointe-les-incoherences-de-l-alliance-entre-lr-et-la-macronie-a-l-assemblee-magic-CNT000002fL61y.html

    … la lampe Bergé : de la fumée mais pas de lumière…

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    1. Avatar de Triple coup de force! Triple coup de force!

      Monsieur le Premier Ministre

      Vous venez d’annoncer le recours à la procédure la plus anti-démocratique de notre Constitution, l’article 49-3
      Pour empêcher la représentation nationale de débattre et de voter contre le projet de loi Travail
      C’est là la manifestation de l’impuissance d’un gouvernement replié sur lui-même pour ne pas dire aux abois
      Qui à défaut d’une majorité préfère user d’un triple coup de force
      Triple coup de force
      Coup de force contre le monde du Travail qui signe une régression historique du droit du travail par la remise en cause de la protection des salariés
      Qui aurait pu imaginer qu’un gouvernement se réclamant de la gauche ose ainsi anéantir notre modèle social?
      Qui aurait pu, chers collègues, imaginer qu’un gouvernement se réclamant de la gauche balaye ainsi d’un revers de main le principe de faveur, grande conquête du Front Populaire?
      Grande conquête du Front Populaire

      Triple coup de force
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      La manœuvre est grossière
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      La manœuvre est grossière

      Coup de force aussi contre nos compatriotes
      Sept Français sur dix, sept Français sur dix rejette cette réforme qui porte atteinte aux plus fragiles
      Nombre d’entre eux l’ont manifesté dans la rue dès le premier jour
      Ils sont autant à refuser le recours au 49-3
      Témoignant ainsi de leur attachement au débat démocratique
      Ils sont autant à refuser le recours au 49-3
      Le recours au 49-3
      Le recours au 49-3

      Triple coup de force
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      La manœuvre est grossière
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      La manœuvre est grossière

      Coup de force enfin contre la représentation nationale privée de son rôle de législateur
      Humiliée derrière par une parodie de débat législatif sans vote
      Cette représentation nationale qui vient de recevoir le coup de grâce cet après-midi
      La manœuvre est grossière
      Elle est symptomatique d’un exécutif à la dérive
      Elle vise uniquement à empêcher le Parlement majoritairement contre ce texte de s’y opposer
      Monsieur le Premier Ministre, les députés du Front de Gauche et bien au-delà d’eux même sans doute
      La manœuvre est grossière

      Triple coup de force
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      La manœuvre est grossière
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      Triple coup de force
      La manœuvre est grossière

      Source : Musixmatch

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  2. Avatar de Vendée Globe Vendée Globe

    Vents de la globalisation :

    Dans dix ans, se souviendra-t-on de son nom ? Marc Ferracci (MINISTRE DE L’INDUSTRIE) est aussi sur un bateau, qui prend l’eau de tous les côtés, une vague après l’autre : vague de plans sociaux, vague de fermetures d’usines, vague d’emplois menacés…

    Il est le ministre de l’Industrie d’une France en pleine tempête. Et le pire, il l’a dit, est à venir.

    Sophie Binet est dans le même bateau, mais elle s’interroge sur la stratégie du skipper, elle se demande même si quelqu’un tient bon la barre dans ce pays.

    « Il n’y a pas pire violence sociale que le chômage. Imaginez quand vous travaillez dans une usine depuis quarante ans et qu’en dix minutes, vous apprenez sa fermeture […] Nous sommes au début d’une violente saignée », alerte la patronne de la CGT.

    Tous les secteurs sont ou seront touchés, et des petits, des plus gros, des géants. Vencorex, Auchan, Michelin… On dirait des noms de bateaux engagés dans une course contre la montre, une course que les salariés ne gagnent jamais.

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