Suite de notre compte-rendu de la dernière séance du Conseil municipal de Saint Gratien
Le rapport suivant concerne un projet de « vidéoprotection urbaine », dénomination positive d’un dispositif de vidéosurveillance. Le coût de ce projet est de quasiment 600 000€ pour 70/90 caméras ! C’est un dispositif propre à Saint Gratien, dont les caméras s’ajouteront aux 45 déjà installées dans notre ville via la communauté d’agglomération. L’attente des habitants pour les caméras est forte, nous dit le maire. Est-ce un argument ? Peut-être, car effectivement, la vidéosurveillance est très efficace… politiquement.
En fait, on répond à un sentiment d’insécurité par un sentiment de sécurité. Aucun chiffre dans le rapport sur l’évolution de la délinquance avant ou après l’installation de caméras. Celles déjà installées sont-elles inefficaces ? Pourquoi les nouvelles le seraient-elles davantage ? Dans quelques années, viendra-t-on nous dire qu’il faut en installer de nouvelles ?
« Il y a toujours cette croyance dans le fait que la technologie va permettre de prévenir le crime. Or c’est rarement comme ça que ça se passe… » dixit chercheur Olivier Tesquet, journaliste pour la cellule « enquête » de Télérama et auteur de plusieurs livres sur la question.
Ça fait des années que la Cour des comptes demande une évaluation sérieuse de cette technologie, car ça a un coût pour le contribuable. Ce bilan n’arrive jamais !
Mais les scientifiques, année après année, produisent des enquêtes pour démontrer l’inefficacité de ces caméras très onéreuses et dénoncent le lobby des technologies de sécurité.
La course aux caméras n’a jamais démontré son efficacité dans la prévention, et fort rarement dans la recherche des auteurs d’actes de délinquance, en milieu ouvert (les caméras peuvent être efficaces dans les parkings ou les hôpitaux).
La vidéosurveillance empêche-t-elle les infractions, sert-elle à retrouver les auteurs ? Rien ne le démontre.
En fait, se posent trois problèmes :
-Les caméras ne sont pas dissuasives dans les rues car les délinquants estiment que le risque de se faire identifier et interpeller, est faible.
– La probabilité pour un délinquant d’être pris en flagrant délit est extrêmement faible car il y a plusieurs dizaines de caméras à surveiller en permanence.
-Les forces de police étant ce qu’elles sont, il y a bien peu de chance que le délinquant même repéré par caméra soit interpellé rapidement.
L’impact de la vidéosurveillance sur la dissuasion et l’élucidation des délits s’avère marginal comme le montre une étude menée en Isère en 2021 à la demande de la gendarmerie : la vidéosurveillance a joué un rôle dans la résolution d’environ 1% des enquêtes.
Combien de caméras seront au final installées à St Gratien ? Sur quoi le maire s’appuie-t-il pour estimer l’efficacité du dispositif ? Pour notre part, nous sommes persuadés que rien ne remplace l’humain, particulièrement en matière de prévention. 600 000€ c’est une somme considérable qui aurait pu être utilisée pour un réel investissement pour la sécurité publique. Les caméras ne sont qu’un leurre. Les centaines de millions d’euro dépensés inutilement pour la vidéosurveillance le seraient bien plus efficacement s’ils l’étaient pour des actions de prévention de terrain ou pour la police de proximité, très malheureusement supprimée par Nicolas Sarkozy. De l’humain, voilà ce qu’il faut, tant pour la prévention que pour la répression !
Sans grande surprise, le maire nous déroule un grand discours sécuritaire et nous vante les mérites -supposés mais jamais démontrés- de la multiplication des caméras. Nous votons contre ce dispositif.
À suivre…