Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?
La suite…
Si l’État porte une attention particulière aux villes de banlieues, c’est aussi pour compenser le manque de moyens de collectivités moins bien dotées que les autres, puisqu’elles encaissent moins d’impôts locaux.
Tordons tout de même le cou à l’idée que l’État en fait beaucoup plus pour les « quartiers prioritaires » que pour le reste du territoire. Les services publics y sont dégradés, quand ils ne sont pas inexistants, alors que la situation sociale y est bien pire qu’ailleurs. Le taux de chômage y est 2,5 fois plus élevé que la moyenne nationale, le taux de pauvreté trois fois plus élevé, et un quart des 16-25 ans y sont désœuvrés (ni en formation ni en emploi). Et si l’État y porte une attention particulière, c’est aussi pour compenser le manque de moyens de collectivités moins bien dotées que les autres, puisqu’elles encaissent moins d’impôts locaux.
Source : https://www.marianne.net/politique/macron/emeutes-il-ny-aura-pas-un-enieme-plan-banlieues
Des moyens qui corrigent à la marge un système structurellement défavorable
Les budgets de la politique de la ville sont bien trop limités pour compenser les inégalités de traitement résultant des autres politiques publiques.
Les moyens de la politique de la ville corrigent tout au plus à la marge un système d’allocation des ressources publiques structurellement défavorable aux banlieues populaires.
Une analyse purement comptable ne préjuge guère au demeurant de l’usage effectif de ces ressources par les habitants, dans un contexte de non-recours aux droits et de possible inadéquation entre l’offre institutionnelle et la demande des habitants.
La prétendue « discrimination positive » au bénéfice des habitants des banlieues populaires tient davantage de la fake news que d’une réalité attestée par les travaux scientifiques et d’évaluation.
La propagation du mythe de la banlieue devenue un « tonneau des Danaïdes » pour les finances publiques traduit en fait une profonde délégitimation de la politique de la ville.
Cette délégitimation s’inscrit dans le contexte de mise en concurrence systématique des banlieues populaires avec les territoires de la France dite périphérique, popularisée par Christophe Guilluy. Sa vision binaire et simpliste des dynamiques territoriales et des divisions sociales de l’espace a installé l’idée selon laquelle les minorités ethniques ou raciales des centres urbains bénéficieraient d’un traitement plus avantageux que ceux de la « France périphérique », vaste conglomérat rassemblant indistinctement les espaces ruraux, le tissu périurbain et les villes moyennes, dont les problématiques ont été mises en lumière par le mouvement des « gilets jaunes ».
Alors qu’elle est sous-dimensionnée pour répondre aux enjeux de la ségrégation urbaine, la politique de la ville est ainsi devenue le bouc émissaire d’une rhétorique identitaire qui mobilise des catégories territoriales pour parler d’enjeux raciaux.
Stéphane Bauer
Illustrations : les Raguenets, photos du blog
À suivre…
https://www.cnews.fr/france/2023-07-08/emeutes-le-maire-de-saint-gratien-menace-de-ne-pas-reconstruire-si-les-coupables
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https://www.lalsace.fr/faits-divers-justice/2023/07/08/mort-de-nahel-j-ai-fait-mon-devoir-affirme-celle-qui-a-diffuse-la-video-temoin-du-drame
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https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/adolescent-tue-par-un-policier-a-nanterre/emeutes-apres-la-mort-de-nahel-la-politique-de-la-ville-menee-dans-les-quartiers-depuis-plus-de-30-ans-n-a-t-elle-servi-a-rien_5932367.html
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https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fake/emeutes-apres-la-mort-de-nahel-quatre-questions-sur-le-budget-de-l-etat-dedie-aux-banlieues_5933927.html
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