Liberté, fraternité… inégalités ! (1)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La litanie des plans gouvernementaux pour les banlieues, annoncés au fil des décennies, a ancré l’idée selon laquelle « les quartiers dits prioritaires bénéficiaient d’un traitement de faveur par rapport à d’autres territoires ».

Voici à titre d’exemple un florilège lu sur les réseaux sociaux, y compris sur ceux gérés par des responsables de notre majorité municipale, qui après s’être pris tout sourire sur le perron de notre mairie lundi, se sont déchainés sur leurs propres sites.

« Trop d’argent dépensé dans les banlieues ! On n’a jamais fait autant pour les quartiers qu’au cours des quinze dernières années ! Des milliards « balancés » par les fenêtres ! Politique de la ville : le tonneau des Danaïdes ! …. »

Plutôt que polémiquer, nous avons rassemblé quelques éléments d’analyse, tous sourcés, certains datant de plus de 10 ans, d’autres publiés suite aux récentes émeutes, montrant l’absence de volonté politique de mettre fin à la relégation des quartiers populaires.

Avril 2017, entre les deux tours de l’élection présidentielle, E.Macron promet de « ramener l’État dans les quartiers ».

Mais en juillet 2017, un décret publié en catimini entérine dans le même temps une coupe sombre dans certaines dotations aux collectivités et un coup de rabot de 11% dans l’enveloppe dédiée aux contrats de ville.

Ce qui motivera l’Appel de Grigny, initié par des maires représentant tout le spectre politique, puis la commande du Plan Borloo*.

Emmanuel Macron promet de « ramener l’État dans les quartiers » (lagazettedescommunes.com)

* Le chef de l’État a reconnu mardi dernier avoir été « maladroit », quand les maires qu’il a reçus a l’Élysée ont fustigé son choix d’enterrer en 2018 le plan de l’ex ministre Jean-Louis Borloo pour les Banlieues (20 minutes Paris IDF – 5 juillet 2023). 

8 euros mensuels par habitant – moins de 1 % du budget de l’État.

Les crédits de l’État du programme 147 « politique de la ville » s’élèvent à 498 millions d’euros dans la loi de finances pour 2020, soit 0,13 % du budget de l’État. Alors qu’environ 5 millions d’habitants résident dans les quartiers concernés, cette dotation représente de l’ordre de 8 euros mensuels par habitant.

Si l’on ajoute les dotations de péréquation, c’est-à-dire les mécanismes de redistribution au bénéfice des communes défavorisées, les dépenses fiscales associées à la politique de la ville ainsi que les contributions à la rénovation urbaine, l’effort est déjà plus conséquent, mais il reste inférieur à 1 % du budget de l’État.

« Trop d’argent dépensé dans les banlieues » ? (lagazettedes communes.com)

Des financements supplémentaires destinés aux Cités éducatives passés sous silence

Le budget consacré à la politique de la ville dans le projet de loi de finances pour 2022 présenté le 22 septembre est en hausse de 45 M€. Des financements supplémentaires destinés aux Cités éducatives et aux Bataillons de la prévention… et curieusement passés sous silence lors de la présentation du projet de loi, se sont étonnés les élus de banlieue.

« Je suis stupéfait » : Marc Goua, maire de Trélazé (Maine-et-Loire) et vice-président de l’association Ville et Banlieue, a relu trois fois le document officiel de présentation du Projet de loi de finances pour 2022… sans voir citée la politique de la ville. « La ministre déléguée, Nadia Hai, doit elle-même être offusquée par ce désintérêt », suppute-t-il.

https://www.lagazettedescommunes.com/765533/banlieues-le-budget-2022-fait-la-part-belle-aux-cites-educatives-et-a-la-prevention/

Le petit plus qu’on donne au titre de la politique de la ville, ne compense pas le moins qui est lié au fonctionnement ordinaire des politiques publiques »

C’est vrai que certains chiffres peuvent donner le tournis : 45 milliards d’euros depuis 2003 pour la rénovation urbaine. Sauf que d’abord on ne chiffre jamais ce qui constituerait « l’argent pour la ruralité » ou « l’argent pour les centres villes ». Sur cette énorme enveloppe pour le bâti, il faut aussi rappeler qu’un seul milliard a été dépensé directement par l’État. Le reste est financé en grande partie par action logement, c’est à dire par les entreprises et donc les salariés.

Quant à l’argent de la « politique de la ville » de manière générale, on est là à seulement 1% du budget de l’État, explique le sociologue Renaud Epstein : « la réalité c’est qu’on ne donne pas plus. On donne moins. Le petit plus qu’on donne au titre de la politique de la ville, ne compense pas le moins qui est lié au fonctionnement ordinaire des politiques publiques »

Les coups de pelleteuses, et les habitants en témoignent, ne suffisent pas à améliorer nettement la situation sociale d’un certain nombre de territoires.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-campagne-presidentielle-a-l-epreuve-des-faits/politique-de-la-ville-l-argent-public-a-t-il-ete-inutilement-depense-

 Stéphane Bauer

À suivre…

6 réflexions sur “Liberté, fraternité… inégalités ! (1)

    1. C’est curieux ! Madame Eustache-Brinio, en deux jours de temps, a réalisé des études sociologiques sur la nationalité et l’origine des jeunes émeutiers.. tous dans le même sac, issus de l’immigration. Et tous idem, ne se sentiraient « pas français ». Sur quoi se base-t-elle ? Des chiffres, des sondages, des études approfondies ? Et d’aitre part, s’est-elle penchée sur les conditions de vie de ces jeunes, leurs études éventuelles, leurs ressources, leur accès à des structures sportives, culturelles ? Il apparaît que de nombreux critères entrent en jeu pour tenter d’expliquer cette flambée de violence. Alors les propos de café du commerce = c’est de la faute aux jeunes issus de l’immigration, à qui on dénie la nationalité qui est pourtant la leur, ça interroge sur le niveau de réflexion de la sénatrice. Assez obsessionnelle sur la question, avec un discours de plus en plus « brun ».

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  1. Rachida Dati pointe « des jeunes sans diplôme, sans formation »…

    Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, a fait le lien, mercredi, entre les émeutes et l’immigration. Ses propos ont provoqué l’indignation.

    Rachida Dati, maire LR du 7e arrondissement de Paris, a dénoncé son analyse dans un tweet ce vendredi 7 juillet.

    La mort de Nahel n’en finit pas de diviser la France. Mercredi 5 juillet, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, assurait qu’il existait un lien entre les émeutes et l’immigration, au micro de Franceinfo. Une lecture remise en question jusque dans son propre camp. Ce vendredi 7 juillet, Rachida Dati a estimé dans un tweet qui ne fallait pas « se tromper de combat », accusant, elle, le trafic de stupéfiants.

    « Le problème n’est pas d’abord celui-ci, c’est celui du laisser-faire », a écrit la maire LR du 7e arrondissement, dans un tweet. Rachida Dati juge l’analyse de Bruno Retailleau trop simple. À l’origine du problème, il y a d’abord « le trafic de drogue », selon l’élue, à cause duquel « on a perdu ces quartiers ». Un facteur plus important que « l’immigration », estime l’ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy.

    « Des jeunes sans diplôme, sans formation »

    Ce n’est pas la première fois que Rachida Dati tient ce discours. « Le problème (…), ce sont des institutions qui n’arrivent plus à prendre en charge une partie de notre jeunesse », s’était-elle exclamée dans un discours devant le Conseil de Paris, repris par Le Parisien. L’élue avait alors dit qu’elle pensait « à tous ces jeunes qui sortent trop tôt du système scolaire, sans diplôme, sans formation, et qui finissent par vivre dans l’illégalité et dans les trafics en tout genre ».

    Le trafic de stupéfiants dans le viseur, Rachida Dati avait dénoncé « le cynisme » des gouvernements successifs, qui, selon elle, ont accepté « une délinquance silencieuse » pour « maintenir le calme dans ces territoires perdus. Avant que tout cela n’explose ».

    Orange avec 6Medias, publié le vendredi 07 juillet 2023 à 19h55

    https://actu.orange.fr/france/emeutes-bruno-retailleau-accuse-l-immigration-rachida-dati-le-contredit-magic-CNT0000025pyo0.html

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