L’école, service public essentiel

Qu’ont fait Jean-Michel Blanquer et Emmanuel Macron de notre école ? Lorsqu’on tire le bilan de la politique éducative conduite pendant le quinquennat, tout montre la cohérence d’un projet libéral, et ses effets ravageurs sur notre système scolaire.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron avec Jean-Michel Blanquer à la tête du ministère de l’Éducation nationale a très fortement abîmé l’école publique. Le métier devient de moins en moins attractif. Les inégalités se creusent. Alors que le système éducatif français est l’un des plus inégalitaires des pays de l’OCDE, on constate un nouveau creusement de ces inégalités, fortement corrélées à l’origine sociale des élèves. Sans surprise, ce sont d’abord les élèves issus des milieux populaires qui souffrent de cette politique.

La dégradation des conditions de travail des personnels des écoles, et donc des conditions d’apprentissage des élèves, s’est accélérée au cours des cinq dernières années. La crise sanitaire est venue percuter une école qui était déjà sous-investie et déjà très abîmée.

Illustrations dans le premier degré. On aurait pu aussi traiter de ParcoursSup, de la réforme du lycée et du bac, de la situation des étudiants… On se contentera ici de regarder la situation des écoles maternelles et élémentaires, le terrain que je connais le mieux. Les chiffres sont extraits d’une étude du syndicat SNUipp.  

Des effectifs toujours très lourds, trop lourds.

Les chiffres indiquent 24 élèves par classe en ville (hors quartiers classés en éducation prioritaire) et 21,5 élèves par classe en milieu rural, mais il s’agit souvent là de classes à plusieurs niveaux.

À Saint Gratien, bien des classes maternelles ou élémentaires dépassent les 25 élèves, y compris pour des classes qui regroupent plusieurs niveaux.

Les classes françaises restent bien plus chargées que celles des pays voisins. La mesure de dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire n’a de fait concerné qu’une minorité de classes. Le dernier rapport de l’OCDE montre que la taille moyenne des classes du primaire n’a pas évolué entre 2017 et 2021. Aujourd’hui en France, dans les écoles publiques, près de 88 000 classes ont des effectifs supérieurs à 25 et même, plus de 5 100 classes dépassent 30 élèves ! Si on s’intéresse au « taux d’encadrement », qui correspond au nombre d’élèves par enseignant, celui-ci est nettement supérieur au taux d’encadrement moyen dans l’Union Européenne : 19 élèves par enseignant en France contre seulement 13 en moyenne en Europe.

Certes, en éducation prioritaire, les moyennes ont baissé sous l’effet du dédoublement des CP et CE1. Mais à quel prix ? En déshabillant Pierre pour habiller Paul, car cela s’est fait au détriment des autres niveaux en éducation prioritaire, des autres écoles et des moyens de remplacement. D’autre part, le bilan du dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire est plus que mitigé. L’effet estimé est près de deux fois moindre que celui escompté au vu des autres expériences de réduction des effectifs menées dans d’autres pays.

La remise en cause de l’éducation prioritaire

Qu’en est-il de la politique en matière d’éducation prioritaire ? Elle est destinée à corriger l’impact des inégalités sociales et économiques sur la réussite scolaire en renforçant l’action pédagogique et éducative dans les écoles et établissements des territoires qui rencontrent les plus grandes difficultés sociales. La labellisation « REP », réseaux d’éducation prioritaire, apportait jusqu’ici l’obligation de moyens attribués aux établissements selon des critères nationaux pour compenser des difficultés reconnues. À présent, les contrats locaux d’accompagnement, « CLA », visent à remplacer ces dispositifs. Ils conduisent à la mise en concurrence des établissements, tout en réintégrant l’enseignement privé dans les bénéficiaires. C’est à ce travail que s’est attelée Nathalie Elimas, secrétaire à l’éducation prioritaire, ex-députée de la 6è circonscription du Val d’Oise. 

Des dispositifs d’aide amoindris

Les RASED, réseaux d’enseignants spécialisés qui aident les élèves en difficulté, ont été fortement réduits. Ils ont été éloignés des écoles, ce qui empêche tout travail en partenariat avec les enseignants chargés de classe. Faute de postes en nombre suffisants, leur aide est devenue trop souvent ponctuelle, et donc inefficace.

Le dispositif du « plus de maîtres que de classes » (PDMQDC) qui permettait une dynamique pédagogique collective a été supprimé, ce qui entraîne la prise en charge des élèves par le seul maître de la classe. Pourtant tous les enseignants insistent sur l’intérêt du travail pédagogique partagé.

Manque de personnels

Le manque est criant d’AESH, d’infirmières scolaires, de médecins scolaires, de psychologues… On le constate bien évidemment dans les écoles de Saint Gratien. Pourtant, leur rôle est essentiel dans la lutte contre la difficulté scolaire.

En ce qui concerne les accompagnants d’élèves en situation de handicap, l’organisation en PIAL (Pôle Inclusif d’Accompagnement Localisé) afin de « rationaliser » les personnels, a eu des effets très néfastes. Les AESH interviennent à présent sur plusieurs établissements. Ils sont affectés parfois du jour au lendemain sur une mission, avec parfois plusieurs élèves différents sur la journée. Ces personnels sont sous-payés et ne bénéficient d’aucune  formation. Il subissent des temps partiels imposés et des rémunérations au quasi minimum de la Fonction publique, ce qui rend leur fonction très précaire. Un statut particulier devrait leur être reconnu, car ils exercent un métier particulièrement essentiel et difficile. Si l’on veut réellement réussir l’intégration scolaire des élèves en situation de handicap, il faut y mettre les moyens humains. Or, on compte actuellement seulement 125 000 AESH pour 400 000 élèves en situation de handicap.  

Des heures d’enseignement perdues  

Les enseignants sont de moins en moins remplacés. S’absenter de la classe devient de plus en plus stressant et culpabilisant car on sait que l’absence va très souvent entraîner une « désorganisation » de l’école, surchargeant les autres classes et réduisant les temps d’apprentissage des élèves, et de plus favorisant la circulation du virus en temps de Covid.

Aujourd’hui 8,8% des enseignants titulaires sont remplaçants, c’est insuffisant.
La réponse qui consiste à faire appel à des enseignants contractuels pour pallier les problèmes de remplacement, à l’année ou de façon temporaire, n’est pas acceptable.
Les syndicats réclament que davantage de moyens soient consacrés au remplacement et que le taux de remplacement soit porté à 10% du nombre total d’emplois dans le 1er degré. Indispensable pour assurer la continuité des apprentissages.

À suivre…

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