Qui a peur du « Grand débat » ?

Nous l’avions déjà bien compris : notre maire n’aime pas le « Grand débat national ». Il nous le redit dans la tribune du groupe majoritaire, parue dans le tout dernier magazine municipal.

saint gratien 2019-7« Dans notre commune, nous avons mis à disposition des formulaires de doléances et proposé un débat », nous rappelle-t-il. Double erreur. Au Conseil municipal de décembre, interrogé par nos soins sur la forme que pourraient prendre dans notre ville les « cahiers de doléances », le maire répondait que rien de plus que les « feuillets en accès libre aux horaires d’ouverture de la mairie », déjà existants, ne serait mis en place. Il indiquait également n’avoir reçu aucun courrier du gouvernement pour organiser une « consultation citoyenne ». On sentait déjà une furieuse envie d’y participer. Fin janvier, nous avons fait savoir au maire que nous organiserions une soirée-débat si la ville ne prévoyait pas de le faire. Trois semaines ont passé pour qu’enfin le maire nous informe que ce « grand débat » aurait bien lieu, sous la houlette d’un animateur indépendant. C’est donc bel et bien poussé par son opposition que le maire s’est engagé dans la tenue d’un débat. Au passage, peut-être que l’ « animation » en question, c’est-à-dire le rappel de quelques règles élémentaires de débat en début de réunion, et la circulation du micro pendant la séance, aurait pu être à la portée d’un maire. Mais visiblement le nôtre n’avait pas du tout envie de se mouiller dans cette histoire. Alors que les villes voisines se prêtaient à l’exercice avec davantage de conviction et tenaient plusieurs séances d’échanges, ou des séances thématiques en direction d’un public ciblé (les jeunes, par exemple !), à Saint Gratien le « grand débat national » a été réduit à sa plus simple expression. Comment faire en sorte qu’une initiative que vous ne souhaitez pas, fasse « flop » ? C’est assez simple. Faites le minimum de publicité. Un onglet confidentiel sur le site de la ville, qui a déjà servi pour annoncer que les « feuillets en accès libre » à l’accueil de la mairie se sont miraculeusement transformés en « cahiers de doléances ». Peu probable donc que les personnes qui ont déjà cliqué là, le refassent pour voir si quelque chose a évolué… Faites placer, sur à peine un quart des panneaux de la ville, quelques affichettes au format le plus réduit possible. Choisissez la date la moins propice possible à la participation, par exemple un lundi soir de retour de vacances scolaires, et un horaire qui empêche tout salarié d’être présent, par exemple 19h30, terminez par une amplitude horaire minimale, c’est-à-dire deux heures. Lancez une consigne de boycott de la réunion parmi vos amis, ce qui fait qu’aucun élu de la majorité sur les 31 n’assistera à la séance, sauf un courageux qui a passé outre. Faites toutefois vous-même une courte apparition en début de séance pour qu’on ne vous reproche pas de vous être totalement désintéressé de l’affaire.

Si toutefois il s’avère que les Gratiennois se montrent motivés, et que 70 personnes se déplacent ce soir-là, minimisez l’évènement en annonçant dans votre tribune qu’elles n’étaient que 50… Ne parlez surtout pas du fond des échanges. Ainsi le « Grand débat » passera peut-être le plus inaperçu possible.   

Le maire nous indique la raison fondamentale de son désaccord avec la procédure du « Grand débat » : il serait en effet impossible de faire une « synthèse cohérente, issue d’avis antagonistes ». Ah mais bien sûr ! Si au moins nous avions un débat où tout le monde est d’accord ! Comme alors la synthèse serait aisée !

Et pour finir, il nous rappelle qu’à Saint Gratien la pratique de la démocratie est une réalité quotidienne, puisqu’y existent les réunions de quartier. Vous savez, les soirées soigneusement calées elles aussi entre 19h30 et 21h, puisqu’à cette heure, le maire décrète qu’on pose la dernière question. Oui, on ne peut poser que des questions et non pas émettre un avis. Et oui, lorsque la question est dérangeante, les élus de la majorité, qui ce soir-là ont eu la permission de sortir, le font savoir bruyamment. Quant aux « actions concrètes » mis en place avec les groupes de quartier, nous savons tous qu’elles sont rarissimes, vu le peu de latitude et l’absence de pouvoir et de budget que la ville leur accorde.

Alors sommes-nous des naïfs, béats devant le GDN du président Macron ? Que non. Nous nous faisons peu d’illusions sur les retombées possibles. Mais comment rater l’occasion d’organiser dans notre ville, pour une fois, une réunion où les Gratiennois se rencontrent, réfléchissent, échangent, confrontent des idées « antagonistes » sur des sujets nationaux ou locaux ? Des sujets d’importance, que ce soit pour leur vie quotidienne, ou pour la sauvegarde de la planète, ou pour la vie démocratique du pays. Comment un maire peut-il juger inutile de venir les écouter ? Les participants de ce soir-là nous donnent raison, eux qui déclarent en sortant, souhaiter voir se renouveler l’expérience. Avec ou sans le maire, finalement.

 

Soirée citoyenne aux Raguenets

Modeste retour sur la session du « grand débat national » qui s’est déroulée ce lundi 11 mars 2019 à Saint Gratien, au centre culturel Camille Claudel du quartier des Raguenets.

J’ai déjà relaté ici notre forte implication dans la tenue de cette soirée. Dès janvier, les trois élus de notre groupe municipal « Saint Gratien solidaire et citoyen » avaient fait connaître au maire leur volonté d’organiser une réunion dans le cadre du grand débat. Il nous a fallu attendre fin février pour enfin apprendre que la ville s’engageait dans cette démarche et avait fait la demande d’un animateur indépendant pour animer les échanges.

GDN 15Hélas ! C’est surtout le bouche à oreilles qui a fonctionné en ville pour faire connaître cette initiative car force est de constater que la communication municipale a été fort insuffisante : une affichette confidentielle sur quelques panneaux d’information en ville, deux lignes cachées derrière un modeste onglet sur le site de la ville, pas d’annonce sur la page Facebook de Saint Gratien. Est-ce là une réticence à s’engager dans le débat ? Hésitation à entrer dans un dispositif trop audacieux et trop éloigné des traditionnels jeux de questions/réponses des réunions de quartier ? La même frilosité, pour ne pas dire plus, qu’en Conseil municipal où les débats sont rapidement évacués ? Volonté affirmée de ne pas contribuer à un processus initié par la majorité présidentielle ? Le fait est que si les quatre élus minoritaires du Conseil étaient tous présents, un seul,  sur les 31 élus de la majorité, a participé au débat… Une telle absence massive ne peut être que délibérée. Pour ma part, je le regrette : les occasions d’échanger ne sont pas si fréquentes dans  notre ville, pour ne pas dire inexistantes. Et les participants à la réunion des Raguenets sont sortis plutôt satisfaits de leur soirée. Sans nous faire trop d’illusions sur les retombées nationales du grand débat, les possibilités de rencontres entre citoyens ne sont jamais à négliger. Notre participation visait à écouter, plus qu’à avancer nos propositions, car nous ne confondons pas grand débat et réunion du Front de Gauche. Cela ne nous a pas empêché d’intervenir, comme tout citoyen présent ce soir-là. GDN 2 

Rapide présentation du maire et de la députée en tout début de séance, qui ont ensuite quitté la salle sans vraiment rien apporter de plus, pour laisser la place à l’animateur. Merci à lui pour sa présence bienveillante et son organisation matérielle de remontées des opinions. Les participants, environ 70 personnes, se sont répartis en six tables, traitant chacune des quatre thèmes nationaux. Des Gratiennois de tous les quartiers, et de toutes opinions, qui ont d’emblée remarqué et regretté  le peu de présence de jeunes dans l’assemblée. Après une heure de débats et d’échanges, chaque table a procédé à une synthèse de ses discussions. La contrainte horaire, car deux heures cela est bien peu pour une réunion de ce type, a limité l’éventail des thèmes traités. Impossible d’aborder les quatre sujets « officiels » du Grand débat de façon approfondie.

Je ne veux pas faire ici une synthèse qui serait réductrice. Voici en vrac quelques-uns des sujets abordés : disparition des surfaces agricoles et forestières, avec l’évocation du projet néfaste d’Europacity (téléscopage avec l’actualité : le PLU de Gonesse est ce mardi retoqué, ce qui retarde peut-être définitivement ce « grand projet néfaste »…) ; les transports alternatifs ; les nuisances sonores, notamment celles de Roissy ; la pollution lumineuse des enseignes commerciales et de l’éclairage public ; les déchetteries et leurs trop grandes contraintes ; la nécessité de construire et de rénover thermiquement et phoniquement  les logements ; celle de l’équité face au fisc ;  la taxation des « GAFA » ; des services publics déshumanisés (là encore, ce mardi, le Défenseur des droits Jacques Toubon dresse, dans son rapport d’activité 2018, un tableau sombre des services publics français, de plus en plus réduits, éloignés des citoyens, complexes et difficiles d’accès….) ;  la ré-indexation des retraites sur les salaires ; la chasse à l’évasion fiscale ; la démocratie de proximité plutôt que des décisions prises très loin du terrain…. ; l’attachement à l’échelon communal, proche des citoyens ; la nécessité de dispositifs permettant la participation active des citoyens entre deux élections, conseil municipal de jeunes ou budgets participatifs ; un rôle pour le député suppléant, vrai relais du titulaire ; une vraie égalité hommes/femmes ; une loi sur l’euthanasie ; un débat sur le vote obligatoire… bref une grande richesse, pour cette « soirée citoyenne » inédite. GDN 14

Le souhait d’un grand nombre de participants à la sortie : que ce genre de réunions soit possible à Saint Gratien, en dehors des périodes électorales… Un nouveau projet à porter, pour les élus minoritaires que nous sommes ? Des élus de proposition, et pas seulement « d’opposition »…

Grand débat à Saint Gratien

Répondant à notre question, le maire a indiqué le 21 février en Conseil municipal que la ville organiserait un débat dans le cadre du « grand débat national » le 11 mars prochain.

Depuis fin janvier, nous avions annoncé à la ville vouloir organiser une telle rencontre, au cas où la ville ne s’y engagerait pas. Voici notre courrier du 24 janvier.

Monsieur le maire,

 À l’initiative du Président de la République, le Gouvernement engage un grand débat national, officiellement lancé le 15 janvier. Des débats locaux sont organisés sur l’ensemble du territoire.

 Les quatre thèmes retenus (transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation de l’état et des services publics) sont de nature à susciter l’intérêt et les idées de chaque citoyen.

 Pour mémoire l’objectif est  « Citoyens, élus et institutions, organisations à but lucratif ou non lucratif, le Gouvernement souhaite que le plus grand nombre participe et organise des débats. »

Nous souhaitons organiser à Saint Gratien, au nom de notre groupe, une réunion dans ce cadre sur le thème « Démocratie et citoyenneté »

Nous nous inscrirons dans le schéma des préconisations liées à l’organisation du grand débat national, communiquées sur le site officiel dédié (organisation, remontée des questions).

Nous inviterons largement les Gratiennois, les associations de la ville et les élus.

 Dans cette perspective et dans le strict respect du cadre proposé, nous vous sollicitons afin de disposer d’une salle samedi 16 février de 16h30 à 19h au Centre Culturel du Forum. Nous souhaiterions disposer de tables, chaises, d’un paper-board et d’un micro.

Il est entendu que si la ville a prévu d’organiser un tel débat, alors notre demande sera caduque.

Dans l’attente de votre réponse, nous restons à votre disposition pour tout complément d’information.

 Avec nos meilleurs sentiments, les élus du groupe « Saint Gratien solidaire et citoyen »

Le 7 février, toujours sans réponse, nous nous manifestons auprès du cabinet du maire et celui-ci nous indique le lendemain que la ville souhaite organiser ce débat et est à la recherche d’un animateur. Plus de nouvelles jusqu’au 18 février, où nous récrivons au maire…

 Monsieur le maire,

          Le 24 janvier dernier, nous avions demandé à bénéficier du prêt d’une salle municipale afin d’organiser une réunion dans le cadre du grand débat national.

          Le 7 février, votre cabinet nous a fait savoir téléphoniquement que vous souhaitiez organiser une rencontre de ce type dans le courant du mois de mars, sans autre précision. Une lettre a confirmé cette information, dans laquelle vous indiquiez être à la recherche d’un animateur indépendant pour animer la rencontre et assurer son compte-rendu.

          Si nous nous réjouissons de vous avoir peut-être inspiré pour la tenue d’un débat, nous ne pouvons que regretter qu’il vous ait fallu quinze jours et un rappel téléphonique de notre part pour nous donner une réponse.

          Depuis que vous nous avez indiqué, il y a plus de 10 jours, vouloir organiser une réunion en mars à Saint Gratien, nous n’avons aucune information à ce sujet.

          Nous vous demandons donc de nous informer de façon détaillée

de la date retenue ainsi que de la façon dont nous serons associés à l’organisation.

         Notre courrier, envoyé juste après l’annonce par le Président de la République du lancement d’initiatives locales, mentionnait que nous participerions à une réunion organisée par la ville. Nous ne poursuivrons donc pas notre démarche de demande de salle de notre côté, sous réserve de l’assurance que vous tiendrez prochainement une réunion qui s’inscrira dans le grand débat, et de quelques précisions à ce sujet : date, lieu, rôle des élus, y compris des élus minoritaires, thèmes retenus, public invité, organisation des échanges.

            Mars nous semble bien tardif et peu adéquat en raison des congés scolaires, qui de fait, priveront nombre de des Gratiennois de débats.

           Si, néanmoins, vous avez décidé de renoncer, nous vous remercions de nous le faire savoir, et de nous accorder une salle afin que nous puissions organiser d’ici au 15 mars un débat.

 Le maire nous répond donc enfin ce 21 février, après donc presque un mois de réflexion…  Le débat aura lieu le  11 mars 2019, de 19h30 à 21h30, au centre culturel Camille Claudel des Raguenets. Il sera animé par le directeur du pôle « ressources  villes et développement du Val d’Oise ». L’animateur fixera le cadre des débats puis des groupes pourront se constituer autour des 4 thèmes du GDN : transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, organisation de l’État et des collectivités territoriales, démocratie et citoyenneté. Un rapporteur sera choisi par les participants dans chaque groupe qui débattra pendant une heure. Une synthèse des débats sera écrite au sein de chaque groupe puis lue à l’ensemble des présents. Ces documents seront transmis à la mission du grand débat national. La publicité sera assurée via les canaux habituels de la ville : site et affichage.

Nous participerons à ce débat local et nous vous invitons à faire de même ! Ce n’est pas tous les jours qu’une telle soirée est organisée dans notre ville ! Nous avons la prétention de croire que nos courriers y ont été pour quelque chose !

GDN