300 000 vols Paris-New York

À l’occasion du « Jour de la nuit », événement annuel de sensibilisation à la pollution lumineuse, je partage cet article du « Huffpost » qui alerte sur la nocivité de l‘éclairage nocturne. À Saint Gratien, nous avons suggéré à la ville depuis des années d’engager une réflexion autour de cette question. Non seulement l’éclairage public est un poste de dépense important pour les finances de la commune, non seulement on sait que cela constitue une nuisance pour la nature, non seulement cela nous rend les étoiles invisibles,  mais on s’aperçoit aussi que la santé humaine s’en ressent… le tout pour une illusion de « sécurité ». En effet, les villes, nombreuses, qui ont choisi d’éteindre tout ou partie de leurs lampadaires, tout ou partie de la nuit, n’ont pas constaté une augmentation des délits, agressions, vols… voire même c’est l’inverse, car les délinquants aussi ont besoin de voir pour commettre leurs méfaits ! On lira aussi ci-dessous que les Led ne résolvent pas le problème. 

Les photos qui accompagnent l’article ci-dessous ont été prises à Saint Gratien, après 23 heures.    

La pollution lumineuse ne gêne pas juste l’observation des étoiles, elle nuit à la santé et décime les insectes

La généralisation de l’éclairage artificiel affecte la faune, la flore et même la santé humaine, interpellent les associations de défense de l’environnement.

La pollution lumineuse ne gêne pas juste l’observation des étoiles, elle nuit à la santé et décime les insectes.

Pas besoin d’être une étoile pour subir la pollution lumineuse. Alors que l’éclairage nocturne de l’espace public s’est généralisé, les associations de défense de l’environnement tirent la sonnette d’alarme. Si elle a pour conséquence connue d’empêcher l’observation des étoiles, l’omniprésence des lumières artificielles a aussi conséquences sur la faune, la flore et la santé humaine.

Le phénomène est massif : 72 % du territoire hexagonal est concerné « à un niveau élevé de pollution lumineuse », selon le Commissariat général au développement durable. Pour sensibiliser le public sur ce problème trop peu connu, des évènements sont prévus partout en France ce samedi 11 octobre pour le « Jour de la Nuit », organisé par l’association Agir pour l’environnement (APE).

Son directeur général Stéphen Kerckhove souligne les effets délétères et l’ampleur de la pollution lumineuse. « On a réussi le tour de force de gommer la nuit, déplore-t-il auprès du HuffPost. Il n’y a peut-être pas de “jour permanent”, mais il n’y a plus d’opacité complète. » Des lois existent pour réglementer les lumières artificielles, notamment dans les vitrines des commerces, mais elles ne sont pas toujours respectées.

La lumière, un perturbateur endocrinien ?

Le bilan n’est pas plus reluisant pour la santé humaine. Dans un rapport mis en ligne en juillet 2021, l’Académie nationale de médecine (ANM) préconisait carrément l’inscription de la lumière comme « perturbateur endocrinien ». L’organisation alertait sur l’ « effet délétère » de la « lumière artificielle la nuit » (LAN) sur l’horloge interne et la production de certaines hormones comme la mélatonine, dont la sécrétion dépend de l’exposition à la lumière.

Sa réduction cause un « sommeil de moins bonne qualité et moins reposant », explique Stéphen Kerckhove d’Agir pour l’environnement. De son côté, l’ANM relève que cette « inhibition de la mélatonine » peut avoir des conséquences plus graves : l’ » incidence de cancer du sein 50 à 200 % plus élevée chez les infirmières exposées à la LAN » peut s’expliquer par « la privation de sommeil », mais aussi la réduction de cette « hormone du sommeil ».

L’ANM met aussi en cause la lumière artificielle qu’on retrouve notamment dans l’éclairage LED, qu’elle décrit comme un « polluant délétère pour la rétine ». Cette « photo-toxicité » perturbe « gravement » le métabolisme de certaines cellules de l’œil, censées se régénérer la nuit dans l’obscurité, et constitue un « facteur majeur pour les maladies dégénératives de la rétine ».

Un lampadaire tue 150 insectes par nuit d’été

Au-delà de l’impact sur la santé humaine, la liste des victimes de la pollution lumineuse est longue, appelle l’Office Français de la Biodiversité (OFB). La lumière artificielle attire et maintient les « animaux diurnes » éveillés, tandis que « les animaux nocturnes fuient les zones éclairées ou au contraire s’y agglomèrent ». Les premiers à en pâtir sont les insectes ; on évalue à 150 le nombre d’entre eux qui meurent chaque nuit par lampadaire et par nuit d’été « soit 1 milliard d’insectes par an en France », rapporte l’OFB dans un autre rapport.

« Les insectes s’épuisent en tournant autour de la source lumineuse, explique Jules Boisseau, coordinateur de France Nature Environnement (FNE) en Nouvelle-Aquitaine, qui donne comme exemple le Jardin des plantes de Poitiers. À l’occasion d’un inventaire pour la recherche de papillons de nuit, l’association Vienne Nature a constaté qu’il y avait anormalement peu d’insectes. Ils sont attirés par les lampadaires du parking d’en face et ils y restent, complètement désorientés. »

La lumière artificielle nuit également au reste de la faune. En décimant les insectes, elle impacte la chaîne alimentaire de certaines espèces comme la chauve-souris. Cette dernière, comme beaucoup d’autres animaux, peut aussi être désorientée par la lumière. C’est ce que constate Françoise Jouve, à la tête de l’association Nonette Nature dans l’Oise.

Interrogée par Le HuffPost, elle constate dans son département les effets de la pollution lumineuse sur les animaux volants. « Par endroits, il n’y a pas un rapace, un hibou ou une chauve-souris », insiste-t-elle, dénonçant l’impact de certains lampadaires et spots qui éclairent le ciel et gênent au passage « les oiseaux migrateurs qui voyagent de nuit ».

Le « parent pauvre » des mobilisations sur l’environnement

Les effets se font sentir dans les airs, mais aussi dans l’eau, puisque les poissons et même les huîtres sont concernés, d’après une étude de l’Université de Bordeaux qui constate une perturbation de la croissance des coquillages, ou de leur rythme d’ouverture. La flore n’est pas en reste : la pollinisation diminue puisque les insectes sont perturbés et les « cycles biologiques » des plantes (dont la floraison) peuvent être impactés, souligne l’OFB.

Malgré ses effets désastreux, « la pollution lumineuse reste un peu le parent pauvre des mobilisations citoyennes sur l’environnement », estime Stéphen Kerckhove qui donne plusieurs explications. « L’environnement nocturne reste dans l’ombre, sans mauvais jeu de mots » puisque ses espèces et ses enjeux sont peu connus du public, affirme-t-il, estimant que des initiatives comme le « Jour de la Nuit » permettent d’inviter le grand public à s’intéresser à la biodiversité nocturne ou à s’émerveiller devant le « spectacle » du ciel étoilé.

De son côté, France Nature Environnement organise des équipes de « sentinelles de la Nuit » bénévoles pour repérer les sources de pollution lumineuse et interpeller les acteurs concernés. L’enjeu est aussi énergétique et économique, fait valoir Perrine Dereux, coordinatrice de l’association dans les Hauts-de-France. Elle s’alarme du « gaspillage considérable » que représentent les « éclairages souvent inutiles, à des horaires inadaptés et avec des sources parfois trop puissantes ».

D’après les chiffres de l’Ademe repris en 2021 par le ministère de la Transition écologique, « l’éclairage public correspond à 41 % de consommation d’électricité des communes et émet annuellement 670 000 tonnes de CO2 », soit l’équivalent de plus de 300 000 vols Paris-New York.

Aller plus loin : https://jourdelanuit.fr/

 

Nuit noire

Rêvons un peu…

Lors du Conseil municipal du 16 novembre notre groupe a demandé un bilan de la coupure de l’éclairage public une partie de la nuit. Cette mesure permet de protéger la biodiversité, de limiter la consommation d’énergie donc de réduire l’émission de gaz à effet de serre et de réaliser des économies budgétaires conséquentes. Très satisfaits de voir que notre proposition d’étendre la plage horaire de coupure a été partagée par l’ensemble des groupes du Conseil municipal.

Hélas ! Cette « tribune libre » n’est pas la nôtre ! Elle n’est pas parue dans le « Mag » de Saint Gratien, mais dans la revue municipale de Mériel (95), et est signée du groupe de mon ami Jean-Michel Ruiz.  

Cette commune a choisi d’éteindre son éclairage public (je précise que le maire n’est pas de ma sensibilité politique…) et l’explique dans un dossier consacré au sujet dans sa revue municipale, tout en consultant ses habitant·es (une habitude que nous ne connaissons pas dans notre ville). C’est à lire ci-dessous.  

Éclairage public : un enjeu économique mais pas que…

Malgré une stratégie de renouvellement en technologie LED avec un abaissement lumineux en cœur de nuit déjà mise en place, l’éclairage public représente plus de 40% de la consommation électrique de la commune. Mais il pose aussi la question de la « pollution lumineuse » et de son impact sur la faune, la flore, la santé, le bilan climatique ou encore la consommation de matières premières. À la  » peur du noir « , l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales oppose que 80% des vols et agressions ont lieu en plein jour et que l’extinction lumineuse ne favorise pas la délinquance. Votre avis est important et nous vous consultons dans le dossier du mois.

Gare aux idées reçues

L’éclairage public assure deux principales missions : la bonne circulation et la sécurité durant la nuit. Depuis des décennies, la lutte contre les accidents routiers et les cambriolages ont incité au  développement de l’éclairage artificiel. Pourtant, deux études menées à grande échelle tordent le cou aux idées reçues. En 2017, la première a été menée par la Préfecture du Val-d’Oise et concernait l’autoroute A15, éteinte la nuit à partir de 2007. « Depuis cette date, 60% des accidents ont lieu le jour et, sur une période de cinq ans (2008-2013 contre 2002-2007), les accidents la nuit ont été divisés par deux. Visiblement, l’inconfort entraîne plus de vigilance et comme la vitesse diminue, le nombre  d’accidents chute », concluait le rapport.

‘‘L’obscurité ne rime pas avec insécurité’’

La seconde, analysant les cambriolages à l’échelon national, a été menée en 2020, par l’Insee, l’Ondrp (Observatoire de la Délinquance et des réponses pénales) et le Ssmsi (Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure). Le résultat est édifiant, prenant à contrepied 72% des Français pensant que les cambriolages avaient lieu la nuit. « 80% des cambriolages ont lieu le jour et 55% entre 14h et 17h. Les malfaiteurs agissent en général lorsque la maison est vide, après avoir repéré les habitudes de leurs victimes ». L’obscurité n’est donc pas garantie d’insécurité mais plutôt de tranquillité. Et c’est précisément ce que recherchent bon nombre de Mériellois mais aussi la faune et la flore…

Des nuisances à contrecarrer

« Éteindre de minuit à 5 heures (créneau où la circulation est très faible) diminuerait le coût de l’éclairage public de 58%. C’est une chose. Mais cela permettrait surtout à bon nombre de Mériellois de dormir confortablement. En effet, et c’est prouvé, la lumière de l’éclairage public perturbe notre cycle de sommeil car elle dérègle la production d’une hormone (la mélatonine) nécessaire au sommeil réparateur », explique le Maire Jérôme François.

«L’éclairage public n’est pas non plus sans conséquences pour la faune et la flore. Une seule lumière artificielle tue chaque heure 150 insectes. Les papillons de nuit confondent la lueur des ampoules avec celle de la lune qui leur sert de repère pour s’orienter. La reproduction des lucioles devient impossible et leur espèce est en péril. Les chauves-souris ne peuvent plus chasser et meurent. Or, en ‘‘sentinelles environnementales’’, elles jouent un rôle de régulation des populations d’insectes. Sans leur présence, certaines espèces nocives (lépidoptères ravageurs, pyrales du buis…) prolifèrent. C’est tout l’écosystème et la biodiversité qui sont bouleversés. La flore, est touchée puisque la lumière affecte la germination, la croissance, l’expansion des feuilles, la floraison et le développement des fruits. Le risque majeur est un bourgeonnement précoce », poursuit l’édile municipal.

À Saint Gratien, qu’est-ce qu’on attend ?

Il semblerait que l’idée de l’extinction de l’éclairage public progresse en cette période de forte augmentation des prix de l’énergie. Voilà que des villes de notre communauté d’agglomération s’engagent dans cette pratique !

Le Conseil communautaire a voté à l’unanimité le 14 décembre cette décision dans les sept communes suivantes : Attainville, Bouffémont, Domont, Ézanville, Moisselles, Piscop et Saint-Brice-sous-Forêt. À l’unanimité, donc le maire de Saint Gratien a approuvé cette mesure, qu’il nous affirme pourtant comme propice à la montée de la délinquance…

Voici comment quatre communes présentent l’extinction de l’éclairage public une partie de la nuit à leurs habitants.

À Bouffémont…

Diminution de l’éclairage public sur le territoire intercommunal

En concertation avec les communes voisines, l’éclairage public sera éteint de 00h30 à 05h00, du 1er décembre 2022 au 30 avril 2023.  

Cette mesure, déployée sur le territoire intercommunal permettra une réduction immédiate et significative des consommations électriques, comprise entre 30 % et 40 %. Selon les études sur la sécurité, l’extinction de nuit n’engendre pas d’augmentation des cambriolages, agressions ou accidents de la route : 80 % des faits (cambriolages, vols de véhicules…) ont lieu en journée. Il est aussi prouvé qu’une voie non éclairée favorise un ralentissement naturel des véhicules ainsi qu’une meilleure visibilité. La vidéosurveillance continuera de fonctionner normalement.

Cette mesure a aussi, ne l’oublions pas, des vertus pour la santé humaine, le sommeil et la biodiversité.

À Domont…

Éclairage public : une expérimentation pour plus de sobriété

À partir du 1er  janvier prochain, plusieurs quartiers de Domont verront leur éclairage public coupé entre 0 h 30 et 5 h. Une expérimentation, lancée jusqu’au 15 mars, qui vise à mesurer les économies d’énergie réalisées et l’impact pour la population.

À l’heure de l’explosion du coût des énergies et d’une prise de conscience croissante de l’impact environnemental des activités humaines, pas de place pour l’inaction. Dans le sillon de la Communauté d’Agglomération Plaine Vallée (CAPV), Domont s’apprête à tester une coupure partielle de l’éclairage public municipal à compter du 1er janvier 2023. L’intercommunalité a, en effet, proposé à ses villes membres de lancer une expérimentation permettant d’aller vers davantage de sobriété énergétique en coupant les lampadaires sur une plage horaire donnée de la nuit, dans des zones peu fréquentées des habitants. Certaines rues de Domont ne seront ainsi pas éclairées entre 0 h 30 et 5 h jusqu’au 15 mars. Les panneaux numériques de la ville seront également éteints aux mêmes horaires. Un nouveau pas vers une lumière plus verte, puisque Domont est, rappelons-le, équipée de lampadaires à LED, bien plus sobres que les anciennes ampoules et bien plus résistants dans le temps.

Les grands axes éclairés

Pas question, cependant, de plonger l’intégralité du territoire dans le noir. « Nous avons veillé à exclure de cette expérimentation l’ensemble des grands axes de circulation de la commune afin de garantir une sécurité optimale des usagers », insiste le maire Frédéric Bourdin. Cette mesure temporaire permettra d’évaluer l’impact environnemental et financier engendré, en perturbant le moins possible le confort des Domontois, qui pour l’écrasante majorité ne devrait même pas se rendre compte de l’absence de lumière. En mars, la municipalité décidera de pérenniser ou non ces coupures.

À Moisselles…

Extinction éclairage public

 Comme vous en avez sans doute entendu parler, beaucoup de communes ont déjà sauté le pas et ont décidé de couper l’éclairage public la nuit, afin d’être dans une démarche de sobriété énergétique et de maîtriser les dépenses face au coût croissant de l’énergie. En règle générale ce sont les communes qui maîtrisent cet équipement public.

Dans notre cas, c’est l’Agglomération Plaine Vallée qui en a la charge. En effet, alors que nous étions regroupés en 6 communes (Bouffémont, Domont, Ézanville, Piscop, Moisselles et Saint-Brice-sous-Forêt), ce choix a été fait pour mutualiser les moyens.
C’est pour cette raison que la prise de décision a un peu tardé. Après s’être entendus avec les communes voisines, la décision est maintenant arrêtée pour une extinction au 1er décembre 2022, laissant ainsi le temps à l’entreprise en charge de cet équipement d’intervenir sur les armoires et horloges astronomiques de toutes les villes. Cette extinction se fera de 0h30 à 5h00 du matin et sera expérimentale jusqu’au 30 avril 2023.

À Attainville…

Dans cette période d’explosion des coûts de l’électricité la commune d’Attainville s’est associée avec les communes de Bouffémont, Domont, Ezanville, Moisselles, Piscop et Saint-Brice-sous-Forêt, partenaire dans le PPP (Partenariat Public Privé) de l’ancienne CCOPF, pour s’engager dans un plan de « sobriété énergétique ».
Le parc de l’éclairage public comprend 7 286 points lumineux dont 30% seulement équipés en LED. Le coût de l’électricité lié au PPP en 2022 sera au moins supérieur à 25% par rapport à celui de 2021 à consommation constante, soit un surcoût de 78 000 €.
Les sept communes concernées se sont mises d’accord pour un projet d’extinction nocturne de l’éclairage public sur le créneau horaire de 0h30 à 5h du matin. Cette solution permet une réduction immédiate et significative des consommations électriques entre 30 et 40% et par conséquence des émissions de gaz à effet de serre.
Une réflexion est toujours en cours pour certaines grandes communes qui souhaiteraient que des zones sensibles puissent rester allumées toute la nuit, en fonction des moyens techniques possibles.

L’extinction pour Attainville a été programmée le 1er Décembre 2022 pour une première période d’essais allant jusqu’au mois d’avril 2023. Le réglage de toutes les horloges devant être modifié, une journée a été nécessaire pour la programmation des dix armoires de la commune.

Et à Saint Gratien, qu’attend-on pour expérimenter cette mesure, source non négligeable d’économies, estimées par nos soins à 77 500€, pour une extinction entre 1h et 5 h, aux tarifs 2022 de l’électricité ?  Sans oublier l’intérêt écologique de moins d’émissions, de protection de la biodiversité.. ni celui d’un meilleur sommeil humain !  

 

Saint Grat by night !

Petites balades nocturnes en ville ! Avec nos amis de « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen », nous nous sommes promené.e.s entre 23 heures et minuit dans quelques rues gratiennoises, puis une autre fois après 1 heure du matin.

À l’heure où le gouvernement vante les nécessaires économies d’énergie que chacun doit faire s’il veut passer l’hiver sans coupures… il nous a semblé utile de faire un état des lieux : éclairage des magasins, circulation piétonne et utilité de l’éclairage public. Y a-t-il gaspillage d’électricité, éclairage inconsidéré ?

Nos premières conclusions, et notre palmarès de l’éclairage inutile.

Sans surprise, il n’y a, à ces heures tardives, quasi aucune personne à pied dans nos rues. À part deux piétons tirant une valise, et deux autres promenant leur chien, nous n’avons croisé âme qui vive. Pourtant, le bowling et quelques restaurants étaient encore en cours de fermeture vers 23h30, mais les derniers clients qui en sortaient étaient tous véhiculés.

Dans les rues du  quartier du Parc notamment, à 1 heure, horaire où les communes voisines éteignent leurs lampadaires, les piétons sont rarissimes. Il y a donc là sans conteste une source d’économies possible : nous éclairons des rues désertes.

Rue Berthie Albrecht et jusqu’à la gare, pas davantage d’animation.

Les abris bus restent éclairés, c’est d’ailleurs surprenant, puisque leurs panneaux, lumineux eux aussi, affichent : « service terminé, plus de voyageurs »…

Les panneaux publicitaires brillent eux aussi de tous leurs feux… Mais pour qui ?

Côté magasins, le bon sens et la sobriété font que la plupart ont éteint leur éclairage. Quelques-uns font encore malheureusement de la résistance, notamment les agences bancaires, bien évidemment fermées… mais brillamment illuminées à l’intérieur ! D’autres enseignes hélas, ont installé spots et autres dispositifs lumineux qui ne brillent pour personne. Toutes les vitrines ne sont pas éteintes à partir de 23 heures, comme le veut la règlementation, ni même après 1 heure du matin.

Mention spéciale pour la gare RER ! Elle est fermée puisque malheureusement le trafic des trains s’arrête à 22h30, on connaît la dégradation des transports publics en Île-de-France. Mais le hall resplendit, les écrans indicateurs n’indiquent aucun train mais sont allumés (l’un indique même que la circulation des trains sera perturbée ce week-end par manque de personnel.. tiens tiens..) Le quai rayonne de toutes ses lumières, on pourrait s’installer pour lire sur un banc. La SNCF aurait-elle l’électricité gratuite ?

Fin de promenade et sur le chemin du retour, nous programmons notre prochaine séance de cinéma ! En effet, l’affichage lumineux de quatre belles affiches de films, sous le porche qui mène à la place du Forum, étincelle… Toute la nuit ?

Surprise ! Bien que le maire nous promette un brin de sobriété avec l’extinction des illuminations de Noël à 23 heures, les guirlandes des allées du Forum sont, elles, bien scintillantes ! Toute la nuit aussi ?

Notre promenade s’achève devant le château Catinat et le marché de Noël. Si ce dernier était pour partie dans le noir lors de son inauguration pour cause de court-circuit, il a, à minuit, retrouvé toute sa splendeur ! Sapin, fenêtres du château, renne et autres décorations resplendissent après 23 heures ! Et même après 1 heure, le sapin et le renne électrique continuent de clignoter.

Le maire n’a pas dû lire la nouvelle pub d’Enedis… Celle qui nous dit : « chaque geste compte… »

Affaire à suivre… car nous interrogeons la ville sur le respect de la règlementation qui encadre, notamment, l’éclairage des enseignes des commerces. Et bien sûr, sur les éclairages  qui relèvent de la collectivité. On ne désespère pas de voir quelques avancées pour moins de gaspillage énergétique, et également pour moins de pollution lumineuse dans notre ville.

Peur du noir

Confrontées à une crise énergétique sans précédent, les collectivités réfléchissent à réduire leurs factures de gaz et d’électricité. De plus en plus, l’idée se répand d’une extinction de l’éclairage public une partie de la nuit.

Tout près de chez nous, à Eaubonne, la ville a opté pour une extinction de l’éclairage public une partie de la nuit. Selon les estimations réalisées, cette extinction de l’éclairage pendant 3h chaque nuit permettrait à la ville d’Eaubonne d’économiser 10 000 euros par mois sur sa facture énergétique.

Dans la communauté d’agglomération de Val Parisis, la coupure nocturne de 3h30  va permettre de réduire la consommation d’énergie jusqu’à 26%. Val Parisis souligne que cette mesure traduit aussi son ambition environnementale, qui vise la réduction de l’impact de son parc lumineux sur la biodiversité nocturne.

À Saint Gratien, nous avons soulevé l’idée d’une extinction partielle depuis des mois. Nous récidiverons lors du Conseil municipal de  décembre ! Nous parions que cette mesure s’imposera bientôt à toutes les collectivités, tant pour l’économie d’énergie qu’elle génère que pour son intérêt écologique…

À lire ci-dessous, dans un article de « La Gazette des communes « , comment l’idée de l’extinction fait débat lors du Congrès des maires, qui se tient en ce moment.

Les images sont du blog.

Au Congrès des maires, l’extinction de l’éclairage public a ses adeptes

Publié le 23/11/2022 • Par Léna Jabre • dans la Gazette des communes

Au Salon et au Congrès des maires, plusieurs rendez-vous ont pris pour sujet la rénovation énergétique de l’éclairage public. La crise énergétique a en effet mis au premier plan la question de l’extinction des lumières dans les communes. Entre restrictions budgétaires, sentiment d’insécurité et lutte contre la pollution lumineuse, où se situent finalement les élus locaux ? Éléments de réponse.

Le 23 novembre, au Salon des maires, la salle est comble pour la conférence de l’Association française de l’éclairage (AFE) qui a organisé une table ronde sur le thème de l’éclairage public et de la transition énergétique. Preuve que la gestion des candélabres est l’un des sujets prenants de l’actualité des collectivités, qui font face à la montée de leur facture d’énergie. Y sont d’ailleurs donnés les résultats d’un récent sondage organisé par l’AMF et le Cevipof, duquel il ressort que 90% des maires envisagent de réduire l’intensité ou l’amplitude horaire de l’éclairage public dans leur commune.

Lors de cette conférence, l’association a rappelé qu’ « éclairer juste n’est pas juste éclairer  » : les élus doivent mener une analyse des besoins de leur territoire pour s’assurer de concilier toutes les contraintes en présence, même si la décision d’éteindre les lumières extérieures répond parfois à une situation budgétaire urgente. Qu’en pensent les élus rencontrés au Congrès et au Salon des maires ?

Des économies budgétaires

À Maignelay-Montigny (2 700 habitants, Oise), la décision de l’extinction totale des lumières, dans toutes les rues, de 23 heures à 5 heures du matin, a été prise il y a un mois. Denis Flour, le maire, explique : « On a pris cette décision car, en l’état actuel des choses, on a estimé pouvoir réaliser une économie de 16 000 euros, donc cela nous a semblé opportun. Surtout qu’on nous a annoncé récemment que le prix de l’électricité pour notre commune serait multiplié par cinq l’an prochain. » Le vote du conseil municipal a d’ailleurs été unanime, et « la question est venue assez naturellement car, au cours de l’été, des communes proches, de toute taille, ont pris la même décision, qui s’est finalement imposée comme une évidence pour nous. »

Même son de cloche à Roz-Landrieux (1 500 habitants, Ille-et-Vilaine), qui éteint ses lumières entre 21 heures et 6h45, « car c’est l’heure à partir de laquelle les enfants prennent leur bus pour aller à l’école », précise François Mainsard, le maire. C’est uniquement pour des questions budgétaires que cette décision a été prise : dans cette commune, l’éclairage public représente une grande part du budget, entre 13 et 15 %, tout en sachant que « la consommation électrique va exploser ». Donc depuis le mois d’août, la commune a pris la décision radicale de baisser sa consommation d’éclairage : elle éteint complètement l’éclairage l’été, du 15 mai au 1er septembre. « Ces économies vont nous permettre d’investir dans la rénovation énergétique, puisqu’il faut de toute façon poursuivre nos économies. »

La biodiversité dans les débats

Mais le maire de Maignelay-Montigny reconnaît également que même si ce sont des raisons budgétaires qui ont motivé la commune à prendre sa décision, elle en retire d’autres bienfaits : « Finalement, ça répond à un autre objectif, à savoir la lutte contre la pollution lumineuse. J’ai eu beaucoup de retours de citoyens sur ces questions-là. »

Par contre, François Mainsard, à Roz-Landrieux, préfère être honnête sur ce sujet : « Dans les petites communes, on a surtout un budget à tenir. La pollution lumineuse, il faut d’abord aller la voir dans les grandes villes. Nous, nous n’avons que que 110 candélabres pour 1 100 hectares, donc ce n’est pas nous qui créons de la pollution lumineuse. On n’a donc pas cette conscience dans notre politique de l’éclairage, même si la question de la biodiversité se retrouve dans nos autres actions. »

Une approche très différente de celle de Still (1 800 habitants, Bas-Rhin) qui, depuis juillet, a mis en place l’extinction nocturne de l’éclairage public, absolument pas pour des raisons budgétaires, mais écologiques avant tout : « Le but était d’avoir un impact moindre au niveau environnemental, pour la faune, et les économies ont été un bonus. Mais avec l’inflation, on a un résultat neutre : on est resté au même budget que celui de l’an dernier. »

Dans cette commune, l’extinction se fait de 23 à 5 heures du matin dans tout le village. Mais la mise en place de cette extinction ne s’est pas faite toute seule : « On a lancé une consultation générale des habitants, dont le tiers a répondu, avec 87 % d’avis favorables, en axant sur l’impact de la luminosité sur la biodiversité, la réduction du CO2, le bien-être de nos concitoyens, qui sont aussi impactés par la lumière. » Preuve supplémentaire que cette extinction est décorrélée de la crise ukrainienne : une première phase avait été testée pendant le second confinement.

Éclairage hiérarchisé

Françoise Laborde, la maire de La Sauvetat-sur-Lède (700 habitants, Lot-et-Garonne), relate la situation particulière qui s’est présentée au moment de prendre une décision sur l’éclairage public : « Nous sommes traversés par une route départementale, avec à peu près 4500 véhicules par jour, avec des écoles, des personnes âgées qui se déplacent là. » La commune a donc décidé de gérer son éclairage différemment en fonction des quartiers. Dans les lotissements, l’extinction se fait à 23 heures et jusqu’à 6 heures du matin, mais pas du tout dans le reste du village, et en particulier dans le cœur de bourg traversé par cette route départementale.

Cela fait deux ans et demi que cette organisation, expliquée dans le bulletin municipal, a été mise en place pour faire des économies. « Nous n’avons eu aucun retour des habitants des lotissements. » Même si cette décision a été prise avant la crise énergétique actuelle, la maire espère que cette situation ne va pas se prolonger, car « les dépenses augmentent, il va falloir faire attention à tout. Il y a trois mois, nous avons contacté le syndicat départemental, Territoire Energie, car nous voulons passer en 100% leds, pour faire d’avantage d’économies encore. »

A Guipavas (15 500 habitants, Finistère) aussi, le choix a été fait, depuis le 1er novembre, d’éteindre les luminaires en fonction des quartiers, de 22h30 à 6 heures du matin. « Les quartiers sont éteints et, sur les grands axes, un lampadaire sur deux reste allumé », précise Jacques Gosselin, adjoint au maire chargé des travaux. Les habitants n’avaient pas été concertés, mais bien informés par les publications de la commune. La première raison a été budgétaire, même si la question de l’impact sur la biodiversité s’était posée aussi. Mais c’est depuis 2017 que la rénovation en leds est en route, y compris pour l’éclairage intérieur des bâtiments publics.

La rénovation énergétique, un objectif pour tous ?

Denis Flour indique qu’à Maignelay-Montigny, l’objectif est de passer au 100 % leds d’ici deux ou trois ans, pour des raisons d’économies : « Mais même à ce moment-là, j’aimerais qu’on continue l’extinction totale, pour des raisons de sobriété. »

À Still, qui est à 20 % en leds, la rénovation des lumières se fait au coup par coup, « quand on a une lampe qui claque ». « A la vitesse à laquelle on avance, on devrait atteindre le 100% leds dans une dizaine d’années. Notre matériel actuel fonctionne et, écologiquement, on se dit qu’on doit l’utiliser tant que c’est le cas », explique l’adjoint au maire Johann Guénard.

A Talence (42 100 habitants, Gironde), la municipalité est passée au 100 % leds depuis 2020, mais elle pratique quand même l’extinction des lumières de 1 heure à 5 heures du matin, sur l’ensemble de la ville, sauf le long de la rame du tramway (entre 2 heures et 4 heures du matin). Stéphane Boulon, le directeur de cabinet, raconte que leur réflexion sur l’environnement et la consommation énergétique était une vraie préoccupation. La rénovation énergétique a en tout cas permis à la ville de travailler rue par rue. En revanche, le maire, Emmanuel Sallaberry, attend « avec beaucoup de fébrilité le projet de loi de finances définitif, pour savoir si on pourra bénéficier d’un bouclier tarifaire. Même quand on fait le choix de rénover tout son parc, on n’a plus de levier pour réaliser davantage d’économies, donc oui, la hausse des prix de l’électricité nous inquiète beaucoup. Toutes les communes ont besoin de l’aide de l’État ».

Gérer le sentiment d’insécurité

Au moment de prendre sa décision il y a un mois, Maignelay-Montigny a reçu quelques retours négatifs de ses habitants, liés à leur sentiment d’insécurité. Mais la municipalité avait recueilli l’avis de la gendarmerie : « ils étaient plutôt favorables à l’extinction, assurant que cela n’aurait pas de conséquence négative en matière de délinquance ou d’accidentologie. » Et d’expliquer au maire que « les trafiquants et les voleurs ont horreur du noir aussi et que, dans un village où l’éclairage public est éteint, on repère plus facilement les gens qui se promènent la nuit avec leur lampe ». Depuis la mise en place de l’extinction, Denis Flour n’a relevé aucun incident. Mais il reconnaît aussi que dans une ville telle que la sienne, « il n’y a personne dans les rues après 20 heures, néanmoins, la question de l’insécurité est quand même ressortie des débats ».

Mais à Roz-Landrieux, on ne compte aucun retour défavorable, lié à la sécurité ou pas : « Les habitants ont bien compris qu’il nous fallait faire des économies d’énergie pour maintenir les finances de la commune à flot et, à ma connaissance, à ce jour, nous n’avons eu aucune plainte. Il faut dire que la nuit, la circulation est résiduelle, même s’il y a quand même des gens en horaires décalés. »

A Still, les habitants qui ont répondu à la consultation organisée par la municipalité ont fait remonter leurs inquiétudes pour leur sécurité. Le maire est alors intervenu : « J’ai répondu nominativement à chaque citoyen pour indiquer que j’étais disponible en mairie pour leur expliquer que l’absence de luminosité n’a pas d’impact sur la sécurité. Mais personne n’est venu me voir ! » Cette extinction a toutefois changé certaines habitudes, selon Johann Guénard, son adjoint : « Les gens qui promènent leur chien autour de 23 heures le font avec une lampe frontale. » Le maire renchérit : « Aucun habitant n’est venu me voir pour me dire que cette décision avait impacté ses déplacements ». Au contraire, la commune a remarqué que depuis la mise en place de cette extinction, les attroupements de nuit ne se font plus, alors qu’ils posaient quelques nuisances la nuit : « On a constaté moins de dégradations dans notre aire de jeux, qu’on devait nettoyer tous les jours, moins de déchets, moins de bruit. »

Une situation qui peut varier en fonction de la taille de la commune. A Orléans (114 644 habitants, Loiret ), « on est revenus en arrière sur certaines extinctions, à cause des problèmes de sécurité routière, au niveau du périphérique, et des habitants se sont plaints, surtout des femmes », explique Pascal Tebibel, vice-président. A Talence, au contraire, on insiste sur l’absence de corrélation entre le noir et l’insécurité.

Des « précurseurs »

Force est de constater que les communes n’ont pas attendu la crise énergétique actuelle pour prendre la décision d’éteindre les lumières au cœur de la nuit. C’est le cas de Louzac-Saint-André (1 000 habitants, Charente), qui éteint de 23 heures à 6h30 depuis une trentaine d’années, sur tout son territoire, en augmentant la plage horaire. « Ça nous paraissait un peu stupide d’allumer la nuit alors que personne ne circule, reconnaît le maire, Lilian Jousson. C’est donc avant tout pour réduire le gaspillage et favoriser la biodiversité. Les gens sont tellement habitués que, lorsque l’on a relevé l’extinction à 23 heures, ils n’ont pas bronché. » Une situation qui a permis d’être plus serein vis-à-vis de son budget, surtout que, de mi-avril à mi-septembre, l’extinction est totale, à toute heure, et ce, depuis une vingtaine d’années.

Une position qui permet à la commune de témoigner auprès d’autres maires qui hésitent à se lancer : « Cela fait trente ans qu’on le fait, et jamais aucun habitant n’a protesté. Même en ville, finalement, j’ai rarement vu quelqu’un se promener à deux heures du matin. Je pense que l’insécurité liée au noir reste seulement un sentiment. » D’ailleurs, le maire insiste : « Je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’éteindre la nuit ; que, bien sûr, certains irréductibles vont se plaindre, mais que l’intérêt collectif doit primer. Mais il faut bien sûr cerner les problèmes : si, à un carrefour, il y a un risque d’accident, on garde les lumières, de même le weekend autour des salles des fêtes, par exemple. On va nous-mêmes, l’an prochain, faire cet éclairage ciblé pour notre secteur qui comprend nos commerces, la salle des fêtes et le terrain de foot. »

Pour aller plus loin : Sobriété énergétique : faut-il vraiment éteindre les lumières des rues la nuit ?