Peur du noir

Confrontées à une crise énergétique sans précédent, les collectivités réfléchissent à réduire leurs factures de gaz et d’électricité. De plus en plus, l’idée se répand d’une extinction de l’éclairage public une partie de la nuit.

Tout près de chez nous, à Eaubonne, la ville a opté pour une extinction de l’éclairage public une partie de la nuit. Selon les estimations réalisées, cette extinction de l’éclairage pendant 3h chaque nuit permettrait à la ville d’Eaubonne d’économiser 10 000 euros par mois sur sa facture énergétique.

Dans la communauté d’agglomération de Val Parisis, la coupure nocturne de 3h30  va permettre de réduire la consommation d’énergie jusqu’à 26%. Val Parisis souligne que cette mesure traduit aussi son ambition environnementale, qui vise la réduction de l’impact de son parc lumineux sur la biodiversité nocturne.

À Saint Gratien, nous avons soulevé l’idée d’une extinction partielle depuis des mois. Nous récidiverons lors du Conseil municipal de  décembre ! Nous parions que cette mesure s’imposera bientôt à toutes les collectivités, tant pour l’économie d’énergie qu’elle génère que pour son intérêt écologique…

À lire ci-dessous, dans un article de « La Gazette des communes « , comment l’idée de l’extinction fait débat lors du Congrès des maires, qui se tient en ce moment.

Les images sont du blog.

Au Congrès des maires, l’extinction de l’éclairage public a ses adeptes

Publié le 23/11/2022 • Par Léna Jabre • dans la Gazette des communes

Au Salon et au Congrès des maires, plusieurs rendez-vous ont pris pour sujet la rénovation énergétique de l’éclairage public. La crise énergétique a en effet mis au premier plan la question de l’extinction des lumières dans les communes. Entre restrictions budgétaires, sentiment d’insécurité et lutte contre la pollution lumineuse, où se situent finalement les élus locaux ? Éléments de réponse.

Le 23 novembre, au Salon des maires, la salle est comble pour la conférence de l’Association française de l’éclairage (AFE) qui a organisé une table ronde sur le thème de l’éclairage public et de la transition énergétique. Preuve que la gestion des candélabres est l’un des sujets prenants de l’actualité des collectivités, qui font face à la montée de leur facture d’énergie. Y sont d’ailleurs donnés les résultats d’un récent sondage organisé par l’AMF et le Cevipof, duquel il ressort que 90% des maires envisagent de réduire l’intensité ou l’amplitude horaire de l’éclairage public dans leur commune.

Lors de cette conférence, l’association a rappelé qu’ « éclairer juste n’est pas juste éclairer  » : les élus doivent mener une analyse des besoins de leur territoire pour s’assurer de concilier toutes les contraintes en présence, même si la décision d’éteindre les lumières extérieures répond parfois à une situation budgétaire urgente. Qu’en pensent les élus rencontrés au Congrès et au Salon des maires ?

Des économies budgétaires

À Maignelay-Montigny (2 700 habitants, Oise), la décision de l’extinction totale des lumières, dans toutes les rues, de 23 heures à 5 heures du matin, a été prise il y a un mois. Denis Flour, le maire, explique : « On a pris cette décision car, en l’état actuel des choses, on a estimé pouvoir réaliser une économie de 16 000 euros, donc cela nous a semblé opportun. Surtout qu’on nous a annoncé récemment que le prix de l’électricité pour notre commune serait multiplié par cinq l’an prochain. » Le vote du conseil municipal a d’ailleurs été unanime, et « la question est venue assez naturellement car, au cours de l’été, des communes proches, de toute taille, ont pris la même décision, qui s’est finalement imposée comme une évidence pour nous. »

Même son de cloche à Roz-Landrieux (1 500 habitants, Ille-et-Vilaine), qui éteint ses lumières entre 21 heures et 6h45, « car c’est l’heure à partir de laquelle les enfants prennent leur bus pour aller à l’école », précise François Mainsard, le maire. C’est uniquement pour des questions budgétaires que cette décision a été prise : dans cette commune, l’éclairage public représente une grande part du budget, entre 13 et 15 %, tout en sachant que « la consommation électrique va exploser ». Donc depuis le mois d’août, la commune a pris la décision radicale de baisser sa consommation d’éclairage : elle éteint complètement l’éclairage l’été, du 15 mai au 1er septembre. « Ces économies vont nous permettre d’investir dans la rénovation énergétique, puisqu’il faut de toute façon poursuivre nos économies. »

La biodiversité dans les débats

Mais le maire de Maignelay-Montigny reconnaît également que même si ce sont des raisons budgétaires qui ont motivé la commune à prendre sa décision, elle en retire d’autres bienfaits : « Finalement, ça répond à un autre objectif, à savoir la lutte contre la pollution lumineuse. J’ai eu beaucoup de retours de citoyens sur ces questions-là. »

Par contre, François Mainsard, à Roz-Landrieux, préfère être honnête sur ce sujet : « Dans les petites communes, on a surtout un budget à tenir. La pollution lumineuse, il faut d’abord aller la voir dans les grandes villes. Nous, nous n’avons que que 110 candélabres pour 1 100 hectares, donc ce n’est pas nous qui créons de la pollution lumineuse. On n’a donc pas cette conscience dans notre politique de l’éclairage, même si la question de la biodiversité se retrouve dans nos autres actions. »

Une approche très différente de celle de Still (1 800 habitants, Bas-Rhin) qui, depuis juillet, a mis en place l’extinction nocturne de l’éclairage public, absolument pas pour des raisons budgétaires, mais écologiques avant tout : « Le but était d’avoir un impact moindre au niveau environnemental, pour la faune, et les économies ont été un bonus. Mais avec l’inflation, on a un résultat neutre : on est resté au même budget que celui de l’an dernier. »

Dans cette commune, l’extinction se fait de 23 à 5 heures du matin dans tout le village. Mais la mise en place de cette extinction ne s’est pas faite toute seule : « On a lancé une consultation générale des habitants, dont le tiers a répondu, avec 87 % d’avis favorables, en axant sur l’impact de la luminosité sur la biodiversité, la réduction du CO2, le bien-être de nos concitoyens, qui sont aussi impactés par la lumière. » Preuve supplémentaire que cette extinction est décorrélée de la crise ukrainienne : une première phase avait été testée pendant le second confinement.

Éclairage hiérarchisé

Françoise Laborde, la maire de La Sauvetat-sur-Lède (700 habitants, Lot-et-Garonne), relate la situation particulière qui s’est présentée au moment de prendre une décision sur l’éclairage public : « Nous sommes traversés par une route départementale, avec à peu près 4500 véhicules par jour, avec des écoles, des personnes âgées qui se déplacent là. » La commune a donc décidé de gérer son éclairage différemment en fonction des quartiers. Dans les lotissements, l’extinction se fait à 23 heures et jusqu’à 6 heures du matin, mais pas du tout dans le reste du village, et en particulier dans le cœur de bourg traversé par cette route départementale.

Cela fait deux ans et demi que cette organisation, expliquée dans le bulletin municipal, a été mise en place pour faire des économies. « Nous n’avons eu aucun retour des habitants des lotissements. » Même si cette décision a été prise avant la crise énergétique actuelle, la maire espère que cette situation ne va pas se prolonger, car « les dépenses augmentent, il va falloir faire attention à tout. Il y a trois mois, nous avons contacté le syndicat départemental, Territoire Energie, car nous voulons passer en 100% leds, pour faire d’avantage d’économies encore. »

A Guipavas (15 500 habitants, Finistère) aussi, le choix a été fait, depuis le 1er novembre, d’éteindre les luminaires en fonction des quartiers, de 22h30 à 6 heures du matin. « Les quartiers sont éteints et, sur les grands axes, un lampadaire sur deux reste allumé », précise Jacques Gosselin, adjoint au maire chargé des travaux. Les habitants n’avaient pas été concertés, mais bien informés par les publications de la commune. La première raison a été budgétaire, même si la question de l’impact sur la biodiversité s’était posée aussi. Mais c’est depuis 2017 que la rénovation en leds est en route, y compris pour l’éclairage intérieur des bâtiments publics.

La rénovation énergétique, un objectif pour tous ?

Denis Flour indique qu’à Maignelay-Montigny, l’objectif est de passer au 100 % leds d’ici deux ou trois ans, pour des raisons d’économies : « Mais même à ce moment-là, j’aimerais qu’on continue l’extinction totale, pour des raisons de sobriété. »

À Still, qui est à 20 % en leds, la rénovation des lumières se fait au coup par coup, « quand on a une lampe qui claque ». « A la vitesse à laquelle on avance, on devrait atteindre le 100% leds dans une dizaine d’années. Notre matériel actuel fonctionne et, écologiquement, on se dit qu’on doit l’utiliser tant que c’est le cas », explique l’adjoint au maire Johann Guénard.

A Talence (42 100 habitants, Gironde), la municipalité est passée au 100 % leds depuis 2020, mais elle pratique quand même l’extinction des lumières de 1 heure à 5 heures du matin, sur l’ensemble de la ville, sauf le long de la rame du tramway (entre 2 heures et 4 heures du matin). Stéphane Boulon, le directeur de cabinet, raconte que leur réflexion sur l’environnement et la consommation énergétique était une vraie préoccupation. La rénovation énergétique a en tout cas permis à la ville de travailler rue par rue. En revanche, le maire, Emmanuel Sallaberry, attend « avec beaucoup de fébrilité le projet de loi de finances définitif, pour savoir si on pourra bénéficier d’un bouclier tarifaire. Même quand on fait le choix de rénover tout son parc, on n’a plus de levier pour réaliser davantage d’économies, donc oui, la hausse des prix de l’électricité nous inquiète beaucoup. Toutes les communes ont besoin de l’aide de l’État ».

Gérer le sentiment d’insécurité

Au moment de prendre sa décision il y a un mois, Maignelay-Montigny a reçu quelques retours négatifs de ses habitants, liés à leur sentiment d’insécurité. Mais la municipalité avait recueilli l’avis de la gendarmerie : « ils étaient plutôt favorables à l’extinction, assurant que cela n’aurait pas de conséquence négative en matière de délinquance ou d’accidentologie. » Et d’expliquer au maire que « les trafiquants et les voleurs ont horreur du noir aussi et que, dans un village où l’éclairage public est éteint, on repère plus facilement les gens qui se promènent la nuit avec leur lampe ». Depuis la mise en place de l’extinction, Denis Flour n’a relevé aucun incident. Mais il reconnaît aussi que dans une ville telle que la sienne, « il n’y a personne dans les rues après 20 heures, néanmoins, la question de l’insécurité est quand même ressortie des débats ».

Mais à Roz-Landrieux, on ne compte aucun retour défavorable, lié à la sécurité ou pas : « Les habitants ont bien compris qu’il nous fallait faire des économies d’énergie pour maintenir les finances de la commune à flot et, à ma connaissance, à ce jour, nous n’avons eu aucune plainte. Il faut dire que la nuit, la circulation est résiduelle, même s’il y a quand même des gens en horaires décalés. »

A Still, les habitants qui ont répondu à la consultation organisée par la municipalité ont fait remonter leurs inquiétudes pour leur sécurité. Le maire est alors intervenu : « J’ai répondu nominativement à chaque citoyen pour indiquer que j’étais disponible en mairie pour leur expliquer que l’absence de luminosité n’a pas d’impact sur la sécurité. Mais personne n’est venu me voir ! » Cette extinction a toutefois changé certaines habitudes, selon Johann Guénard, son adjoint : « Les gens qui promènent leur chien autour de 23 heures le font avec une lampe frontale. » Le maire renchérit : « Aucun habitant n’est venu me voir pour me dire que cette décision avait impacté ses déplacements ». Au contraire, la commune a remarqué que depuis la mise en place de cette extinction, les attroupements de nuit ne se font plus, alors qu’ils posaient quelques nuisances la nuit : « On a constaté moins de dégradations dans notre aire de jeux, qu’on devait nettoyer tous les jours, moins de déchets, moins de bruit. »

Une situation qui peut varier en fonction de la taille de la commune. A Orléans (114 644 habitants, Loiret ), « on est revenus en arrière sur certaines extinctions, à cause des problèmes de sécurité routière, au niveau du périphérique, et des habitants se sont plaints, surtout des femmes », explique Pascal Tebibel, vice-président. A Talence, au contraire, on insiste sur l’absence de corrélation entre le noir et l’insécurité.

Des « précurseurs »

Force est de constater que les communes n’ont pas attendu la crise énergétique actuelle pour prendre la décision d’éteindre les lumières au cœur de la nuit. C’est le cas de Louzac-Saint-André (1 000 habitants, Charente), qui éteint de 23 heures à 6h30 depuis une trentaine d’années, sur tout son territoire, en augmentant la plage horaire. « Ça nous paraissait un peu stupide d’allumer la nuit alors que personne ne circule, reconnaît le maire, Lilian Jousson. C’est donc avant tout pour réduire le gaspillage et favoriser la biodiversité. Les gens sont tellement habitués que, lorsque l’on a relevé l’extinction à 23 heures, ils n’ont pas bronché. » Une situation qui a permis d’être plus serein vis-à-vis de son budget, surtout que, de mi-avril à mi-septembre, l’extinction est totale, à toute heure, et ce, depuis une vingtaine d’années.

Une position qui permet à la commune de témoigner auprès d’autres maires qui hésitent à se lancer : « Cela fait trente ans qu’on le fait, et jamais aucun habitant n’a protesté. Même en ville, finalement, j’ai rarement vu quelqu’un se promener à deux heures du matin. Je pense que l’insécurité liée au noir reste seulement un sentiment. » D’ailleurs, le maire insiste : « Je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’éteindre la nuit ; que, bien sûr, certains irréductibles vont se plaindre, mais que l’intérêt collectif doit primer. Mais il faut bien sûr cerner les problèmes : si, à un carrefour, il y a un risque d’accident, on garde les lumières, de même le weekend autour des salles des fêtes, par exemple. On va nous-mêmes, l’an prochain, faire cet éclairage ciblé pour notre secteur qui comprend nos commerces, la salle des fêtes et le terrain de foot. »

Pour aller plus loin : Sobriété énergétique : faut-il vraiment éteindre les lumières des rues la nuit ?

Au Conseil de novembre….

La suite de notre compte-rendu du Conseil municipal de Saint Gratien, séance du 17 novembre 2022

Le Conseil vote le procès-verbal de la séance de septembre. Éternel débat : nos  interventions sont soigneusement expurgées des PV. Aujourd’hui le dossier« Indigo », hier les chiffres de la cantine.

Nous ne remettons nullement en cause le travail de rédaction des services, comme nous en accuse le maire, mais la relecture politique qui en est ensuite faite.

Seule solution : le PV « intégral » comme le pratiquent certaines communes, où les débats sont retranscrits dans leur intégralité, ou la retransmission en ligne des séances. La plupart des communes y ont aujourd’hui recours, c’est bon pour l’information des habitant.e.s, premier.ère.s intéressé.e.s par les décisions prises par les élu.e.s !  En septembre, nous avions relevé le fiasco du contrat liant la ville à la société « Indigo » pour le stationnement payant : pas de rapports techniques et financiers d’activité remis à la ville dans les six dernières années comme le stipulait le contrat, pas de mise en demeure de la ville suite à ces manquements, pas de pénalités financières de la part de la ville comme cela aurait dû être le cas. Nous l’avons rappelé en septembre, mais cela n’apparaît pas au PV… Il vaut mieux que les Gratiennois.e.s ignorent ces cafouillages, et la mauvaise gestion de ce dossier !

Le point principal de cette séance est, comme traditionnellement en ce mois de novembre, le débat sur les orientations budgétaires. Un exercice évidemment très compliqué cette année par la situation des collectivités, confrontées à une envolée sans précédent des prix, notamment de l’énergie. Depuis septembre, nous interrogeons la ville sur les éventuelles mesures qu’elle sera amenée à prendre dans ce contexte, et nous avançons propositions et réflexions. Or, étonnamment, le rapport sur les orientations budgétaires 2023 ressemble fort à celui de 2022… pourtant, la situation est bien différente.

Voici l’essentiel de nos interventions sur ce sujet, ou du moins ce que le maire, dans sa grande bonté, a bien voulu nous laisser dire ! Car il argue à chaque fois d’une prétendue limitation de notre temps de parole qui serait inscrite dans le règlement intérieur du Conseil.

Personnel : bien que la ville nous vante une « stabilité des effectifs » nous constatons quand même une diminution de 12 postes de titulaires. Ce n’est pas anodin, d’ailleurs l’adjoint aux finances reconnaîtra au cours du débat qu’il n’est pas impossible que la commune soit contrainte de diminuer le nombre de ses employés.

Cantine : nous sommes prévenus, il est à prévoir une « revalorisation des tarifs des repas scolaires due à une forte augmentation des matières premières du marché »

Nous avons déjà alerté à plusieurs reprises sur le niveau des prix de la cantine à St Gratien. Les tarifs sont déjà très hauts suite aux augmentations récurrentes et supérieures à l’inflation que nous avons connues ces dernières années. Ces tarifs sont parmi les plus chers du 95, voire les plus chers. Nous avons comparé les tarifs de St Gratien à ceux de 40 autres villes du Val d’Oise : Saint Gratien est plus cher de 11% sur le tarif le plus bas et de 57% sur le tarif le plus haut, et ceci avant les augmentations de septembre 2022. Cette étude a été publiée sur ce blog. Une famille au tarif minimum paie 75€ mensuels pour deux enfants à la cantine tous les jours, et une famille au tarif maximum paie 265€ mensuels. Cela seulement pour la cantine sans parler des accueils pré et post scolaires, du centre de loisirs…On imagine difficilement encore des augmentations importantes, sauf à mettre nombre de familles en grande difficulté. Je souligne souhaiter que les chiffres cités soient repris au PV, la dernière fois ils en avaient opportunément disparu !

Le contrat passé avec la société Sogérès comprend bien évidemment une clause d’ajustement des prix en fonction de l’inflation. À quoi faut-il donc s’attendre ? + 3 ou +12% ? Nous n’aurons pas de réponse sur cette question, la ville nous renvoyant à une négociation à venir avec le prestataire.  

Nous soutenons l’idée d’une cuisine centrale comme elle existait à St Gratien avant d’être supprimée par la majorité et comme elle existe encore dans de nombreuses communes qui ont décidé de se passer des entreprises de restauration collective. Nous suggérons l’idée d’engager une réflexion au niveau de Plaine Vallée.

Taxe foncière : on a tous compris qu’elle allait augmenter, la seule question est de combien, et certainement la majorité le sait, à un mois du vote du budget et alors que les recettes fiscales représentent 57% des recettes de fonctionnement.  

À suivre…

Photos : les fresques de la salle des mariages, réalisées en 1943 sous la direction d’Ivan Bottiau et récemment rénovées

Comment devenir une ville cyclable (4)

Münster, retours d’expériences importables à St-Gratien ?

Vélos et commerces en centre-ville, une étude réalisée à Münster

L’équation « vitalité du commerce = accès en voiture » est loin d’être vérifiée dans les faits. La contribution de la clientèle arrivant en transports publics, à vélo et à pied est largement sous-estimée, tout comme est sous-estimé l’impact pour nos villes et pour l’environnement urbain, de l’implantation de grandes sociétés de distribution et de milliers de places de stationnement en périphérie.

Décorations des lampadaires sous les arcades de la Prinzipalmarkt

Une étude réalisée à Münster en Allemagne révèle plusieurs faits méconnus. L’étude portait sur trois supermarchés ou supérettes (dont l’assortiment est suffisant pour de « grandes courses » une fois par semaine ou une fois tous les quinze jours) et sur un grand magasin ayant en outre des rayons divers (vêtements, boutique, articles de luxe, etc…)

  • Les automobilistes ne sont pas meilleurs clients que les cyclistes, piétons ou les usagers des transports publics. Dans certaines catégories, les cyclistes sont même meilleurs clients. Les cyclistes, achetant de moindres quantités par visite, viennent plus régulièrement au magasin (11 fois par mois en moyenne, contre 1 fois par mois pour les automobilistes) et… s’exposent plus souvent à la tentation.
  • Dans des commerces en milieu urbain, les automobilistes sont minoritaires (25 à 40% de la clientèle, selon qu’on est en semaine ou le samedi)
  • À peine 25% des automobilistes quittent un commerce avec deux sacs de marchandises ou plus, contre 17% des cyclistes. Trois quarts des automobilistes n’ont donc rien à transporter qui les empêcherait d’utiliser un autre mode de transport.
  • Compte-tenu des distances, des destinations après la visite du commerce et des quantités achetées, l’étude conclut qu’une majorité des automobilistes pourraient souvent se passer de leur véhicule pour leurs achats.

Il faut encore souligner que la vitalité des commerces est liée à la qualité de l’environnement. À Berlin, on a constaté que les déplacements des piétons et des cyclistes à l’intérieur des quartiers augmentaient fortement après l’instauration générale d’une limitation de vitesse à 30 km/h en dehors des grands axes de circulation. Pour le motif domicile/commerces, cette augmentation atteignait parfois 40%.

De même, une enquête réalisée à Strasbourg indique que, dans le centre-ville, il y a eu une augmentation de fréquentation de plus de 30% à surface commerciale inchangée après piétonnisation et fermeture à la circulation de transit.

À Berne, une enquête portant sur 1200 consommateurs a établi, en moyenne annuelle, le rapport entre la valeur des achats et la surface de stationnement utilise par chaque client.

Résultat : c’est avec les cyclistes que la « rentabilité-stationnement » est la plus favorable : 7500€ par mètre carré. Les automobilistes suivent avec 6625€ par mètre carré.

Quel paradoxe, alors que les cyclistes ne disposent pas de coffre pour embarquer leurs achats et sont donc forcés de limiter les quantités qu’ils achètent…

Extraits de : Villes cyclables, villes d’avenir (europa.eu)

Informations complémentaires et sources :

Die Mobilitätspioniere (wn.de)

https://urbanattitude.fr/dans-quelle-ville-du-monde-est-il-agreable-de-faire-du-velo/

Münster, la ville rhénane aux 600.000 vélos — Weelz.fr

Le vélo à Münster en Allemagne, « Un jour en Allemagne », Arte, 26 janvier 2016 – YouTube

Lutte contre la pollution : Les politiques cyclables en Europe (robert-schuman.eu)

80 000 cyclistes allemands distinguent leurs « capitales du vélo » – L’interconnexion n’est plus assurée (lemonde.fr)

Top 15 villes les plus cyclables d’Europe – Journal d’Europe (journaldeurope.com)

NB : Article  » Les aménagements cyclables singuliers de Münster » de Stéphane BAUER,  ainsi que les photos, hormis celles sourcées

Comment devenir une ville cyclable (3)

Münster, retours d’expériences importables à St-Gratien ?

Un peu d’histoire….

Leezen Stories from Münster

Les frères Knubel : en 1886, les pionniers de la mobilité douce à Münster

Lorsque Carl Benz a déposé le brevet pour sa première automobile à moteur à combustion, nous étions en 1886. Le véhicule à trois roues est considéré comme le prototype de l’automobile moderne.

À cette époque, le deux-roues prenait lui de la vitesse à Münster : Anton Knubel ouvrait ce qui était probablement le premier magasin de vélos de la ville.

Les frères Knubel (de droite à gauche) : Les frères Bernard, Anton et Johannes avec des roues modernes. Bernard et Anton Knubel ont été parmi les premiers cyclistes à Münster. Photo: Ville de Münster

C’était peut-être même le premier dans toute la Westphalie, comme le soupçonne l’historien de Münster, le Dr Bernd Haunfelder, qui s’est penché sur cette histoire. Les Knubel ont fait de Münster une ville pionnière de la mobilité douce.

« Tous systèmes de Vélocipède aux prix les moins chers » – le 10 avril 1886, Knubel a annoncé l’ouverture de son nouveau magasin au 5 Schützenstraße avec une publicité de la taille d’un timbre-poste dans le « Münsterischer Anzeiger ». Il y avait aussi un service de réparation. Un mois plus tard, Knubel attirait ses clients avec un paiement à crédit – et une offre très spéciale : cinq heures de cours de vélo gratuits.

En 1887, Knubel s’installe Au 6 Ludgeriplatz dans le bâtiment de l’usine de marbrage et de l’atelier de broyage de marbre de Christoph Bernard Mosecker. Là, Knubel vend des deux-roues et des trois-roues en tant que seul représentant de la société Giraffe de Sheffield, en Angleterre.

Entre-temps, d’autres magasins de vélos ont ouvert à Münster, comme Haunfelder l’a démontré sur la base de diverses publicités. Le pionnier Knubel a travaillé pendant plusieurs années avec un associé : Anton Schellen, petit-fils du célèbre photographe de Münster, Friedrich Hundt.

En 1896, Knubel installe un magasin sur Industriestraße, rue qui s’appelle maintenant Südstraße. « Des vélos à des prix soldés bien en dessous de leurs prix d’achat », peut-on encore lire dans une annonce publicitaire d’Anton Knubel.

Knubel s’est également distingué en tant qu’inventeur : il a déposé un brevet pour la « jante en bois de vélo avec pneus pneumatiques, avec une gouttière pour attacher la veste de course ».

Au tournant du siècle, Knubel est passé de deux à quatre roues : titulaire d’un permis de conduire à Münster, il a exploité un commerce de voitures à moteur au nom des sociétés Adler et Opel. Il a été le premier et pendant quelques années le seul concessionnaire automobile dans la capitale provinciale Münster et sa région.

Bernard, son frère, qui a participé aux premiers Jeux olympiques modernes à Athènes en 1896, s’est également investi dans le commerce de vélos peu de temps après. En 1897, il a présenté les tout derniers modèles de l’époque avec là aussi une série de publicités : les roues Adler, Opel, Allright, Möve et Victoria étaient dans le magasin du 3a Ludgeriplatz.

Selon les recherches de Haunfelder, les deux frères Knubel se sont également fait un nom en tant qu’instructeurs [de cyclisme] à Münster : ils ont donné des leçons pour se déplacer à vélo sur l’actuelle Weseler Straße. Tous deux étaient des champions cyclistes et ont également organisé les premières courses cyclistes en ville avec Bauer.

Article issu et traduit de :  Die Mobilitätspioniere (wn.de)

Comment devenir une ville cyclable (2)

Münster, retours d’expériences importables à St-Gratien ?

2. Les aménagements cyclables singuliers de Münster

Les grandes métropoles européennes s’accordent maintenant presque toutes pour reconnaître que la pratique de la bicyclette doit redevenir le transport urbain de demain. C’est également le cap qu’a choisi Paris [1].

Néanmoins, la topographie des villes et le poids des habitudes en matière de déplacements ne permettent pas forcément un usage régulier du vélo dans les trajets quotidiens.

En Allemagne, Münster à 150 km au nord de Cologne, est une des villes les plus en pointe : 38% des déplacements dans Münster se font à vélo.

Bibliothèque universitaire

Qu’est ce qui explique cela ?

1 – Des aménagements dédiés à la pratique du vélo :

L’exemple le plus emblématique est constitué par La Promenade (en français dans le texte), qui est une voie bordée d’arbres qui, sur près de 5 km, fait le pourtour de la ville historique et permet de relier n’importe quels points en ville, ou bien constitue un point de départ vers les faubourgs de la ville, jusqu’à dans la campagne münstérienne.

Maquette de la ville de Münster (1930) au Musée Municipal

Sur La Promenade, qui de fait constitue un périphérique pour les mobilités douces, la voie bitumée est réservée aux cyclistes, avec une circulation à double sens. De part et d’autre de la voie pour les vélos, deux chemins en terre battue sont réservés aux piétons.

Chaque franchissement de rue par La Promenade est marqué par un abaissement du trottoir au niveau de la chaussée, ce qui facilite le passage des vélos, ainsi que par un stop, ou par un feu afin de garantir la sécurité des cyclistes. En leur absence, la règle de la priorité à droite s’applique. Selon le sens, le cycliste ou l’automobiliste doit la priorité.

Münster comprend plus de 450 km de pistes cyclables. Des pistes dédiées à la pratique du vélo avec un sens de circulation unique : les règles pour les vélos sont les mêmes que pour les voitures. À chacun son couloir. Pas de jaloux. Une grande rigueur mais en même temps une grande fluidité.

Au niveau des grandes artères, le choix a été fait de ne pas faire circuler les vélos avec les voitures. Les routes sont réservées aux voitures et aux bus. Les cyclistes partagent les trottoirs avec les piétons. Afin que la cohabitation des différents moyens de transports soit harmonieuse, les vélos circulent sur les trottoirs et dans le même sens que les voitures. Pas de risque de se retrouver sur une piste nez à nez avec un autre vélo venant en sens inverse avec le risque d’accrocher à son passage son guidon. Sur les trottoirs, la voie colorée en rouge est réservée aux vélos. Les piétons ont un couloir gris.

Aux carrefours, un marquage au sol et une signalétique aérienne spécifiques, l’une pour les piétons et l’autre pour les cyclistes permettent de fluidifier la traversée des chaussées.

La cohabitation entre les différents modes de déplacement est harmonieuse parce que chacun s’astreint à suivre les règles qui s’imposent à son mode de véhiculement : gare au piéton ou au cycliste qui sort de son couloir sur les trottoirs. De même, un automobiliste ne se risque pas à se mettre à cheval sur la route et le trottoir réservé à la piste cyclable avec ses warnings : il s’en fait immédiatement chasser par les cyclistes.

2 – Des pratiques innovantes :

Le tir-courses :

Le tricycle pour personne âgée :

Le nombre de magasins de vente d’accessoires pour vélos et d’ateliers de réparation :

3 – Des champs de progression :

Des parkings à vélos abrités : il y en a un au niveau de la gare (d’une capacité de 12 000 vélos). Et quelques-uns ici et là dans des parcelles privées. Voire des solutions détonantes, pas pratiques pour tout le monde, pour garer son vélo :

Le reste du temps, chacun fait comme il peut pour attacher son vélo à un arceau – il y en a devant presque chaque commerce, carrefour ou espace où il y a du public, mais en nombre très inférieurs vu le nombre de vélos qui circulent en ville… chacun souhaitant, par ailleurs, avoir son vélo près de soi… – avec la difficulté parfois de pouvoir récupérer son vélo au vu du nombre de vélos attachés. D’où le succès des ventes de béquilles dans les grandes surfaces.

Des pompes en libre-service pour regonfler ses pneus comme vues à Strasbourg…

À suivre…

Texte et photos Stéphane BAUER

[1] Paris: le besoin de pistes cyclables (bfmtv.com)

Deux motions pour un Conseil   

Événement dans la vie politique locale à Saint Gratien.

C’est la première fois qu’une proposition de motion commune est déposée  conjointement au Conseil municipal par les trois groupes de la minorité.

« Vivons Saint Gratien » (Modem), « Saint Gratien Cap 20-26 » (PS) et « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen », notre liste citoyenne, ont proposé au vote des élus un texte alertant le gouvernement sur les difficultés des communes face à la crise énergétique.

Bouclier tarifaire, DGF indexée sur l’inflation, accès aux tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, blocage de ces prix, aides aux communes pour leur rénovation énergétique, taxe sur les superprofits des multinationales de l’énergie : voici les principales demandes des groupes de l’opposition municipale. (texte complet en fin d’article)

Le maire allait-il mettre cette motion aux voix lors du Conseil ?

Surprise : à l’arrivée en salle des mariages, nous apercevons notre texte déposé devant chaque élu.e. Il est accompagné d’un deuxième texte de motion, qui nous est soumis par la majorité municipale.

Les deux textes vont-ils être tous les deux mis au vote ? Un compromis sera-t-il possible puisque les revendications des deux motions sont proches ?

Le suspense ne dure pas. Lors de l’annonce de l’ordre du jour, le maire n’évoque que la motion de la majorité, présentée comme étant celle de l’Association des Maires de France, l’AMF (votée d’après lui dans toutes les communes de France, ce qui est bien sûr inexact) et il réaffirme sa prérogative d’inscrire les motions à l’ordre du jour de la séance. Il précise que les élus auraient pu co-signer un texte ensemble et avoir une unanimité. D’après lui, nous ne l’aurions pas souhaité puisque nous avons déposé un texte au nom de nos trois groupes ! Nous rappelons alors que nous avons fait une proposition de motion, déposée 48 h avant la séance, afin justement de débattre et éventuellement de voter unanimement. « Vous vous êtes associés sans la majorité », nous reproche le maire. C’est faux, nous demandions justement que ce texte soit discuté et adopté en Conseil, et nous étions prêts à le modifier. Le maire regrette ensuite que nous n’ayons pas repris « stricto sensu » le texte de l’AMF.. tout en reconnaissant que nos propositions sont « les mêmes à 95% »… Comprenne qui pourra.

En fin de Conseil, au moment du vote de la motion, nous demandons une suspension de séance de quelques minutes pour comparer les deux versions et plus précisément les demandes avancées par l’une ou l’autre. Il apparaît rapidement que manque dans le texte issu de la majorité les points suivants, qui nous semblent importants :

– l’application d’un taux de TVA réduit sur les factures énergétiques des collectivités

– le blocage des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, comme le permet l’article L 410-2 du code de commerce dans un contexte de crise

– la pérennisation des tarifs réglementés de vente de l’électricité par la remise en cause du principe de leur « contestabilité »,

– la renonciation à l’extinction des tarifs réglementés de vente de gaz naturel (TRVG) en 2023,

– le développement des politiques d’aides aux collectivités territoriales pour la rénovation énergétique et leur accès simplifiés pour les communes,

– une contribution sur les superprofits des multinationales de l’énergie, pérennisée au niveau de l’Union Européenne afin de garantir une plus grande efficacité

Enfin, toute allusion à une action des habitants pour soutenir et accompagner la démarche des élu.e.s a disparu.

Incontestablement, notre texte est plus complet, d’autant plus qu’il détaille en préambule la situation difficile de la commune.

Dans un souci de conciliation, et parce que nous partageons les demandes reprises dans la motion majoritaire telles que le bouclier énergétique, ou encore l’indexation de la dotation globale de fonctionnement (DGF), nous décidons de voter pour la motion majoritaire, après avoir expliqué pourquoi. Hélas ! De retour en séance, le maire nous refuse la parole, même pour explication de vote. C’est pourquoi finalement les trois groupes minoritaires ne prendront pas part au vote, car il nous apparaît difficile de voter sans nous exprimer ! Le maire affirme qu’il n’y a jamais de débat autour d’une motion. C’est faux ! De précédentes motions présentées par le maire ont déjà fait l’objet d’explications de vote des groupes minoritaires. 

Conclusion : le dépôt d’une motion partagée par nos trois groupes a incité le maire à inscrire sa propre motion à l’ordre du jour. C’est une bonne chose que la commune exprime son mécontentement et ses inquiétudes face à la situation budgétaire des collectivités confrontées à une crise énergétique majeure. Dommage que le maire n’ait pas permis, par pur désir de censurer toute expression de la minorité, qu’un débat se déroule au sein de l’assemblée communale, et qu’un vote unanime en découle.

Pour notre part, nous engageons une campagne de signature d’une carte-pétition, afin que les habitante.s de notre ville expriment leur souhait de ne pas subir des augmentations de tarifs des services municipaux, des diminutions e ceux-ci, des reports d’investissements.

L’État, qui a fortement dégradé la situation financière des communes par des réformes successives de la fiscalité locale, doit aujourd’hui prendre les mesures nécessaires afin de limiter l’impact de la crise énergétique sur les politiques municipales. On en reparle très prochainement.

Ci-dessous le texte déposé par les groupes municipaux : « Vivons Saint Gratien » ; « Saint Gratien Cap 20-26 » ; « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen » pour la séance du 17 novembre 2022 du Conseil municipal

Proposition de motion pour le Conseil municipal de Saint Gratien

Les collectivités locales sont face à une hausse des prix de l’énergie insupportable pour leur budget. La première ministre elle-même reconnaît que « les prix sont anormalement élevés ». La facture pourrait s’élever à 11 milliards d’euros pour les communes, selon la fédération des communes concédantes et régies (FNCCR).

Cette motion a pour objectif d’alerter le gouvernement afin qu’il prenne la mesure des difficultés. 

Notre commune, comme toutes les autres, est confrontée à une envolée inédite des prix de l’électricité et du gaz. Le rapport d’orientation budgétaire évalue l’impact de la facture de l’énergie sur budget de la commune, ainsi que l’inflation des matières premières, alimentation, produits d’entretien à + 1 M€ sur le poste Charges à caractère général en 2022 et + 11,8 % de ce poste en 2023.

A l’intérieur des 1 M€ d’accroissement des charges à caractère général, 0,3 M€ (qui n’étaient bien entendu pas anticipés) sont liés à l’accroissement de la « facture énergie » de la ville. Elle était de 0,8 M€ fin 2021. Elle sera d’environ 1,1 M€ fin 2022, soit + 35 %. La ville pâtit en 2022 davantage de la progression du prix du gaz que de celui de l’électricité.

La facture énergétique de St Gratien ne se limite pas aux factures directement payées par la commune à ses fournisseurs d’énergie. Il faut ajouter la quote-part « énergie « dans le coût de revient du recours à des sous-traitants.

Or, St Gratien sous traite beaucoup de prestations de services : nettoyage des locaux, y compris les écoles, concession de la gestion du marché, concession de la gestion d’une partie de la voirie, cantines…

Les sous-traitants se retournent vis-à-vis de la ville pour lui répercuter leurs propres augmentations de coûts, et notamment leurs propres coûts liés à l’énergie. Par rapport aux montants convenus dans les conventions signées avec la ville, ils ont droit de le faire, en raison de « clauses de revoyure »

Ces augmentations pèsent lourdement sur le budget de la ville. Pour y faire face, faut-il réduire les services rendus aux habitants ? Augmenter de façon importante les participations des usagers de ces services ? La taxe foncière ? Nous nous y refusons.

Nous sommes soucieux de la nécessité des économies d’énergie et de celle de limiter l’émission des gaz à effet de serre : isolation des bâtiments, développement des LED sont nécessaires, comme la recherche de nouvelles pratiques, géothermie, pompes à chaleur, panneaux solaires…

Mais comment poursuivre ces investissements aujourd’hui, alors que l’explosion du prix de l’énergie menace notre équilibre financier ?

Afin de protéger les collectivités territoriales de la hausse des prix de l’énergie, le Conseil municipal de Saint Gratien invite le gouvernement à limiter l’impact de cette hausse par des mesures immédiates. Le Conseil municipal de Saint Gratien demande :

  • Qu’un bouclier tarifaire soit mis en place pour limiter l’impact de la hausse des prix de l’énergie pour les collectivités territoriales, par des solutions immédiates comme :

– la mise en place d’un fonds d’urgence de compensation pour répondre à l’urgence du contexte énergétique

– l’application d’un taux de TVA réduit sur les factures énergétiques des collectivités et leurs groupements,

  • Que toutes les collectivités qui le souhaitent puissent bénéficier des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, au lieu d’être soumises aux prix du marché,
  • Que ces tarifs réglementés soient bloqués, comme le permet l’article L 410-2 du code de commerce dans un contexte de crise et que cette proposition soit soumise également au niveau européen afin de solidifier l’indépendance de l’Union sur le plan énergétique,
  • Que soient pérennisés les tarifs réglementés de vente de l’électricité par la remise en cause du principe de leur « contestabilité »,
  • Que l’on renonce à l’extinction des tarifs réglementés de vente de gaz naturel (TRVG) en 2023,
  • Que soient développées des politiques d’aides aux collectivités territoriales pour la rénovation énergétique et qu’en soit simplifié l’accès pour les communes,
  • Que la DGF soit indexée sur l’inflation,
  • Qu’une contribution sur les superprofits des multinationales de l’énergie soit pérennisée au niveau de l’Union Européenne afin de garantir une plus grande efficacité

Les habitants de notre commune, premiers concernés par la crise énergétique et les menaces qu’elle fait peser sur les services publics locaux, seront associés à cette démarche, par l’intermédiaire d’une carte-pétition reprenant les demandes du Conseil municipal et adressée au Président de la République.

Réponses express

Conseil municipal très dense ce jeudi 17 novembre 2022, avec de nombreuses questions qui auront des répercussions sur la vie quotidienne des Gratiennois.e.s à court terme.

La majorité a beau jeu de sembler regretter l’absence de public aux séances… pourquoi donc ne pratique-t-elle pas la diffusion en ligne des débats ?

Nous nous efforcerons ici de retranscrire l’essentiel des échanges, en commençant par la fin : l’exercice si convenu des questions au maire.

Des questions, certes, mais des réponses ? Pas toujours ! Réponses express en six minutes, lecture incluse des questions par nous-mêmes ….

Parking vélos, ex-Parc Veligo   (présentée par Stéphane Bauer, brouhaha dans la salle, la question devant être appréciée par les élus majoritaires, tous portant visiblement un intérêt majeur aux mobilités douces )

Plus de la moitié des questions posées lors des dernières réunions de quartier étaient relatives à la circulation ou au stationnement automobile en ville. Une part des solutions réside, selon nous, dans l’accélération du développement des mobilités douces.

Le parking vélo de la gare RER ne fonctionne toujours pas. Impossible d’y accéder avec un pass Navigo. La faute incombant maintenant, selon l’adjoint au développement durable, à Île-de-France Mobilités.

Pour quelle date peut-on espérer une mise en service de cet équipement tant attendu ?

Réponse du maire : il constate que nous serions les seuls à poser des questions sur le vélo en réunion de quartier. En ce qui concerne le parc à vélo de la gare, il renvoie à Île-de-France Mobilités.

Nos commentaires : même si les réunions de quartier le reflètent peu, le maire devrait savoir que l’usage du vélo dans notre ville, comme partout, est en constante progression. Il devrait porter attention à cette évolution. Sur le sujet précis du parc vélo de la gare, aucune envie visiblement chez lui d’intervenir auprès de ses amis politiques d’IDF-Mobilités pour accélérer la mise en service de cet équipement, dont l’implantation a déjà tellement traîné ! Il semble inconcevable de le voir aujourd’hui installé… mais inaccessible !

Parc à vélos  (présentée par Stéphane Bauer, nouveau soutien exprimé bruyamment dans la salle par les élus majoritaires, accros à ces questions)

Eaubonne, Saint-Leu… installent des abris à vélos pourvus de nombreux arceaux et d’un toit qui protège les vélos des intempéries, notamment à proximité des écoles et/ou des commerces.

De telles installations sont-elles envisagées dans notre ville ?

Réponse du maire : ces abris sont particulièrement inesthétiques ! Leur usage peut être détourné et ces endroits peuvent se transformer en lieux de trafic.

Nos commentaires : il faudrait donc démonter les abris bus qui peuvent être l’objet des mêmes remarques. On mesure ici le total aveuglement d’un élu qui méconnaît l’enjeu essentiel du développement des mobilités alternatives à la voiture. C’est affligeant.

Budget participatif  (question présentée par Isabelle Volat)

Les villes recourent de plus en plus souvent au principe du budget participatif. Parmi les communes de 20 000 à 50 000 habitant.e.s, une sur cinq mène un budget participatif. Le principe du budget participatif est de soumettre aux voix des habitant.e.s une partie des dépenses d’investissement de leur commune, 5% en moyenne.

Cela permet que les habitant.e.s appréhendent mieux les règles du budget communal, et cela apporte une démocratie plus participative, plus directe et plus concrète.

À l’heure où les réunions de quartier ont tendance à ne faire émerger que des doléances individuelles, le budget participatif pourrait revitaliser la vie démocratique locale.

Quel est votre avis à ce sujet ?   

Réponse du maire : à Saint Gratien, le budget est 100% participatif ! Tout notre budget est préparé en liaison avec les usagers : tennis, salle d’armes, espaces publics en collaboration avec les groupes de quartier, les travaux dans les écoles s’appuient sur les besoin exprimés par les enseignants. Bref, tout est fait en fonction des attentes des habitants !    

Nos commentaires : sans surprise, le maire ne peut que botter en touche et vanter une démocratie locale idéalisée, mais hélas très éloignée de la réalité. Les groupes de quartier n’ont aucune marge de manœuvre, et j’ai assez connu la vie dans les écoles pour savoir que les enseignants ne sont pas partie prenante dans les décisions de travaux. Des pratiques démocratiques réduites à peau de chagrin, d’ailleurs le maire se vante assez d’avoir été élu pour décider pendant six ans. Le reste n’est qu’enfumage.

Maison de santé  (question présentée par  Isabelle Volat)

Le médecin généraliste de la maison de santé ne prend plus de nouveaux patients.

Sachant que ce médecin avait déjà son cabinet aux Raguenets, en quoi la maison de santé apporte-t-elle une offre supplémentaire, alors que notre ville souffre d’un déficit de praticiens généralistes ?

Réponse du maire : la maison de santé a été implantée pour conserver ce médecin dans le quartier, qui voulait travailler avec d’autres collègues pour davantage de sécurité. Des internes travaillent autour d’elle et elle les forme. La situation ne va pas s’améliore dans les années à venir, il y a de plus en plus une pénurie de médecins, notamment généralistes, suite au numerus clausus. La ville va travailler avec un « groupement local » qui ne règlera pas tout mais peut apporter des solutions ponctuelles. C’est une vraie problématique pour les gens qui n’ont pas déjà un médecin traitant.    

Nos commentaires : un peu gêné aux entournures… d’habitude, le maire nous vante cet équipement qui, comme il l’affirmait encore récemment, réunirait divers professionnels. Hélas…  La maison de santé, projet phare sorti du chapeau à quelques semaines des municipales 2020, n’a visiblement pas apporté d’amélioration à la désertification médicale du quartier et de la ville. Aucun bonus par rapport à un cabinet individuel privé, qui peut aussi accueillir et participer à la formation des internes. De nombreuses villes se retrouvent d’ailleurs avec des maisons de santé… vides de tout praticien. Le constat est sans surprise pour nous, qui avons avancé depuis longtemps la proposition d’un centre municipal de santé. C’est la seule structure, publique, qui peut attirer les praticiens recherchant un travail d’équipe, tout en étant déchargés des activités annexes chronophages de gestion et de secrétariat. C’est autrement ambitieux, évidemment plus coûteux, mais c’est le seul dispositif qui puisse réellement aider à lutter contre les déserts médicaux.

Économies réalisées et espérées sur la facture énergétique de la ville                      (question présentée par Stéphane Bauer)

Lors des dernières réunions de quartier, ont été présentées des diapositives avec les réalisations de la ville en matière de rénovations récentes ou constructions de bâtiments municipaux intégrant des énergies renouvelables. De même, la lettre du maire aux Gratiennois-e-s datée du 28 octobre, présente une panoplie d’actions engagées, ou plutôt à engager, par la ville en faveur des économies d’énergie :

Mais dans aucun de chacun de ces deux supports ne figuraient de chiffrage en euros des économies réalisées ou attendues sur la facture énergétique de la ville.

Aussi, au regard de chacune des présentations faites (diapositives en réunion de quartier / lettre du maire) les économies réalisées et celles espérées ainsi que leur pourcentage au regard de la facture énergétique de la ville peuvent-elles être chiffrées ?

Réponse du maire : impossible car on ne peut prévoir l’évolution des prix de l’énergie, ni les températures hivernales. On vous donnera les chiffres a posteriori.

Nos commentaires : au cours de la séance, le maire avait déjà annoncé ne pas pouvoir chiffrer ces éventuelles économies. Nous restons donc dans le flou le plus complet. Espérons que l’ensemble des mesures vantées par la ville soient réellement efficaces. Il faudra nous le démontrer. 

Nos questions au maire

Voici les « questions orales » qui seront posées au maire lors du Conseil municipal du 17 novembre 2022, au nom de notre groupe « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen ».

Un exercice peu spontané puisque nous devons faire parvenir ces questions à la ville 48 heures avant la séance, et ne pas nous écarter de la rédaction lors de la présentation en séance. Le maire, quant à lui, a toute latitude pour nous répondre car il n’y a ensuite pas de débat. Le nombre de nos questions est limité à cinq. 

Les réponses du maire et nos commentaires éventuels seront à lire sur ce blog peu après la séance du Conseil. Ce qui ne vous empêche pas d’assister à la séance…  

Parking vélos (ex Parc Veligo) Stéphane Bauer 

Plus de la moitié des questions posées lors des dernières réunions de quartier étaient relatives à la circulation ou au stationnement automobile en ville. Une part des solutions réside, selon nous, dans l’accélération du développement des mobilités douces.

Le parking vélo de la gare RER ne fonctionne toujours pas. Impossible d’y accéder avec un pass Navigo. La faute incombant maintenant, selon l’adjoint au développement durable, à Île-de-France Mobilités.

Pour quelle date peut-on espérer une mise en service de cet équipement tant attendu ?

Parc à vélos    Stéphane Bauer

Eaubonne, Saint-Leu… installent des abris à vélos pourvus de nombreux arceaux et d’un toit qui protège les vélos des intempéries, notamment à proximité des écoles et/ou des commerces. (En photo, celui installé à proximité de la gare du Champ de Courses par la ville d’Eaubonne. )

De telles installations sont-elles envisagées dans notre ville ?

Budget participatif      Isabelle Volat

Les villes recourent de plus en plus souvent au principe du budget participatif. Parmi les communes de 20 000 à 50 000 habitant.e.s, un sur cinq mène un budget participatif. Le principe du budget participatif est de soumettre aux voix des habitant.e.s une partie des dépenses d’investissement de leur commune, 5% en moyenne.

Cela permet que les habitant.e.s appréhendent mieux les règles du budget communal, et cela apporte une démocratie plus participative, plus directe et plus concrète.

À l’heure où les réunions de quartier ont tendance à ne faire émerger que des doléances individuelles, le budget participatif pourrait revitaliser la vie démocratique locale.

Quel est votre avis à ce sujet ?   

Maison de santé Isabelle Volat

La médecin généraliste de la maison de santé ne prend plus de nouveaux.elles patient.e.s.

Sachant que cette médecin avait déjà son cabinet aux Raguenets, en quoi la maison de santé apporte-t-elle une offre supplémentaire, alors que notre ville souffre d’un déficit de praticien.n.es généralistes ? 

 

Économies réalisées et espérées sur la facture énergétique de la ville           Stéphane Bauer

Lors des dernières réunions de quartier, ont été présentées des diapositives avec les réalisations de la ville en matière de rénovations récentes ou constructions de bâtiments municipaux intégrant des énergies renouvelables. De même, la lettre du maire aux Gratiennois-e-s datée du 28 octobre, présente une panoplie d’actions engagées, ou plutôt à engager, par la ville en faveur des économies d’énergie :

Extrait de la lettre du maire aux Gratiennois.e.s

Mais dans aucun de chacun de ces deux supports ne figuraient de chiffrage en euros des économies réalisées ou attendues sur la facture énergétique de la ville.

Aussi, au regard de chacune des présentations faites (diapositives en réunion de quartier / lettre du maire) les économies réalisées et celles espérées ainsi que leur pourcentage au regard de la facture énergétique de la ville peuvent-elles être chiffrées ?

Un bouclier pour Saint Gratien !

Le Conseil municipal de novembre est traditionnellement consacré aux orientations budgétaires.

Cette année, les prévisions 2023 seront lourdement complexifiées par la situation des collectivités locales, confrontées à une explosion sans précédent des prix de l’énergie.

À Saint Gratien, la facture énergétique de la ville connaît une hausse de +35% en 2022. Grandes incertitudes sur 2023. Il faut s’attendre non seulement à une augmentation de la facture énergétique de la commune, mais aussi aux répercussions des différents contrats passés. Les concessionnaires à qui Saint Gratien confie la gestion de la cantine, l’entretien des bâtiments, une partie de la voirie… ne vont pas manquer de demander une révision des prix de leurs services.

Faut-il donc s’attendre à payer plus cher les prestations municipales, comme la cantine ? Voir des travaux reportés, des services publics locaux supprimés ou réduits ? Voir s’alourdir la taxe foncière ?

Pour notre part, nous jugeons que ce n’est pas aux habitants de payer la note.

C’est pourquoi nous proposerons au Conseil municipal le vote d’une motion adressée au gouvernement, afin d’obtenir des mesures pour limiter l’impact sur la ville de la hausse des tarifs de l’énergie : bouclier tarifaire, TVA réduite sur l‘énergie, dotations indexées sur l’inflation, aides d’État pour la rénovation énergétique, taxe sur les superprofits des multinationales du secteur, l’accès à des tarifs réglementés  et bloqués…

Affaire à suivre ! La séance du Conseil se déroule jeudi 17 novembre 2022, à 20h30 en salle des mariages de la mairie. D’ici là, davantage d’infos sur notre blog !

Notre électricité est chère… Mais pourquoi ? (4)

C’est certes un peu ardu à lire… mais il est tellement essentiel de comprendre pourquoi il y a aujourd’hui une crise de l’énergie qui plonge de nombreux ménages dans des difficultés importantes et qui met les collectivités au bord du gouffre…. Cela vaut le coup de prendre cinq minutes pour découvrir cet article d’Alain Tournebise, paru dans le numéro de septembre/octobre 2022 de la revue économique du PCF, « Économie et Politique ».

La suite..

Les tarifs de vente aux particuliers

Ces quelques rappels avaient pour but d’identifier les éléments principaux qui pèsent sur le prix final aux consommateurs : prix de gros, ARENH, capacité. Mais il en est deux autres tout aussi important : l’acheminement et les taxes ou contributions. Toute facture d’électricité, qu’elle soit en offre de marché ou au tarif régulé, se décompose en trois postes : fourniture d’énergie, acheminement de cette énergie et taxes diverses. Ainsi, à fin 2021, la facture d’électricité au tarif règlementé pouvait se décomposer en trois postes à peu près égaux.

Chacune de ces composantes contribue donc à l’évolution des tarifs règlementés.

Commençons par l’acheminement. Un commercialisateur qui achète de l’électricité à un producteur pour la revendre à un client final doit non seulement payer l’énergie qu’il achète au producteur et encaisser le prix de cette énergie auprès de son client, mais aussi payer un service de transport pour acheminer l’électricité depuis la centrale qui produit, et un service de distribution pour délivrer l’énergie jusqu’au client final et la compter. Dans le cas d’installations de production raccordées au réseau de distribution, comme les éoliennes, seul le service d’utilisation du réseau de distribution est à payer.

Le prix à payer pour l’utilisation des réseaux est appelé TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité).

Comment est établi le TURPE ? Sans trop entrer dans le détail, le tarif est le même sur l’ensemble du territoire (péréquation) ; il est indépendant de la distance entre le point d’injection et le point de soutirage (tarif « timbre-poste »). Il dépend essentiellement du niveau de tension des réseaux empruntés et de la tranche horaire.

Il est établi par la CRE pour couvrir les charges d’exploitation et de capital du réseau, les coûts de gestion des contrats, les coûts de comptage et les coûts liés à la compensation des pertes.

Or le TURPE a notablement contribué, lui aussi, à la hausse des tarifs règlementés puisqu’il a augmenté de plus de 30 % depuis 2008, notamment en raison d’investissements très importants pour interconnecter les pays européens et développer l’intégration du marché

Augmentation annuelle du TURPE en % annuel depuis 2008

La composante « fourniture » est celle qui a le plus augmenté au cours des dernières années et notamment au cours des derniers mois. Mais cette augmentation ne doit rien à la règlementation européenne. C’est la loi NOME, adoptée, en 2010 qui a modifié l’esprit des tarifs règlementés et de leur construction.

 Désormais, il ne s’agit plus d’assurer un prix reflétant les coûts de production d’EDF, mais, comme le mentionnent les attendus de la loi : un prix qui « vise à garantir la « contestabilité » des TRVE, qui se définit comme « la faculté pour un opérateur concurrent d’EDF présent ou entrant sur le marché de la fourniture d’électricité de proposer, sur ce marché, des offres à prix égaux ou inférieurs aux tarifs réglementés ». Autrement dit, les tarifs règlementés sont calés à un niveau suffisamment élevé pour que n’importe quel fournisseur alternatif soit en mesure de proposer une offre de marché à un prix plus concurrentiel que celui d’EDF et donc, in fine, pour inciter les consommateurs à quitter le tarif règlementé.

Pour ce faire, la CRE a élaboré une formule reflétant les coûts d’approvisionnement non pas d’EDF, mais d’un fournisseur alternatif moyen. Elle a donc introduit dans la composante « fourniture » une part reflétant les prix du marché de gros. C’est cette part qui a explosé au cours des derniers mois en raison de la crise des prix du gaz (et de l’indisponibilité du nucléaire en France) conduisant les tarifs règlementés à augmenter de près de 45 % !

Enfin, près d’un tiers de la facture des consommateurs au tarif règlementé est constitué de taxes, et contributions, parmi lesquelles la plus importante, outre l’inévitable TVA, est la contribution au service public de l’électricité (CSPE). Entre 2003 et 2016 le taux de CSPE est passé de 3,3 euros à 22,5 euros le MWh. Mais, direz-vous, s’il s’agit de financer le service public, pourquoi pas ?

Las ! Le législateur qui a instauré la CSPE a une conception toute personnelle du service public. Initialement destinée, en effet, à financer la continuité du service public, notamment l’unicité des tarifs dans les zones non interconnectées (DOM TOM en particulier), son objet a été profondément modifié dès 2003 pour y inclure les charges supportées par EDF pour l’obligation acheter l’électricité produite par les énergies renouvelables : éolien, solaire, biomasse etc. Autrement dit, est considéré comme un élément de service public le soutien aux profits des producteurs d’électricité renouvelables.

Désormais, les « charges de service public » regroupent les surcoûts résultant des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables et à la cogénération, les surcoûts liés à la péréquation tarifaire dans les zones non interconnectées (ZNI), les surcoûts liés à certains dispositifs sociaux bénéficiant aux ménages en situation de précarité et d’autres moins significatifs.

En 2020, les charges de services public représentaient un montant de 8,7 milliards d’euros et dans ce total le soutien aux énergies renouvelables représentait environ les deux tiers.

De 2003 à 2015, les charges de service public étaient entièrement compensées par la CSPE, donc payées par le consommateur d’électricité. En raison du développement important des énergies renouvelables favorisées par ce dispositif particulièrement avantageux, la CSPE a littéralement explosé.  À ce rythme, la CRE envisageait même une multiplication par dix de son taux d’ici à 2025.

Évolution des charges et de la contribution unitaire entre 2003 et 2025 prévues par la CRE en 2014

Au point que le gouvernement a dû prendre, en 2015, des mesures de bidouillage fiscal pour en limiter la hausse, ou plutôt pour la rendre moins visible. La contribution au service public de l’électricité (CSPE), la contribution au tarif spécial de solidarité (CTSS) et la contribution biométhane ont été supprimées pour les consommations postérieures au 31 décembre 2015. Ces suppressions ont été compensées à partir de 2016 par une redéfinition de la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE) rebaptisée CSPE et une augmentation de la taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel (TICGN).

Le financement des charges de service public de l’énergie a également été étendu à une part de la taxe intérieure sur les produits énergétiques (TICPE) qui porte sur les produits pétroliers, et de la taxe intérieure sur la consommation de charbon (TICC),

Ces mesures ont permis de limiter la CSPE, fixée en 2016 à 22,5 €/MWh (inchangée jusqu’au 31 décembre 2021) et d’étaler le financement des charges de service public sur l’ensemble des consommateurs d’énergie (hydrocarbures compris) et plus seulement sur les seuls consommateurs d’électricité.

Le bouclier fiscal décidé par le gouvernement au début de 2021 et limitant l’augmentation des prix à 4 %, est financé par la réduction de la CSPE à son taux minimal légal d’1 €/MWh au lieu des 22,5 €/MWh

En conclusion, la flambée des prix de l’électricité observée depuis quelques mois n’est pas seulement le résultat du fonctionnement d’un marché de gros européen « obsolète » trop lié aux prix du gaz et dont il suffirait de modifier les règles pour revenir à la normale. Elle est la conjonction des mesures destructrices qui ont été prises depuis vingt ans pour introduire artificiellement la concurrence dans un secteur où le monopole public avait fait la preuve de son efficacité, et du retard pris à moderniser et développer un parc nucléaire efficient. En fait, seule une part très minoritaire des échanges d’électricité se font sur le marché de gros en France, mais les mécanismes de marché qui ont été inventés et généralisés dans le fonctionnement du système électrique se réfèrent aux prix de gros et contribuent ainsi à diffuser l’instabilité inhérente aux prix de marché dans tous les compartiments du secteur électrique.

Lire l’article intégral avec ses annexes sur le site d’Économie et Politique