Jane B.

Mort de Jane Birkin, l’Anglaise préférée des Français

Jane Birkin est décédée ce dimanche à son domicile, à l’âge de 76 ans. Elle a marqué la chanson française de son accent anglais, au cours d’une carrière qui l’a vue enchaîner les succès.

Publié le dimanche 16 juillet 2023 sur le site de l’Humanité

Jane B. s’en est allée. La chanteuse anglaise de 76 ans s’est éteinte ce dimanche. Une vie marquée par les succès musicaux, en compagnie de Serge Gainsbourg, puis en solo.

Née à Londres en 1946, d’une mère comédienne, et d’un père commandant dans la Royal Navy, Jane Birkin monte sur les planches à dix-sept ans et rencontre John Barry, qui l’engage en 1965 pour sa comédie musicale Passion Flower Hotel, ses premiers pas vers le succès.

À vingt ans, elle se fait remarquer dans Blow up, le film scandale d’Antonioni consacré à Cannes. En France, Pierre Grimblat est sur le tournage de Slogan. Il cherche une Anglaise pour donner la réplique à Serge Gainsbourg, ce sera elle.

« Je suis venue à l’audition à Paris. Il y avait cet homme arrogant avec une chemise mauve, cheveux noirs et un air de dandy sophistiqué, Serge Gainsbourg. En fait, il m’a aidée durant mon audition en me soufflant les répliques. C’était un homme timide et tout son truc d’être arrogant n’était en fait qu’une formidable façade de la part du génie juif russe qu’il était. Il était aussi ennuyé que je crois que son nom était Serge Bourguignon, qui était le nom du seul plat de cuisine française que je connaissais. Nous avons enregistré Je t’aime moi non plus en 1969. Serge était d’un côté du studio et moi de l’autre, il y avait deux micros. Je pense que nous n’avons fait que deux prises ! », disait-elle à l’Humanité dans un entretien narrant leur rencontre, en 2006.

Actrice, chanteuse, Jane Birkin fut aussi une personnalité engagée pour le climat ou les droits des sans-papiers. Comme en 2010, où, avec plusieurs personnalités du monde de la culture elle entonna sous les fenêtres du ministère de l’Immigration, à Paris, la chanson Les P’tits Papiers, célèbre chanson de Serge Gainsbourg écrite pour Régine.

La chanteuse avait récemment annulé des concerts pour des raisons de santé. « J’ai toujours été une grande optimiste, et me rends compte qu’il me faut encore un peu de temps pour être de nouveau capable sur scène et avec vous », écrivait la chanteuse dans un communiqué en mai annonçant les annulations.

Apaiser et reconstruire

Pour apaiser la France des banlieues, il faut aussi que les services publics fonctionnent, que la vie y devienne plus facile. La vie est dure dans ces quartiers.

Dans la lettre du maire aux habitants des Raguenets, nous avons pointé des contradictions.

– « Laisser faire la police et la justice« , avait répondu le maire à plusieurs occasions, quand des habitants, en réunion de quartier, au centre ville, mais aussi aux Raguenets, pointaient du doigt et pétitionnaient contre des trafics de drogue… Là, il inverse l’ordre des facteurs, en stigmatisant tout un quartier, en mettant dans la balance la reconstruction du Centre culturel et la délivrance du nom des auteurs… or à ce stade on ne sait pas d’où ils venaient … tout ce qu’on en sait, selon le maire lui-même, qu’on a interrogé, c’est qu’ils étaient tous vêtus de noir et cagoulés..

-Des inexactitudes : il est écrit que « la ville a parfois plus dépensé pour les Raguenets que pour les autres quartiers« .. C’est culpabilisant. Et surtout c’est erroné, comme l’étude des investissements de la ville entre 2014 et 2023 le démontre. Et si une partie du problème venait de là ?

– Enfin, il y a un manque de cohérence dans la position du maire : facile de s’en prendre aux parents qui ne tiennent pas leurs enfants. Combien de familles monoparentales dans ces quartiers, à horaires de travail décalés ?

À l’avant-dernier Conseil municipal, nous avons demandé à ce qu’il y ait un meilleur accompagnement au regard des besoins identifiés : davantage de soutien scolaire, avec un vrai encadrement le soir avec des associations, comme à Ermont. Des conseils en orientation plus substantiels, dès l’entrée au collège, pour éviter d’envoyer dans des impasses des jeunes des quartiers.. Scolariser dès 2 ans des enfants en maternelle, pour faciliter la socialisation comme le suggérait l’inspectrice de l’Éducation nationale du secteur… Des équipements sportifs dans le quartier, accessibles, et non tout à l’autre bout de la ville.

-Nous ne reviendrons pas ici sur le dossier du city stade des Raguenets.. Les médias « Street press » et le « Bondy blog » ont bien couvert sa destruction, par la ville, en 2020..

La reconstruction de Camille Claudel, il va falloir s’y atteler. C’est le seul espace public, qui crée du lien et qui fédère la vie associative de ce côté de la ville, qui héberge aussi la halte garderie..

Comment imaginer que de tout cela ne reste qu’une carcasse calcinée ?

Stéphane Bauer 

À lire ici le reportage de Franceinfo de Zoé Aucaigne sur le quartier des Raguenets

Photos du blog, les Raguenets

Urgence de reconstruction

Voici le courrier que nous venons d’adresser au maire de Saint Gratien,en tant qu’élu·e·s du groupe « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen ».

Saint Gratien, le 12 juillet 2023

Monsieur le maire,

Nous faisons suite aux destructions subies par le centre Camille Claudel dans la nuit du 29 au 30 juin 2023.

Nous déplorons les dégradations qu’a subi le centre culturel et nous espérons que les auteurs seront identifiés par la police pour que la justice puisse passer.

Le centre Camille Claudel est l’un des rares lieux où les habitants des Raguenets peuvent se réunir et exercer une activité de loisirs. Le centre héberge aussi une halte-garderie. Il est fréquenté par beaucoup de Gratiennois et Gratiennoises.

À la rentrée nombre d’associations de la ville risquent de se retrouver en difficulté si elles ne peuvent proposer à leurs adhérents des créneaux pour leur activité.

Idem pour les parents qui jusque-là confiaient leurs enfants à la halte-garderie.

Aussi nous voudrions savoir si la ville de St Gratien a déposé un dossier pour l’attribution d’une aide d’urgence à la reconstruction, aide dont la mise en place a été annoncée par le département, la région et l’État ? Les deux premiers ayant débloqué 10 et 20 M€.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, monsieur le maire, à nos sentiments respectueux.

Stéphane BAUER et Isabelle VOLAT

Quelques infos ci-dessous sur les aides éventuelles que les communes pourraient solliciter en vue de la reconstruction des équipements publics dégradés ou détruits. 

Emeutes : le département du Val d’Oise annonce une aide aux communes de 10 millions d’euros | VOnews/vià95

Violences urbaines : l’Ile-de-France va débloquer 20 millions d’euros pour aider à réparer les biens publics (francebleu.fr)

Sénat : Reconstruction des bâtiments à la suite des émeutes

Après les émeutes, Macron annonce une loi et des aides financières pour reconstruire – Le Parisien

Sénat : Reconstruction des bâtiments à la suite des émeutes (exposé des motifs)

Le maire-chanteur

Au Blanc-Mesnil, le maire supprime les festivités pour prétendument payer les dégradations dues aux émeutes.

À Saint Gratien, le maire « va plus loin » selon la journaliste de France Inter, en faisant appel à la délation dans le quartier populaire des Raguenets, sous peine de ne pas reconstruire le centre culturel détruit.

Notre réaction, par la voix de Stéphane Bauer, élu communiste est à écouter ici à partir de 40 secondes :  c’est le premier titre du journal du 13  juillet sur France Inter.

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-7h30

« C’est complètement du chantage. C’est stigmatisant, discriminant. C’est rendre co-responsable l’ensemble des habitants alors que ce sont eux les premiers pénalisés ! » souligne Stéphane Bauer.

Qu’avons-nous raté ?

Retour sur les récentes émeutes au prisme des conclusions du cabinet Solving Efeso sur « les facteurs de succès du vivre ensemble à St Gratien »

La semaine passée au Sénat, Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice LR, s’est interrogée et a interrogé le Ministre de l’intérieur sur les raisons des récentes émeutes :

« Il y a des jeunes dans nos quartiers pour lesquels probablement des choses ont été ratées. »

Parmi les choses ratées, probablement des éléments que le cabinet Solving Efeso – qui avait été retenu par la ville en 2010/2011 pour animer des ateliers avec les habitants et publier un rapport qui comprenait un chapitre « Vivre ensemble » – avait pointé…

Les ateliers et le rapport couvraient plusieurs thématiques dont :

Voici les préconisations qu’avait faites le cabinet Solving Efeso à St-Gratien en 2011, au terme des ateliers agenda 21, tenus entre autres au centre Camille Claudel :

  • L’urbanisme a également des répercussions importantes en matière sociale.
  • Une attention constante doit donc être portée à la mixité sociale et fonctionnelle et à son évolution dans le temps pour contrecarrer la ségrégation spatiale et la concentration des problèmes économiques et sociaux dans les quartiers les plus sensibles.
  • Les choix urbanistiques doivent concourir à favoriser un accès égal aux services, au logement, aux équipements et aux modes de transport.
  • Ils doivent également encourager les rencontres entre habitants, le brassage des populations et prévenir les inégalités sociales et écologiques.
  • Ils doivent aussi privilégier les équipements collectifs alternatifs favorables à l’environnement, tels que les transports collectifs ou les modes de déplacement doux ainsi que l’accès aux énergies renouvelables.

Source : rapport du cabinet Solving Efeso suite aux ateliers Agenda 21 de Saint Gratien avril 2010 – déc. 2011

Et si dans ces éléments ci-dessus il y avait des réponses à la question de Mme Eustache ?

Stéphane Bauer

Liberté, fraternité… inégalités ! (5)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

Banlieues. « La réalité, c’est que dans presque tous les domaines, on dépense moins pour les habitants des quartiers difficiles que pour les habitants des quartiers plus favorisés.  Dans la réalité, ce ne sont pas des quartiers prioritaires » : un éditorialiste de BFM TV rappelle les difficultés dans les banlieues défavorisées.

Un rappel salutaire, réalisé de façon inattendue par… Emmanuel Lechypre, la caricature de l’éditorialiste économique. Sur le plateau d’Apolline Matin sur BFM TV/RMC ce 4 juillet 2023, Emmanuel Lechypre ne joue pas au chien de garde de l’ordre néolibéral. Chiffres à l’appui, l’éditorialiste explique à quel point les quartiers défavorisés sont laissés à l’abandon par la République depuis des décennies.

Le constat est accablant. Les chiffres rappellent combien la « normale » est insupportable pour les habitants des banlieues défavorisées. Sans justice sociale, rien ne changera.

« [La situation économique] est bien plus compliquée pour les 7,5% de la population qui vivent dans ces quartiers que pour le reste du pays », commence Emmanuel Lechypre, éditorialiste sur BFM TV et RMC. « Le taux de chômage y est deux fois plus élevé : 45% des jeunes n’ont pas d’emploi, 4 habitants sur 10 n’ont aucun diplôme, c’est deux fois plus que la moyenne nationale. Le taux de pauvreté est trois fois plus élevé que dans l’ensemble du pays. ».

Rien n’a été fait depuis toutes ces années ? « Il y a quand même eu 100 milliards d’euros qui ont été versés depuis 40 ans », rappelle la journaliste Apolline de Malherbe. La réalité est plus complexe. « La réalité est que c’est moins de 1% du budget de l’État. La réalité, c’est que dans presque tous les domaines, finalement, on dépense moins pour les habitants des quartiers difficiles que pour les habitants des plus favorisés », insiste Emmanuel Lechypre.

Pour appuyer son propos, l’éditorialiste cite… l’institut Montaigne, « pas un repère de dangereux gauchistes », souligne-t-il. En effet, les banlieues les plus défavorisées du pays ne sont pas forcément celles qui reçoivent le plus de transferts sociaux : 6 100 euros par an contre 6 800 euros pour l’ensemble des Français.

L’éditorialiste continue de citer de nombreux chiffres, dressant une situation accablante dans à ces endroits : deux fois moins de professionnels de santé pour 100 000 habitants, 40% de ces banlieues n’ont pas de crèches avec deux fois plus de familles monoparentales, 40% de bibliothèques en moins par habitant, trois fois moins d’équipements sportifs que pour les autres habitants. « Et c’est dans ces quartiers avec pourtant le plus de difficultés scolaires que les enseignants sont les plus jeunes et les moins expérimentés », insiste l’éditorialiste.

« Quand on dit que ces quartiers sont des quartiers prioritaires sur le papier, c’est faux en réalité », Emmanuel Lechypre BFM TV 4 juillet 2023

Source : https://twitter.com/RMCInfo/status/1676108327141404672

Stéphane Bauer

Photos du blog, les Raguenets

À suivre…

Français de préférence…

Décidément, la ville de Saint Gratien aura défrayé la chronique et fait la « une » de nombreux médias ces derniers jours.  Jusqu’à « l’Humanité », dont je partage ci-dessous l’éditorial du lundi 10 juillet 2023. Le tout pour une bien mauvaise cause : les discours atterrants de J. Eustache-Brinio, ainsi que les menaces par le maire J. Bachard, de non-reconstruction du centre Camille Claudel, faute de dénonciation par les habitants des responsables de l’incendie. Deux tristes exemples de la boussole perdue des « Républicains ». Nous ne sommes pas les seuls à nous en alarmer à Saint Gratien.  

Éditorial de l’Humanité ; lundi 10 juillet 2023 ; par Maud Vergnol (les gras sont du blog)

« Ils sont comment français ? » Cette phrase d’une bêtise abyssale, lâchée par une sénatrice LR, en dit long du climat actuel, du discours décomplexé de la droite extrême et ses diatribes fumeuses sur la « nationalité faciale » et autre « régression ethnique ». Il existerait donc deux types de citoyens, l’un, « Français de souche », à protéger de l’autre, ce « comment français ? » (comprendre noir ou arabe). L’expression « Français de papier » avait déjà été utilisée par Valérie Pécresse, la candidate dite des « Républicains », en 2022. À l’origine, la formule serait apparue dans la Libre Parole, le journal antisémite d’Édouard Drumont. Elle désignait alors les juifs d’origine étrangère.

« Nul ne semblait vous voir Français de préférence », écrira Aragon dans l’Affiche rouge.

Une puissante vague xénophobe et raciste est en train d’éroder les principes fondamentaux de notre République. Au premier rang desquels l’égalité des droits, pourtant gravée dans le marbre du préambule de notre Constitution par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Des textes que semblent avoir oubliés les macronistes, qui se permettent pourtant de distribuer des brevets de « bons républicains » et les confisquer aux organisations politiques qui manifestent (quel outrage !) contre les violences policières. Pourtant, l’ONU vient à nouveau ce week-end de taper sévèrement sur les doigts de la France, lui recommandant de « s’attaquer en priorité aux causes structurelles et systémiques de la discrimination raciale », notamment au sein de la police. Elle relève la pratique d’un « profilage racial dans les opérations de police, les contrôles d’identité discriminatoires ». Des propos jugés « excessifs » par le Quai d’Orsay.

Ce déni, tout comme la seule réponse du pouvoir d’un « retour à l’ordre » par une justice expéditive et une surenchère sécuritaire, mènera à la catastrophe. Tant que les discriminations, le racisme et les inégalités sociales perdureront, la marmite va continuer à bouillir. Et ne débordera pas forcément du bon côté. Incapable de relever les immenses défis sociaux et écologiques du moment, le néolibéralisme, qui fait commerce de ces haines, a déjà choisi son camp.

Notre réponse au maire de Saint Gratien

Élu·e·s du groupe « SaintGratien Solidaire Écologique et Citoyen », nous répondons à la lettre du maire aux habitants des Raguenets (StGratien 95).

« Laisser faire la policejustice ! » : c’est ce qu’avait préconisé le maire, il y a quelques mois lorsque des habitants des Raguenets se plaignaient en réunion de quartier, des trafics de drogue qui nuisaient fortement à leur vie quotidienne..

« Laisser faire la policejustice ! », c’est ce qu’avait répondu le maire quand des habitants étaient venus en réunion de quartier dénoncer des désordres et possibles trafics de drogue sur le parking Hémonnot…

« Laisser faire la policejustice ! » avaitil dit, lorsqu’on a attiré son attention en Conseil municipal sur des véhicules stationnés chaque soir, avec des passagers à bord, le long du centre Fossiez, certainement pas pour y faire du macramé...

.. Alors quelle mouche a donc piqué le maire, quand il pointe un quartier tout entier et met dans la balance la délivrance d’information sur l’identité des émeutiers en échange de la reconstruction du centre Camille Claudel ?

La Ligue des Droits de l’Homme a réagi et a trouvé « inadmissible d’inviter les habitants à la délation pure et simple ».
«  Que la police fasse son travail, on ne doit pas mélanger les genres »
« 
On ne doit pas forcer les habitants à désigner des coupables. Et on peut imaginer la situation difficile des parents visàvis des enfants. Là, ça ne peut qu’envenimer les tensions dans le quartier. Il faut un appel au calme, plutôt qu’une incitation à maintenir cette situation de violences. »

Autre contradiction dans la lettre du maire : comment les habitants pourraient faire mieux que lui, qui nous a avoué, alors qu’on s’enquerrait de la situation, qu’ « ils étaient tous habillés de noir et cagoulés » ?

Contrevérité dans la lettre du maire aux habitants du quartier des Raguenets, quand il écrit : « Nous avons même souvent dépensé plus d’argent et plus de temps pour ce quartier que pour les autres quartiers de la ville pour qu’il soit agréable d’y vivre »

Sauf que les chiffres des budgets sur les 10 dernières années disent l’inverse !

La ville de StGratien a investi sur les 10 dernières années, de 2014 à 2023 : 373 par habitant dans le quartier des Marais (4 000 habitants) ; 590 par habitant dans le quartier des Raguenets (6 000 habitants) ; et 1 512 par habitant dans l’ensemble du reste des quartiers de la ville (10 000 habitants) 

Et si une partie du problème était de ce côtéci ?

Au Conseil municipal nous avons suggéré, lors d’un échange sur les familles mono parentales et les besoins que nous identifions, que la ville de StGratien développe l’accompagnement des familles dans l’aide aux devoirs (mesure du Programme n°4 du Plan Borloo 2018) en s’inspirant de sa voisine Ermont qui organise dans des locaux municipaux, en plus de l’étude du soir, un encadrement à l’appui d’associations. Nous avons souligné les carences des conseils en orientation, à la fois au collège et au lycée.
Nous avions aussi relancé la ville sur la scolarisation des enfants de moins de 3 ans (un des points du programme n° 3 du plan Borloo 2018), facteur d’intégration.

Réponse du maire et de la sénatrice : « L’aide aux devoirs est déjà organisée par les enseignants [bah non !]. Il y aura bientôt un C.I.O à StGratien [quand ?]. En dessous de 3 ans les enfants ne sont pas propres [sic] »

De son côté, la sénatrice, de son côté, s’est lâchée au Sénat : « Ils sont français mais comment ? »

Quand avant même de prendre le temps de l’analyse, tout un camp désigne l’immigration comme seule et unique cause des émeutes...

« Jacques Chirac peut se retourner dans sa tombe, lui qui avait dit, en novembre 2005, que « les enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, sont tous les filles et les fils de la République. » (France Inter)

Il ne s’agit plus de déborder le FN sur sa droite : lundi dernier, parmi les conseillers municipaux de la majorité appelés à poser sur le perron de la Mairie de StGratien, figurait le conseiller régional IDF du FN 95

Stéphane Bauer, Isabelle Volat, élu·e·s à Saint Gratien

Annexe : Investissements de la ville de 2014 à 2023

 

 

Liberté, fraternité… inégalités ! (4)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

Depuis l’enterrement du plan Borloo en 2018, l’action d’Emmanuel Macron en direction des quartiers populaires est souvent considérée comme un angle mort de sa politique.

 « Le quinquennat précédent a été celui du ‘stop-and-go’ entre les quartiers et le gouvernement », avait estimé un rapport d’information sénatorial en juillet 2022. Selon ses autrices, « les coups de frein et d’accélérateur se sont succédé sans constance et sans boussole ».

La présidence d’Emmanuel Macron s’était ainsi ouverte par des coupes dans le budget de la politique de la ville, suscitant l’ « appel de Grigny » lancé en octobre 2017 par une centaine de maires. Après cette mobilisation, le chef de l’État avait confié à Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville, l’élaboration d’un plan de mobilisation nationale en faveur des quartiers. Avant d’enterrer aussitôt son rapport en mai 2018.

Emmanuel Macron « a relancé l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), qui faisait du surplace », souligne Hakim El Karoui, chercheur associé à l’Institut Montaigne et auteur de deux rapports sur les quartiers populaires en 2020 (avec Olivier Klein) et 2022, dont le budget a été porté « de 5 à 12 milliards d’euros par rapport à 2017 ».

Dans le budget 2023, les crédits spécifiques à destination des 1.514 quartiers prioritaires (quartiers politique de la ville, QPV) ont, eux, progressé de 5,3 % par rapport à ceux ouverts en 2022 dans les lois de finances initiale et rectificative, à près de 600 millions d’euros.

Mais, d’après lui, « l’État a mis trop d’énergie dans la rénovation des bâtiments et pas assez dans l’accompagnement des habitants ».

Dans les rangs des élus locaux, on salue des avancées. « Pour l’ANRU, la machine s’est débloquée. Les équipements sportifs sortent et c’est très bien. Les cités éducatives [une mesure préconisée par le rapport Borloo, NDLR] sont utiles », souligne Philippe Rio, le maire communiste de Grigny (Essonne). Mais, affirme-t-il, « il n’y a plus rien depuis le CIV (comité interministériel des villes) de janvier 2021 ».

« Il n’y a pas une véritable stratégie », abonde Gilles Leproust, président de l’association des maires « Ville & Banlieue » et maire (PCF) d’Allonnes, près du Mans, qui parle d’un « rendez-vous manqué du président de la République avec les élus et les habitants des QPV ».

Les élus locaux disent aussi rester dans le flou sur le plan « Quartiers 2030 » promis par Emmanuel Macron, même si celui-ci a évoqué plusieurs perspectives lors de son récent déplacement à Marseille, comme l’accueil de tous les collégiens de 8 heures à 18 heures dans les QPV d’ici à 2027 ou l’objectif de 100.000 nouveaux entrepreneurs accompagnés dans les quartiers à ce même horizon.

Laurent Thévenin, Les Échos, 2 juil. 2023

Source : https://www.lesechos.fr/politique-societe/regions/les-emeutes-urbaines-relancent-les-questions-sur-la-politique-de-la-ville-1958128

 Stéphane Bauer

Illustrations : les Raguenets, photos du blog

À suivre… 

Liberté, fraternité… inégalités ! (3)

Après les émeutes de ces derniers jours, certains politiques stigmatisent les populations des banlieues, ne voyant de solutions que dans des dispositifs sécuritaires et répressifs à outrance. Mais quelle est la réalité de ces quartiers ? L’État y a-t-il réellement investi, pour quels résultats ?

La suite…

Si l’État porte une attention particulière aux villes de banlieues, c’est aussi pour compenser le manque de moyens de collectivités moins bien dotées que les autres, puisqu’elles encaissent moins d’impôts locaux.

Tordons tout de même le cou à l’idée que l’État en fait beaucoup plus pour les « quartiers prioritaires » que pour le reste du territoire. Les services publics y sont dégradés, quand ils ne sont pas inexistants, alors que la situation sociale y est bien pire qu’ailleurs. Le taux de chômage y est 2,5 fois plus élevé que la moyenne nationale, le taux de pauvreté trois fois plus élevé, et un quart des 16-25 ans y sont désœuvrés (ni en formation ni en emploi). Et si l’État y porte une attention particulière, c’est aussi pour compenser le manque de moyens de collectivités moins bien dotées que les autres, puisqu’elles encaissent moins d’impôts locaux.

Source : https://www.marianne.net/politique/macron/emeutes-il-ny-aura-pas-un-enieme-plan-banlieues

Des moyens qui corrigent à la marge un système structurellement défavorable

Les budgets de la politique de la ville sont bien trop limités pour compenser les inégalités de traitement résultant des autres politiques publiques.

Les moyens de la politique de la ville corrigent tout au plus à la marge un système d’allocation des ressources publiques structurellement défavorable aux banlieues populaires.

Une analyse purement comptable ne préjuge guère au demeurant de l’usage effectif de ces ressources par les habitants, dans un contexte de non-recours aux droits et de possible inadéquation entre l’offre institutionnelle et la demande des habitants.

La prétendue « discrimination positive » au bénéfice des habitants des banlieues populaires tient davantage de la fake news que d’une réalité attestée par les travaux scientifiques et d’évaluation.

La propagation du mythe de la banlieue devenue un « tonneau des Danaïdes » pour les finances publiques traduit en fait une profonde délégitimation de la politique de la ville.

Cette délégitimation s’inscrit dans le contexte de mise en concurrence systématique des banlieues populaires avec les territoires de la France dite périphérique, popularisée par Christophe Guilluy. Sa vision binaire et simpliste des dynamiques territoriales et des divisions sociales de l’espace a installé l’idée selon laquelle les minorités ethniques ou raciales des centres urbains bénéficieraient d’un traitement plus avantageux que ceux de la « France périphérique », vaste conglomérat rassemblant indistinctement les espaces ruraux, le tissu périurbain et les villes moyennes, dont les problématiques ont été mises en lumière par le mouvement des « gilets jaunes ».

Alors qu’elle est sous-dimensionnée pour répondre aux enjeux de la ségrégation urbaine, la politique de la ville est ainsi devenue le bouc émissaire d’une rhétorique identitaire qui mobilise des catégories territoriales pour parler d’enjeux raciaux.

Source : https://publish.reddit.com/embed?url=https://www.reddit.com/r/france/comments/l97tpr/comment/glgny1q/

Stéphane Bauer

Illustrations : les Raguenets, photos du blog 

À suivre…