Titanic

Nous partageons cet éditorial de l’Humanité du jour…

Lundi 8 septembre : Vivre cette journée c’est comme regarder le Titanic.  

On sait déjà que ça finit par un naufrage. Seul François Bayrou fait comme s’il n’avait pas lu le scénario. « À quoi ça sert d’abattre le gouvernement ? », s’interrogeait encore hier le premier ministre lors de sa énième interview de la semaine, ajoutant pour faire bonne mesure qu’« on peut ne pas être d’accord sur telle ou telle mesure, mais ce n’est pas une raison ».

Sauf qu’en l’occurrence les désaccords que pointeront les députés de gauche cet après-midi portent sur le cap austéritaire et non pas seulement sur le détail de quelques mesures, elles-mêmes par ailleurs insupportables. Sabrer dans le remboursement des soins, les jours fériés, les postes de fonctionnaires… le projet de budget de l’exécutif a une cohérence de classe : nous présenter la facture de la dette creusée à grands coups de cadeaux fiscaux aux grosses fortunes et de quelque 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises sans contrôle ni contrepartie.   

Quant au RN, malgré les mains tendues dans la semaine écoulée avec l’examen express d’un décret corsetant l’Aide médicale d’État, il espère tirer son épingle du jeu de la crise pour s’imposer, chargeant les immigrés pour mieux épargner grands patrons et autres actionnaires. Même une partie de LR, dont le patron Bruno Retailleau est pourtant ministre de l’Intérieur, pourrait se désolidariser.

Bref, sauf coup de théâtre de dernière minute, le premier volet de la trilogie qui nous attend est déjà écrit, reste l’épisode 2 Macron contre-attaque et le 3, plus déterminant encore, le retour du mouvement social.

Julia Hamlaoui, Cheffe du service Humatinale

13 réflexions sur “Titanic

  1. Avatar de travelerinquisitively61a72dcbac travelerinquisitively61a72dcbac

    Bonjour, c’est triste de savoir qu’une histoire se termine par un naufrage sans n’avoir rien tenté pour l’éviter (je reste persuadé qu’un gouvernement de compromis est possible et que c’est la seule solution qui nous évitera les extrêmes). A part cela…. Bravo pour les articles sur Andromède. Merci pour votre soutien dans le domaine du patrimoine. On me partage pas toujours les mêmes idées, mais je ne peux que vous féliciter pour vos posts qui sont toujours très intéressants.

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  2. On ne déteste pas toujours les lundis

    par Catherine Tricot

    Ce lundi 8 septembre est tout à fait étrange. Il flotte comme un moment suspendu avant le gros temps. Ce sera un jour de bascule. Car ce qui va se passer dans l’hémicycle est déjà connu ; la seule incertitude porte sur l’ampleur du désaveu que va subir le premier ministre et qui conduira inéluctablement à la chute du gouvernement.

    Il ne s’agit pas d’un épisode de plus dans l’affaissement du pouvoir d’Emmanuel Macron.

    La différence, cette fois, est la conjonction entre l’impasse politique et les vives attentes et inquiétudes d’un peuple qui semble vouloir se faire entendre.

    On le croyait assommé par l’échec de la bataille contre les retraites, il a ressurgi en juin et juillet 2024 en envoyant la Macronie dans les cordes.

    On le croyait désabusé et il a signé en masse, spontanément, la pétition pour refuser de tout sacrifier aux betteraviers.

    François Bayrou a eu beau asséner les pires prédictions pour le pays, têtu, ce peuple n’a pas voulu que deux jours de bonheur et de liberté lui soient retirés après avoir perdu deux années de retraite heureuse.

    Cet été, le rapport des sénateurs en a ajouté une couche : ainsi donc, 211 milliards sont déversés aux entreprises sans exigences quand le RSA ou les indemnités chômage sont liés à des efforts vérifiés avec scrupule.

    Le peuple se donne rendez-vous à lui-même, mercredi 10 et jeudi 18. Nul ne sait ni l’ampleur ni vraiment ce qu’il va se passer : cela aussi est le signe d’une profonde nouveauté d’où tout peut sortir.

    Car il y a de l’insupportable dans cette situation si incroyablement inégalitaire et inquiétante. Et il y a de l’attente non pour de pauvres arrangements mais pour une autre politique. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen l’ont bien perçu et, ce week-end, ils ont tonné et livré deux discours de candidat à la fonction présidentielle. 

    Mordante, Marine le Pen a rappelé que François Bayrou avait voté tous les budgets depuis huit ans.  Il a cru acheter l’abstention des députés RN parce que, elle, Marine Le Pen, était inéligible ? Mais non, assurait-elle, elle ne mange pas de ce pain-là. Et elle annonce vouloir encore et toujours ses quatre mesures d’extrême droite : contre les aides aux étrangers, contre les agences de l’État, contre la fraude – pas question ici de l’optimisation fiscale, cette fraude légale en col blanc –, contre la contribution au budget européen. Forte d’intentions de vote très élevées, elle propose un débouché politique à la colère : son élection. Et elle demande donc le départ au plus vite de celui qui est la cause de la situation : le président.

    À la braderie de Lille, devant un sobre fond de scène bleu-blanc-rouge, Jean-Luc Mélenchon a retrouvé ses accents de révolutionnaire français :

    Il a puisé dans l’histoire du pays les précédents qui donnent de la force et de la fierté avant la bagarre. Il a rassuré : non, la dette n’est pas un cataclysme, ne vous laissez pas impressionner.

    Moins précis que Marine Le Pen, il n’a pas détaillé un programme mais affirmé un projet : tout changer. Tous les mots n’étaient pas là : on n’entendit pas ce qu’il voulait faire avec cette Europe avilie. Mais ceux qui furent prononcés sonnaient juste, quand il affirmait que l’heure n’était pas au compte d’apothicaire, un milliard placé ici, un milliard déplacé là.

    Il a parlé de la France, du bonheur et du vivant.

    Mais il y avait un trou béant dans son discours : la politique. On fait comment pour écrire cette autre page ? Il a agoni et moqué ses partenaires, hier encore si chéris. Alors, lui et les insoumis, seuls, vont régler la question ? Qui peut le croire ?

    On est prévenu : il faudra et il y aura un débouché politique à ce moment de rejet et de colère. Si la gauche n’est pas au rendez-vous… le RN, lui, est prêt.

    Catherine Tricot

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  3. Avatar de Julia Hamlaoui Julia Hamlaoui

    C’est donc une première dans l’histoire de la Ve République : François Bayrou a été défait par 364 voix contre 194 lors du vote de confiance.

    Une chute annoncée, que certains de ses alliés n’ont pas pris la peine d’amortir.

    Au contraire, des voix du « socle commun » ayant fait défaut. Parmi tous les scénarios possibles pour la suite, l’Élysée a rapidement annoncé son choix : après avoir reçu la démission du locataire de Matignon aujourd’hui, « le président de la République nommera un nouveau premier ministre dans les tout prochains jours », a fait savoir le Palais.

    Mais qui ?

    Acculés au parlement et contestés dans la rue, les macronistes se prennent tout de même à rêver tout haut d’un « négociateur chargé de réunir les forces politiques représentées à l’Assemblée nationale pour bâtir un accord d’intérêt général », selon les termes de Gabriel Attal, ou à tout le moins d’un premier ministre « capable de négocier avec les socialistes, sans fâcher les LR », dixit Jean-René Cazeneuve. Avec un objectif : maintenir encore et toujours la même politique au pouvoir. Reste que Bruno Retailleau exclut ferment de travailler sous un patronage socialiste.

    Quant au PS, « disponible » pour Matignon, s’il renouait avec les affres de la Hollandie, qui lui ont tant coûté, la rupture serait consommée avec toute la gauche. Si les communistes et les écologistes appellent, eux aussi, à la nomination d’un premier ministre de gauche, c’est pour conduire une politique de justice fiscale, sociale et écologique, un vrai changement de cap. C’est aussi ce qu’attendent les Français décidés à « tout bloquer » demain et ceux qui feront grève le 18 septembre…

    Suivez la suite des événements, toute la journée, sur notre direct sur l’Humanite.fr et retrouvez le reste des infos qui font l’actu de ce mardi. À commencer par la Global Sumud Flotilla qui dénonce une attaque de drone dans la nuit sur l’un de ses bateaux en route pour Gaza…

    Julia Hamlaoui,
    Cheffe du service Humatinale

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  4. Le PS n’a rien appris, LFI en embuscade

    par Pablo Pillaud-Vivien

    Conjuguée à la défiance sociale, la chute de François Bayrou ouvre une crise politique majeure. Pour Jean-Luc Mélenchon, elle représente un « triomphe du peuple », conséquence immédiate de la mobilisation sociale. Au Parti socialiste, l’heure est à la recherche d’une solution institutionnelle.

    Hier, Olivier Faure s’est à nouveau déclaré prêt à devenir premier ministre. Ce matin sur France Inter, il réservait sa réponse sur la censure d’un nouveau gouvernement macroniste. Les socialistes sont pris entre la volonté de gouverner et leur refus du saut dans le vide. Le PS paye de n’avoir pas fait son aggiornamento et semble comme empêché intellectuellement. Ils continuent de valider les présupposés des années Hollande-Macron et n’osent toujours pas penser en dehors du cadre.

    Certes, les socialistes veulent davantage de justice fiscale mais valident le cap des 3% de déficit au détriment d’une réflexion sur les investissements nécessaires pour les services publics, la transition écologique et l’égalité des territoires. Ils lient augmentation des salaires au « poids du coût du travail » en proposant la baisse de la CSG. Ils alimentent le discours ambiant sur l’État obèse. Hier, sur France Info, Romain Eskenazi, porte-parole du PS, assumait la non-censure du budget Bayrou au nom des « deux pages de mesures » arrachées. La disproportion dit tout de la faiblesse de l’analyse sur ces neuf derniers mois. 

    Olivier Faure mesure le danger qu’il résulterait d’un nouvel échec de la gauche au pouvoir. Il redoute également toute idée d’alliance avec la Macronie, voyant que cette confusion, tournant à la collusion, ouvrirait un boulevard au RN. Mais il ne sait résoudre le terrible paradoxe, faute d’un parti uni et d’une alliance solide avec ses partenaires sur un projet à la hauteur de l’époque.

    Jean-Luc Mélenchon a prévenu : pas question de soutenir une « grande coalition » avec les macronistes, pas question d’accompagner un programme d’austérité, fût-il en solde. Le PS se projette à Matignon sans les insoumis. Mais il se heurte à un mur politique : La France insoumise est aujourd’hui la force la plus dynamique à gauche. Aucun gouvernement progressiste ne peut se permettre de l’avoir contre lui, sauf à se déporter franchement à droite et à décevoir. Si Olivier Faure choisit cette voie, il trouvera face à lui l’opposition frontale des insoumis et de bien de ceux qui vont « tout bloquer » demain, avec deux conséquences certaines : un affaiblissement de la gauche dans son ensemble et, plus encore, un affaiblissement du PS lui-même.

    Les insoumis font le pari de s’appuyer sur le peuple et de provoquer un retour aux urnes qu’ils espèrent gagnant. Ils se disent prêts, avec un programme foisonnant et un candidat aguerri : Jean-Luc Mélenchon. Mais ils peinent à convaincre d’être la perspective : la gauche affaiblie, divisée, perd son crédit. Nul ne croit qu’un candidat insoumis seul peut réunir 50% des Français. Marine Le Pen le dit avec davantage de force et ça fait peur.

    Chaque ambiguïté socialiste, chaque isolement insoumis, chaque incapacité collective de la gauche à proposer une alternative fait mécaniquement le jeu du pire.

    Pablo Pillaud-Vivien

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  5. Avatar de Sébastien L Sébastien L

    Sébastien Lecornu nommé Premier ministre, colère des oppositions

    Emmanuel Macron a choisi parmi ses plus fidèles, en la personne de son ministre des Armées Sébastien Lecornu, après la chute du gouvernement Bayrou. Il devra trouver un accord politique sur le budget avant de constituer son gouvernement, ce qui semble loin d’être gagné

    Assemblée Nationale

    Syndicats

    Le ministre des Armées Sébastien Lecornu, photographié à l'Elysée lors d'un sommet européen.
    Le ministre des Armées Sébastien Lecornu, photographié à l’Elysée lors d’un sommet européen. (Ludovic MARIN/AFP)

    Par Les Echos

    Publié le 9 sept. 2025 à 07:35Mis à jour le 9 sept. 2025 à 20:58

    L’Assemblée a tranché, le gouvernement de François Bayrou a été renversé. Le Premier ministre a remis sa démission à Emmanuel Macron en début d’après-midi. Le président a « pris acte » de la chute du Palois et a déjà désigné son successeur.

    Pour lui succéder, Emmanuel Macron a choisi parmi ses plus fidèles, en la personne de son ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Ce sera le cinquième chef du gouvernement depuis le début du quinquennat en 2022. Inédit dans une Ve République longtemps réputée pour sa stabilité, mais entrée dans une crise sans précédent depuis la dissolution en juin 2024. Après l’annonce de l’Elysée, les réactions se succèdent.»

    20h48 – Le PS rejette la nomination de Sébastien Lecornu

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  6. Avatar de Marine T. Marine T.

    Dans un communiqué, le parti dirigé par Olivier Faure «prend acte» de la décision du président de la République, qui «s’obstine donc dans une voie à laquelle aucun socialiste ne participera. Celle qui a conduit à l’échec et au désordre et qui aggrave la crise, la défiance et l’instabilité».

    A la veille du mouvement «Bloquons tout», Emmanuel Macron «prend le risque de la colère sociale légitime et du blocage institutionnel du pays», estime-t-il. «Sans justice sociale, fiscale et écologique, sans mesures pour le pouvoir d’achat, les mêmes causes provoqueront les mêmes effets».

    20h38 – Edouard Phillipe loue le sens du dialogue de Sébastien Lecornu

    Le nouveau Premier ministre a « les qualités» pour «discuter» et «trouver un accord» avec les autres partis, selon son prédécesseur Edouard Philippe, invité du JT de TF1.

    20h33 – Fidèle du président, Sébastien Lecornu est attendu au tournant

    Si sa proximité avec Emmanuel Macron lui a permis d’être propulsé à Matignon, elle le leste d’un handicap lourd pour doter la France d’un budget d’ici à la fin de l’année. Au sein même de la Macronie, le nouveau Premier ministre est attendu au tournant.Lire aussi :

    Sébastien Lecornu, le moine-soldat de Macron propulsé Premier ministre

    20h27 – Bruno Retailleau tend la main à Sébastien Lecornu

    Le chef des Républicains souhaite « trouver des accords » avec Sébastien Lecornu, qu’il a côtoyé au gouvernement. « Je crois qu’il y a la possibilité de construire un projet qui satisfasse ce que j’appelle la majorité nationale », a-t-il ajouté, « se félicitant » qu’un Premier ministre socialiste n’ait pas été nommé.

    20h18 – « Une triste comédie », pour Jean-Luc Mélenchon

    Le leader de La France Insoumise a vivement réagi sur X après l’annonce de la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon. « Seul le départ de Macron lui-même peut mettre un terme à cette triste comédie du mépris du Parlement, des électeurs et de la décence politique », a-t-il écrit.

    La patronne des Ecologistes Marine Tondelier a dénoncé de son côté sur BFMTV une « provocation » et « un non respect total des Français », estimant que « tout ça va mal se terminer ».

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  7. Avatar de Clémentine Autain Clémentine Autain

    Cher·es ami·es,

    Ultime provocation.

    Déni de réalité.

    Mépris du peuple et de la démocratie.

    Après la démission forcée de François Bayrou, Emmanuel Macron a donc nommé son clone au poste de Premier ministre. Par son choix de Sébastien Lecornu, le Président enfonce le pays plus avant dans la crise de régime.

    Je voterai la censure de ce gouvernement.

    La conduite et la reconduite du pouvoir macroniste est un abus de pouvoir révoltant. Servir les marchés et les privilégié·es est un choix politique aujourd’hui massivement rejeté. Mais nos institutions permettent à une minorité, et même à un seul homme, d’imposer sa politique.

    Macron recourt au pire de la Ve République. Il ne dispose nulle part de la moindre majorité pour le faire. Il dispose juste des pouvoirs conférés par une République à bout de souffle. Son mandat doit cesser.

    Nous devons mettre fin au décalage entre les aspirations du grand nombre et les choix politiques mis en œuvre.

    L’heure est à la justice fiscale ! C’est une réponse au chaos social et budgétaire. Les salarié·es, les classes populaires n’ont pas à payer de leur poche, de leur vie les cadeaux faits aux ultra-riches et multinationales.

    La période trouble que nous traversons, cette accélération de l’histoire appellent à la responsabilité à gauche. L’isolement des un·es ou la course à la respectabilité des autres nous éloignent du chemin de victoire.

    L’union des gauches et des écologistes est la solution. A condition qu’elle se fasse sur la base d’un projet qui change profondément le quotidien de la population. Et qu’elle soit adossée à la mobilisation populaire.

    Plus que jamais, j’y travaille. De toutes mes forces.

    Clémentine Autain

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