Le dernier dimanche d’avril est la journée nationale du souvenir de la déportation.
Cette commémoration prend cette année un relief particulier en raison du 80è anniversaire de la libération des camps nazis.
La plupart des villes de la circonscription ont organisé une cérémonie d’hommage… mais pas Saint Gratien.
Nous avons donc répondu à l’appel de Gabrielle Cathala, députée de notre circonscription, qui nous a proposé de nous retrouver pour l’accompagner dans un dépôt de gerbe ce dimanche 27 avril 2025 devant le monument aux morts de la place Gambetta.

Voici l’intervention qu’a prononcée Stéphane Bauer devant les Gratiennois présents, dont deux autres élus municipaux.
Chère députée de notre circonscription, chers collègues, ami·es, camarades, mesdames, messieurs
Cette journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, ou plus simplement la « Journée nationale du souvenir de la déportation », a été proposée par Edmond Michelet, résistant et déporté, qui est devenu ministre dans les années 50.
Cette journée est observée chaque dernier dimanche d’avril, depuis1954, pour qu’on entretienne la mémoire.
Assez étonnamment, dans notre circonscription, il n’y a qu’à St Gratien où rien n’est organisé. Pourquoi ? Nous ne savons pas !
Or, c’est un moment essentiel pour la Nation française afin de rendre hommage à ceux qui ont souffert et résisté face à la barbarie nazie. A fortiori dans cette époque qui se trouble..
Cette date du dernier dimanche d’avril a été retenue en raison de sa proximité avec la date anniversaire de la libération de la plupart des camps. Il y a 80 ans étaient libérés notamment par les soldats russes, les soldats américains, les camps de la mort.
Relisons le sobre exposé des motifs de la loi de 1954 : « Il importe de ne pas laisser sombrer dans l’oubli les souvenirs et les enseignements d’une telle expérience, ni l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents, ni les gestes héroïques d’un grand nombre parmi cette masse humaine soumise aux tortures de la faim, du froid, de la vermine, de travaux épuisants et de sadiques représailles, non plus que la cruauté réfléchie des bourreaux ».
Qu’elle est juste cette formule qui parle de « l’atroce et scientifique anéantissement de millions d’innocents ». Scientifique… la science ne protège en rien, au contraire, elle peut être mise au service du meilleur, comme elle peut l’être à celui du pire.
La déportation a bien sûr concerné au premier chef les juifs. Le système concentrationnaire, déshumanisant, s’abattit aussi sur les Tsiganes, sur des Russes, des Polonais, des Français bien sûr. Des Allemands aussi furent déportés, il faut le rappeler.
En cette journée hommage aux morts en déportation, nous souhaitions rendre hommage à des femmes et hommes victimes de la déportation, ou qui allaient être déporté·es, mais aussi à de grandes et grands résistant·es dont les noms sont sur les plaques de certaines de nos rues et nos écoles.
On pense à Berthie Albrecht, dont le principal boulevard de St Gratien porte le nom.
On pense à Danièle Casanova, dont la principale avenue de St Gratien porte le nom.
Mais aussi à Jean Moulin, dont une rue et une école aux Marais portent le nom. Il y a aussi une rue Pierre Brossolette derrière le marché. La rue derrière nous, le long de la mairie, s’appelle Gabriel Péri. Dans le parc, il y a aussi le rond-point Guy Môquet.
Plusieurs fois, nous avons demandé que leur date de naissance et de mort, et les raisons de leur mort, soient mentionnés sur les plaques de nos rues. Cela nous a été toujours refusé. Quelque chose qui reste énigmatique ici en ville.
Le 8 mai 2023, nous avons suggéré qu’un hommage soit rendu à Danielle Casanova, qui avait succombé 80 ans plus tôt du typhus au camp d’Auschwitz, il nous a été rétorqué par une membre de la majorité municipale en charge du devoir de mémoire que cela n’était pas possible. Nous étions le 8 mai. Danielle Casanova était morte un 9 mai…
Aussi, voici quelques mots en hommage plus particulièrement à Danielle Casanova et à Jean Moulin. La première est morte en déportation, à Auschwitz. Le deuxième est mort dans le train à destination de l’Allemagne.
Danielle Casanova
Le nom de Danielle Casanova a été donné dès fin 1944 à une des plus importantes avenues de Saint Gratien.
Responsable des jeunesses communistes, créatrice de l’Union des jeunes filles de France, Vincentella Perini, Danielle Casanova après son mariage, a été durant la période du Front populaire une des figures des femmes communistes.
Réfugiée dans la clandestinité à partir d’octobre 1940, elle dirigea la mise en place des comités féminins dans la région parisienne et la zone occupée. La police l’arrêta le 15 février 1942 et elle fut déportée à Auschwitz le 24 janvier 1943 dans un convoi de femmes résistantes, qui comprenait aussi Marie-Claude Vaillant -Couturier.
Marie-Claude Vaillant–Couturier, qui ensuite fut transférée à Ravensbrück, dit de Danielle Casanova que dans le camp d’Auschwitz : « Elle incarna pour nous toutes un idéal. Elle devint un symbole, et pas seulement un exemple pour les Françaises. (…) Elle savait qui avait besoin d’être aidé et comment il convenait d’aider : à l’une, des arguments politiques, à l’autre un morceau de pain, à la troisième un chant révolutionnaire ou un entretien privé. »
Le 9 mai 1943, Danielle Casanova meurt du typhus. Un cortège funèbre traverse les allées du camp sous le regard médusé des SS. Une nouvelle et dernière fois, elle aura créé l’exception.
Jean Moulin
Préfet de l’Aveyron puis d’Eure-et-Loir, refusant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint en septembre 1941 la France libre à Londres. Il est reçu par le général de Gaulle, à qui il fait un compte-rendu de l’état de la résistance en France.
Il est envoyé à Lyon par le général de Gaulle pour réunir les principaux mouvements de la Résistance française. Il crée et dirige le Conseil national de la Résistance. Il est arrêté dans la banlieue de Lyon, le 21 juin 1943 et conduit au siège de la Gestapo à Lyon, où il est torturé par Klaus Barbie et ensuite transféré à la Gestapo de Paris. Il est mort le 8 juillet 1943 dans un convoi à destination de l’Allemagne — à la suite des tortures subies préalablement.
Considéré comme l’un des principaux héros de la Résistance, il est fait Compagnon de la Libération en 1942.
Voilà pour notre hommage en cette journée nationale du souvenir à toutes les victimes et aux héros de la déportation. À une époque qui se trouble, où tout devient trouble, comme je l’ai déjà dit plus tôt.
Merci.
Il est faux de dire que Saint Gratien n’a pas rendu hommage à Danielle Casanova…
Le 9 mai 2023, un post sur le FB de la ville rappelait son engagement.
À un « détail » près… il n’était pas mentionné que Danielle Casanova était communiste… et que ce sont justement ses convictions qui lui ont coûté la vie.
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DIMANCHE 27 AVRIL 2025
Au printemps 1945, il y a 80 ans, la progression des armées alliées mettait progressivement un terme à ce qui fut l’univers concentrationnaire nazi.
Depuis quelques années, le 27 janvier, anniversaire de la libération d’Auschwitz, est devenu le symbole de la commémoration de la Shoah. Cependant cette date ne marqua ni le commencement ni le terme de la libération des camps. La fin des souffrances était encore éloignée pour tous les détenus en vie.
En effet, près de 300 000 détenus des camps de concentration périrent dans des conditions effroyables, soit plus du tiers de l’effectif encore présent dans les camps en janvier 1945. Le retour des déportés à la liberté ne peut être dissocié de ces épisodes d’évacuation, de ces « marches de la mort », ni des drames et massacres qui les ont accompagnés.
Lorsque leurs bourreaux les abandonnèrent et qu’ils furent enfin délivrés, ces déportés de toutes origines, résistants, opposants, persécutés portaient en eux les terribles séquelles des camps qui ne devaient plus les quitter. La liberté retrouvée sonnait aussi pour eux comme un abandon de leurs camarades morts en déportation.
Ce drame humain doit nous rappeler combien il est essentiel de défendre et de préserver les valeurs universelles de dignité, de liberté, de fraternité car la loi du plus fort risque, une fois encore, de bouleverser les équilibres mondiaux.
En rendant hommage à tous les Déportés en ce dernier dimanche d’avril, jour de commémoration nationale voulu par tous les survivants à leur retour, et à une période d’une singulière gravité où tout l’acquis du passé semble vaciller, nos générations qui n’ont pas connu l’horreur des camps doivent poursuivre le combat pour bâtir un monde de paix, de justice et de tolérance.
Ce message a été rédigé conjointement par
La Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP)
La Fondation pour la Mémoire de la Déportation (FMD)
L’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés et Familles de disparus – Fédération Nationale des Déportés et Internés de la Résistance (UNADIF – FNDIR)
Avec le concours des Associations de mémoire des camps.
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« Le chant des partisans » (J. Kessel-M. Druon/A. Marly) par Yves Montand – YouTube
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« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne,
Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes. »
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