Une intention génocidaire

« L’armée israélienne coche les cases d’une intention génocidaire »

Retour sur la rencontre jeudi 17 avril 2025 à l’Institut du monde arabe, avec Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal autour de leur ouvrage Palestine-Israël. Une histoire visuelle (Éd. Seuil, 2024)

« Si la cartographie n’existait pas, il faudrait l’inventer pour mieux comprendre les conflits en Palestine et en Israël. Beaucoup d’ouvrages leur ont été consacrés, mais celui-ci propose d’en raconter le déroulement à travers un très riche corpus visuel en dialogue permanent avec le texte. Comment se représenter en effet des configurations territoriales sans qu’elles ne soient figurées et explicitées ? »

Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal, rédacteur en chef adjoint au monde diplomatique et collaborateur du monde diplomatique avec Alain Gresh, retracent, d’hier à aujourd’hui, l’histoire mouvementée de cette terre dans un récit documenté, illustré par des cartes originales et éloquentes ou des archives rares, pour certaines inédites. Ils portent aussi une attention particulière aux projets non-advenus qui ont été imaginés au fil des décennies pour en finir avec la guerre. Analysant le pourquoi et le comment d’un si long affrontement, ce livre peut aider à l’appréhender, dans l’espoir d’entretenir la petite flamme, si vacillante soit-elle, d’une issue pacifique.

Sur la base d’une prise de note (Stéphane Bauer)

Débat modéré par Soumaya Benaissa, co-directrice éditoriale de Blast

– Tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023. La colonisation, l’accaparement des terres, cela fait plus d’un siècle de bataille acharnée. Cela renvoie à des périodes antérieures. L’expulsion des palestiniens de Gaza est de nouveau d’actualité [cela est repris cette semaine dans un article de Courrier International].

Le mouvement sioniste veut un état pour les Juifs. Mais aussi un état sans Palestiniens. On n’a pas assez compris cela.

L’abandon d’un autre côté des Palestiniens par les pays arabes. Les pays arabes ont sorti un plan, qui est déjà une version d’un plan de 2002.

Rappeler l’importance des puissances occidentales dans la situation d’avant 1947.

– La situation est telle, que les gens ne peuvent plus déclarer leur objectif.  On n’est plus à l’époque où Israël se glorifie de ses objectifs. En quoi 1000 morts et 200 otages justifie 50 000 morts, de fait plus de 200 000 morts selon le Lancet. Il y avait du terrorisme le 7 octobre 2023. Il y en a encore plus depuis le 8 octobre 2023.

– Les termes sont manipulés dans les médias.

On parle de mur de séparation et non de mur de sécurité. On parle de colonies juives et non de quartier juif. C’est une inversion des mots.

Nous voulions faire un livre qui prenne toute la distance nécessaire.

Même Yael Braun Pivet, Présidente de l’Assemblée Nationale, qui avait eu cette formule après le 7 octobre prend de la distance. Elle avait affirmé à la tribune de l’assemblée son soutien inconditionnel à l’État d’Israël. Depuis, elle a dit sur France Inter qu’elle le regrette.

On a cette longueur de travail. Ce livre, c’est 30 à 40 ans de travail. Le livre est sorti au printemps. On peut parler maintenant de génocide.

« Si on lit la liste des caractéristiques définissant un génocide selon l’Onu, on y est. L’armée israélienne a des intentions génocidaires. Elle coche les cases. »

– Rappelons la définition du génocide, selon la convention de l’ONU :

Le génocide[1] se définit comme l’un des quelconques actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel :

  • Meurtre de membres du groupe
  • Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe
  • Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
  • Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe

Le terme de génocide est dorénavant utilisé par Francesca Albanese, l’experte indépendante, mandatée par le Conseil des droits de l’homme, mais qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU, et 6 organisations très sérieuses aussi, dont des ONG comme Human Rights Watch (HRW), Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, mais aussi Amos Goldberg, historien israélien[2]

Le cadrage qui est donné en France dans les médias par rapport aux gens qui se déclarent solidaires des Palestiniens : c’est du jamais vu…

Le terme de génocide : derrière il y a un important travail de documentation. On va jusqu’à rechercher l’ADN des gens tués. Il y a eu le bombardement du bâtiment qui détenait les archives administratives, dont celles de l’état civil. Le bâtiment qui détenait le cadastre, les universités ont été bombardées.  L’armée israélienne coche toutes les cases. C’est un génocide, et on a des preuves.

Malgré cela on trouve des gens qui le remettent en cause.

À travers ce livre et ses cartes, l’objectif est de rendre visible ce qui est invisible. Seule la carte peut nous aider à rendre visible ce qu’on veut raconter.

Il y a une tentative d’effacer les peuples de la carte : les Bédouins dans le Neguev, les habitant·-es de Cisjordanie.

Il faut porter un regard critique sur les cartes. Et remettre au cœur de la grille de lecture, les enjeux territoriaux. On revient là au cœur du sujet.

Il faut revenir au droit international. Redéfinir les territoires au sens du droit international. Le mur d’apartheid, qui permet l’accaparement des terres, suit un objectif : la judaïsation des terres.

Concernant ce qui se passe à Jérusalem, avec le mur et avec les humiliations des Palestiniens, condamnés pour certains à déconstruire eux-mêmes leur maison par des arrêtés municipaux est une situation psychopathique pour désespérer les Palestiniens.

– C’est un nettoyage ethnique sans avoir besoin de déplacer les gens.  À Jérusalem, il y a 2 enclaves palestiniennes [le village de Shweika  et Kufr Aqab[3]] qui se retrouvent à l’extérieur du mur, mais malgré tout elles sont encore à l’intérieur de la municipalité de Jérusalem. Leurs habitants[4] payent des impôts, mais à cause du mur, ils ne bénéficient plus des services municipaux : la poste, le ramassage des ordures, l’école. Un jour, ils sont amenés à quitter les lieux, et au bout de 3 ans, selon la réglementation locale, les israéliens se prévalent de l’abandon de la terre par les Palestiniens pour accaparer le foncier…

– Une cartographie de la dispersion : le livre montre une politique d’annexion et de colonisation, très fine et programmée bien avant le 7 octobre 2023, déjà.

On est aujourd’hui à 90% de destruction du bâti à Gaza. 200 000 morts et disparus.

On est à un tournant de la politique israélienne qui peut être datés : en 2020/2021, on a des attaques et des actes de vandalisme des colons. Ils étaient moins fréquents avant, et surtout limités à des zones et ponctuelles.

À partir de 2021, avant qu’il soit trop tard, les violences se développent. Maintenant, c’est partout dans les zones A, B et même C en Cisjordanie.

Depuis le 8 octobre, il y a eu 900 tués en Cisjordanie

Fin août 2024 : 75% du bâti est inhabitable à Gaza. Aujourd’hui : 92% des structures, du bâtis et des infrastructures sont inhabitables.

On a basculé dans quelque chose d’irréversible.

On ne peut plus raisonner sur les éléments d’avant.

– L’idée qu’Israël est un état juif et un état démocratique en a pris un coup.

La majorité de la population est arabe en Israël (à 53%)… l’État ne peut donc plus être juif, comme constitutionnellement cela a été consacré il y a quelques années. Si les Palestiniens ne peuvent pas y voter, l’État ne peut plus être démocratique.

Le système ne peut plus fonctionner. La seule issue possible est l’expulsion des Palestiniens. On force les gens à la famine. Les jeunes représentent 60% de la population. Ils ne pourront pas vivre toute leur vie dans ces conditions.

Cela risque de coûter cher à Israël. Parmi nos détracteurs, parmi ceux qui ne nous comprennent pas, ils ne peuvent plus rien dire face à la situation, tellement elle est terrible.

Nous avons échangé avec nos connaissances sur place en Israël. Quand on leur dit les choses [les bombardements ; les destructions ; les exactions], elles n’y croient pas. Elles nous disent que ce n’est pas possible que seuls des monstres peuvent faire cela.

Israël a perdu tous ses votes à l’Onu. Seuls soutiens : les États-Unis, des pays dominés par l’extrême-droite et de tout petits États achetés (Argentine, Hongrie, Micronésie, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée et République tchèque…).

La dernière fois que Netanyahu est venu à l’Onu, la salle s’est vidée. 50 personnes seulement sont restées. C’est difficile pour Israël qui est acculé dans les instances internationales.

– L’issue ? On ne sait pas.

Une certitude : la dégradation de l’image d’Israël dans le monde. Il n’y a plus que 8 % des Arabes qui souhaitent une normalisation des relations avec Israël. Aux États-Unis dans les enquêtes, il y a maintenant une majorité d’Américains en faveur des Palestiniens, y compris parmi les Américains juifs.

La société israélienne part en lambeaux : 1 million d’Israéliens ont fait le choix de quitter Israël, car en raison de la politique de leur gouvernement, ils estiment ne plus être en sécurité en Israël Ils estiment que leur avenir n’est plus là.

La Ligne verte comme frontière entre deux États – Autocollant distribué en 2006 par les ONG de défense des droits humains en Israël.

Avec :

Philippe Rekacewicz, géographe, cartographe et information designer. Depuis 2006, il se consacre à la recherche en cartographie sensible et radicale, participe à diverses manifestations carto-artistiques et mène de nombreux projets internationaux. Cofondateur, avec Philippe Rivière, du site collaboratif de recherche visionscarto.net, il est, depuis 2021, chercheur et enseignant associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas).

Dominique Vidal, journaliste et historien, spécialiste des questions internationales. Il a notamment été rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique. Il dirige avec Bertrand Badie l’annuel « Le monde d’après » aux éditions Les Liens qui libèrent. Il participe aussi à La Chance pour la diversité dans les médias, une classe préparatoire aux écoles de journalisme destinée aux étudiants boursiers.

Pour aller plus loin 

Voir le site www.visionscarto.net

TRT World, extraits de guerre à Gaza les 18, 19 et 29 avril 2025 :

https://www.facebook.com/share/r/12L4PnRFiso/

https://www.facebook.com/share/v/195eVesebY/

https://www.facebook.com/share/v/18LeTYDrMp/

Journaliste palestinien

Journaliste de Libération

Débat sur LCI

Tirs près des écoles à Hébron, Cisjordanie

Pâques 2025, les forces israéliennes ciblent les fidèles chrétiens palestiniens :

RFI : La mort de la journaliste Fatima Hassouna s’inscrit « dans une technique pour perpétrer les crimes »

France 24, Gaza, plus de 50 morts dans des bombardements israéliens, Netanyahu annonce une « phase décisive »:

[1] https://www.monde-diplomatique.fr/2002/11/BRUBACHER/9625

[2] Quant à Jérusalem, Le Mur en construction isole de facto 200 000 Palestiniens de Jérusalem-est du reste de la Cisjordanie.

[3] La définition de ce terme, donnée par les Nations Unies dans l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, est adoptée en 1948.

[4] « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus »

 

7 réflexions sur “Une intention génocidaire

  1. Journalistes tués à Gaza : venez voir…

    De la colère. C’est le premier mot qui vient face au silence observé à quelques exceptions près par les médias, dont ceux du service public, sur la manifestation de solidarité des journalistes, mercredi, à l’initiative de plusieurs de leurs syndicats, de Reporters sans frontières, de la Fédération internationale des journalistes.

    Un millier d’entre elles et eux rassemblés, deux cents avec une chasuble portant le mot Press qui tombent sur les marches de l’Opéra Bastille, en plein Paris, à l’énoncé des noms de leurs confrères et consœurs de Gaza, tués dans des bombardements ou assassinés, ciblés en toute connaissance de cause, comme dans plusieurs cas précis, évoqués dans les interventions qui se sont succédé.

    De la colère, teintée de mépris aussi pour celles ou ceux qui se sont prêtés à cette loi du silence. Car il faut bien se poser et poser des questions. À quel niveau, par qui, une telle décision a été prise ? Personne, dans les milieux de la presse, ne pouvait ignorer cette initiative.

    On sait bien, avec des phrases justes, saluer la liberté de la presse, se réclamer de la carte de presse pour avoir accès aux informations que l’on cache, se mobiliser, pas toujours assez, quand des collègues sont pris en otage. Alors pourquoi l’omerta sur les journalistes de Gaza ? Il y a des silences qui touchent à la complicité. Deux cents journalistes palestiniens tués et il est des consœurs ou des confrères pour ne pas s’en émouvoir, ou bien des directives arrivent, qu’on accepte.

    Il faut interdire aux journalistes d’y entrer. Tuer ceux qui y sont. Deux cents morts. « Venez voir le sang dans les rues », écrivait Pablo Neruda au moment de la guerre d’Espagne. Il y a dans ce pays même des hommes et des femmes, des responsables politiques ou des médias qui feignent de ne pas voir.

    Ce n’est pas une question de corporatisme. Nous n’oublions pas plus de 50 000 morts. Mais précisément, fort de son pouvoir autoritaire, conforté par Donald Trump qui l’accueillait il y a quelques jours malgré le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, Benyamin Netanyahou, avec ses complices fascistes, ne veut pas que l’on voie ce qui se passe réellement à Gaza. Parce qu’à Gaza, on tue, on massacre, on affame.

    Maurice Ulrich, dans l’Humanité

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  2. Une punition collective » : pourquoi 27 élus de gauche sont interdits d’accès en Israël
    Soumya Bourouaha, Philippe Rio, Alexis Corbière, François Ruffin… Ils sont 27 à s’être vu refuser l’entrée sur le territoire israélien, dimanche 20 avril, deux jours avant leur départ. Ils dénoncent une « punition collective » et demandent à Emmanuel Macron d’intervenir.

    Les députés François Ruffin et Alexis Corbière font partie de la délégation d’élus invités par le consulat français à Jérusalem, qui se sont vus interdits l’entrée du territoire israélien.

    La gauche française jugée indésirable. À 48 heures de leur déplacement en Israël, une délégation de 27 parlementaires et élus se sont vu annuler leurs visas par les autorités israéliennes. Parmi les politiques invités par le consulat français à Jérusalem, les communistes Soumya Bourouaha, Marianne Margaté et Philippe Rio, mais aussi les députés du groupe écologiste François Ruffin, Alexis Corbière et Julie Ozenne.
    Certains d’entre eux dénoncent une « rupture majeure des liens diplomatiques à l’égard de l’État français ». Alexis Corbière, député et fondateur de l’Après, s’émeut également du silence assourdissant d’Emmanuel Macron et du ministère des Affaires étrangères, dont la réaction se fait toujours attendre : « L’Élysée devrait réagir. La France n’a pas refusé la venue de politiques israéliens. Inversement, nous devrions pouvoir faire de même. »
    « Punition collective »
    D’autant que si la gauche est radiée, l’extrême droite, elle, a eu droit au tapis rouge. En effet, les 26 et 27 mars, le gouvernement israélien a accueilli à bras ouverts Jordan Bardella et Marion Maréchal « en dépit de l’héritage de leurs partis fondés sur des discours antisémites », ajoute Alexis Corbière.
    De nombreux maires de la délégation avaient prévu de rencontrer, du 20 au 24 avril, les acteurs locaux palestiniens et israéliens. Le but : créer des ponts. « Nous étions dans une démarche de dialogue et de construction de la paix. Cette décision est une atteinte grave à la démocratie », souffle Gilles Leproust, maire PCF d’Allonnes, dans la Sarthe, à l’initiative d’une coopération avec le camp de New Askar, en Cisjordanie, depuis 2018. « Pour faire entretenir ces liens, il est essentiel de se rendre sur ces territoires. Nous devons être ainsi libres de circuler », poursuit l’édile, qui espère une nouvelle autorisation de déplacement dans les meilleurs délais.

    Si le ministère de l’Intérieur a invoqué une loi qui permet d’interdire l’entrée sur le territoire de toute personne qui voudrait « agir contre Israël », Philippe Rio émet l’hypothèse que cette « punition collective » est surtout une réponse à la volonté d’Emmanuel Macron de reconnaître en juin l’État palestinien. « Cette reconnaissance, que nous prônons depuis bien longtemps, est un bon début, admet le maire PCF de Grigny, en Essonne. Mais nous souhaitons aussi que le chef de l’État cesse son mutisme et s’exprime concernant notre impossibilité d’accès sur le territoire. Empêcher des élus et parlementaires ne doit pas rester sans conséquences. »
    Ce cas est loin d’être une première. Le 30 janvier, l’ex-vice-présidente du Parlement européen, l’Italienne Luisa Morgantini, a été arrêtée par l’armée avant d’être finalement relâchée. De nombreux journalistes étrangers, notamment la presse de gauche, ont interdiction de se rendre à Gaza ou d’accéder à certaines conférences pourtant autorisées à la presse. Pour Marianne Margaté, sénatrice communiste du groupe CRCE-K, la stratégie du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est claire : « Dresser des murs infranchissables et n’autoriser aucun regard extérieur qui irait à son encontre. »

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  3. Le Pape François a porté une voix forte et libre, pour la dignité humaine, pour les migrants, pour la paix, pour la justice, pour la planète… S’il y a eu quelques bougés et quelques gestes, il n’a pas toujours su se défaire d’une tradition conservatrice en matière de morale sexuelle et du poids du patriarcat. Mais pour beaucoup, il fut un Pape inattendu, pour ne pas dire inespéré : dans monde en proie aux replis identitaires, il a renouvelé la parole chrétienne en la réinscrivant dans la vie sociale, mettant en cause la loi de l’argent et tous les égoïsmes. Refusant les petits arrangements, il a dérangé les puissants et interrogé l’humanité avec constance. Avec tous ceux et celles qui sont tristes aujourd’hui.

    Pierre Dharéville

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  4. Voici un extrait du dernier message urbi et orbi (« à la ville et au monde ») de feu le Pape François :

    Je suis proche des souffrances des chrétiens de Palestine et d’Israël, ainsi que de tout le peuple israélien et de tout le peuple palestinien. Le climat d’antisémitisme croissant qui se répand dans le monde entier est préoccupant. En même temps, mes pensées vont à la population et en particulier à la communauté chrétienne de Gaza, où le terrible conflit continue de semer la mort et la destruction et de provoquer une situation humanitaire dramatique et ignoble. J’appelle les belligérants : cessez le feu, que les otages soient libérés et que l’aide précieuse soit apportée à la population affamée qui aspire à un avenir de paix !Jusqu’à son dernier souffle… Comme le veut la tradition, dimanche 20 avril 2025, pour la fête de Pâques, le pape François est apparu place Saint-Pierre, à Rome, pour donner de la loggia de la basilique la bénédiction urbi et orbi (« à la ville et au monde »), avant d’aller à la rencontre de la foule en papamobile.

    Ce message, même s’il n’a pas pu le lire lui-même, est le tout dernier de son pontificat, comme une ultime adresse au monde en faveur de la paix.

    Texte intégral du message :

    « Le Christ est ressuscité, alléluia ! Frères et sœurs, joyeuses Pâques !

    Aujourd’hui, l’Alléluia résonne enfin dans l’Église, se répercutant de bouche en bouche, de cœur à cœur, et son chant fait couler des larmes de joie dans le peuple de Dieu du monde entier.

    Du tombeau vide de Jérusalem nous parvient l’annonce sans précédent : Jésus, le Crucifié, « n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24, 6). Il n’est pas dans le tombeau, il est vivant !

    L’amour a vaincu la haine. La lumière a vaincu les ténèbres. La vérité a vaincu le mensonge. Le pardon a vaincu la vengeance. Le mal n’a pas disparu de notre histoire, il restera jusqu’à la fin, mais il n’a plus le dessus, il n’a plus de pouvoir sur ceux qui accueillent la grâce de ce jour.

    Sœurs et frères, surtout vous qui êtes dans la souffrance et l’angoisse, votre cri silencieux a été entendu, vos larmes ont été recueillies, pas même une seule n’a été perdue ! Dans la passion et la mort de Jésus, Dieu a pris sur lui tout le mal du monde et, dans son infinie miséricorde, il l’a vaincu : il a déraciné l’orgueil diabolique qui empoisonne le cœur de l’homme et sème partout la violence et la corruption. L’Agneau de Dieu a vaincu ! C’est pourquoi aujourd’hui nous proclamons : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! »

    Oui, la résurrection de Jésus est le fondement de l’espérance : à partir de cet événement, espérer n’est plus une illusion. Non. Grâce au Christ crucifié et ressuscité, l’espérance ne déçoit pas ! Spes non confundit ! (Rm 5, 5). Et ce n’est pas une espérance évasive, mais engageante ; elle n’est pas aliénante, mais responsabilisante.

    Ceux qui espèrent en Dieu mettent leurs mains fragiles dans sa main grande et forte, se laissent relever et se mettent en route : avec Jésus ressuscité, ils deviennent des pèlerins d’espérance, des témoins de la victoire de l’Amour, de la puissance désarmée de la Vie.

    Le Christ est ressuscité ! Cette annonce renferme tout le sens de notre existence, qui n’est pas faite pour la mort mais pour la vie. Pâques est la fête de la vie ! Dieu nous a créés pour la vie et veut que l’humanité ressuscite ! À ses yeux, chaque vie est précieuse ! Celle de l’enfant dans le ventre de sa mère, comme celle de la personne âgée ou malade, considérées dans un nombre croissant de pays comme des personnes à rejeter.

    Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! Que de violence nous voyons souvent aussi dans les familles, à l’égard des femmes ou des enfants ! Que de mépris se nourrit parfois envers les plus faibles, les marginalisés, les migrants !

    En ce jour, je voudrais que nous recommencions à espérer et à avoir confiance dans les autres, même dans ceux qui ne sont pas proches de nous ou qui viennent de pays lointains avec des usages, des modes de vie, des idées et des coutumes différents de ceux qui nous sont les plus familiers, car nous sommes tous enfants de Dieu !

    Je voudrais que nous recommencions à espérer que la paix est possible ! Depuis le Saint-Sépulcre, l’église de la Résurrection, où cette année Pâques est célébrée le même jour par les catholiques et les orthodoxes, que la lumière de la paix rayonne sur toute la Terre Sainte et sur le monde entier. Je suis proche des souffrances des chrétiens de Palestine et d’Israël, ainsi que de tout le peuple israélien et de tout le peuple palestinien. Le climat d’antisémitisme croissant qui se répand dans le monde entier est préoccupant. En même temps, mes pensées vont à la population et en particulier à la communauté chrétienne de Gaza, où le terrible conflit continue de semer la mort et la destruction et de provoquer une situation humanitaire dramatique et ignoble. J’appelle les belligérants : cessez le feu, que les otages soient libérés et que l’aide précieuse soit apportée à la population affamée qui aspire à un avenir de paix !

    Prions pour les communautés chrétiennes du Liban et de Syrie qui aspirent à la stabilité et à participer au destin de chaque nation, alors que ce dernier pays traverse une période délicate de son histoire. J’exhorte l’Église tout entière à accompagner les chrétiens du Moyen-Orient bien-aimé par l’attention et la prière.

    J’adresse également une pensée particulière au peuple du Yémen, qui connaît l’une des pires crises humanitaires “prolongées” au monde, en raison de la guerre, et j’appelle tout le monde à trouver des solutions par le biais d’un dialogue constructif.

    Que le Christ Ressuscité répande le don pascal de la paix sur l’Ukraine meurtrie et encourage tous les acteurs à poursuivre les efforts pour parvenir à une paix juste et durable.

    En ce jour de fête, pensons au Caucase du Sud et prions pour que soit rapidement signé et mis en œuvre un Accord de paix définitif entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, conduisant à la réconciliation tant désirée dans la région.

    Que la lumière de Pâques inspire des propositions de concorde dans les Balkans occidentaux et aide les acteurs politiques à œuvrer pour éviter la montée des tensions et des crises, ainsi que les acteurs de la région à rejeter les comportements dangereux et déstabilisants.

    Que le Christ Ressuscité, notre espérance, accorde la paix et le réconfort aux populations africaines victimes de violences et de conflits, en particulier en République Démocratique du Congo, au Soudan et au Soudan du Sud, et qu’il soutienne ceux qui souffrent des tensions au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et dans la région des Grands Lacs, sans oublier les chrétiens qui, en de nombreux endroits, ne peuvent pas professer librement leur foi.

    Aucune paix n’est possible là où il n’y a pas de liberté religieuse ni de liberté de pensée et d’expression, ni de respect des opinions d’autrui.

    Aucune paix n’est possible sans véritable désarmement ! Le besoin de chaque peuple de pourvoir à sa propre défense ne peut se transformer en une course générale au réarmement. Que la lumière de la Pâques nous pousse à abattre les barrières qui créent des divisions et qui sont lourdes de conséquences politiques et économiques. Qu’elle nous pousse à prendre soin les uns des autres, à accroître notre solidarité mutuelle, à œuvrer pour favoriser le développement intégral de toute personne humaine.

    Ces jours, aidons le peuple birman, tourmenté depuis des années par un conflit armé, et qui affronte avec courage et patience les conséquences du tremblement de terre dévastateur à Sagaing ayant causé la mort de milliers de personnes et provoqué la souffrance de nombreux survivants, parmi lesquels des orphelins et des personnes âgées. Nous prions pour les victimes et leurs proches et remercions de tout cœur tous les généreux bénévoles qui participent aux opérations de secours. L’annonce d’un cessez-le-feu par divers acteurs du pays est un signe d’espérance pour tout le Myanmar.

    J’appelle tous ceux qui, dans le monde, ont des responsabilités politiques, à ne pas céder à la logique de la peur qui enferme, mais à utiliser les ressources disponibles pour aider les personnes dans le besoin, lutter contre la faim et favoriser des initiatives qui promeuvent le développement. Ce sont là les “armes” de la paix : celles qui construisent l’avenir, au lieu de semer la mort !

    Que le principe d’humanité ne soit jamais abandonné, car il est la clé de voûte de notre action quotidienne. Face à la cruauté des conflits qui impliquent des civils sans défense, qui s’en prennent aux écoles et aux hôpitaux ainsi qu’aux agents humanitaires, nous ne pouvons pas nous permettre d’oublier que ce ne sont pas des cibles qui sont touchées, mais des personnes avec une âme et une dignité.

    Et en cette année jubilaire, que Pâques soit aussi l’occasion de libérer les prisonniers de guerre et les prisonniers politiques !

    Chers frères et sœurs, dans la Pâques du Seigneur, la mort et la vie se sont affrontées dans un duel prodigieux, mais le Seigneur vit désormais pour toujours et nous donne la certitude que nous sommes nous aussi appelés à participer à la vie qui ne connaît pas de déclin, dans laquelle on n’entendra plus le fracas des armes ni les échos de la mort. Confions-nous à Lui qui seul peut faire toutes choses nouvelles (Ap. 21, 5) !

    Joyeuses Pâques à tous ! »

    Par le site La Vie, 21 avril 2025

    Bénédiction urbi et orbi : le dernier message du pape François

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