Génocide

À l’heure où enfin Emmanuel Macron lui-même semble s’alarmer du « calvaire » vécu par la population de Gaza, je partage cette tribune de Guillaume Duval, lue dans « Le nouvel Obs ».  

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction. Les illustrations sont du blog et ont été publiées dans l’Humanité.

« Je faisais partie de ceux qui refusaient d’employer le terme de “génocide” pour désigner la guerre à Gaza, mais il n’y a plus guère de doute ».  

Les derniers développements sur place ne laissent plus guère de doute sur la nature réelle des intentions et des actions du gouvernement israélien.

Jusqu’ici, je faisais partie de celles et ceux qui refusaient d’employer le terme de « génocide » pour désigner la sale guerre que mène depuis un an et demi le gouvernement de Benyamin Netanyahou contre les Palestiniens à Gaza, bien que nombre de responsables israéliens aient exprimé à de multiples reprises des intentions qui étaient clairement génocidaires à ce sujet.

Il me semblait que les qualificatifs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité étaient suffisants pour caractériser de tels actes. Et il me paraissait important de ne pas prendre le risque de galvauder le mot de génocide.

Mais aujourd’hui il n’est plus possible d’en rester là. Le gouvernement israélien a en effet rompu unilatéralement la trêve signée sous les auspices du président Joe Biden pour reprendre la guerre et les bombardements, condamnant ainsi selon toute probabilité les otages survivants tout en causant de nouveau la mort de milliers de civils supplémentaires, dont de très nombreux enfants.

Mais il ne s’est pas contenté de ce crime-là. Il a aussi instauré depuis plus d’un mois maintenant un blocus complet de l’enclave, ne laissant entrer à Gaza ni nourriture, ni carburant, ni eau, ni électricité, ni médicaments. Ce qui fait que non seulement la famine règne partout dans l’enclave mais l’eau potable y fait aussi défaut ainsi que l’accès aux soins les plus élémentaires.

L’article 2 de la Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide, définit ce crime comme « l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe 

 b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe 

 c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle 

d)  Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe 

 e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.»

Comme c’est le cas depuis un an et demi, il est impossible de rendre compte très précisément de la situation à Gaza puisque le gouvernement israélien bloque également tout accès à la presse. Mais ces derniers développements ne laissent malheureusement plus guère de doute sur la nature réelle des intentions et des actions du gouvernement israélien, et même si c’est bien sûr aux juges de la Cour pénale Internationale qu’il reviendra de trancher la question en dernier ressort, il devient impossible, pour toute personne sensée, d’écarter l’idée que nous avons bien affaire désormais à un génocide au titre des 3 premiers cas de figure prévus par la Convention.

Face à ce saut qualitatif majeur dans l’horreur de la politique menée par le gouvernement israélien, avec la bénédiction de l’administration de Donald Trump, l’inaction maintenue de l’Union européenne devient elle-même à proprement parler criminelle. Mais, à rebours de cette prise de conscience, Kaja Kallas, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a jugé indispensable de resserrer les liens de l’UE avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou ces dernières semaines tout en critiquant les distances prises avec celui-ci par son prédécesseur. Dans le contexte actuel, la passivité des dirigeants européens face aux actions du gouvernement de Benyamin Netanyahou ne peut guère être qualifié autrement que comme relevant d’une complicité active dans la commission de crimes contre l’humanité.

Coprésident du club Maison commune, journaliste, ex-rédacteur en chef de la revue « Alternatives économiques », Guillaume Duval a été ancien speechwriter du haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-président de la Commission Josep Borrell.