Le projet de Schéma Directeur de la Région Île-de-France (SDRIF-E) doit organiser le développement de la région jusqu’en 2040. C’est un document stratégique qui s’impose à tous les documents d’urbanisme. Il précise les moyens à mettre en œuvre pour corriger les disparités spatiales, sociales et économiques de la Région, coordonner l’offre de déplacement et préserver les zones rurales et naturelles afin d’assurer les conditions d’un développement durable de l’Île-de-France.
Voici l’avis sur ce document de Céline Malaisé, Présidente du groupe « Gauche Communiste, Écologiste et Citoyenne » au Conseil Régional d’Île-de-France.
« Ce SDRIF-E aurait dû être au rendez-vous de la réduction des inégalités sociales et territoriales et d’une accélération inédite de la lutte contre le réchauffement climatique et de l’adaptation de l’Ile-de-France au dérèglement climatique. Il n’en est rien ! La droite régionale, qui a tenu la plume de ce schéma, propose au contraire d’aggraver les inégalités en empêchant la construction d’un logement social sur cinq avec un dispositif « anti-ghetto » qui s’avère être d’abord une mesure anti-logement social, contraire à la loi. En faisant la grande couronne la grande oubliée de ce schéma, ce SDRIF-E ne répond en rien au manque de transports publics Face à la crise climatique, la promesse de zéro artificialisation nette (ZAN) des espaces naturels, agricoles ou forestiers est nulle car elle ne sera pas tenue. »
Nous avons déposé notre avis, issu de nos pratiques et expérience d’élus locaux, en participant à l’enquête publique relative au projet de Schéma Directeur de la Région Ile-de-France Environnemental (SDRIF-E) organisée du 1er février au 16 mars 2024
C’est à lire ci-dessous.
Avis sur le projet de SDRIF-E soumis à l’enquête publique- Stéphane Bauer, Isabelle Volat, élu·es du groupe « Saint Gratien solidaire, écologique et citoyen ».
1 – Développement du réseau de transport en commun et de transports alternatifs
Le schéma ne prévoit aucune nouvelle ligne ferroviaire (métro, tram, RER, Transilien) en grande couronne, dans un contexte d’urgence climatique qui oblige à réduire les transports individuels et à énergie fossile. En oubliant la grande couronne – cf. les projets non évoqués de réactivation de la tangentielle nord, ou le prolongement de la ligne de tramway qui arrive à Bezons vers Argenteuil- le SDRIF-E ne répond en rien au manque de transports publics que nous constatons quotidiennement, et notamment de banlieue à banlieue. Le Val d’Oise est le grand oublié par ce schéma car aucune liaison Est Ouest n’est prévue à l’exception de la ligne 19 du métro, entre Argenteuil et le Triangle de Gonesse (dont le principe est à ce stade rejeté par l’État). Rien pour le cœur du Val d’Oise, enfermant durablement ce territoire dans la dépendance à l’automobile.
Nous pensons au contraire que notamment le tramway est un transport d’avenir et doit être développé dans nos territoires.
Nous sommes favorables au principe de création d’un réseau de voies réservées au covoiturage et aux transports publics sur autoroute. Nous sommes favorables à une écotaxe sur les poids lourds.
Nous demandons l’arrêt de la privatisation du réseau de transport francilien qui concerne dès 2025 le réseau de bus et dès 2029 le réseau de tramways.
La gratuité des transports publics doit être mis en débat en Île-de-France, comme l’ont d’abord fait quelques villes de province (Aubagne, Dunkerque), avant de l’expérimenter dans les zones à très fortes concentrations automobiles.
2 – Adaptation de l’Ile-de-France au dérèglement climatique
A -Transports alternatifs
Les aides à la création ou au renforcement de continuités cyclables (et au-delà des pistes, nous insistons sur le mobilier urbain tel que des stations autonomes de réparation de vélos ou tout du moins de gonflage de pneus, et piétonnes, y compris des bancs et toilettes publiques) doivent être renforcées. Les modes de circulation dits « doux ou actifs » doivent prendre une place beaucoup plus importante dans nos villes, pour des raisons de lutte contre la pollution atmosphérique et sonore et l’engorgement automobile, a fortiori devant les écoles. Ces modes de déplacement sont aussi bénéfiques pour la santé, le lien social et le commerce de proximité (comme l’ont montré les études faites également à l’étranger, comme à Londres).
B – Renaturation
En zone urbaine, les documents d’urbanisme doivent permettre de préserver et de restaurer des espaces de pleine terre, c’est-à-dire des espaces libres ne comportant pas de construction et permettant l’infiltration des eaux pluviales. Les cours d’école sont de véritables ilots de chaleur, et doivent à notre sens faire l’objet de re végétalisation et renaturation, bénéfiques aussi pour un meilleur climat scolaire. Ces surfaces bétonnées génèrent de l’imperméabilisation des sols et des îlots de chaleur. En effet, l’asphalte empêche l’écoulement des eaux et stocke la chaleur. Afin de limiter ces phénomènes, la végétalisation et la désimperméabilisation des surfaces doivent être encouragées, comme l’installation de points d’eau facilement accessibles.
De même, il est impératif de désimperméabiliser les parkings de surface, consommateurs d’espace*, et les couvrir lorsque cela est possible car les couvertures de parking peuvent contribuer à la production d’énergie par l’intermédiaire du photovoltaïque**.
* et ** Rappelons que :
– La loi zéro artificialisation nette (ZAN) de 2023 réduit l’emprise au sol des parkings et leur éventuelle extension. Quid de la politique de la région IdF ?
– La loi d’orientation des mobilités (LOM) de 2019 a créé des zones à faibles émission (ZFE), qui devraient, à terme, limiter la circulation des véhicules polluants et compliquer leur accès à ces zones. Quid de la politique de la région IdF ?
– La loi Climat et Résilience sur le développement des énergies renouvelables de 2021 et la loi accélération de la production d’énergies renouvelables (APER) de 2023 obligent les gestionnaires de nouveaux parkings en surface à installer des ombrières végétalisées ou recouvertes de panneaux photovoltaïques.
C – Énergies renouvelables Nous sommes pour favoriser toutes les énergies renouvelables en Île-de-France dont l’implantation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques.
Pour encourager la production, le transport et la transformation d’énergies en provenance de sources renouvelables, les orientations réglementaires doivent être revues pour permettre une plus grande liberté d’installations pour les sites de production d’énergies renouvelables sans altérer les milieux naturels.
Par contre un moratoire est nécessaire sur l’installation de méthaniseurs, dont les effets néfastes pour l’environnement sont connus.
L’extension et la création de nouveaux réseaux de chaleur (y compris chauffage par l’utilisation de la chaleur dégagée par les eaux usées, comme cela s’est fait au début des années 2010 à l’éco-quartier de Nanterre), doivent être une priorité en zone urbaine. Les documents d’urbanisme doivent réserver l’espace nécessaire pour des plateformes de forage permettant d’exploiter la géothermie profonde ou pour des chaufferies biomasse.
D – Projets routiers
Dans le Val d’Oise, le schéma prévoit le prolongement du BIP. Ce projet autoroutier ne correspond plus aux exigences de la réduction des gaz à effet de serre. L’urbanisation dense de la région ne permet plus la construction de cette nouvelle autoroute urbaine qui engendrerait des nuisances importantes pour les populations riveraines en termes de bruit et de pollution (a fortiori devant les écoles qui jouxteront ce projet de BIP) et la destruction d’espaces naturels.
Le prolongement du BIP entre Soisy-sous-Montmorency et Bonneuil-en-France n’aura pour résultat, comme toute nouvelle voie routière, que d’augmenter la circulation automobile et notamment des camions. Il va à l’encontre des objectifs de réduction des GES. Nous sommes opposés à ce projet.
E – Consommation de terres agricoles
Le projet de SDRIF poursuit une logique de consommation des terres agricoles en autorisant de nouveaux grands projets d’aménagement, sur le triangle de Gonesse* notamment.
Le projet de SDRIF-E prévoit la possibilité d’urbaniser jusqu’à 75 hectares de terres agricoles situées dans le sud du triangle de Gonesse (95). Ce projet d’urbanisation suscite, depuis plus d’une décennie, une très vive opposition des élu.es et des populations locales mais aussi d’associations de défense de l’environnement.
Cette opposition et les arguments légitimes avancés doivent être entendus. Maintenir cette possibilité d’urbanisation sur 75 hectares de terres agricoles contrevient aux objectifs affichés du SDRIF-E et concourt à détruire des terres productives situées aux portes de Paris.
La création de la gare du Triangle de Gonesse de la ligne 17 du métro permet ce début d’urbanisation et justifiera ultérieurement de nouvelles vagues d’urbanisation sur des terres agricoles. Nous sommes contre la création de la gare du Triangle de Gonesse, située en plein champ et éloignée des habitations. Nous voulons préserver l’intégralité du triangle de Gonesse, terres fertiles qui pourraient alimenter par leurs productions agricoles nos cantines scolaires et les cuisines de nos maisons de retraite et favoriser l’avancée vers l’indépendance alimentaire de la Région. Le projet porté par CARMA** (Coopération pour une Ambition agricole, Rurale et Métropolitaine d’Avenir) doit au contraire être débattu en Île-de-France et concrétisé si la consultation va en ce sens.
* et ** : A 10 kilomètres de la porte de la Villette, 300 hectares d’excellentes terres agricoles, les plus proches de Paris, risquent d’être urbanisées. Pour des raisons essentielles – climatiques, alimentaires, d’emploi et de qualité de vie – CARMA veut maintenir l’agriculture sur ces terres et progressivement recréer une ceinture alimentaire et horticole autour de Paris.
Le projet CARMA soutient le désir des habitants de se nourrir sainement et de manière écologique. Il souhaite faire évoluer les pratiques agricoles sur le territoire du Pays de France dans ce sens :
https://carmapaysdefrance.com/carma/domaines-dactions/agro-ecologie/
L’équipe CARMA est composée de bénévoles de différentes disciplines (urbanistes, agronomes, paysagistes, architectes, sociologues, etc.), d’habitant.es du pays de France et de l’ensemble de la région.
3- Construction de logements sociaux
Le SDRIF prévoit une « norme anti-ghetto » visant à interdire la construction de logements sociaux PLAI dans les communes comptant plus de 30% de logements sociaux PLAI/PLUS. Cette mesure, si elle était appliquée, entrainerait une réduction de la production de logements sociaux de l’ordre de 21% par rapport à la production de la période 2018-2022. Il s’agirait donc d’une mesure dramatique dans le contexte de pénurie de logement historique que connait l’Ile-de-France. Plus de 780 000 demandes de logement sont en attente dans les 8 Préfectures d’Île-de-France. 50 % des personnes sans domicile fixe de France, soit 150 000 personnes, vivent en Ile-de-France. De plus, rien n’est prévu pour les 50 communes hors la loi SRU qui ne respectent pas l’obligation de disposer de 25 % de logements sociaux. Nous sommes opposés à cette mesure de restriction de la construction de logement social et au contraire favorables à la construction de logements sociaux dans tout nouveau programme immobilier, seule mesure susceptible de favoriser la mixité sociale indispensable à nos villes. Nous sommes également favorables aux mesures d’encadrement des loyers à l’échelle de la Région, et à la réquisition des logements vacants.
Par ailleurs, les promoteurs du type GPA ne doivent pas pouvoir agir sans bride au cou en Île-de-France. Les pouvoirs publics doivent cogérer les cas d’expropriation et en amont tout faire que les rénovations urbaines en Île-de-France se fassent en intégrant les doléances des habitants. Concertation et consultations doivent prédominer.
4- Intervention citoyenne
Les citoyens restent très éloignés des consultations du type du SDRIF, qui pourtant ont d’importantes répercussions sur leur vie quotidienne. Il faut favoriser la participation et l’intervention citoyenne dans les consultations du type du SDRIF, pour associer véritablement les habitantes et habitants de la Région à l’élaboration du SDRIF-E : réunions publiques, publications des différentes contributions, appels à idées et contributions, référendums locaux…
Whaou !
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https://youtu.be/6uSu2WAnDB8
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https://actu.fr/ile-de-france/gonesse_95277/dans-le-val-doise-la-ligne-17-du-metro-menacee-de-disparaitre_61128345.html
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