Missak au Panthéon

Ils étaient 20 et 3 quand les fusils fleurirent
20 et 3 qui donnaient leurs cœurs avant le temps
20 et 3 étrangers et nos frères pourtant
20 et 3 amoureux de vivre à en mourir
20 et 3 qui criaient la France en s’abattant

« Vous avez hérité la nationalité française, nous l’avons méritée.»

Missak Manouchian

Missak Manouchian, figure de la Résistance, « un homme à la gueule de métèque, communiste et apatride, poète et ouvrier », comme l’écrit « Libération », entrera au Panthéon avec sa femme Mélinée, le 21 février prochain.

C’est un événement d’importance dans l’histoire de notre nation. À la place qui est la sienne, le Parti communiste français organisera plusieurs hommages pour accompagner la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian.

Missak Manouchian, arménien d’origine, en France depuis 1924, adhère au PCF en 1934. Il intègre la Main d’œuvre immigrée (MOI), structure créée par le Parti communiste pour encadrer les immigrés et les réfugiés arrivés en France dès la fin de la Première Guerre mondiale. En février 1943, il est affecté à l’organisation clandestine « Francs-tireurs et partisans-Main d’œuvre immigrée » (FTP-MOI – branche militaire de la MOI). C’est alors le seul groupe résistant à mener des actions de lutte armée contre l’occupant à Paris.

Les groupes de Manouchian mènent une trentaine d’opérations armées, dont notamment l’attentat  contre le général allemand Julius Ritter, responsable en France de la réquisition de la main d’œuvre pour le Service du travail obligatoire.

En novembre 1943, Missak Manouchian est arrêté par la police française, livré aux occupants. Dans les jours qui suivent, les groupes des FTP-MOI sont massivement arrêtés. Tous sont condamnés à mort après un procès expéditif très médiatisé.

« L’ affiche rouge »,  xénophobe et antisémite qui vise à décrédibiliser l’action de ces résistants étrangers en les désignant comme « l’armée du crime »,  est placardée à plusieurs milliers d’exemplaires dans Paris occupé. Mais au lieu de provoquer la peur, elle éveille plutôt des manifestations de sympathie pour ces résistants.

Le 21 février 1944, les vingt-deux hommes du groupe des condamnés à mort sont fusillés au Mont-Valérien. Olga Bancic est décapitée en Allemagne en mai 1944.

Une plaque avec les 23 noms du groupe Manouchian sera apposée au Panthéon. De nombreuses initiatives vont rendre hommage aux résistants FTP-MOI de l’Affiche rouge. On y revient ici bientôt.

Les faits d’armes de Manouchian et de ses camarades ont été portés à l’écran notamment par Frank Cassenti dans L’Affiche rouge (1976, prix Jean Vigo) et Robert Guédiguian, L’Armée du crime (2009). L’auteur Didier Daeninckx lui a consacré un roman Missak (2009), ainsi qu’un album jeune public, Missak, l’enfant de l’affiche rouge (2009), illustré par Laurent Corvaisier. Jean-David Morvan et Thomas Tcherkézian ont conçu la bande dessinée Missak, Mélinée et le groupe Manouchian, les fusillés de l’Affiche rouge (2024).

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