Strasbourg, août 2023 (4)

Après les Karellis en Savoie, Aix-en Provence, Angers, c’est à Strasbourg, pour la deuxième fois, que les communistes se sont retrouvé·e·s pour leur université d’été. Un bon millier de cocos rassemblé·e·s le temps d’un week-end !

On y était, comme déjà souvent lors des éditions précédentes. Nous apprécions ce rendez-vous, politique bien sûr, mais qui est  aussi un moment culturel, scientifique, littéraire, historique, artistique, international… convivial et festif !

Voici très modestement quelques échos de l’Université, en plusieurs billets, tant le sujet est riche.

Compte rendu de l’université d’été du PCF
Édition 2023- Fabienne Launey

« Quelle politique migratoire pour une France de progrès ? », avec Pascal Brice et Fabien Roussel

Pascal Brice est président de la fédération des acteurs de la solidarité.

Fabien Roussel est député du Nord et secrétaire national du PCF.

Fabien Roussel

La gauche n’a pas rien à dire sur l’immigration et les questions migratoires. Ce serait une erreur de laisser la droite et l’extrême droite s’emparer de ce sujet, et de l’alimenter avec les idées les plus nauséabondes et les plus dures.

Nous avons la responsabilité importante d’y mettre le contenu le plus progressiste avec toutes les valeurs qui sont les nôtres, et c’est aussi l’histoire du PCF qui s’est toujours battu pour défendre en tous points l’émancipation des peuples, la condition humaine et la dignité humaine.

Tous les ans, nous avons droit à une loi sur l’immigration qui à chaque fois va durcir les conditions d’accueil et ne jamais régler les problèmes qui se posent.

Bien souvent, ces sujets-là sont portés par des responsables politiques comme contrefeu pour ne pas parler des politiques sociales, climatiques dont notre pays a tellement besoin.

Nous nous sommes rencontrés à Paris, il y a quelques mois, avec Pascal Brice et des députés, des sénateurs de gauche pour parler de ce qui peut nous rassembler sur cette question de l’immigration.

C’est une initiative que Pascal Brice a prise au titre de la responsabilité qui est la sienne en tant que président de la fédération des acteurs de la solidarité.

À quelques semaines ou quelques mois de la présentation d’un texte de loi sur l’immigration, nous travaillons ensemble à des propositions que nous pourrions porter auprès du gouvernement sur ce sujet.

Aujourd’hui, la loi sur l’immigration telle qu’elle va être débattue au Parlement risque tout simplement d’être en somme un tête-à-tête entre le gouvernement  Gérald Darmanin, et Éric Ciotti et Marine Le Pen. Nous devons trouver le moyen de formaliser nos accords pour pouvoir mettre dans le débat des propositions de gauche, fortes, humanistes, qui permettent aux Français d’entendre une autre voix que celle de la droite et de l’extrême droite.

Il y a des parlementaires, des associations, des responsables syndicaux qui veulent s’engager et qui ont une autre conception des politiques migratoires, de l’accueil, de la régularisation des travailleurs sans papiers qui doit être obtenue dans une confrontation d’idée avec le gouvernement.

Il faut que nous parvenions à arracher, dans le cadre de la loi ou ailleurs, la régularisation des travailleurs sans papiers, parce que c’est un scandale qui perdure dans notre pays.

Le parti communiste a sorti un manifeste en 2018 intitulé : « Pour une autre politique migratoire ». Ce manifeste va être mis à jour et et enrichi. Il sera mis à disposition des communistes rapidement.

Pascal Brice

Je me réjouis beaucoup d’être avec les communistes aujourd’hui, d’être avec toi, de t’entendre confirmer la volonté qui est la tienne [à Fabien Roussel, ndlr] et celle des communistes de s’emparer de cette question de l’immigration. La différence, la diversité, la fraternité, l’asile sont de belles choses.

Nous sommes très loin d’une submersion.

Je vais vous livrer le fruit de quelques réflexions  qui sont le fait  de plus de dix années passées à la tête de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), puis maintenant de la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), de manière à essayer de contribuer à la réflexion collective.

La réalité sociale est là. La réalité de ce pays, de l’ensemble du continent européen et aussi des États-Unis, font que nous ne pouvons pas éviter cette question de l’immigration.

Nous sommes rattrapés par l’un des nœuds de crispation que vit notre pays, qui se mêle à d’autres : un nœud social, un nœud culturel, un noeud économique. Nous vivons dans une société incandescente, agressive, divisée, fragmentée.

Nous savons tous – et les communistes sont bien placés pour le savoir – ce qui se passe pour les étrangers dans une société fragilisée économiquement, socialement et culturellement.

La stigmatisation des étrangers et des pauvres, voilà la pente naturelle et bien instrumentalisée dans une société fragmentée et fragilisée comme la nôtre et la plupart des sociétés développées à l’heure actuelle.

Dans une société où les classes populaires et une partie des classes moyennes sont fragilisées, plus particulièrement par la précarisation du travail, la politique libérale protège les possédants dans leur égoïsme.

Il y a une continuité qui s’installe entre les exclus, les classes populaires et les classes moyennes.

Nous savons ce que produit cette situation dans un pays, du point de vue de la cohésion sociale et de la vie démocratique.

Le conformisme, la paresse, les habitudes font qu’on laisse prévaloir des politiques migratoires, plutôt des non politiques migratoires qui sont tournées vers une obsession : dissuader, empêcher les gens de venir avec toute une série de politiques européennes qui sont tournées vers ça.

Ces politiques suscitent l’indignité pour les personnes étrangères et pour celles et ceux qui les accompagnent : les travailleurs sociaux, les bénévoles et les fonctionnaires.

Elles sont un facteur de désordre.

Les hommes et les femmes d’ordre prônent un accueil organisé et maîtrisé.

Toute personne arrivée en Europe doit faire sa demande d’asile et la voir instruite dans le pays où elle est arrivée.

30% des demandeurs d’asile sont en contradiction complète avec la loi française et les textes européens. Les personnes immigrées subissent les blocages innombrables pour l’accès au travail. 30 000 titres de séjour sont délivrés par an en France pour travailler alors que la population augmente ainsi que les besoins des entreprises.

Les OQTF (obligation de quitter le territoire français) sont exécutées à 10%. Des hommes, des femmes et des familles  vivent dans l’angoisse d’être expulsés. Et ce sont des Français qui ont le spectacle de l’impuissance politique.

La FAS continue de refuser tout contact avec le RN. La préférence nationale est antinomique de la solidarité. Tant que Pascal Brice sera président de la FAS, il n’y aura pas de banalisation du RN.

L’instrumentalisation plus ou moins rampante de la question de l’immigration s’installe dans une partie de la classe politique. On constate cette tentation de ne pas s’attaquer à la question sociale, de considérer que toutes les classes moyennes sont en crise, et donc de jeter en pâture les pauvres et les étrangers à la stigmatisation, plutôt que de s’attaquer aux problèmes sociaux.

Celles et ceux qui ont peur de l’installation d’un centre d’hébergement, ce sont des propriétaires.

Nous avons fait des propositions pour une politique migratoire conforme à toutes les exigences de la République.

C’est une approche qui vise à tourner le dos aux politiques de dissuasion, d’abord parce qu’elles ne dissuadent personne et parce qu’elles provoquent de l’indignité et du désordre.

Il s’agit d’installer un accueil organisé et maîtrisé. Pour un accueil organisé et maîtrisé, pour l’asile, il faut absolument sortir des accords de Dublin. Pascal Brice est favorable à des lieux d’accueil aux frontières extérieures de l’Europe, sur le territoire européen. Il ne s’agit pas ici de l’externalisation qui est en cours de la part de nombreux pays européens où l’on renvoie les demandeurs d’asile ailleurs.

Au Danemark, il y a 10, 15, 20 ou même 30 ans, lorsque nous interdisions le foulard à l’école, les Danois considéraient que nous étions tous des fascistes. Le multiculturalisme le plus absolu était une règle fondamentale au Danemark, notamment dans la gauche danoise. Aujourd’hui, pas un demandeur d’asile au danemark, tous au Rwanda, et si vous avez le malheur d’avoir sauvé un petit bijou de famille en fuyant votre pays, vous devez le laisser en gage avant d’arriver au Danemark.

Tout demandeur d’asile doit être pris en charge, hébergé, et voir sa demande d’asile instruite dans des délais favorables.

Il faut bien évidemment ouvrir l’accès au travail, parce que les besoins sont là dans les entreprises. La sortie de la pauvreté se fait essentiellement par le travail. Il est indispensable que les partenaires sociaux soient associés dans les bassins d’emploi, de manière à ce que les personnes puisent avoir accès au travail, et qu’on puisse régulariser les travailleurs.

Il faut également créer une protection humanitaire et environnementale, parce que les enjeux environnementaux sont là, et donc nous avons besoin d’un statut pour les déplacés environnementaux et pour la protection humanitaire des femmes victimes de violences conjugales, des personnes victimes de traite des êtres humains, ou de problèmes de santé.

Les politiques migratoires pour un accueil organisé et maîtrisé supposent que nous changions de logique.

Quand quelqu’un demande un titre de séjour, l’administration est tenue de lui répondre en 6 mois. C’est l’administration, de sa propre initiative, qui étudie toutes les possibilités d’accès au séjour. Il faut ouvrir les critères du droit au séjour (accès au travail, à un logement…).

Plutôt que de donner des OQTF à un grand nombre de personnes comme c’est le cas aujourd’hui, en ne les exécutant que dans 10% des cas, on en fait beaucoup moins et elles ont vraiment lieu.

Cette approche est nécessaire pour la cohésion sociale du pays.

Il n’y a vraiment pas de critère de séjour, et par ailleurs il peut y avoir des raisons très lourdes de délinquance, notamment pour ne pas rester sur le territoire national. Il faut assumer cette position, mais pas dans le système actuel, en inversant la logique.

Le principe c’est « oui » parce que la France a cette vocation fondamentale à accueillir des persécutés. Notre économie et notre dynamisme nécessitent cet accueil des personnes immigrées.

La question essentielle de l’intégration par le travail des femmes se pose.

La question migratoire est vitale pour une France de progrès, de dignité et d’ordre social.

Si la nouvelle loi sur l’immigration vient au Parlement dans les mois à venir, ce sera la 29ème loi immigration, ce qui signifie que les lois, les règlements, les réformes s’empilent, et l’on se trouve dans une situation qui est loin de s’améliorer.

Il est primordial d’appliquer le principe du « oui » pour les jeunes mineurs isolés non accompagnés.

Il y a une bataille à mener pour inverser la logique du « non » pour les jeunes mineurs.

À suivre…

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