Différents des autres

Ian Brossat : « Les élus communistes sont des élus différents des autres. »

L’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) tenait son congrès les 4 et 5 octobre. À l’heure de la mise à mal de l’échelon communal et à six mois des élections municipales, ces milliers d’élus locaux ont débattu des meilleurs moyens d’améliorer la vie au quotidien.

Ian Brossat, adjoint au maire de Paris, vient d’être élu président de l’ANECR. Il revient sur le rôle que les élus communistes entendent jouer face à la crise sociale et démocratique.

Entretien paru dans l’« Humanité Dimanche » (Les passages en gras sont soulignés par le blog.)

ian brossat 2019.jpgPouvez-vous nous présenter l’ANECR ?

C’est une association d’élus qui regroupe l’ensemble des élus communistes et partenaires, membres du PCF ou partageant avec lui des valeurs communes, qui œuvrent au quotidien dans les territoires. C’est une organisation d’élus importante qui en rassemble 6 700, dont 700 maires. L’ANECR a un double rôle : d’abord, celui d’aider les élus de la famille communiste à élaborer et défendre des positions communes sur les sujets d’actualité. Ensuite, l’ANECR a un rôle à jouer en menant un certain nombre de combats pour obtenir des avancées concrètes. Les élus communistes se sont, par exemple, illustrés récemment en adoptant dans un grand nombre de collectivités des arrêtés contre le glyphosate et l’utilisation des pesticides. Je suis convaincu que nous devons amplifier ces combats communs et donner plus de visibilité aux actions que nous menons parfois chacun dans notre territoire.

Y a-t-il encore une spécificité des élus communistes ?

Bien sûr ! D’abord, par leurs actions, la nature des politiques qu’ils mènent, les élus communistes sont des fabricants de progrès social au quotidien. Ils sont reconnus pour leur combativité à développer le logement social, les vacances pour tous et les dispositifs solidaires… Je note d’ailleurs qu’un certain nombre d’équipements publics que nous avions mis en place il y a des dizaines d’années, vus comme ringards, sont aujourd’hui à nouveau considérés comme des solutions d’avenir. Je pense par exemple aux centres de santé avec des médecins salariés. C’est une solution qui s’impose dans un nombre croissant de communes confrontées à la désertification de médecins.

Il y a aussi nos pratiques qui font que les élus communistes sont des élus différents des autres. Un élu communiste ne s’enrichit pas au travers de son mandat et, dans un contexte où il y a une très grande défiance vis-à-vis des élus, c’est un point très important. En termes de démarche citoyenne, les premières pratiques de démocratie participative, de budget participatif, ce sont les villes à direction communiste qui les ont menées. Enfin, les élus communistes transmettent aussi un certain nombre de valeurs. On ne vit pas de la même manière dans une ville dirigée par un maire communiste, progressiste, que dans une ville dirigée par un maire de droite. À Levallois-Perret, on a été frappé de voir beaucoup d’habitants soutenir Patrick Balkany. C’est le cas parce qu’un maire qui promeut des pratiques clientélistes finit par provoquer des réflexes clientélistes. Les élus communistes, eux, transmettent des valeurs qui sont à l’opposé de ça.

On assiste à une défiance de plus en plus marquée vis-à-vis des élus, comme l’a encore montré le mouvement des gilets jaunes, comment y faire face ?

Cette défiance existe, elle est forte et elle est à l’évidence liée aux pratiques du pouvoir à l’échelle nationale. Ces dernières ont déçu au cours des dernières décennies. Cette défiance est aussi liée à la multiplication de scandales engendrés par un usage illégal de l’argent public. Cette défiance est là. Pour autant, elle concerne moins les élus locaux que les autres. Je ne dis pas que les élus locaux y échappent totalement. Mais, dans un paysage politique dévasté, quand on interroge les Français, les élus locaux restent un recours. D’abord, parce que, malgré les nombreuses contraintes qui pèsent sur eux, ce sont eux qui développent les services publics de proximité. Leur mandat fait également qu’ils demeurent à portée de « baffes », qu’ils sont les plus accessibles pour les populations. C’est la raison pour laquelle nous, élus communistes, sommes très attachés à l’échelon communal qui est l’échelon de base dans lequel s’exerce la démocratie.

Après les différentes réformes et politiques budgétaires, les élus à l’échelon local ont-ils encore des marges de manœuvre ?

L’échelon communal est aujourd’hui doublement attaqué. Sur le plan institutionnel avec le développement des intercommunalités et des logiques de plus en plus bureaucratiques. Et sur le plan budgétaire avec des dotations aux collectivités territoriales qui ont été sabrées par les gouvernements successifs (moins 13 milliards sous Hollande et moins 13 milliards sous Macron). Ce qui est frappant, c’est de voir que, malgré toutes ces contraintes, les collectivités locales continuent à innover, continuent, grâce à leur créativité, à mettre en place de nouveaux services publics, et les maires communistes, les élus communistes de manière générale, en apportent la démonstration tous les jours. En travaillant sur des circuits courts pour les cantines scolaires, en menant des politiques de l’enfance qui sont particulièrement ambitieuses ou en se battant pour la gratuité des transports en commun, parfois avec succès. Et c’est ce qui fait à mon sens que les élus locaux continuent à bénéficier d’une confiance plus importante de la part des populations que les élus nationaux

Quelles sont vos ambitions pour les municipales de mars 2020 ?

D’abord, renforcer notre rang, renforcer nos positions, notre influence, non pas parce qu’il s’agirait de se battre pour des places – comme je l’entends parfois –, mais parce que nous sommes convaincus que les élus locaux jouent un rôle indispensable dans le contexte de crise économique, sociale et politique que nous traversons aujourd’hui. Il faut voir ce qu’ambitionne le pouvoir macroniste au travers des élections municipales : au moment du mouvement des gilets jaunes, celui-ci a subitement redécouvert les maires, mais avec l’ambition d’en faire les relais de sa politique dans les communes, celle de les transformer en perroquets du pouvoir.

Donc, toute la question est de savoir si, demain, nous aurons des maires ou des préfets. Est-ce qu’on aura des maires qui se battront et qui mettront en place des politiques solidaires, ou est-ce qu’on aura des maires qui auront le doigt sur la couture du pantalon, prêts à appliquer les consignes du pouvoir national ? Il est très important que nous disposions, demain, d’élus en nombre dans les conseils municipaux et aussi, bien sûr, des élus en situation de diriger des conseils municipaux. Nous y défendrons le cadre communal, le développement du service public de santé ou du logement, ou encore la gratuité des transports, qui s’inscrit dans notre double ambition sociale et écologique en conjuguant fin du monde et fin du mois.

J’ajoute qu’à mon sens, le meilleur antidote contre l’extrême droite, ce sont les politiques que nous menons à l’échelle locale et c’est la confiance que nous réussissons à tisser avec les populations, notamment les plus modestes qui subissent le plus les politiques libérales désastreuses menées à l’échelle nationale.

Entretien réalisé par Cédric Clérin

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