Gaza, cimetière pour les vivants

L’histoire nous jugera, chronique de Philippe Rio parue dans l’Humanité du 7 mars 2024.

Avec Charlotte Blandiot-Faride, maire de Mitry-Mory, et Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, nous étions en délégation en Palestine et en Israël du 3 au 6 mars. Le monde ne mesure pas encore ce qui s’y passe. Depuis les attaques terroristes du 7 octobre, l’État israélien est entré dans une vengeance funeste et une spirale destructrice pour les Palestiniens mais aussi pour l’avenir de son propre peuple. Gaza est devenu un cimetière pour les vivants. La famine s’installe, 16 enfants en sont morts, s’ajoutant aux 5 350 mineurs déjà décédés et aux 2,5 millions de personnes qui courent un risque fatal. Selon le droit international, le risque génocidaire est engagé.

En Cisjordanie, la politique d’effacement du peuple palestinien s’est intensifiée. La population carcérale a doublé, les incursions y sont quotidiennes et ont fait plus de 400 victimes. Certains camps de réfugiés sont devenus, par une oppression décuplée, des camps d’enfermement. Le peuple israélien est plongé dans un déni hallucinant par un gouvernement mêlant hypernationalisme et extrémisme religieux, le pire depuis 1948.

L’État entraîne son peuple dans une mécanique de mort et de haine avec des conséquences qui marqueront le siècle. L’exigence de libération des otages, qui devrait être une priorité du gouvernement, est à contre-courant de l’idée de guerre totale et définitive de Benyamin Netanyahou et de ses soutiens extrémistes. Et un cessez-le-feu reste le meilleur moyen de préserver la vie des otages.

En Israël, en plus des mobilisations des familles d’otages, les résistances sont passées sous silence par les médias français. Tout autant que des actes de solidarité concrets envers les Palestiniens. Des deux côtés, des familles de victimes appellent à la paix, dénuées de toute haine.

Notre diplomatie comme les acteurs progressistes israéliens et palestiniens nous encouragent à renforcer les échanges. Les coopérations de nos collectivités sont le fil qui rattache les Palestiniens à l’humanité, comme l’est le dialogue avec les progressistes en Israël.

Renforcer le financement de l’UNWRA par l’entremise de nos collectivités est une priorité ! L’agence est le squelette où s’accroche toute la structure de l’aide humanitaire et les seuls yeux du monde sur ce qui se passe à Gaza. Sa disparition sonnerait celle des Gazaouis. L’ONU décrit cette crise comme la pire de son histoire.

Seule la paix et la reconnaissance de deux États légitimes peuvent assurer la sécurité de tous à long terme. Seule la paix peut garantir un avenir hors du fanatisme pour les générations à venir des deux peuples. Il y a urgence à constituer un arc français et un bloc européen avec les nations à l’avant-poste du droit international. Pour la France, c’est une exigence politique, une première étape pour déconstruire la guerre. La grande histoire de l’humanité nous jugera et il reste peu de temps pour agir.

Les illustrations et les gras sont du blog. Œuvres d’artistes parues dans l’Humanité lors de la guerre de Gaza en 2014

L’élu qui dit toujours « nous »

Philippe Rio, maire PCF de Grigny (91), meilleur maire du monde 2021 ! Le titre vient de lui être décerné par la City Mayors Foundation.

C’est à la fois « une surprise » et « un encouragement« , résume Philippe Rio, maire de Grigny depuis 2012. Ce titre honorifique lui a été décerné pour récompenser son combat contre la pauvreté et sa gestion de la crise du Covid, dans la ville connue pour être la plus pauvre de France.

Il est ex-aequo avec le maire de Rotterdam aux Pays-Bas, Ahmed Aboutaleb, mais tout de même : parmi les douze finalistes retenus par la City Mayors Foundation, Philippe Rio, le maire de Grigny (Essonne) se voit décerner le titre de meilleur maire du monde, pour « son combat contre la pauvreté, sa gestion de l’épidémie de Covid-19, et sa lutte contre les inégalités« , explique la fondation.

C’est un prix purement honorifique, basé sur le vote d’internautes du monde entier et remis tous les deux ans. Mais Philippe Rio s’est tout de même retrouvé en compétition face aux maires de Raqqa (Irak), Bogota (Colombie) ou Freetown (Sierra Leone). Le tout bien malgré lui : « En fait, je n’ai pas candidaté, a-t-il confié à nos confrères de France Bleu, tout cela est une énorme surprise, mais on la prend comme un encouragement. » Parce qu’à dire vrai, le titre que le maire a pris l’habitude de recevoir depuis des années, c’est celui de ville la plus pauvre de l’hexagone.

La ville de Grigny compte près de 30 000 habitants, 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté. « Et désormais plutôt 50%, corrige le maire, à cause de la crise du Covid. » Quand on parle de Grigny et de la cité de la Grande-Borne, à la radio, à la télévision, c’est surtout pour illustrer la délinquance, les courses poursuites avec la police, les trafics, les marchands de sommeil, les commerçants qui désertent, les services publics qui disparaissent.

Un titre « joyeusement anecdotique »

Aux manettes depuis 2012, c’est précisément ce tableau que ce communiste de 48 ans, né et élevé à Grigny, a promis de changer. Philippe Rio, c’est l’élu qui ne dit jamais « je » mais toujours « nous », un maire qui a choisi d’être bruyant, vocal : depuis des années, il multiplie les tribunes dans la presse, interpelle Matignon, l’Élysée, dénonce l’abandon de l’État et la solitude des élus de banlieues.

Pendant l’épidémie de Covid-19, il fait partie de ceux qui se sont démenés seuls, face aux tergiversations de l’administration. Lui et son équipe ont dû trouver des tests quand il n’y en avait pas, des masques, en distribuer des centaines de milliers, ouvrir des centres de vaccinations sans attendre de consignes, organiser l’aide alimentaire aussi, et la mise en place de petits-déjeuners gratuits dans les écoles maternelle.

Aujourd’hui, ce que lui rapporte ce prix, c’est que Grigny, la ville aux 89 nationalités, fait pour une fois la Une pour autre chose que l’adversité qu’elle subit. « Ça récompense notre inventivité, notre résistance« , égraine le désormais meilleur maire du monde qui y voit un titre « anecdotique, mais joyeusement anecdotique. »

« C’est sympa, mais je ne vais pas prendre le melon« , promet Philippe Rio.

Article Franceinfo, à écouter ici