Urgence absolue pour Gaza

Je partage ce texte collectif alertant sur l’urgence de protéger le peuple palestinien.

Appel de Paris pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international

Photo Rizek Abdeljawad/Xinhua/ABACAPRESS.COM

La protection du peuple palestinien est devenue une urgence absolue. À Gaza, après quelques semaines de suspension, les massacres de masse ont repris, accompagnés d’un siège total et d’une famine généralisée ainsi que des déplacements forcés de populations ; au moins 53 000 Palestinien·es ont été tué·es suite aux opérations militaires israéliennes ; la bande de Gaza est dévastée et devenue inhabitable. En Cisjordanie – y compris Jérusalem-Est – en dix-neuf mois, plus de 1 500 attaques de l’armée et des colons ont fait près de 962 morts et plus de 7 030 blessé·es palestinien·es ; plus de 40 000 Palestinien·es y ont été déplacé·es de force.

Cependant, alors que le peuple palestinien vit la pire période de son histoire, la légitimité de son combat pour la justice et l’autodétermination face à la volonté d’effacement dont il fait l’objet, est réaffirmée par le droit international. Dans le prolongement de l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ), l’Assemblée générale des Nations unies a exigé par son vote du 18 septembre 2024 la fin de l’occupation israélienne du territoire palestinien et le démantèlement des colonies avant le 18 septembre 2025.

Dès lors, la France et l’Europe doivent s’acquitter de leurs obligations. Elles doivent, comme le précise la résolution de l’ONU, « favoriser, conjointement avec d’autres États ou séparément, la réalisation des droits du peuple palestinien à l’autodétermination et s’abstenir d’entretenir des relations conventionnelles avec Israël dans toutes les situations où celui-ci prétend agir au nom des Palestiniens ou pour des questions les concernant ».

Il y a 80 ans se construisaient les bases d’une justice internationale avec la création de l’ONU, dont la Charte fondait les conditions de la paix. Les États membres adoptaient trois ans plus tard la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Marquons cet anniversaire par notre refus solennel que la loi du plus fort l’emporte sur le droit international en Palestine.

L’Assemblée générale de l’ONU a décidé le 3 décembre 2024 de la tenue d’une conférence internationale. Elle se tiendra du 17 au 20 juin 2025 à New York. Elle aura pour mission « d’examiner l’application des résolutions de l’Organisation des Nations Unies relatives à la question de Palestine ».

En préalable de cette conférence internationale sous l’égide de l’ONU, nous lançons solennellement un appel pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international.

Nous, signataires de cet appel, sommes convaincu·es que c’est l’application du droit international qui garantira la protection du peuple palestinien en lui permettant de vivre enfin en paix et en sécurité. Pour cette raison, nous demandons à la France de reconnaître l’État de Palestine dans le cadre du droit à l’autodétermination du peuple palestinien.

De la même façon, nous sommes convaincu·es que seule la fin de l’occupation et l’arrêt de l’oppression du peuple palestinien permettront à Israël de connaître également la paix et la sécurité.

En conséquence nous demandons à la France et aux États membres de l’Union européenne d’appliquer sans tarder les mesures énoncées par la résolution votée par l’Assemblée générale des Nations unies le 18 septembre 2024.

Premiers signataires : Xavier Dolan, Ken Loach, Reda Kateb, Roger Waters, Blanche Gardin, Béatrice Dalle, Swann Arlaud, Yvan Le Bolloc’h, Annie Ernaux, Corinne Masiero, Robert Guediguian, Ernest Pignon-Ernest, Elias Sanbar, Edwy Plenel, Fabien Gay, Denis Sieffert, Denis Robert, Alain Gresh, Catherine Tricot, Thomas Vescovi, Daniel Mermet, Rony Brauman, Raphael Pitti, Yanis Varoufakis, Marine Tondelier, Olivier Faure, Olivier Besancenot, Manuel Bompard, Fabien Roussel, Aymeric Caron, Gisèle Jourda, Richard Ramos, Clémentine Autain, Thomas Portes, Raymonde Poncet-Monge, Elsa Faucillon, Johann Soufi, Monique Chemillier-Gendreau, Ziad Majed, François Dubuisson, Agnès Levallois, Anne-Marie Eddé, Bertrand Badie, Didier Fassin, Pascal Boniface, Sophie Bessis, Sophie Binet, Marylise Léon, Caroline Chevé, Marylise Léon, Nathalie Tehio, Pierre Stambul, Youlie Yamamoto.

Liste complète des signataires

 

La faillite morale d’Israël

Lu ce samedi 10 mai 2025 sur le site du journal « Hufftington Post »

Guerre à Gaza : la rabbin Delphine Horvilleur appelle à « ne plus se taire » face à la « déroute politique » d’Israël

La rabbin française dénonce dans une tribune la « faillite morale » du gouvernement israélien qui a annoncé un plan de « conquête » de Gaza.

Maxime Dhuin, Hufftington Post

Delphine Horvilleur a dénoncé la « déroute politique » d’Israël dans une tribune parue dans le média « Tenou’a » et soutenue par le dessinateur Joann Sfar.

Conflit israélo-palestinien – « C’est précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. » La rabbin Delphine Horvilleur a exprimé le jeudi 8 mai sa « douleur » de voir Israël « s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale », après l’annonce par le gouvernement israélien d’un plan de « conquête » de Gaza avec un déplacement massif de sa population, ce qui a provoqué de nombreuses condamnations à travers le monde.

La rabbin française dit avoir « ressenti souvent (une) injonction au silence » mais juge aujourd’hui « urgent de reprendre la parole » et de « ne plus se taire ». Dans sa tribune publiée sur le site de Tenou’a, média dont elle est la directrice de la rédaction, Delphine Horvilleur dit parler « par amour d’Israël », « par la force de ce qui [la] relie à ce pays qui [lui] est si proche » et « par la tragédie endurée par les Gazaouis et le traumatisme de toute une région ». « Cet amour d’Israël consiste aujourd’hui à l’appeler à un sursaut de conscience », ajoute-t-elle.

Delphine Horvilleur estime nécessaire, notamment, de « soutenir ceux qui savent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien » et « soutenir ceux qui savent qu’on n’apaise aucune douleur, et qu’on ne venge aucun mort, en affamant des innocents ou en condamnant des enfants ».

Anne Sinclair prend aussi la parole pour dénoncer la politique d’Israël

Après la publication de sa tribune, Delphine Horvilleur a reçu le soutien du dessinateur Joann Sfar. Elle « a eu le courage de parler et nous devons être nombreux à prendre la parole contre la fuite en avant à laquelle nous assistons », a écrit jeudi l’auteur du Chat du rabbin dans une publication sur ses réseaux sociaux, que vous pouvez voir ci-dessous.

Dans son propre texte, Joann Sfar considère « contraire à la morale humaine et à l’éthique juive de se taire face aux déplacements de populations forcés et au nettoyage ethnique qu’annonce le ministre [Bezalel] Smotrich ». En charge des finances dans le gouvernement Netanyahu, il a affirmé mardi que « Gaza sera totalement détruite ».

« Les vies des otages nous importent. Les vies palestiniennes nous importent », écrit Joann Sfar, qui se dit « certain que nous sommes nombreux en France comme en Israël à partager ces sentiments ». Le dessinateur a aussi apporté son soutien à Anne Sinclair, qui a également dénoncé la « conquête » de Gaza annoncée par Israël dans un message publié sur ses réseaux sociaux jeudi.

« Nous sommes meurtris, déchirés par l’action que mène le gouvernement israélien à Gaza », écrit la journaliste, selon qui « la forme des actions que mène l’armée israélienne […] à la demande du gouvernement Netanyahou est indéfendable ». « Nous nous sommes tus car l’antisémitisme qui gagne du terrain, sous couvert d’antisionisme, nous a contraints à faire bloc », poursuit Anne Sinclair avant de conclure que « l’urgence appelle l’arrêt de cette guerre et que nous soyons de nombreux Juifs à dire notre révolte de cette situation ».

Une intention génocidaire

« L’armée israélienne coche les cases d’une intention génocidaire »

Retour sur la rencontre jeudi 17 avril 2025 à l’Institut du monde arabe, avec Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal autour de leur ouvrage Palestine-Israël. Une histoire visuelle (Éd. Seuil, 2024)

« Si la cartographie n’existait pas, il faudrait l’inventer pour mieux comprendre les conflits en Palestine et en Israël. Beaucoup d’ouvrages leur ont été consacrés, mais celui-ci propose d’en raconter le déroulement à travers un très riche corpus visuel en dialogue permanent avec le texte. Comment se représenter en effet des configurations territoriales sans qu’elles ne soient figurées et explicitées ? »

Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal, rédacteur en chef adjoint au monde diplomatique et collaborateur du monde diplomatique avec Alain Gresh, retracent, d’hier à aujourd’hui, l’histoire mouvementée de cette terre dans un récit documenté, illustré par des cartes originales et éloquentes ou des archives rares, pour certaines inédites. Ils portent aussi une attention particulière aux projets non-advenus qui ont été imaginés au fil des décennies pour en finir avec la guerre. Analysant le pourquoi et le comment d’un si long affrontement, ce livre peut aider à l’appréhender, dans l’espoir d’entretenir la petite flamme, si vacillante soit-elle, d’une issue pacifique.

Sur la base d’une prise de note (Stéphane Bauer)

Débat modéré par Soumaya Benaissa, co-directrice éditoriale de Blast

– Tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023. La colonisation, l’accaparement des terres, cela fait plus d’un siècle de bataille acharnée. Cela renvoie à des périodes antérieures. L’expulsion des palestiniens de Gaza est de nouveau d’actualité [cela est repris cette semaine dans un article de Courrier International].

Le mouvement sioniste veut un état pour les Juifs. Mais aussi un état sans Palestiniens. On n’a pas assez compris cela.

L’abandon d’un autre côté des Palestiniens par les pays arabes. Les pays arabes ont sorti un plan, qui est déjà une version d’un plan de 2002.

Rappeler l’importance des puissances occidentales dans la situation d’avant 1947.

– La situation est telle, que les gens ne peuvent plus déclarer leur objectif.  On n’est plus à l’époque où Israël se glorifie de ses objectifs. En quoi 1000 morts et 200 otages justifie 50 000 morts, de fait plus de 200 000 morts selon le Lancet. Il y avait du terrorisme le 7 octobre 2023. Il y en a encore plus depuis le 8 octobre 2023.

– Les termes sont manipulés dans les médias.

On parle de mur de séparation et non de mur de sécurité. On parle de colonies juives et non de quartier juif. C’est une inversion des mots.

Nous voulions faire un livre qui prenne toute la distance nécessaire.

Même Yael Braun Pivet, Présidente de l’Assemblée Nationale, qui avait eu cette formule après le 7 octobre prend de la distance. Elle avait affirmé à la tribune de l’assemblée son soutien inconditionnel à l’État d’Israël. Depuis, elle a dit sur France Inter qu’elle le regrette.

On a cette longueur de travail. Ce livre, c’est 30 à 40 ans de travail. Le livre est sorti au printemps. On peut parler maintenant de génocide.

« Si on lit la liste des caractéristiques définissant un génocide selon l’Onu, on y est. L’armée israélienne a des intentions génocidaires. Elle coche les cases. »

– Rappelons la définition du génocide, selon la convention de l’ONU :

Le génocide[1] se définit comme l’un des quelconques actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel :

  • Meurtre de membres du groupe
  • Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe
  • Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
  • Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe

Le terme de génocide est dorénavant utilisé par Francesca Albanese, l’experte indépendante, mandatée par le Conseil des droits de l’homme, mais qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU, et 6 organisations très sérieuses aussi, dont des ONG comme Human Rights Watch (HRW), Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, mais aussi Amos Goldberg, historien israélien[2]

Le cadrage qui est donné en France dans les médias par rapport aux gens qui se déclarent solidaires des Palestiniens : c’est du jamais vu…

Le terme de génocide : derrière il y a un important travail de documentation. On va jusqu’à rechercher l’ADN des gens tués. Il y a eu le bombardement du bâtiment qui détenait les archives administratives, dont celles de l’état civil. Le bâtiment qui détenait le cadastre, les universités ont été bombardées.  L’armée israélienne coche toutes les cases. C’est un génocide, et on a des preuves.

Malgré cela on trouve des gens qui le remettent en cause.

À travers ce livre et ses cartes, l’objectif est de rendre visible ce qui est invisible. Seule la carte peut nous aider à rendre visible ce qu’on veut raconter.

Il y a une tentative d’effacer les peuples de la carte : les Bédouins dans le Neguev, les habitant·-es de Cisjordanie.

Il faut porter un regard critique sur les cartes. Et remettre au cœur de la grille de lecture, les enjeux territoriaux. On revient là au cœur du sujet.

Il faut revenir au droit international. Redéfinir les territoires au sens du droit international. Le mur d’apartheid, qui permet l’accaparement des terres, suit un objectif : la judaïsation des terres.

Concernant ce qui se passe à Jérusalem, avec le mur et avec les humiliations des Palestiniens, condamnés pour certains à déconstruire eux-mêmes leur maison par des arrêtés municipaux est une situation psychopathique pour désespérer les Palestiniens.

– C’est un nettoyage ethnique sans avoir besoin de déplacer les gens.  À Jérusalem, il y a 2 enclaves palestiniennes [le village de Shweika  et Kufr Aqab[3]] qui se retrouvent à l’extérieur du mur, mais malgré tout elles sont encore à l’intérieur de la municipalité de Jérusalem. Leurs habitants[4] payent des impôts, mais à cause du mur, ils ne bénéficient plus des services municipaux : la poste, le ramassage des ordures, l’école. Un jour, ils sont amenés à quitter les lieux, et au bout de 3 ans, selon la réglementation locale, les israéliens se prévalent de l’abandon de la terre par les Palestiniens pour accaparer le foncier…

– Une cartographie de la dispersion : le livre montre une politique d’annexion et de colonisation, très fine et programmée bien avant le 7 octobre 2023, déjà.

On est aujourd’hui à 90% de destruction du bâti à Gaza. 200 000 morts et disparus.

On est à un tournant de la politique israélienne qui peut être datés : en 2020/2021, on a des attaques et des actes de vandalisme des colons. Ils étaient moins fréquents avant, et surtout limités à des zones et ponctuelles.

À partir de 2021, avant qu’il soit trop tard, les violences se développent. Maintenant, c’est partout dans les zones A, B et même C en Cisjordanie.

Depuis le 8 octobre, il y a eu 900 tués en Cisjordanie

Fin août 2024 : 75% du bâti est inhabitable à Gaza. Aujourd’hui : 92% des structures, du bâtis et des infrastructures sont inhabitables.

On a basculé dans quelque chose d’irréversible.

On ne peut plus raisonner sur les éléments d’avant.

– L’idée qu’Israël est un état juif et un état démocratique en a pris un coup.

La majorité de la population est arabe en Israël (à 53%)… l’État ne peut donc plus être juif, comme constitutionnellement cela a été consacré il y a quelques années. Si les Palestiniens ne peuvent pas y voter, l’État ne peut plus être démocratique.

Le système ne peut plus fonctionner. La seule issue possible est l’expulsion des Palestiniens. On force les gens à la famine. Les jeunes représentent 60% de la population. Ils ne pourront pas vivre toute leur vie dans ces conditions.

Cela risque de coûter cher à Israël. Parmi nos détracteurs, parmi ceux qui ne nous comprennent pas, ils ne peuvent plus rien dire face à la situation, tellement elle est terrible.

Nous avons échangé avec nos connaissances sur place en Israël. Quand on leur dit les choses [les bombardements ; les destructions ; les exactions], elles n’y croient pas. Elles nous disent que ce n’est pas possible que seuls des monstres peuvent faire cela.

Israël a perdu tous ses votes à l’Onu. Seuls soutiens : les États-Unis, des pays dominés par l’extrême-droite et de tout petits États achetés (Argentine, Hongrie, Micronésie, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée et République tchèque…).

La dernière fois que Netanyahu est venu à l’Onu, la salle s’est vidée. 50 personnes seulement sont restées. C’est difficile pour Israël qui est acculé dans les instances internationales.

– L’issue ? On ne sait pas.

Une certitude : la dégradation de l’image d’Israël dans le monde. Il n’y a plus que 8 % des Arabes qui souhaitent une normalisation des relations avec Israël. Aux États-Unis dans les enquêtes, il y a maintenant une majorité d’Américains en faveur des Palestiniens, y compris parmi les Américains juifs.

La société israélienne part en lambeaux : 1 million d’Israéliens ont fait le choix de quitter Israël, car en raison de la politique de leur gouvernement, ils estiment ne plus être en sécurité en Israël Ils estiment que leur avenir n’est plus là.

La Ligne verte comme frontière entre deux États – Autocollant distribué en 2006 par les ONG de défense des droits humains en Israël.

Avec :

Philippe Rekacewicz, géographe, cartographe et information designer. Depuis 2006, il se consacre à la recherche en cartographie sensible et radicale, participe à diverses manifestations carto-artistiques et mène de nombreux projets internationaux. Cofondateur, avec Philippe Rivière, du site collaboratif de recherche visionscarto.net, il est, depuis 2021, chercheur et enseignant associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas).

Dominique Vidal, journaliste et historien, spécialiste des questions internationales. Il a notamment été rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique. Il dirige avec Bertrand Badie l’annuel « Le monde d’après » aux éditions Les Liens qui libèrent. Il participe aussi à La Chance pour la diversité dans les médias, une classe préparatoire aux écoles de journalisme destinée aux étudiants boursiers.

Pour aller plus loin 

Voir le site www.visionscarto.net

TRT World, extraits de guerre à Gaza les 18, 19 et 29 avril 2025 :

https://www.facebook.com/share/r/12L4PnRFiso/

https://www.facebook.com/share/v/195eVesebY/

https://www.facebook.com/share/v/18LeTYDrMp/

Journaliste palestinien

Journaliste de Libération

Débat sur LCI

Tirs près des écoles à Hébron, Cisjordanie

Pâques 2025, les forces israéliennes ciblent les fidèles chrétiens palestiniens :

RFI : La mort de la journaliste Fatima Hassouna s’inscrit « dans une technique pour perpétrer les crimes »

France 24, Gaza, plus de 50 morts dans des bombardements israéliens, Netanyahu annonce une « phase décisive »:

[1] https://www.monde-diplomatique.fr/2002/11/BRUBACHER/9625

[2] Quant à Jérusalem, Le Mur en construction isole de facto 200 000 Palestiniens de Jérusalem-est du reste de la Cisjordanie.

[3] La définition de ce terme, donnée par les Nations Unies dans l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, est adoptée en 1948.

[4] « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus »

 

Reconnaître l’État de Palestine

Gaza : « Le monde attendra-t-il que Trump déclare l’annexion de la Cisjordanie ? », alerte Hala Abou Hassira

Torpillé en direct par Donald Trump, le droit international prohibe l’expulsion de populations de leur territoire par la force. Face à cette volonté d’enterrer l’idée d’un État palestinien, l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, réaffirme le droit à l’autodétermination. Elle répond aux questions de Lina Sankari pour l’Humanité. 

Comment qualifieriez-vous les propos de Donald Trump sur la prise de contrôle de Gaza par les États-Unis et les menaces de nettoyage ethnique ?

Ces propos sont une insulte à l’histoire, à l’humanité, au droit international, mais aussi aux droits inaliénables du peuple palestinien. Les calculs des hommes d’affaires ne peuvent déterminer le destin des peuples en quête de liberté. Notre peuple est enraciné sur cette terre, il a toujours été là et y restera.

Nous rejetons ces propos criminels qui légalisent l’illégal. Ils sont un appel au crime de guerre et au crime contre l’humanité via la déportation et l’expulsion forcée d’un peuple. S’il fallait retenir une seule idée des propos du président Trump, c’est que l’enfer est bel et bien là, à Gaza. C’est la responsabilité d’Israël qui a rendu cette terre inhabitable.

Vous évoquez un peuple enraciné dans sa terre. En proposant de déporter les Palestiniens dans d’autres pays arabes, Trump ranime l’idée que les Palestiniens seraient dénués d’une identité propre…

Trump s’aligne sur une vieille idéologie israélienne. Les appels à expulser par la force et à déporter les Palestiniens ne sont pas nouveaux. Rappelons que, le 25 juin 1967, après l’occupation de la bande de Gaza et de la Cisjordanie consécutive à la guerre des Six-Jours, Moshe Dayan (ex-ministre de la Défense – NDLR) appelait à expulser par la force 300 000 Palestiniens de la bande de Gaza pour l’annexer.

Trump s’aligne sur cette idéologie coloniale. Ce n’est pas comme cela que le président de l’État le plus puissant au monde parviendra à imposer la paix. Cette dernière sera le résultat du respect du droit international et des droits fondamentaux, dont celui du peuple palestinien à l’autodétermination dans un État indépendant et souverain dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale. C’est la seule manière de vivre en paix avec Israël. L’établissement de l’État palestinien est le préalable à la paix.

La question du droit à l’autodétermination est évacuée, tout comme celle d’une gouvernance palestinienne du territoire après-guerre.

Ce n’est pas à une seule personne de décider du sort d’un État sous occupation. Le seul représentant légitime du peuple palestinien est l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Son seul agent, l’État de Palestine par le biais du gouvernement palestinien qui est prêt à gouverner Gaza.

C’est le seul à avoir la tutelle juridique et politique pour gouverner Gaza et secourir la population. Depuis le cessez-le-feu, on a oublié que l’aide humanitaire entrait au compte-goutte dans l’enclave. On a oublié la réalité qui prévaut sur le terrain. Le gouvernement palestinien est prêt. Il n’attend qu’à déployer son plan de secours et de reconstruction par étapes.

Est-ce une menace sur la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu, qui prévoyait l’ouverture de négociations pour parvenir à la fin de la guerre ?

C’est la question que tout le monde se pose. Que cherche Trump en tenant de tels propos ? Dans son sillage, Bezalel Smotrich (ministre des Finances – NDLR) a assuré qu’il enterrerait l’idée d’un État palestinien. S’agit-il pour Netanyahou de sortir de l’accord obtenu grâce à la médiation de plusieurs États ? Souhaite-t-il poursuivre son projet de déportation forcée du peuple palestinien avec l’objectif ultime d’annexer la bande de Gaza ?

C’est la seule question qui doit être posée aux Israéliens. Le moment est également venu de mettre un terme à l’impunité. Depuis le déplacement aux États-Unis de Netanyahou, le monde entier semble avoir oublié qu’il est un criminel de guerre, dont la Cour pénale internationale demande l’arrestation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Qu’attendez-vous de la France aujourd’hui ?

En ces instants où nous voyons le président américain et le premier ministre israélien mettre en péril les droits du peuple palestinien, semer le chaos dans notre région et dans le monde et saper le droit international, le moment de l’action est venu. Les réactions, nous les saluons.

Mais nous disons depuis des années qu’elles ne suffisent plus. Pour les pays qui ne l’ont pas fait, dont la France, le moment est venu de reconnaître l’État de Palestine. On oublie que le génocide perpétré devant nos yeux à Gaza s’étend également en Cisjordanie occupée.

Le monde attendra-t-il que Trump déclare l’annexion de la Cisjordanie la semaine prochaine ? C’est le moment de protéger ce territoire en reconnaissant l’État de Palestine, afin de donner de l’espoir au peuple palestinien en premier lieu. Il verrait ainsi son droit à exister dans un État indépendant reconnu.

En mai dernier, nous avions rencontré Hala Abou Hassira à Argenteuil lors d’une rencontre à l‘initiative du PCF du Val d’Oise. Tous les intervenants avaient souligné l’urgence et l’importance de la reconnaissance par la France de l’État de Palestine. Aujourd’hui hélas, la question reste entière : qu’attend la France ?  

Solidarité avec le peuple palestinien

À l’occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le PCF cosigne une déclaration commune avec les camarades de l’Organisation de libération de la Palestine.


Le peuple palestinien subit la plus grande catastrophe de son histoire. Le gouvernement israélien d’extrême droite veut détruire tout espoir d’émancipation du peuple palestinien. Les massacres de masse, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, le génocide, dont il est coupable ont été condamnés par la Cour Internationale de Justice et ont donné lieu à l’émission de mandats d’arrêt de la part de la Cour Pénale Internationale. Nous dénonçons également la politique d’épuration ethnique de l’armée et des colons israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupés.

Nous réaffirmons le droit inaliénable du peuple palestinien à la réalisation de ses droits légitimes nationaux, en toute indépendance, en application du droit des peuples à l’autodétermination, et à vivre en paix et en sécurité, dans le cadre d’un État souverain et démocratique, aux côtés du peuple israélien. Seule une solution politique et l’application du droit international permettra une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens.

Nous exigeons donc, en application des résolutions de l’ONU :

-Un cessez-le-feu immédiat et permanent pour l’ensemble de la région 

-La mise en jugement des criminels de guerre en application de l’arrêt de la CPI

-La protection du peuple palestinien contre les attaques de l’armée et des colons israéliens

-La reconnaissance par la France et l’Union Européenne de l’État de Palestine sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale

-La libération des prisonniers politiques palestiniens et des otages israéliens

-Le démantèlement de toutes les colonies israéliennes et la fin de l’occupation

-La levée du blocus de Gaza

-L’exercice du droit au retour des réfugiés.

Telle est la voie pour établir une relation pacifique entre les peuples palestinien et israélien. 

Nous demandons à l’UE et à la France de condamner les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement israélien. Elles doivent faire appliquer les arrêts de la CPI. Nous appelons à la suspension de l’accord de libre-échange UE-Israël tant que l’État d’Israël ne se plie pas au droit international, et à la fin immédiate de toute livraison d’armes, de matériel militaire et de la coopération militaire entre les pays européens et l’État d’Israël.

Alors que l’extrême droite israélienne a annoncé l’annexion unilatérale et illégale d’une partie de la Cisjordanie pour 2025, qui s’ajouterait à l’annexion illégale de Jérusalem-Est, il y a urgence à agir !

En cette Journée internationale de solidarité envers le peuple palestinien, le PCF et l’OLP annoncent donc s’engager dans la construction d’une campagne large de solidarité à l’échelle européenne et française pour la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien.

Ramallah & Paris, le 29 novembre 2024
Parti Communiste Français
Organisation de Libération de la Palestine

Crimes contre l’humanité

Pour mieux comprendre ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie…

Mercredi 20 novembre, la commission des Affaires étrangères a auditionné Madame Hala Abou-Hassira, représentante de l’Autorité palestinienne en France, sur la situation des Palestiniens.

« Il est de notre devoir à tous de reconnaître les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité « .

Écouter l’audition de la représentante de l’autorité palestinienne en France sur le site de LCP

Photos ci-dessous de S. B. prises au cours du Conseil municipal durant notre question orale sur la paix en Palestine, lors de la venue à Argenteuil de Hala Abou-Hassira, et lors de son intervention à la fête de l’Humanité

 

Vivre dignement, en paix

L’État d’Israël représente une menace pour la sécurité, la paix », estime Hala Abou Hassira, l’ambassadrice palestinienne en France.

Hala Abou Hassira se bat sans relâche pour l’application du droit international à Gaza et la reconnaissance de l’État de Palestine par Paris. Elle ne peut s’empêcher d’avoir la gorge nouée au regard de l’année qui vient de s’écouler.

Entretien avec Axel Nodinot pour l‘Humanité

Depuis un an, les Palestiniens de Gaza sont massacrés par l’armée israélienne. Que ressentez-vous ?

Cette question fait mal au cœur. C’est une année plus que dramatique. C’est le sang d’innocents, de femmes, d’enfants qui a coulé, mais qui ne devaient pas payer ce prix. Depuis le 7 octobre, nous déplorons des pertes humaines extraordinaires : dans la bande de Gaza, plus de 41 000 Palestiniens ont été tués, dont plus de 70 % de femmes et d’enfants.

Plus de 100 000 blessés sont condamnés à mort en raison de la destruction par Israël des infrastructures qui permettraient de les soigner. Je crois que le monde entier a vu de ses propres yeux le génocide qui s’y déroule.

L’ensemble des hôpitaux de la bande de Gaza, les écoles, les universités, sont hors service. Les habitations sont rasées. Des milliers de familles sont complètement effacées du registre civil palestinien. Plus de 20 000 enfants sont aujourd’hui orphelins.

Quand je reviens sur cette année, un moment me bouleverse encore, lorsque le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a traité les Palestiniens « d’animaux humains » et a appelé au génocide – sans le nommer ainsi –, à couper l’eau, l’électricité, la nourriture et le fioul. Nous voyons aujourd’hui les conséquences de ce génocide à Gaza, son extension d’une manière différente en Cisjordanie, les attaques israéliennes contre chaque ville, chaque camp de réfugiés palestiniens.

Ces douze derniers mois ont également confirmé l’impuissance de la communauté internationale, incapable de stopper Israël et de passer outre le veto des États-Unis. Qu’en attendez-vous désormais ?

La communauté internationale est impuissante depuis huit décennies déjà ! Elle n’a pas été en mesure d’appliquer les innombrables résolutions du Conseil de sécurité concernant la question palestinienne, ni la dernière qui exigeait un cessez-le-feu immédiat, il y a maintenant six mois. Le droit international est menacé lorsqu’il est mis en œuvre pour certains conflits, mais qu’il fait exception pour les Palestiniens.

Cette politique de deux poids, deux mesures est destructive. Il est temps de se réveiller et de prendre les mesures juridiques nécessaires pour rendre responsable l’État d’Israël et ses dirigeants, qui commettent chaque jour des crimes de guerre, un système de nettoyage ethnique et un régime d’apartheid.

Faute de quoi, nous allons au-devant d’un chaos total, d’une déstabilisation totale de notre région, et même au-delà, je le crains. Aujourd’hui, l’État d’Israël représente une menace pour l’humanité entière, pour la paix et la sécurité.

La France ne reconnaît toujours pas l’État de Palestine. Pourquoi devrait-elle le faire, selon vous, et qu’est-ce que cela changerait ?

La France est un membre permanent du Conseil de sécurité, et a une voix singulière : c’est avec des mains françaises que le droit international a été écrit. En 1982, durant l’invasion israélienne de Beyrouth, le président Mitterrand a été à l’initiative de la solution à deux États.

Je crois qu’il est de la responsabilité de la France, aujourd’hui, de protéger cette solution et de permettre sa concrétisation. La reconnaissance de l’État de Palestine serait une sorte de justice vis-à-vis du peuple palestinien, et lui permettrait d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination. Ce serait aussi un message très fort à Israël, pour lui dire qu’il ne peut continuer à violer le droit international.

Je rappelle que la personnalité juridique de l’État de Palestine existe déjà, en étant membre à part entière de l’Unesco, membre observateur aux Nations unies. Je salue le vote de la France sur la résolution concernant l’adhésion de la Palestine en tant que membre à part entière, mais il faut concrétiser ce vote par une vraie reconnaissance du droit à l’existence du peuple palestinien.

De nombreuses mobilisations dans le monde entier ont eu lieu, ces douze derniers mois, en solidarité avec le peuple palestinien. Considérez-vous que les peuples sont vos plus puissants alliés ?

Bien évidemment, ce sont les peuples qui sont le reflet de l’humanité. Je salue toutes les mobilisations qui ont eu lieu aux quatre coins de la terre. La jeunesse d’aujourd’hui a accès aux informations en direct ; elle voit les crimes, les vies anéanties.

Ces peuples ont démontré une conscience humaine extraordinaire en rejoignant le camp de la justice et du droit international, avant même de se rallier au peuple palestinien, parce que notre combat commun, c’est la justice. Nous comptons sur les jeunes du monde entier et sur leur mobilisation.

La Fête de l’Humanité a été un moment extraordinaire de solidarité, comme elle l’a toujours été. Je saisis ce moment pour remercier le journal l’Humanité et son directeur, le sénateur Fabien Gay, et le PCF également, pour ce soutien extraordinaire et permanent aux côtés des peuples opprimés. Le peuple palestinien, parmi tous les autres peuples, cherche la justice et la liberté. Il ne cherche pas la mort ; il veut vivre dignement, en sécurité et en paix.

Nous avions rencontré Hala Abou Hassira à Argenteuil, en mai dernier, lors d’une soirée organisée par la fédération du PCF 95, en présence de Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité ; Francis WURTZ, ancien député PCF européen ; Pierre BARROS, sénateur du Val d’Oise ; Cécile DUMAS, conseillère régionale d’IdF et secrétaire du PCF 95. Les photos datent de cette rencontre.

Un État pour la Palestine

Fabien Roussel : « Reconnaître l’État de Palestine maintenant, un devoir politique et moral pour la France »

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, Charlotte Blandiot-Faride, présidente de l’Association pour le Jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) et Philippe Rio, président de la Coopérative des élus communistes, ont cosigné une tribune (parue dans « Marianne, ndlr). Ils y appellent la France à agir en reconnaissant l’État de Palestine, afin de ne plus rester spectateur des horreurs commises par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Et ainsi démanteler les colonies, détruire le mur de la honte et mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza.

À lire ci-dessous

Le Proche-Orient s’enfonce dans la guerre. Les chiffres sont sidérants à Gaza : plus de 50 000 morts sont désormais comptabilisés, plus de 95 000 blessés, 89 % de la population gazaouie déplacée sous ordre d’évacuation, le spectre de la famine et des épidémies touchant l’ensemble de population civile, 70 % des infrastructures détruites selon l’ONU. La Cisjordanie subit des incursions permanentes des camps de réfugiés et les violences sans précédent de colons qui sévissent en territoire occupé.

Le peuple palestinien est face à l’une des plus grandes catastrophes de son histoire, confronté à un risque de génocide selon la Cour pénale internationale (CPI) et à une intention délibérée de l’État d’Israël de tuer la population civile sans distinction. Le Liban, à son tour, est bombardé, après des attaques dont le modus operandi rappelle les pratiques des pires organisations terroristes.

Honte

Le gouvernement ultranationaliste de Benyamin Netanyahou, dans sa volonté de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, constitue un danger mortel pour le peuple palestinien, pour le peuple libanais et pour le peuple israélien. Ni les massacres terroristes inqualifiables du Hamas le 7 octobre, ni les attaques du Hezbollah ne peuvent justifier les crimes de Tsahal, la dévastation de Gaza, le pilonnage des villes libanaises ou les actions visant à répandre la terreur parmi les populations civiles.

Depuis un an, nous, citoyens français, avons honte. Honte de voir notre pays rester spectateur alors qu’un massacre a lieu à 200 kilomètres des frontières de l’Union européenne.

Honte de voir notre pays renoncer au rôle qui le voyait hier porter devant la communauté internationale les exigences de paix et de justice pour la région. Honte de laisser des binationaux franco-israéliens commettre des crimes en toute impunité dans les territoires occupés. Honte de voir cette Union européenne maintenir ses accords commerciaux avec le gouvernement israélien. Honte de voir notre pays s’aligner sur l’inaction coupable de l’UE et s’effacer devant le soutien militaire et diplomatique des États-Unis.

La France doit agir

Depuis trente ans, nous avons vu l’espoir suscité par les accords d’Oslo être piétinés par les gouvernements israéliens successifs et par la passivité des gouvernements occidentaux. Nous avons entendu ce que nous ont dit les Israéliens du camp de la paix qui manifestent sans relâche pour un cessez-le-feu et la libération des otages ; ce que nous ont dit les Palestiniens des camps de réfugiés, les prisonniers libérés, l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), l’Autorité palestinienne.

Nous avons entendu les familles des victimes du Hamas et des victimes de Tsahal. Nous avons été les premiers responsables politiques français à nous être rendus en délégation en Israël, en Cisjordanie occupée et dans les camps de réfugiés au mois de mars dernier. Nous écoutons les grandes voix pour la paix que sont Elie Barnavi ou Elias Sanbar. Tous appellent la France à sortir des postures, des discours impuissants, de l’hypocrisie et à agir concrètement.

La France doit reconnaître immédiatement l’État de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, aux côtés de l’État d’Israël. Emmanuel Macron a dit dans son discours à la tribune de l’ONU s’engager à « bâtir des reconnaissances mutuelles ».

Franchement, qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que les 147 États qui ont à ce jour reconnu l’État de Palestine, parmi lesquels figurent l’Espagne, l’Irlande et l’Arménie, ont attendu de « bâtir des reconnaissances mutuelles » ? Est-ce que la France elle-même, quand elle a voté le 18 avril dernier, au conseil de sécurité de l’ONU pour l’adhésion et entière de la Palestine à l’ONU, a attendu de « bâtir des reconnaissances mutuelles » ?

La reconnaissance de l’État de Palestine ne peut pas être la fin sans cesse reportée d’un processus. Elle en est au contraire le début, la clef pour mettre en œuvre concrètement la seule solution de paix juste et durable possible : deux États pour deux peuples vivant sur une même terre et la reconnaissance du droit au retour des réfugiés. C’est la première étape pour démanteler les colonies, détruire le mur de la honte et mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza.

Un message fort

La reconnaissance de l’État de Palestine redonnerait à la France un rôle et un crédit dans l’action concrète pour une paix juste. Elle serait un message fort envoyé au gouvernement israélien coupable d’actes de terreur, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ; un gouvernement qui a sur les mains le sang du peuple palestinien, du peuple libanais et du peuple israélien, dont la place est devant la justice internationale, comme l’est celle des dirigeants du Hamas.

La reconnaissance de l’État de Palestine serait un message fort envoyé aux peuples qui veulent simplement vivre en paix, en sécurité et en démocratie. Il est temps que la France mette ses actes en cohérence avec ses discours. Il est temps que la France soit à la hauteur de ce que les peuples attendent d’elle.

Hala, la voix de la Palestine

La fédération du PCF 95 organisait mardi soir à Argenteuil (95) un échange avec Hala ABOU HASSIRA, Ambassadrice de Palestine en France. Autour d’elle : Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité ; Francis WURTZ, ancien député PCF européen ; Pierre BARROS, sénateur du Val d’Oise ; Cécile DUMAS, conseillère régionale d’Île-de-France et secrétaire fédérale du PCF95.

Hala ABOU HASSIRA, Ambassadrice de Palestine en France :

Le traitement du conflit par les grandes puissances qui gouvernent les instances internationales, comme l’ONU, l’OMS, l’UNHCR…  montre bien là une inégalité entre le nord et le sud.

Alors qu’elle était invisibilisée, la question palestinienne est revenue sur le devant de la scène. Mais à quel prix ?

Le problème ne se limite pas à Netanyahu. Les Palestiniens sont victimes de toute une politique d’état. Nous sommes victimes d’une oppression systémique. Avec l’objectif déclaré, dans la bouche de ministres israéliens d’exterminer le peuple palestinien[1].

Car qu’en est-il quand il s’agit de la démolition des maisons, du retournement de toutes les terres cultivées, de la confiscation des cartes d’identité, des emprisonnements administratifs en Israël de nos militants sans jugement ?  La vie d’un Palestinien vaut-elle la vie d’un autre être humain sur terre ?

Ce conflit met en évidence une politique du deux poids deux mesures. Pourtant, nous sommes les Ukrainiens du Moyen Orient.

C’est une politique de vengeance de la part d’Israël : Ce matin (mardi 28 mai 2024) le dernier hôpital de la bande de Gaza a cessé de fonctionner. Les 80 000 blessés qui vivent sur le territoire de Gaza n’ont plus accès aux soins.

C’est le moment de la vérité concernant la valeur du droit international. Ce droit a été écrit par des mains européennes et françaises. Il a été écrit pour que ne se reproduisent plus les horreurs de la guerre. C’est le moment de voir l’applicabilité du droit international.

Or, les instances internationales sont bloquées par les États-Unis.

Alors que l’État de Palestine a choisi la diplomatie, la voie du pacifisme, avec l’affirmation d’appartenir à la communauté des nations. Malgré cela, on refuse de nous reconnaître. On nous dénie le droit d’exister et à être reconnus.

Un crime ne justifie pas un crime encore plus grand. C’est un deux poids deux mesures à l’échelle 1000… C’est une hypocrisie totale.

Il faut que la France soit au rendez-vous. Il faut mettre à l’ordre du jour  du Sénat et de l’Assemblée nationale la question de la reconnaissance de l’État palestinien. Nous attendons ce moment. Que la France soit au rendez-vous de l’histoire.

Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité

Sans remonter à 1947 et la création de l’État d’Israël, nous avons fait des sacrifices pour arriver à la solution de deux États. Souvenons-nous des débats au Fatah en 1988, où à partir de là, Yasser Arafat va aller convaincre tous les représentants politiques palestiniens – et le spectre est large -, en disant : nous avons une opportunité pour créer un État. Certes sur 22 % de la Palestine. Mais on aura notre État.

Depuis, ils lui ont tourné le dos. En 1993/1994, ce sont les accords d’Oslo. Mais contrairement à ce qui a été prévu, il n’y a pas eu de création de l’État palestinien à compter de 1998. Sharon réoccupe alors le tiers des 22% dévolus aux Palestiniens.

… Dans les médias, c’est le deux poids deux mesures : on dit qu’Israël a le droit de faire des frappes préventives. Mais a-t-on entendu symétriquement que les Palestiniens ont le droit de se défendre ?

Examinons le sens des mots. Il est dit concernant le 7 octobre, qu’il s’agit de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Oui. Ce débat est connu en France et on qualifie le Hamas d’organisation terroriste[2]. On lui impute un crime de génocide.

Mais ce qu’on dit pour l’un, il faut aussi le dire pour l’autre…

Dans les médias français, il est dit qu’on ne peut pas comparer les crimes des uns et des autres. Je cite Caroline Fourest qui a dit que « ce n’est pas les mêmes morts ». D’autres ont dit, que « les civils palestiniens tués, c’étaient des dégâts collatéraux ».

Tout cela est intolérable : Le combat que nous avons à mener, c’est un combat pour la défense de l’humanité.

Personne dans la salle : Je reviens sur le terme d’anéantissement de toute une population[3]. Car le dynamitage de l’université de Gaza avec l’embrasement de tous ses livres, filmé de l’extérieur par des soldats israéliens, revient à dire sur les réseaux sociaux : vous n’aurez plus d’éducation. Le dynamitage des bureaux de l’état civil de l’équivalent de la préfecture de Gaza City, revient à dire : vous n’aurez plus d’endroit où faire reconnaître la naissance des vôtres. Le dynamitage du palais de justice revient à dire : vous n’avez plus d’endroit pour faire justice. Ce sont tous les symboles de ce qui fait société qui est détruit.

Francis Wurtz, ancien député PCF européen

Que faut-il faire ? Faire pression sur Israël, en suspendant les accords d’association entre l’UE et Israël. Car ces accords disent que quand il y a des violations des droits de l’homme, on suspend les accords.

Il y a une responsabilité européenne. Bien qu’on dise qu’on soit pour deux États, on n’agit pas.

Chaque année, est rédigé un rapport européen qui prévoit la création d’un État palestinien. Chaque année il est republié. Il y a toute une série de recommandations pour qu’on y arrive. Mais chaque année le document est classé sans suite.

J’ai moi-même interpellé Javier Solana quand il était responsable des affaires étrangères pour l’UE, de la tribune du parlement européen, pour dénoncer l’attitude complice des États européens, qui va à l’encontre de la diplomatie européenne qui prévoyait malgré tout de petites avancées vers la reconnaissance de la Palestine. Mais c’est l’ensemble des États européens qui à l’époque étaient responsables.

Pierre BARROS 

Le sénateur rappelle ses voyages en Cisjordanie et ce qu’il y a vu, notamment la patiente et méthodique avancée de la colonisation, mètre par mètre, maison par maison. Mais aussi la joie des Palestiniens lors des fêtes traditionnelles malgré le mur, malgré les obstructions à leur liberté de mouvement.

Personne dans la salle : Puisque la solution à deux États, presque plus personne n’y croit, est ce qu’un état binational ne serait pas la solution ?

Hala ABOU HASSIRA : J’entends la proposition. Au final, ce sont les Palestiniens qui choisiront. Deux États côte à côte ou un seul État binational ?

Pour ma part, je reste pour la solution à deux États. Pourquoi ? Pour pouvoir exercer notre droit à l’autodétermination. Exercer ce droit souverain. Mais, c’est vrai, l’espace se réduit du fait de la fragmentation, de l’isolement de Gaza et de la Cisjordanie.

Demander l’égalité dans un seul État ? L’alternative avec un seul État, aujourd’hui, serait terrible : l’apartheid. À Gaza, les notions d’égalité et de liberté n’existent pas. 2,5 millions de Palestiniens ne sont pas sortis de Gaza (40 km de long, 10 km de large) depuis 17 ans.

Les Palestiniens avaient dans le passé fait la proposition d’un état binational laïque. Ce sont les Israéliens qui en n’ont pas voulu.

On reste engagé sur la solution à deux États. Car définie par des résolutions de l’ONU de 1967… nous sommes pour le respect du droit international.

Je souhaite remercier pour le soutien dont on bénéficie partout dans le monde et en France en particulier.

Prises de notes : Stéphane BAUER

Hala Abou Hassira dans quelques articles de médias français

Frappes à Rafah : « c’est une condamnation à mort pour les 2,3 millions de civils Palestiniens », selon Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France (francetvinfo.fr)

Reconnaissance de la Palestine : « J’invite les autorités françaises à passer à l’acte », exhorte Hala Abou Hassira – L’Humanité (humanite.fr)

Guerre Israël-Hamas : à Paris, le drame personnel de l’ambassadrice palestinienne, Hala Abou Hassira (lemonde.fr)

[1] « J’en appelle au Premier ministre et au ministre des Affaires étrangères, c’est l’occasion de mettre au point un projet visant à encourager l’émigration des habitants de Gaza vers d’autres pays du monde » ministre de la Sécurité nationale https://www.sudouest.fr/international/moyen-orient/israel/guerre-israel-hamas-des-ministres-israeliens-veulent-chasser-les-palestiniens-de-gaza-et-le-retour-des-colons-17990072.php?csnt=18fc6526c90

« Tirez sur les femmes et les enfants pour la sécurité d’Israël », a déclaré le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. https://www.tf1info.fr/international/guerre-gaza-un-ministre-israelien-a-t-il-appele-a-tirer-sur-les-femmes-et-les-enfants-palestiniens-pour-garantir-la-securite-d-israel-2286056.html

[2] Si selon Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité, la notion de terrorisme n’existe pas en droit, l’Assemblée générale des Nations unies l’a cependant consacrée au niveau politique en affirmant la définition en janvier 2006 (résolution 60/43), définissant les actes de terrorisme comme des « actes criminels conçus ou calculés pour terroriser l’ensemble d’une population, un groupe de population ou certaines personnes à des fins politiques ».

[3] « Je pense que Houwara devrait être anéantie », a déclaré le ministre israélien des Finances https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2023-03-04/israel/un-ministre-regrette-avoir-appele-a-aneantir-une-ville-palestinienne.php

À lire d’autres infos sur cette soirée et la plantation d’un olivier à Argenteuil sur la page Facebook du Front de Gauche de Saint Gratien : https://www.facebook.com/frontdegauche.stgratien