Madeleine

Madeleine Riffaud, résistante, journaliste à l’Humanité, vient de nous quitter à l’âge de 100 ans.

Une vie extraordinaire, hors du commun  pour celle qui disait  « Il n’y a aucune cause perdue, excepté celles qu’on abandonne en chemin. » Elle n’a rien abandonné, de la résistance contre le nazisme sous le pseudonyme allemand de « Rainer », référence au poète Rainer Maria Rilke, à l’engagement contre les guerres colonialistes d’Indochine puis du Vietnam et d’Algérie.

Poète, elle fut amie d’Eluard, de Vercors, de Picasso et d’Hô Chi Minh… Dans les années 70, son livre « les linges de la nuit » remporta un immense succès : elle y racontait son immersion dans le monde déjà si malmené de l’hôpital, après y avoir travaillé incognito sous pseudonyme.

Sa vie a fait l’objet d’une bande dessinée, « Madeleine, résistante. » L’hommage ci-dessous de son auteur, Jean-David Morvan.     
 
« Je pense que je ne rencontrerai plus jamais quelqu’un comme ça », réagit, jeudi 7 novembre, sur franceinfo, Jean-David Morvan, scénariste et auteur de BD, co-auteur avec Dominique Bertail de Madeleine, résistante.

Jean-David Morvan perd celle qu’il considérait comme l’un de ses « meilleurs potes » malgré leurs 45 ans d’écart. Il décrit une relation « magnifique ». Madeleine Riffaud « avait vécu tant de choses », elle « avait tant de choses à m’apprendre », poursuit-il. Jean-David Morvan se souvient de leur échange quand il l’a appelée pour lui « demander si elle voulait faire de la bande dessinée. Elle avait répondu : ‘N’importe quoi, on m’aura mise à toutes les sauces’, raconte-t-il en l’imitant. Finalement, elle a accepté et c’était un changement de vie incroyable » car Madeleine Riffaud, était vraiment « exceptionnelle, je suis encore amoureux d’elle. » Il insiste parce que cette « amitié sincère » l’a « énormément enrichi ».

« Madeleine m’avait dit : ‘Tu verras, tu vivras très bien avec moi, sans moi.’ Voilà, ça commence… (Et pour l’instant, je ne le vis pas super bien) », a écrit sur sa page Facebook Jean-David Morvan. « Je ne la verrai plus » alors que « j’ai passé sept ans avec elle. J’habitais quasiment chez elle dans le Marais à Paris, deux ou trois jours par semaine », ajoute sur franceinfo l’auteur de BD qui habite à Reims. Il était dans le train avec Dominique Bertail quand il a appris le décès de Madeleine Riffaud. Ils se rendaient à Paris pour lui rendre visite.

Jean-David Morvan a co-écrit un texte pour rendre hommage à Madeleine Riffaud, « une femme étonnante de lucidité sur le monde comme il ne va pas, nourrie par son expérience de vie, redoutant d’être récupérée par les uns ou par les autres, ce qui ne manquera pas d’arriver néanmoins ». Il précise qu’elle « écoutait franceinfo toute la journée », y compris le soir quand, selon elle, « les journalistes disent ce qu’ils n’osent pas dire dans la journée ».

Co-auteur de Madeleine, résistante, il est « super fier de l’avoir ramenée à sa place dans l’histoire de France » parce que Madeleine Riffaud « a été très célèbre jusque dans les années 70 » puis a été un peu oubliée par les plus jeunes générations.

Dans un communiqué, la ministre de la Culture, Rachida Dati, « salue la mémoire de cette héroïne au courage admirable et exemplaire ». « Je suis content qu’elle le dise », réagit, un peu amer Jean-David Morvan. « On lui a demandé pour la faire Chevalier des Arts et des Lettres et on n’a jamais eu de réponse, mais c’est sûr que Tom Cruise, c’est sans doute plus intéressant », ironise-t-il. L’ami de Madeleine Riffaud estime qu’elle « mérite largement » un hommage national « parce qu’elle a raconté une sorte de contre-histoire du roman national de la fin du 20e siècle » mais, poursuit-il, « ce sera à la Nation de décider ».