Engrenage

À la veille de l’avis du Conseil constitutionnel sur la loi immigration, je partage l’interview sur « Franceinfo » de l’ancien Défenseur des droits, Jacques Toubon. Il s’exprimait dimanche 21 janvier, jour où partout en France des manifestations demandaient la non-application de cette loi discriminatoire.  

Loi immigration : la préférence nationale « contraire à nos principes constitutionnels »

Alors que des manifestations [étaient] prévues partout en France ce dimanche 21 janvier contre la loi immigration, l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon assure qu’avec ce texte « on a introduit dans cette nouvelle loi ce que j’appelle, et ce que je dénonce, la préférence nationale ».

C’est pour lui un principe « contraire à nos principes constitutionnels ». Il est d’ailleurs signataire aux côtés de 200 autres personnalités d’une tribune appelant à rejoindre les rassemblements.

« L’histoire de France a en grande partie été faite par les personnes venues de l’étranger », insiste Jacques Toubon. « On ne peut pas distinguer ‘eux et nous’ quand on parle de la France et des Français ».

Il rappelle que « le Conseil constitutionnel a été saisi » , « et il va être intéressant de savoir si le Conseil constitutionnel retient cette idée de non préférence nationale comme un principe fondamental ou s’il admet qu’on peut faire des accommodements au nom de la sauvegarde de l’intérêt public, de l’intérêt général ». Pour l’ancien Défenseur des droits « c’est quelque chose qui aura des conséquences ». 

Pour l’ancien secrétaire général du RPR, ancêtre du parti LR, « il y a un mouvement incontestable de droitisation et ceci n’est pas seulement sur l’immigration, mais sur d’autres sujets aussi. » Pour lui, « aujourd’hui le vrai sujet c’est : est-ce que la droite se laisse tenter par aller vers l’extrême droite ? Il y a une déviance et c’est mortel pour la droite ».

« Ce n’est pas l’opinion qui doit faire le droit fondamental », alerte encore Jacques Toubon. « Si le bien commun se résume à ce qui est socialement ou médiatiquement acceptable, je suis sûr qu’on basculera très vite de l’État de droit à un régime populiste ». Et pour l’ancien Défenseur des droits « des pays ont commencé à le faire. Regardez la Hongrie dans l’Union européenne d’aujourd’hui ». Jacques Toubon alerte : « quand on commence à mettre la main dans l’engrenage il faut arrêter le système, parce que sinon nous passons de l’État de droit au populisme ».

Retrouvez ici l’intégralité de l’entretien 

Une loi scélérate

201 personnalités appellent à manifester ce dimanche 21 janvier pour que ne soit pas appliquée la loi immigration.

«  Soucieux de rassemblement et de solidarité, plutôt que de division sans fin de notre société, nous demandons au Président de la République de ne pas promulguer cette loi. »

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, sera à la manifestation parisienne et explique pourquoi ci-dessous. Rendez-vous dimanche, 14h au Trocadéro.

« J’appelle nos concitoyens et concitoyennes à investir massivement les marches, les rassemblements, les défilés du 21 janvier pour faire résonner dans nos rues les valeurs républicaines – la liberté, l’égalité, la fraternité – contre la loi dit asile- immigration.

À l’heure où Emmanuel Macron et son gouvernement veulent nous diviser, nous devons, au contraire, nous unir largement et ne pas laisser s’installer, se développer le venin de la division.

Aussi, à la veille de ces marches, je veux partager deux convictions.

La première, c’est qu’avec le vote de cette loi dit asile-immigration, une digue a lâché.

Ce texte consacre les thèses les plus dangereuses et nauséabondes de l’extrême droite.

La remise en cause du droit du sol, les nombreuses mesures s’inspirant de la « préférence nationale », chère au Rassemblement national, non seulement stigmatisent et discriminent, mais visent à changer la conception même de notre nation.

En s’attaquant aux droits fondamentaux garantis par le préambule de notre Constitution, c’est notre pacte républicain, issu du Conseil national de la Résistance, qui est attaqué. Terrible signal envoyé à l’heure de l’entrée de Missak Manouchian au Panthéon ! Nous devrions au contraire tirer les leçons de notre histoire commune, du combat des étrangers morts pour la France.

Ma deuxième conviction, c’est que cette loi n’offre aucune solution aux grands enjeux de la question migratoire et va même aggraver la situation.

Elle ne règle en rien les causes fondamentales de l’exil que sont la guerre, les persécutions, le dérèglement climatique. Elle va mettre davantage de personnes en situation de pauvreté, d’irrégularité, en difficulté d’accès au logement et à la santé, donc, au final, nourrir les mafias, les filières clandestines, et mettre en danger leur vie comme celle des autres.

Elle va affaiblir notre pays et tous ces métiers où tant d’hommes et de femmes issus de l’immigration contribuent à la richesse collective, à la solidarité nationale comme à la recherche. Elle va aggraver les divisions dans le monde du travail et tirer vers le bas les droits de toutes et tous, Français et étrangers.

L’heure est donc à une réaction puissante pour mettre en échec cette loi scélérate. C’est tout le monde du travail, toute la nation républicaine qui doit se lever.

Enfin, continuons d’agir pour la régularisation des travailleurs sans papiers. La République doit garantir à celles et ceux qui vivent et travaillent en France, payent des cotisations, un titre de séjour et l’accès aux prestations sociales sans discrimination.

Oui, nous avons un projet pour la France, avec une politique en matière d’immigration qui respecte pleinement les valeurs républicaines que nous chérissons. Nous continuerons de les défendre, en France comme à l’échelle européenne, avec Léon Deffontaines qui conduira une liste de large rassemblement qui place l’être humain au cœur de tous ses choix. »