En silence

Lu dans l’Humanité de ce week-end

L’accord de « cessez-le-feu » conclu en octobre entre Israël et le Hamas a été présenté en grande pompe par Donald Trump comme un « premier pas vers… une paix durable ». En réalité, dans un silence redoublé depuis cette date, le génocide se poursuit à Gaza. Au moins 327 personnes, dont 136 enfants, ont été tuées depuis tandis que les survivants sont sciemment privés d’une aide humanitaire à la hauteur de leur besoin. « Les autorités israéliennes continuent de commettre un génocide contre les Palestiniens en leur infligeant délibérément des conditions de vie destinées à les anéantir », résume Amnesty International dans un rapport étayé publié hier.

Au même moment, en Cisjordanie, le nombre de raids de colons et de soldats explose. Violences, expulsions, arrestations sont le lot quotidien des familles palestiniennes sous le joug du plan d’annexion de Benyamin Netanyahou. Après la diffusion de vidéos montrant des soldats tuant deux Palestiniens, l’Autorité palestinienne a dénoncé, hier, une « exécution sommaire » et un « crime de guerre documenté et complet ». Un crime qui s’ajoute à une liste d’une insupportable longueur.

Pourtant, les pays européens, qui avaient à peine commencer à envisager des sanctions lorsque les images d’enfants ravagés par la famine avaient secoué l’opinion publique mondiale, ont remballé toute velléité de contraindre le gouvernement israélien à respecter le droit international et la dignité humaine. C’est pour les rappeler à la raison que des manifestations sont organisées partout sur le continent ce samedi, dont une à Paris au départ de République à 14 heures.

L’Humanité publie également, ce vendredi 28 novembre 2025, un appel à la libération de Marwan Barghouti, le « Mandela palestinien » emprisonné depuis plus de vingt-trois ans, signé par plus de 50 personnalités. Car si le plan Trump entend mettre sous tutelle le peuple palestinien, la paix ne pourra s’écrire sans justice et respect de sa souveraineté et de ses droits.

Un silence honteux

Je partage l’éditorial du Monde du 1er septembre 2025, et la Une de l’Humanité du même jour. 

Que veut cacher Israël en imposant le huis clos à Gaza ?

En interdisant à la presse d’accéder au territoire palestinien et en menant la guerre la plus meurtrière envers les journalistes dans l’histoire des conflits, l’État hébreu détruit la liberté d’informer, sans réelle réaction des États-Unis ou des pays de l’Union européenne.

La guerre meurtrière conduite par Israël contre Gaza depuis les massacres commis lors de l’opération terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023, compte parmi ses victimes un droit fondamental : la liberté d’informer. Depuis près de deux ans, en effet, les autorités israéliennes interdisent à la presse l’accès libre à l’étroite bande de terre. Cette situation est sans précédent pour un territoire pourtant régulièrement livré au fracas des armes et indigne d’un pays qui se targue d’être la seule démocratie du Proche-Orient.

Rien ne peut justifier un tel blocus de l’information. Il a cependant été accepté sans discussion par de nombreux alliés occidentaux de l’État hébreu qui prétendent défendre par principe le droit à l’information. Les États-Unis tout d’abord, qui n’ont à aucun moment exigé la levée de cette pratique digne des pires régimes de la planète. Les pays de l’Union européenne ensuite, en dépit de cette violation flagrante de l’article de l’accord de partenariat commercial avec Israël qui fait du respect des droits humains un élément essentiel de la relation bilatérale.

Ce silence honteux des démocraties a facilité le franchissement de trop de limites par la coalition au pouvoir en Israël, sans que jamais l’État hébreu ne soit questionné sur ce qu’il tenait tant à soustraire aux yeux du monde. Imposer le huis clos et délégitimer la parole palestinienne avec l’accusation systématique de liens avec la milice islamiste du Hamas a garanti l’impunité, y compris envers les journalistes de Gaza.

Des journalistes tués dans les frappes israéliennes sur l’hôpital Nasser de la bande de Gaza, le 25 août 2025. De gauche à droite : Hussam Al-Masri (Reuters), Mariam Abou Dagga (Associated Press), Moaz Abou Taha (un indépendant qui a travaillé notamment pour Reuters), Mohammed Salama (Al-Jazeera basée au Qatar) et Ahmed Abou Aziz. REUTERS

Car cette stratégie d’invisibilisation ne prive pas seulement la presse internationale de la liberté d’informer. Elle s’accompagne d’une conduite de la guerre qui en fait la plus meurtrière contre la presse dans l’histoire des conflits. A ce jour, plus de 200 journalistes, palestiniens pour l’essentiel, ont perdu la vie dans les bombardements qui ont transformé l’étroite bande de terre en champ de ruines. Une partie d’entre eux ont été tués dans des frappes indiscriminées, parfois avec leur famille. D’autres sont morts en couvrant les bombardements malgré le danger, au nom du devoir d’informer. D’autres enfin ont été délibérément ciblés en dépit des dénégations israéliennes, comme cela a été le cas de ceux travaillant pour des médias internationaux reconnus tués le 10 août et le 25 août.

En juin 2024, alors qu’une centaine de journalistes palestiniens avaient déjà été tués, la publication dans ces colonnes d’une enquête collaborative coordonnée par l’organisation Forbidden Stories avait mis en évidence une stratégie particulièrement agressive d’Israël vis-à-vis de la presse. Elle s’inscrit dans une tendance lourde, mais la guerre en cours se caractérise par un dramatique changement d’échelle.

Les appels au cessez-le-feu et à la levée des restrictions concernant une aide alimentaire cruciale pour un territoire où sévit la famine, selon les experts des Nations unies, doivent donc s’accompagner de deux exigences : la protection des journalistes dans leur travail d’information, quel que soit le média qui les emploie, et l’ouverture de Gaza à la presse internationale. C’est le sens de la campagne lancée le 1er septembre par l’organisation Reporters sans frontières. Israël étant resté sourd aux injonctions des institutions défendant le travail de la presse, les gouvernements soucieux de la liberté d’informer doivent lui signifier de la manière la plus claire que persister aura un coût.

Le Monde, 1er septembre 2025

 

Pour une aide concrète à Gaza

En quelques jours, la pression sur le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou s’est accentuée comme jamais. Suite à l’engagement pris par la France de reconnaître l’État de Palestine, d’autres pays lui ont emboîté le pas, comme les quatorze États signataires de la déclaration issue de la conférence de New York. Le Royaume-Uni, ancienne puissance mandataire, a lui-même annoncé qu’il pourrait prendre la même décision.

Pour autant, les crimes de l’armée israélienne se poursuivent à Gaza, et la famine, suite au blocus total du territoire, y est si grave que le gouvernement Netanyahou a dû laisser entrer un peu d’aide humanitaire. Devant la réprobation internationale des opinions, l’administration Trump s’est elle-même vue contrainte de reconnaître que la vie de dizaines de milliers de civils palestiniens était menacée. Cinq présidents d’universités israéliennes exigent que Netanyahou « résolve la famine à Gaza ». Pour la première fois, deux ONG israéliennes considèrent que le gouvernement israélien « commet un génocide » et appellent à une intervention internationale. Les Pays-Bas ont déclaré les ministres suprémacistes Ben Gvir et Smotrich personæ non gratæ.

Pendant ce temps, les exactions et les assassinats se poursuivent en Cisjordanie. Le village palestinien de Taybeh a été violemment attaqué par des colons.

Il est urgent que la communauté internationale prenne des mesures d’urgence pour arrêter l’horreur en cours. Soit elle continue de se montrer complice des massacres de masse et de l’épuration ethnique, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par le gouvernement, l’armée et les colons israéliens. Soit elle impose à Netanyahou et à son protecteur états-unien un cessez-le-feu immédiat, l’expédition d’une aide humanitaire massive aux populations de Gaza, l’arrêt des exactions en Cisjordanie et la libération des otages encore détenus par le Hamas.

La France a une responsabilité primordiale en ce sens. L’annonce de la reconnaissance de l’État de Palestine a contribué à desserrer l’étau dans lequel est pris le peuple palestinien. Celui-ci, comme les forces de paix en Israël, a repris espoir en une solution politique qui mette fin à la guerre et permette aux deux peuples de vivre demain dans des États aux frontières sûres et reconnues.

Le Parti communiste français appelle donc le gouvernement français à prolonger sa démarche en agissant concrètement et immédiatement :

  • Pour qu’une aide humanitaire d’urgence entre au plus vite à Gaza sous contrôle de l’ONU, de l’UNWRA et des organisations humanitaires reconnues internationalement ; pour la libération immédiate des otages israéliens encore détenus à Gaza.
  • Pour que des sanctions soient prises à l’encontre de l’actuel pouvoir israélien tant qu’il bafouera le droit international. La France doit déclarer personæ non gratæ Ben Gvir et Smotrich, comme les Pays-Bas l’ont fait, et annoncer qu’elle  appliquera le mandat de la CPI contre Netanyahou et Gallant. Elle doit agir concrètement pour que l’UE suspende l’accord d’association avec l’État d’Israël et pour déclarer un embargo sur les armes. Sans attendre, notre pays doit prendre la tête d’une coalition de tous les États disposés à prendre des sanctions contre les dirigeants israéliens.
  • ⁠Pour aller au bout de la reconnaissance de l’État de Palestine, en lui permettant de bénéficier d’une pleine capacité juridique devant la justice internationale, CPI et CIJ et à rendre possible une solution politique.

Paris, le 31 juillet 2025

Parti communiste français.

 

Avant qu’il ne soit trop tard..

Fabien Roussel, Olivier Faure et Marine Tondelier demandent des sanctions contre Israël.

Dans un courrier à Emmanuel Macron, ils estiment que doit être suspendu « l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’État d’Israël tant que le droit international n’est pas respecté ».

Ils exigent également que la France œuvre « pour qu’une aide humanitaire massive soit apportée à la population gazaouie martyrisée ». Il revient à Paris « de prendre la tête d’une coalition d’États prêts à agir en ce sens. »

Leur lettre est à lire ci-dessous.

Monsieur le Président,

Vous vous êtes engagé le 24 juillet à reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine réunion de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain.

Il s’agit d’un pas en avant important pour notre pays, dans l’application du droit international, 37 ans après la proclamation de l’État de Palestine par Yasser Arafat, et 32 ans après les accords d’Oslo au terme desquels l’Organisation de libération de la Palestine avait reconnu l’État d’Israël.

Nos forces politiques portent elles-mêmes cette exigence. Cette décision doit toutefois n’être qu’une première étape.

Nous vous appelons solennellement, Monsieur le Président de la République, à aller jusqu’au bout de la démarche que vous avez annoncée. C’est ce qu’attendent nos compatriotes, toujours plus nombreux à vouloir que s’arrête le bain de sang au Proche-Orient. C’est aussi ce qu’attendent les peuples du monde du pays qui, le premier, a proclamé l’universalité des droits humains.

Dans un appel rendu public le 23 juillet, une centaine d’ONG, soulignent qu’une grande partie de la population de Gaza est à court terme menacée dans son existence par une famine de masse, du fait de la politique de blocus du gouvernement israélien. Gaza meurt de faim. De plus, la Knesset a appelé à annexer la Cisjordanie, en violation du droit international et des résolutions de l’ONU.

Aujourd’hui, après des bombardements qui ont fait d’innombrables victimes civiles, ce sont des milliers de Palestiniens qui sont menacés d’une mort certaine par une famine cyniquement organisée, et c’est tout un peuple que l’on cherche à expulser des territoires où il vit.

L’extrême gravité de la situation pour le peuple palestinien rend nécessaire une action concrète et immédiate face à la politique délibérée du gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui entend rendre impossible la solution à deux États, ce qui plonge l’ensemble de la région du Proche et du Moyen Orient dans le chaos. L’urgence est aussi à la libération des otages israéliens encore détenus à Gaza.

Nous vous demandons d’agir dès à présent pour que l’État de Palestine, désormais reconnu par notre pays en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, dispose de tous les droits reconnus aux États membres de l’ONU, et pour qu’il dispose d’une capacité juridique internationale et d’une protection juridique internationale.

La conférence interministérielle sur la mise en œuvre de la solution à deux États, les 28 et 29 juillet prochains à New York, avec l’Arabie Saoudite, doit permettre d’aller dans ce sens.

Pour arrêter l’entreprise de massacres de masse et d’épuration ethnique en cours à Gaza, nous vous demandons de concrétiser votre annonce pour répondre aux deux urgences du moment.

La France doit en premier lieu œuvrer pour qu’une aide humanitaire massive soit apportée à la population gazaouie martyrisée. Et elle doit porter, auprès de ses partenaires, l’exigence de sanctions contre le gouvernement israélien, en particulier la suspension de l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’État d’Israël tant que le droit international n’est pas respecté. Sur ces deux urgences, il lui revient de prendre la tête d’une coalition d’États prêts à agir immédiatement en ce sens.

Ne laissez pas les mains libres à l’actuel gouvernement israélien pour enterrer définitivement l’espoir d’une paix juste et durable entre les peuples israélien et palestinien, dans des États aux frontières sûres et reconnues. Et ce, au moment où des dizaines de milliers de citoyens d’Israël se dressent contre les entreprises criminelles de leur gouvernement.

Monsieur le Président, prolongez votre déclaration du 24 juillet, et agissez avant qu’il ne soit trop tard !

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à ces demandes, soyez assurés de notre haute considération.

Olivier Faure 
Premier Secrétaire du Parti socialiste

Fabien Roussel
Secrétaire national du PCF

Marine Tondelier
Secrétaire nationale Les Ecologistes

 

Urgence absolue pour Gaza

Je partage ce texte collectif alertant sur l’urgence de protéger le peuple palestinien.

Appel de Paris pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international

Photo Rizek Abdeljawad/Xinhua/ABACAPRESS.COM

La protection du peuple palestinien est devenue une urgence absolue. À Gaza, après quelques semaines de suspension, les massacres de masse ont repris, accompagnés d’un siège total et d’une famine généralisée ainsi que des déplacements forcés de populations ; au moins 53 000 Palestinien·es ont été tué·es suite aux opérations militaires israéliennes ; la bande de Gaza est dévastée et devenue inhabitable. En Cisjordanie – y compris Jérusalem-Est – en dix-neuf mois, plus de 1 500 attaques de l’armée et des colons ont fait près de 962 morts et plus de 7 030 blessé·es palestinien·es ; plus de 40 000 Palestinien·es y ont été déplacé·es de force.

Cependant, alors que le peuple palestinien vit la pire période de son histoire, la légitimité de son combat pour la justice et l’autodétermination face à la volonté d’effacement dont il fait l’objet, est réaffirmée par le droit international. Dans le prolongement de l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ), l’Assemblée générale des Nations unies a exigé par son vote du 18 septembre 2024 la fin de l’occupation israélienne du territoire palestinien et le démantèlement des colonies avant le 18 septembre 2025.

Dès lors, la France et l’Europe doivent s’acquitter de leurs obligations. Elles doivent, comme le précise la résolution de l’ONU, « favoriser, conjointement avec d’autres États ou séparément, la réalisation des droits du peuple palestinien à l’autodétermination et s’abstenir d’entretenir des relations conventionnelles avec Israël dans toutes les situations où celui-ci prétend agir au nom des Palestiniens ou pour des questions les concernant ».

Il y a 80 ans se construisaient les bases d’une justice internationale avec la création de l’ONU, dont la Charte fondait les conditions de la paix. Les États membres adoptaient trois ans plus tard la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Marquons cet anniversaire par notre refus solennel que la loi du plus fort l’emporte sur le droit international en Palestine.

L’Assemblée générale de l’ONU a décidé le 3 décembre 2024 de la tenue d’une conférence internationale. Elle se tiendra du 17 au 20 juin 2025 à New York. Elle aura pour mission « d’examiner l’application des résolutions de l’Organisation des Nations Unies relatives à la question de Palestine ».

En préalable de cette conférence internationale sous l’égide de l’ONU, nous lançons solennellement un appel pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international.

Nous, signataires de cet appel, sommes convaincu·es que c’est l’application du droit international qui garantira la protection du peuple palestinien en lui permettant de vivre enfin en paix et en sécurité. Pour cette raison, nous demandons à la France de reconnaître l’État de Palestine dans le cadre du droit à l’autodétermination du peuple palestinien.

De la même façon, nous sommes convaincu·es que seule la fin de l’occupation et l’arrêt de l’oppression du peuple palestinien permettront à Israël de connaître également la paix et la sécurité.

En conséquence nous demandons à la France et aux États membres de l’Union européenne d’appliquer sans tarder les mesures énoncées par la résolution votée par l’Assemblée générale des Nations unies le 18 septembre 2024.

Premiers signataires : Xavier Dolan, Ken Loach, Reda Kateb, Roger Waters, Blanche Gardin, Béatrice Dalle, Swann Arlaud, Yvan Le Bolloc’h, Annie Ernaux, Corinne Masiero, Robert Guediguian, Ernest Pignon-Ernest, Elias Sanbar, Edwy Plenel, Fabien Gay, Denis Sieffert, Denis Robert, Alain Gresh, Catherine Tricot, Thomas Vescovi, Daniel Mermet, Rony Brauman, Raphael Pitti, Yanis Varoufakis, Marine Tondelier, Olivier Faure, Olivier Besancenot, Manuel Bompard, Fabien Roussel, Aymeric Caron, Gisèle Jourda, Richard Ramos, Clémentine Autain, Thomas Portes, Raymonde Poncet-Monge, Elsa Faucillon, Johann Soufi, Monique Chemillier-Gendreau, Ziad Majed, François Dubuisson, Agnès Levallois, Anne-Marie Eddé, Bertrand Badie, Didier Fassin, Pascal Boniface, Sophie Bessis, Sophie Binet, Marylise Léon, Caroline Chevé, Marylise Léon, Nathalie Tehio, Pierre Stambul, Youlie Yamamoto.

Liste complète des signataires

 

La faillite morale d’Israël

Lu ce samedi 10 mai 2025 sur le site du journal « Hufftington Post »

Guerre à Gaza : la rabbin Delphine Horvilleur appelle à « ne plus se taire » face à la « déroute politique » d’Israël

La rabbin française dénonce dans une tribune la « faillite morale » du gouvernement israélien qui a annoncé un plan de « conquête » de Gaza.

Maxime Dhuin, Hufftington Post

Delphine Horvilleur a dénoncé la « déroute politique » d’Israël dans une tribune parue dans le média « Tenou’a » et soutenue par le dessinateur Joann Sfar.

Conflit israélo-palestinien – « C’est précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. » La rabbin Delphine Horvilleur a exprimé le jeudi 8 mai sa « douleur » de voir Israël « s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale », après l’annonce par le gouvernement israélien d’un plan de « conquête » de Gaza avec un déplacement massif de sa population, ce qui a provoqué de nombreuses condamnations à travers le monde.

La rabbin française dit avoir « ressenti souvent (une) injonction au silence » mais juge aujourd’hui « urgent de reprendre la parole » et de « ne plus se taire ». Dans sa tribune publiée sur le site de Tenou’a, média dont elle est la directrice de la rédaction, Delphine Horvilleur dit parler « par amour d’Israël », « par la force de ce qui [la] relie à ce pays qui [lui] est si proche » et « par la tragédie endurée par les Gazaouis et le traumatisme de toute une région ». « Cet amour d’Israël consiste aujourd’hui à l’appeler à un sursaut de conscience », ajoute-t-elle.

Delphine Horvilleur estime nécessaire, notamment, de « soutenir ceux qui savent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien » et « soutenir ceux qui savent qu’on n’apaise aucune douleur, et qu’on ne venge aucun mort, en affamant des innocents ou en condamnant des enfants ».

Anne Sinclair prend aussi la parole pour dénoncer la politique d’Israël

Après la publication de sa tribune, Delphine Horvilleur a reçu le soutien du dessinateur Joann Sfar. Elle « a eu le courage de parler et nous devons être nombreux à prendre la parole contre la fuite en avant à laquelle nous assistons », a écrit jeudi l’auteur du Chat du rabbin dans une publication sur ses réseaux sociaux, que vous pouvez voir ci-dessous.

Dans son propre texte, Joann Sfar considère « contraire à la morale humaine et à l’éthique juive de se taire face aux déplacements de populations forcés et au nettoyage ethnique qu’annonce le ministre [Bezalel] Smotrich ». En charge des finances dans le gouvernement Netanyahu, il a affirmé mardi que « Gaza sera totalement détruite ».

« Les vies des otages nous importent. Les vies palestiniennes nous importent », écrit Joann Sfar, qui se dit « certain que nous sommes nombreux en France comme en Israël à partager ces sentiments ». Le dessinateur a aussi apporté son soutien à Anne Sinclair, qui a également dénoncé la « conquête » de Gaza annoncée par Israël dans un message publié sur ses réseaux sociaux jeudi.

« Nous sommes meurtris, déchirés par l’action que mène le gouvernement israélien à Gaza », écrit la journaliste, selon qui « la forme des actions que mène l’armée israélienne […] à la demande du gouvernement Netanyahou est indéfendable ». « Nous nous sommes tus car l’antisémitisme qui gagne du terrain, sous couvert d’antisionisme, nous a contraints à faire bloc », poursuit Anne Sinclair avant de conclure que « l’urgence appelle l’arrêt de cette guerre et que nous soyons de nombreux Juifs à dire notre révolte de cette situation ».

Une intention génocidaire

« L’armée israélienne coche les cases d’une intention génocidaire »

Retour sur la rencontre jeudi 17 avril 2025 à l’Institut du monde arabe, avec Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal autour de leur ouvrage Palestine-Israël. Une histoire visuelle (Éd. Seuil, 2024)

« Si la cartographie n’existait pas, il faudrait l’inventer pour mieux comprendre les conflits en Palestine et en Israël. Beaucoup d’ouvrages leur ont été consacrés, mais celui-ci propose d’en raconter le déroulement à travers un très riche corpus visuel en dialogue permanent avec le texte. Comment se représenter en effet des configurations territoriales sans qu’elles ne soient figurées et explicitées ? »

Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal, rédacteur en chef adjoint au monde diplomatique et collaborateur du monde diplomatique avec Alain Gresh, retracent, d’hier à aujourd’hui, l’histoire mouvementée de cette terre dans un récit documenté, illustré par des cartes originales et éloquentes ou des archives rares, pour certaines inédites. Ils portent aussi une attention particulière aux projets non-advenus qui ont été imaginés au fil des décennies pour en finir avec la guerre. Analysant le pourquoi et le comment d’un si long affrontement, ce livre peut aider à l’appréhender, dans l’espoir d’entretenir la petite flamme, si vacillante soit-elle, d’une issue pacifique.

Sur la base d’une prise de note (Stéphane Bauer)

Débat modéré par Soumaya Benaissa, co-directrice éditoriale de Blast

– Tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023. La colonisation, l’accaparement des terres, cela fait plus d’un siècle de bataille acharnée. Cela renvoie à des périodes antérieures. L’expulsion des palestiniens de Gaza est de nouveau d’actualité [cela est repris cette semaine dans un article de Courrier International].

Le mouvement sioniste veut un état pour les Juifs. Mais aussi un état sans Palestiniens. On n’a pas assez compris cela.

L’abandon d’un autre côté des Palestiniens par les pays arabes. Les pays arabes ont sorti un plan, qui est déjà une version d’un plan de 2002.

Rappeler l’importance des puissances occidentales dans la situation d’avant 1947.

– La situation est telle, que les gens ne peuvent plus déclarer leur objectif.  On n’est plus à l’époque où Israël se glorifie de ses objectifs. En quoi 1000 morts et 200 otages justifie 50 000 morts, de fait plus de 200 000 morts selon le Lancet. Il y avait du terrorisme le 7 octobre 2023. Il y en a encore plus depuis le 8 octobre 2023.

– Les termes sont manipulés dans les médias.

On parle de mur de séparation et non de mur de sécurité. On parle de colonies juives et non de quartier juif. C’est une inversion des mots.

Nous voulions faire un livre qui prenne toute la distance nécessaire.

Même Yael Braun Pivet, Présidente de l’Assemblée Nationale, qui avait eu cette formule après le 7 octobre prend de la distance. Elle avait affirmé à la tribune de l’assemblée son soutien inconditionnel à l’État d’Israël. Depuis, elle a dit sur France Inter qu’elle le regrette.

On a cette longueur de travail. Ce livre, c’est 30 à 40 ans de travail. Le livre est sorti au printemps. On peut parler maintenant de génocide.

« Si on lit la liste des caractéristiques définissant un génocide selon l’Onu, on y est. L’armée israélienne a des intentions génocidaires. Elle coche les cases. »

– Rappelons la définition du génocide, selon la convention de l’ONU :

Le génocide[1] se définit comme l’un des quelconques actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel :

  • Meurtre de membres du groupe
  • Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe
  • Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
  • Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe

Le terme de génocide est dorénavant utilisé par Francesca Albanese, l’experte indépendante, mandatée par le Conseil des droits de l’homme, mais qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU, et 6 organisations très sérieuses aussi, dont des ONG comme Human Rights Watch (HRW), Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, mais aussi Amos Goldberg, historien israélien[2]

Le cadrage qui est donné en France dans les médias par rapport aux gens qui se déclarent solidaires des Palestiniens : c’est du jamais vu…

Le terme de génocide : derrière il y a un important travail de documentation. On va jusqu’à rechercher l’ADN des gens tués. Il y a eu le bombardement du bâtiment qui détenait les archives administratives, dont celles de l’état civil. Le bâtiment qui détenait le cadastre, les universités ont été bombardées.  L’armée israélienne coche toutes les cases. C’est un génocide, et on a des preuves.

Malgré cela on trouve des gens qui le remettent en cause.

À travers ce livre et ses cartes, l’objectif est de rendre visible ce qui est invisible. Seule la carte peut nous aider à rendre visible ce qu’on veut raconter.

Il y a une tentative d’effacer les peuples de la carte : les Bédouins dans le Neguev, les habitant·-es de Cisjordanie.

Il faut porter un regard critique sur les cartes. Et remettre au cœur de la grille de lecture, les enjeux territoriaux. On revient là au cœur du sujet.

Il faut revenir au droit international. Redéfinir les territoires au sens du droit international. Le mur d’apartheid, qui permet l’accaparement des terres, suit un objectif : la judaïsation des terres.

Concernant ce qui se passe à Jérusalem, avec le mur et avec les humiliations des Palestiniens, condamnés pour certains à déconstruire eux-mêmes leur maison par des arrêtés municipaux est une situation psychopathique pour désespérer les Palestiniens.

– C’est un nettoyage ethnique sans avoir besoin de déplacer les gens.  À Jérusalem, il y a 2 enclaves palestiniennes [le village de Shweika  et Kufr Aqab[3]] qui se retrouvent à l’extérieur du mur, mais malgré tout elles sont encore à l’intérieur de la municipalité de Jérusalem. Leurs habitants[4] payent des impôts, mais à cause du mur, ils ne bénéficient plus des services municipaux : la poste, le ramassage des ordures, l’école. Un jour, ils sont amenés à quitter les lieux, et au bout de 3 ans, selon la réglementation locale, les israéliens se prévalent de l’abandon de la terre par les Palestiniens pour accaparer le foncier…

– Une cartographie de la dispersion : le livre montre une politique d’annexion et de colonisation, très fine et programmée bien avant le 7 octobre 2023, déjà.

On est aujourd’hui à 90% de destruction du bâti à Gaza. 200 000 morts et disparus.

On est à un tournant de la politique israélienne qui peut être datés : en 2020/2021, on a des attaques et des actes de vandalisme des colons. Ils étaient moins fréquents avant, et surtout limités à des zones et ponctuelles.

À partir de 2021, avant qu’il soit trop tard, les violences se développent. Maintenant, c’est partout dans les zones A, B et même C en Cisjordanie.

Depuis le 8 octobre, il y a eu 900 tués en Cisjordanie

Fin août 2024 : 75% du bâti est inhabitable à Gaza. Aujourd’hui : 92% des structures, du bâtis et des infrastructures sont inhabitables.

On a basculé dans quelque chose d’irréversible.

On ne peut plus raisonner sur les éléments d’avant.

– L’idée qu’Israël est un état juif et un état démocratique en a pris un coup.

La majorité de la population est arabe en Israël (à 53%)… l’État ne peut donc plus être juif, comme constitutionnellement cela a été consacré il y a quelques années. Si les Palestiniens ne peuvent pas y voter, l’État ne peut plus être démocratique.

Le système ne peut plus fonctionner. La seule issue possible est l’expulsion des Palestiniens. On force les gens à la famine. Les jeunes représentent 60% de la population. Ils ne pourront pas vivre toute leur vie dans ces conditions.

Cela risque de coûter cher à Israël. Parmi nos détracteurs, parmi ceux qui ne nous comprennent pas, ils ne peuvent plus rien dire face à la situation, tellement elle est terrible.

Nous avons échangé avec nos connaissances sur place en Israël. Quand on leur dit les choses [les bombardements ; les destructions ; les exactions], elles n’y croient pas. Elles nous disent que ce n’est pas possible que seuls des monstres peuvent faire cela.

Israël a perdu tous ses votes à l’Onu. Seuls soutiens : les États-Unis, des pays dominés par l’extrême-droite et de tout petits États achetés (Argentine, Hongrie, Micronésie, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée et République tchèque…).

La dernière fois que Netanyahu est venu à l’Onu, la salle s’est vidée. 50 personnes seulement sont restées. C’est difficile pour Israël qui est acculé dans les instances internationales.

– L’issue ? On ne sait pas.

Une certitude : la dégradation de l’image d’Israël dans le monde. Il n’y a plus que 8 % des Arabes qui souhaitent une normalisation des relations avec Israël. Aux États-Unis dans les enquêtes, il y a maintenant une majorité d’Américains en faveur des Palestiniens, y compris parmi les Américains juifs.

La société israélienne part en lambeaux : 1 million d’Israéliens ont fait le choix de quitter Israël, car en raison de la politique de leur gouvernement, ils estiment ne plus être en sécurité en Israël Ils estiment que leur avenir n’est plus là.

La Ligne verte comme frontière entre deux États – Autocollant distribué en 2006 par les ONG de défense des droits humains en Israël.

Avec :

Philippe Rekacewicz, géographe, cartographe et information designer. Depuis 2006, il se consacre à la recherche en cartographie sensible et radicale, participe à diverses manifestations carto-artistiques et mène de nombreux projets internationaux. Cofondateur, avec Philippe Rivière, du site collaboratif de recherche visionscarto.net, il est, depuis 2021, chercheur et enseignant associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas).

Dominique Vidal, journaliste et historien, spécialiste des questions internationales. Il a notamment été rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique. Il dirige avec Bertrand Badie l’annuel « Le monde d’après » aux éditions Les Liens qui libèrent. Il participe aussi à La Chance pour la diversité dans les médias, une classe préparatoire aux écoles de journalisme destinée aux étudiants boursiers.

Pour aller plus loin 

Voir le site www.visionscarto.net

TRT World, extraits de guerre à Gaza les 18, 19 et 29 avril 2025 :

https://www.facebook.com/share/r/12L4PnRFiso/

https://www.facebook.com/share/v/195eVesebY/

https://www.facebook.com/share/v/18LeTYDrMp/

Journaliste palestinien

Journaliste de Libération

Débat sur LCI

Tirs près des écoles à Hébron, Cisjordanie

Pâques 2025, les forces israéliennes ciblent les fidèles chrétiens palestiniens :

RFI : La mort de la journaliste Fatima Hassouna s’inscrit « dans une technique pour perpétrer les crimes »

France 24, Gaza, plus de 50 morts dans des bombardements israéliens, Netanyahu annonce une « phase décisive »:

[1] https://www.monde-diplomatique.fr/2002/11/BRUBACHER/9625

[2] Quant à Jérusalem, Le Mur en construction isole de facto 200 000 Palestiniens de Jérusalem-est du reste de la Cisjordanie.

[3] La définition de ce terme, donnée par les Nations Unies dans l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, est adoptée en 1948.

[4] « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus »

 

Génocide

À l’heure où enfin Emmanuel Macron lui-même semble s’alarmer du « calvaire » vécu par la population de Gaza, je partage cette tribune de Guillaume Duval, lue dans « Le nouvel Obs ».  

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction. Les illustrations sont du blog et ont été publiées dans l’Humanité.

« Je faisais partie de ceux qui refusaient d’employer le terme de “génocide” pour désigner la guerre à Gaza, mais il n’y a plus guère de doute ».  

Les derniers développements sur place ne laissent plus guère de doute sur la nature réelle des intentions et des actions du gouvernement israélien.

Jusqu’ici, je faisais partie de celles et ceux qui refusaient d’employer le terme de « génocide » pour désigner la sale guerre que mène depuis un an et demi le gouvernement de Benyamin Netanyahou contre les Palestiniens à Gaza, bien que nombre de responsables israéliens aient exprimé à de multiples reprises des intentions qui étaient clairement génocidaires à ce sujet.

Il me semblait que les qualificatifs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité étaient suffisants pour caractériser de tels actes. Et il me paraissait important de ne pas prendre le risque de galvauder le mot de génocide.

Mais aujourd’hui il n’est plus possible d’en rester là. Le gouvernement israélien a en effet rompu unilatéralement la trêve signée sous les auspices du président Joe Biden pour reprendre la guerre et les bombardements, condamnant ainsi selon toute probabilité les otages survivants tout en causant de nouveau la mort de milliers de civils supplémentaires, dont de très nombreux enfants.

Mais il ne s’est pas contenté de ce crime-là. Il a aussi instauré depuis plus d’un mois maintenant un blocus complet de l’enclave, ne laissant entrer à Gaza ni nourriture, ni carburant, ni eau, ni électricité, ni médicaments. Ce qui fait que non seulement la famine règne partout dans l’enclave mais l’eau potable y fait aussi défaut ainsi que l’accès aux soins les plus élémentaires.

L’article 2 de la Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide, définit ce crime comme « l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe 

 b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe 

 c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle 

d)  Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe 

 e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.»

Comme c’est le cas depuis un an et demi, il est impossible de rendre compte très précisément de la situation à Gaza puisque le gouvernement israélien bloque également tout accès à la presse. Mais ces derniers développements ne laissent malheureusement plus guère de doute sur la nature réelle des intentions et des actions du gouvernement israélien, et même si c’est bien sûr aux juges de la Cour pénale Internationale qu’il reviendra de trancher la question en dernier ressort, il devient impossible, pour toute personne sensée, d’écarter l’idée que nous avons bien affaire désormais à un génocide au titre des 3 premiers cas de figure prévus par la Convention.

Face à ce saut qualitatif majeur dans l’horreur de la politique menée par le gouvernement israélien, avec la bénédiction de l’administration de Donald Trump, l’inaction maintenue de l’Union européenne devient elle-même à proprement parler criminelle. Mais, à rebours de cette prise de conscience, Kaja Kallas, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a jugé indispensable de resserrer les liens de l’UE avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou ces dernières semaines tout en critiquant les distances prises avec celui-ci par son prédécesseur. Dans le contexte actuel, la passivité des dirigeants européens face aux actions du gouvernement de Benyamin Netanyahou ne peut guère être qualifié autrement que comme relevant d’une complicité active dans la commission de crimes contre l’humanité.

Coprésident du club Maison commune, journaliste, ex-rédacteur en chef de la revue « Alternatives économiques », Guillaume Duval a été ancien speechwriter du haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-président de la Commission Josep Borrell.

Notre humanité commune

Dans une tribune à «Libération», l’ancien Premier ministre demande au gouvernement israélien d’ouvrir les portes de Gaza afin que les journalistes et les ONG puissent faire la lumière sur le désastre humanitaire en cours.

par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre

La situation à Gaza n’est pas seulement une tragédie humanitaire, mais un défi moral, juridique et politique pour toute la communauté internationale. Face à l’ampleur des destructions, aux souffrances de millions de civils et au risque de génocide évoqué par la Cour internationale de justice au début de l’année, nous avons le droit et le devoir de savoir.

Le bilan humain est insoutenable : plus de 2 millions de personnes déplacées, ayant dû fuir en moyenne cinq fois dans les derniers mois, profondément traumatisées par les bombardements intensifs. Plus de 45 000 morts, dont un très grand nombre de femmes et d’enfants, et plus de 20 000 enfants handicapés à vie à la suite de blessures graves ou victimes d’amputation.

Presque toutes les écoles, hôpitaux, bibliothèques, lieux de cultes, bâtiments historiques, et même les cimetières détruits, symboles d’une mémoire collective anéantie. Aujourd’hui, 400 000 civils sont piégés dans le nord de Gaza, sans accès humanitaire.

Nul ne saurait oublier le sort des otages encore détenus. Nul ne saurait ignorer la barbarie du Hamas qui s’est déchaînée le 7 octobre 2023, déclenchant un cycle de représailles sans fin. Des voix s’élèvent dans le monde entier : au sein du monde arabe, dans le Sud Global, au Vatican et dans nos universités.

Le silence et l’inaction menacent non seulement l’image de l’Occident, mais engendrent un mépris durable à son égard. Benyamin Nétanyahou, qui prétend livrer ce combat au nom de la civilisation, doit répondre à ces inquiétudes avec clarté et transparence. La communauté internationale doit refuser de détourner le regard. L’ignorance ne peut plus être une excuse.

Ce devoir de vérité est impératif pour une démocratie comme Israël

Nous devons faire la lumière sur ce qui se passe réellement derrière les murs de Gaza. L’obscurité nourrit les crimes et justifie les dénis. Plus encore, quand les journalistes meurent, voire sont directement ciblés, comme l’indique Reporters sans frontières. Les preuves des destructions et des violations du droit international s’accumulent, mais la vérité reste cachée derrière un blocus imposé. Chaque jour d’inaction nourrit l’impunité et nous éloigne de la justice.

Ce devoir de vérité est encore plus impératif pour une démocratie comme Israël. La liberté d’informer est un pilier pour toute démocratie. Cacher la réalité ou empêcher la lumière de faire jour trahit les principes mêmes qui la fondent. Nombreux sont les Israéliens eux-mêmes qui s’interrogent et dénoncent la situation.

La convention de 1948 nous impose de prévenir avant qu’il ne soit trop tard. L’histoire nous enseigne que les premiers signes d’une tragédie sont souvent ignorés ou minimisés. Ouvrir Gaza aujourd’hui, c’est faire preuve de lucidité et de courage pour évaluer la situation et garantir que le droit soit respecté. C’est aussi mobiliser les consciences face à une tragédie qui va hanter la mémoire des générations futures.

Refuser d’agir aujourd’hui, c’est abandonner notre humanité commune

Il est temps pour la communauté internationale de reprendre l’initiative. Ouvrir Gaza à des observateurs indépendants, c’est permettre aux journalistes, aux organisations humanitaires et aux instances internationales de dire la réalité et de témoigner. C’est donner aux citoyens du monde la possibilité de comprendre l’urgence de la situation et d’exiger des actions immédiates. La désinformation ou l’absence d’information ne doivent pas servir de prétextes à notre inaction.

Refuser d’agir aujourd’hui, c’est abandonner notre humanité commune. Le droit et le devoir de savoir ne sont pas des options. Ce sont les piliers de la justice, de la dignité humaine et de la paix. «Open Gaza Now» n’est pas une lubie ni une demande extrême, c’est une exigence essentielle. Face à l’urgence, il est de notre responsabilité collective de briser le cycle de la violence qui précipite la division du monde entre l’Occident et le Sud Global, au motif d’un «deux poids, deux mesures», dont les conséquences promettent d’être catastrophiques. Le gouvernement israélien doit ouvrir les portes de Gaza pour prouver qu’il est à la hauteur des principes qu’il revendique. 

Image parue dans l’Humanité en 2014

L’horreur absolue

260 personnalités et élus pour un cessez-le-feu à Gaza : « Depuis un an, nos consciences sont ébranlées »

Tribune

Nous publions cet appel lancé par plus de 260 signataires, élus et personnalités associatives.

L’horreur absolue se déroule sous nos yeux à Gaza, sans qu’aucune des grandes puissances internationales n’intervienne pour y mettre un terme. Pire, elles offrent au gouvernement israélien un blanc-seing pour continuer de perpétrer des crimes et des destructions en toute impunité, visibles aujourd’hui en boucle via les chaînes et les supports numériques du monde entier.

Personne ne pourra dire qu’on ne savait pas !

Des dizaines de milliers de tués et de disparus. Une situation humanitaire hors de contrôle. Des dizaines de milliers de blessés, de handicapés, de déplacés. Une population entière traumatisée durablement. Une génération sacrifiée.

Les Libanais.es subissent depuis le 23 septembre dernier, à leur tour, d’effroyables frappes aériennes, tuant des centaines de civils aveuglément et jetant des centaines de milliers d’autres sur les routes.

À cette ignoble barbarie, succède la volonté du gouvernement israélien de briser les institutions internationales. La Knesset et ses élu.es au pouvoir, en adoptant deux textes visant à l’interdiction de l’intervention de l’UNRWA (office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugié.es de Palestine dans le Proche-Orient qui fournit assistance, protection et qui plaide en faveur des 4,7 millions de réfugié.es palestinien.nes) ont franchi une nouvelle étape dans l’abject en frappant directement celles et ceux qui permettent la survie immédiate des populations. Rappelons que l’UNRWA apporte l’aide humanitaire dont dépend la survie de 2 millions de Gazaouis sous blocus israélien, et fait fonctionner les services indispensables de santé et d’éducation dans l’ensemble des territoires de la Palestine occupée.

L’UNRWA est le poumon de la Palestine occupée et c’est précisément cet organe vital que le gouvernement israélien veut frapper !

Ne nous y trompons pas, la stratégie du pouvoir israélien et ses opérations menées à Gaza et en Cisjordanie, sous couvert d’un « droit à se défendre », visent un objectif global d’effacement des revendications légitimes des Palestiniens par la force. Il s’agit de détruire tout ce qui peut concourir à favoriser le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination, à l’indépendance, à la souveraineté et au droit au retour. Au-delà de l’aide humanitaire aux populations, l’UNRWA revêt une dimension éminemment politique : sa présence à Jérusalem renvoie inévitablement au système d’occupation illégitime de l’État israélien. L’UNRWA symbolise aussi l’engagement international en faveur du droit au retour des réfugié.es. Interdire ses activités représente une escalade folle sans précédent, c’est un défi flagrant à toutes les chartes et traités et à tous les États membres de l’Organisation des Nations Unies.

Cette décision bafoue l’accord Comay-McLemore de 1967 qui a permis à l’agence des Nations Unies d’opérer à l’intérieur des territoires palestiniens occupés.

Elle menace encore davantage le statut de la ville de Jérusalem Est d’où officie l’agence des Nations Unies, le but du gouvernement israélien étant la poursuite totale et finale de l’annexion de Jérusalem Est.

Nos partenaires palestinien.ne.s des camps de réfugié.e.s expriment leur écœurement vis-à-vis des États, partout dans le monde, qui contribuent au financement de l’UNRWA et qui, dans le même temps, n’exercent aucune pression envers l’État d’Israël pour qu’il rende des comptes. Ils ne comprennent pas pourquoi toutes les tentatives de déstabilisation des institutions internationales par Benyamin Netanyahou restent sans effet. L’État d’Israël se comportant comme un état hors-la-loi, nous devons exiger sa suspension de l’ONU !

Notre action doit continuer à porter la voix des Palestiniens, nous, peuples libres, ne reconnaissant que le droit et une organisation internationale légitime à intervenir pour garantir le maintien de la paix et de la sécurité. En ce sens, la France s’honorerait de reconnaître l’État de Palestine comme 146 des 193 pays membres de l’Organisation des Nations unies.

Notre association (la Coopérative des élus, ndlr) et à travers elle, les parlementaires, maires, élu.e.s, citoyen.n.e.s engagé.e.s des villes de notre réseau, défendons le droit des réfugié.e.s palestinien.ne.s depuis plus de 35 ans. Nous nous tiendrons aux côtés des milliers de personnes qui font vivre l’UNRWA au quotidien et aux côtés réfugié.es palestinien.nes dans cette nouvelle épreuve et nous organiserons une mobilisation d’envergure dans ce sens dans les mois qui viennent.

Nous réaffirmons notre soutien inaltérable à l’UNRWA, notre soutien aux peuples palestinien et libanais. Nous portons haut et fort leur voix pour que nos pays, la France et l’Europe, exercent leur pouvoir pour déployer toutes les sanctions possibles contre l’État israélien, inverser le rapport de force pour permettre à la justice et au droit international de s’appliquer.