La fédération du PCF 95 organisait mardi soir à Argenteuil (95) un échange avec Hala ABOU HASSIRA, Ambassadrice de Palestine en France. Autour d’elle : Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité ; Francis WURTZ, ancien député PCF européen ; Pierre BARROS, sénateur du Val d’Oise ; Cécile DUMAS, conseillère régionale d’Île-de-France et secrétaire fédérale du PCF95.
Hala ABOU HASSIRA, Ambassadrice de Palestine en France :
Le traitement du conflit par les grandes puissances qui gouvernent les instances internationales, comme l’ONU, l’OMS, l’UNHCR… montre bien là une inégalité entre le nord et le sud.
Alors qu’elle était invisibilisée, la question palestinienne est revenue sur le devant de la scène. Mais à quel prix ?
Le problème ne se limite pas à Netanyahu. Les Palestiniens sont victimes de toute une politique d’état. Nous sommes victimes d’une oppression systémique. Avec l’objectif déclaré, dans la bouche de ministres israéliens d’exterminer le peuple palestinien[1].
Car qu’en est-il quand il s’agit de la démolition des maisons, du retournement de toutes les terres cultivées, de la confiscation des cartes d’identité, des emprisonnements administratifs en Israël de nos militants sans jugement ? La vie d’un Palestinien vaut-elle la vie d’un autre être humain sur terre ?
Ce conflit met en évidence une politique du deux poids deux mesures. Pourtant, nous sommes les Ukrainiens du Moyen Orient.
C’est une politique de vengeance de la part d’Israël : Ce matin (mardi 28 mai 2024) le dernier hôpital de la bande de Gaza a cessé de fonctionner. Les 80 000 blessés qui vivent sur le territoire de Gaza n’ont plus accès aux soins.
C’est le moment de la vérité concernant la valeur du droit international. Ce droit a été écrit par des mains européennes et françaises. Il a été écrit pour que ne se reproduisent plus les horreurs de la guerre. C’est le moment de voir l’applicabilité du droit international.
Or, les instances internationales sont bloquées par les États-Unis.
Alors que l’État de Palestine a choisi la diplomatie, la voie du pacifisme, avec l’affirmation d’appartenir à la communauté des nations. Malgré cela, on refuse de nous reconnaître. On nous dénie le droit d’exister et à être reconnus.
Un crime ne justifie pas un crime encore plus grand. C’est un deux poids deux mesures à l’échelle 1000… C’est une hypocrisie totale.
Il faut que la France soit au rendez-vous. Il faut mettre à l’ordre du jour du Sénat et de l’Assemblée nationale la question de la reconnaissance de l’État palestinien. Nous attendons ce moment. Que la France soit au rendez-vous de l’histoire.
Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité
Sans remonter à 1947 et la création de l’État d’Israël, nous avons fait des sacrifices pour arriver à la solution de deux États. Souvenons-nous des débats au Fatah en 1988, où à partir de là, Yasser Arafat va aller convaincre tous les représentants politiques palestiniens – et le spectre est large -, en disant : nous avons une opportunité pour créer un État. Certes sur 22 % de la Palestine. Mais on aura notre État.
Depuis, ils lui ont tourné le dos. En 1993/1994, ce sont les accords d’Oslo. Mais contrairement à ce qui a été prévu, il n’y a pas eu de création de l’État palestinien à compter de 1998. Sharon réoccupe alors le tiers des 22% dévolus aux Palestiniens.
… Dans les médias, c’est le deux poids deux mesures : on dit qu’Israël a le droit de faire des frappes préventives. Mais a-t-on entendu symétriquement que les Palestiniens ont le droit de se défendre ?
Examinons le sens des mots. Il est dit concernant le 7 octobre, qu’il s’agit de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Oui. Ce débat est connu en France et on qualifie le Hamas d’organisation terroriste[2]. On lui impute un crime de génocide.
Mais ce qu’on dit pour l’un, il faut aussi le dire pour l’autre…
Dans les médias français, il est dit qu’on ne peut pas comparer les crimes des uns et des autres. Je cite Caroline Fourest qui a dit que « ce n’est pas les mêmes morts ». D’autres ont dit, que « les civils palestiniens tués, c’étaient des dégâts collatéraux ».
Tout cela est intolérable : Le combat que nous avons à mener, c’est un combat pour la défense de l’humanité.
Personne dans la salle : Je reviens sur le terme d’anéantissement de toute une population[3]. Car le dynamitage de l’université de Gaza avec l’embrasement de tous ses livres, filmé de l’extérieur par des soldats israéliens, revient à dire sur les réseaux sociaux : vous n’aurez plus d’éducation. Le dynamitage des bureaux de l’état civil de l’équivalent de la préfecture de Gaza City, revient à dire : vous n’aurez plus d’endroit où faire reconnaître la naissance des vôtres. Le dynamitage du palais de justice revient à dire : vous n’avez plus d’endroit pour faire justice. Ce sont tous les symboles de ce qui fait société qui est détruit.
Francis Wurtz, ancien député PCF européen 
Que faut-il faire ? Faire pression sur Israël, en suspendant les accords d’association entre l’UE et Israël. Car ces accords disent que quand il y a des violations des droits de l’homme, on suspend les accords.
Il y a une responsabilité européenne. Bien qu’on dise qu’on soit pour deux États, on n’agit pas.
Chaque année, est rédigé un rapport européen qui prévoit la création d’un État palestinien. Chaque année il est republié. Il y a toute une série de recommandations pour qu’on y arrive. Mais chaque année le document est classé sans suite.
J’ai moi-même interpellé Javier Solana quand il était responsable des affaires étrangères pour l’UE, de la tribune du parlement européen, pour dénoncer l’attitude complice des États européens, qui va à l’encontre de la diplomatie européenne qui prévoyait malgré tout de petites avancées vers la reconnaissance de la Palestine. Mais c’est l’ensemble des États européens qui à l’époque étaient responsables.
Pierre BARROS
Le sénateur rappelle ses voyages en Cisjordanie et ce qu’il y a vu, notamment la patiente et méthodique avancée de la colonisation, mètre par mètre, maison par maison. Mais aussi la joie des Palestiniens lors des fêtes traditionnelles malgré le mur, malgré les obstructions à leur liberté de mouvement.
Personne dans la salle : Puisque la solution à deux États, presque plus personne n’y croit, est ce qu’un état binational ne serait pas la solution ?
Hala ABOU HASSIRA : J’entends la proposition. Au final, ce sont les Palestiniens qui choisiront. Deux États côte à côte ou un seul État binational ?
Pour ma part, je reste pour la solution à deux États. Pourquoi ? Pour pouvoir exercer notre droit à l’autodétermination. Exercer ce droit souverain. Mais, c’est vrai, l’espace se réduit du fait de la fragmentation, de l’isolement de Gaza et de la Cisjordanie.
Demander l’égalité dans un seul État ? L’alternative avec un seul État, aujourd’hui, serait terrible : l’apartheid. À Gaza, les notions d’égalité et de liberté n’existent pas. 2,5 millions de Palestiniens ne sont pas sortis de Gaza (40 km de long, 10 km de large) depuis 17 ans.
Les Palestiniens avaient dans le passé fait la proposition d’un état binational laïque. Ce sont les Israéliens qui en n’ont pas voulu.
On reste engagé sur la solution à deux États. Car définie par des résolutions de l’ONU de 1967… nous sommes pour le respect du droit international.
Je souhaite remercier pour le soutien dont on bénéficie partout dans le monde et en France en particulier.
Prises de notes : Stéphane BAUER
Hala Abou Hassira dans quelques articles de médias français
[1] « J’en appelle au Premier ministre et au ministre des Affaires étrangères, c’est l’occasion de mettre au point un projet visant à encourager l’émigration des habitants de Gaza vers d’autres pays du monde » ministre de la Sécurité nationale https://www.sudouest.fr/international/moyen-orient/israel/guerre-israel-hamas-des-ministres-israeliens-veulent-chasser-les-palestiniens-de-gaza-et-le-retour-des-colons-17990072.php?csnt=18fc6526c90
« Tirez sur les femmes et les enfants pour la sécurité d’Israël », a déclaré le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. https://www.tf1info.fr/international/guerre-gaza-un-ministre-israelien-a-t-il-appele-a-tirer-sur-les-femmes-et-les-enfants-palestiniens-pour-garantir-la-securite-d-israel-2286056.html
[2] Si selon Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité, la notion de terrorisme n’existe pas en droit, l’Assemblée générale des Nations unies l’a cependant consacrée au niveau politique en affirmant la définition en janvier 2006 (résolution 60/43), définissant les actes de terrorisme comme des « actes criminels conçus ou calculés pour terroriser l’ensemble d’une population, un groupe de population ou certaines personnes à des fins politiques ».
[3] « Je pense que Houwara devrait être anéantie », a déclaré le ministre israélien des Finances https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2023-03-04/israel/un-ministre-regrette-avoir-appele-a-aneantir-une-ville-palestinienne.php
À lire d’autres infos sur cette soirée et la plantation d’un olivier à Argenteuil sur la page Facebook du Front de Gauche de Saint Gratien : https://www.facebook.com/frontdegauche.stgratien
La France a voté pour, comme 143 pays sur les 193 membres de l’ONU. 9 ont voté contre et 25 se sont abstenus.
Ces dernières semaines, plusieurs pays des Caraïbes ont reconnu l’État palestinien, ainsi que le Vatican.
« Il faut que les États occidentaux et en premier lieu la France sortent de leur complaisance coupable, selon la sénatrice PCF Michelle Gréaume, qui devait présenter le texte. Il y a urgence, 30 000 Gazaouis ont été tués, pour deux tiers des femmes et des enfants, et 85 % de la population a été déplacée. Les Nations unies parlent de “risque plausible de génocide”. Nous devons faire pression pour contraindre Israël à appliquer les mesures conservatoires préconisées par la Cour internationale de justice. »
Avec Charlotte Blandiot-Faride, maire de Mitry-Mory, et Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, nous étions en délégation en Palestine et en Israël du 3 au 6 mars. Le monde ne mesure pas encore ce qui s’y passe. Depuis les attaques terroristes du 7 octobre, l’État israélien est entré dans une vengeance funeste et une spirale destructrice pour les Palestiniens mais aussi pour l’avenir de son propre peuple. Gaza est devenu un cimetière pour les vivants. La famine s’installe, 16 enfants en sont morts, s’ajoutant aux 5 350 mineurs déjà décédés et aux 2,5 millions de personnes qui courent un risque fatal. Selon le droit international, le risque génocidaire est engagé.
Notre diplomatie comme les acteurs progressistes israéliens et palestiniens nous encouragent à renforcer les échanges. Les coopérations de nos collectivités sont le fil qui rattache les Palestiniens à l’humanité, comme l’est le dialogue avec les progressistes en Israël.
À Gaza, la tragédie humaine s’aggrave de jour en jour.
Dans cette perspective, le PCF demande que la France :






Une expo émouvante, qui remet sur le devant de la scène l’impérieuse et urgente nécessité de donner aux Gazaouis la possibilité d’être libres… de construire des musées et de les faire vivre. 










D’autres initiatives se dérouleront ce week-end : une manifestation pour dire « halte au massacre à Gaza » à Argenteuil, vendredi 17 novembre à 18h (RV boulevard du Général Leclerc devant Auchan) ; une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien samedi 18 novembre à Paris, place de la République à 14h30.