Élections anticipées en Allemagne ce dimanche 23 février 2025
Entre CDU favorite, AfD en embuscade, SPD au plus bas : c’est un glissement à droite qui est annoncé outre-Rhin.
Et si la surprise venait du côté de « Die Linke » ?
Petite revue de presse sur la formation de gauche qui pourrait rester au Bundestag… Merci à Stéphane Bauer pour sa sélection d’articles, et son choix d’illustrations.
Lu dans « Libération »
La remontada d’Heidi sur les barricades !
Élections allemandes : Heidi Reichinnek, sauveuse surprise du parti Die Linke
La formation ancrée à gauche devrait éviter de disparaître du Parlement, lors du scrutin du 24 février grâce à une figure émergente qui n’hésite pas à appeler les Allemands à monter « sur les barricades » contre l’extrême droite.
Heidi Reichinnek, en campagne pour les législatives du 24 février 2025. (Olaf Krostitz/ROPI-REA)
Heidi, c’est un drôle de prénom pour faire une révolution. Avec son grand tatouage de Rosa Luxemburg bien visible sur le bras gauche et l’interdiction des milliardaires comme slogan, le tableau est parfait.
«Résistez contre le fascisme dans ce pays. Aux barricades !» a-t-elle lâché à l’assemblée fédérale (Bundestag) pour dénoncer la fin du «cordon sanitaire», l’alliance symbolique il y a trois semaines pour un texte sur l’immigration entre les conservateurs de la CDU et l’extrême droite d’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui n’avait aucune chance d’être adopté.
Un parti donné pour mort début janvier
Dans une campagne marquée par des candidats pâlots et mal-aimés, la figure montante de la politique allemande a redonné de la couleur aux débats. C’est la grande surprise de ces élections anticipées, où les sondages n’ont pas bougé d’un poil pendant trois mois. Heidi Reichinnek, 36 ans, tête de liste de la gauche de la gauche (Die Linke), a réussi l’exploit de sauver son parti qui était, encore début janvier, donné pour mort. Trois semaines avant le scrutin de dimanche, les intentions de vote ont doublé (9 %), ce qui devrait permettre au parti de s’assurer le passage au-dessus de la barre fatidique des 5 % nécessaires pour entrer au Bundestag.
La remontada a commencé lors de son discours très émotionnel lors du débat au Parlement sur la politique migratoire, le 29 janvier. Elle a été la seule à attaquer frontalement Fredrich Merz, le futur Chancelier allemand à partir de dimanche soir.

Contre l’extrême droite ? Montez sur les barricades !
Non, Herr Merz, un parti chrétien-démocrate ne s’allie pas avec l’extrême-droite deux jours après l’anniversaire des 80 ans de la libération du camp d’Auschwitz !
Heidi Reichinnek, députée de Die Linke au Bundestag, dénonce la rupture du « cordon sanitaire » entre la CDU et l’AfD, 2 jours après les 80 ans de la libération du camp d’Auschwitz.. Le leader de la CDU, Fredrich Merz, promoteur du rapprochement, sera chandelier ce dimanche soir…
La charge de Heidi Reichinnek, qui pointe le rapprochement entre la CDU et l’AfD a fait date : Die Linke est maintenant à 9% dans les derniers sondages et engrange plein de nouveaux adhérent·es…

En vidéo, le discours le plus important sur le pacte entre F.Merz et l’AfD !
Et les commentaires qu’il a suscités…

Lu dans « L’Humanité »
En Allemagne, Die Linke poursuit sa percée avant les législatives et devient le premier parti chez les jeunes
Confirmant sa dynamique et le bon écho de sa fin de campagne, le parti de gauche arrive en tête d’un scrutin test chez les moins de 18 ans, à quelques jours des élections du Bundestag.

Ines Schwerdtner, présidente fédérale de Die Linke qui connaît un rebond en fin de campagne alors que le parti était menacé, il y a quelques semaines, de perdre toute représentation au sein du Bundestag. © DPA / ABACA
L’initiative a lieu comme un exercice de formation civique, avant chaque élection du Bundestag. Quelque 170 000 jeunes de moins de 18 ans sont invités à participer au scrutin comme s’ils étaient déjà en droit de voter. Énorme surprise, alors que les Verts emportaient la mise lors des derniers scrutins, Die Linke arrive largement en tête, cette fois-ci, chez les plus jeunes.
Avec 20,8 % des voix, elle devance le SPD (17,9 %), la CDU/CSU (15,7 %) et l’AfD (15,5 %). Même si ce scrutin n’est évidemment en rien représentatif, il témoigne d’une tendance bien réelle. Laquelle corrobore le rebond de Die Linke en cette fin de campagne des législatives du 23 février, alors que le parti était menacé, il y a quelques semaines, de perdre toute représentation au sein du Bundestag.
Des jeunes révoltés par la rupture du cordon sanitaire
Il faut rester bien entendu prudent avec ce type de test et les sondages. Il n’empêche que la dynamique est perceptible. La ligne affirmée par le parti pour la défense de la justice sociale et de la paix y est pour beaucoup. Mais c’est sans doute la mobilisation contre la rupture du cordon sanitaire à l’égard de l’extrême droite qui a eu le plus d’écho, en particulier parmi les jeunes Allemands.
Notamment grâce à l’intervention remplie d’émotion et de la plus intransigeante détermination d’Heidi Reichinek, jeune députée, tête de liste et candidate à la chancellerie de Die Linke. Devant le Bundestag, elle s’opposait, dans les derniers jours de janvier, à la rupture de la règle du barrage démocratique anti-AfD par Friedrich Merz, le chef de file de la CDU/CSU. De quoi secouer les esprits et galvaniser un certain courage citoyen. Merz avait recherché délibérément le soutien de l’AfD pour faire passer une motion en faveur de la fermeture des frontières, puis une loi contre le regroupement familial.
Heidi Reichinek a suscité l’approbation bien au-delà de Die Linke. Car nombre d’observateurs politiques ont relevé le contraste, si saisissant, avec « la gêne pitoyable » de députés du SPD ou des Verts, soucieux de dénoncer le glissement de Merz tout en ménageant, en même temps, un probable futur chancelier dont ils brûlent de devenir partenaires de gouvernement.
Sahra Wagenknecht et son Alliance (BSW), qui n’ont pas hésité à mêler leurs voix à celles des droites et de l’extrême-droite, se sont attiré de cinglantes condamnations, jusqu’à celles de militants et d’un élu de BSW au Parlement européen, qui ont annoncé leur démission. C’est donc désormais l’alliance BSW qui ne semble plus assurée de franchir le seuil sélectif des 5 %.

Lu sur « Euronews »
Allemagne : le parti de gauche Die Linke rebondit à l’approche des législatives

Longtemps plombé dans les sondages, Die Linke paraît en passe d’obtenir des sièges au Bundestag dimanche. A l’inverse, l’étoile du parti populiste BSW, formé par des ex de la formation, pâlit.
Le parti allemand de gauche Die Linke connaît un regain de popularité moins d’une semaine avant les élections législatives allemandes du 23 février, avec des intentions de vote atteignant les 6 ou 7 au cours des dernières semaines.

Une enquête de l’institut de sondage YouGov place même le parti à 9 % – un bond significatif par rapport à il y a un mois et bien au-dessus du seuil de 5 % dont il aurait besoin pour entrer au Bundestag.
L’une des étoiles montantes du parti, Heidi Reichinnek, est devenue virale sur les réseaux sociaux pour avoir critiqué Friedrich Merz, le dirigeant conservateur de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), pour sa décision controversée d’accepter le soutien de l’extrême droite pour ses propositions de lois sur le durcissement de l’immigration.
« Vous vous êtes rendu complice et aujourd’hui vous avez changé ce pays pour le pire », a déclaré Mme Reichinnek dans son discours spontané, qui, selon le parti, a été vu plus de 30 millions de fois. « Résistez au fascisme dans ce pays. Aux barricades », a-t-elle ajouté.
Selon Maik Fielitz, de l’Institut pour la démocratie et la société civile, le discours de Mme Reichinnek est devenu viral, à l’instar du contenu que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite, a réussi à promouvoir sur les médias sociaux pendant des années.
« Les candidats comme Heidi Reichinnek agissent comme des influenceurs politiques. L’objectif est de les faire connaître d’abord par leur personnalité et seulement ensuite par leur positionnement politique », a déclaré M. Fielitz.
Le parti est conscient de son récent succès sur les réseaux sociaux. Dietmar Bartsch, politicien de Die Linke, a déclaré à Euronews que le parti visait à contrer le flot de messages en ligne pro-AfD avec un contenu de gauche crédible et bien fait. Die Linke veut « clarifier la désinformation et définir nos propres sujets » en ligne, a-t-il ajouté.
Dans le même temps, les candidats de Die Linke doutaient tellement de leurs chances que trois de ses membres ont fait campagne pour obtenir des mandats directs afin d’entrer au parlement. Heidi Reichinnek a déclaré que le récent regain de popularité lui avait redonné confiance. « Je n’ai pas besoin de croire aux miracles, j’en fais l’expérience », a-t-elle déclaré au quotidien Rheinische Post.
Die Linke a présenté deux candidats au poste de chancelier, Mme Reichinnek et M. Jan van Akken. Elle a fait de l’imposition des riches et de la garantie de logements abordables des éléments fondamentaux de sa campagne.
Le parti se concentre sur « les problèmes quotidiens des gens », a-t-elle déclaré. « Par exemple, la gauche a programmé un calculateur de loyers abusifs et un calculateur de coûts de chauffage », a expliqué Mme Reichinnek.
Lu sur le site de « Regards »
En Allemagne, le parti de gauche Die Linke veut créer la surprise aux législatives
Le parti de gauche enregistre un bond de ses adhésions face à la menace de l’extrême droite, avant les élections dimanche 23 février.
Depuis quelques semaines, les dirigeants du parti Die Linke affichent un réel optimisme. Le Parti de gauche allemand connaît un regain de popularité dans les sondages, comme en témoignent les derniers chiffres, qui le créditent de 6 à 9% des voix aux élections législatives anticipées ce dimanche 23 février. Un scrutin qui intervient après la chute du gouvernement Scholz, une coalition « en feu tricolore » entre les sociaux-démocrates du SPD, les Écologistes et les Libéraux du FDP, suite à un vote de défiance du Bundestag, le parlement allemand, le 14 décembre dernier. « Nous avons doublé notre nombre d’adhérents, de 300 à 600 militants au niveau local », se réjouit Vinzenz Glaser, candidat à Fribourg-en-Brisgau, une ville bourgeoise et étudiante, à une heure de route de Strasbourg, dans le Land du Bade-Wurtemberg. Bonnet vissé sur la tête et piercing au nez, ce travailleur social de 32 ans brigue un mandat de député au Bundestag, le Parlement allemand, porté par « la dynamique Die Linke. »
Justice sociale et thèmes du quotidien
Au niveau national, le parti revendique 30 000 adhésions supplémentaires en un an, passant de 52 000 à 82 000 membres, soit son plus haut niveau depuis 15 ans, selon les médias allemands. Ce qui a obligé la direction à chercher des locaux de campagne plus grands au cours des deux dernières semaines pour accueillir un public plus nombreux lors de ses meetings. Mieux encore, un sondage Yougov publié le 18 février a révélé que le parti arrivait en tête parmi les adolescents et les jeunes adultes, avec 20,84% des voix.« Les gens sont enthousiastes et veulent s’engager à nos côtés pour s’occuper des vrais problèmes, comme le plafonnement des loyers et la baisse du coût de la vie », assure M. Glaser à Politis. Nos voisins d’Outre-Rhin sont eux aussi aux prises avec une inflation galopante, dans un parallélisme troublant avec la France avant la révolte des gilets Jaunes en 2018. Or, Die Linke a opportunément orienté sa campagne sur « quelques thèmes du quotidien », comme l’explique notre interlocuteur. Cette stratégie concentrée sur la défense de « la justice sociale » participe à cette dynamique sondagière. Pour donner l’exemple, les dirigeants du parti ont ainsi réduit leur salaire à 2 850 euros, soit le salaire moyen d’un travailleur qualifié en Allemagne. Une mesure « populiste », comme l’affirme en grinçant le reste de la gauche. Peut-être, mais redoutablement efficace pour frapper les esprits.
Mais c’est surtout la mobilisation contre la rupture du cordon sanitaire à l’égard de l’AfD, le parti d’extrême droite allemand, qui a eu le plus d’écho, en particulier chez les jeunes électeurs. Et ce, après l’intervention passionnée d’Heidi Reichinek, jeune députée, tête de liste du parti et candidate à la chancellerie. L’élue de 36 ans maîtrise à la perfection les codes des réseaux sociaux. Capable de rapper son programme en musique, elle compte plus de 420 000 followers sur Instagram et 540 000 abonnés sur Tik Tok. Son vibrant discours devant le Bundestag fin janvier, pour s’opposer à la rupture de la règle du cordon sanitaire anti-AfD par Friedrich Merz, le patron de la CDU/CSU, est devenu viral sur les réseaux sociaux avec plusieurs millions de vues.
Cette séquence a fait d’elle « une quasi pop star », observe auprès de Politis le professeur Uwe Jun, politologue et enseignant en Sciences politiques à l’université de Trèves, en Allemagne. « Il y a eu un avant et un après cette prise de parole », reconnaît Vinzenz Glaser. Die Linke a su capter l’air du temps et surtout, la crainte d’une résurgence du fascisme en Allemagne, après 80 ans de paix. Leur rival conservateur, M. Merz, s’est aliéné les autres partis en draguant ouvertement l’AfD pour faire passer une motion en faveur de la fermeture des frontières, puis une loi contre le regroupement familial, provoquant un sursaut citoyen face à l’extrême droite.
Outre un gain médiatique immédiat, cet épisode a aussi permis à Die Linke de marquer sa différence avec son ancienne leader, la très controversée Sahra Wagenknecht. L’élue a claqué la porte du parti en 2023 pour fonder sa propre formation politique « BSW » sur son nom propre (Bündnis SahraWagenknecht) en entraînant avec elle « de nombreux militants très actifs ». Mais cette dernière, qui se présente elle aussi aux législatives, dévisse dans les enquêtes d’opinion pour avoir prôné une « ligne dure » sur l’immigration, semblant s’aligner sur l’AfD sur ce sujet.
Pour la remplacer, la direction a subi un lifting, avec un tandem paritaire et rajeuni, l’ex-journaliste Ines Schwerdtner et le député Jan Van Haken, un ancien de Greenpeace. « Les vrais antifascistes, c’est nous », martèlent-ils dans la presse, un refrain répété avec aplomb sur le terrain par les autres candidats. Die Linke n’hésite pas non plus à critiquer le bilan des écologistes – die Grüne – et les sociaux-démocrates du SPD qui se sont alliés aux libéraux dans la dernière coalition.
« Ils font des promesses qu’ils ne tiennent pas une fois arrivés au pouvoir », affirme Vinzenz Glaser. Un argumentaire qui ulcère ses rivaux. « Faire du bruit ne suffit pas, il faut aussi assumer les responsabilités pour gouverner », répond sèchement le candidat des Verts à la chancellerie et ancien ministre de l’Economie dans le gouvernement Scholz, Robert Habeck, lors d’un entretien au podcast allemand Table Today ce jeudi 20 février. Rien à faire, les écologistes, usés par trois années au gouvernement, plafonnent à 14% dans les sondages. « Les Verts ont déçu pas mal de gens », observe le candidat Die Linke à Fribourg.
Démonstration à Lahr, dans le district de Fribourg, mardi 18 février, un jour de marché avec Maria. A 20 ans, cette étudiante en économie va voter pour la première fois pour Die Linke ce dimanche alors qu’elle ne se situe pas « fondamentalement à l’extrême gauche. » Ce qui l’a convaincue, c’est la « bataille contre l’extrême droite à mener pour éviter que l’Allemagne ne retombe entre les griffes des « Nazis », explique la jeune femme. Elle trouve les partis de gauche « trop mous » face au danger incarné par l’AfD, qui a fait plus de 20% des voix dans le canton aux dernières élections européennes.
« L’électorat de Die Linke est plutôt jeune et surtout, féminin », confirme le politologue Uwe Jun. Seul bémol selon cet expert, « ce parti a tendance à toucher plutôt l’électorat des grandes métropoles, souvent doté d’une formation universitaire. » Il n’empêche, Die Linke se refuse à « stigmatiser » les électeurs de l’AfD. « Beaucoup d’entre eux sont prêts à se tourner vers l’extrême droite par désespoir ou par provocation », soutient Vinzenz Glaser, qui veut « convaincre les mécontents et les ramener à gauche. » Verdict ce dimanche.
