Un État libre et en paix

« Nous voulons un État pacifique, un État libre qui vivrait en paix avec Israël » : entretien avec Hala Abou Hassira, ambassadrice de Palestine en France

Hala Abou Hassira, ambassadrice de Palestine en France, souligne que les Palestiniens veulent un État pacifique et souverain. Elle estime que Tel-Aviv doit choisir entre la paix et le nettoyage ethnique.

L’ambassadrice de Palestine en France se réjouit des récentes déclarations d’Emmanuel Macron concernant la reconnaissance d’un État de Palestine et met l’accent sur un nécessaire cessez-le-feu immédiat pour mettre fin au génocide à Gaza.

Entretien avec Pierre Barbancey pour l’Humanité

Comment considérez-vous l’annonce d’Emmanuel Macron ?

Nous saluons cette annonce par le président Macron de reconnaître l’État de Palestine. Cette reconnaissance intervient dans un moment crucial pour le peuple palestinien qui subit un génocide et se trouve soumis à des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, les pires jamais perpétrés par Israël.

Cette reconnaissance représente un acte courageux, conforme au droit international et, surtout, au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination. Cela montre également que la France est fidèle à son histoire, aux valeurs républicaines et universelles, d’égalité et de liberté des peuples.

Qu’est-ce que cette annonce pourrait changer dans les faits ?

Malheureusement, elle ne mettra pas un terme au génocide en cours, c’est clair, ni à la politique de nettoyage ethnique d’Israël contre le peuple palestinien ni à la colonisation israélienne qui représente la négation de la solution à deux États.

Mais elle envoie un message politique très fort à Israël : il ne peut pas violer gravement le droit international. C’est aussi un message au peuple palestinien : vous avez le droit d’exister, vous avez le droit de disposer de vous-même, de réaliser votre destin en toute liberté et en toute indépendance. Ce n’est pas tout.

C’est également un message à destination de la communauté internationale qui ne peut pas rester passive face aux tentatives israéliennes de saper la solution à deux États. C’est donc une adresse au monde pour passer à l’action en même temps qu’une invitation aux pays qui ne l’ont pas encore fait à accompagner la France dans cette démarche juste et légitime et à reconnaître à leur tour l’État de Palestine.

Cette missive d’Emmanuel Macron et son annonce font suite à un premier courrier de Mahmoud Abbas, daté du 9 juin. En quoi cette lettre était importante ?

La lettre du président Abbas fait partie d’une politique et d’une démarche palestinienne constantes et anciennes, un attachement et un engagement à la paix, à la solution à deux États.

Le président Abbas a redit son engagement pour des réformes au sein du gouvernement palestinien afin d’assurer ses responsabilités pleines et entières dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés. Ce qui inclut la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est occupées.

C’est cette lettre, mais aussi les violations graves des droits humains perpétrées par Israël qui ont mené la France à prendre cette position historique dans un moment crucial et catastrophique pour l’existence du peuple palestinien.

C’est également le fruit d’une mobilisation extraordinaire, ici en France, du peuple français, des partis politiques, des parlementaires, du mouvement de solidarité, qui n’ont pas cessé de dénoncer les violations graves envers le peuple palestinien et de vouloir rendre justice à ce peuple, conformément au droit international.

L’une de ces actions, c’est la reconnaissance de l’État de Palestine. Mais permettez-moi de rappeler que l’urgence aujourd’hui est à un cessez-le-feu, à œuvrer concrètement pour imposer et acter un arrêt immédiat de la guerre dans la bande de Gaza, pour secourir la population palestinienne qui souffre depuis trop longtemps.

Cela passe par la fin de l’occupation militaire israélienne et de la colonisation pour permettre au peuple palestinien de vivre digne et libre dans son État. Israël doit maintenant choisir. Soit il prend le chemin de la paix, soit il s’enfonce dans l’apartheid, l’oppression et le nettoyage ethnique.

Les déclarations d’Emmanuel Macron comportent tout de même une sorte de condition puisqu’il évoque un État palestinien démilitarisé tandis qu’aucune condition n’est posée à l’État d’Israël. Qu’est-ce que cela signifie selon vous ?

Cette lettre est adressée au président Abbas en sa qualité de président de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine – NDLR), qui est le seul et légitime représentant du peuple palestinien. Dans sa lettre adressée au président Macron, il a exprimé l’engagement palestinien.

Nous voulons un État pacifique, un État libre qui vivrait en paix avec Israël. Nous cherchons la sécurité ainsi que la protection du peuple palestinien.

Nous sommes clairs sur ces engagements qui sont constants. Il est temps d’arrêter l’occupation, il est temps de permettre la reconnaissance pleine et entière de l’État de Palestine, dans laquelle nous avons investi depuis trente ans dans la construction des institutions et de l’ordre dans le territoire palestinien. Nous allons honorer nos engagements.

Vous avez souligné qu’arrêter le massacre à Gaza constituait l’urgence du moment. Que devraient faire les gouvernements, notamment le gouvernement français ?

Il faut mettre en œuvre les recommandations énoncées par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif, qu’elle a rendu il y a plus d’un an déjà. Des sanctions doivent être prises contre Israël. Il s’agit de l’un des leviers en même temps qu’un outil juridique et pacifique.

Il convient également d’imposer un embargo sur la vente et la livraison d’armes à Israël, ces armes qui sont utilisées pour massacrer le peuple palestinien. Il faut rompre les relations politiques et diplomatiques, suspendre l’accord d’association qui lie l’Union européenne et Israël, afin d’envoyer un message clair : Tel-Aviv ne peut pas rester dans l’impunité totale pour les crimes les plus atroces qu’il est en train de perpétrer contre le peuple palestinien, en violation de tous les articles du droit international.

Les sanctions sont d’ailleurs conformes au droit international. Israël doit l’entendre. La France devrait encourager davantage les pays qui n’ont pas reconnu l’État de Palestine à le faire car ce n’est que rendre justice à un peuple qui se bat pour son existence sur cette terre.

Ci-dessous, photos prises lors de la venue de Hala Abou Hassira à Argenteuil en mai 2024, aux côtés de Francis Wurtz, député européen honoraire, et lors de la plantation d’un olivier dans les locaux de la fédération du PCF 95.  

Avant qu’il ne soit trop tard..

Fabien Roussel, Olivier Faure et Marine Tondelier demandent des sanctions contre Israël.

Dans un courrier à Emmanuel Macron, ils estiment que doit être suspendu « l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’État d’Israël tant que le droit international n’est pas respecté ».

Ils exigent également que la France œuvre « pour qu’une aide humanitaire massive soit apportée à la population gazaouie martyrisée ». Il revient à Paris « de prendre la tête d’une coalition d’États prêts à agir en ce sens. »

Leur lettre est à lire ci-dessous.

Monsieur le Président,

Vous vous êtes engagé le 24 juillet à reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine réunion de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain.

Il s’agit d’un pas en avant important pour notre pays, dans l’application du droit international, 37 ans après la proclamation de l’État de Palestine par Yasser Arafat, et 32 ans après les accords d’Oslo au terme desquels l’Organisation de libération de la Palestine avait reconnu l’État d’Israël.

Nos forces politiques portent elles-mêmes cette exigence. Cette décision doit toutefois n’être qu’une première étape.

Nous vous appelons solennellement, Monsieur le Président de la République, à aller jusqu’au bout de la démarche que vous avez annoncée. C’est ce qu’attendent nos compatriotes, toujours plus nombreux à vouloir que s’arrête le bain de sang au Proche-Orient. C’est aussi ce qu’attendent les peuples du monde du pays qui, le premier, a proclamé l’universalité des droits humains.

Dans un appel rendu public le 23 juillet, une centaine d’ONG, soulignent qu’une grande partie de la population de Gaza est à court terme menacée dans son existence par une famine de masse, du fait de la politique de blocus du gouvernement israélien. Gaza meurt de faim. De plus, la Knesset a appelé à annexer la Cisjordanie, en violation du droit international et des résolutions de l’ONU.

Aujourd’hui, après des bombardements qui ont fait d’innombrables victimes civiles, ce sont des milliers de Palestiniens qui sont menacés d’une mort certaine par une famine cyniquement organisée, et c’est tout un peuple que l’on cherche à expulser des territoires où il vit.

L’extrême gravité de la situation pour le peuple palestinien rend nécessaire une action concrète et immédiate face à la politique délibérée du gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui entend rendre impossible la solution à deux États, ce qui plonge l’ensemble de la région du Proche et du Moyen Orient dans le chaos. L’urgence est aussi à la libération des otages israéliens encore détenus à Gaza.

Nous vous demandons d’agir dès à présent pour que l’État de Palestine, désormais reconnu par notre pays en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, dispose de tous les droits reconnus aux États membres de l’ONU, et pour qu’il dispose d’une capacité juridique internationale et d’une protection juridique internationale.

La conférence interministérielle sur la mise en œuvre de la solution à deux États, les 28 et 29 juillet prochains à New York, avec l’Arabie Saoudite, doit permettre d’aller dans ce sens.

Pour arrêter l’entreprise de massacres de masse et d’épuration ethnique en cours à Gaza, nous vous demandons de concrétiser votre annonce pour répondre aux deux urgences du moment.

La France doit en premier lieu œuvrer pour qu’une aide humanitaire massive soit apportée à la population gazaouie martyrisée. Et elle doit porter, auprès de ses partenaires, l’exigence de sanctions contre le gouvernement israélien, en particulier la suspension de l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’État d’Israël tant que le droit international n’est pas respecté. Sur ces deux urgences, il lui revient de prendre la tête d’une coalition d’États prêts à agir immédiatement en ce sens.

Ne laissez pas les mains libres à l’actuel gouvernement israélien pour enterrer définitivement l’espoir d’une paix juste et durable entre les peuples israélien et palestinien, dans des États aux frontières sûres et reconnues. Et ce, au moment où des dizaines de milliers de citoyens d’Israël se dressent contre les entreprises criminelles de leur gouvernement.

Monsieur le Président, prolongez votre déclaration du 24 juillet, et agissez avant qu’il ne soit trop tard !

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à ces demandes, soyez assurés de notre haute considération.

Olivier Faure 
Premier Secrétaire du Parti socialiste

Fabien Roussel
Secrétaire national du PCF

Marine Tondelier
Secrétaire nationale Les Ecologistes

 

Gabrielle à bord du Handala

La députée de notre circonscription, Gabrielle Cathala, embarque ce vendredi 18 juillet à bord du Handala en direction de Gaza. Nous ne la quittons pas des yeux !  Elle est interviewée ce matin même sur Franceinfo. À lire ci-dessous. 

Avant de larguer les amarres des côtes italiennes pour délivrer de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, la députée La France insoumise, Gabrielle Cathala, explique dans « La Matinale » de Franceinfo du 18 juillet sa mission à bord du « Handala », navire de la Flotille de la liberté, qui succède au « Madleen », intercepté mi-juin par Israël.

Députée La France insoumise du Val-d’Oise, Gabrielle Cathala se dirige vers Gaza avec sa collègue insoumise, l’élue européenne Emma Fourreau, à bord du « Handala« , un navire de la Flottille de la liberté partant d’Italie, vendredi 18 juillet, pour l’enclave palestinienne. Une nouvelle traversée dans le but de délivrer de l’aide humanitaire aux Gazaouis, qui fait suite au périple de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan et de la militante écologiste Greta Thunberg à bord du « Madleen », intercepté par Israël en juin. Gabrielle Cathala répond aux questions de Brigitte Boucher avant son départ, dans « La Matinale » du 18 juillet.

Ce texte correspond à la retranscription d’une partie de l’interview. Cliquez ici pour regarder l’entretien en intégralité : 

Brigitte Boucher : Vous partez d’Italie après l’échec de Rima Hassan. C’est quoi le but de cette traversée ?

Gabrielle Cathala : Le but de cette traversée, il est comme les précédentes flottilles, puisqu’on a beaucoup parlé du « Madleen », mais le « Handala » est le 37e bateau de la Flottille de la liberté. Le but est de briser le blocus humanitaire illégal qui est mis en place par Israël depuis 2007 à Gaza. On en parle beaucoup depuis le génocide commencé en octobre 2023, mais ce blocus est là depuis près de 20 ans. Le but est donc de le briser, et de briser le silence sur le génocide pendant l’été, de continuer à le visibiliser. Et, preuve que ça marche, puisque s’il n’y avait pas cette flottille, je n’aurais pas été votre invitée ce matin et nous n’aurions pas parlé du génocide à Gaza. Nous faisons cette mission aussi pour visibiliser le sort des enfants Gazaouis, puisque je crois qu’il n’y a rien de pire au monde qu’être un enfant à Gaza, et d’apporter une aide qui est certes symbolique vu la taille de notre bateau, mais qui est quand même nécessaire, puisqu’à la frontière égyptienne, il y a plus de quatre mois d’aide alimentaire qui est bloquée par Israël. Notre but est de montrer qu’on peut aller jusqu’à Gaza.

C’est la preuve aussi que ça ne marche pas, puisque c’est la 37e flottille de la liberté qui part et ce blocus humanitaire, il est toujours en cours. Est-ce que ce n’est pas vain, cette ultime traversée ?

Non, ce n’est pas vain, puisque nous continuerons à partir tant qu’aucun bateau n’arrivera pas jusqu’aux côtes de Gaza. Le « Madleen » n’est pas arrivé jusqu’aux côtes de Gaza, mais pour moi, la mission était déjà réussie. La Flottille de la liberté a toujours revendiqué le fait qu’elle était une opération politique, une opération pacifique de militants non violents qui aident à visibiliser le blocus illégal israélien. C’est ça qu’il faut faire. Ce qu’il faut montrer, c’est que depuis près de 20 ans, Israël mène une politique qui est totalement contraire au droit international, en empêchant les Gazaouis de subvenir à leurs propres besoins par ce blocus, qui est contraire à tous les traités internationaux. Et quand vous nous dites que l’opération à laquelle a participé Rima Hassan a été un échec, ce n’est pas le cas, puisqu’elle a permis de rappeler au monde entier que les violations du droit international sont journalières, notamment lorsque le bateau a été lui-même arrêté en eaux internationales, que son équipage a été kidnappé, puis détenu arbitrairement en Israël pendant plusieurs jours, avant qu’ils soient ensuite expulsés, chacun vers son pays. Donc, des bateaux continueront à partir, et beaucoup de gens l’ignorent, mais en 2010, plusieurs bateaux ont réussi à atteindre la bande de Gaza et, lorsqu’ils l’ont atteinte, non seulement ils ont pu délivrer de l’aide, mais ils ont été accueillis avec une grande émotion par des centaines de Palestiniens qui étaient au port. Nous espérons que la même chose va se passer. Je reçois, comme les autres membres de l’équipage, des dizaines de messages de Palestiniens qui nous disent qu’ils nous attendent sur les côtes. Notre but, c’est d’arriver, ce n’est pas d’intérioriser que nous allons être arrêtés par l’armée israélienne dans des zones internationales.

Est-ce que cette diplomatie parlementaire, on pourrait dire, puisque ça vous concerne, elle ne gêne pas aussi la diplomatie présidentielle qui revient au chef de l’État ?

Non, je pense qu’elle ne la gêne pas. Justement, je crois que notre action fait honneur à la France. D’ailleurs, un sondage est sorti sur le « Madleen », montrant qu’une majorité de Français soutenaient cette action menée par des militants pour la paix. La diplomatie française, aujourd’hui, elle est inaudible. Regardez, mardi, l’Union européenne a été incapable de suspendre l’accord commercial qu’elle a avec Israël, alors qu’en juin, un rapport de l’Union européenne montrait qu’Israël viole l’article 2 de cet accord d’association sur le respect des droits humains. Donc, la diplomatie française, depuis 21 mois, elle a été incapable de reconnaître l’État palestinien, elle a été incapable de décréter un embargo sur les armes, elle a été incapable de respecter correctement le statut de Rome et l’établissement de la Cour pénale internationale, puisque Netanyahou a survolé trois fois notre espace aérien, et que la diplomatie française a inventé une immunité en droit international qui n’existe pas, qui ne s’applique pas à Vladimir Poutine et qui ne devrait pas s’appliquer à Benjamin Netanyahou. Et donc, je crois que nous menons une action comme des syndicalistes peuvent le faire, vous savez, lorsque notre pays est incapable de décréter un embargo sur les armes et que plusieurs cargos ont été bloqués à Marseille et dans d’autres ports français par des syndicalistes, de la même manière que du transport d’armes a été bloqué à Roissy aussi. Lorsque la diplomatie d’un pays est défaillante, il faut que ce soient les citoyens et son peuple qui s’y substituent.

Qu’est-ce que vous transportez sur votre bateau et à combien de personnes cela pourrait bénéficier ?

Nous transportons l’équivalent de 800 kilos d’aide sur le bateau. C’est un petit chalutier, le Handala, qui est un tout petit peu plus grand que le Madleen, mais qui reste un bateau très modeste. Nous transportons des produits d’hygiène, nous transportons de la nourriture, nous transportons du lait infantile qui est bloqué, parce que le lait infantile est actuellement bloqué par Israël comme l’aide alimentaire. Nous transportons également des jouets pour les enfants, parce que notre mission s’adresse avant tout aux enfants de Gaza. C’est pour ça que l’aide qui est à bord serait avant tout destinée aux enfants. Notre bateau s’appelle le « Handala », du nom d’un dessin très célèbre en Palestine : un petit garçon qui est de dos, et qui se retournera que lorsque la Palestine sera libre. Le dessinateur qui a réalisé cet enfant a lui-même été assassiné. C’est pour cela que notre mission s’adresse aux enfants, et que le nom de notre bateau porte également un nom d’enfant.

L’Espagne a reconnu la Palestine, c’était il y a quelques mois maintenant, avec l’Irlande, la Norvège, un certain nombre de pays européens qui, ensemble, s’étaient réunis pour la reconnaître. La France a tenté de le faire, c’était en juin dernier. Elle a été, d’une certaine manière, soufflée, avec la guerre en Iran. D’abord, d’une part, êtes-vous en contact avec le ministère des Affaires étrangères pour savoir si cette affaire va être suivie ? Et d’autre part, est-ce que vous souhaitez la reconnaissance de la Palestine par la France le plus vite possible ? Et de quelle façon ?

Évidemment, je souhaite la reconnaissance de la Palestine depuis toujours. Ce débat existe depuis plus de 20 ans maintenant. D’ailleurs, François Hollande promettait aussi de reconnaître la Palestine en 2012, cela fait des années que plusieurs chefs d’État ont trahi cette promesse. Monsieur Macron aurait pu reconnaître la Palestine en juin, malgré l’attaque en Iran faite par Israël. Il ne l’a pas fait sous pression des États-Unis et d’Israël, parce que, depuis longtemps, nous sommes devenus les vassaux des États-Unis, et nous n’osons plus porter une diplomatie indépendante et non alignée. Monsieur Macron attend maintenant le Royaume-Uni pour reconnaître la Palestine, mais il n’a pas besoin d’attendre. Aujourd’hui, nous sommes isolés sur cette question-là, puisqu’il faut le rappeler, 148 États dans le monde, dont de nombreux États européens, reconnaissent déjà la Palestine, et ce sont les pays occidentaux qui sont les plus isolés sur cette question.

Urgence absolue pour Gaza

Je partage ce texte collectif alertant sur l’urgence de protéger le peuple palestinien.

Appel de Paris pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international

Photo Rizek Abdeljawad/Xinhua/ABACAPRESS.COM

La protection du peuple palestinien est devenue une urgence absolue. À Gaza, après quelques semaines de suspension, les massacres de masse ont repris, accompagnés d’un siège total et d’une famine généralisée ainsi que des déplacements forcés de populations ; au moins 53 000 Palestinien·es ont été tué·es suite aux opérations militaires israéliennes ; la bande de Gaza est dévastée et devenue inhabitable. En Cisjordanie – y compris Jérusalem-Est – en dix-neuf mois, plus de 1 500 attaques de l’armée et des colons ont fait près de 962 morts et plus de 7 030 blessé·es palestinien·es ; plus de 40 000 Palestinien·es y ont été déplacé·es de force.

Cependant, alors que le peuple palestinien vit la pire période de son histoire, la légitimité de son combat pour la justice et l’autodétermination face à la volonté d’effacement dont il fait l’objet, est réaffirmée par le droit international. Dans le prolongement de l’avis de la Cour internationale de justice (CIJ), l’Assemblée générale des Nations unies a exigé par son vote du 18 septembre 2024 la fin de l’occupation israélienne du territoire palestinien et le démantèlement des colonies avant le 18 septembre 2025.

Dès lors, la France et l’Europe doivent s’acquitter de leurs obligations. Elles doivent, comme le précise la résolution de l’ONU, « favoriser, conjointement avec d’autres États ou séparément, la réalisation des droits du peuple palestinien à l’autodétermination et s’abstenir d’entretenir des relations conventionnelles avec Israël dans toutes les situations où celui-ci prétend agir au nom des Palestiniens ou pour des questions les concernant ».

Il y a 80 ans se construisaient les bases d’une justice internationale avec la création de l’ONU, dont la Charte fondait les conditions de la paix. Les États membres adoptaient trois ans plus tard la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Marquons cet anniversaire par notre refus solennel que la loi du plus fort l’emporte sur le droit international en Palestine.

L’Assemblée générale de l’ONU a décidé le 3 décembre 2024 de la tenue d’une conférence internationale. Elle se tiendra du 17 au 20 juin 2025 à New York. Elle aura pour mission « d’examiner l’application des résolutions de l’Organisation des Nations Unies relatives à la question de Palestine ».

En préalable de cette conférence internationale sous l’égide de l’ONU, nous lançons solennellement un appel pour la protection du peuple palestinien et la mise en œuvre du droit international.

Nous, signataires de cet appel, sommes convaincu·es que c’est l’application du droit international qui garantira la protection du peuple palestinien en lui permettant de vivre enfin en paix et en sécurité. Pour cette raison, nous demandons à la France de reconnaître l’État de Palestine dans le cadre du droit à l’autodétermination du peuple palestinien.

De la même façon, nous sommes convaincu·es que seule la fin de l’occupation et l’arrêt de l’oppression du peuple palestinien permettront à Israël de connaître également la paix et la sécurité.

En conséquence nous demandons à la France et aux États membres de l’Union européenne d’appliquer sans tarder les mesures énoncées par la résolution votée par l’Assemblée générale des Nations unies le 18 septembre 2024.

Premiers signataires : Xavier Dolan, Ken Loach, Reda Kateb, Roger Waters, Blanche Gardin, Béatrice Dalle, Swann Arlaud, Yvan Le Bolloc’h, Annie Ernaux, Corinne Masiero, Robert Guediguian, Ernest Pignon-Ernest, Elias Sanbar, Edwy Plenel, Fabien Gay, Denis Sieffert, Denis Robert, Alain Gresh, Catherine Tricot, Thomas Vescovi, Daniel Mermet, Rony Brauman, Raphael Pitti, Yanis Varoufakis, Marine Tondelier, Olivier Faure, Olivier Besancenot, Manuel Bompard, Fabien Roussel, Aymeric Caron, Gisèle Jourda, Richard Ramos, Clémentine Autain, Thomas Portes, Raymonde Poncet-Monge, Elsa Faucillon, Johann Soufi, Monique Chemillier-Gendreau, Ziad Majed, François Dubuisson, Agnès Levallois, Anne-Marie Eddé, Bertrand Badie, Didier Fassin, Pascal Boniface, Sophie Bessis, Sophie Binet, Marylise Léon, Caroline Chevé, Marylise Léon, Nathalie Tehio, Pierre Stambul, Youlie Yamamoto.

Liste complète des signataires

 

La faillite morale d’Israël

Lu ce samedi 10 mai 2025 sur le site du journal « Hufftington Post »

Guerre à Gaza : la rabbin Delphine Horvilleur appelle à « ne plus se taire » face à la « déroute politique » d’Israël

La rabbin française dénonce dans une tribune la « faillite morale » du gouvernement israélien qui a annoncé un plan de « conquête » de Gaza.

Maxime Dhuin, Hufftington Post

Delphine Horvilleur a dénoncé la « déroute politique » d’Israël dans une tribune parue dans le média « Tenou’a » et soutenue par le dessinateur Joann Sfar.

Conflit israélo-palestinien – « C’est précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. » La rabbin Delphine Horvilleur a exprimé le jeudi 8 mai sa « douleur » de voir Israël « s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale », après l’annonce par le gouvernement israélien d’un plan de « conquête » de Gaza avec un déplacement massif de sa population, ce qui a provoqué de nombreuses condamnations à travers le monde.

La rabbin française dit avoir « ressenti souvent (une) injonction au silence » mais juge aujourd’hui « urgent de reprendre la parole » et de « ne plus se taire ». Dans sa tribune publiée sur le site de Tenou’a, média dont elle est la directrice de la rédaction, Delphine Horvilleur dit parler « par amour d’Israël », « par la force de ce qui [la] relie à ce pays qui [lui] est si proche » et « par la tragédie endurée par les Gazaouis et le traumatisme de toute une région ». « Cet amour d’Israël consiste aujourd’hui à l’appeler à un sursaut de conscience », ajoute-t-elle.

Delphine Horvilleur estime nécessaire, notamment, de « soutenir ceux qui savent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien » et « soutenir ceux qui savent qu’on n’apaise aucune douleur, et qu’on ne venge aucun mort, en affamant des innocents ou en condamnant des enfants ».

Anne Sinclair prend aussi la parole pour dénoncer la politique d’Israël

Après la publication de sa tribune, Delphine Horvilleur a reçu le soutien du dessinateur Joann Sfar. Elle « a eu le courage de parler et nous devons être nombreux à prendre la parole contre la fuite en avant à laquelle nous assistons », a écrit jeudi l’auteur du Chat du rabbin dans une publication sur ses réseaux sociaux, que vous pouvez voir ci-dessous.

Dans son propre texte, Joann Sfar considère « contraire à la morale humaine et à l’éthique juive de se taire face aux déplacements de populations forcés et au nettoyage ethnique qu’annonce le ministre [Bezalel] Smotrich ». En charge des finances dans le gouvernement Netanyahu, il a affirmé mardi que « Gaza sera totalement détruite ».

« Les vies des otages nous importent. Les vies palestiniennes nous importent », écrit Joann Sfar, qui se dit « certain que nous sommes nombreux en France comme en Israël à partager ces sentiments ». Le dessinateur a aussi apporté son soutien à Anne Sinclair, qui a également dénoncé la « conquête » de Gaza annoncée par Israël dans un message publié sur ses réseaux sociaux jeudi.

« Nous sommes meurtris, déchirés par l’action que mène le gouvernement israélien à Gaza », écrit la journaliste, selon qui « la forme des actions que mène l’armée israélienne […] à la demande du gouvernement Netanyahou est indéfendable ». « Nous nous sommes tus car l’antisémitisme qui gagne du terrain, sous couvert d’antisionisme, nous a contraints à faire bloc », poursuit Anne Sinclair avant de conclure que « l’urgence appelle l’arrêt de cette guerre et que nous soyons de nombreux Juifs à dire notre révolte de cette situation ».

Une intention génocidaire

« L’armée israélienne coche les cases d’une intention génocidaire »

Retour sur la rencontre jeudi 17 avril 2025 à l’Institut du monde arabe, avec Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal autour de leur ouvrage Palestine-Israël. Une histoire visuelle (Éd. Seuil, 2024)

« Si la cartographie n’existait pas, il faudrait l’inventer pour mieux comprendre les conflits en Palestine et en Israël. Beaucoup d’ouvrages leur ont été consacrés, mais celui-ci propose d’en raconter le déroulement à travers un très riche corpus visuel en dialogue permanent avec le texte. Comment se représenter en effet des configurations territoriales sans qu’elles ne soient figurées et explicitées ? »

Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal, rédacteur en chef adjoint au monde diplomatique et collaborateur du monde diplomatique avec Alain Gresh, retracent, d’hier à aujourd’hui, l’histoire mouvementée de cette terre dans un récit documenté, illustré par des cartes originales et éloquentes ou des archives rares, pour certaines inédites. Ils portent aussi une attention particulière aux projets non-advenus qui ont été imaginés au fil des décennies pour en finir avec la guerre. Analysant le pourquoi et le comment d’un si long affrontement, ce livre peut aider à l’appréhender, dans l’espoir d’entretenir la petite flamme, si vacillante soit-elle, d’une issue pacifique.

Sur la base d’une prise de note (Stéphane Bauer)

Débat modéré par Soumaya Benaissa, co-directrice éditoriale de Blast

– Tout n’a pas commencé le 7 octobre 2023. La colonisation, l’accaparement des terres, cela fait plus d’un siècle de bataille acharnée. Cela renvoie à des périodes antérieures. L’expulsion des palestiniens de Gaza est de nouveau d’actualité [cela est repris cette semaine dans un article de Courrier International].

Le mouvement sioniste veut un état pour les Juifs. Mais aussi un état sans Palestiniens. On n’a pas assez compris cela.

L’abandon d’un autre côté des Palestiniens par les pays arabes. Les pays arabes ont sorti un plan, qui est déjà une version d’un plan de 2002.

Rappeler l’importance des puissances occidentales dans la situation d’avant 1947.

– La situation est telle, que les gens ne peuvent plus déclarer leur objectif.  On n’est plus à l’époque où Israël se glorifie de ses objectifs. En quoi 1000 morts et 200 otages justifie 50 000 morts, de fait plus de 200 000 morts selon le Lancet. Il y avait du terrorisme le 7 octobre 2023. Il y en a encore plus depuis le 8 octobre 2023.

– Les termes sont manipulés dans les médias.

On parle de mur de séparation et non de mur de sécurité. On parle de colonies juives et non de quartier juif. C’est une inversion des mots.

Nous voulions faire un livre qui prenne toute la distance nécessaire.

Même Yael Braun Pivet, Présidente de l’Assemblée Nationale, qui avait eu cette formule après le 7 octobre prend de la distance. Elle avait affirmé à la tribune de l’assemblée son soutien inconditionnel à l’État d’Israël. Depuis, elle a dit sur France Inter qu’elle le regrette.

On a cette longueur de travail. Ce livre, c’est 30 à 40 ans de travail. Le livre est sorti au printemps. On peut parler maintenant de génocide.

« Si on lit la liste des caractéristiques définissant un génocide selon l’Onu, on y est. L’armée israélienne a des intentions génocidaires. Elle coche les cases. »

– Rappelons la définition du génocide, selon la convention de l’ONU :

Le génocide[1] se définit comme l’un des quelconques actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel :

  • Meurtre de membres du groupe
  • Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe
  • Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe
  • Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe

Le terme de génocide est dorénavant utilisé par Francesca Albanese, l’experte indépendante, mandatée par le Conseil des droits de l’homme, mais qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU, et 6 organisations très sérieuses aussi, dont des ONG comme Human Rights Watch (HRW), Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, mais aussi Amos Goldberg, historien israélien[2]

Le cadrage qui est donné en France dans les médias par rapport aux gens qui se déclarent solidaires des Palestiniens : c’est du jamais vu…

Le terme de génocide : derrière il y a un important travail de documentation. On va jusqu’à rechercher l’ADN des gens tués. Il y a eu le bombardement du bâtiment qui détenait les archives administratives, dont celles de l’état civil. Le bâtiment qui détenait le cadastre, les universités ont été bombardées.  L’armée israélienne coche toutes les cases. C’est un génocide, et on a des preuves.

Malgré cela on trouve des gens qui le remettent en cause.

À travers ce livre et ses cartes, l’objectif est de rendre visible ce qui est invisible. Seule la carte peut nous aider à rendre visible ce qu’on veut raconter.

Il y a une tentative d’effacer les peuples de la carte : les Bédouins dans le Neguev, les habitant·-es de Cisjordanie.

Il faut porter un regard critique sur les cartes. Et remettre au cœur de la grille de lecture, les enjeux territoriaux. On revient là au cœur du sujet.

Il faut revenir au droit international. Redéfinir les territoires au sens du droit international. Le mur d’apartheid, qui permet l’accaparement des terres, suit un objectif : la judaïsation des terres.

Concernant ce qui se passe à Jérusalem, avec le mur et avec les humiliations des Palestiniens, condamnés pour certains à déconstruire eux-mêmes leur maison par des arrêtés municipaux est une situation psychopathique pour désespérer les Palestiniens.

– C’est un nettoyage ethnique sans avoir besoin de déplacer les gens.  À Jérusalem, il y a 2 enclaves palestiniennes [le village de Shweika  et Kufr Aqab[3]] qui se retrouvent à l’extérieur du mur, mais malgré tout elles sont encore à l’intérieur de la municipalité de Jérusalem. Leurs habitants[4] payent des impôts, mais à cause du mur, ils ne bénéficient plus des services municipaux : la poste, le ramassage des ordures, l’école. Un jour, ils sont amenés à quitter les lieux, et au bout de 3 ans, selon la réglementation locale, les israéliens se prévalent de l’abandon de la terre par les Palestiniens pour accaparer le foncier…

– Une cartographie de la dispersion : le livre montre une politique d’annexion et de colonisation, très fine et programmée bien avant le 7 octobre 2023, déjà.

On est aujourd’hui à 90% de destruction du bâti à Gaza. 200 000 morts et disparus.

On est à un tournant de la politique israélienne qui peut être datés : en 2020/2021, on a des attaques et des actes de vandalisme des colons. Ils étaient moins fréquents avant, et surtout limités à des zones et ponctuelles.

À partir de 2021, avant qu’il soit trop tard, les violences se développent. Maintenant, c’est partout dans les zones A, B et même C en Cisjordanie.

Depuis le 8 octobre, il y a eu 900 tués en Cisjordanie

Fin août 2024 : 75% du bâti est inhabitable à Gaza. Aujourd’hui : 92% des structures, du bâtis et des infrastructures sont inhabitables.

On a basculé dans quelque chose d’irréversible.

On ne peut plus raisonner sur les éléments d’avant.

– L’idée qu’Israël est un état juif et un état démocratique en a pris un coup.

La majorité de la population est arabe en Israël (à 53%)… l’État ne peut donc plus être juif, comme constitutionnellement cela a été consacré il y a quelques années. Si les Palestiniens ne peuvent pas y voter, l’État ne peut plus être démocratique.

Le système ne peut plus fonctionner. La seule issue possible est l’expulsion des Palestiniens. On force les gens à la famine. Les jeunes représentent 60% de la population. Ils ne pourront pas vivre toute leur vie dans ces conditions.

Cela risque de coûter cher à Israël. Parmi nos détracteurs, parmi ceux qui ne nous comprennent pas, ils ne peuvent plus rien dire face à la situation, tellement elle est terrible.

Nous avons échangé avec nos connaissances sur place en Israël. Quand on leur dit les choses [les bombardements ; les destructions ; les exactions], elles n’y croient pas. Elles nous disent que ce n’est pas possible que seuls des monstres peuvent faire cela.

Israël a perdu tous ses votes à l’Onu. Seuls soutiens : les États-Unis, des pays dominés par l’extrême-droite et de tout petits États achetés (Argentine, Hongrie, Micronésie, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée et République tchèque…).

La dernière fois que Netanyahu est venu à l’Onu, la salle s’est vidée. 50 personnes seulement sont restées. C’est difficile pour Israël qui est acculé dans les instances internationales.

– L’issue ? On ne sait pas.

Une certitude : la dégradation de l’image d’Israël dans le monde. Il n’y a plus que 8 % des Arabes qui souhaitent une normalisation des relations avec Israël. Aux États-Unis dans les enquêtes, il y a maintenant une majorité d’Américains en faveur des Palestiniens, y compris parmi les Américains juifs.

La société israélienne part en lambeaux : 1 million d’Israéliens ont fait le choix de quitter Israël, car en raison de la politique de leur gouvernement, ils estiment ne plus être en sécurité en Israël Ils estiment que leur avenir n’est plus là.

La Ligne verte comme frontière entre deux États – Autocollant distribué en 2006 par les ONG de défense des droits humains en Israël.

Avec :

Philippe Rekacewicz, géographe, cartographe et information designer. Depuis 2006, il se consacre à la recherche en cartographie sensible et radicale, participe à diverses manifestations carto-artistiques et mène de nombreux projets internationaux. Cofondateur, avec Philippe Rivière, du site collaboratif de recherche visionscarto.net, il est, depuis 2021, chercheur et enseignant associé au département des sciences sociales de l’université de Wageningue (Pays-Bas).

Dominique Vidal, journaliste et historien, spécialiste des questions internationales. Il a notamment été rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique. Il dirige avec Bertrand Badie l’annuel « Le monde d’après » aux éditions Les Liens qui libèrent. Il participe aussi à La Chance pour la diversité dans les médias, une classe préparatoire aux écoles de journalisme destinée aux étudiants boursiers.

Pour aller plus loin 

Voir le site www.visionscarto.net

TRT World, extraits de guerre à Gaza les 18, 19 et 29 avril 2025 :

https://www.facebook.com/share/r/12L4PnRFiso/

https://www.facebook.com/share/v/195eVesebY/

https://www.facebook.com/share/v/18LeTYDrMp/

Journaliste palestinien

Journaliste de Libération

Débat sur LCI

Tirs près des écoles à Hébron, Cisjordanie

Pâques 2025, les forces israéliennes ciblent les fidèles chrétiens palestiniens :

RFI : La mort de la journaliste Fatima Hassouna s’inscrit « dans une technique pour perpétrer les crimes »

France 24, Gaza, plus de 50 morts dans des bombardements israéliens, Netanyahu annonce une « phase décisive »:

[1] https://www.monde-diplomatique.fr/2002/11/BRUBACHER/9625

[2] Quant à Jérusalem, Le Mur en construction isole de facto 200 000 Palestiniens de Jérusalem-est du reste de la Cisjordanie.

[3] La définition de ce terme, donnée par les Nations Unies dans l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, est adoptée en 1948.

[4] « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus »

 

Génocide

À l’heure où enfin Emmanuel Macron lui-même semble s’alarmer du « calvaire » vécu par la population de Gaza, je partage cette tribune de Guillaume Duval, lue dans « Le nouvel Obs ».  

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction. Les illustrations sont du blog et ont été publiées dans l’Humanité.

« Je faisais partie de ceux qui refusaient d’employer le terme de “génocide” pour désigner la guerre à Gaza, mais il n’y a plus guère de doute ».  

Les derniers développements sur place ne laissent plus guère de doute sur la nature réelle des intentions et des actions du gouvernement israélien.

Jusqu’ici, je faisais partie de celles et ceux qui refusaient d’employer le terme de « génocide » pour désigner la sale guerre que mène depuis un an et demi le gouvernement de Benyamin Netanyahou contre les Palestiniens à Gaza, bien que nombre de responsables israéliens aient exprimé à de multiples reprises des intentions qui étaient clairement génocidaires à ce sujet.

Il me semblait que les qualificatifs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité étaient suffisants pour caractériser de tels actes. Et il me paraissait important de ne pas prendre le risque de galvauder le mot de génocide.

Mais aujourd’hui il n’est plus possible d’en rester là. Le gouvernement israélien a en effet rompu unilatéralement la trêve signée sous les auspices du président Joe Biden pour reprendre la guerre et les bombardements, condamnant ainsi selon toute probabilité les otages survivants tout en causant de nouveau la mort de milliers de civils supplémentaires, dont de très nombreux enfants.

Mais il ne s’est pas contenté de ce crime-là. Il a aussi instauré depuis plus d’un mois maintenant un blocus complet de l’enclave, ne laissant entrer à Gaza ni nourriture, ni carburant, ni eau, ni électricité, ni médicaments. Ce qui fait que non seulement la famine règne partout dans l’enclave mais l’eau potable y fait aussi défaut ainsi que l’accès aux soins les plus élémentaires.

L’article 2 de la Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide, définit ce crime comme « l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe 

 b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe 

 c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle 

d)  Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe 

 e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.»

Comme c’est le cas depuis un an et demi, il est impossible de rendre compte très précisément de la situation à Gaza puisque le gouvernement israélien bloque également tout accès à la presse. Mais ces derniers développements ne laissent malheureusement plus guère de doute sur la nature réelle des intentions et des actions du gouvernement israélien, et même si c’est bien sûr aux juges de la Cour pénale Internationale qu’il reviendra de trancher la question en dernier ressort, il devient impossible, pour toute personne sensée, d’écarter l’idée que nous avons bien affaire désormais à un génocide au titre des 3 premiers cas de figure prévus par la Convention.

Face à ce saut qualitatif majeur dans l’horreur de la politique menée par le gouvernement israélien, avec la bénédiction de l’administration de Donald Trump, l’inaction maintenue de l’Union européenne devient elle-même à proprement parler criminelle. Mais, à rebours de cette prise de conscience, Kaja Kallas, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a jugé indispensable de resserrer les liens de l’UE avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou ces dernières semaines tout en critiquant les distances prises avec celui-ci par son prédécesseur. Dans le contexte actuel, la passivité des dirigeants européens face aux actions du gouvernement de Benyamin Netanyahou ne peut guère être qualifié autrement que comme relevant d’une complicité active dans la commission de crimes contre l’humanité.

Coprésident du club Maison commune, journaliste, ex-rédacteur en chef de la revue « Alternatives économiques », Guillaume Duval a été ancien speechwriter du haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-président de la Commission Josep Borrell.

Un autre chemin vers la paix

Nous l’avions vu, non sans émotion, aux Toiles en janvier 2025 : « No Other Land » a depuis reçu l’Oscar du meilleur documentaire.

https://isabellevolat.fr/2025/01/26/no-other-land/

« Télérama » revient sur ce film et son accueil en Israël. Article à lire ci-dessous.

“No Other Land”, Oscar du meilleur documentaire : en Israël, des projections “pirates” et un succès inattendu

Le mouvement pacifiste Standing Together organise des projections du documentaire oscarisé, qui porte sur l’occupation israélienne en Cisjordanie. “Plus de deux mille” spectateurs se sont inscrit “en huit jours”, relate l’un des organisateurs.

Par Valérie Lehoux

Une semaine après avoir reçu l’Oscar du meilleur documentaire, No Other Land est-il enfin visible en Israël ? Ce film, coréalisé par deux Israéliens (Yuval Abraham et Rachel Szor) et deux Palestiniens (Basel Adra et Hamdan Ballal), dénonce l’occupation de l’État hébreu en Cisjordanie. Il montre notamment comment l’armée israélienne détruit méthodiquement des maisons palestiniennes et en chasse les habitants pour les priver de leur terre. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, par la voix notamment de son ministre de la Culture, mène une intense campagne contre ce documentaire et tente d’en empêcher la projection depuis déjà plusieurs mois.

C’était compter sans les militants de Standing Together, organisation pacifiste israélienne qui réunit Juifs et Arabes. Depuis une semaine, ils montent des séances un peu partout dans le pays, avec un succès qu’ils n’anticipaient pas. Bien plus qu’un témoignage, ce film est à leurs yeux un outil politique pour aider au dialogue et rompre la logique mortifère de la guerre. Explications d’Omri Ouaknine-Yekutieli, chargé de l’organisation des projections.

No Other Land avait-il été projeté en Israël avant de recevoir l’Oscar du meilleur documentaire, le 2 mars dernier ?
Non, le gouvernement a tout fait pour l’empêcher. Il a même essayé de voter une loi à ce sujet, ce qui n’a pas abouti, mais, dans les faits, et à ma connaissance, aucun cinéma ne l’a montré. Les réalisateurs avaient donc décidé de le mettre sur un site Web, accessible dans tout le pays. Ceux qui le souhaitaient ont pu ainsi le regarder mais de façon isolée, pas au sein d’une assemblée. Après l’Oscar, les critiques du gouvernement ont redoublé, parlant d’un film mensonger. Comme nous disposons de cinq lieux dans le pays, les « maisons pourpres » [de la couleur du logo de Standing Together, ndlr], qui peuvent accueillir de cent à cent cinquante personnes, nous avons décidé d’y monter des projections publiques. La première a eu lieu la semaine dernière à Haïfa, dans le nord d’Israël – à une quarantaine de kilomètres de la frontière libanaise. Elle s’est très bien passée. Mais nous avons tout de suite vu que cela ne suffirait pas.

Dès cette première date, de nombreuses personnes se sont manifestées, partout en Israël et en Palestine, disant qu’elles avaient envie de voir le film. Nous avons donc cherché à monter d’autres séances dans de petites communautés, hors des grandes villes. Une personne s’est portée volontaire pour en organiser une chez elle, et des habitants des environs sont venus. Nous avons réitéré l’opération ailleurs. Nous parlons maintenant de vingt ou vingt-cinq projections en une semaine. Nous l’avons fait à Haïfa, Tel-Aviv, Jérusalem, nous allons le faire à Beer-Sheva, à Rahat, une ville bédouine dans le Néguev, à Umm al-Fahm et Baqa al-Gharbiyye, des villes arabes. Dans des villages aussi. Chaque fois, nous n’indiquons les détails pratiques, lieu et horaire, qu’à celles et ceux qui se sont inscrits – plus de deux mille en huit jours –, afin d’éviter au maximum que des militants d’extrême droite viennent saboter les séances. Pour l’instant nous n’avons pas eu de problème.

Plus le gouvernement s’oppose à ce film, plus nous recevons de demandes de projection et de visionnages.

Quel genre de public vient voir le film ?
Dans les villes mixtes comme Tel-Aviv, Jaffa, Haïfa, Jérusalem, où vivent les deux communautés, le public est composé à 70 % de Juifs et à 30 % d’Arabes. Pour les villes majoritairement peuplées d’Arabes, nous attendons une proportion inverse. Quant à l’âge du public, j’ai été surpris du nombre important de jeunes. Beaucoup d’étudiants, et beaucoup qui doivent faire bientôt l’armée – ce qui est un gros sujet en Israël. Nous avons aussi des gens plus âgés, dont certains ont activement milité pour la paix dans leur jeunesse et qui veulent agir aujourd’hui dans leurs cercles proches, au sein de leur quartier, de leur communauté de vie. En fait, dans de nombreux villages, ce sont les plus âgés qui organisent les projections, et des jeunes qui y assistent.

Des débats ont-ils lieu en marge du film ?
Deux représentants de Standing Together se rendent sur place chaque fois – un Arabe d’Israël ou un Palestinien des territoires, et un Juif israélien. Ils prennent la parole rapidement avant la projection, puis animent une discussion après. Ce qui est important pour nous, en tant que mouvement, c’est de prendre appui sur ce film pour montrer qu’il est possible, et même indispensable, de monter un vrai partenariat entre Palestiniens et Israéliens. La discussion qui suit les projections ne sombre pas dans le constat d’échec, car ce film est en lui-même la preuve que ce partenariat est possible.

Le ministère de la Culture fait-il pression sur vous pour empêcher les projections, comme il l’a fait avec les salles de cinéma ?
Non, et je pense qu’il ne le fera pas, car ce serait contre-productif. Nous le constatons : plus le gouvernement s’oppose à ce film, plus il tente de diviser la population à son sujet, de construire un récit pour dire qu’il propage des fake news, plus nous recevons de demandes de projection et de visionnages. Deux mille inscriptions en une semaine, c’est considérable pour un petit pays comme Israël. Si le gouvernement fait pression sur nous, il y en aura quatre mille nouvelles la semaine prochaine, et six mille la semaine suivante. Les gens n’en peuvent plus de la situation, le 7 Octobre, les otages, la guerre à Gaza, les affrontements dans les territoires, la haine, les morts… Ils veulent sortir de cette voie sans issue, donc affronter la réalité en face. Personnellement, j’ai déjà vu le film trois fois et je ne vous mentirai pas : il est difficile à regarder. Mais il est plus que temps de trouver un autre chemin vers la paix. Il faut réfléchir ensemble, Juifs et Arabes, Israéliens et Palestiniens.

Après l’année et demie qui vient de s’écouler, vous pensez que c’est possible ?
J’en suis sûr ! Aucun d’entre nous n’a d’autre endroit où aller ; donc la seule option, c’est de nous entendre pour vivre ensemble. Nous n’avons pas le choix. Et nous le faisons déjà. À plein d’égards, nous vivons ensemble. Nous montons des projets ensemble. Toute cette campagne de projections est le fruit d’une collaboration entre Israéliens et Palestiniens, tout comme le film lui-même l’a été. Les réalisateurs ne sont pas encore venus à nos projections mais nous sommes en contact avec eux. La dernière fois que nous nous sommes parlé, ils étaient encore à Los Angeles. Peut-être monterons-nous une projection en leur présence après leur retour.

La remontada d’Heidi sur les barricades !

Élections anticipées en Allemagne ce dimanche 23 février 2025

Entre CDU favorite, AfD en embuscade, SPD au plus bas : c’est un glissement à droite qui est annoncé outre-Rhin.

Et si la surprise venait du côté de « Die Linke » ?

Petite revue de presse sur la formation de gauche qui pourrait rester au Bundestag… Merci à Stéphane Bauer pour sa sélection d’articles, et son choix d’illustrations.

Lu dans « Libération »

La remontada d’Heidi sur les barricades !

Élections allemandes : Heidi Reichinnek, sauveuse surprise du parti Die Linke

La formation ancrée à gauche devrait éviter de disparaître du Parlement, lors du scrutin du 24 février grâce à une figure émergente qui n’hésite pas à appeler les Allemands à monter « sur les barricades » contre l’extrême droite.

Heidi Reichinnek, en campagne pour les législatives du 24 février 2025. (Olaf Krostitz/ROPI-REA)

Heidi, c’est un drôle de prénom pour faire une révolution. Avec son grand tatouage de Rosa Luxemburg bien visible sur le bras gauche et l’interdiction des milliardaires comme slogan, le tableau est parfait.

«Résistez contre le fascisme dans ce pays. Aux barricades !» a-t-elle lâché à l’assemblée fédérale (Bundestag) pour dénoncer la fin du «cordon sanitaire», l’alliance symbolique il y a trois semaines pour un texte sur l’immigration entre les conservateurs de la CDU et l’extrême droite d’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui n’avait aucune chance d’être adopté.

Un parti donné pour mort début janvier

Dans une campagne marquée par des candidats pâlots et mal-aimés, la figure montante de la politique allemande a redonné de la couleur aux débats. C’est la grande surprise de ces élections anticipées, où les sondages n’ont pas bougé d’un poil pendant trois mois. Heidi Reichinnek, 36 ans, tête de liste de la gauche de la gauche (Die Linke), a réussi l’exploit de sauver son parti qui était, encore début janvier, donné pour mort. Trois semaines avant le scrutin de dimanche, les intentions de vote ont doublé (9 %), ce qui devrait permettre au parti de s’assurer le passage au-dessus de la barre fatidique des 5 % nécessaires pour entrer au Bundestag.

La remontada a commencé lors de son discours très émotionnel lors du débat au Parlement sur la politique migratoire, le 29 janvier. Elle a été la seule à attaquer frontalement Fredrich Merz, le futur Chancelier allemand à partir de dimanche soir.

Contre l’extrême droite ? Montez sur les barricades !

Non, Herr Merz, un parti chrétien-démocrate ne s’allie pas avec l’extrême-droite deux jours après l’anniversaire des 80 ans de la libération du camp d’Auschwitz !

Heidi Reichinnek, députée de Die Linke au Bundestag, dénonce la rupture du « cordon sanitaire » entre la CDU et l’AfD, 2 jours après les 80 ans de la libération du camp d’Auschwitz.. Le leader de la CDU, Fredrich Merz, promoteur du rapprochement, sera chandelier ce dimanche soir…
La charge de Heidi Reichinnek, qui pointe le rapprochement entre la CDU et l’AfD a fait date : Die Linke est maintenant à 9% dans les derniers sondages et engrange plein de nouveaux adhérent·es…

En vidéo, le discours le plus important sur le pacte entre F.Merz et l’AfD !

Et les commentaires qu’il a suscités…

Lu dans « L’Humanité »

En Allemagne, Die Linke poursuit sa percée avant les législatives et devient le premier parti chez les jeunes
Confirmant sa dynamique et le bon écho de sa fin de campagne, le parti de gauche arrive en tête d’un scrutin test chez les moins de 18 ans, à quelques jours des élections du Bundestag.

Ines Schwerdtner, présidente fédérale de Die Linke qui connaît un rebond en fin de campagne alors que le parti était menacé, il y a quelques semaines, de perdre toute représentation au sein du Bundestag. © DPA / ABACA

L’initiative a lieu comme un exercice de formation civique, avant chaque élection du Bundestag. Quelque 170 000 jeunes de moins de 18 ans sont invités à participer au scrutin comme s’ils étaient déjà en droit de voter. Énorme surprise, alors que les Verts emportaient la mise lors des derniers scrutins, Die Linke arrive largement en tête, cette fois-ci, chez les plus jeunes.
Avec 20,8 % des voix, elle devance le SPD (17,9 %), la CDU/CSU (15,7 %) et l’AfD (15,5 %). Même si ce scrutin n’est évidemment en rien représentatif, il témoigne d’une tendance bien réelle. Laquelle corrobore le rebond de Die Linke en cette fin de campagne des législatives du 23 février, alors que le parti était menacé, il y a quelques semaines, de perdre toute représentation au sein du Bundestag.

Des jeunes révoltés par la rupture du cordon sanitaire
Il faut rester bien entendu prudent avec ce type de test et les sondages. Il n’empêche que la dynamique est perceptible. La ligne affirmée par le parti pour la défense de la justice sociale et de la paix y est pour beaucoup. Mais c’est sans doute la mobilisation contre la rupture du cordon sanitaire à l’égard de l’extrême droite qui a eu le plus d’écho, en particulier parmi les jeunes Allemands.
Notamment grâce à l’intervention remplie d’émotion et de la plus intransigeante détermination d’Heidi Reichinek, jeune députée, tête de liste et candidate à la chancellerie de Die Linke. Devant le Bundestag, elle s’opposait, dans les derniers jours de janvier, à la rupture de la règle du barrage démocratique anti-AfD par Friedrich Merz, le chef de file de la CDU/CSU. De quoi secouer les esprits et galvaniser un certain courage citoyen. Merz avait recherché délibérément le soutien de l’AfD pour faire passer une motion en faveur de la fermeture des frontières, puis une loi contre le regroupement familial.
Heidi Reichinek a suscité l’approbation bien au-delà de Die Linke. Car nombre d’observateurs politiques ont relevé le contraste, si saisissant, avec « la gêne pitoyable » de députés du SPD ou des Verts, soucieux de dénoncer le glissement de Merz tout en ménageant, en même temps, un probable futur chancelier dont ils brûlent de devenir partenaires de gouvernement.
Sahra Wagenknecht et son Alliance (BSW), qui n’ont pas hésité à mêler leurs voix à celles des droites et de l’extrême-droite, se sont attiré de cinglantes condamnations, jusqu’à celles de militants et d’un élu de BSW au Parlement européen, qui ont annoncé leur démission. C’est donc désormais l’alliance BSW qui ne semble plus assurée de franchir le seuil sélectif des 5 %.

Lu sur « Euronews »

Allemagne : le parti de gauche Die Linke rebondit à l’approche des législatives

Longtemps plombé dans les sondages, Die Linke paraît en passe d’obtenir des sièges au Bundestag dimanche. A l’inverse, l’étoile du parti populiste BSW, formé par des ex de la formation, pâlit.
Le parti allemand de gauche Die Linke connaît un regain de popularité moins d’une semaine avant les élections législatives allemandes du 23 février, avec des intentions de vote atteignant les 6 ou 7 au cours des dernières semaines.

Une enquête de l’institut de sondage YouGov place même le parti à 9 % – un bond significatif par rapport à il y a un mois et bien au-dessus du seuil de 5 % dont il aurait besoin pour entrer au Bundestag.
L’une des étoiles montantes du parti, Heidi Reichinnek, est devenue virale sur les réseaux sociaux pour avoir critiqué Friedrich Merz, le dirigeant conservateur de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), pour sa décision controversée d’accepter le soutien de l’extrême droite pour ses propositions de lois sur le durcissement de l’immigration.
« Vous vous êtes rendu complice et aujourd’hui vous avez changé ce pays pour le pire », a déclaré Mme Reichinnek dans son discours spontané, qui, selon le parti, a été vu plus de 30 millions de fois. « Résistez au fascisme dans ce pays. Aux barricades », a-t-elle ajouté.
Selon Maik Fielitz, de l’Institut pour la démocratie et la société civile, le discours de Mme Reichinnek est devenu viral, à l’instar du contenu que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite, a réussi à promouvoir sur les médias sociaux pendant des années.
« Les candidats comme Heidi Reichinnek agissent comme des influenceurs politiques. L’objectif est de les faire connaître d’abord par leur personnalité et seulement ensuite par leur positionnement politique », a déclaré M. Fielitz.
Le parti est conscient de son récent succès sur les réseaux sociaux. Dietmar Bartsch, politicien de Die Linke, a déclaré à Euronews que le parti visait à contrer le flot de messages en ligne pro-AfD avec un contenu de gauche crédible et bien fait. Die Linke veut « clarifier la désinformation et définir nos propres sujets » en ligne, a-t-il ajouté.
Dans le même temps, les candidats de Die Linke doutaient tellement de leurs chances que trois de ses membres ont fait campagne pour obtenir des mandats directs afin d’entrer au parlement. Heidi Reichinnek a déclaré que le récent regain de popularité lui avait redonné confiance. « Je n’ai pas besoin de croire aux miracles, j’en fais l’expérience », a-t-elle déclaré au quotidien Rheinische Post.
Die Linke a présenté deux candidats au poste de chancelier, Mme Reichinnek et M. Jan van Akken. Elle a fait de l’imposition des riches et de la garantie de logements abordables des éléments fondamentaux de sa campagne.
Le parti se concentre sur « les problèmes quotidiens des gens », a-t-elle déclaré. « Par exemple, la gauche a programmé un calculateur de loyers abusifs et un calculateur de coûts de chauffage », a expliqué Mme Reichinnek.

Lu sur le site de « Regards »

En Allemagne, le parti de gauche Die Linke veut créer la surprise aux législatives 

Le parti de gauche enregistre un bond de ses adhésions face à la menace de l’extrême droite, avant les élections dimanche 23 février.

Depuis quelques semaines, les dirigeants du parti Die Linke affichent un réel optimisme. Le Parti de gauche allemand connaît un regain de popularité dans les sondages, comme en témoignent les derniers chiffres, qui le créditent de 6 à 9% des voix aux élections législatives anticipées ce dimanche 23 février. Un scrutin qui intervient après la chute du gouvernement Scholz, une coalition « en feu tricolore » entre les sociaux-démocrates du SPD, les Écologistes et les Libéraux du FDP, suite à un vote de défiance du Bundestag, le parlement allemand, le 14 décembre dernier. « Nous avons doublé notre nombre d’adhérents, de 300 à 600 militants au niveau local », se réjouit Vinzenz Glaser, candidat à Fribourg-en-Brisgau, une ville bourgeoise et étudiante, à une heure de route de Strasbourg, dans le Land du Bade-Wurtemberg. Bonnet vissé sur la tête et piercing au nez, ce travailleur social de 32 ans brigue un mandat de député au Bundestag, le Parlement allemand, porté par « la dynamique Die Linke. »

Justice sociale et thèmes du quotidien
Au niveau national, le parti revendique 30 000 adhésions supplémentaires en un an, passant de 52 000 à 82 000 membres, soit son plus haut niveau depuis 15 ans, selon les médias allemands. Ce qui a obligé la direction à chercher des locaux de campagne plus grands au cours des deux dernières semaines pour accueillir un public plus nombreux lors de ses meetings. Mieux encore, un sondage Yougov publié le 18 février a révélé que le parti arrivait en tête parmi les adolescents et les jeunes adultes, avec 20,84% des voix.« Les gens sont enthousiastes et veulent s’engager à nos côtés pour s’occuper des vrais problèmes, comme le plafonnement des loyers et la baisse du coût de la vie », assure M. Glaser à Politis. Nos voisins d’Outre-Rhin sont eux aussi aux prises avec une inflation galopante, dans un parallélisme troublant avec la France avant la révolte des gilets Jaunes en 2018. Or, Die Linke a opportunément orienté sa campagne sur « quelques thèmes du quotidien », comme l’explique notre interlocuteur. Cette stratégie concentrée sur la défense de « la justice sociale » participe à cette dynamique sondagière. Pour donner l’exemple, les dirigeants du parti ont ainsi réduit leur salaire à 2 850 euros, soit le salaire moyen d’un travailleur qualifié en Allemagne. Une mesure « populiste », comme l’affirme en grinçant le reste de la gauche. Peut-être, mais redoutablement efficace pour frapper les esprits.

Mais c’est surtout la mobilisation contre la rupture du cordon sanitaire à l’égard de l’AfD, le parti d’extrême droite allemand, qui a eu le plus d’écho, en particulier chez les jeunes électeurs. Et ce, après l’intervention passionnée d’Heidi Reichinek, jeune députée, tête de liste du parti et candidate à la chancellerie. L’élue de 36 ans maîtrise à la perfection les codes des réseaux sociaux. Capable de rapper son programme en musique, elle compte plus de 420 000 followers sur Instagram et 540 000 abonnés sur Tik Tok. Son vibrant discours devant le Bundestag fin janvier, pour s’opposer à la rupture de la règle du cordon sanitaire anti-AfD par Friedrich Merz, le patron de la CDU/CSU, est devenu viral sur les réseaux sociaux avec plusieurs millions de vues.

Cette séquence a fait d’elle « une quasi pop star », observe auprès de Politis le professeur Uwe Jun, politologue et enseignant en Sciences politiques à l’université de Trèves, en Allemagne. « Il y a eu un avant et un après cette prise de parole », reconnaît Vinzenz Glaser. Die Linke a su capter l’air du temps et surtout, la crainte d’une résurgence du fascisme en Allemagne, après 80 ans de paix. Leur rival conservateur, M. Merz, s’est aliéné les autres partis en draguant ouvertement l’AfD pour faire passer une motion en faveur de la fermeture des frontières, puis une loi contre le regroupement familial, provoquant un sursaut citoyen face à l’extrême droite.

Outre un gain médiatique immédiat, cet épisode a aussi permis à Die Linke de marquer sa différence avec son ancienne leader, la très controversée Sahra Wagenknecht. L’élue a claqué la porte du parti en 2023 pour fonder sa propre formation politique « BSW » sur son nom propre (Bündnis SahraWagenknecht) en entraînant avec elle « de nombreux militants très actifs ». Mais cette dernière, qui se présente elle aussi aux législatives, dévisse dans les enquêtes d’opinion pour avoir prôné une « ligne dure » sur l’immigration, semblant s’aligner sur l’AfD sur ce sujet.
Pour la remplacer, la direction a subi un lifting, avec un tandem paritaire et rajeuni, l’ex-journaliste Ines Schwerdtner et le député Jan Van Haken, un ancien de Greenpeace. « Les vrais antifascistes, c’est nous », martèlent-ils dans la presse, un refrain répété avec aplomb sur le terrain par les autres candidats. Die Linke n’hésite pas non plus à critiquer le bilan des écologistes – die Grüne – et les sociaux-démocrates du SPD qui se sont alliés aux libéraux dans la dernière coalition.

« Ils font des promesses qu’ils ne tiennent pas une fois arrivés au pouvoir », affirme Vinzenz Glaser. Un argumentaire qui ulcère ses rivaux. « Faire du bruit ne suffit pas, il faut aussi assumer les responsabilités pour gouverner », répond sèchement le candidat des Verts à la chancellerie et ancien ministre de l’Economie dans le gouvernement Scholz, Robert Habeck, lors d’un entretien au podcast allemand Table Today ce jeudi 20 février. Rien à faire, les écologistes, usés par trois années au gouvernement, plafonnent à 14% dans les sondages. « Les Verts ont déçu pas mal de gens », observe le candidat Die Linke à Fribourg.

Démonstration à Lahr, dans le district de Fribourg, mardi 18 février, un jour de marché avec Maria. A 20 ans, cette étudiante en économie va voter pour la première fois pour Die Linke ce dimanche alors qu’elle ne se situe pas « fondamentalement à l’extrême gauche. » Ce qui l’a convaincue, c’est la « bataille contre l’extrême droite à mener pour éviter que l’Allemagne ne retombe entre les griffes des « Nazis », explique la jeune femme. Elle trouve les partis de gauche « trop mous » face au danger incarné par l’AfD, qui a fait plus de 20% des voix dans le canton aux dernières élections européennes.

« L’électorat de Die Linke est plutôt jeune et surtout, féminin », confirme le politologue Uwe Jun. Seul bémol selon cet expert, « ce parti a tendance à toucher plutôt l’électorat des grandes métropoles, souvent doté d’une formation universitaire. » Il n’empêche, Die Linke se refuse à « stigmatiser » les électeurs de l’AfD. « Beaucoup d’entre eux sont prêts à se tourner vers l’extrême droite par désespoir ou par provocation », soutient Vinzenz Glaser, qui veut « convaincre les mécontents et les ramener à gauche. » Verdict ce dimanche.