« Nous voulons un État pacifique, un État libre qui vivrait en paix avec Israël » : entretien avec Hala Abou Hassira, ambassadrice de Palestine en France
Hala Abou Hassira, ambassadrice de Palestine en France, souligne que les Palestiniens veulent un État pacifique et souverain. Elle estime que Tel-Aviv doit choisir entre la paix et le nettoyage ethnique.
L’ambassadrice de Palestine en France se réjouit des récentes déclarations d’Emmanuel Macron concernant la reconnaissance d’un État de Palestine et met l’accent sur un nécessaire cessez-le-feu immédiat pour mettre fin au génocide à Gaza.
Entretien avec Pierre Barbancey pour l’Humanité
Comment considérez-vous l’annonce d’Emmanuel Macron ?
Nous saluons cette annonce par le président Macron de reconnaître l’État de Palestine. Cette reconnaissance intervient dans un moment crucial pour le peuple palestinien qui subit un génocide et se trouve soumis à des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, les pires jamais perpétrés par Israël.
Cette reconnaissance représente un acte courageux, conforme au droit international et, surtout, au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination. Cela montre également que la France est fidèle à son histoire, aux valeurs républicaines et universelles, d’égalité et de liberté des peuples.
Qu’est-ce que cette annonce pourrait changer dans les faits ?
Malheureusement, elle ne mettra pas un terme au génocide en cours, c’est clair, ni à la politique de nettoyage ethnique d’Israël contre le peuple palestinien ni à la colonisation israélienne qui représente la négation de la solution à deux États.
Mais elle envoie un message politique très fort à Israël : il ne peut pas violer gravement le droit international. C’est aussi un message au peuple palestinien : vous avez le droit d’exister, vous avez le droit de disposer de vous-même, de réaliser votre destin en toute liberté et en toute indépendance. Ce n’est pas tout.
C’est également un message à destination de la communauté internationale qui ne peut pas rester passive face aux tentatives israéliennes de saper la solution à deux États. C’est donc une adresse au monde pour passer à l’action en même temps qu’une invitation aux pays qui ne l’ont pas encore fait à accompagner la France dans cette démarche juste et légitime et à reconnaître à leur tour l’État de Palestine.
Cette missive d’Emmanuel Macron et son annonce font suite à un premier courrier de Mahmoud Abbas, daté du 9 juin. En quoi cette lettre était importante ?
La lettre du président Abbas fait partie d’une politique et d’une démarche palestinienne constantes et anciennes, un attachement et un engagement à la paix, à la solution à deux États.
Le président Abbas a redit son engagement pour des réformes au sein du gouvernement palestinien afin d’assurer ses responsabilités pleines et entières dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés. Ce qui inclut la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est occupées.
C’est cette lettre, mais aussi les violations graves des droits humains perpétrées par Israël qui ont mené la France à prendre cette position historique dans un moment crucial et catastrophique pour l’existence du peuple palestinien.
C’est également le fruit d’une mobilisation extraordinaire, ici en France, du peuple français, des partis politiques, des parlementaires, du mouvement de solidarité, qui n’ont pas cessé de dénoncer les violations graves envers le peuple palestinien et de vouloir rendre justice à ce peuple, conformément au droit international.
L’une de ces actions, c’est la reconnaissance de l’État de Palestine. Mais permettez-moi de rappeler que l’urgence aujourd’hui est à un cessez-le-feu, à œuvrer concrètement pour imposer et acter un arrêt immédiat de la guerre dans la bande de Gaza, pour secourir la population palestinienne qui souffre depuis trop longtemps.
Cela passe par la fin de l’occupation militaire israélienne et de la colonisation pour permettre au peuple palestinien de vivre digne et libre dans son État. Israël doit maintenant choisir. Soit il prend le chemin de la paix, soit il s’enfonce dans l’apartheid, l’oppression et le nettoyage ethnique.
Les déclarations d’Emmanuel Macron comportent tout de même une sorte de condition puisqu’il évoque un État palestinien démilitarisé tandis qu’aucune condition n’est posée à l’État d’Israël. Qu’est-ce que cela signifie selon vous ?
Cette lettre est adressée au président Abbas en sa qualité de président de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine – NDLR), qui est le seul et légitime représentant du peuple palestinien. Dans sa lettre adressée au président Macron, il a exprimé l’engagement palestinien.
Nous voulons un État pacifique, un État libre qui vivrait en paix avec Israël. Nous cherchons la sécurité ainsi que la protection du peuple palestinien.
Nous sommes clairs sur ces engagements qui sont constants. Il est temps d’arrêter l’occupation, il est temps de permettre la reconnaissance pleine et entière de l’État de Palestine, dans laquelle nous avons investi depuis trente ans dans la construction des institutions et de l’ordre dans le territoire palestinien. Nous allons honorer nos engagements.
Vous avez souligné qu’arrêter le massacre à Gaza constituait l’urgence du moment. Que devraient faire les gouvernements, notamment le gouvernement français ?
Il faut mettre en œuvre les recommandations énoncées par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif, qu’elle a rendu il y a plus d’un an déjà. Des sanctions doivent être prises contre Israël. Il s’agit de l’un des leviers en même temps qu’un outil juridique et pacifique.
Il convient également d’imposer un embargo sur la vente et la livraison d’armes à Israël, ces armes qui sont utilisées pour massacrer le peuple palestinien. Il faut rompre les relations politiques et diplomatiques, suspendre l’accord d’association qui lie l’Union européenne et Israël, afin d’envoyer un message clair : Tel-Aviv ne peut pas rester dans l’impunité totale pour les crimes les plus atroces qu’il est en train de perpétrer contre le peuple palestinien, en violation de tous les articles du droit international.
Les sanctions sont d’ailleurs conformes au droit international. Israël doit l’entendre. La France devrait encourager davantage les pays qui n’ont pas reconnu l’État de Palestine à le faire car ce n’est que rendre justice à un peuple qui se bat pour son existence sur cette terre.
Ci-dessous, photos prises lors de la venue de Hala Abou Hassira à Argenteuil en mai 2024, aux côtés de Francis Wurtz, député européen honoraire, et lors de la plantation d’un olivier dans les locaux de la fédération du PCF 95.


Leila Chaïd, ambassadrice de Palestine auprès de l’UE :
https://www.facebook.com/share/v/1ASXcigWnp/
J’aimeJ’aime