Vivre dignement, en paix

L’État d’Israël représente une menace pour la sécurité, la paix », estime Hala Abou Hassira, l’ambassadrice palestinienne en France.

Hala Abou Hassira se bat sans relâche pour l’application du droit international à Gaza et la reconnaissance de l’État de Palestine par Paris. Elle ne peut s’empêcher d’avoir la gorge nouée au regard de l’année qui vient de s’écouler.

Entretien avec Axel Nodinot pour l‘Humanité

Depuis un an, les Palestiniens de Gaza sont massacrés par l’armée israélienne. Que ressentez-vous ?

Cette question fait mal au cœur. C’est une année plus que dramatique. C’est le sang d’innocents, de femmes, d’enfants qui a coulé, mais qui ne devaient pas payer ce prix. Depuis le 7 octobre, nous déplorons des pertes humaines extraordinaires : dans la bande de Gaza, plus de 41 000 Palestiniens ont été tués, dont plus de 70 % de femmes et d’enfants.

Plus de 100 000 blessés sont condamnés à mort en raison de la destruction par Israël des infrastructures qui permettraient de les soigner. Je crois que le monde entier a vu de ses propres yeux le génocide qui s’y déroule.

L’ensemble des hôpitaux de la bande de Gaza, les écoles, les universités, sont hors service. Les habitations sont rasées. Des milliers de familles sont complètement effacées du registre civil palestinien. Plus de 20 000 enfants sont aujourd’hui orphelins.

Quand je reviens sur cette année, un moment me bouleverse encore, lorsque le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a traité les Palestiniens « d’animaux humains » et a appelé au génocide – sans le nommer ainsi –, à couper l’eau, l’électricité, la nourriture et le fioul. Nous voyons aujourd’hui les conséquences de ce génocide à Gaza, son extension d’une manière différente en Cisjordanie, les attaques israéliennes contre chaque ville, chaque camp de réfugiés palestiniens.

Ces douze derniers mois ont également confirmé l’impuissance de la communauté internationale, incapable de stopper Israël et de passer outre le veto des États-Unis. Qu’en attendez-vous désormais ?

La communauté internationale est impuissante depuis huit décennies déjà ! Elle n’a pas été en mesure d’appliquer les innombrables résolutions du Conseil de sécurité concernant la question palestinienne, ni la dernière qui exigeait un cessez-le-feu immédiat, il y a maintenant six mois. Le droit international est menacé lorsqu’il est mis en œuvre pour certains conflits, mais qu’il fait exception pour les Palestiniens.

Cette politique de deux poids, deux mesures est destructive. Il est temps de se réveiller et de prendre les mesures juridiques nécessaires pour rendre responsable l’État d’Israël et ses dirigeants, qui commettent chaque jour des crimes de guerre, un système de nettoyage ethnique et un régime d’apartheid.

Faute de quoi, nous allons au-devant d’un chaos total, d’une déstabilisation totale de notre région, et même au-delà, je le crains. Aujourd’hui, l’État d’Israël représente une menace pour l’humanité entière, pour la paix et la sécurité.

La France ne reconnaît toujours pas l’État de Palestine. Pourquoi devrait-elle le faire, selon vous, et qu’est-ce que cela changerait ?

La France est un membre permanent du Conseil de sécurité, et a une voix singulière : c’est avec des mains françaises que le droit international a été écrit. En 1982, durant l’invasion israélienne de Beyrouth, le président Mitterrand a été à l’initiative de la solution à deux États.

Je crois qu’il est de la responsabilité de la France, aujourd’hui, de protéger cette solution et de permettre sa concrétisation. La reconnaissance de l’État de Palestine serait une sorte de justice vis-à-vis du peuple palestinien, et lui permettrait d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination. Ce serait aussi un message très fort à Israël, pour lui dire qu’il ne peut continuer à violer le droit international.

Je rappelle que la personnalité juridique de l’État de Palestine existe déjà, en étant membre à part entière de l’Unesco, membre observateur aux Nations unies. Je salue le vote de la France sur la résolution concernant l’adhésion de la Palestine en tant que membre à part entière, mais il faut concrétiser ce vote par une vraie reconnaissance du droit à l’existence du peuple palestinien.

De nombreuses mobilisations dans le monde entier ont eu lieu, ces douze derniers mois, en solidarité avec le peuple palestinien. Considérez-vous que les peuples sont vos plus puissants alliés ?

Bien évidemment, ce sont les peuples qui sont le reflet de l’humanité. Je salue toutes les mobilisations qui ont eu lieu aux quatre coins de la terre. La jeunesse d’aujourd’hui a accès aux informations en direct ; elle voit les crimes, les vies anéanties.

Ces peuples ont démontré une conscience humaine extraordinaire en rejoignant le camp de la justice et du droit international, avant même de se rallier au peuple palestinien, parce que notre combat commun, c’est la justice. Nous comptons sur les jeunes du monde entier et sur leur mobilisation.

La Fête de l’Humanité a été un moment extraordinaire de solidarité, comme elle l’a toujours été. Je saisis ce moment pour remercier le journal l’Humanité et son directeur, le sénateur Fabien Gay, et le PCF également, pour ce soutien extraordinaire et permanent aux côtés des peuples opprimés. Le peuple palestinien, parmi tous les autres peuples, cherche la justice et la liberté. Il ne cherche pas la mort ; il veut vivre dignement, en sécurité et en paix.

Nous avions rencontré Hala Abou Hassira à Argenteuil, en mai dernier, lors d’une soirée organisée par la fédération du PCF 95, en présence de Taoufiq TAHANI, Président d’honneur de l’association France Palestine Solidarité ; Francis WURTZ, ancien député PCF européen ; Pierre BARROS, sénateur du Val d’Oise ; Cécile DUMAS, conseillère régionale d’IdF et secrétaire du PCF 95. Les photos datent de cette rencontre.

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